*
Le
préambule mis en ligne la semaine dernière prenait acte
d'un tournant irréversible de la politique internationale:
le Président, le vice-Président et la Ministre des affaires
étrangères des Etats-Unis accusaient Israël d'une "insulte"
à la nation et au peuple américain, ce qui signifie que
l'argumentaire du patriotisme, timidement évoqué dans
le discours du Président Obama au Caire le 6 juin 2009
a maintenant débarqué sur la scène internationale et ne
la quittera plus, de sorte que l'enjeu planétaire du bras
de fer entre Tel-Aviv et Washington n'est autre que l'avenir
politique de l'empire américain au sein de l'islam, de
l'Europe et par conséquent, du reste du monde.
C'est dire également que le rideau est tombé sur le premier
drame de la tétralogie des Niebelungen : les vraies pièces
du jeu, les vrais acteurs du monde et les vraies ambitions
des parties sont clairement apparues sur un échiquier
jusqu'alors contrefait et soustrait aux regards. Néanmoins
l'apprentissage des nouvelles règles sera relativement
long: initier des Etats infantilisés à l'école de la candeur
démocratique exigera de leur classe dirigeante plusieurs
mois de déscolarisation intensive. Pour l'instant, les
responsables politiques d'un globe terrestre censé régi
par des idéalités évangélisantes se montrent tétanisés
par un bouleversement subit et inattendu du code informatique
en usage au Moyen Orient depuis 1948. Ce coup de tonnerre
a fait tomber la Pythie du Nord de son trépied; et maintenant,
elle court à toutes jambes de Téhéran à Jérusalem et retour,
afin de tenter d'interdire à l'Iran de disposer de l'énergie
nucléaire pacifique; et elle feint de faire la grosse
voix afin de paraître morigéner subitement Israël, mais
en veillant à ne pas gêner M. Netanyahou.
L'Europe pétrifiée et pareille à un poulet à la tête coupée
n'a pas encore eu le temps de mettre au point un discours
balancé sur le modèle berlinois ; mais le traité de Lisbonne
vient de la soustraire à la dictature des sept nains de
Walt Disney. Pour l'instant, c'est pour rien qu'Alice
court à Gaza en ignorant le Hamas. Quand les grands Etats
du Vieux Continent auront pris la mesure de la mutation
de la géopolitique survenue le 12 mars, ils attendront
docilement les nouvelles directives de Washington. Or,
celles-ci ressortiront encore quelque temps aux subterfuges
du passé. Durant cet intermède, aucune capitale de poids
ne prendra le risque de mesurer le ridicule d'afficher
derechef l'ambition de reprendre des "négociations"
contrefaites, parce qu'il crève désormais les yeux que
l'obstacle réel n'est nullement l'expansion sans frein
des colonies à Jérusalem Est, mais celui de l'impossibilité
physique de résoudre les problèmes matériels que pose
la politologie actuelle à une civilisation mondiale intellectuellement
non moins en retard que le Moyen Age sur l'astronomie
de Copernic.
Mais par bonheur, les prétendus "pourparlers" ne
reprendront jamais, parce que, dans ce cas, les véritables
apories commenceraient d'apparaître cruellement et à tous
les regards; et puisque les Etats-Unis n'ont aucune chance
d'obtenir pour la troisième fois une mise en scène de
simulacres diplomatiques affligeants et qui feraient se
tordre de rire les dieux de l'Olympe, l'heure a sonné,
pour les ophtalmologues de l'histoire de notre espèce
de regarder le monde tel qu'il se réfléchit sur la rétine
de ses idoles.
Du coup, l'avenir politique de la planète est devenu celui
du destin du globe oculaire simiohumain. Gide a écrit
que le monde sera sauvé par quelques-uns. Je constate
que la presse israélienne se déchaîne contre M. Netanyahou,
mais seulement pour le motif qu'il s'est brouillé avec
la grande puissance dont Israël a besoin pour défendre
ses intérêts sur la scène internationale. Mais que se
passera-t-il quand les Etats-Unis se casseront les dents
à leur tour au Moyen Orient?
Mais
il existe une phalange influente de dix mille juifs des
Etats-Unis qui voit plus loin que tout le monde et qui
défendent non seulement leurs devoirs à l'égard de leur
patrie d'adoption avec toute la vigueur et la ténacité
du peuple hébreu, mais dont le regard porte sur l'avenir
réel d'Israël dans le monde de demain. Nous verrons bien
si ce seront les géants de l'intelligence juive, les Spinoza,
les Einstein, les Freud, les Bergson, les Isaïe et les
Ezéchiel qui ouvriront les yeux de l'humanité sur le "Connais-toi"
de demain. Dans mon texte précédent, j'ai évoqué l'avenir
mondial de "l'
impératif catégorique" de la
morale de Kant.
Voir:
La morale kantienne et le clostridium
botulium béhachélien, 7
mars 2010
L'histoire vient d'en fournir une démonstration frappante:
si les Etats-Unis n'avaient pas rompu spectaculairement
les pseudo négociations israélo-palestiniennes au nom
d'une exigence éthique plus impérieuse que celles dont
s'arment les calculs diplomatiques à courte vue, la catastrophe
politique qui en serait résultée pour la Maison Blanche
serait irréparable, tellement le gouvernail suprême du
monde est celui d'une politique de l'esprit. Ce sera l'impératif
catégorique de Kant qui contraindra la démocratie mondiale
à reconnaître qu'on ne saurait légitimer durablement un
Etat qu'on aura arbitrairement spolié au préalable des
quatre cinquièmes de son territoire et amputé de sa capitale.
