1-
Quand
et dans quelles circonstances est né le rêve du "Grand Israël"?
2 -
Qu'est-ce qu'une "alliance"?
3 - Les coulisses du
théâtre biblique
4 - Le rôle du principal
rédacteur du scénario
5
-
Comment ressusciter le dieu Jahvé?
6
- Les
conditions de l'existence d'un dieu dans l'histoire
7
-
Avantages et inconvénients politiques du fanatisme religieux
8 - Les créateurs de dieux
9 - Les héroïques explorateurs
des coulisses du théâtre religieux
10 -
Les frontières du
" Grand Israël "
11
- Israël , un Etat-Chimère
1- Quand et dans quelles circonstances est né le rêve du Grand Israël?

Lorsque
les scribes judéens exilés au bord de l'Euphrate, après la conquête
de la Judée par le roi Nabuchodonosor, imaginèrent l'épisode de leur
fiction dans lequel un personnage mythique - Abraham - était le héros
principal, ils lui prêtèrent un rêve fabuleux dans la narration intitulée
Genèse. C'est ainsi qu'au cours d'un "profond sommeil"
(Gn 15,12), le héros eut "une vision" (Gn 15,1).
De plus, il entendit une voix, qu'il attribua à son dieu, laquelle lui
proposait une "alliance" (Gn 15,18).
"Quand le soleil fut couché, il y eut une obscurité profonde;
et voici, ce fut une fournaise fumante, et des flammes passèrent entre
les animaux partagés. En ce jour-là, l'Eternel fit alliance avec Abraham."
(Gn 15, 17-18)
Tous les hommes rêvent; pénétrer le sens des rêves a, depuis l'origine
des temps, fasciné l'humanité, notamment, on le comprend aisément, ceux
des puissants, en raison des conséquences politiques qui en résultaient.
En effet, loin des interprétations sexuelles qui ont envahi un post-freudisme
contemporain mal digéré, les humains y voyaient, dans l'antiquité, une
forme de prémonition, d'irruption directe des dieux dans la politique.
Ils utilisaient ce stratagème afin de délivrer incognito un message
aux dirigeants du monde. C'est donc au moyen des rêves que les dieux
dévoilaient aux vivants leur avenir. Mais comme ce message était rarement
limpide, il s'agissait de le décoder. Cette activité capitale et subtile
était confiée à des devins, dont le rôle politique qu'ils exerçaient
auprès des rois en faisait les personnages les plus influents de la
cour. De même, les Grecs de l'antiquité croyaient que l'éternuement
signait la présence, à cet instant-là, d'un esprit divin.
Il n'est donc pas étonnant que les rédacteurs de la Genèse
aient utilisé le stratagème d'un rêve comme véhicule de
l'action de leur dieu, ce procédé, banal à l'époque, permettait
de délivrer un message d'une manière jugée convaincante par tout le
monde.
Si
l'on s'en tient au contenu du texte de la Genèse, on apprend
donc qu'un dieu venait d'intervenir dans les affaires d'un peuple qui
n'existait pas, puisque le vieillard centenaire gratifié par ce rêve
n'avait pas encore de descendants et que c'est à cette descendance potentielle
et putative qu'était destiné le gros cadeau territorial.
Rembrandt,
Portrait d'Abraham, détail.
2
- Qu'est-ce qu'une alliance?
Faire "alliance" avec un être supposé omnipotent est un ressort
littéraire utilisé par de nombreux auteurs dans les fictions romanesques.
Ainsi, dans La Guerre du feu, l'auteur nous fait assister
à une sorte de voyage initiatique de trois messagers, partis affronter
la fureur d'un monde sauvage, afin de reconquérir le précieux Graal
de la tribu des Oulhamrs. En effet, les cages dans lesquels le feu était
conservé avaient été détruites durant un sanglant affrontement avec
une tribu voisine et les Oulhamrs
vaincus et décimés, privés
de leur source de vie, se trouvaient réduits à un sort pitoyable.
Lorsque
dans leur quête l'astucieux
Naoh et ses deux compagnons,
poursuivis par un groupe de féroces humanoïdes auxquels ils ont réussi
à voler les précieuses constructions de pierre plates, croisent
un troupeau mammouths, ils choisissent
de se mettre sous la protection du meneur du troupeau qui représente
à leurs yeux une sorte de dieu de la nature. Il s'agit, pour
eux, de signer une manière de pacte d' alliance
avec le grand mammouth en chef du troupeau, en lequel ils voient le
maître de tout ce qui vit sur la terre. En signe d'humble allégeance
et de reconnaissance de son pouvoir, Naoh offre à la puissante divinité
poilue un gros tas soigneusement lavé des délicieuses racines souterraines
de nénuphars, dont il avait observé que la grosse bête en raffolait.
Pour consolider l'alliance, il renouvelle chaque jour son hommage.
Grand mammouth
laineux, représenté dans la grotte de Rouffignac en Dordogne
L'alliance est donc une sorte de pacte commercial établi, soit entre
égaux, soit entre un féal et son seigneur. Dans toute alliance existe
un échange: dans le roman de Rosny aîné, on comprend que, séduit par
l'offrande quotidienne de racines de nénuphar, le dieu mammouth en vient
à protéger les guerriers Oulhamrs et ira jusqu'à écrabouiller
sous ses grosses pattes velues leurs cruels ennemis.
Quid
de l'échange dans l'alliance proposée à un personnage nommé
Abraham par le dieu Jahvé dans la fiction biblique? On voit que, dans
le récit de la Genèse, l'initiative en revient
au dieu, lequel choisit de se manifester pendant le sommeil du rêveur
et alors que ce dernier, avant de s'endormir, avait bien procédé au
classique sacrifice d'animaux rituellement coupés en deux par le milieu
- "partagés", dit le texte - c'est-à-dire qu'il avait offert
à sa divinité l'équivalent du gros tas de racines de nénuphars que les
guerriers Oulhamrs offraient au dieu mammouth.
Lors
de son apparition durant le rêve, le dieu prend la précaution
de décrire minutieusement son cadeau afin d'en faire saisir toute l'importance
au bénéficiaire, le tout soigneusement enveloppé dans
le scintillant papier-cadeau, si je puis dire, du halo impressionnant
d'une "fournaise fumante" et de "flammes",
mise en scène aussi éblouissante que terrifiante, digne de tout
dieu qui se respecte et soucieux de manifester sa puissance par des
phénomènes météorologiques impressionnants.
"Je donne ce pays à ta postérité, depuis le fleuve d'Égypte jusqu'au
grand fleuve, au fleuve d'Euphrate, le pays des Kéniens, des Keniziens,
des Kadmoniens, des Héthiens, des Phéréziens, des Rephaïm, des Amoréens,
des Cananéens, des Guirgasiens et des Jébusiens." (Gn
15,18).
Eretz Israël , carte
de 1695
3
- Les coulisses du théâtre biblique
Pour
comprendre le sens de la scène décrite ci-dessus, il faut s'arracher
à l'avant-scène du grandiose spectacle de l'épopée et
à la fascination qu'exerce sur les esprits le contenu du récit
brillamment collationné et mis en forme à partir de bribes
de légendes et de récits empruntés aux mythologies
égyptienne et mésopotamienne. Réécrits,
recomposés et globalement unifiés en dépit d'un
certain nombres de contradictions résiduelles, les récits
ont été adaptés à la mentalité et
au type d'éloquence que permettait la langue sémitique,
ainsi qu'au mode de fonctionnement psychologique de la population à
laquelle il était destiné.
