*
1
- Il
était une fois un ciel vide et une terre toute petite...
2
- Le
dieu de la tribu
3
- Du polythéisme
à l'hénothéisme. Une déité
mixte
4
- Les fondements religieux du comportement d'Israël
5 - Où
l'on voit Samson essayer d'ébranler les colonnes du temple
6 - Religion
et morale
7
- Où l'on comprend que la "bibliothèque
de Babel" de Jorge Luis Borges situe Israël dans
le cosmos
8
- Où l'on suit de hardis explorateurs se lançant
à l'assaut du mythe
9
- Où l'on découvre comment le mythe crée
un corps collectif et le pérennise
10
- Où l'on assiste à la chute du mythe dans la politique.
Il était une fois Israël ...
11
- Une question de psychophysiologie
12
- Où l'on observe le "peuple élu"
confronté à l'insurrection morale des peuples du
monde
13
- Où l'on verra le mythe prendre la forme d'une montgolfière
cosmique
*
1
-Il était une fois un ciel vide et une terre toute petite…

Afin d'essayer de
comprendre les racines religieuses et anthropologiques du drame de la
Palestine et le chaos que cette tragédie provoque dans la politique
internationale, je suis remontée le plus haut possible dans l'étude
de la naissance des mythes qui structurent aujourd'hui encore les actions
et la mentalité d'Israël.
Il ne s'agit nullement
d'une étude théologique du contenu du judaïsme. Je n'ai pris
en considération que les éléments du dogme qui se traduisent aujourd'hui
encore par des conséquences politiques sur le terrain - à
savoir les notions de "terre promise" et de
"peuple élu". Ces deux faveurs du dieu
national ont scandé l'arrière-monde mythologique du judaïsme
antique. Elles sont le pivot autour duquel tourne tout l'édifice
des récits bibliques et talmudiques, lesquels ne font qu'illustrer
les péripéties liées à la réalisation
de ces deux "promesses" du Dieu Jahvé. Concentrées
à l'origine dans les cinq Livres du Pentateuque - ou Thora
dans la terminologie juive - et notamment dans le Deutéronome,
le plus ancien des récits bibliques, ces deux notions
sont la pierre d'angle sur laquelle repose tout l'édifice psychologique
du judaïsme politique dont le sionisme contemporain
est l'héritier direct. C'est pourquoi il est absurde de prétendre
que le sionisme n'est qu'une idéologie politique sans rapport
avec la Bible.
Certes, tous les
peuples se donnent une origine para-mythologique et se réfèrent
à une histoire légendaire originelle plus ou moins riche,
plus ou moins originale, mais toujours fondatrice de leur existence
et de leur identité; car l'unificateur mythique est le créateur
et le gardien de l'identité des groupes humains. L'empire romain
s'était inventé l'histoire de Romus et de Rémulus
nourris par une louve afin d'autojustifier son installation sur les
collines du mont Palatin par une manière d'intervention divine.
La civilisation grecque est née de la légende homérique
qui a mythologisé la guerre de Troie. L'empereur du Japon est
réputé être le "fils du soleil".
Le "messianisme" révolutionnaire d'une France
"patrie des droits de l'homme" a remplacé celui
des rois, dont le "sang bleu" d'origine christique
en faisait "la fille aînée de l'Eglise"
depuis le baptême de Clovis. Mais toutes ces mythologies nationales
demeurent abstraites, non belliqueuses ou exclusivistes et ne débordent
pas sur le territoire des voisins.
En revanche, les Etats-Unis,
peuplés, à l'origine de leur existence en tant qu'Etat par des
protestants calvinistes dont l'esprit était modelé par l'Ancien Testament,
se sont proclamés la "nouvelle Jérusalem" ou le "nouveau Canaan".
Ils se vivent, à l'instar des Israéliens, comme un nouveau "peuple
élu" laboratoire d'un futur mirobolant. Leur nouveau Moïse - Thomas
Jefferson, auteur de la Déclaration d'indépendance des États-Unis
- affirmait que cette nation était "the world's best hope". Bien
que se proclamant athée, mais en réalité franc-maçon
déiste, Jefferson partageait la mythologie biblique de ses contemporains
et voyait dans le nouvel Etat un fanal pour les autres peuples.
En conséquence, l'Etat
né sur les terres indiennes s'est donné pour devise: "Per
aspera ad astra". Il s'est immédiatement
employé à exterminer systématiquement les habitants autochtones
qui vivaient sur ces terres depuis la nuit des temps. Derrière l'étendard
du "Manifest Destiny" et de la mission évangélique
de porteurs des valeurs d'un "Bien" et d'un "Mal"
censés universels, mais définis par leurs soins, les nouveaux missionnaires
se sont approprié les terres et les richesses, et continuent
aujourd'hui leur "mission civilisatrice" sous
le prétexte de délivrer le monde de l'oppression des tyrans et
tout en se proclamant les messagers du Progrès et de Démocratie.
C'est ainsi que leur avant-dernier président, G.W. Bush, n'avait
pas hésité à affirmer urbi et orbi: "Nous
sommes exceptionnellement bons. Nous sommes le peuple élu."
L'installation des
colons originaires d'Europe et notamment d'Angleterre sur les terres
du Nouveau Monde et celle des colons juifs en Palestine présentent
donc un parallélisme saisissant. Elle explique l'alliance psychologique
étroite et profonde entre une Amérique baignant dans une religiosité
vétéro-testamentaire - qu'elle soit dirigée par un Clinton,
un Bush ou un Obama - et l'Etat sioniste actuel. Elle ne peut donc se
réduire à la seule influence, certes très importante, des généreuses
contributions financières destinées à influencer ou à
corrompre les décideurs politiques ou économiques et offertes
par les groupes de pression de l'AIPAC ou de la loge maçonnique B'nai
Brith réservée aux membres qui peuvent attester de leur appartenance
au judaïsme.
2
- Le dieu de la tribu 
J'ai poursuivi mon
exploration du fleuve du temps et j'ai suivi à la trace l'histoire stupéfiante
de la tribu qui, depuis la nuit des temps s'est éprouvé si différente
du reste de l'humanité qui l'environnait qu'elle s'est sculpté progressivement,
laborieusement au fil des péripéties politiques auxquelles elle a été
mêlée, la statue du dieu spécifique auquel elle a prêté les mêmes sentiments
de répulsion et de haine à l'égard des autres humains que ceux
qu'elle éprouvait elle-même. Puis, elle a ordonné à la statue: "Et
maintenant marche devant nous…."
Code destiné à règlementer
la multitude de rites à observer si l'on veut maintenir les bonnes dispositions
du Dieu envers la communauté, le Deutéronome est aussi
et avant tout un texte politique, adapté aux circonstances politiques
de l'époque.
Ezéchias et son petit-fils
Josias étaient de grands rois et de fins politiques et ils savaient
d'instinct qu'il est beaucoup plus efficace pour tout pouvoir de faire
passer ses lois par le détour d'un Dieu unique et que la pluralité
des dieux de l'époque présentait un grave inconvénient
pour le pouvoir. C'est pourquoi le premier texte rédigé
de la Thora - le Deutéronome - pullule de
commandements concrets concernant à la fois l'exécration
des autres dieux et la gestion quotidienne d'une cité : le statut des
dettes entre les particuliers, la répartition des terres, la manière
dont il convient de se partager le butin conquis sur les voisins, le
statut des esclaves ou celui des femmes enlevées lors des rezzous en
dehors des frontières. Mais il s'agit également d'un code civil qui
fait interdire par la voix du Dieu les vices qui rendraient impossible
la vie policée d'une cité - le meurtre, le vol, l'adultère, l'irrespect
à l'égard des parents - ainsi que toutes les formes de débauche individuelle
- la paresse, la luxure, la goinfrerie, etc. Cependant il était prévu
que ces vices auraient toute licence de s'exprimer à l'égard des étrangers
qu'on avait le droit de massacrer et de voler; il était également permis
de faire des femmes enlevées lors des campagnes militaires des maîtresses
ou des esclaves.
"Lorsque Jahvé,
ton Dieu, t'aura fait entrer dans le pays dont tu vas prendre possession,
et qu'il aura chassé devant toi beaucoup de nations, les Héthéens, les
Gergéséens, les Amorrhéens, les Chananéens, les Phéréséens, les Hévéens
et les Jébuséens, sept nations plus nombreuses et plus puissantes que
toi, et que Yahweh, ton Dieu, te les aura livrées et que tu les auras
battues, tu les voueras à l' anathème, tu ne concluras pas d'alliance
avec elles et tu ne leur feras point de grâce." (Dt 7, 1-3)
"Jahvé, ton
Dieu, enverra même sur eux les frelons, jusqu'à ce que soient détruits
ceux qui auront pu échapper et se cacher devant toi. Tu ne t'effrayeras
point à cause d'eux; car Jahvé, ton Dieu, est au milieu de toi, Dieu
grand et terrible! Jahvé, ton Dieu, chassera peu à peu ces nations devant
toi; tu ne pourras pas les exterminer promptement, de peur que les bêtes
sauvages ne se multiplient contre toi." (Dt 20-23)
Petit commentaire
de ces versets:
"Le pays dont
tu vas prendre possession... " : traduite en langage "historique",
cette phrase du Deutéronome nous apprend que les
Hébreux israélites étaient des envahisseurs en
voie de sédentarisation qui se cherchaient un territoire afin
de se fixer .
"Il [le
dieu] aura chassé devant toi beaucoup
de nations": attribuer au dieu ses désirs et ses actions
est un procédé psychologique classique utilisé
par tous les auteurs de textes théologiques. La phrase révèle
par ailleurs que le territoire choisi était déjà
habité par de nombreuses "nations" qui s'y
étaient fixées antérieurement. En application de
l'immémorial "syndrome du coucou" qui consiste
pour un intrus à s'installer dans le nid d'autrui, tout en s'auto-innocentant
de toute mauvaise intention, les nouveaux-venus réussirent à
s'approprier les lieux. Une pratique drastique de "purification
ethnique" s'ensuivit au détriment des habitants autochtones.
Ce premier brigandage victorieux devient une action divine et préfigure
la politique des sionistes du XXe siècle.
"Tu ne leur
feras point de grâce" : les habitants de Gaza et les prisonniers
dans les geôles israéliennes peuvent certifier que ce commandement
est aujourd'hui scrupuleusement respecté.
On voit à quel point
rien n'a changé et à quel point les principes du Deutéronome
originel sont rigoureusement mis en pratique aujourd'hui tant en Cisjordanie
qu'à Gaza, notamment celui, vicieux et hypocrite, qui conseille l'extermination
en douce et par petits paquets: "Tu ne pourras pas les exterminer
promptement, de peur que les bêtes sauvages ne se multiplient contre
toi "(Dt 20,23) . Surtout ne pas réveiller les dormeurs de la "communauté
internationale" et autres rédacteurs de rapports Goldstone, ces
"bêtes sauvages" qui ont le mauvais goût de n'avoir pas apprécié
la beauté du feu d'artifice des bombes au phosphore blanc illuminant
le ciel de Gaza.
a
Feu d'artifice
au phosphore blanc sur Gaza en janvier 2009
3
- Du polythéisme à l'hénothéisme, une déité
mixte 
La religion hébraïque
originelle n'était nullement une religion universelle. Le polythéisme
était la règle et Jahvé, un dieu parmi d'autres, a cohabité pendant
des siècles avec ses collègues, y compris à l'intérieur
du petit Royaume de Juda et chaque divinité était honorée
en un lieu particulier, principalement sur des hauteurs. A l'époque
toutes les tribus possédaient leur dieu protecteur. Les Moabites avaient
Camos - orthographié parfois Kemosh - les Tyriens
avaient Melqarth, Hadad était la divinité de Bagdad
et Jahvé, successeur du Jéhovah célébré
dans le royaume du nord, devint le protecteur militaire de la tribu
des Béni-Israël. Son culte fut localisé à
Jérusalem où il supplanta les autres divinités
particulières.