D'ores et déjà, c'est l'éthique kantienne qui se révèle
la clé du monde moderne; car sitôt qu'on abordera le débat
de fond au Moyen Orient, on découvrira que toutes les
demandes des Palestiniens sont légitimées par l'universalité
de la morale kantienne, de sorte que si l'universalité
de l'éthique n'était pas reconnue, toute la politique
internationale perdrait à jamais ses fondements démocratiques.
Tel est l'échiquier kantien sur lequel se joue le destin
de l'éthique du monde.
C'est
pourquoi l'exploration ci-après de la terra incognita
qu'on appelle l'humanité sera suivie, le 28 mars, d'une
analyse du mythe de "l'incarnation de la vérité",
puis le 4 avril d'une spectrographie de l'inconscient,
schizoïde à son tour, du peuple russe et enfin, le 11
avril, dd'un dialogue imaginaire, donc riche d'informations
sérieuses, entre M. Barack Obama et M. Benjamin
Netanyahou.
*
1 -
La balance à peser les chefs d'Etat
Si je me mets en tête de juger les travaux d'un mathématicien
de génie, il me faudra reconnaître le génie mathématique au
premier coup d'œil que je jetterai sur ses équations. C'est
dire que la question de la qualité des magistrats s'impose
en tout premier lieu et que la pesée à un gramme près de l'encéphale
de l'accusé se posera seulement plus tard. Mais la balance
à calibrer globalement la conque osseuse du tribunal ne se
trouve pas exposée dans les vitrines de Thémis. Dans quel
prétoire faudra-t-il la dénicher? L'enceinte de la science
du droit, celle de l'éthique des nations, celle de la science
politique, celle de la jurisprudence, celle de l'histoire
ne nous tireront pas d' embarras.
Car pour faire passer un chef d'Etat en jugement au civil
ou en correctionnelle - soit de son vivant, soit devant la
cour de cassation qu'on appelle la postérité - aucune instance
juridictionnelle ne saurait suffire à m'éclairer ici et maintenant
sur la nature même de la question à résoudre, parce qu'il
faudrait que je commence par me demander non seulement quel
poids les siècles déposeront sur les plateaux de la balance
d'une telle juridiction , mais si l'instrument approprié à
une telle pesée de l'histoire du monde existe d'ores et déjà
dans la nature. Sommes-nous en possession des premiers matériaux
appropriés et des ateliers spécialisés dans la fabrication
à venir d'un appareil de ce genre? C'est dire que les difficultés
les plus providentielles, si je puis dire, que rencontre la
réflexion philosophique d'avant-garde - donc l'anthropologie
critique - sera de tenter de peser avant l'heure et à nos
risques et périls le cerveau des hommes d'Etat qui dirigent
les plus grandes nations d'aujourd'hui.
2 - Les malheurs
de Gulliver à Lilliput
Par
bonheur, la solution du problème de la pesée des juges se
trouvera grandement facilitée par les relations que la question
entretiendra avec l'évolution de l'histoire et de la politique
de toutes les civilisations dont des écrits ont conservé le
souvenir : car toutes ont inauguré une science de l'humanité
et de son destin étroitement liée au magasinage de leur parcours,
ce qui les a conduites à un approfondissement du savoir historique
auquel seule la plume pouvait les conduire. Puis les hommes
de l'écrit se sont banalisés ; et l'armée des scribes s'est
lassée de l'héroïsme des guides de haute montagne, ce qui
a fait sombrer les historiographes dans le minutieux et le
méticuleux des greffiers du passé. La Grèce et Rome ont obéi
à ce modèle de la destruction programmée des encéphales surplombants.
De même, l'Europe notariale d'aujourd'hui a renoncé à descendre
dans la féconde postérité des Montesquieu, des Montaigne,
des Voltaire, des Hippolyte Taine, des Freud et même des Gibbon.
Les facilités de la description superficielle ont ouvert les
vannes de son aveuglement à une science sociologique dont
les statistiques aveugles et les graphiques muets ont pris
le relais des spéléologues d'autrefois. Foin des plongées
en apnée dans les nappes phréatiques de la politique, foin
de la connaissance simianthropologique de la conque sommitale
des peuples et des nations. Tout ce qui contredit l'édénisme
et le messianisme au petit pied du mythe démocratique se heurte
aux contreforts d'une pastorale mondiale de la candeur. Les
décadences se vissent la loupe à l'œil et s'imaginent que
les myopes voient mieux, parce qu'ils regardent de plus près
les babioles qui se gravent sur leurs rétines. Quand la fin
de l'ère des guerriers à la vue basse a asséché les sources
de l'histoire prospective, l'émiettement du champ de l'histoire
jette à la voirie les télescopes perfectionnés d'autrefois.
Alors,
il faut se résigner à construire la balance d'or qui pèsera
l'encéphale de l'humanité de pacotille dont les proverbes
imagés des Romains disaient qu'elle "se fabrique des cordes
de sable ", qu'elle "laboure les rivages", qu'elle
"porte des seaux à la mer", qu'elle "trace des sillons
dans la poussière", qu'elle "parle à un mort" ou
qu'elle "raconte des fables à un âne sourd"?