Ainsi, lorsque les
documents existent, il est instructif d'observer la manière dont
se fait le passage de la réalité historique à la
fiction biblique. J'ai montré, par exemple, dans le chap.
II ( L'invention
des notions de "peuple élu" et de "terre promise",
§ 3) comment un document assyrien
(Cylindre de Taylor) concernant le siège de Jérusalem
du temps du roi Ezéchias s'était trouvé transsubstantifié
en termes bibliques dans 2R 18, 13-16 près de deux siècles
plus tard par les rédacteurs lors de l'exil à Babylone.
La métamorphose de la réalité historique est encore
plus spectaculaire avec l'Edit de Cyrus, par le scribe Esdras
dans Esdras, 1,1-5, que j'ai décrite dans le chap.IV,
(Comment
le cerveau d'un peuple est devenu un bunker
, § 6-7). L'imaginaire à l'état
pur est à l'oeuvre lorsqu'aucun document ne peut servir de point
de départ à la métamorphose en texte théologique.
Or,
dans la mesure où c'est sur la pierre d'angle de la fiction biblique
interprétée dans le sens le plus concret et le plus grossier
- à savoir la fiction de la propriété de la terre
de Palestine attribuée à une tribu spécifique en
vertu d'une décision de leur propre dieu - que le peuple autochtone
est la victime d'une violence inouië depuis des décennies,
il est capital de de tenter de déconstruire le mythe prétendument
fondateur de la légitimité morale et politique des conquérants-colonisateurs
accourus du monde entier.
Grâce
la publication des travaux très importants d'audacieux exégètes,
de linguistes et d'archéologues contemporains, cette entreprise
est enfin devenue possible. Elle permet de plonger sans risques
excessifs dans la fosse d'orchestre et d'explorer les coulisses du théâtre
biblique à la recherche des cordes, des poulies, des jeux de
lumière et de toute la machinerie sonore qui rendent la représentation
tellement brillante et convaincante qu'elle semble plus vraie que le
vrai. Il en est ainsi de toute représentation théâtrale réussie, dont
on sait qu'au théâtre, la vérité est une vérité de théâtre.
4
- Le rôle du principal rédacteur du scénario
Il
s'agit donc d'abord de rechercher les auteurs du récit,
lequel n'est évidemment pas tombé de la stratosphère,
et d'analyser les conditions dans lesquelles celui-ci a été rédigé,
puis porté à la connaissance des fidèles de ce dieu.
J'ai
décrit dans le chapitre IV (
Comment le cerveau d'un peuple est devenu un bunker (§
10 à 14) le retour
d'un Esdras pathétique rassemblant sur le parvis d'un temple grossièrement
remis en état, la maigre population des exilés revenus en Judée, auxquels
se sont joints des groupes de pauvres hères demeurés sur
place et que Nabuchodonosor n'avait pas jugés dignes de figurer dans
le groupe des déportés. C'est à ce public de gens simples et ignorants
que le scribe Esdras a lu, pour la première fois, et à
la suite, la totalité des cinq Livres du Pentateuque
ou Thora, c'est-à-dire la Genèse, l'Exode,
le Lévitique , les Nombres et le Deutéronome,
seul livre dont
certains Judéens
connaissaient une première version depuis le règne du roi Josias.
Il
est, en effet, désormais établi que la rédaction du texte de la Genèse
est postérieure à la grande défaite l'armée judéenne à
Meggido et à la mort du roi Josias, le grand réformateur du javhisme,
qui avait imposé et codifié officiellement un premier état du culte
de ce dieu à l'intérieur de son petit royaume.
Or,
depuis le grand désastre de Meggido, le dieu Jahvé est en perdition.
Conformément à l'esprit de l'époque, la déroute d'une armée était vécue
comme le signe de l'impuissance du dieu, qui était censé combattre à
sa tête. C'était donc, dans l'esprit des populations de l'époque, le
dieu Jahvé lui-même qui, à la tête de l'armée de Josias, avait
été vaincu par le dieu égyptien, lequel avait permis la victoire de
l'armée du pharaon Nechao II sur les troupes de Josias.
A
la suite de cette défaite, les Judéens dépités et furieux d'avoir un
dieu aussi faible, aussi peu fiable et aussi ingrat à l'égard d'un roi
qui avait tant fait pour son culte, étaient retournés au culte d' idoles
multiples et le royaume de Juda, auquel le roi Josias avait donné un
éclat et une unité politiques tels qu'il n'en connut plus jamais de
semblables durant sa courte existence, était tombé, avec le règne
des successeurs incapables de ce roi, dans une décrépitude politique
de plusieurs décennies dont la puissance babylonienne a su profiter.
En
effet, toute l'œuvre théologico-politique de Josias, le véritable
instaurateur du jahvisme, était détruite, le temple inauguré par Ezéchias
- et non par Salomon - et embelli par son arrière-petit fils, Josias,
avait été mis à sac et son trésor avait pris, lui aussi, le chemin de
Babylone. La destruction de Jérusalem signait la fin de l'indépendance
du petit royaume de Juda qui devint la province perse de Yehoud, selon
la terminologie araméenne et les Judéens furent désormais nommés Yehoudim,
ce qui fut traduit par Juifs.
J'ai
détaillé dans le chap. II (
L'invention du "peuple élu" et
de la "Terre Promise"
) les circonstances de l'immense drame politique et
théologique que fut la prise de Jérusalem par Nabuchodonosor et le transport
à Babylone de l'élite des habitants du royaume de Juda, à savoir le
roi, sa famille, les fonctionnaires du temple et tous les artisans,
notamment ceux qui étaient spécialisés dans la métallurgie et le travail
des métaux, dont le nouvel empire avait un urgent besoin afin de renforcer
son armée.
Le
vide n'avait évidemment pas tardé à être comblé par une immigration
de populations des cités environnantes, arrivées avec leurs dieux particuliers
et qui ont ajouté, comme il était d'usage à l'époque,
le culte du dieu local à leur panthéon, ce que a conduit la religion
de la petite Judée à un polythéisme de fait, et l'a ramenée à une situation
antérieure à la première réforme religieuse hénothéiste du roi Ezéchias.
Idole assise
représentant sans doute la Grande Déesse Mère, Lac de Gennesareth (Tibériade)
- 6000 av. JC
Durant
cette période, le dieu Jahvé, noyé au milieu d'une foule d'autres collègues,
avait bien failli se trouver relégué, à l'instar de ses célestes contemporains,
dans les oubliettes de l'histoire. L'exil à Babylone signait l'acmé
de sa déroute, puisque cette fois, Jérusalem était en ruines, le temple
rasé et la société du petit royaume entièrement
décapitée. C'était, pour les Judéens, une catastrophe
équivalente à la perte des précieuses cages de pierres plates dans lesquelles
les primitifs Ouhlamrs entretenaient les braises de leur source de vie.
5
- Comment ressusciter le dieu Jahvé?
Il
s'agissait donc pour les scribes-lévites exilés à Babylone de rafistoler
les cages de pierres plates, de ranimer les braises de la tribu et de
tenter de ressusciter le dieu vaincu et moribond. Ils s'y employèrent
avec ardeur et le succès que l'on sait. C'est à cette occasion que le
Deutéronome, rédigé du temps de Josias, a subi une manière
de toilettage théologique afin de l'intégrer aux quatre premiers livres
du Pentateuque - ou Thora dans la terminologie
du judaïsme - et que le Deutéronome rénové prit place
en cinquième position.
