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Section Décodage anthropologique
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La France entre le glaive et l'esprit
Dialogues imaginaires entre le Général de Gaulle et Jacques Chirac

c - Le débarquement de l'anthropologie expérimentale dans la science politique

 

Le spectre du Général de Jacques Chirac et le Président de la République Jacques Chirac se rencontrent sur la terrasse du château d'Elseneur.

1 - Le cerveau théologique des peuples
2 - La science des cerveaux et la station debout des peuples
3 - La pesée de l'encéphale humain
4 - Comment rendre l'histoire expérimentale ?

1 - Le cerveau théologique des peuples

L'anthropologie appliquée à l'interprétation de l'Histoire est née cent trente cinq ans après l'Introduction à l'étude expérimentale de la médecine de Claude Bernard, qui remonte à 1865. Elle a enseigné qu'il n'y a que des hommes couchés et des hommes debout. Mais qu'est-ce qu'un homme debout ? A quoi se rend-il reconnaissable ? Quels sont les critères qui définissent le statut d'une nation debout et quels sont ceux qui nous font juger qu'elle s'est couchée ? Les précurseurs d'une anthropologie explicative de l'Histoire ont réfléchi à l'avenir de l'intelligence humaine et aux raisons de l'Europe de se tenir aux avant-postes des travaux des psycho-généticiens de l'évolution de notre espèce dans le temps mémorisé par des écrits, parce que la manière dont l'Occident allait parvenir à se mettre debout ne pouvait résulter que de la qualité du cerveau qu'il allait se donner.

Après l'attentat du 11 septembre, l'anthropologie expérimentale a bénéficié de l'apparition aussi subite que spectaculaire d'un acteur que les historiens n'avaient jamais entrepris d'observer scientifiquement, alors qu'il se place au cœur de leur discipline: le crâne du genre humain. Celui-ci n'avait attiré l'attention que des philosophes, qui s'étaient à leur tour bien gardé de l'étudier dans ses relations tumultueuses avec l'Histoire. Or, la boîte osseuse apparue sur écran géant le 11 septembre 2001 n'était autre que l'encéphale le plus ordinaire et le plus répandu de notre espèce, celui qui fonctionnait depuis des millénaires à l'école du sabre et du ciel. Depuis deux siècles, on s'était imaginé qu'on avait réussi l'exploit de séparer le cerveau mythologique du cerveau politico-militaire du monde et que nos lobes frontaux pouvaient jouer chacun sa partie sur la portion céleste ou terrestre du monde qu'il s'était réservée. Or, le fantastique et le réel se sont révélés entremêlés et inextricablement confondus.

Non seulement le cerveau théologique de l'Islam était apparu au grand jour de l'Histoire sous les traits que le Coran et Mahomet lui avaient donné depuis quinze siècles, mais l'encéphale secret du Nouveau Monde s'était révélé, lui aussi, caché sous le mince vernis dont, depuis Voltaire, la raison occidentale l'avait recouvert d'un coup de pinceau négligent. Il avait suffi de l'écroulement de la tour de Babel des modernes - un building new-yorkais, qui symbolisait le commerce mondial de l'époque - pour que l'Amérique se redécouvrît tout entière composée de légions de croisés , de messies, de rédempteurs, de sauveurs, de délivreurs et qu'elle se ruât tête baissée hors de l'enclos de l'Eden national que ses patriotes lui avaient aménagé au sein de la religion protestante. Quel spectacle que celui d'une nation confite dans les patenôtres de sa constitution démocratique et qui se précipitait soudainement hors de ses frontières pour porter le fer et le feu du salut du monde jusqu'à Bagdad et à Babylone.

2 - La science des cerveaux et la station debout des peuples

Les premiers explorateurs d'une interprétation anthropologique donc psychobiologique, de l'Histoire et de la politique ont longuement réfléchi à la portée d'un défrichage systématique de cette gigantesque découverte. Au début du IIIe millénaire, le "Connais-toi" d'une espèce dont les historiens et les penseurs n'avaient jamais réfléchi à la manière de se tenir debout des divers peuples de la terre - était encore tellement dans les limbes qu'on ne savait où se placer pour observer de l'extérieur des têtes divisées entre deux mondes tantôt férocement en guerre l'un contre l'autre, tantôt capables de signer entre eux des conventions branlantes et provisoires.