Du polythéisme primitif,
cette religion a conservé le dieu local. Elle a progressivement suivi
le mouvement d'évolution qui fut celui de tous les autres dieux vers
le monothéisme, mais un monothéisme particulier puisque, dans le Deutéronome,
il est demeuré racial et déclaré dieu unique du royaume de Juda par
Ezéchias, puis par Josias. Il n'est devenu un Créateur cosmique - donc,
en principe, universel - que dans les Livres rédigés ultérieurement,
après l'exil en Babylonie, comme nous le verrons plus loin.
On aboutit alors à
la bizarrerie théologique, donc anthropologique, d'un groupe humain
qui se déclare protégé par un dieu particulier, mais néanmoins cosmique,
lequel ignorerait superbement les autres peuples et aurait créé le ciel
et la terre uniquement en vue d'en assurer la jouissance à ses seuls
adorateurs hébreux. Cet hénothéisme (heno=un) est un stade
intermédiaire entre le polythéisme et le monothéisme. Le monde existe
pour Israël et le reste de la planète doit lui être subordonné.
Les autres dieux nationaux
de l'époque avaient probablement la même mentalité que Jahvé. Comme
lui, ils n'avaient en vue que le bien de la nation dont ils assuraient
la prospérité. Mais la vitalité des théologiens yahvistes, la
psychologie de ce groupe humain et le talent littéraire des auteurs
du récit ont su garder ce dieu-là en vie alors que tous les dieux rivaux
ont disparu avec la défaite politique des villes et des royaumes qu'ils
n'avaient pas su protéger. En effet, il était admis que la défaite d'une
ville tantôt signait l'acte de décès de son dieu, tantôt
était considérée comme le signe de la volonté
du dieu de punir son peuple .
La description des
frontières de la "Terre Promise" correspond d'ailleurs aux limites
des terres connues par les Judéens du -VIIe siècle. Dans leur esprit,
c'était donc la terre entière que Jahvé leur aurait "promise".
Voilà bien la preuve absolue de sa puissance exceptionnelle par
rapport aux autres divinités. Mais ce désir est surtout un puissant
révélateur de la psychologie de la population qui s'est crue - et qui
continue de se croire - la bénéficiaire de ce cadeau.
4
- Les fondements religieux du comportement de l'Etat d'Israël établi
en Palestine 
La légitimation psychologique
et anthropologique dont se réclame Israël afin de s'auto-inocenter de
ses exactions et de justifier aux yeux du monde entier son installation
à la force du poignet et à la pointe des missiles en incitant par tous
les moyens des immigrants juifs de venir peupler la Palestine est religieuse.
Son dieu particulier,
Jahvé, aurait donné cette terre à leur tribu et cet acte de donation
oral serait tombé dans l'oreille d'un chef nommé Moïse. Un contrat aurait
d'abord été consigné sur un morceau de granit,
qui s'est révélé moins durable que la pierre de
basalte noir du code d'Hammurabi. Mais par un nouveau miracle du dieu,
l'acte d'acquisition a pu être reconstitué après
moult siècles par une sorte de scribe-notaire aussi informé
de la tractation que s'il avait assisté à l'évènement.
Tout le monde peut en prendre connaissance, puisque la "session
immobiliaire" reproduite dans son intégralité
est scénarisée dans les textes sacrés de cette
tribu.
C'est sur le fondement
de ce scénario que les représentants officiels de l'actuel Etat
d'Israël clament sur tous les tons que "La terre a été donnée
par Dieu aux juifs", et que, par conséquent, il ne peut y avoir
de compromis avec les Palestiniens, qui sont priés de déguerpir.
[1]
Même si la plupart
des dirigeants de cet Etat ne sont pas des religieux pratiquants, tous
sans exception se réclament des deux axiomes religieux qui structurent
le "retour du peuple élu" sur sa "terre promise".
C'est sur cette fiction
théologique digne d'Alice au pays des merveilles que
repose la certitude des sionistes d'aujourd'hui que la terre de Palestine
leur a été donnée par leur dieu. C'est au nom de
ce roman fantastique que les émigrants venus de tous les continents
chassent les habitants autochtones de leur patrie et cherchent à
faire coïncider le pays de leurs rêves religieux avec le
pays réel.
A partir de 1945,
s'y est ajoutée une instrumentalisation officielle des souffrances subies
en Europe durant la IIe guerre mondiale: "Pendant deux générations,
notre politique étrangère a fait de l'Holocauste son principal instrument.
La mauvaise conscience du monde déterminait son attitude à l'égard d'Israël.
(…) Toute critique des actions de notre gouvernement était automatiquement
qualifiée d'antisémitisme et réduite au silence ", écrit un connaisseur
juif de la politique de cet Etat. [2]
Les conséquences politiques
immédiates de la réfutation historico-archéologique de la folle prétention
des nouveaux immigrants seraient évidemment considérables. Pour utiliser
une métaphore biblique. Samson ébranlant les colonnes du temple imaginaire
ferait voler le rêve sioniste en éclat et réduirait l'édifice
théologico-médiatique tout entier à l'état de ruine.
C'est pourquoi les
Israéliens de l'intérieur et les juifs de la diaspora
refusent les analyses d'exégèse biblique et les découvertes
archéologiques scientifiques avec autant de virulence que l'Eglise
des XVe et XVIe siècle les découvertes de Copernic et de Galilée.
5
- Où l'on voit Samson essayer d'ébranler les colonnes
du temple 
Décrypter les
métaphores relatées dans le texte biblique tel qu'il nous
est parvenu, afin d'accéder à la réalité
historique originelle que le récit a triturée, mâchouillée
et métamorphosée pour les besoins de la mobilisation psycho-théologique
du groupe, tel est le travail de fourmi auxquels se consacrent les Argonautes
de la vérité. Mais il leur faut, pour cela, quitter les
brillances et les fausses évidences des représentations
offertes sur le devant de la scène du théâtre mental
sur lequel s'agitent les marionnettes, et pénétrer dans
les coulisses et les sous-sols des motivations conscientes et inconscientes
des scripteurs talentueux de la fiction, afin de démêler
les ficelles qui mettent en branle le gigantesque mécanisme qui
mouline la pseudo "vérité" et qui crée,
depuis deux millénaires et demi, l'illusion qu'il s'agit d'un
texte historique .
L'exemple d'Abraham
et de son périple est particulièrement révélateur
de la manière dont ont procédé les rédacteurs
des livres bibliques.
Des tribus d' Hébreux
nomades ont certes pérégriné dans cette région durant la préhistoire
et les débuts des temps historiques. Mais le nom générique
d'"Hébreux" - les Ibrim , "ceux
de l'autre côté", "ceux qui ont passé
le fleuve [Euphrate]" - s'appliquait à l'origine à
de nombreuses peuplades : Ammon, Edom, Moab, Ismaël, Jébuséens,
Madianites, etc. pour ne citer que celles qui se trouveront évoquées
beaucoup plus tard dans les textes bibliques. Ainsi, des dizaines de
tribus hébreux plus ou moins nomades erraient, commerçaient,
trafiquaient, guerroyaient, établissaient et rompaient des alliances
entre elles dans la région allant de la Syrie à la Phénécie
- la région côtière exceptée, les nomades
n'aimaient pas la mer en laquelle ils voyaient un manque, un vide de
la création. On en trouve une trace jusque dans l'Apocalypse
(21,1) . Dans un monde parfait, la mer aura disparu: "Puis
je vis un nouveau ciel et une nouvelle terre; car le premier ciel et
la première terre avaient disparu, et la mer n'était plus."
Toutes ces peuplades
parlaient des dialectes proches les uns des autres et se comprenaient
parfaitement. En revanche, les Kenaanis ou Chananéens, beaucoup
plus influencés par la civilisation et les moeurs des Egyptiens,
étaient haïs par les groupes hébreux, bien qu'ils
parlassent un idiome semblable au leur.
Ces tribus nomades
se rattachaient au mythe d'un même père fondateur. Ab-Orham,
devenu Ab-ram, "le haut Père", ou Abraham,
"le Père de beaucoup de peuples", était
une sorte de patriarche éponyme mythique, d'origine assyrienne,
commun à tous les nomades de la région. Lorsque le récit
de la Genèse trouvera sa rédaction définitive,
les scribes du temps de l'exil babylonien des Judéens au -VIe
siècle jetteront toutes leurs forces dans l'entreprise qui consistait
à donner au petit groupe de la tribu des Béni-Israël
un statut suréminent par rapport à tous les groupes concurrents.
C'est ainsi qu'Isaac - nom éponyme et symbole des Béni-Israël
- sera le fruit miraculeux de deux vieillards légendaires soudain
reverdis. En revanche, ces mêmes scribes affecteront aux groupes
tribaux voisins et rivaux les pires turpitudes et des origines subalternes
ou méprisables telles la légende d'Agar et de son fils
Ismaël (Gen.16, 17) - nom éponyme des Ismaélites
- ou l'histoire des autres "fils" d'Abraham - c'est-dire des
tribus qui se réclament de sa descendance - avec une nouvelle
femme, Qetoura, si insignifiante que les auteurs se sont contentés
de donner un nom (Gen.25) sans aucun autre renseignement
sur sa personne. Il faut y voir un procédé classique destiné
à montrer que les autres peuplades de la région alliées
ou rivales des Beni-Israël, ne méritent pas qu'on s'attarde
à leur généalogie ou à leur descendance.
Sans oublier les nations nées de la fornication incestueuse de
Loth et de ses filles (Gen. 19) .
Lorsqu'elles choisirent
de se sédentariser, ces tribus se taillèrent le territoire
qui correspondait à leur puissance et à leurs alliances.
La province convoitée par les Béni-Israël était
déjà peuplée; il a donc fallu conquérir
le territoire et expulser les premiers occupants. Il faut évidemment
oublier la légende de Josué et ses trompettes miraculeuses.
Les envahisseurs israélites guerroyèrent alors victorieusement
contre les Amorrhéens, les Moabites, puis les Cananéens
déjà installés dans cette région . Traduit
ultérieurement en langage biblique, cet épisode est devenu,
comme je l'ai cité ci-dessus (n°
2): Lorsque Jahvé, ton Dieu, t'aura fait entrer dans le pays dont
tu vas prendre possession, et qu'il aura chassé devant toi beaucoup
de nations... " (Dt 7, 1) C'est donc le généralissime
en chef divin qui s'est chargé du travail, nous dit le texte.
S'étant divisés
en deux branches rivales, les Israélites établis au sud,
dans la région de ce qui deviendra le "Royaume de Juda"
et qui aura Jérusalem pour capitale, ne représentaient qu'une
toute petite partie de l'actuelle Palestine. C'est là que fut
conçu le dieu protecteur qui n'aimait qu'Israël, un dieu
qui ne pensait qu'à sa nation bien-aimée, un dieu "d'une
partialité révoltante pour Israël", d'une
"dureté affreuse pour les autres peuples", comme
l'écrira Ernest Renan.
Les moeurs rustiques
et cruelles de l'époque transparaissent sous la teinture théologique
de la notion de "désobéissance aux commandements
du dieu" puisque dans Ezéchiel (20, 25-26)
il est fait état de sacrifices d'enfants commandés par
un dieu-Moloch sadique qui châtiait "son" peuple en
le forçant à se punir lui-même: "C'est
pourquoi je leur ai donné des lois qui leur étaient funestes et des
commandements qui ne pouvaient les faire vivre. Je les ai souillés par
leurs offrandes quand ils sacrifiaient tous leurs premiers-nés, pour
les frapper de stupeur afin qu'ils reconnaissent que je suis l'Eternel».
Quant au Royaume du
Nord - l'Israël originel - il a disparu de l'Histoire avec la fin de
la Maison des Omrides au VIIIe siècle avant notre ère. Sa florissante
capitale, Samarie, fut détruite par le puissant empire assyrien
en -722. Le petit Royaume de Juda, autour de la cité-Etat de
Jérusalem a connu un certain éclat pendant une courte
période au septième siècle avant notre ère.