De
nombreux rédacteurs s'attelèrent à cette tâche, comme en témoignent
les différents styles d'écriture dont on peut suivre la trace dans les
chapitres successifs.
Ils entreprirent, dans le chapitre intitulé Genèse, de
tout reprendre à zéro et se mirent en devoir d'expliquer l'origine de
l'humanité, autrement dit, celle du peuple hébreu - ce qui, dans leur
esprit, était une seule et même chose, puisque seuls les Hébreux étaient,
à leur yeux, des "hommes". D'ailleurs, le Talmud
l'exprime avec la délicatesse qui caractérise une multitude de ses jugements:
"Les Israélites seuls sont appelés hommes, mais les idolâtres
, auxquels appartiennent les chrétiens, qui adorent une idole, viennent
de l'esprit impur et sont appelés cochons". (Jalqût Reûbeni,
10b.) Dans
l'ensemble des recueils regroupés sous le nom de Thora,
le destin du reste de l'humanité ne fait en aucune manière partie
des préoccupations des scripteurs. Les peuples environnants ne sont
cités qu'en tant qu'ennemis à vaincre, à exterminer, à piller ou à utiliser.
Dans
l'Exode, les rédacteurs de l'exil babylonien reprirent
le récit d'évènements qui figuraient déjà dans le texte rédigé par les
lévites du temps du temps du roi Josias, mais ils y ajoutèrent des variantes,
ce qui explique les innombrables doublons et les contradictions entre
les récits d'un même évènement, comme par exemple le récit des rencontres
de Moïse et de Jahvé ou des entretiens qui leur sont attribués.
Comme ces rédacteurs étaient des fonctionnaires du culte, ils s'employèrent,
dans le Lévitique, à codifier leur propre rôle futur.
C'est ainsi que figure dans ce texte une interminable et minutieuse
énumération des actes sacerdotaux, des devoirs et des privilèges des
prêtres - les lévites - ainsi que celle des obligations des fidèles.
Afin de plaire au dieu Jahvé, tout le monde était contraint de se plier
à un rituel soigneusement élaboré. En somme, il s'agissait de renouveler
quotidiennement et selon des règles strictement établies, le gros tas
de racines de nénuphars à offrir en hommage au céleste mammouth en chef
et de bien préciser comment les laver et les présenter afin qu'elles
fussent agréables aux papilles du maître du monde. Apprivoisé par les
hommages de sa tribu bien-aimée, le dieu serait prêt, lorsque la nécessité
se ferait sentir, à écraser de ses grosses pattes velues tous les ennemis
de ses chouchous.
Dans
le quatrième et dernier chapitre ajouté, les Nombres,
les interminables listes généalogiques, les dénombrements et les recensements
des Israélites de sang pur manifestent l'esprit de clan et de ségrégation
d'une petite tribu exilée, repliée sur elle-même et obsédée par la non
pollution des lignées. Le ver était introduit dans le fruit. La pulsion
d'une mise en évidence de la nécessité de maintenir la
pureté raciale des familles inaugurait la politique drastique de purification
ethnique qui sera mise en application d'une main de fer par les grands
épurateurs que furent Esdras et Néhémie lors de leur retour à Jérusalem,
comme je l'ai décrit ci-dessus. Elle n'a jamais cessé d'obséder
les fidèles de ce dieu.
Son application sur
le terrain par Esdras et Néhémie a été d'autant plus facilement
couronnée de succès que le petit peuple demeuré sur place, privé de
ses cadres royaux et sacerdotaux, a vivoté misérablement pendant un
demi-siècle et n'avait pas les moyens de résister psychologiquement
à des lois présentées par des envoyés de
l'empereur et des sortes de porte-parole de la divinité. Néhémie,
devenu un important fonctionnaire à la cour de Babylone représentait
officiellement l'empereur Artaxerxès. Il était ce qu'on appellerait
aujourd'hui un "homme d'influence", comme le fut l'Attali de
M. Mitterrand ou le Gaino de M. Sarkozy. Tel un envoyé de l'AIPAC américain
ou des riches banquiers de la City de nos jours, il est arrivé dans
la province misérable et ruinée les poches pleines d'argent,
de cadeaux et de promesses. Les moyens financiers dont l'avait gratifié
l'empereur Artaxerxes se sont révélés de nature à renforcer considérablement
la puissance de conviction des arguments théologiques d' Esdras.
L'actuelle
politique de ségrégation raciale de l'Etat d'Israël
se situe donc dans continuité directe des écrits babyloniens
et les Palestiniens en vivent
quotidiennement les conséquences pernicieuses.
6
- Les conditions de l'existence d'un dieu dans
l'histoire
Dans
l'alliance dont les Judéens ont appris l'existence
par la bouche d'Esdras - en même temps que celle du lointain ancêtre
auquel ils devaient cette faveur - que recevait le dieu en échange de
son cadeau territorial? Quel plat délectable les supposés descendants
du dépositaire de la promesse surnaturelle faite au rêveur offraient-ils
à leur dieu à ce moment-là de leur histoire?
Ils
lui offraient l'essentiel, la condition absolue pour qu'un dieu puisse
continuer à jouir d'une existence politique, donc historique, à savoir
leur fidélité et leur adoration.
En effet, qu'est-ce qu'un tyran sans vassaux sur lesquels exercer sa
tyrannie? Qu'est-ce qu'un dieu sans fidèles et sans manifestations concrètes
de leur adoration? Lorsque plus personne n'a adoré Mardouk, Mardouk
est mort. L'adoration des fidèles est l'oxygène des dieux. Lorsque le
dieu chrétien a capturé les fidèles de Jupiter, Jupiter
est mort, Isis, Osiris, Amon Râ n'ont plus de fidèles, Mardouk
n'a plus d'adorateurs, Odin, Wotan, Frija, gisent au fond des
mers glacées du septentrion, Camos, Melqarth, Hadad, Baal,
tous ces collègues de Jahvé, qui régnaient en maîtres sur les
cités voisines de la Judée, ont même totalement disparu de la mémoire
des hommes. Les Cananéens
n'ont pas eu l'imagination assez fertile pour se faire attribuer leur
territoire par Camos.
C'est la foi des fidèles et l'organisation concrète du culte
qui fournissent aux dieux les conditions de leur existence. C'est donc
à Babylone que furent mises au point les conditions de la renaissance
du dieu Jahvé et que les lévites-notaires rédigèrent les clauses du
contrat de l'"alliance" renouvelée entre le dieu et les Judéens.
Les rédacteurs de l'exil ont exprimé dans ces textes leur
propre vision de l'avenir de la communauté judéenne et institutionnalisé
les formes
fondamentales du nouveau et véritable monothéisme juif. Le polythéisme
qui sévissait encore avant l'exil fut définitivement banni.
C'est à Babylone
et durant le demi-siècle de l'exil que le groupe de Judéens
semble avoir rompu de façon définitive avec le culte des cippes et des
dieux locaux.
