1 - Un Barack Obama supposé réel et un
Barack Obama plus vrai que le vrai
2
- Retour à la question de l'assassinat politique
3
- De l'incohérence interne de la raison pratique
4
- L'Iran et la dissuasion nucléaire
5
- Peut-on rendre rationnelle la raison pratique de Kant
?
*
1 - Un Barack
Obama supposé réel et un Barack Obama plus vrai que le vrai
1
- Puisque les grands historiens du passé ont mis dans la bouche
de Périclès ou de Scipion l'Africain des discours imaginaires,
mais qui répondaient, dans leur esprit, à ce que la situation
attendait de leur génie politique, j'ai tenté bien modestement
de mettre sur mon site, le 1er juin 2009, un discours fictif de
M. Obama réputé
préfigurer celui qu'il allait prononcer au Caire le 4 juin.
- Barack Obama
en Egypte: "Je serai assassiné" , 1er
juin 2009
Mais,
naturellement, l'homme d'action ne saurait tenir le discours de
la raison et de la science qu'il appartient au cogito cartésien
de tenter de tenir de siècle en siècle.
Le
"vrai" Barack Obama n'est donc pas venu des bords du Potomac
en pèlerin du Nouveau Monde désireux de retrouver en Egypte les
sources premières de la civilisation mondiale. L'homme d'Etat
a le devoir de se colleter avec son temps. Il était donc logique
que le Président des Etats-Unis s'expliquât avec Allah, alors
que, de mon côté, la logique anthropologique m'imposait de remonter
par delà Allah, Jésus et Jéhovah jusqu'à la racine de toutes les
civilisations, à savoir l'abolition des sacrifices humains.
Il
était également logique que le Barack Obama selon l'état civil
revînt seulement au troisième siècle de notre ère, où les dieux
gréco-romains demeuraient au coude à coude avec un nouveau dieu
proclamé unique - encore un héritage de l'Egypte - parce que la
question n'était pas encore de savoir si les Célestes existent
ou non et quelle espèce d'existence il conviendrait de leur attribuer
dans le cas où ils en viendraient à exister, mais seulement de
les légitimer à l'école des usages, des traditions et des rites
multiséculaires des nations, bref à l'école des cultures, mais
non à l'épreuve de la science et de la raison.
La
logique que l'homme d'Etat est chargé d'incarner exclut d'avance
et d'emblée la quête de la vérité " en elle-même et pour elle-même
", comme disait un certain Socrate. Il est essentiel en revanche
que M. Barack Obama ait pris le taureau par les cornes à l'échelle
du politique, donc à l'école des contraintes de l'action auxquelles
l'homme d'Etat est soumis par son statut même et par la vocation
qui lui appartient en propre.
2 - Retour à la question
de l'assassinat politique
Ce qu'il fallait mettre sur la table, c'était le droit des Palestiniens
de se doter d'un Etat; et son devoir lui imposait de souligner
l'absence de fondement en droit international public de l'extension
systématique de son territoire à laquelle l'Etat d'Israël procède
depuis soixante ans. M. Barack Obama a pleinement répondu à cette
attente. S'il avait tenté d'aller au fond du problème des relations
que les civilisations entretiennent avec la pensée et avec la
science, il lui aurait été beaucoup plus difficile de plaquer
sur la politique internationale son discours de réconciliation
entre les diverses religions du monde d'aujourd'hui, et notamment
sur l'intérêt stratégique central de l'Amérique d'étendre son
influence sur un milliard de musulmans. A ce titre, le succès
politique du Président des Etats-Unis a grandement bénéficié du
retard intellectuel de l'Amérique, qui n'est pas encore entrée
dans la civilisation de l'esprit critique à laquelle l'Europe
a accédé à partir du milieu du XVIIè siècle. C'est pourquoi le
succès politique que M. Barack Obama a remporté s'est tout de
suite manifesté par le fait qu'Israël s'est trouvé contraint -
ce qu'il n'avait encore jamais osé - de légitimer son extension
territoriale systématique et illimitée par le recours exclusif
et désormais clairement affiché à la seule force des armes.
Mais
il ²aura suffi de deux jours pour que l'AIPAC obtienne de
la Chambre des représentants et du Congrès réunis la remise urgente
d'une "motion" entre les mains de M. Barack Obama pour
qu'il propose des négociations directes entre Israël et la Palestine,
afin d'exclure Washington de la négociation et de garantir l'enlisement
du dossier selon une méthode éprouvée.
La
question posée par les convergences et les divergences entre le
discours anthropologique et philosophique d'un côté et le discours
politique de l'autre est donc de préciser la nature des deux logiques
et l'issue de leur affrontement sur le terrain. Mais il se trouve
que la logique anthropologique conclut à l'assassinat de M. Barack
Obama ou à son renoncement. La confrontation entre les deux problématiques
et la comparaison entre la superficialité et la profondeur qu'elles
impliquent prend une portée existentielle décisive, si je puis
ainsi m'exprimer sans paraître prendre à la légère la question
de la survie physique d'un chef d'Etat.
3
- De l'incohérence interne de la raison pratique de M. Barack
Obama
Il faut donc qu'une carence de nature dialectique se manifeste
au cœur de la logique politique de M. Barack Obama pour
que le discours anthropologique et scientifique réfute l'incohérence
interne du discours pseudo empirique d'un chef d'Etat.