3
- Une civilisation de la quadrature du cercle 
Et
pourtant, on n'avait jamais vu un chef d'Etat tenter de convaincre
gentiment une petite nation amie, mais armée jusqu'aux dents,
de renoncer à étendre son territoire par la force du glaive,
donc en violation joyeuse du droit international, on n'avait
jamais vu un chef d'Etat placé dans la situation de prétendre
restreindre tout subitement - et dans des proportions à débattre
avec la nation prédatrice - les pouvoirs et les prérogatives
qu'il n'a lui-même cessé d'octroyer allègrement au voleur,
alors que l' existence même de son protégé sur la scène internationale
demeure entièrement fondée sur la bénédiction d'un rapt artificiellement
légitimé, on n'avait jamais vu un donneur de leçons tombé
de la dernière pluie et oublieux de l'éthique internationale
depuis des décennies invoquer par surprise les principes censés
être redevenus inébranlables des démocraties dont les contrefaçons
jurent avec les droits à nouveau réputés constants et inaliénables
des peuples de disposer d'eux-mêmes, on n'avait jamais vu
une si soudaine résurrection des vertus de la démocratie amputer
pourtant la justice de ses apanages les plus anciens et les
plus reconnus, on n'avait jamais vu un chef d'Etat accorder,
de guerre lasse, au conquérant déchaîné les trois-quarts du
territoire dérobé à la victime, on n'avait jamais vu un chef
d'Etat sain d'esprit jouer au Salomon sadique, qui s'aviserait
de couper l'enfant en deux tronçons , puis d'accorder la moitié
du cadavre à l'usurpateur et l'autre moitié au propriétaire,
on n'avait jamais vu un chef d'Etat menacé, d'un côté de déconfiture
morale sur la scène internationale, donc de la perte du rang
, de la dignité et du respect dont sa nation jouissait dans
le monde entier et livré, de l'autre, au danger de perdre
l'appui de la planète des corsaires en haute mer, celle des
banques et de la finance.
On comprend que le chantier de fabrication de la balance à
peser l'encéphale embryonnaire et le cœur défaillant des hommes
d'Etat démocratiques soit tombée en panne et que ni la politique,
ni l'histoire, ni le droit, ni l'éthique, ni la jurisprudence,
ni la sociologie, ni l'anthropologie, ni la philosophie, ni
la psychanalyse d'hier ne fourniront le fléau et les plateaux
de la balance sertie de pierres précieuses qui pèserait la
capacité naturelle ou l'incapacité neuronale de M. Barack
Obama de résoudre le problème qui se pose à la diplomatie
mondiale depuis un demi siècle. Par bonheur, la course des
vieilles civilisations vers le microscopique subit un coup
d'arrêt quand la minusculité demeure coite à son tour et que
le silence d'une civilisation de la quadrature du cercle se
fait entendre jusque dans les repaires des archivistes qu'on
voyait, hier encore, se dresser sur leurs ergots.
4 - Au nain de
se dresser sur la pointe des pieds 
Il
existe cependant quelques indices de nature à nous mettre
sur la piste d'un examen critique des rouages et des ressorts
de la balance mise en place par M. Barack Obama au Moyen Orient.
Car s'il est difficile de présenter le plan d'un appareil
de pesée idéal, il est néanmoins possible de déceler à coup
sûr les défauts de fabrication des pièces d'ores et déjà maladroitement
usinées et censées faire fonctionner tant bien que mal l'
appareil défectueux précipitamment mis en service.
Si vous demandez à un cambrioleur chevronné de cesser, ne
serait-ce qu'un instant de forcer la porte de ses voisins
et de chasser les propriétaires ou les locataires de leur
maison, allez-vous l'allécher à lui glisser à l'oreille qu'à
ce prix, non seulement ses forfaits antérieurs se trouveront
dûment légitimés, mais qu'ils recevront sans tarder la bénédiction
solennelle d'un tribunal des sauvages dont la balance aura
été ajustée afin de se plier sans cesse aux circonstances
du moment et que, par conséquent, il gagnerait grandement
à accepter les verdicts de la machine à duper consciencieusement
l'univers que ses juges lui mettront toute façonnée entre
les mains ? Mais, dans ce cas, comment motiver aux yeux du
droit international des arrêts tranchés en coulisse par la
loi du glaive et par lui seul ? Et si ce premier faux pas
de M. Barack Obama dans l'univers de la conscience morale
a pu passer inaperçu en raison du refus souverain d'Israël
de suspendre un seul jour son expansion mètre carré par mètre
carré en Cisjordanie, que dire des avantages que ce petit
Etat a su tirer de son rejet tout net d'un cadeau aussi inattendu?
5 - La marionnette
du tragique 
Car
le monde entier a assisté, abasourdi, à la déconfiture de
M. Barack Obama face à un gouvernement fier à bras, mais lilliputien.
Le dommage politique qui en est résulté pour sa nation s'est
aussitôt révélé immense et irréparable. Comment se tirer d'affaire
après un désastre diplomatique d'une gravité aussi incalculable?
M. Obama a paru, de surcroît, abandonner la partie et laisser
Israël seul debout sur un champ de bataille déserté. Puis
le capitulard a piteusement supplié M. Mahmoud Abbas de négocier
à sa place: au nain, disait-il, de se camper plus fièrement
sur son lopin que le roi des fuyards sur le sien. Mais, du
coup, c'est sur l'heure que le géant s'est couvert de ridicule
aux yeux du dernier conseiller municipal des plus petits villages
de la planète et que le monde arabe tout entier a été pris
de fou rire.
Pis que cela: qui tire les ficelles de la marionnette du tragique?
Car voici qu'à offrir des armes à Taïwan, elle défie la Chine;
puis, dix jours seulement plus tard, voici qu'elle demande
à l'Arabie Saoudite d'allécher l'Empire du Milieu et, pour
cela, de lui ouvrir le marché empoisonné d'un pétrole à bas
prix; et voici qu'elle encourage la rébellion du Tibet et
fait des grâces à Moscou non sans lui mettre à nouveau des
bouches à feu sous le nez en Roumanie. Où faut-il chercher
la balance à peser une maladie cérébrale des chefs d'Etat
fort rare et toute nouvelle - une incohérence mentale étalée
aux regards de la planisphère?