En
revanche, l'organisation de la séduction - ou de la corruption
- de la divinité fut, dans le nouveau jahvisme soigneusement
organisée. En effet, les pactes ou les alliances étaient,
dans toutes les religions, accompagnés d'offrandes ou de sacrifices
solennels au cours desquels des animaux de boucherie en grand nombre
étaient égorgés. Les Judéens ont maintenu
cette tradition. Les animaux étaient coupés par moitié
et l'on disposait les moitiés en face les unes des autres. Un
feu mystérieux censé circuler au milieu des bêtes
dépecées signalait l'acceptation par la divinité
de l'offrande et du pacte. C'est ainsi que dans l'épisode de
la Genèse cité ci-dessus et décrivant
le songe d'Abraham,
"des flammes passèrent entre les animaux partagés", ce
qui signifiait donc que le dieu Jahvé avait agréé
le sacrifice et en était satisfait. "Ce jour-là, l'Eternel
fit alliance avec Abraham." (Gn 15, 17-18)
Mais on n'imaginait pas qu'il pût ne pas y avoir réciprocité
et que le dieu serait assez méchant, assez intéressé
et assez glouton pour dévorer la viande sans rien donner en
échange. C'est pourquoi les scribes de l'exil babylonien
avaient signifié que l'alliance avec leur dieu se trouvait
scellée par l'octroi d'un
gigantesque territoire. De même que pour un sans-abri avoir un
toit à soi constitue le rêve le plus précieux, un
groupe humain déraciné, déplacé de force,
ne trouve rien de plus précieux à désirer qu'une
patrie, et une patrie puissante, riche, capable de s'opposer aux empires
environnants. On comprend donc aisément que les Judéens
exilés se soient fait attribuer par leur dieu la propriété
d'un vaste territoire, source de richesse et garant de leur sécurité
future.
Le texte de la Genèse lu par Esdras au peuple rassemblé
devant le Temple constituait en quelque sorte l'acte notarié officiel
qui scellait à la fois la possession de la terre et la renaissance
dans l'histoire d'un dieu qui avait failli disparaître corps et biens.
Ce cadeau effaçait le handicap psychologique qu'avait représenté la
défaite de Meggido, la mort du roi Josias, la destruction du temple
et la déroute de l'exil. Tout en retrouvant le privilège de compter
de nouveau des fidèles ardents, sans l'existence desquels il serait
mort le dieu Jahvé les retrouvait enchaînés comme ils ne l'avaient jamais
été auparavant par un câblage de règles et d'obligations impératives
dont ce peuple ne devait plus jamais sortir.
7
- Avantages et inconvénients politiques du fanatisme religieux
Le fanatisme ritualiste
instauré à Babylone fut, durant les cinq siècles
qui suivirent, la source de la renaissance et de la cohésion
de la société judéenne. Sans la poigne de fer des
religieux, appelés zélotes ou pharisiens,
l'exil en Babylonie aurait signé l'arrêt mort du dieu Jahvé
et la disparition de la société judéenne qui se
serait fondue dans les nombreuses ethnies voisines - les Cananéens,
les Philistins, les Egyptiens, les Perses, les Assyriens, les Hyksos
et plus tard les Grecs et les Romains qui avaient occupé le territoire
durant plusieurs millénaires avant l'arrivée tardive -
vers -1 100 - de tribus d'Hébreux. Les chaînes religieuses
ont soudé l'ethnie reconstituée après le retour
des exilés.
Mais l'expérience
historique démontre que le fanatisme religieux fut en même
temps la cause profonde de la décadence politique de la province
et finalement de sa disparition comme acteur autonome dans l'histoire.
Il fut, en effet, à l'origine de tous les grands malheurs qui,
avec une régularité stupéfiante, frappèrent
le groupe et empêchèrent ce peuple de prendre réellement
racine en Palestine et d'habiter, au sens chtonien, la terre
qu'il avait progressivement conquise environ un millénaire avant
notre ère.
En effet, des révoltes
périodiques des fanatiques religieux émaillèrent
à intervalles quasi réguliers l'histoire de la Judée,
provoquant à chaque fois une catastrophe sociale et la destruction
du pays. Les plus connues sont celles de Judas Maccabée en
-162 contre les conquérants grecs à la suite de l'édification
d'un autel dédié à Zeus au coeur du temple de Jérusalem.
Représentation
de Judas Maccabée
Puis vint la grande
révolte de 66 à 73 contre l'empire romain suscitée
une fois de plus par les Pharisiens et qui aboutit à une guerre
meurtrière de quatre années contre les légions
de Titus qui assiégèrent, pillèrent puis détruisirent Jérusalem et le
temple d'Hérode en 70, ainsi que les places fortes de Gamla et de Massada.
Malgré l'opposition
du clergé officiel, une troisième révolte religieuse
suscitée par le fanatique Simon Bar-Kokhba, un temps considéré
par les juifs comme leur messie, souleva le peuple en 132 contre l’empereur
romain Hadrien qui avait cru pouvoir construire un édifice dédié
à Jupiter sur l'emplacement du temple. Il fallut deux ans de guerre
acharnée et l'envoi de douze légions pour que les Romains parvinssent
à venir à bout de la rébellion.
On pouvait alors appliquer
à la capitale de la Judée la célèbre phrase
de Caton l'ancien, Cartago delenda est (Carthage doit être
détruite)en la modifiant légèrement
. Cette fois, Ierusalem deletta est, Jérusalem
était détruite. Cette défaite signait la fin
de la présence des juifs à Jérusalem, désormais
interdits de séjour dans la ville, qui fut rasée sur ordre d'Hadrien.
L'empereur fit édifier sur le site une ville romaine, Ælia
Capitolina. Mais les juifs n'étaient pas chassés de
l'ensemble de la province, seule la capitale leur était interdite.
Néanmoins, c'est à partir de ce moment qu'est né
le mythe d'un "peuple juif chassé de la totalité
de sa patrie" et condamné à errer dans le monde.
Bas-relief
romain représentant le pillage du temple de Jérusalem
à la suite de l'écrasement de la révolte de Simon
Bar Kochba
Je rappelle pour mémoire
une guerre quasi oubliée de la mémoire des historiens,
menée entre 115 et 117 par des juifs, mais en dehors du territoire
de la Judée et appelée guerre de Kitos ou de
Quiétus du nom du général romain chargé
par l'empereur Trajan de mater les mutins. Des villes entièrement
juives ou à forte majorité juive en Cyrénaïque,
en Egypte, en Grèce, à Chypre, en Asie Mineure, en Arménie,
en Mésopotamie, en Abiadène, se soulevèrent avec
un ensemble qui prit de court les Romains. Des hordes fanatisées
se répandirent dans les contrées comme une traînée
de poudre et détruisirent tous les temples "païens"
qu'ils rencontraient, ainsi que les thermes et tous les édifices
civils symboles du pouvoir romain, tout en exterminant au passage la
population grecque et romaine des villes ravagées.
La cavalerie
maure du général Lusius Qietus représentée
sur la Colonne trajane
La répression
des Romains fut terrible et sanglante. La population des innombrables
juifs qui s'étaient volontairement expatriés dans le bassin
de la Méditerranée et qui avaient quasiment constitué
des enclaves autonomes, fut décimée. Tout en prenant place
dans la suite des révoltes récurrentes de la Judée,
cet épisode prouve, de plus, qu'il a existé depuis les
origines une très importante diaspora judéenne volontaire
et que, à l'instar de la situation actuelle, la population des
juifs ayant choisi de résider hors de Judée était
plus nombreuse que celle de l'intérieur de la province.