La
première de ces contradictions est la peur d'aller au nœud de
la question et de soutenir à la fois qu'on délégitime l'extension
des colonies à partir d'aujourd'hui, alors qu'on allègue, dans
le même temps, qu'il s'agit, pour Israël, de revenir aux frontières
de 1967, ce qui implique le retrait de quelque cinq cent mille
colons dans les villes et les implantations illégalement construites
en Judée et en Samarie.
La seconde contradiction est de réaffirmer que l'alliance des
Etats-Unis avec Israël est "éternelle et indéfectible",
alors qu'on ne s'est pas entendu au préalable sur l'étendue du
territoire d'Israël et qu'à défaut d'accord sur le point le plus
décisif, on parle en l'air, puisqu'il est d'ores et déjà évident
qu'en raison de leur statut de démocratie, les Etats-Unis ne pourront
légitimer durablement face à l'opinion mondiale une alliance avec
un Etat qui, non content de violer délibérément le droit international,
proclame crûment son droit d'occuper par la force du glaive le
territoire d'un voisin.
4 - L'Iran et la dissuasion
nucléaire
Mais
le fond du divorce entre l'anthropologie politique et l'approche
panculturaliste de l'Amérique n'est autre que la semi logique
de l'homme d'Etat d'aujourd'hui au chapitre de la nature même
de la dissuasion nucléaire. Car si cette dissuasion est réelle,
l'atome n'est plus une arme de guerre, puisqu'elle l'interdit
radicalement ; et si elle est incapable d'assurer la paix, son
échec même confirme le raisonnement précédent, puisqu'un suicide
à deux n'est pas une victoire militaire, à moins qu'on n'imagine
la signature d'un traité de paix entre deux anges vaporisés dans
la stratosphère. Or, l'Israël de la déraison nucléaire
a absolument besoin des simagrées de la déraison politique du
reste de l'humanité pour détourner l'attention du monde entier
de son expansion territoriale continue en Judée et en Samarie.
C'est pourquoi, comme je l'ai signalé dans le discours fictif
de M. Obama du 1er juin, Israël a procédé, dès le 2 juin, à une
extraordinaire démonstration de la faiblesse cérébrale des autres
nations du monde et de son avance sur elles en consacrant quatre
journées entières à un exercice militaire fantasmagorique selon
lequel il se trouverait attaqué à la fois et de tous côtés par
des ennemis imaginaires.
La
logique de M. Barack Obama se révèle donc d'une cohérence mentale
insuffisante : elle ne répond ni à la question des moyens de ce
bas-monde de ramener l'Etat d'Israël à ses frontières de 1967,
ni à celles d'une démythification anthropologique de l'arme nucléaire
sans laquelle il sera bien impossible de jamais résoudre le problème
de l'existence même de l'Etat juif dans des frontières fixes et
intangibles.
5
- Peut-on rendre rationnelle la raison pratique de Kant ?
C'est
ici que la logique scientifique de demain et la logique politique
actuelle démontrent une incompatibilité de leurs problématiques
respectives dont le résultat le plus clair est d'interdire au
Barack Obama réel, au sens physique, de théoriser son assassinat
avec la rigueur dialectique du M. Obama fictif qui s'est si clairement
exprimé le 1er juin. Car seule la raison proprement dite permet
de démontrer que le fond du problème est dans la réflexion sur
le nucléaire pseudo militaire et que, faute d'aller au fond de
cette question, le Président des Etats-Unis sera victime un jour
ou l'autre de l'opération bien connue et communément qualifiée
de "tir ciblé", au prétexte qu'il y irait de la survie
d'Israël, donc de la notion de légitime défense appliquée à un
Etat placé sous la menace pseudo apocalyptique de l'Iran.
Mais pour que le Barack Obama en chair et en os raisonne avec
la rigueur du Barack Obama formé à l'école de la dialectique de
Platon, il faudra qu'il remonte à l'origine égyptienne de la civilisation
mondiale, celle que Moïse et Mahomet n'ont fait que perpétuer
et qui avait aboli les sacrifices humains que les dieux rançonneurs
recevaient à titre de tribut de leurs sujets et qu'ils ont retrouvé
à la faveur d'un christianisme fondé sur le meurtre de l'autel.
Si le Barack Obama en chair et en os, donc censé plus réel que
le Barack Obama de la raison, se mettait à penser le problème
nucléaire en profondeur, il se verrait conduit à une interprétation
anthropologique de toute l'histoire des religions depuis Amon-Râ
jusqu'à nos jours et il reprendrait à son compte la méditation
sur les Incas à laquelle il s'était livré en esprit le 1er juin.
Quelle unification du champ du savoir que celle où la réussite
politique de l'homme d'Etat dépendrait de sa capacité d'accéder
à la pensée!
M. Benjamin Rhodes a rédigé le discours du 4 juin aux côtés
de M. McFaul, superviseur de la National Endowment for
Democracy, de Mara Rudman, membre de l'AIPAC,
de Daniel Shapiro, membre de l'AIPAC, de Denis McDonough,
directeur des Communications stratégiques. M. Benjamin
Rhodes est également un "diplômé en récit fictif" de l'Université
de New-York. Il n'a que trente et un ans. Souhaitons-lui d'approfondir
la notion de fiction jusqu'à déboucher sur celle qui a écrit l'histoire
réelle du monde, l'histoire de l'assassinat sacré.
C'est
pourquoi le présent texte renvoie à celui du 1er juin, afin que
le lecteur soit en mesure de juger si, une fois de plus, la réflexion
sur le meurtre ne ferait pas progresser la connaissance de l'homme.
8
juin 2009