De
tout cela, une première conséquence ne découle-t-elle pas
du jugement que porteront les peseurs de la boîte osseuse
des hommes d'Etat et les examinateurs de leurs neurones? Car,
se disent-ils en se frottant les yeux, un Président qui aura
perdu son rang à l'improviste devra le reconquérir à la force
du poignet pour seulement tenter de reprendre pour quelques
heures sa place au festin interrompu, ce qui ne sera pas une
mince affaire, puisqu'on a vu M. Obama fort étonné de ce qu'ayant
quitté un instant ses commensaux, les pièces en ont profité
pour changer de place sur l'échiquier, de sorte qu'il a poussé
vainement les hauts cris au spectacle de l'expulsion continue
et fièrement affichée des Palestiniens de Jérusalem Est. Puis,
il s'est si bien et si subrepticement levé de table une fois
de plus qu'il a financé, aux côtés de l'Egypte la construction
d'un mur d'acier autour de Gaza. Puis il s'est fâché une fois
de plus des incartades et de l'insolence de son protégé. Le
premier devoir d'un vrai chef d'Etat serait-il de ne pas tourner
les talons à chaque instant ? Mais s'il faut enseigner aux
élèves de première année à soupeser le chaos et si la balance
à construire est celle qui indiquera le poids des relations
que la démence politique entretient avec l'Histoire, ce ne
seront ni les juristes, ni les historiens et tutti quanti
qu'il faudra consulter , mais le bon sens d'Erasme, de Cervantès,
de Swift et de Shakespeare.
6
- Notre matière grise originelle 
La rouille de la balance des ancêtres et la paralysie de ses
rouages dans le dédale des juridictions de la peur tient donc
à l'inaptitude de la machine du droit à prendre un recul approprié
à la pesée de la justice dans le monde actuel et à se mettre
à la bonne distance de sa propre magistrature - et cela non
plus afin de juger le cas à l'aune des critères qui caractérisent
les bons procès, mais de peser la nature d'un litige inconnu
des anciens hommes de loi. Car M. Barack Obama s'est ensuite
vanté qu'il allait chambrer les deux interlocuteurs et surveiller
d'un froncement de sourcils impérieux les allées et venues
de leurs négociateurs. On sait ce qu'il en est advenu.
Voir : M.
Barack Obama est-il un homme d'Etat , L'heure de vérité
au Moyen-Orient: Le retard scientifique de la classe dirigeante
mondiale Introduction,
15 mars 2010
N'aurait-il
pas mieux valu étudier au préalable les ressorts de l'âme
humaine à la lecture des auteurs sus-dits? Exemple : vous
entendez dépasser la rivalité entre les catholiques et les
protestants, dont on sait qu'ils se disputent depuis cinq
siècles sur une doctrine eucharistique scindée entre les défenseurs
et les contempteurs du prodige de la transsubstantiation de
la victime sous le couteau du discours rituel de l'officiant;
on sait également que la pauvre bête est censée changer tout
subitement de substance sur l'autel du sacrifice et que, du
pain et du vin qu'elle était gentiment tout à l'heure, elle
se métamorphose instantanément en chair et en sang d'une immolation
profitable, et cela à la seule écoute des paroles mgiques
que prononcent les bouchers d'un Dieu cruel. Imagine-t-on
les calvinistes céder d'un pouce sur l'absurdité et la sottise
d'une charcuterie cultuelle aussi ahurissante, imagine-t-on
les fidèles de Rome consentir, de leur côté, à préciser le
dosage du réel et du symbolique au cœur du miracle sanglant
que réclame l'idole? Sur quelle balance allez-vous peser le
crime de la messe? Qu'en est-il des magiciens officiels de
l'offrande substantifiée ou vaporisée inter caesa et porrecta,
comme disaient les Anciens - entre la trucidation d'Isaac
et sa présentation encore palpitante sur l'offertoire?
M.
Obama et toute la planète de la candeur politique ignorent
la nature et la fonction historique d'une eucharistie politique
encore soustraite à la pesée anthropologique. Quelle est la
nature du prodige de la substantification de la Palestine
assassinée par les prêtres aux yeux bandés de la Démocratie
et de la Liberté? Comment apprendraient-ils que la nouvelle
Iphigénie à égorger s'appelle Gaza? Le sera-t-elle à la fois
physiquement et symboliquement? Qu'en est-il du vrai sang
et de la vraie chair de la bête immolée à la "paix
du monde"? Le sacerdoce naïf des ignorants illustre l'évidence
qu'admettent les spécialistes des religions antiques, selon
lesquels l'instant intercalé entre l'égorgement de l'animal
et le cadeau pieux au locataire de l'Olympe est l'âme
des sacrifices de sang. Comme disent ensemble la Lettre
aux Hébreux et le Saint Siège, là où manque le sang,
il n'y a pas de "vrai et réel sacrifice". Si les théologies
sont des documents humains, qu'est-ce qu'une science politique
qui détourne sa face du sang des sacrifices?
Il
est donc inutile de seulement tenter de pacifier le Moyen
Orient si, sous le manteau des démocraties sacrificielles,
les représentations de la pièce sont immolatoires par nature
et par définition; et il n'y a pas de politologie scientifique
sans connaissance anthropologique des offertoires cachés sous
lesquels les démocraties cachent leurs autels. La conquête
du grand Israël ne ressortit-elle pas à la dramaturgie religieuse
du peuple des propitiatoires? Le mythe biblique dont se nourrit
cet Etat ne le lance-t-il pas à l'assaut d'un royaume de la
terre? Revenir aux "frontières" de 1967 et autoriser
les réfugiés à fouler derechef la terre de leurs ancêtres
sous leurs sabots, n'est-ce pas profaner tout ensemble le
pain et le vin de la foi et le sang sacré de la patrie? Voyez
comme les deux autels cérébraux du simianthrope se font face
sur la terre, mais confondent leurs profits dans l'éternité;
voyez comme la victime est pétrie par un physicien de la substantification
des signes de la vie et de la mort, un certain Jahvé.