La destruction des
villes révoltées eut également des conséquences
désastreuses pour le mouvement chrétien naissant qui,
à l'origine, se développait principalement en milieu juif,
les Romains ne faisant pas de différences entre ces deux mouvements
religieux.
On ne peut comprendre
ces révoltes qu'en ayant présente à l'esprit l'horreur
des populations juives, tant à l'intérieur qu'à
l'extérieur de la Judée, pour tout ce qui rappelait le
polythéisme et le culte des idoles, dont ils s'étaient
eux-mêmes débarrassés depuis le retour d'exil, ce
qui ne les a pas empêchés de sacraliser leur propre lieu
de culte, considéré comme la "maison de Jahvé".
La présence de statues de dieux étrangers ou de conquérants
foulant le parvis de leur temple représentait à leurs
yeux une profanation insupportable. C'est pourquoi ces révoltes
étaient aussi prévisibles qu'inexpiables face à
des empires à la fois polythéistes et pour lesquels les
divinités étaient si parfaitement incarnées dans
le marbre des statues qu'il arrivait qu'une ville enchaîne son
dieu afin de ne pas se le faire voler par une cité concurrente.
Face à ce type d'idolâtrie, le monothéiste juif
qui interdisait toute représentation de son dieu, témoignait
d'un réel progrès spirituel.
Mais, on voit, de
nos jours, qu'un vestige de maçonnerie, non pas du temple, c'est-à-dire
de l'édifice abritant le "saint des saints" et de l'autel
situé devant lui, sur lequel le prêtre sacrifiait les animaux
de boucherie, ni même des bâtiments annexes rattachés
au sanctuaire, mais d'un simple mur de soutènement d'une
gigantesque terrasse destinée à accueillir la foule des
riches pélerins accourus depuis la quasi totalité des
villes du bassin de la Méditerranée et dont l'astucieux
roi Hérode avait compris que les pélerinages etaient sa
principale source de richesse, que ce vestige de fondations, dis-je,
destiné à compenser la déclivité du terrain,
est devenu un lieu de culte vénéré et quasiment
idolâtré.
Prières
au pied du mur d'Hérode
L''idolâtrie
chassée par la porte trouve toujours le moyen de se faufiler
par la fenêtre. Si le roi iduméen haï de son vivant
par toute la population et notamment par les Pharisiens en raison de
ses turpitudes, mais surtout parce qu'il n'était pas juif et
qui, d'ailleurs, s'empressait d'oublier, lors de ses très nombreux
séjours en Grèce et à Rome, la fine pellicule de
judaïsme qu'il affichait à l'intérieur de son royaume,
si ce roi bâtisseur hellénisé, passionné
d'architecture qui, sacrilège des sacrilèges éleva
un temple à l'empereur romain Auguste en Samarie, fit construire
des théâtres, des amphithéâtres, des thermes
à Sidon, à Damas, à Laodicée, un aqueduc à Ascalon, des gymnases
dans des villes grandes et petites, dont on sait que la nudité
des participants y était la règle au grand dam des Pharisiens,
ce roi qui finança largement le renouveau des jeux olympiques
en Grèce, qui gratifia Athènes, Lacédémone, Nicopolis,
Pergame et d'innombrables autres cités du bassin méditerranéen
de ses largesses, si ce roi-architecte revenait sur terre, il considèrerait
probablement avec une stupeur ironique qu'un morceau de maçonnerie,
fruit de sa mégalomanie architecturale, dont seules les sept
premières rangées de pierres à partir du sol ont été mises
en place par ses soins et qui n'avait aucune destination religieuse
- le centre et le haut datant des omeyyades et des croisés -
que ce reste de fondation, dis-je, est devenu l'objet d'une vénération
passionnée de la part de religieux qu'il tenait de son vivant
en si piètre estime.
voir V
- La théocratie ethnique dans le chaudron de l'histoire,
§ 14-15.
Une expérience
historique calamiteuse de nature apparemment semblable fut répétée
au début du XXe siècle lorsque la puissante et riche colonie
juive des Etats-Unis d'Amérique "déclara la guerre
à l'Allemagne" en 1933, pour reprendre le titre des
journaux de l'époque; mais cette insurrection était, en
réalité, très différente en ce qu'il ne
s'agissait nullement d'un soulèvement populaire d'origine religieuse,
mais d'une décision politique et économique prise en toute
connaissance de cause quant à ses conséquences prévisibles,
par les décideurs financiers anglo-saxons. Un boycott sévère
de ses exportations et un embargo sur ses importations accablèrent
une Allemagne déjà exsangue après la défaite
de 1918 et les conditions léonines qui lui avaient été
imposées par le traité de Versailles.
Le mouvement sioniste
était officiellement né à Bâle en 1897 et
la lettre adressée à Lord Rotschild en 1917 et connue
sous le nom de "Déclaration Balfour", lui avait
donné des ailes. Ce n'étaient plus des décisions
cultuelles qui mobilisaient les cerveaux des dirigeants du mouvement
sis à Londres et à Washington, mais des motivations politiques
beaucoup plus concrètes. J'y reviendrai ultérieurement.
J'ai d'ailleurs montré
dans le texte sur l'analyse du destin et de l'action de l'homme de l'ombre
- le Colonel House - qui dirigeait la tête et la politique
du président Woodrow Wilson, comment les puissants banquiers
et autres décideurs de la loge maçonnique B'nai Brith,
ainsi que des nombreuses et puissantes organisations communautaires
juives étaient déjà à la manoeuvre lors
des négociations du traité de Versailles en 1919. Le boycott
des produits allemands décrété en 1933 s'inscrivait
dans la continuité de la polique anglo-saxonne amorcée
au milieu du XIXe siècle .
Voir : Du
Système de la Réserve fédérale au camp de concentration de Gaza
- Le rôle d'une éminence grise: le Colonel House
En revanche, ce que
cet évènement, que les historiens s'efforcent d'occulter
avec un bel ensemble, eut de commun avec les précédentes
insurrections, c'est qu'une fois de plus, c'est la population juive
ordinaire qui eut à subir de terribles représailles d'un
régime nazi rendu enragé.
Comment ne pas faire
un parallèle avec la politique de pressions et de sanctions économiques
ravageuses imposées aux populations civiles par les mêmes
puissances financières, hier à l'Irak et aujourd'hui à
l'Iran?
Vendredi
24 mars 1933: "La Judée déclare la guerre à
l'Allemagne"
Pour
plus de détails sur cet épisode, voir V
- La théocratie ethnique dans le chaudron de l'histoire,
§16: D'un désastre à l'autre
L'histoire se révèle
un serpent qui se mord la queue. En effet, les mêmes causes produisent
toujours les mêmes effets. Depuis 1945, le balancier s'était
hardiment élancé en direction d'un triomphe du sionisme
à la fois au Moyen-Orient et dans tout l'Occident. Mais des signes
de plus en plus nombreux, tant à l'intérieur qu'à
l'extérieur de l'Etat surgi en 1947, indiquent que le balancier
de Chronos a amorcé - lentement - son mouvement en sens inverse.
Alors que le messianisme religieux conquérant fut longtemps le
moteur incontesté de la légitimité psychologique
des colons qui affluaient en Palestine, l'Etat sioniste est en train
de découvrir qu'il est sapé de l'intérieur par
le développement exponentiel d'un fanatisme religieux qui mine
la société et ruine l'image d'une démocratie moderne
qu'il s'efforce d'imposer sur la scène internationale.
