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LETTRES PERSANES

4 - Le cerveau des élites

Le 16 de la lune de Chalval, 2007

Usbek à Rhedi

Comme il est difficile, mon cher Rehdi, de détourner le regard des Français de leurs papillotes et de leurs fanfreluches ! Ils avouent eux-mêmes que, de tous les régimes politiques, la démocratie est le pire, mais que ce pire passe encore avant tous les autres tellement il présente de mérites. Nos philosophes ont comparé les vices et les vertus respectifs des théocraties d'autrefois et des idéocraties d'aujourd'hui . Ils en ont conclu qu'il n'existe jamais que des semi tyrannies ; car tous les Etats du monde sont menés par des oligarchies de complexions diverses, les unes se réclamant de dogmes immuables, les autres se grisant des vapeurs d'une science de l'action réputée infuse et qui inspirerait les masses à l'image des effluves de feu la grâce divine.

Mais, selon nos philosophes, les classes dirigeantes des nations n'en sont pas moins fort inégalement éclairées. Ce sont les époques, les climats et les lieux qui leur font un cerveau. Comme tous les autres, le régime démocratique se tient en équilibre entre les périls extrêmes de la tyrannie et ceux de l'ignorance des foules. La balance à peser ces deux épouvantes n'a jamais été construite; mais les désastres attachés à la double démence qui frappe notre espèce culminent dans l'élection du chef dans les démocraties, parce qu'il est impossible d'initier le peuple tout subitement et seulement pour la circonstance aux vrais enjeux de la politique, qui sont internationaux par définition . C'est pourquoi les démocraties sont faites pour naviguer par temps calme et sous une brise qui les fait chantonner, tandis que les tyrannies passent de la médiocrité désarmée à la sottise musclée.

6 avril 2007