7 - Une victime
à égorger 
Comme
il est rappelé plus haut, M. Obama n'a jamais étudié ni le
contenu psycho-vaporeux des sacrifices de sang, ni leur contenu
à la fois doctrinal et moléculaire. La charpente osseuse de
ce gentil professeur de droit constitutionnel dans une petite
Université américaine se rend maintenant à l'église catholique
plantée tout près de la Maison Blanche, alors qu'il était
encore un presbytérien de la tête aux pieds l'an dernier.
Mais, à l'instar de toute la classe dirigeante de l'Amérique
des corps, il ignore à quelle mythologie religieuse mi-incarnée
et mi-cérébralisée il accorde désormais son adhésion à la
fois séraphique et musculaire; car il s'imagine que la difficulté
tient seulement à une divergence doctrinale en voie d'aplanissement
entre le Saint Siège et le parti démocrate sur l'opportunité
du sacrifice des embryons. Les grossesses sont-elles plutôt
cellulaires ou plutôt théologales? Gaza est-il un fœtus mort-né
ou une âme résurrectionnelle de la politique internationale?
Ah!
comme tout se tient dans la radiographie anthropologique des
sacrifices ! M. Mitchell croit s'engager dans des négociations
diplomatiques certes difficiles, mais dont il connaîtrait
les clés mentales et qui ressortiraient aux mêmes apories
décryptables que celles avec lesquelles M. Obama croit jongler,
les deux parties "chérissant leur religion" tant conceptualisée
que trucidatoire, comme on chérit ses biens, sa femme, ses
enfants et le climat de la région. Et voici que la querelle
sur les chromosomes des meurtres immolatoires se pose au sein
des démocraties du mythe de la Liberté, de sorte que la question
est de savoir qui tient le couteau des sacrifices par le manche,
le prêtre ou l'Etat. Et voici que la querelle des investitures
du Moyen Age ressuscite sous des traits nouveaux. Et voici
que l'anthropologie critique couche la nouvelle querelle des
universaux sur la table de dissection; car elle se demande
quelle est l'universalité triomphante ou en perdition de la
parole habilitée à raconter les autels et à regarder les dieux
avec des yeux nouveaux, quelle est l'histoire du monde qu'attend
l'encéphale des évadés actuels de la zoologie.
Car
il est maintenant révélé que les religions ne sont pas des
objets à "chérir" confusément ; il est annoncé qu'elles
mettent le corps et la tête du croyant en possession de la
portion ancestrale et atavique de l'encéphale à la fois embrumé
et sanglant des fuyards de la horde primitive.
Pauvre
chef d'Etat que celui dont la connaissance pseudo scientifique
du cerveau simiohumain remonte au XVIIIe siècle, pauvre M.
Mitchell, qui se prend pour Machiavel, Talleyrand ou Vergennes
réunis face à une guerre des totems dont la connaissance physiologique
et cérébrale demande rien de moins que le futur déchiffrement
de la matière grise originelle d'une espèce demeurée semi-animale!
Comment juger un chef d'Etat dont la piété de convention ignore
tout de la postérité de Darwin et du débarquement sacrilège
de la simianthropologie critique dans la politique et dans
l'histoire?
Voir
- Lettre
ouverte à Jean-Luc PUJO, Président des clubs "Penser la
France" , L'arme nucléaire et l'anthropologie critique
du XXIe siècle,
1er février 2010
Mais
il est difficile de lui en faire grief dans une civilisation
du sang séché des autels dont la science de la mémoire est
tombée entre les mains d'un faux séraphin de la Maison Blanche
d'un côté et dans celles des archivistes, des mémorialistes
et des chroniqueurs, de l'autre, comme les historiographes
émaciés d'Athènes et de Rome avaient succédé aux physiologues
des crimes de l'Histoire, les Thucydide et les Tacite.
8 - Se colleter
avec la vie onirique de l'Histoire 
Et pourtant tout est prêt pour qu'une pesée anthropologique
de la conque sommitale des chefs d'Etat fasse ses premiers
pas. Saluons un précurseur, M. Trevor Roper. On sait que cet
historien anglais avait tenté d'observer les relations toujours
sporadiques et fluctuantes que les élites dirigeantes des
nations dites civilisées entretiennent par instants avec les
avant-gardes éphémères de la raison de leur temps; et, à ce
titre, son mérite fut grand de souligner qu'au XVIIIe siècle,
ce miracle, certes de courte durée a néanmoins permis aux
encyclopédistes de faire progresser la pensée critique à l'échelle
du monde de l'époque.
M.
Trevor-Roper a partiellement théorisé une observation de M.
Dodds, qui avait remarqué que notre espèce est la seule à
vivre dans deux mondes à la fois, mais qui avait échoué à
étudier leur mélange sanglant et la nature de leurs relations
meurtrières (E.R. Dodds, Professeur à l'université
d'Oxford, Les Grecs et l'irrationnel, Berkeley
1959). Il en est de même de Paul Veyne, Professeur
au Collège de France, (Les Grecs croyaient-ils en leurs
dieux), qui remarquait que les convictions religieuses
ne débarquent pas dans la vie quotidienne de la piété: les
Dorzés sont convaincus que les léopards jeunent le vendredi,
parce qu'il est avéré que ces fauves se sont convertis à l'irénisme
bon teint du christianisme, ce qui n' empêche en rien cette
tribu de mécréants de protéger tous les jours leurs troupeaux
des crocs du pieux animal.