Il survécut en paix pendant cent vingt ans en se reconnaissant
vassal des Assyriens, c'est-à- dire en acceptant de payer un
tribut annuel. Mais le brassage des populations en Samarie et en Judée
au fil des tribulations politiques de la région et des invasions par
les grands empires voisins, ainsi que la présence immémoriale d'autres
ethnies sur les lieux rendent les prétentions théologiques et
génétiques des actuels immigrants venus du monde entier
et fondées sur les fictions bibliques, politiquement farfelues
et historiquement infondées.
Seules la nullité
politique et la pauvreté culturelle de l'indéboulonnable homme
à la petite moustache grise qui "préside" aux destinées de la
Cisjordanie, son ignorance de l'histoire des peuples, des religions
et des mentalités théologiques, ainsi que sa reptation obséquieuse devant
Israël, les USA et les Européens qui le maintiennent au pouvoir à bout
de bras et à coups de millions de dollars, bien que son mandat
ait expiré depuis longtemps, lui ont fait reconnaître humblement "le
droit du peuple juif sur la terre d'Israël" devant l'AIPAC (American
Israel Public Affairs Committee), lors de l'interrogatoire de conformité
cachère sous forme de questions/réponses que trente hauts responsables
du lobby sioniste américain lui ont fait subir le 10 juin 2010.

Abbas
reconnaît " le droit du peuple juif sur la terre d'Israël "
La collaboration
est un puits sans fond.
Le grand Jean de La
Fontaine avait percé Mahmoud Abbas à jour dans sa fable Le Loup
et le Chien . Lorsque le loup, alléché par les rondeurs, fruits
des agapes du molosse qui a croisé son chemin, et envieux de la prospérité
du dogue "aussi puissant que beau", lui demande, candidement
- Que me faudra-t-il faire ?
- Presque rien, dit le
Chien, donner la chasse aux gens
Portants bâtons, et mendiants;
Flatter ceux du logis, à son Maître complaire:
Moyennant quoi votre salaire
Sera force reliefs de toutes les façons:
Os de poulets, os de pigeons,
Sans parler de mainte caresse.
Le Président auto-proclamé
de "l'Autorité" palestinienne accepte que sa milice
"donne la chasse" aux résistants en coordination
avec l'occupant et il est allé promener aux USA son embonpoint de mangeur
de reliefs de poulets, d'os de pigeons et son cou pelé par la corde
de la servitude et les caresses de ses maîtres.
6
- Religion et morale 
Une religion ne détermine
nullement le niveau moral d'une société, c'est au contraire le niveau
moral du groupe qui prédétermine et dicte les formes que prend sa religion.
L'illusion du "peuple
élu" n'est d'ailleurs pas propre au judaïsme; on la trouve même
dans les croyances de tribus archaïques de Nouvelle-Zélande. On en comprend
aisément les motivations psychologiques. En effet, la puissance de conviction
qu'exerce une idée ou une croyance ne réside nullement dans le fait
qu'elle relaterait des évènements qui seraient réellement arrivés. Elle
est crue vraie et s'impose grâce à la force de séduction qu'elle exerce
sur les esprits et aux avantages que le groupe en escompte. Comment
ne pas accepter avec enthousiasme de faire partie d'une tribu si exceptionnelle
qu'un dieu aurait fait de vous ses chouchous et vous aurait fait un
gigantesque cadeau foncier ici et maintenant? Un cadeau immédiat,
parfaitement palpable et autrement alléchant qu'une félicité
potentielle dans un au-delà virtuel conditionné par la disparition de
votre propre carcasse. Et peu importent les incohérences du récit
s'il fait de vous un heureux propriétaire terrien.
Le mythe est auto-actif.
Il EST celui qui EST pour reprendre la déclaration attribuée
à Jahvé - "Je suis celui qui est" ( Exode 3,14).
Véritable axiome, sa réalité est tout entière contenue dans son affirmation.
Le récit censé le démontrer n'a nul besoin de vraisemblance ou de cohérence.
Il n'est là que pour théâtraliser l'axiome fondateur et en explorer
toutes les facettes. Car le mythe est un théâtre. C'est ce théâtre
psychique qui fait sens dans les esprits et entraîne la conviction par
l'intermédiaire de son scénario.
Ainsi, au sujet d'un
événement aussi capital pour le christianisme que l'est la croyance
à la vie éternelle, et donc à la résurrection des corps, l'apôtre Paul
dans sa Lettre aux Corinthiens (15,14-15) affirme bien
que la croyance précède le fait et en fournit le code d'interprétation
: "S'il n'y a point de résurrection des morts, Christ non
plus n'est pas ressuscité. Et si Christ n'est pas ressuscité, notre
prédication est donc vaine, et votre foi aussi est vaine."
Le postulat de la résurrection de tous les morts est donc premier
et conditionne les déductions théologiques en chaîne, interprétées
à la lumière du mythe: l'affirmation de la résurrection du Christ à
partir de la constatation que le cadavre n'est plus dans son tombeau;
puis arrivent les prédicateurs chargés de diffuser la "bonne nouvelle"
et enfin se répand la foi des fidèles.
Le mythe n'a pas non
plus besoin de logique. Le récit emporte dans son flot les contradictions,
les incohérences, les innombrables absurdités et les cruautés
grossières qui pullulent dans le récit biblique. Ce n'est pas
le lieu de les énumérer toutes ici, je n'en retiens que
deux. Au sujet d'un point fondamental - la "rencontre"
de "Moïse" avec Jahvé au cours de laquelle le
dieu est censé avoir dicté la loi - on peut trouver à
quelques lignes d'intervalle deux affirmations qui se contredisent.
Il n'est pas équivalent de "dialoguer" face
à face, donc en égaux, ou d'apercevoir furtivement une
forme de dos, ou encore de se sentir à l'ombre d'une gigantesque
"main divine".
"Jahvé parlait
à Moïse face à face, comme un homme parle à son ami." (Exode,
32,10)
" Tu ne peux
voir ma face, car l'homme ne peut me voir et vivre ! Voici un endroit
près de moi ; tu te tiendras debout sur le rocher. Et quand passera
ma gloire, je te mettrai dans le creux du rocher et je te couvrirai
de ma main jusqu'à ce que je sois passé. Puis je retirerai ma main et
tu me verras de dos ; mais ma face, on ne peut la voir. " (Exode,
33 , 20-23)
Pour s'imposer, le
mythe doit s'incarner. Encore fallait-il
concevoir un chef et un scénario susceptibles de soutenir tout
un arsenal de rites, d'obligations, d'interdits, de cérémonies, de dogmes
qui forment l'essence des religions primitives.
Toutes les grandes
évolutions religieuses se sont faites sous la houlette d'une personnalité
éminente, dont les origines seraient surnaturelles et dont la vie serait
parsemée de miracles. Mais un héros central ne donne toute sa mesure
que porté par une fiction suffisamment convaincante et envoûtante,
destinée à rassembler tout le groupe sous sa bannière. D'où l'invention
d'un passé glorieux auquel se référer, des gonflements d'évènements
minuscules, moult manifestations de la volonté de votre Dieu domestique
en votre faveur, d'exhortations à l'obéissance, de condamnations méprisantes
des autres dieux, d'exécrations des autres peuples: rien de tel pour
souder les énergies de la communauté et stimuler les enthousiasmes.
Un premier effort
de structurer la théologie israélite autour de ce qui est communément
appelé la "loi mosaïque" a été entrepris du temps du roi
Josias au - VIIe siècle.
Voir : - L'invention
du
"peuple
élu" et de la "Terre Promise",
30 mars 2010
C'est d'ailleurs entre
le -VIIe siècle et le -Vème siècle avant notre ère que sont nés sur
la terre entière tous les grands mouvements spirituels ou religieux
qui, aujourd'hui encore, nourrissent la foi et l'espérance de
leurs disciples, chacun d'eux étant le miroir et réflecteur de la société
dont il était issu. L'Inde eut le prince Gautama vénéré comme
Bouddha - l'Eveillé; la Chine connut avec Confucius
son éducateur moral et avec Lao Tseu une voie, un chemin, un
Tao vers la sagesse; Zoroastre, que Nietzsche appellera
Zarathoustra, fut le précurseur d'un monothéisme moral qui influença
le christianisme, Socrate et son disciple Platon furent
les éducateurs à la fois moraux et intellectuels de la Grèce.
C'est dans cet environnement
religieux mondial que naquit la religion dite "mosaïque"
et que fut rédigée la première version du récit doublement fictif d'une
épopée symbolique qui, dans un texte appelé Deutéronome
- la deuxième loi - raconte des évènements censés s'être déroulés environ
un millénaire et demi avant d'être couchés par écrit avec la précision
journalistique exemplaire d'un témoin visuel en
dépit du fabuleux décalage dans le temps. La Première loi
était censée, elle, avoir été dictée directement à Moïse lui-même
par le Dieu personnel de cette tribu sur un fragment de montagne au
cours des nombreuses rencontres de dos ou face à face. Des vestiges
de cette Première loi auraient été miraculeusement retrouvés
dans les souterrains par les lévites lorsque le roi Josias a procédé
à l'embellissement du Temple de Jérusalem commencé par
son grand père Ezéchias.
Voir : - L'invention
du
"peuple
élu" et de la "Terre Promise",
30 mars 2010
Si un rouleau de parchemin
ou de cuir avait bien été découvert du temps de Josias, comme certains
historiens le sous-entendent, il ne pouvait s'agir que de l'énumération
d'un corpus législatif très bref, conçu et rédigé à l'époque
d'Ezéchias et non de Moïse, bien qu'il soit aujourd'hui appelé
"loi de Moïse". Comme toutes les législations
antiques - la loi des douze tables publiée à Rome
sur douze tables d'airain entre -450 et -451 et qui a régi la
vie des Romains jusqu'au premier siècle ou la loi de Moïse
qui aurait été conçue du temps d'Ezéchias,
le premier roi législateur et réformateur religieux du Royaume de Juda
- ces codes législatifs se sont inspirées du Code d'Hammourabi
rédigé deux mille ans avant notre ère. De nombreux
articles de la loi de Moïse et de la loi de Babylone concordent,
d'autres ont été adaptés aux conditions sociales
de la société judéenne.
.........................
Stèle de
basalte noir érigée par le roi Hammurabi de Babylone dans les dernières
années de sa vie, au XVIII è siècle av. J.-C.
7
- Où l'on comprend que la "bibliothèque de Babel"
de Jorge Luis Borges situe Israël dans le cosmos 
Une nouvelle du grand
auteur argentin Jorge Luis Borgès invite le lecteur à
le suivre dans une promenade à l'intérieur d'une bibliothèque
tellement fantastique qu'elle contient la totalité des livres
que l'esprit humain peut produire en combinant les vingt-cinq lettres
de l’alphabet. Dans ses rayonnages se trouve consigné "tout
ce qu'il est possible d'exprimer, dans toutes les langues." Tout
et son contraire, le capharnaüm des connaissances et des
erreurs humaines: "l'histoire minutieuse de l'avenir, les autobiographies
des archanges, le catalogue fidèle de la Bibliothèque, des milliers
et des milliers de catalogues mensongers, la démonstration de la fausseté
de ces catalogues, la démonstration de la fausseté du catalogue véritable,
l'évangile gnostique de Basilide, le commentaire de cet évangile, le
commentaire du commentaire de cet évangile, le fait véridique de ta
mort, la traduction de chaque livre en toutes les langues, les interpolations
de chaque livre dans tous les livres."
Ce monument fabuleux
symbolise la totalité de l'univers sensible et les vains efforts
des hommes afin de trouver un sens à leur vie et au monde. Ses
rayonnages en forme d'hexagones régulièrement disposés
autour d'un puits central "figurent l'infini", mais
un infini trompeur, grâce à une "glace qui double
fidèlement les apparences". Des "puits sphériques
appelés lampes assurent l'éclairage". Or "ces globes
émettent une lumière insuffisante" quoique "incessante":
les humains, suggère le grand Argentin, sont des fourmis tenaces,
mais la loupiote cérébrale insuffisante dont ils disposent
confirme que leurs "connaissances" sont un leurre multiplié
à l'infini par des miroirs et tous ces pseudo savoirs n'aboutissent,
en réalité, qu'à un gigantesque désordre.
