Puissent
les fêtes religieuses de fin d'année se révéler propices à
une maturation de la réflexion républicaine sur les relations
que le peuple français entretient avec sa propre souveraineté,
celle dont sa justice est devenue le royaume depuis 1789.
Pour la première fois , une vive tension est apparue au grand
jour entre les Parquets et la justice civile. Mais dans l'affaire
Filippis, le débarquement public du Président de la Cour d'appel
et du Président du Tribunal de Paris sur les terres du Ministère
public a laissé de marbre la Chancellerie et le Parquet général.
Dans le même temps, l'Etat s'opposait à la libération d'un
jeune couple accusé d'un exploit extraordinaire : ces grands
spécialistes de l'ubiquité démoniaque du terrorisme auraient
endommagé des caténaires sous haute tension en divers lieux
du territoire national, et cela simultanément. Les Français
découvraient avec stupeur qu'à l'instar de la police d'Ancien
Régime, celle de la République usait de lettres de cachet.
Afin
de ne pas sembler passer outre à ces événements, je remets
à l'année prochaine la suite de mes spectrographies anthropologiques
du politique. Mon analyse de la semaine dernière, qui observait
l'étatisation rampante des tribunaux de première instance
et des cours d'appel de province au profit des corporatismes
locaux, se place à point nommé au cœur du débat sur la marginalisation
accélérée du droit civil au profit de l'autocratie des Parquets.
Les démocraties modernes retirent peu à peu la justice d'entre
les mains des peuples. Les Républiques rigidifiées par leur
combat contre la médiocrité parlementaire se trouvent menacées
d'un côté par un nouveau despotisme d'Etat, de l'autre par
une décentralisation d'esprit corporatiste.
La politologie française saura-t-elle diagnostiquer la pathologie
nouvelle qui guette la nation ?
le 22 décembre 2008