Naturellement, il faut citer Oswald Spengler (Le
déclin de l'Occident) et Ernst Kantorowicz
(Les deux corps du roi) parmi les précurseurs
du débarquement de l'étude des imaginaires pseudo pacificateurs
dans une science historique soucieuse de comprendre réellement
des évènements anthropologiques par nature, donc sanglants,
auxquels les religions offrent les planches de leur théâtre
et les ressources de leur mise en scène - mais, dans le même
temps, on voit qu'il est impossible à un historien de profession
d'entrer en philosophie sans changer radicalement de discipline
scientifique. Le "Je pense donc je suis", de Descartes
se trouve chez saint Augustin, mais la théologie ne saurait
en tirer "Le discours de la méthode", parce
qu'il faut changer de problématique pour en traiter, c'est-à-dire
déposer le verbe comprendre sur un autre échiquier.
L'anthropologie critique dépose la politique et l'Histoire
sur l'échiquier du sang.
9- Gaza et la
guerre des imaginaires 
De nos jours, la tétanisation intellectuelle de la politique
internationale résulte encore de ce que la connaissance des
secrets religieux du blocage interne du "problème israélo-palestinien",
comme on dit, n'est pas à la portée d'une politologie cérébralement
aussi désarmée face à l'interprétation des offertoires que
celle du Moyen Age, faute, comme il est rappelé plus haut,
qu'elle dispose d'une anthropologie des sacrifices de sang
digne de la postérité encore à défricher de Darwin et de Freud;
mais la paralysie contemporaine des sciences humaines à l'échelle
de la planète des immolations se révèle providentielle à sa
manière, parce que l'étude psychobiologique de "l'eucharistie
politique" des peuples se conjuguera avec le scannage
des racines, déistes à leur tour, du mythe pseudo-irénique
de l'incarnation de leur destin, donc de la transcendance
des valeurs dont le droit international public se révèle porteur;
car les lois se placent sur le même terreau évangélisateur
que les mondes oniriques de la foi.
C'est pourquoi le sacrifice de Gaza se révèle le paradigme
des relations que le simianthrope entretient avec son corps
et son ciel, ainsi que des tractations qu'il mène afin de
satisfaire les alliances éphémères et bancales qu'il ne cesse
de conclure entre ses mondes surréels et sa chair mortelle.
C'est dire que l'impossibilité de jamais légitimer, tant aux
yeux des jurisconsultes purs que dans l'ordre d'un sacré substantifié
par le mythe chrétien de l'incarnation de l' "absolu", l'impossibilité
de jamais légitimer le retour corporel du peuple hébreu sur
les terres que ses ancêtres occupaient, croient-ils, deux
millénaires auparavant, cette impossibilité, dis-je, illustrera
un divorce et un parallélisme tous deux saisissants entre
l'esprit juridique des Romains et l'esprit cosmologique des
Hébreux.
Car,
d'un côté, les valeurs qualifiées d'universelles et réputées
transcendantes au monde des meurtres sacrés se voient servies
au mieux, croit-on, par les idéaux de la démocratie irénique
mondiale;
de l'autre, leur vertu se réclame à titre psycho-somatique
du retour à une éthique du sang de l'incarnation. Ces deux
instances se trouvent donc en rivalité, si je puis dire; et,
à ce titre, c'est à leur corps défendant qu'elles démontrent
leur incohérence à prétendre fonder la souveraineté angélique
d'un peuple sur le vol à main armée des trois quarts du territoire
de ses voisins : les apanages séraphiques d' "Allah" et de
"Jahvé" jurent avec une logique de sanglants pilleurs. C'est
rappeler qu'une politologie fondée sur une connaissance anthropologique
des sacrifices de sang élabore une cohérence mentale nouvelle
et qui va servir de balance à peser la vie cérébrale antinomique
des offertoires dont témoignent des hommes d'Etat dichotomisés
à leur tour et donc spoliateurs-nés, mais condamnés sous les
dehors de la piété démocratique mondiale, à se colleter avec
leurs dévotions. Leur cerveau idéalisé se présente en interlocuteur
de leurs sacrifices de sang. Telle est la portée intérieure
du mot de Cicéron : "Ah ! qu'il est difficile de feindre
sans cesse la vertu!" que j'ai placé en exergue de cette
réflexion.
Mais
on n'avait jamais vu une civilisation entière appelée à peser
la logique contradictoire d'une espèce viscéralement livrée
à ses piétés biphasées, donc à prendre conscience du déséquilibre
neuronal des hommes d'Etat. Si Périclès, Trajan, Hadrien,
Marc Aurèle ont mérité le double titre de civilisateurs et
de conquérants, ce n'était pas encore au nom du chaos qui
commande le "surnaturel" sanglant du genre humain. Une espèce
dichotomisée par ses autels se voit transporté dans une symbolique
meurtrière.
10
- Guantanamo et le Moyen Orient 
La
pesée anthropologique de la politique à la fois universalisante
et schizoïde d'un Barack Obama censé s'opposer aux tortures
policières à Guantanamo va illustrer les mêmes apories que
son diagnostic des causes de la guerre israélo-palestinienne
. Car les deux théâtres d'une histoire qui scinde le sanglant
entre le spatial et le mythique ressortissent à une radiographie
critique des univers mentaux dédoublés par le meurtre sacré
dont le simianthrope s'alimente de naissance. Toutes les cultures
se révèlent à la fois logophores et carcérales. L'encéphale
biphasé de notre espèce les sécrète et les emmêle depuis des
millénaires.