Les usagers de cet
univers-bibliothèque "interminable" croient
que l'ensemble aurait la forme d'une sphère, symbole de la perfection,
car "ce livre cyclique, c'est Dieu". La "perfection"
est sa qualité intrinsèque mais, comme le prétendra
Anselme dans sa démonstration de l'existence de la divinité,
la perfection de Dieu s'accompagne de son existence: si Dieu est parfait,
alors il existe car l'existence est le corollaire nécessaire
de la perfection. CQFD.
Plongés dans
une semi obscurité, les locataires de ce labyrinthe interprètent
les tableaux qui se présentent à leur regard de la même
manière que les prisonniers de la caverne de Platon, dont la
nouvelle de Borgès est visiblement une petite soeur métaphorique.
"Pour les idéalistes, les salles hexagonales sont une forme
nécessaire de l'espace absolu. (...) Quant aux mystiques, ils prétendent
que l'extase leur révèle une chambre circulaire avec un grand livre
également circulaire à dos continu, qui fait le tour complet des murs
; mais leur témoignage est suspect, leurs paroles obscures."
Borgès ne croit pas que l'extase soit le meilleur chemin de la
connaissance. Mais de leurs côté, les humains ordinaires
ne jouissent que de "lumières insuffisantes"
et sont condamnées à l'imperfection, à la confusion
et à la finitude. Pour échapper à cet état
misérable, ils inventent avec frénésie des paradis
délectables dans lesquels coulent des fleuves de lait et de miel
et des enfers sadiques remplis de flammes et de tortures.
Le mythe biblique
de la tour de Babel détruite par un Dieu colérique et
jaloux qui aurait condamné les humains à la "confusion
des langues" parce qu'ils se seraient avisés de s'organiser
sans lui, court en filigrane dans la nouvelle de Borgès.
Cependant l'attrait
du mystère des confins de l'univers, qui seraient le lieu de
résidence de Dieu, taraude les hommes et fait naître en
eux un désir incoercible de s'échapper des hexagones mentaux
dans lesquels ils sont cantonnés ou attachés à
un banc, à l'instar des prisonniers de la caverne de Platon.
Tels de nouveaux Icare, ils rêvent d'atteindre d'un bond la circonférence
de la sphère et de participer à la félicité
divine. Aussi tentent-ils par tous les moyens de quitter "l'élégante
provision d'étagères, de tomes énigmatiques, d'infatigables escaliers"
afin de s'approcher de la lumière du soleil de la vérité.
Par les allusions
bibliques nombreuses dont elle est parsemée comme d'autant de
petits cailloux blancs, la nouvelle de Borgès ouvre à
une lecture métaphorique du destin du "peuple élu".
Après avoir bétonné
le petit hexagone psychique dans lequel il s'est enfermé à
triple tour, ce peuple l'a transformé en une casemate militaire
hérissée d'interdits et de menaces à l'encontre
des hexagones habités par d'autres rêveurs d'absolu, par
d'autres créateurs d'univers oniriques. Il en a soigneusement
bouché les meurtrières, puis il a condamné la porte
et tous se sont tous mis à crier en choeur, avec une fureur dont
leurs écrits portent la trace, qu'eux seuls ont capturé
l'absolu, qu'ils sont un peuple si exceptionnel qu'eux seuls ont réussi
à bondir jusqu'à la circonférence de la sphère.
Ils affirment qu'ils ont donc emprisonné la perfection divine
et l'ont si puissament arrimée à leur petit hexagone mental
qu'ils sont parvenus à en devenir les possesseurs exclusifs.
Toute la lumière du monde est désormais la possession
privée des habitants d'un unique petit hexagone mental et le
reste de l'univers est condamné à tâtonner dans
les ténèbres.
Ces privilégiés
ont pris soin de consigner minutieusement cet évènement
dans les kilomètres de rayonnages dont ils ont tapissé
les murs de leur hexagone depuis plus de deux millénaires. Ils
y célèbrent le bonheur d'être à la fois les
chouchous et les propriétaires exclusif de la divinité.
D'un même élan, ils ont légalisé l'adéquation
entre l'étendue du pays mental qu'ils souhaitaient s'attribuer
et celui que foulaient leurs pieds: voilà, proclamèrent-ils
à tue-tête, c'est là notre "terre promise",
l'absolu nous l'a donnée en nue propriété. La preuve?
Un de nos ancêtres s'est entretenu avec Dieu, de dos ou de face,
l'affaire est en suspens, mais son témoignage est néanmoins
irréfutable puisqu'il est consigné en toutes lettres dans
nos livres, lisez donc.
Puis ils affirmèrent
que le l'absolu, qu'ils avaient attaché avec de lourdes chaînes
d'or confectionnées grâce aux bénéfices de
leur esprit industrieux, leur avait ordonné de faire un grand
ménage et de bouter hors de leur vue les intrus qui auraient
eu l'audace de prétendre qu'ils sont chez eux depuis des temps
immémoriaux. Nous sommes dans notre droit, c'est écrit
dans nos livres clament-ils en choeur: "Jahvé,
ton Dieu, chassera peu à peu ces nations devant toi...".
C'est pourquoi, aujourd'hui
encore, le cerveau de l'actuel Premier Ministre d'Israël, M. Benjamin
Netanyahou, embrumé de vapeurs bibliques, le conduit à
identifier les Iraniens aux Amalécites et à vouloir répéter
compulsionnellement l'antique guerre des Hébreux contre les tribus
rivales. Les armées de Jahvé sont sur le pied de guerre
et ses représentants sur la terre fanfaronnent qu'il est deux
minutes avant minuit et le début d'un holocauste nucléaire.
Le véritable
adversaire des Palestiniens, c'est le Jahvé qui a été
enfermé dans l'hexagone cérébral des Judéens
et qui demeure, aujourd'hui encore, tapi dans le cerveau reptilien archaïque
des Israéliens sionistes.
8
- Où l'on suit de hardis explorateurs se lançant à
l'assaut du mythe 
Je me suis donc attachée
à suivre pas à pas les différentes étapes de la rédaction des
livres de la bibliothèque mythique dans lesquels les Judéens
se vantent d'avoir scrupuleusement consigné les péripéties
de leur rencontre avec l'absolu divin en essayant de préciser,
chaque fois que c'était possible, à quelle date ces vénérables
grimoires avaient été rédigés et à
quel moment s'étaient produits les quelques rares événements
vraisemblables évoqués et présentés comme
"réellement historiques", alors qu'il s'agit
de la transposition, sur le mode héroïque et grandiloquent,
d'événements minuscules dont l'histoire réelle
n'a pas gardé la moindre mémoire. Malgré toute
leur empathie pour le judaïsme les auteurs de La Bible dévoilée
- Israel Finkelstein et Neil Asher Silberman - concluaient que "l'image
que l'on se fait de Jérusalem à l'époque de David, et davantage encore
sous le règne de son fils, Salomon, relève, depuis des siècles, du mythe
et de l'imaginaire romanesque. "(p.208) "Il s'agit de
la peinture d'un passé idéalisé, d'une sorte d'âge d'or nimbé de gloire."
(p.201)
Voir : La
Bible et l'invention de l'histoire d'Israël, 5
mars 2010
Il faut donc lire
la Bible comme on lit l'Iliade et l'Odyssée.
Presque tout y est inventé. "Toutes les impressionnantes
constructions attribuées par le passé à Salomon
furent en fait réalisées postérieurement par le
Royaume d'Israël" écrit Shlomo Sand
dans un ouvrage récent , Comment le peuple juif fut inventé,
p. 235)
Le véritable
miracle réalisé par ce petit peuple, c'est que, le christianime
ayant grandi et prospéré sur ce terreau imaginaire et
que l'islam ayant également repris quelques-uns de ses mythes,
le plomb de la fiction biblique s'est transmué durant deux millénaires
dans l'Occident chrétien et dans l'Orient musulman, en or de
la vérité historique. Certes, depuis un siècle,
les exégètes n'acceptaient plus comme "parole
d'évangile", si je puis dire, le récit biblique
en bloc et en relevaient les incohérences, les contradictions,
les similitudes avec les légendes des empires voisins.
Plus personne ne croit,
comme l'écrivait encore Bossuet en 1689, dans son Discours
sur l'histoire universelle, que le monde a été
créé en l'an 4000 avant notre ère, mais deux siècles
plus tard, en 1887, Ernest Renan considérait encore, dans sa
volumineuse Histoire du peuple d'Israël, que les
épisodes relatés dans les Rois, les Chroniques
ou les Juges seraient "historiques" au
sens de l'historiographie moderne. Il a fallu attendre la fin du XXe
siècle et le début du XXIe, à partir des travaux
d'historiens, de linguistes, d'archéologues comme Finkelstein
et Silberman, mais aussi grâce aux minutieuses analyses à
la fois historiques et exégétiques - beaucoup moins célèbres,
mais très importantes - du bibliste italien Mario Liverani
dans son ouvrage Oltre la Bibbia, Storia antica di Israele de
2002, publié en 2006 par les éditions Bayard
sous le titre La Bible et l'Invention de l'histoire, pour
que l'histoire redevienne l'histoire et la légende la légende
et pour que la réalité scientifique finisse par s'imposer...
dans les cercles érudits seulement pour l'instant. Plus récemment,
l'ouvrage de Shlomo Sand, Comment le peuple juif fut inventé,
paru chez Fayard en 2008, qui a connu un succès considérable
dans le monde et déchaîné les passions en Israël,
a confirmé et prolongé sur le plan politique, les analyses
des prédécesseurs.
Admettre que le monde
a cru dur comme fer à des légendes exige une révolution
copernicienne des mentalités que peu d'individus sont prêts
à accepter et surtout pas les habitants du nouvel Etat surgi
en Palestine et pour lesquels la fiction biblique est le fond de commerce
messianique à partir duquel ils s'auto-justifient d'être
là où ils sont. L'habitude de transformer un récit
imaginaire en vérité historique se pousuit sous nos yeux.
De 1947 à une époque récente, les gouvernements
sionistes successifs ont réussi à imposer une image idyllique
du nouvel Etat et à enfouir dans les caves des archives les crimes
monstrueux sur lesquels Israël s'est édifié.
Car elles sont nombreuses
les organisations terroristes sionistes qui ont sévi en Palestine
avant la création officielle de l'État d'Israël ou depuis cette création.
Il y eut d'abord le Ha-Shomer (la Garde) , la première organisation
paramilitaire clandestine, avant la première guerre mondiale et qui
devint la Haganah (la Défense) entre les deux guerres.
Créée en 1920, cette armée clandestine comptait à l'origine 15
000 membres mais finit par former une armée de 160 000 combattants
parfaitement équipés. A partir de 1941, elle comptait
une "compagnie de choc", le Palmach, de 6 000 unités
prêtes à tout. Cette organisation militaire sioniste n'hésitait
pas à s'attaquer même aux Juifs antisionistes - c'est elle qui
a assassiné en 1924 le poète et journaliste juif De Haan.
Puis il y eut l'Irgoun
forte de 5 000 hommes spécialisés dans les attentats à la bombe
contre les forces britanniques et les Arabes de 1935 à 1939. Elle redevint
active en 1944 et le Likoud en est l'héritier. Il y eut également
le Lehi (ou groupe Stern) . Dissidence de l'Irgoun cette
organisation a multiplié, elle aussi, les attentats, les exécutions
sommaires et les extorsions de fonds. Yitzhak Shamir, chef du Lehi,
a fait assassiner Lord Moyne grand ami de Churchill, ambassadeur
d'Égypte et envoyé spécial de Churchill en Palestine. Aujourd'hui est
toujours active en Israël l'organisation terroriste sioniste mista'arebim
et des membres du Mossad déguisés en diplomates
opèrent dans quasiment tous les pays importants du monde.