On a pu lire dans
le Jérusalem Post du 4 novembre 2011 les propos
alarmistes d'un ancien chef du Mossad, Efraim Halevy, lequel
a déclaré qu'"Israel's true existential danger
comes from within". M. Efraim Halevy a été rejoint
à la fois par l'ancien chef d'Etat-major de la Tsahal piteuse
de la deuxième guerre du Liban, Dan Halutz et par un autre
ancien directeur directeur du Mossad, Meir Dagan. Ces ex-responsables
des services secrets et de l'armée considèrent en coeur
que, contrairement aux aboiements alarmistes de MM. Netanyahou et Lieberman,
ce n'est pas l'Iran et y compris sa potentielle bombinette qui, face
aux deux à trois cents missiles à tête nucléaire
de l'Etat hébreu, représentent une "menace
existentielle" pour cet Etat, mais la multiplication des
fanatiques religieux dans tous les corps de l'Etat et notamment dans
une armée en principe mixte, alors que tous ces hyper religieux
et hyper fanatiques sont férocement misogynes et n'acceptent
pas de combattre dans des régiments dans lesquels figureraient
des femmes, pourtant elles aussi astreintes à un service militaire
de deux ans et qui occupent également des postes de commandement
.
Soldat
de la secte haredim
L'histoire est facétieuse.
L'Etat sioniste est peut-être en train d'être dévoré
par le cancer de son propre mythe fondateur mensonger, à moins
que son hubris le porte à une folie militaire qui, plus
rapidement que le cancer du fanatisme religieux, l'entraînera
- et le reste du monde avec lui - dans une nouvelle catastrophe inouïe.
8
- Les créateurs de dieux
Le cerveau des hommes
est ainsi fait qu'ils se croient en permanence sous le regard ou en
communication avec des forces mystérieuses, plutôt redoutables
et méchantes, qu'il s'agit d'apprivoiser, de séduire ou
de corrompre en leur offrant ce qu'on jugerait soi-même le plus
précieux. C'est ainsi que les peuples anciens ont longtemps offert
en sacrifice à leur dieu leur enfant premier-né. Puis,
les humains ont sacrifié des animaux de boucherie, les plus beaux,
les plus parfaits et les plus gras, dont on brûlait les parties
qu'on trouvait soi-même les plus délicieuses. L'inauguration
du temple par le roi Hérode fut accompagnée d'un sacrifice
de trois cents boeufs. Les bouchers-sacrificateurs opéraient
jour et nuit. Dans toutes les religions se trouve exposé, et
conformément à la psychologie de chaque peuple, tout l'arsenal
des rites et des prières par lesquels les humains établissent
leurs relations privées ou collectives avec le surnaturel.
Naturellement, les scribes de l'exil babylonien n'étaient pas conscients
en toute lucidité du mécanisme à la fois théologique et politique qu'ils
avaient élaboré. Personne n'est en mesure d'éclaircir vraiment
ce qui est conscient et ce qui ne l'est pas, de démêler
le mélange de sincérité, de poésie, mais
aussi d'esprit politique et même de rouerie qui habite les rédacteurs
de textes religieux. Qu'est-ce que l'inspiration religieuse? La question
est sans réponse, mais ce qui est certain, c'est qu'il s'agit toujours
d'esprits politiques et même de très fins politiques et de connaisseurs
des conditions de la vie en société. En général, le juge
de paix est le succès ou l'échec. C'est lui qui décide de l'avenir de
l'entreprise dans l'histoire, donc de la définition de ce
qui sera tenu pour la vérité ou pour l'erreur.
Ainsi,
pour les juifs, le christianisme est une secte qui a réussi à s'imposer
et le Talmud n'a pas de jugements assez violents, méprisants
et même carrément répugnants pour désigner Jésus et les chrétiens :
Gittin 57a. dit que "Jésus est dans l'enfer, bouillant
dans des excréments." Quant à Sanhedrin 43a. ,
il écrit que "Yeshu le Nazaréen a été exécuté parce qu'il
a pratiqué la sorcellerie."
De
nos jours, les temps sont devenus plus difficiles pour les créateurs
de dieux. Alors que Jahvé est la divinité d'un petit peuple spécifique
dont l'étroit champ d'action se résume à un seul groupe humain restreint
et, à l'origine, à l'étroit territoire qu'il occupait, comme ce fut
le cas pour tous les dieux locaux de l'époque, les deux monothéismes
qui ont succédé à la religion de Jahvé à partir du bassin de
la Méditerranée, ont élargi leur espace religieux, politique,
psychique et géographique et se sont ouverts à la totalité du
globe terrestre, car leur message concernait dorénavant tous les hommes
de bonne volonté. Les adeptes d'une secte ésotérique qui
a sévi dans les années 1980, et appelée Ordre
du temple solaire (OTS), avaient cru qu'ils pourraient ouvrir davantage
encore
leur territoire mental, occuper
l'espace intersidéral et délocaliser le centre de leur prédication sur
Sirius. La tentative a échoué, mais il était logique qu'elle ait été
tentée à l'heure où l'astronomie ouvre l'espace interstellaire aux rêves
des hommes. Peut-être le temps des dieux extérieurs à la conscience
des humains est-il en train de s'achever sous nos yeux.
9
- Les héroïques explorateurs des coulisses du théâtre religieux
Jusqu'à ces deux dernières décennies, tous les commentateurs des écrits
fondateurs du judaïsme - mais également du christianisme ou de l'islam,
nés du même terreau - étaient polarisés sur le contenu des textes
du Pentateuque. Personne ne doutait que les récits relatés
étaient véridiques au sens historique du terme, que les personnages
avaient existé en chair en os, qu'ils s'étaient manifestés dans les
circonstances décrites dans les textes bibliques et que l'histoire de
la Judée se confondait avec celle de l'humanité. Bossuet avait la certitude
que la Bible était un livre d'histoire et que Dieu avait bien créé le
monde il y avait quatre millénaires.
Renan lui-même ne contestait pas la chronologie globale des évènements
et l'existence historique des personnages rapportés dans la Bible.
mais comme il était un philologue averti et professeur d'hébreu
au Collège de France, il avait constaté, par exemple,
que la deuxième partie du texte attribué à Isaïe n'était
visiblement pas du même auteur que la première et que ces
deux textes ne dataient pas de la même époque. Il avait
également noté que la syntaxe et la grammaire des textes
du Pentateuque ne pouvaient pas dater de l'époque à
laquelle on s'imaginait que Moïse avait vécu et que le Livre
attribué au prophète Daniel est un apocryphe.
Bien que certaines parties de son Histoire du peuple d'Israël
soient dépassées, son tome I, dans lequel il étudie
les relations entre la géographie, la langue et la naissance
progressive du jahvisme, sont irremplaçables. "Les racines
sémitiques sont sèches, inorganiques, absolument impropres
à donner naissance à une mythologie. [...] Chez les Sémites,
ce n'est pas seulement l'expression, c'est la pensée même
qui est profondément monothéiste. Les mythologies étrangères
se transforment entre les mains des Sémites en récits
platement historiques." (T.1, pp. 48-49) On comprend par quel
processus linguistique la fiction ressemble à un exposé
historique.