Mais
alors qu'au Moyen Orient, la geôle demeure construite sur
l'aporie de valider une espèce de justice et de droit idéalisés
de conserve et dont l'orthodoxie des démocraties se réclame
- alors que ces instances contrefaites entendent légitimer
la scission sanglante d'une nation au profit d'un prédateur
armé de la massue de son mythe du salut et de la rédemption
- à Guantanamo, en revanche, nous retrouvons l' aporie de
la séparation entre deux territoires d'une seule et même pseudo
légitimation de l'arbitraire: il s'agit du viol des principes
planétaires dont se réclament une justice et un droit tartuffiquement
tenus pour universels. Quelles sont les relations sacralisées
et prétendument vertueuses que les enclos d'un droit profané
ab ovo entretiennent avec leur propre gangrène? Car leur
orthodoxie affichée fustige en secret leur pestifération générale.
Exemple: on sait que M. Barack Obama prétend avoir fermé à
double tour les portes de fer de l'Hadès microscopique de
Guantanamo, puisque les condamnés hurlants dans cette géhenne
et dont on aura extorqué les aveux sous la torture purgeront
leur peine loin du territoire de leur première damnation,
et cela à la faveur de leur enfermement dans un petit Eden
flambant neuf, mais quasiment désert - un pénitencier situé
dans le Montana. Mais pourquoi le Sénat n'a-t-il pas accepté
le principe du pieux déplacement des hérétiques de telles
geôles dans telles autres plus ripolinées que les précédentes?
C'est que les nouveaux lopins de l'absolu seront maculés par
l'arrivée des coupables.
Et
pourtant, à ma connaissance, même à Guantanamo, on ne torturait
pas les détenus tout au long des années de l'interminable
expiation de leurs crimes ; le châtiment est rédempteur par
nature, de sorte que, de toutes façons, la "démocratie
de la justice" consent à délivrer les malheureux de la
maltraitance physique au cours de leurs années de rachat;
et cette grâce ne dépend en rien de leur transport sur un
sol vierge du péché originel.
Quelles sont donc les raisons anthropologico-religieuses qui
rendent inacceptable aux yeux du Sénat d'un Etat tenu à la
fois pour rationnel et pour édénique le transport légal et
pourtant jugé maléfique des coupables dans un pénitencier
réconfortant en principe, puisque destiné à les conduire tout
droit au salut alors que de toutes façons, la chute de leurs
chaînes se trouve acquise tant en droit qu' en fait sur les
deux territoires successivement réservés à leur purgation?
Il
est vrai qu'ils sont rares, les cas où la durée de la peine
physiquement encourue ne dépasserait pas celle de la vie des
âmes sur cette terre : on sait que les condamnations pieusement
prononcées par les tribunaux américains sont largement posthumes,
donc théologiques par nature et qu'elles peuvent étendre à
trois siècles la faculté accordée à leurs cadavres de grignoter
dévotement leur éternité. La législation pénale du mythe de
l'incarnation poursuit la logique de sa piété jusqu'au royaume
des vers.
11 - Les chromosomes
des hérésies 
Pour
percer cette énigme, il faut savoir que la pestifération qui
émane des corps ensorcelés par le Mal se révèle aussi contagieuse
que le péché originel, dont les juifs, les chrétiens et les
musulmans paieront le tribut jusqu'à la consommation des siècles.
On suppose donc que la damnation pollue l'atmosphère sous
la forme de germes insidieusement semés par le Démon. Comme
au Moyen Age, on se persuade que les chromosomes des hérésies
demeurent longtemps en suspension dans l'air, puis s'attaquent
physiquement aux cellules des organes nés sains et honnêtes
des citoyens américains. Pour combattre une épidémie menaçante
pour la survie musculaire de la nation, il faut décrypter
l'inconscient politico-religieux du Sénat à la lecture de
Dieu, l'Amérique et le monde de Mme Madeleine
Albright, antépénultième Secrétaire d'Etat de l'Empire
- et membre du parti démocrate de surcroît.
- Voir : La
diplomatie américaine et la religion A propos de Dieu,
l'Amérique et le monde de Mme Madeleine Albright, ex-ministre
des affaires étrangères des Etats-Unis , 17
novembre 2008
Comment
se fait-il que, bien antérieurement au 11 septembre 2001,
le calvinisme du Nouveau Monde a engendré le même ensorcellement
bactérien des esprits, les mêmes terreurs irraisonnées, la
même interprétation magique de l'histoire des ossatures et
des esprits que le catholicisme du Moyen Age ? Guantanamo
et ses chambres de torture achèvent de démontrer, s'il en
était besoin, que seule une anthropologie en mesure de radiographier
le dogme de l'incarnation du Mal et transcendante à la diversité
apparente du contenu littéral des théologies du péché et de
la damnation permettra de descendre dans les entrailles du
culte et des sacrifices inscrits dans la sanglante postérité
de la terreur de l'an mil et d'expliquer la nouvelle hypertrophie
des autels de la rédemption sous les coups de semonce des
catastrophes dont un Déluge meurtrier avait pourtant fourni
une illustration tenue pour indépassable de la sainteté de
sa justice divine.
12
- Le Moyen Orient, le catastrophisme religieux et le mythe
de la purification du monde 
Les
malades de Guantanamo souffrent de la même damnation d'origine
sacrée que celle censée propager ses microbes dans tout le
Moyen Orient, où Israël a grand besoin de s'auto angéliser
à nouveaux frais sur l'autel de la guerre, donc de purifier
son ego sacrificiel - et cela sur le même modèle que les Etats-Unis.
C'est que la cohérence mentale des deux peuples élus est viscéralement
de nature à la fois salvatrice et expiatrice. A ce double
titre, la purification punitive est constitutive de leur identité
tout ensemble nationale et apocalyptique - on sait que l'Apocalypse
est l'ultime étape de la purification mythologique par le
relais du châtiment des nations, donc la dernière révélation
de leur gloire dans une immortalité posthume livrée tour à
tour aux félicités du royaume des cieux et aux tortures éternelles.