Parmi les victimes
les plus connues des organisations terroristes juives, citons l'assassinat
en 1948, du comte Folke Bernadotte, envoyé spécial de l'ONUet
de son assistant français le Colonel Serrot, abattus dans leur
voiture prise en embuscade à Jérusalem par une équipe de quatre tueurs;
toujours en 1948, le Vicomte De Tapia, Consul d’Espagne à
Jérusalem, est tué dans un attentat de la Haganah contre
l’Hôtel Sémiramis de Jérusalem (dont le propriétaire était un Arabe)
en compagnie de vingt autres civils; en 2010, le dirigeant du Hamas
Mahmoud Al-Mabhouh est étouffé par un oreiller
à Dubaï. Il semble que depuis les jours heureux où les terroristes
juifs faisaient sauter comme à la parade des trains, des hôtels,
des autobus, des pipe-line, des camions, des camps militaires anglais,
les tueurs du Mossad aient quelque peu perdu la main, car il s'y sont
mis à vingt-sept pour réussir l'exploit d'éliminer
un seul homme... et se sont fait repérer. Le talent se perd!
Mais d'innombrables
personnalités moins connues sur la scène internationale, notamment des
Palestiniens par centaines, ont été assassinés
par ces groupes terroristes. Mme Tzippi Livni fut membre d'un de ces
commandos agissant à l'étranger, dans la grande tradition des organisations
terroristes juives. "Nous avons montré au monde que nous sommes
prêts à devenir fous, » jubilait-elle après les massacres commis
durant l'agression contre Gaza en janvier 2009 oubliant que Nemesis,
la déesse de la vengeance, celle qui punit l'hubris des
fous, a déjà commencé à faire tourner la
roue de la fortune qu'elle tient à la main.

Némésis
statue en marbre du IIe siècle, Villa Getty
Déportations, empoisonnements,
utilisation d'armes biologiques, de gaz invalidants, assassinats individuels
ou de masse, la liste des "opérations" de ces
puissantes organisations terroristes qui ont sévi en Palestine depuis
1920 aurait révélé que derrière la façade
d'un "Etat Potemkine" démocratique grouillaient
les pires corruptions et s'entassaient des piles de cadavres, si les
historiens avaient pu travailler librement. Pendant que les tueurs s'activaient
à chasser les habitants originels et à raser les villages,
"le monde" regardait ailleurs. On comprend pourquoi
le premier ministre israélien Benjamin Netanyahu et son gouvernement
ont senti le danger et ont décidé de porter de 50 à 70
ans le temps de maintien du statut confidentiel des archives de l'État.
Israël voit clairement que la révélation publique de ses crimes passés
serait dévastatrice pour son image. "Si les gens savaient ce que
nous avons fait, ils nous pourchasseraient dans les rues, et ils nous
lyncheraient" a pu écrire le rabbin anti-sioniste WEISSMANDL
dans son ouvrage Sefer Min Hametzar.
Rien de nouveau sous
le soleil. La fiction qui a permis de scénariser la religion
juive dans l'antiquité est utilisée aujourd'hui pour blanchir
la politique sioniste et réécrire l'histoire. Comme des
millions de documents sont archivés tant en Israël que dans
de nombreux pays du monde, il s'agit d'empêcher par tous les moyens,
y compris par le vote de lois liberticides, que les historiens puissent
les consulter librement et rétablissent une vérité
dérangeante. De plus, il faut laisser au roman fantastique le
temps de pervertir les esprits et aux petites mains qui opèrent
dans l'ombre celui de détruire les pièces les plus compromettantes.
J'ai essayé
de mettre en évidence l'influence que les évènements politiques qui
se sont déroulés à l'intérieur et à
l'extérieur de cette tribu dans l'antiquité ont exercée
sur la formulation des récits bibliques. Réciproquement, il était
important de montrer comment des récits théologiques mythiques
ont structuré en retour la psychologie des Judéens de
l'antiquité, et comment ils continuent d'influencer l'action
politique de l'Etat actuel - dans les jeux de miroir à l'infini qu'évoque
la nouvelle de Borges. Baignant dans les brumes théologiques
de leur fiction biblique, des immigrants venus des quatre coins du monde
rêvent d'imposer à la planète entière le
droit pour eux seuls de remonter le cours du temps, d'incarner leurs
fantasmes et d'anéantir deux mille ans d'histoire des peuples
du monde.
9
- Où l'on découvre comment le mythe crée un corps
collectif et le pérennise 
Une grande partie
de la difficulté réside dans la définition du mot "historique".
Qu'est-ce qui est "historique" dans une religion? A partir du
moment où le mythe crée l'histoire, parce que l'histoire véritable
est celle qui se déroule dans les têtes, le mythe est
une forme de l'histoire. La religion politique commence lorsque
les croyants prétendent extraire le mythe de leur cervelle, habiller
de chair et d'os les personnages qui gazouillent dans leur cervelle
et les faire marcher sur la terre, l'arme à la main.
Les recherches archéologiques
et historiographiques les plus récentes ont établi que les grands héros
du récit deutéronomique censés constituer les fondements d'une "histoire
authentique du peuple hébreu" - Abraham, Moïse, Josué - sont des
personnages mythiques construits à partir d'un caléidoscope de légendes
empruntées aux grands empires voisins, Egyptiens ou Assyriens. Repeints
aux couleurs locales et adaptés aux mentalités tribales du moment, ils
n'ont jamais eu davantage d'existence historique concrète que
Zeus, Hermès ou Athéna.
Voir : La
Bible et l'invention de l'histoire d'Israël,
5 mars 2010
Mais à partir
du moment où le mythe crée l'identité du groupe,
parce qu'il s'est enkysté dans les psychismes d'une manière
indéracinable, non seulement il est constitutif de la personnalité
privée de chaque croyant, mais il crée un corps collectif
si puissant que même des membres qui n'adhèrent plus aux
rites et aux prescriptions de cette religion continuent à se
réclamer de leur "judéité". Israël
est un seul corps et chaque unité est une parcelle de
ce corps. Cette notion sera reprise par la doctrine chrétienne. L'Eglise
est le Corpus Domini et chaque membre de l'Eglise est une parcelle
du corps de Dieu.
Aucune preuve historique
ne convaincra les Israéliens qu'ils vénèrent des héros symboliques
et que leur arrière-monde psychique repose sur un roman. Les
juifs continueront à commémorer la fuite de leurs ancêtres
hors d'Egypte et à croire que la mer Rouge s'est ouverte afin
de faciliter leur passage, car cette mythologie est une rationalisation
nécessaire et une justification politique de leur destin passé
et de leur histoire présente. "Si Jahvé ne nous
a pas donné cette terre, nous sommes des brigands" proclament
les plus lucides.
Cette fiction nationale
héroïque était destinée, à l'origine,
à galvaniser les énergies et à permettre l'apparition
d'un sentiment national qui fait de la tribu un seul et même corps
psychique homogène, donc efficace et innocent. C'est d'ailleurs
la raison pour laquelle cette mythologie a été inventée.
Rien n'a changé et le comportement tribal instinctif est au fondement
du soutien quasi unanime des habitants d'Israël à la politique
de leur gouvernement, y compris à ses exactions les plus repoussantes,
comme le monde entier a pu en être le témoin au moment
du bombardement du camp de concentration de Gaza en décembre
2008, de l'invasion du Liban en juillet 2006 ou du massacre de volontaires
de la paix sur le Mavi Marmara le 31 mai 2010, pour ne citer que les
plus récents, qui ont enfin débarqué dans l'actualité
mondiale.

Des étudiants d'université
manifestent leur soutien à l’armée pendant les attaques contre Gaza
en décembre 2008
Un bel exemple de
solidarité tribale est donné par l'épisode du
caporal Shalit, fait prisonnier au cours d'une embuscade tendue
par les résistants de Gaza alors que celui-ci n'a pas été
capturé alors qu'il baguenaudait bucoliquement dans la nature,
un bouquet de fleurs à la main, mais pendant qu'il participait,
sur un char, à une de ces opérations illégales
de l'armée israélienne dont on sait combien elles sont
toujours meurtrières pour les civils palestiniens. Depuis lors
une mobilisation en vue de récupérer cet unique et obscur
représentant d'une troupe qui n'hésite pas, par ailleurs,
à tuer sans sommation des civils des deux sexes et même
des enfants, d'une population dont ils cherchent à s'approprier
les terres, donne lieu à des manifestations multiples et variées
tant à l'intérieur des frontières de l'Etat que
dans la diaspora mondiale.
En quoi ce caporal
est-il plus précieux que les milliers de résistants palestiniens
qui croupissent dans les geôles israéliennes, parmi lesquels
un grand nombre de femmes, d'adolescents et même d'enfants pour
que des politiciens européens et même des chefs d'Etat
se mobilisent en sa faveur? C'est qu'il est un membre de la tribu.
Bien qu'il ne soit qu'un obscur individu anonyme, un prisonnier de guerre
sans valeur particulière, certainement beaucoup mieux traité
que les milliers de Palestiens raflés dans leurs villages, comme
on en voit chaque jour des images, puisqu'il représente une monnaie
d'échange précieuse, le monde entier retentit de lamentations
sur son sort. Le corps collectif de la société israélienne
se sent amputé par la détention de cette unique unité.
Ce corps psychique tribal souffre et saigne. Seule la récupération
de ce prisonnier de guerre permettrait au "corps collectif"
de cicatriser sa blessure. Mais ce "corps collectif"
si sensible à la détresse d'un unique individu adulte,
parce qu'il est juif, trouve tout naturel que des centaines d'enfants
soient détenus et soumis à des tortures sexuelles dans
ses geôles, parce qu'ils sont palestiniens et que des hommes
et des femmes soient maltraités d'une manière sadique.
En effet, qui, dans
cette tribu si merveilleusement soudée et solidaire de tous ses
membres aurait l'idée saugrenue de s'indigner de ce que certains
d'entre eux soient spécialisés dans la rafle de gamins
de dix ans dans leurs écoles? Gifles, coups de pied, coups de
poing, coups de crosse de fusil ou de bâton sont le traitement courant.
Mais des tortures plus sévères sont réservés
aux récalcitrants: suspendus par les bras jusqu'à provoquer
des luxations des épaules ou attachés pendant des heures
dans des positions inconfortables, les yeux bandés. Il s'agit
de dissuader cette graine de "terroristes" de jeter
méchamment des pierres sur les gentils soldats israéliens
- comme ceux de la photo ci-dessous - qui rasent les maisons de leurs
parents, cherchent à leur extorquer des renseignement sur leurs
proches, matraquent et tuent impunément. Chez quelques-un(e)s
de ces tortionnaires mâles et femelles, un début d'humanité
commence à pointer le bout de son nez et des aveux écrits
ou filmés expriment des remords tardifs . Mais ils n'ont pour
l'instant aucune influence sur mentalité générale
de la société israélienne et sont même considérés
comme "anti patriotiques".

Enfant palestinien
raflé dans son école
J.-H. Rosny aîné
avait anticipé la situation de Shalit dans son roman d'aventures
La Guerre du feu. Les Wah avaient atteint, écrit-il,
un stade d'évolution supérieur à celui des tribus
environnantes. Des hordes plus violentes et plus énergiques les
avaient peu à peu repoussés dans des territoires de plus
en plus hostiles, mais, en dépit de leur faiblesse numérique
- ou peut-être à cause d'elle, précisément
- les Wah "risquaient tout pour délivrer un des leurs
pris, cerné ou tombé dans un piège. Cette solidarité
(...) qui jadis avait immensément accru leur puissance, les conduisait
parfois à de sinistres aventures."
La "libération
du caporal Shalit" n'était-elle pas l'un des principaux
objectifs avancés afin de justifier la "sinistre aventure"
du bombardement du ghetto de Gaza et ses 1 500 morts?
