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LETTRES PERSANES

3 - Tambour battant

Le 6 de la lune de Chalval, 2007

Rica à Rhedi

Mon cher Rhedi, Le plus amusant, chez les Français, est l'art avec lequel ils font un mélange de leur frivolité avec le grain de sérieux qu'il faut parfois leur reconnaître ; car, d'un côté, ils demandent le plus sérieusement du monde à des candidats étrangers à l'art de gouverner de se présenter à leurs suffrages pour le temps d'une ritournelle ; puis, par un comble de la dérision, ils affectent d'accorder à leurs chuchotements un temps de parole fort équitablement partagé, tellement leur culte de l'égalité les transporte dans le ciel de leurs idéalités. Mais, dans le même temps, ce qui leur reste de logique leur fait dresser l'oreille et les fait se mettre à l'écoute de deux ou trois candidats seulement, parce que la capacité de ces derniers de se faire entendre repose sur des armées de partisans .

Sitôt l'élection achevée, qu'advient-il des acteurs de fantaisie que la bénévolence des Français a laissé jouer un rôle d'amuseurs publics au cours du premier acte? Le couperet qui met fin à la plaisanterie est-il si cruel qu'il laisserait des morts sur le carreau ? Ce serait mal prendre la mesure de l'entendement de ce peuple de négliger son art d'accommoder les restes de la comédie. Sache qu'à peine le rideau est-il tombé que les vaincus bénéficient pour longtemps du tapage auquel le suffrage universel les a autorisés à se livrer ; et ils se changent pour toujours en factions et en cénacles. Mais n'imagine pas que le duel auquel se livrent ensuite deux survivants seulement de la première bataille les décidera enfin à s'occuper un peu plus sérieusement des affaires du monde et du rôle que la France sera appelée à y jouer. Fifres et les tambours vont maintenant si bien faire retentir les mêmes sornettes que le dernier acte de la représentation sera mené tambour battant.

6 avril 2007