Aussi l'existence musculaire d'un Etat palestinien qui se
trouverait pleinement légitimé, tant à titre religieux et
juridique que cellulaire aux côtés d'Israël serait-elle une
profanation, donc un sacrilège de nature à mettre l'inlassable
auto-purification nationale et guerrière du peuple hébreu
psychiquement et physiquement en péril.
Cet Etat a besoin de se soustraire au profane, et cela sur
le modèle de la catharsis politique que son tuteur américain
met en scène depuis deux siècles sur un théâtre où sa souffrance
pour le salut du monde lui donne la gloire commune aux armes
et à la foi. Il y faut une sacralisation à la fois élévatoire
et sado-masochiste de l'avènement de la démocratie mondiale
sur la terre, il y faut un inconscient religieux et national
de type vétéro-testamentaire, il y faut une théologie où le
temporel sert d'instrument de démonstration spectaculaire
et rentable du divin; il y faut une purgation inlassablement
appelée à protéger un surmoi patriotique menacé par le péché
et qu'on veut rendre séraphique sur le modèle de l'idéalisation
guerrière du surmoi collectif il y faut, enfin, le creuset
du mythe, schizoïde à son tour, d'une Liberté salvatrice.
Cette auto-glorification rédemptrice et cette lutte contre
une contamination mentale à laquelle les autres peuples de
la terre se voient également exposés, mais à des degrés divers,
ont trouvé dans un calvinisme à la fois masochiste et hautement
payant une formulation, qui a permis à l'accumulation béatifiante
des richesses due à l'industrialisation intensive des modernes
de substituer un modèle avantageux d'auto-sanctification aux
gestes mal rémunérés de la piété romaine . Le prêtre catholique
bénissait et payait d'un même mouvement; le calviniste, lui,
dispose, comme le peuple hébreu et comme l'Amérique tout entière,
des preuves tangibles de la grâce divine sur une vaste étendue
où l'argent-roi vérifie tout ensemble les largesses de Jahvé
et l' élection pleinement réussie de son peuple.
La radiographie anthropologique des profits que le monothéisme
vétéro-testamentaire, puis chrétien et musulman attribue à
titre de preuves aux croyants méritants révèle que les récompenses
célestes sont toujours enracinées dans une psychophysiologie
des dévotions tenues pour démonstratives par les fidèles,
ce qui conduira la politologie moderne à la connaissance anthropologique
et rationnelle des Eden cérébraux sur lesquels reposent encore
de nos jours les sacrifices sanglants : simplement, ce sont
les Etats démocratico-purificateurs qui les offrent maintenant
à leur propre vocation auto-sanctifiante. Leurs autels sont
ceux qu'ils dressent à leurs propres idéaux de conquérants
et de purificateurs associés. Il en résulte que les hommes
d'Etat de notre temps se trouvent aussi inconsciemment ligotés
à leur mythologie du salut de la planète dont ils se trouvent
investis par la médiation de la démocratie messianique et
sous les bandelettes des vertus politiques issues de la révolution
rédemptrice de 1789 qu'ils se trouvaient ficelés, hier encore,
au sceptre de l'exorciste en chef de l'univers, le détenteur
de la foudre de l'excommunication majeure des rois et des
empereurs dont le Saint Siège brandissait la fulmination exterminatrice
au-dessus de toutes les têtes.
13
- Hommage à E.R. Dodds 
Chassons
de ces lieux la souillure que symboliserait un débarquement
même au compte-gouttes, des otages de Satan dans l'Eden; rejetons
l'extraction dangereuse de leurs prisons des damnés de Guantanamo;
fuyons le péril de les laisser purger leur damnation sur un
territoire préservé du péché originel; conjurons la menace
de leur irruption contaminatrice de la patrie d'Abraham Lincoln;
effaçons cette salissure potentielle du paradis de la démocratie
mondiale. On comprend à quel point l'existence corporelle
d'un Etat palestinien nocif à ce point aux côtés des justes
serait incompatible avec la prévention de salissures.
Cette évidence est demeurée l'assise anthropologique la plus
fondamentale et la pierre angulaire de la psychophysiologie
biblique commune aux Etats-Unis et à l'autre "peuple élu".
Comme il est dit plus haut, je poursuivrai, le 28 mars, l'analyse
anthropologique de la théologie du salut par la médiation
du verbe démocratique. Il y sera question de l'expérimentation
"théologique" des évènements chronométrables sur le terrain
et le calendrier à la main, donc de la signification historique
et politique du mythe chrétien de "l'incarnation de la vérité"
par la volonté expresse d'un démiurge.
En 1959, E.R. Dodds écrivait déjà: "La branche spéciale
de la magie qu'est la théurgie a été assez négligée et demeure
imparfaitement comprise." (p. 279) C'est le moins qu'on
puisse dire ! Mais les grands esprits lancent des éclairs
dont ils ne mesurent pas la portée : l'honnête professeur
de grec d'Oxford ne se doutait pas que si toutes les religions
sont nécessairement des théurgies, l'approfondissement de
la notion de magie conduit à la découverte de l'âme d'une
histoire ensorcelée par nature. Soixante ans plus tard, une
gigantomachie entre deux théurgies construites sur le même
modèle anthropologique se révèle la clé du conflit entre les
offertoires au Moyen Orient. L' essai de Dodds intitulé Les
Grecs et l'irrationnel, traduit en 1965 aux éditions
Montaigne et chez Flammarion en 1977, mérite une relecture
sous le titre Le monde moderne et l'irrationnel.
Il sera intéressant d'observer comment le peuple de Jahvé
vérifiera la signification sanglante du rêve que symbolise
la théurgie de la Croix.
Le 21mars 2010