La solidarité
tribale est allégorisée par la fiction biblique présentée
dans le Livre d'Esther particulièrement vénéré
par les juifs, bien que le nom de Jahvé n'y soit jamais cité.
Une jeune orpheline qui a caché son origine ethnique
est devenue reine de Perse grâce une beauté exceptionnelle.
Au péril de sa propre vie et en compagnie de son cousin Mardochée,
elle aurait réussi à déjouer un complot et à
sauver tous les juifs de Babylone qu'un méchant premier ministre
perse voulait exterminer sans raison.
Aucun des événements
relatés dans ce récit n'est historique, bien qu'il situe
l'action durant la déportation d'une partie des Judéens
à Babylone après la déroute militaire de Megiddo
et la mort du roi Josias en -598. Rédigée probablement
par le scribe Esdras, cette fiction raconte la délivrance in
extremis de la "communauté" d'un massacre
imaginaire. Elle continue depuis près de vingt-cinq siècles
d'être joyeusement commémorée chaque année
dans une fête dont le nom, Pourim, est une simple reprise
des Pûrim babyloniennes qui fêtaient le retour du printemps.
C'est la grande fête de la solidarité communautaire,
à la fois carnaval pour les enfants et joyeuses extravagances
et transgressions pour les adultes, par laquelle la "communauté"
fête symboliquement la puissance de son "corps collectif"
et savoure la volupté d'une vengeance par procuration, puisqu'ayant
"échappé" à un massacre potentiel,
les juifs ont été autorisés, dans la fiction biblique
du Livre d'Esther, à exterminer réellement
tous ceux qu'ils considéraient comme leurs ennemis.
Les rabbins qui proclament
aujourd'hui qu'il est "licite de
tuer les bébés et les enfants" des "ennemis d'Israël"
car, disent-ils, "il est clair qu'ils nous porteront préjudice
lorsqu'ils auront grandi" se situent dans la continuité
directe du Livre d'Esther et de son massacre préventif,
ce qui prouve que sur un "corps collectif" en béton
armé le passage des siècles ne produit pas la moindre
érosion. [3]
10
- Où l'on assiste à la chute du mythe dans la politique.
Il était une fois Israël ... 
Dans son ouvrage "Mon
père était un combattant de la liberté, l'histoire de Gaza telle qu'on
ne vous l'a jamais racontée", l'écrivain palestinien Ramzy
Baroud raconte une expédition punitive de la troupe israélienne
dans un camp palestinien de la bande de Gaza: "Les soldats avaient
pour habitude de demander à celui qui avait été désigné pour un tabassage:
"Tu écris avec quelle main?" et lui cassaient ce bras-là d'un coup de
batte, puis ils cassaient l'autre bras et ensuite les jambes." [4]
J'ai longuement décrit,
dans de nombreux textes de mes Chroniques de la Palestine occupée,
la barbarie de l'Etat d'apartheid israélien. Il faudrait un volume plus
épais que la Bible pour collationner les innombrables formes que prend
la sauvagerie d'une soldatesque omniprésente jour et nuit aussi bien
en Cisjordanie occupée qu'aux frontières du goulag de Gaza dont elle
contrôle en réalité chaque centimètre carré.
Voir, entre autres, - Le
territoire, les rats et les hommes
On ne peut que constater,
une fois de plus, la remarquable homogénéité psychique de la quasi-totalité
du "peuple élu". Elle se manifeste par des applaudissements enthousiastes
aux exactions de son armée contre des civils.
Ainsi, le 5 juin 2010,
le gouvernement a décidé de décorer de la médaille d'honneur le membre
de l'unité du commando marin qui s'est révélé l'assassin le plus efficace
au cours de l'abordage en haute mer de la flottille internationale de
la Liberté par des commandos-pirates armés jusqu'aux dents. A lui tout
seul il a, en effet, réussi l'exploit de tuer à bout portant , d'une
balle dans la nuque ou entre les yeux, six des neuf victimes officielles
parmi les volontaires pacifistes désarmés qui voguaient sur le cargo
turc Mavi Marmara en direction du camp de concentration
de Gaza. [5]

Le
Mavi Marmara, navire amiral de la "Flottille de la Liberté",
attaqué par les commandos de marine israéliens (PHOTO:
MENAHEM KAHAN, AFP)
Enfermés dans le bunker
d'un tribalisme bétonné par un dieu qui lui aussi "tue, ment, trompe
et vole pour le plus grand bien d'Israël", comme l'écrivait Renan,
et bien qu'ils se proclament officiellement les habitants d'un Etat
laïc, les Israéliens manifestent un soutien sans faille aux crimes contre
des civils - enfants et nourrissons compris - ainsi qu'aux lois qu'un
sadisme législatif particulièrement ingénieux et d'une imagination
raciste confondante parviennent à concocter.
Les tueurs du Mavi
Marmara ont été accueillis en héros par des vivats et des rodéos de
véhicules klaxonnant dans les rues des grandes villes.

Scènes
de liesse à Tel-Aviv pour fêter le retour des tueurs des
volontaires de la paix
Je dis bien habitants
et non citoyens, car cet Etat présente une autre particularité mondiale,
celle de hiérarchiser, en fonction de leur appartenance religieuse,
les occupants du territoire qu'il a investi. Nul "citoyen universel"
n'y existe. Au sommet de la pyramide sociale trônent les "Juifs",
ornés de la majuscule qui leur accorde le bénéfice de la nationalité
raciale et qui les distingue des juifs, sans la majuscule révérentielle,
utilisée lorsqu'il est question des adeptes de la religion fondée sur
les textes de la Thora. Une soixantaine d'autres "nationalités",
et notamment la masse des indigènes, habitants autochtones et authentiques
possesseurs de la terre palestinienne regroupés sous le vocable d'"Arabes",
barbotent dans un marécage législatif filandreux et confus, subtilement
hiérarchisé dans lequel les "Russes" ont un peu plus de droits
que les "Arabes", mais nettement moins que les "Juifs".
Les contacts sociaux
ou politiques entre les différents groupes raciaux sont quasi inexistants
à l'intérieur même des frontières de cet Etat. [6]
L'apartheid ne régit
donc pas seulement les rapports entre l'occupant et les occupés, il
est également omniprésent dans la vie quotidienne à l'intérieur des
frontières officielles de l'Etat. Il se manifeste même entre les
"Juifs" cachères et les ceux qui le sont moins,
c'est-à-dire entre les immigrants originaires des régions talmudiques
d'Europe centrale, d'Ukraine, de Russie et du Caucase - les Askhenazes
- et ceux qui proviennent d'Afrique du nord et des autres pays musulmans
du Moyen Orient - les Séfarades - contaminés, semble-t-il,
par la pollution arabe. [7]
Il s'épanouit dans
des règlements administratifs sadiques qui témoignent d'une inventivité
et d'une fertilité qui suscitent une stupeur admirative par le degré
de malfaisance qu'ils sont capables de produire à l'égard des "non-Juifs".
[8] Mais, ô
ironie de l'histoire et retour du boomerang, une nouvelle forme d'apartheid
est en train de naître à l'intérieur même
du groupe des "Juifs" de la première catégorie.
Les juifs orthodoxes hyper religieux, ignorants comme des carpes dans
tous les ordres utiles à la vie en société - et auxquels Ben Gourion
avait accordé le privilège de vivre sans travailler afin de consacrer
leur vie à l'étude la Thora et du Talmud - refusent
tout contact physique avec le reste de la société, y compris
avec les autres juifs, impies à leurs yeux, et exigent des écoles spéciales
pour leurs nombreux enfants. La libération de toute obligation militaire,
une démographie galopante - chaque famille comptant huit à dix enfants
- ainsi que l'attrait d'une vie oisive semblable à celle des lévites
judéens du temps de Josias, ont assuré la prospérité et augmenté l'arrogance
de cette partie de la population juive d'Israël qui compte déjà 600
000 membres, soit près d'un quart de la population ethniquement "pure".

Manifestation
de colons ultra-orthodoxes
S'y ajoute la catégorie
des "colons", les pires prédateurs. Une masse
de 475 000 individus originaires du monde entier, jeunes et vigoureux,
fanatisés par l'idéologie sioniste, dépourvus de
tout sens moral inné et armés jusqu'aux dents, harcèle
jour et nuit les Palestiniens de Cisjordanie et de Jérusalem,
détruit leurs maigres cultures, incendie des maisons, coupe ou
brûle de merveilleux oliviers centenaires, vole sans vergogne
tout ce qui est à sa portée - une vidéo montre
la manoeuvre qui semble bien rôdée de quatre chenapans
juifs de la colonie voisine en train de subtiliser un mouton lors du
transit d'un maigre troupeau conduit par un berger palestinien. Un membre
caché des groupes de solidaires qui essaient de protéger
les Palestiniens a pu filmer la scène. [9]
Bien que les 144 colonies
qui les hébergent soient toutes illégales et construites
sur des terres volées, non seulement leurs exactions ne sont
jamais sanctionnées, mais ils sont armés et officiellement
protégés par l'armée, dont ils sont devenus l'une
des composantes les plus actives. On peut les identifier aux fameux
"frelons" évoqués ci-dessus par le texte
du Deutéronome. Chargés implicitement par
une administration complaisante de dégoûter les Palestiniens
de continuer de vivre sur la terre de leurs aïeux, ils s'acquittent
de leur mission avec zèle.
............................
Soldats
originaires des colonies de Cisjordanie en prière
Ainsi, comme les fameux
trains sur les panneaux de la SNCF, un apartheid peut en cacher un autre.
Victime de la mentalité ségrégationniste de ses habitants, l'Etat d'Israël
se trouve confronté à des apartheids internes en forme de poupées russes.
Plus surprenant encore,
des sites juifs parmi les plus officiels en arrivent à justifier la
judéité par la génétique [10]
et, ironie de l'histoire, à se réclamer eux-mêmes d'un racisme biologique.
Des publicités invitant les amateurs à se livrer à une recherche de
"gènes juifs" fleurissent sur internet. [11]
Quant à l'Etat d'Israël
lui-même, il s'agite frénétiquement sur la scène internationale afin
d'obtenir la reconnaissance de sa légitimité comme "Etat juif"
sur un fondement "biblico-génético-matrilinéaire".
Quel paradoxe de voir
les représentants d'un Etat qui justifie l'appropriation de la Palestine
par le matraquage médiatique mondial d'un rappel des persécutions racistes
dont ses membres ont été victimes en Europe, en arriver à se réclamer,
avec une innocence stupéfiante, d'un tribalisme génétique et à s'auto-justifier
à partir de la biologie. Quelle ironie de l'histoire de voir une population
dont les ancêtres ont été victimes en Espagne et au Portugal, durant
les XVè et XVIe siècles, de la fameuse politique de la limpieza de
sangre, la "pureté de sang", qui bannissait de toutes les
fonctions politiques et administratives même les convertis au
christianisme soupçonnés d'une ascendance juive, se réclamer à leur
tour de ce principe contre les "goys" et les "arabes"!
Mais au moment où
la politique d'un Etat est dictée par ses chromosomes, on quitte l'histoire
universelle des humains pour choir dans une variante du comportement
animal. Si le tribalisme biologique est le déterminant majeur de la
politique d'un Etat, ne devient-il pas légitime d'étudier la politique
israélienne à la lumière des observations éthologiques de Konrad Lorenz
dans son Histoire naturelle du mal et de la comparer au
comportement démoniaque des rats envers des congénères n'appartenant
pas à leur propre espèce?