Or, une véritable révolution copernicienne est intervenue récemment
dans notre compréhension des textes bibliques. Alors que les exégètes
anciens se contentaient, soit de paraphraser les textes bibliques, soit
de rechercher dans l'histoire évènementielle des éléments
de confirmation des récits religieux, la prise à revers contemporaine,
si je puis dire, qui a consisté pour les savants européens et anglo-saxons
actuels à effectuer
un véritable travail de critique des textes et à retrouver les traces
qui permettent de les situer dans le contexte historique qui a présidé
à leur rédaction, a permis de mettre en évidence les matériaux littéraires
qui correspondent à l'époque à laquelle ils ont été rédigés. On peut
dorénavant dater cette rédaction avec une quasi certitude.
L'extraordinaire
travail d'érudition et de précision de Mario Liverani (La
Bible et l'invention de l'Histoire), par exemple, aboutit à
une remise en cause drastique de l'histoire antique de la Judée et,
par voie de conséquence, conduit à une réécriture implacable
de l'histoire de l'Israël moderne telle qu'elle a été imposée par David
Ben Gourion depuis la création de cet Etat.
Voir
: David
Grün, alias Ben Gourion, et la naissance de l'"Etat juif"
Comme
c'est sur l'arrière-monde mythologique dans lequel la fiction biblique
s'est métamorphosée en religion, puis la religion en histoire,
que repose la légitimation de la narration sioniste, il est évident
que les analyses des exégètes contemporains ne pouvaient que susciter
un rejet féroce de la part du personnel politique et religieux israélien,
puisqu'il anéantit l'exceptionnalisme de type théologique qui fonde
la légitimité morale de la création de leur Etat. "Si Dieu ne
nous a pas donné cette terre, nous sommes des brigands", reconnaissent
d'ailleurs les dirigeants israéliens.
Un bouleversement aussi radical de notre compréhension de l'histoire
des textes bibliques, donc de l'histoire réelle de la région, rencontre
également des oppositions vigoureuses en dehors du judaïsme. Par ricochet,
la remise en question de la narration biblique et de certains de ses
héros symboliques affecte les deux autres monothéismes qui en ont adopté
certains épisodes et certains personnages. C'est ainsi que la traduction
française de l'ouvrage du grand exégète et historien italien, Mario
Liverani, cité ci-dessus et publié par un éditeur catholique - les éditions
Bayard - s'est trouvée flanquée d'une préface prudentissime d'un tenant
de l'ancienne école et spécialiste de l'analyse narrative du Pentateuque,
le Père Jean-Louis Ska, Professeur d'Ancien Testament à l'Institut
biblique de Rome: "Un historien critique peut, écrit-il,
douter qu'Abraham ait eu un fils alors qu'il était centenaire.
(…) Ce n'est pourtant pas une raison suffisante pour jeter au rancart
les récits bibliques de la Genèse comme étant des tissus de mensonges…".
En somme, concède cet éminent ecclédiastique, l'esprit critique
n'a le droit de s'exercer que dans les marges. Il se voit assigner des
frontières à ne pas franchir: il s'agit de conserver l'essentiel de
la narration, de ne rien bouleverser du fond tout en donnant magnanimement
le droit d'aménager quelques détails qui sembleraient par trop invraisemblables
aux contemporains. On pourrait par exemple rendre un peu plus vraisemblable
l'âge auquel le vieux couple du patriarche aurait conçu un fils et excuser
le péché véniel du rédacteur biblique qui a porté cet exploit à la centaine
pour des deux époux.
En revanche, même si des découvertes archéologiques irréfutables démontrent
le contraire, il serait interdit de nier que Salomon vivait dans un
palais somptueux, qu'il aurait construit un temple mirifique ou que
David régnait sur un immense royaume, car cela mettrait à bas des pans
entiers de la fiction biblique et le désastre contaminerait les écrits
des évangiles chrétiens qui ont essayé de faire bénéficier le
fondateur du christianisme et sa mère du prestige mythique attaché à
la mémoire de ce roi et en font des descendants de "la Maison royale
de David".
Voir
: 1
- La bible et l'invention de l'histoire d'Israël
C'est ainsi qu'en dépit de la "richesse foisonnante de détails"
fournis sur les personnages de David et de Salomon, écrivent dans Les
rois sacrés de la Bible (p.115),
les archéologues juifs américains Finkelstein et Silberman - que personne
ne saurait soupçonner d'être hostiles à Israël - la "Maison royale
de David" n'a existé que dans l'imagination des scribes de l'exil.
Dans La Bible dévoilée, les mêmes auteurs concluent que
"l'image que l'on se fait de Jérusalem à l'époque de David, et
davantage encore sous le règne de son fils, Salomon, relève, depuis
des siècles, du mythe et de l'imaginaire romanesque. "(p.208)
"Il s'agit de la peinture d'un passé idéalisé, d'une sorte d'âge
d'or nimbé de gloire." (p.201)
Les deux personnages David et Salomon, si importants dans l'imaginaire
des Israéliens d'aujourd'hui ont, certes, existé, mais plutôt comme
chefs de bande ou chefs de villages, car "à l'évidence, la Jérusalem
du Xe siècle était un petit village de montagne qui dominait un arrière-pays
à l'habitat dispersé" (La
Bible dévoilée, p.118)
écrivent nos archéologues. D'ailleurs la totalité de l'Israël de l'époque
(environ 1000 ans avant notre ère) ne comptait que quelques milliers
de fermiers et d'éleveurs.
Mais
pour autant, il ne s'agit nullement de "jeter au rancart les récits
bibliques", comme le craint le Révérend Père
Ska. Bien, au contraire, il nous faut essayer d'en comprendre la signification
historique à un autre niveau et d'affiner l'interprétation anthropologique
et psychanalytique de documents particulièrement révélateurs
du fonctionnement du cerveau des concepteurs, de celui des fidèles
et qui bouleversent de fond en comble notre ap-préhension de l'histoire
d'un pays et d'une région dont la fiction biblique constitue la pierre
d'angle et une manière fond de commerce politique.
En effet, l'arrière-monde religieux du discours sioniste repose sur
une revendication littérale des mythes bibliques. Or, celle-ci induit
la colonisation de la totalité de la terre de Palestine… pour commencer.
Mais ce n'est là qu'un effet secondaire de la pathologie principale
qu'est la croyance en la possession légitime de la terre par décret
divin. C'est donc avant tout la déconstruction rationnelle de l'ensemble
des mythes bibliques qui dynamitera les mythes sionistes et qui redonnera
au peuple palestinien la légitimité historique sur la terre qu'il habite
de génération en génération depuis toujours.
Que
dire de la cohérence mentale des dirigeants de la classe politique mondiale
qui se gargarisent d'idéalités universelles, d'invocations à
la Liberté, à la Démocratie, au Droit des peuples à disposer
d'eux-mêmes, tous principes applicables à tous les peuples de la terre,
sauf aux possesseurs légitimes de la Palestine, priés de déguerpir et
d'offrir leurs maisons et leurs propriétés à une foule d'immigrants
se réclamant d'une "alliance" conclue en rêve avec un dieu par
un personnage de fiction - le patriarche Abraham. Même ceux qui se déclarent
athées ne veulent pas renoncer au bénéfice matériel de ce pacte. "Cette
terre est à nous, clament-ils à tue-tête, c'est notre dieu qui nous
l'a donnée".
