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LETTRES PERSANES

11 - Psychophysiologie du tartuffisme

Le2 de la lune de Rhamazan

Usbek à Rhedi

Quel privilège de vivre dans un siècle des Lumières où la raison politique des Français est appelée à observer, sur la scène internationale, et à peser le cerveau bifide d'un animal mi-réel, mi-onirique, le simianthrope casqué ou mitré, dont les chancelleries du monde entier échouent encore pour l'instant à démonter les rouages, parce qu'elle se servent de lunettes monopolaires, alors qu'il leur faudrait disposer d'un globe oculaire capable d'enregistrer sa propre dichotomie et, par conséquent, de connaître le mécanisme qui l'empêche d'accéder à une vision bifocalisée de lui-même et du monde. Mais l'anthropologie française d'avant-garde est sur le point de conquérir l'œil qui lui permettra de faire apparaître sur la rétine de Paris l'encéphale de l'humanité biphasée et de prendre à son égard le recul qui lui permettra d'en peindre la schizoïdie. Cette lentille découvrira par quel prodige tous les Etats actuels sont dotés d'un encéphale bifide et aveugle à sa scission interne au point qu'ils interdisent à Israël de poursuivre sans relâche son expansion, à la fois territoriale et biblique et, dans le même temps, au peuple palestinien de s'opposer par les armes et par le sacrifice de ses martyrs à la progression théologique et musclée de son agresseur.

L'énigme simianthropologique à résoudre est donc celle de l'apparente bonne foi avec laquelle le monde entier feint de tenter de convaincre les deux parties à conclure un accord entre deux Etats, alors que tout accord se trouve exclu par définition et en raison de la nature même du litige. Car l'Etat chassé de ses terres et qui n'existe pas se trouve sommé de reconnaître l'existence de son interlocuteur, ce qui suffit à démontrer que cet autre n'existe pas davantage, parce que le lune et le soleil n'ont pas besoin d'huissier pour dresser constat qu'ils se trouvent là présents dans le ciel. Mais, de son côté, l'Etat censé exister pour être sorti, lui, et la lance à la main de l'encéphale de Zeus n'est pas encore sollicité de reconnaître celui qui n'est pas sorti des limbes. Or, cette guerre des errants disent les anthropologues de Paris illustre à merveille à quel point le cerveau simiohumain ne saurait distinguer le réel de l'irréel , puisqu'il ne sait pas lequel, du songe ou de la terre, donne sa légitimité au verbe être . Du coup, Israël ne saurait auto-valider sa pseudo existence juridique sur la scène internationale en vertu d'une prétendue autorisation d'exister que son ciel lui aurait expressément accordée - assortie du droit de reconquérir le sol de sa patrie les armes à la main, tandis que de l'autre, le peuple palestinien se voit condamné par un guerrier d'entériner l'exploit par lequel un certain Jahvé aurait décidé de déposséder de la terre de leurs aïeux les fidèles d'Allah, le tout puissant, le miséricordieux .

On voit que l'anthropologie du IIIe millénaire qui germe aujourd'hui à Paris sera articulée avec le génie de la littérature dans laquelle cette nation s'est illustrée depuis sept siècles, parce que le cerveau mis en porte-à-faux et trompé par sa dichotomie originelle est voué à se contredire à l'école de sa propre bipolarité, puisque la cécité originelle dont il souffre ne saurait soutenir ni qu'elle est consciente, ni qu'elle est inconsciente. Or, la réponse à cette énigme a été pressentie par La Boétie et par Molière , puisque la soumission du simianthrope à sa propre volonté de s'auto-aveugler est la clé aussi bien de l'Essai sur la servitude volontaire que du Tartuffe.

13 avril 2007