11
- Une question de psychophysiologie
Car toujours revient
la même question lancinante: pourquoi les Juifs aujourd'hui, les Judéens
hier, considèrent-ils comme physiquement et psychiquement indispensable
à leur équilibre corporel et mental de s'isoler des humains qui ne font
pas partie de leur ethnie et donc à édicter des lois tribales qui leur
font rejeter aussi violemment que les rats, les humains qui ne partagent
ni leur patrimoine génétique, ni leur arrière-monde psychique? Israël
est aujourd'hui le seul endroit sur la planète entière dans lequel un
racisme officiel et revendiqué s'épanouit et se développe au vu et au
su de tous, et au mépris de toutes les lois internationales. "Les
personnes qui souhaitent obtenir la nationalité israélienne devront
prêter allégeance à Israël comme « Etat juif et démocratique » et plus
seulement à l’Etat d’Israël, comme c’est le cas aujourd’hui",
Vous voulez la nationalité ? Déclarez qu’Israël est un Etat juif, rapporte
le site de l'ambassade de France en Israël. [12]
Ainsi, il y a quelques
années, un colon juif originaire de France qui venait de débarquer dans
la patrie de son coeur a cru bon de fêter son "retour"
en poignardant de sang-froid un chauffeur de taxi arabe après une course.
Lorsque la police l'a interrogé: "Je n'ai rien ressenti (...) C'était
comme abattre un animal", avait déclaré aux enquêteurs israéliens
Julien Soufir, 25 ans, qui a reconnu s'être rendu à Jérusalem pour trouver
un chauffeur de taxi palestinien dans l'intention "de tuer un Arabe
parce qu'il était arabe". [13]
Le Monde
du 14 août 2010 rapporte dans une toute petite bulle qu'un colon
de Cisjordanie de 29 ans, auteur de quatre assassinats de Palestiniens
avec un poignard et de sept autres agressions anti-arabes a été
condamné par un tribunal israélien à une peine
vraiment trop féroce: 15 jours d'assignation à résidence
dans sa propre maison, soit 1jour, 8heures, 36 minutes et 21secondes
par Palestinien poignardé à mort. Le monde entier a partagé
avec la "communauté juive" le soulagement de
voir que jeudi 12 août 2010, M. Haïm Pearlman a retrouvé
une totale liberté d'action. [14]
Le 16 mars 2010,
au cours de violents affrontements à Jérusalem-Est, le photographe Ammar
Awad de l'agence américaine Reuters, a saisi une scène particulièrement
révélatrice de la mentalité et du "courage" de l'armée auto-proclamée
"la plus morale du monde".
Arrêter des enfants
et des adolescents, les soumettre à des tortures sexuelles, les utiliser
comme boucliers humains lors des répressions des manifestations ou des
opérations de guerre sont des comportement habituels et solidement ancrés
dans les pratiques de cette milice. Mais cette fois, les célèbres
FID (Forces israéliennes de Défense) ont
eu une idée géniale: comme la vie d'un seul juif est,
comme on doit le savoir, plus précieuse que des milliers de vies
de représentants d'autres nations - voir le verdict Haïm
Pearlman - et que celle d'un arabe ne vaut même pas qu'on use
sa salive à en parler, aucune précaution n'est surperflue
afin d'assurer la sécurité des inestimables forces anti-émeutes,
pourtant équipées de gigantesques boucliers, armées et casquées
comme une troupe de Martiens et accompagnées de lourds véhicules
militaires.
Eurêka, pourquoi
ne pas kidnapper une toute petite fille sur le chemin de l'école avec
son petit cartable sur le dos et se cacher derrière ce bouclier
protecteur? Une petite fille palestinienne, c'est de la graine de terroriste,
il n'y a donc pas à la ménager car, comme l'écrivent
les éminents rabbins auteurs de la Thora du roi dans
des extraits publiés par Haaretz "attaquer
des non-juifs" peut "freiner leurs inclinations malignes"!
Ce serait donc pour son bien et au nom de la morale que les FID s'abritent
derrière une petite écolière. On comprend enfin
pourquoi l'armée israélienne se proclame "la plus
morale du monde"! Elle tue les Palestiniens pour leur bien.
Seuls des esprits
mal intentionnés pourraient juger qu'il s'agit d'une obscénité
morale et que les FID sont des lâches. [15]
Mais pourquoi s'arrêter en si bon chemin et ne pas utiliser des
berceaux remplis de nourrissons? Il y a tant de marmaille palestinienne
grouillante "d'inclinations malignes" !
Courageux
petit bouclier humain
(© Photo Ammar Awad/Reuters)
Je n'évoque que pour
mémoire la guerre sauvage menée contre la prison de Gaza. Il n'a pas
fallu moins de cinq cents pages à un co-religionnaire, le juge sud-africain
Goldstone, pour collationner les innombrables crimes de guerre commis
par l'Etat sioniste durant trois semaines, mais approuvés quasi unanimement
par la population qui non seulement n'a éprouvé - et n'éprouve toujours
pas - la moindre pitié, la moindre honte ou le moindre remords, mais
s'est montrée, au contraire contrariée et furieuse devant l'arrêt du
carnage avant qu'il soit complet.
Voir : L'axe
de l'apocalypse se rue à l'assaut du camp de concentration de Gaza,
Toutes les guerres
charrient leurs cortèges de massacres, mais les guerres à la fois
coloniales et religieuses sont les plus cruelles car lorsque la
colonisation se fait au nom d'un dieu, la barbarie n'est freinée par
aucune loi humaine et par aucune inhibition. L'issue ne peut en être
que l'extermination de l'ennemi, car les prédateurs messianiques prétendent
qu'ils obéissent à "une autre loi", qu'à celle des institutions
internationales qui encadrent la politique mondiale et tentent de canaliser
le comportement des hommes de troupe sur le terrain.
Qu'est-ce que cette
"autre loi" dont se réclame Israël ? Où et comment a-t-elle
été élaborée, comment s'est-elle durcie dans les cervelles et dans les
cœurs jusqu'à aboutir à l'espèce de soupe idéologique aujourd'hui appelée
sionisme et composée d'un brouet messianico-colonialiste cuisiné
à partir d'une interprétation littérale du Deutéronome
dans lequel barbotent librement préceptes bibliques, rapines, violences,
tortures et toutes les formes de sadisme dont sont capables les hommes
quand ils considèrent que tout leur est permis sur la terre et qu'ils
obéissent aux commandements d'un Dieu?
A la poubelle, la
Déclaration universelle des Droits de l'Homme de l'Assemblée
générale des Nations Unies de 1948; ignoré le Pacte international
relatif aux droits civils et politiques de l'Assemblée Générale
de 1977; méprisé le Droit international humanitaire (DIH) ainsi
que le Droit international des droits de l'homme (DIDH). Quant
à la Quatrième Convention de Genève qui protège les civils en
temps de guerre, l'agresseur la tient pour un chiffon de papier et,
dérision suprême, se considère en état de légitime défense et en impute
les obligations aux victimes. Son ambassadeur en France les avait en
son temps dédaigneusement qualifiées de "rituelles".
Sûr de son impunité,
Israël fanfaronne et ne lit même plus les 67 résolutions de l'Assemblée
générale des Nations Unies qui le condamnent expressément.
Voir : Ils
ont crucifié Marianne... Les nouveaux exploits de Tartuffe en Palestine
Cet Etat ne signe
ni le Traité de non- prolifération des armes nucléaires, ni celui
d'interdiction de leurs essais, tout en s'agitant frénétiquement
et en faisant agir les innombrables groupes de pression qu'il possède
sur la planète entière afin de faire condamner une arme potentielle
qui serait construite dans un avenir indéterminé par une puissance rivale
de la région.
12
- Où l'on observe le "peuple élu" confronté
à l'insurrection morale des peuples du monde 
Quant au traité sur
le droit de la mer, le monde entier a pu voir le cas qu'il en
a fait durant la nuit du 31 mai 2010 lorsqu'il a envoyé ses commandos
de marine investir les navires de la "Flottille de la Liberté"
dans les eaux internationales et assassiner de sang-froid une dizaine
de pacifistes désarmés. Laisser des blessés se vider de leur sang jusqu'à
ce que mort s'ensuive ou rouer de coups de pied un blessé agonisant
avant de l'achever de quatre balles dans la tête, voilà le genre d'exploit
pratiqué par les commandos de cet Etat et que révèlent quelques
vidéos qui ont échappé à la razzia des escadrons de la mort qui se sont
livrés, de nuit et en haute mer,à un acte de piraterie, sur la flottille
de volontaires humanitaires voguant vers la prison de Gaza.
Non seulement ils
étaient munis d'une liste de passagers à tuer, mais ils ont de surcroît
procédé à un cambriolage en règle. Tels de vulgaires pirates
de la mer, la troupe israélienne a dépouillé systématiquement tous les
parlementaires et les volontaires internationaux, y compris ceux qui
gisaient dans leur sang, le crâne explosé. Les agresseurs
ont fait main basse sur leurs bagages, leurs effets personnels et jusqu'aux
chaussettes qu'ils avaient aux pieds, comme en témoigne l'écrivain suédois
Henning Mankell présent sur le navire grec Sophia. [16]

Henning
Mankell lors d'une conférence de presse à Berlin après sa participation
à la flottille d'aide à Gaza et son expulsion d'Israël. (Reuters/Tobias
Schwarz)
Camescopes, appareils
photos, ordinateurs et même cartes de crédit, argent liquide, bijoux,
passeports tout a été volé. En bons voyous, certains soldats ont utilisé
des cartes de crédit volées pour leur usage personnel, achats d'i-pod
et d'autres babioles électroniques. [17]
A côté du comportement de l'armée israélienne, les pirates somaliens
font figure de gentils adeptes des principes de Baden-Powell.
L'histoire est facétieuse.
Un des lobbyistes les plus actifs dans la défense d'Israël et du sionisme
sur la planète entière avait prononcé, la veille, avec des trémolos
dans la voix, un hymne à la gloire d'une armée dans laquelle il avait
voulu entrer en son jeune âge. "Je n'ai jamais vu une armée aussi
démocratique, qui se pose autant de questions morales. Il y a quelque
chose d'inhabituellement vital dans la démocratie israélienne."
M. Béhachel Lévy
est décidément un grand humoriste.
Mais malgré la censure
tacite des journaux et des télévisions, la complicité des grandes agences
de presse comme AFP, Reuters ou Associated Presse et malgré les efforts
des innombrables petites mains qui officient dans les médias occidentaux
et se contentent de relayer la version israélienne, la vérité se fraie
son chemin. [18]
Au moins avec Israël
le monde n'a jamais de surprise: le pire est toujours sûr. Ainsi, après
le massacre opéré par les troupes d'assaut sur le Mavi Marmara,
cet Etat a accepté, à la suite des pressions internationales,
pourtant d'une grande modération, de nommer une "Commission
d'enquête" dont le résultat est connu d'avance, puisqu'il est
contenu dans son énoncé. En effet, la pseudo "enquête"
doit, précise le texte officiel, "préserver la liberté d'action de
nos soldats" et "prouver que nos actions étaient de caractère
défensif et donc justifiées". CQFD.
Le Père Ubu aurait
adoré ce genre d'"enquête".
Mais aucun ridicule,
aucun mensonge ne découragent l'armée innombrable des membres potentiels
de cet Etat dispersés sur la planète entière. Comme ils occupent des
places stratégiques dans les médias de tous les pays du monde leur force
de frappe est immense et avec une énergie que ne freine aucun scrupule
et ne décourage aucun mensonge, ils s'évertuent à peindre en
rose l'Etat bien-aimé, leur véritable patrie. "Des matinées entières,
ils s'étaient immobilisés devant ce portrait, s'émerveillant de sa beauté…"
Ils savaient au fond
de leur cœur que cet Etat était devenu "monstrueux et repoussant",
"en proie à une corruption particulière, pire que celle de la
mort", que, de semaine en semaine, de mois en mois, d'année
en année, sa figure devenait "bestiale, flasque, immonde",
mais ils refusaient de l'admettre. Ils cachaient "son masque de
turpitude et de laideur" sous des draperies de mensonges de
velours rouge, essayant d'imposer un "universel respect"
pour "la seule démocratie au Moyen-Orient", la "lumière parmi
les nations", la "nation au-dessus de toutes les nations"
qui, grâce à son ingéniosité, avait fait "refleurir le désert".