C'est
cette chimère auquel le sionisme est accroché qu'il cherche aujourd'hui
à concrétiser et à mettre en application sur le terrain.
10
- Les frontières du " Grand Israël "
"Je
donne ce pays à ta postérité, depuis le fleuve d'Égypte jusqu'au grand
fleuve, au fleuve d'Euphrate" , dit le texte. Pourquoi
avoir choisi les deux grands fleuves pour limites du territoire offert
par le notaire céleste? Les Judéens des VIe et Ve siècles avant notre
ère, date à laquelle à été inventée
l'"alliance" et le cadeau, entretenaient évidemment
des liens commerciaux avec les territoires voisins et notamment le royaume
des Pharaons - naturellement, la fuite des esclaves hébreux relatée
dans le livre de l'Exode est purement imaginaire et n'a
jamais été confirmée par la moindre preuve historique. D'ailleurs les
Cananéens, les plus anciens habitants de la région, ont
entretenu, durant les nombreux siècles qui précédèrent
l'arrivée dans la région des conquérants hébreux,
des liens étroits économiques et politiques avec la terre
des pharaons et connaissaient parfaitement la géographie de la
région. En revanche, les scribes-rédacteurs
du temps de l'exil babylonien, même s'ils avaient entendu parler
de l'existence d'un "fleuve d'Egypte", n'ont pas été
capables de le nommer.
La chimère du "Grand
Israël"
En revanche, et par
la force des choses, ils savaient qu'ils se trouvaient au bord du "fleuve
Euphrate".
On comprend donc que,
dans l'esprit des auteurs de la fiction littéraire, le "Grand Israël"
correspondait à la totalité du monde qui leur était connu à l'époque
et ils se sont mentalement installés entre les deux grands empires
d'Egypte et de Babylone. Si Nabuchodonosor avait transplanté les Judéens
au bord de la Mer Caspienne, le "Grand Israël" se serait étendu
"du fleuve d'Egypte à la mer Caspienne".
C'est donc au nom
du récit d'un rêve prêté au héros d'une fiction, dont on connaît la
date, les circonstances de sa rédaction et la manière dont il a été
porté à la connaissance du peuple par le scribe Esdras lors de son retour
de Babylone en -459, que le mouvement politique sioniste poursuit aujourd'hui
la chimère secrète de s'approprier l'est de l'Egypte, toute la Palestine,
la Jordanie, le Liban, la Syrie, la moitié de l'Irak, le nord de l'Arabie
saoudite et le Koweït.
11
- Israël , un Etat-Chimère
L'étymologie
du mot chimère renvoie au grec KHIMAIRA et désigne
la jeune chèvre d'un an qu'on immolait avant un combat en l'honneur
d'Artemis Agrotera, "la déesse de la natutre inviolée,
des corps intacts, des coeurs libres de passion". (André
Bonnard, Les dieux de la Grèce).
Durant le Moyen-Age,
la chimère était le symbole de désirs irréalisables,
d'où le sens actuel de l'adjectif "chimérique".
De nos jours, le mot chimère est utilisé dans son sens
dérivé d'illusion. C'est d'ailleurs en ce sens
que je l'ai sous-entendu dans le titre de ce texte.
En effet, l'actuel Etat sioniste caresse une illusion, un rêve,
un projet chimérique qu'il ne parviendra pas à concrétiser
en dépit de tout son attirail nucléaire. Chacune de ses
victoires est une victoire à la Pyrrhus. Telles les dents semées
par le dragon, chacune donne naissance à des régiments
d'ennemis.
Mais le mot "Chimère"
- avec sa majuscule - désigne également un animal fantastique
particulièrement méchant et imprévisible, de la
mythologie grecque, qu'Homère a évoqué dans le
Livre VI de l'Illiade. Monté sur le cheval ailé
Pégase, le beau Bellérophon a réussi à vaincre
ce monstre de Lycie, à corps de chèvre, à double
tête de lion et de chèvre et dont la queue portait à
son extrémité une tête de serpent - de dragon disent
parfois les textes.
Chimère
Quel est le rapport
entre ces trois sens du même mot? C'est d'abord la présence
de l'image de la chèvre qui a donné son nom à la
bête fantastique; mais cette bête est si bizarre qu'elle
semble une illusion des sens. Cette irréalité matérielle,
mais porteuse de sens, s'appelle un mythe.
Or, ce mythe représenté
par l'étrange animal composite appelé Chimère,
dont les têtes étaient dirigées en sens contraire
- ce qui le rendait redoutable dans toutes les directions - était
un monstre terrible qui crachait le feu et dévorait les humains.
Il symbolisait la cruauté et le mal. Mais l'astucieux Bellérophon
monté sur son cheval ailé, Pégase, a découvert
le point faible de la bête: au moment où elle crachait
ses flammes, il a jeté dans une de ses gueules grande ouverte
un morceau plomb que son propre feu a fait fondre et qui a provoqué
sa mort en durcissant ses entrailles.
Voilà comment
la monstrueuse Chimère de la mythologie grecque donne
un rendez-vous symbolique à la dernière expédition
meurtrière d'Israël contre les encagés de Gaza. La
Chimère sioniste a eu beau cracher ses flammes meurtrières
par toutes ses gueules et en tous lieux de Cisjordanie et de Gaza, c'est
son propre feu, c'est-à-dire l'arrogance de son orgueilleuse
puissance militaire, qui a révélé au monde entier
de quelle cruauté et de quelle inhumanité elle était
capable. C'est dans les entrailles de la Chimère sioniste que
le plomb de son immoralité est en train de durcir.
*
Les nouveaux Bellérophon
et les Pégase de l'exégèse scientifique moderne
sont les alliés les plus précieux des Palestiniens. Ce sont leurs
travaux qui permettront aux esprits éclairés de quitter le marécage
mythologique dans lequel barbote la politique internationale - ou dans
lequel elle feint de barboter.
Déshabiller
l'hypocrisie politique, peler une à une les tuniques de l'oignon
afin de révéler qu'en son coeur gît un Etat férocement
colonialiste, au service de son idéologie messianico-impérialiste
et des intérêts de l'empire
américain, tel est le travail urgent à réaliser
afin de neutraliser la nouvelle Chimère crachant le feu et dévoreuse
d'enfants palestiniens qui s'est installée au coeur du Moyen-Orient.
Toujours aussi benêts, les Européens commencent à
peine à se rendre compte comment les financiers de la City et
de Wall Street tirent les ficelles de la crise dans leur dos et agitent
sous leurs yeux le chiffon rouge d'un dragon en carton peint, afin de
leur faire oublier la menaçante bien réelle de la Chimère
sioniste.
La destruction du
camouflage religieux d'une politique devenue froidement impérialiste
contraindra, dans la foulée, les serviteurs
sincères du dieu Jahvé et leurs ouailles à interpréter leurs
textes fondateurs dans un sens véritablement religieux, c'est-à-dire
spirituel, et à retrouver la morale universelle qui, au plus
profond, est commune à la quasi totalité des religions
de la planète.
C'est donc au prix
de l'anéantissement du mensonge historique fondateur que commencera
enfin à se fissurer, le bouclier derrière lequel se tapit
la violence politique sa compagne, qu'évoquait le grand Soljenitsyne
dans son discours de remerciement à l'occasion de la remise de son prix
Nobel, puisque mensonge et violence vont toujours de compagnie.
*
Bibliographie