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Odyssées intergalactiques


Lendemains d'apocalypse

 

 

Le grand départ

C'est arrivé au moment où Sémimi, rampant sur le dos, d'un côté de la porte, essayait de saisir avec ses deux pattounes tendues la plume de coq que je glissais de l'autre côté. Impertinente, cette plume, allait et venait. C'était magique, elle avait l'air de bouger toute seule et lui chatouillait tantôt les moustaches, tantôt les pattes, tantôt lui gratouillait le ventre.

Excitée, la chatonne guettait, se précipitait, reculait et émettait ce bizarre petit bruit de ses mignons naseaux que j'avais remarqué lorsqu'elle était très concentrée ou qu'elle demandait impérieusement à sortir. Elle se roulait de bonheur sur le tapis, offrant au regard les bouclettes de son ventre et sa somptueuse toison d'oursonne qu'elle refusait obstinément de laisser peigner .

Tout à coup, un gigantesque éclair blanc, un bruit de fin du monde … L'apocalypse.

Et je vis une nuée blanche et le feu fut partout. Je vis sortir des éclairs et j'entendis des voix et des tonnerres .

Et puis pftt… le grand départ.

Nous n'étions plus là pour contempler l'horizon blanc, rouge, embrasé et le majestueux champignon qui s'est élevé dans la nuée.

J'imaginais les maîtres du monde déments, les sataniques metteurs en scène de l'apocalypse qui, à des milliers de kilomètres, bien protégés dans leur bunker sous la montagne, sautaient comme des puces devant leurs écrans. Quel sublime scénario! Quel spectacle enchanteur! Ils avaient fait une petite répétition sur deux villes d'un archipel du Pacifique et depuis ils se languissaient de revivre l'extase de la toute-puissance. Aujourd'hui était leur jour de gloire.

Je ne peux même pas dire que nous étions réduites en poussière, car la poussière est encore quelque chose alors que nous n'étions plus rien.

Le néant.

Par la grâce d'Einstein et les vertus de sa célèbre équation, notre masse s'était chantée en énergie et, photons parmi les photons, nous galopions dans l'azur .

 

Résurrection

Mais les mystères de l'au-delà sont, comme chacun sait, impénétrables et d'abord à ses heureux bénéficiaires. C'est pourquoi je ne saurai jamais ni comment, ni quand nous avons atterri, les fesses dans l'herbe pour moi et ventre à terre pour Sémimi, sur la pelouse, devant un immense édifice d'où sortaient de mélancoliques volutes mélodieuses.

La résurrection, c'était donc ça !

J'étais ressuscitée ! Même Sémimi était ressuscitée! Voilà qui n'était pas prévu, car je savais de science certaine que les animaux sont bannis des champs élyséens depuis l'affaire de la pomme de sinistre mémoire et de la gloutonnerie d'un couple de benêts.

Ainsi, nos photons avaient fait machine arrière et s'étaient reconcentrés en matière - je touchais mes bras, je tâtais mes jambes, tout fonctionnait, mes muscles, mes articulations, ma tête. Aussi sûr que deux et deux font quatre j'en conclus que j'étais au paradis et je fus ravie en esprit.

Mais dans quel paradis avions-nous atterri ?

Pour l'instant nous étions toutes les deux, Sémimi et moi, plutôt ahuries et désorientées. Assises sur l'herbette verdoyante regardant en haut, à gauche, à droite, cherchant un point de repère, je m'aperçus que mon pantalon à fines rayures et ma chemisette rose étaient demeurés dans la stratosphère mais qu'ils avaient été pieusement remplacés par une tunique blanche à la coupe rudimentaire avec une grande poche sur le ventre. Elle me rappelait les modèles qu'enfant je taillais à mes poupées.

Je fis donc une première observation capitale : on ne ressuscite pas tout nu.

Mes fesses endolories m'amenèrent à une seconde déduction : le sol du paradis n'est ni mou, ni cotonneux, ni vaporeux, mais parfaitement ferme et dur .

Seule une mélopée envoûtante et mélancolique signalait d'autres présences.

A tout hasard, je remisai prestement dans la précieuse poche ventrale une Sémimi encore groggy et pour tout dire, non ressuscitée à cent pour cent. Je vis en la soulevant, que tous les poils de sa collerette de lionne n'étaient pas au rendez-vous et qu'il en manquait également dans le panache de sa queue . Le Très Haut avait dû se tromper dans ses calculs quand il avait compté les photons nécessaires à sa réincarnation parmi les bienheureux. La fourrure était si riche, si soyeuse et si longue qu'il n'avait pas repéré les poils masqués par le duvet, et peut-être aussi ne connaissait-il pas toutes les ressources de e=mc²..

(A suivre...) Le paradis des déiphages

 

 
 
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