Mais pendant que les
aèdes du sionisme chantaient leur extase, derrière son mur hérissé de
bombes et de missiles nucléaires, "un visage hideux dans le clair-obscur
grimaçait sur la toile". "La corruption et l'ignominie"
donnaient à cet Etat "le visage d'un satyre". (Oscar Wilde,
Le portrait de Dorian Gray)
Une fois encore,
un grand écrivain se révèle un prophète. On voit comme Oscar Wilde a
su décrire l'évolution de l'Etat d'Israël et son passage du mythe à
la réalité.
.................
La sous-lieutenante
israélienne Eden Abargil (photo de gauche): "L'armée, la meilleure
période de ma vie"
Il semble que la pression
internationale ait fini par avoir raison de l'arrogance de l'Etat hébreu.
Celui-ci a été contraint d'accepter que quatre membres
- dont un Turc et un Israélien - désignés par l'ONU
enquêtent sur les exactions des commandos juifs. Mais sachant
que le Président est un Néo-zélandais, l'ancien
premier ministre Geoffrey Palmer très favorable par principe
à Israël, et que le vice-Président, le Colombien
Alvaro Uribe, ancien Président de la République, est un
sioniste déclaré, il faudra beaucoup de mordant au représentant
turc pour s'imposer face au bloc de ses trois collègues afin
de donner une chance à la vérité. Quant au Premier
Ministre, M. Benjamin Netanyahu, il proclame haut et fort au nom de
l'Etat d'Israël, qu'il est "fier du courage exceptionnel
des soldats".
Car la liste des forfaits
de cet Etat ne s'arrête pas à ses crimes sur la flottille de la Liberté:
il poursuit la construction d'un mur d'apartheid malgré la condamnation
de la Cour Internationale de Justice. L'extension des
colonies bat son plein au grand jour ou hypocritement. Selon son appréciation
des rapports de forces et en vue de conquérir de nouveaux territoires,
il bombarde ses voisins libanais, syriens, gazaouis, irakiens. Jour
après jour et par petits paquets, il assassine des Palestiniens en Cisjordanie,
à Gaza ou au Liban sans compter l'action de commados de tueurs "éliminant",
comme ils disent, des personnalités gênantes.
Le comble de la barbarie
mécanisée est atteint avec l'installation du système
électronique Spot and Shoot (Repère et Tire) . Devant
des écrans "des femmes soldats, situées loin de là dans
une salle d’opération, ont la responsabilité de cibler et d’actionner
les tirs des mitrailleuses télécommandées installées sur des tours de
guet tous les quelques mètres le long de la grille électronique qui
encercle Gaza." [19]

Spot
and Shoot: Une tueuse en action
Des militaires femmes
sont préférées pour ce genre d'assassinat électronique
afin d'économiser les mâles, utilisés de préférence
dans les confrontations musclées ou sanglantes. Quand ces femelles-tueuses,
qui éprouvent visiblement une véritable jouissance à
humilier des hommes arabes, retournent à une vie civile normale
après les deux années durant lesquelles elles se sont
livrées à des assassinats télécommandés
ou à torturer des prisonniers, quelle est leur psychologie? Mlle
Eden Abargil - dont le prénom constitue une véritable
dérision - a donné une réponse à cette question:
« Je hais les Arabes et je leur souhaite le pire. Je serais heureuse
de tous les tuer, même de me livrer à une véritable boucherie».
(Eden Abergil sur Facebook). [20]
Abou Ghraib bis repetita.
Si cette activité-là
est normale, alors pourquoi s'étonner et s'indigner du comportement
des gardiens des camps de concentration nazis? Quelle est la mentalité
d'un pays dans lequel tous ses membres - les hommes pendant trois
ans et les femmes pendant deux ans - ont été, au moment
charnière de leur existence où ils entrent dans la vie
adulte, des tueurs et des meurtriers potentiels entraînés
dès la petite enfance au maniement des armes? Et cela depuis
soixante-trois ans, c'est-à-dire depuis trois générations.
Bourreaux et bourrelles, est-ce là la nouvelle mission du "peuple
élu"?

Formation
des tueurs de demain: des colons juifs entraînent leurs enfants
au maniement des armes
Il semble que le gouvernement
israélien soit particulièrement prévoyant dans
la formation de ses tortionnaires. Comme chacun sait, plus l'éducation
est précoce, plus le "professionnel" est performant.
C'est pourquoi l'armée "morale" fait appel à
des volontaires lycéens afin de les entraîner dès l'adolescence
à harceler les familles palestiniennes et à considérer
comme une fête le fait d'écraser au bulldozer leurs maisons. Après
les maisons, les humains? Le conducteur de l'engin qui a écrabouillé
sans état d'âme l'héroïque Rachel Corrie a
déjà montré la voie.
C'est ainsi qu'on
voit des gamins de quinze ans intégrés dans la "garde civile israélienne"
rigoler à vandaliser les biens, à détruire et à souiller les
photos de famille, les meubles et le linge. Même les nazis, qui servent
habituellement de référence de la barbarie moderne, n'étaient jamais
allés si bas dans la corruption morale des enfants et n'avaient pas
directement utilisé les mouvements de "Jeunesse hitlérienne"
dans la persécution des juifs. On devine que tous les Abergil mâles
et femelles n'attendent que l'occasion pour assouvir la "haine"
qu'ils ont aspirée depuis l'enfance et pour se livrer à
la "véritable boucherie" à laquelle rêve
cette jeune personne, qui n'est certainement pas un cas isolé.
a
................
Des jeunes
lycéens volontaires de la police israélienne fouillent dans les
biens d’une famille d’al-Arakib et se vautrent dans ses meubles (photos
Ata Abu Madyam of Arab Negev News)
Dans
son ouvrage Vaincre Hitler : Pour un judaïsme plus humaniste et
universaliste (Fayard 2008) Avraham Burg, ancien Président
de l'Agence Juive et ancien Président de la Knesset, devenu français
en 2007, analysant la mentalité des Israéliens révèle à quel point ils
sont devenus racistes. Les inscriptions "Mort aux Arabes", "Arabes=Nazis"
sont devenues banales. "Sommes-nous totalement happés par cette
effroyable ressemblance avec nos bourreaux?", écrit-il. Tous
ces exemples montrent combien Hanna Arendt avait raison de parler de
la "banalité du mal".
Burg
critique violemment l'instrumentalisation par Israël du génocide nazi
et imagine les mécanismes destinés à sortir Hitler
et le nazisme de la tête des Israéliens. Or, vaincre
Hitler, c'est, certes, vaincre la référence constante au nazisme
et surmonter enfin la complaisance morbide à la faveur de laquelle les
Israéliens se posent en victimes professionnelles, y compris lorsqu'ils
agressent et tuent des Palestiniens ou des Libanais par centaines. Mais
Vaincre Hitler, c'est aussi en finir avec la célébration morbide
de l'holocauste et les pèlerinages compulsionnels à Auschwitz. Et surtout,
Vaincre Hitler, c'est refuser l'idée que la mémoire d'un massacre
puisse légitimer la conduite actuelle de la politique et la mentalité
de la société israélienne.
Car
Vaincre Hitler, c'est avant tout vaincre la fascination pour
Hitler et tuer le bourreau qui habite aujourd'hui de nombreux Israéliens
et qui se donne impunément libre cours. Vaincre Hitler, c'est
réveiller la conscience des poupées-tueuses qui officient
paisiblement devant leur écran aseptisé et déclenchent
un missile assassin d'un clic négligent. Vaincre Hitler,
c'est tenter de guérir de la paranoïa d'une grande partie
de la population et de ses dirigeants qui se traduit par une surestimation
pathologique de soi-même subsumée dans la notion d'élection
divine. La conséquence en est la méfiance et le mépris
pour le reste des humains dont la Thora et le Talmud sont remplis et
qui sont aujourd'hui concrétisés dans d'innombrables lois
racistes. Guérir de la paranoïa, c'est cesser de rejeter
en permanence sur ses victimes la responsabilité de ses propres
crimes. Car c'est toujours pour "se défendre"
qu'Israël tue, blesse, torture, vole des terres, détruit
des maisons, dévaste les vergers, ravage et brûle des récoltes,
attaque ses voisins et envoie des bombes de tout calibre et de toutes
natures, y compris des bombes à fléchettes interdites
par le droit international, au milieu de zones résidentielles
grouillantes d'enfants afin de provoquer des blessures atroces. Vaincre
Hitler, c'est cesser d'être un meurtrier qui, avec constance
se proclame innocent et victime.
Comment
les Israéliens habités par l'hubris de leur puissance
et de leur "exceptionnalité" peuvent-ils s'imaginer
qu'un racisme brutal et inhumain leur permettra de s'implanter durablement
dans la région? Comment se fait-il qu'ils soient à ce
point aveuglés par un nationalisme orgueilleux qu'ils croient
que les missiles et les bombes, même nucléaires, seront
suffisants pour leur assurer une présence pérenne dans
la région et qu'ils ne voient pas que chaque "succès
militaire" contre des civils désarmés est une
défaite morale qui sape les fondements de leur Etat, l'isole
du reste du monde et constitue un pas supplémentaire en direction
de son auto-destruction.
13
- Où l'on verra le mythe prendre la forme d'une montgolfière
cosmique 
Reflet de la société,
la religion s'adapte aux changements historiques. La défaite des armées
du roi Josias, puis celle de ses successeurs face aux grands empires
environnants - Egypte, empire assyrien, empire perse, puis empire grec
d'Alexandre le Grand et enfin empire romain - qui ont abouti à la disparition
définitive de l'histoire du monde d'un Royaume de Juda indépendant,
berceau du dieu Jahvé, a profondément influencé l'évolution du récit
biblique.
A cette occasion entreront
en scène deux personnages déterminants dans l'histoire politico-religieuse
des Judéens - Ezéchiel et Esdras - les véritables rédacteurs des quatre
Livres de la Thora qui font remonter l'histoire de la Judée à l'origine
de la création du monde et qui sont censés précéder le Deutéronome
rédigé pourtant plus de deux siècles auparavant, mais modifié
à cette occasion. Il s'agit là d'un procédé littéraire classique
que connaissent tous les auteurs contemporains de bandes dessinées.
Mais pas seulement. Ainsi après avoir écrit le Pantagruel,
Rabelais a rédigé l'histoire du père de son héros, le Gargantua.
L'illogisme de la
déité mixte que ce peuple s'est donnée - à la fois déité communautaire
et créateur cosmique - est la cause profonde de la claudication du peuple
qui s'en réclame dans l'histoire des sociétés dans lesquelles les migrations
l'ont conduit. A partir du moment où les Judéens n'ont plus été enfermés
dans leur petite province et où les défaites politiques ont disséminé
une partie de ses élites et du peuple au sein des autres nations, la
confrontation entre un groupe humain marchant derrière ce dieu-là, miroir
de sa représentation suprématiste et autiste du monde et de lui-même,
et le reste des hommes qui n'avaient aucune raison d'accepter leur relégation
dans un statut subordonné, ne pouvait qu'être explosive. Elle le fut
durant deux mille ans. Elle continue de l'être, comme on le voit jour
après jour en Palestine occupée.
Car l'histoire
du judaïsme et l'histoire des juifs sont inextricablement emmêlées.
En effet, les vicissitudes de l'histoire des hommes ont profondément
influencé l'histoire de l'élaboration du Dieu Jahvé, et inversement,
les innombrables commentaires des textes fondateurs auxquels les talmudistes
se sont consacrés durant des siècles, ont, en retour, bétonné les cerveaux
d'une manière si indélébile qu'aujourd'hui, les immigrants venus des
quatre coins du monde et issus d'ethnies qui n'avaient jamais eu le
moindre rapport avec les Hébreux originels, mais majoritairement porteurs
de la mentalité rabbinique, se sont révélés inassimilables aux peuples
restés sur leurs terres depuis toujours et convertis à d'autres dieux.
Car le judaïsme rabbinique fondé sur les commentaires de la Thora a
fini par triompher de l'hébraïsme biblique que les prophètes avaient
réussi, non sans mal, à adoucir et à universaliser.