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LETTRES PERSANES

28 - Le regard de la Folie sur la folie

Le 17 de la lune de Gemmadi

Usbek à Rhedi

Le débat est alors revenu à l'examen méthodologiques des derniers fondements de la simianthropologie moderne. Car jamais le peuple entier des dévots du dieu Liberté n'assisterait en spectateur passif aux exploits d'une théologie aussi expéditivement cuisinée dans les marmites de la démocratie impériale si les fourneaux ardents du messianisme ne répondaient au fonctionnement naturel de l'encéphale tantalesque du simianthrope schizoïde. Quels étaient donc, me disais-je, les fruits et l'eau de l'esprit que les cuisiniers de la démocratie ne parvenaient pas à saisir? De quels cadavres l'histoire du simianthrope cachait-elle l'odeur ? Il était vrai qu'un certain Jonathan Littell venait de faire débarquer dans la littérature mondiale l'odeur des juges de l'Inquisition romaine, qui n'étaient pas moins persuadés de la sainteté de leurs dogmes que les disciples de la foi bicéphale des démocraties de la justice et de la liberté. Décidément, je commençais de comprendre pourquoi la démocratie américaine ne saisit ni les fruits vers lesquels elle tend les mains de ses sacrificateurs, ni l'eau de l'esprit d'Athéna.

Les savants de l'école de Paris ont ensuite souligné que Freud Jung, Adler ou Lacan ne débarqueraient décidément jamais dans la politique et dans l'histoire réelles de l'humanité, parce qu'il y fallait non seulement une simianthropologie en mesure d'observer l'animal tantalesque que ses autels livrent aux mondes spéculaires qui le sanctifient à le tartuffier, mais une science informée de ce que la démocratie angélique est le nouveau masque sacré de l'humanité. C'était la couronne d'épines dont se pare le simianthrope qui se métamorphosait en tiare de fer et d'acier. C'est pourquoi les formes traditionnelles de l'anthropologie classique n'étaient encore qu'arpents et jardinets livrés à des équations désespérément tridimensionnelles de l'espèce séraphique.

Voilà , mon chez Rhedi , les conclusions que j'ai retirées de ces entretiens extraordinaires. Primo, qu'Athéna contraignait désormais une science de l'inconscient qui s'était contentée de hanter les alcôves d'observer une espèce dont la spectrographie de l'animalité tantalesque de ses croyances religieuses était seule en mesure de détecter l'odeur. Secundo, il n'y aura d'autre science de la tragédie psychobiologique à laquelle le simianthrope se trouve livré que celle dont le globe oculaire observera l'évolution d'un animal férocement auto-théologisé par le cadavre qu'il cache au plus profond de lui-même. Tertio, quand l'empire de l'inconscient compénétre la politique, il gagne en étendue et en profondeur ; quand le ridicule de laisser l'histoire et la politique de notre espèce hors du champ psychanalytique rencontre sur son chemin un meurtre de Tantale inlassablement recommencé et soumis à des délires cérébraux et psychiques théologisés, il n'y a plus d'autre philosophie défendable que celle des visionnaires du cadavre du dieu malodorant que le simianthrope est à lui-même, il n'y a plus d'autre Socrate que l'observateur d'un animal dont Erasme a fait l'éloge de son autre Folie, celle de son regard sur les racines semi animales de sa folie.

30 avril 2007