Jamais l'étrange fuyard des ténèbres qu'on appelle l'homme n'était parvenu à réconcilier réellement ou seulement à concilier la portion délirante de son encéphale avec la fraction de sens rassis. Les précurseurs d'une véritable anthropologie se sont donc demandé comment l'Europe se tiendrait debout et comment elle redeviendrait le centre de la pensée du monde, donc la vraie source de toute puissance politique durable, alors qu'elle n'avait encore conquis aucune vraie science de l'encéphale de l'humanité et qu'elle s'avançait d'un pas désinvolte vers la gigantesque conflagration planétaire qui s'annonçait entre les diverses théologies qui pilotaient les empires et qui les déchiraient entre eux.

Il était clair que la paralysie de toute recherche scientifique sérieuse sur l'homme était le talon d'Achille de l'Occident . Que pouvait bien signifier l'art politique de se tenir debout sur cette terre si l'espèce ne savait en rien comment fonctionnait son auto-pilotage et comment elle avait été lentement armée par la nature pour se scinder entre une histoire réelle et des leurres qui la transportaient dans des mondes iréniques ou furieux? Il ne suffisait pas d'avoir promulgué la loi de séparation de l'Église et de l'État en 1905 pour que l'anthropologie seulement descriptive, donc muette, cessât de s'attarder à mesurer les fémurs et à peser les mâchoires des ancêtres : il fallait se demander, toutes affaires cessantes, pourquoi les rescapés des ténèbres écrivaient leur histoire à l'école de leur tête dédoublée, dont une partie s'égarait dans les nues tandis que l'autre piétinait sur la terre.

3 - La pesée de l'encéphale humain

Les anthropologues qui ont fait de l'Histoire le champ d'expérimentation du fonctionnement de l'encéphale humain ont observé combien la force dit le droit et à quel point une guerre victorieuse soumettait les âmes et les esprits à sa loi. Ils ont donc étudié les cerveaux sur le chemin que les épées leur traçaient, et ils se sont dit que la connaissance scientifique d'une espèce agenouillée devant ses glaives et ses dieux demeurerait vagissante aussi longtemps qu'elle ne disposerait pas d'un regard relativement transanimal sur les composantes psychobiologiques de la notion de vérité au sein d'une espèce inachevée. Ils se sont également demandé comment le cerveau humain avait bien pu se trouver contraint de se scinder entre des mondes observables et des mondes déments, lesquels exerçaient l'extraordinaire faculté de transporter tout le monde à la fois dans les nues et sur les champs de bataille : car l'enjeu secret de la guerre n'était jamais que de décider du véritable statut des univers schizoïdes qui campaient dans les têtes, même si l'on savait qu'il s'agissait de masques et si une théologie de la liberté conduisait aux cavernes d'Ali-Baba du vaincu.

Il fallait tenter de percer le mystère d'une humanité oublieuse de ce qu'elle était une tard venue de la nature et de ce que son évolution était tombée en panne en un lieu intermédiaire entre le réel et le rêve. Il y avait moins de dix-sept siècles, cette espèce immolait encore à tour de bras force animaux de boucherie à ses dieux affamés ; et maintenant elle s'était avancée jusqu'à offrir des moutons à un Dieu, dont les attributs et le pedigree demeuraient incompatibles avec celui auquel les chrétiens offraient désormais un mortel réputé être ressuscité, qu'ils convoquaient sur leurs autels par le moyen de paroles rituelles et dont ils disaient, le plus sérieusement du monde, qu'ils en mangeaient réellement la chair et qu'ils en buvaient réellement le sang par le miracle de la métamorphose physique d'un morceau de pain et d'un verre de vin. Puisque telle était l'assertion répétée du dogme de l'eucharistie, il était absurde de prétendre comprendre un traître mot de l'homme et de sa véritable histoire si ce gigantesque document cérébral n'était pas décrypté par une anthropologie digne de ce nom.

Parallèlement à cette forme originelle de la folie, l'empire américain propageait sur de vastes étendues des fantasmes sacrés étroitement calqués sur ceux qui régnaient sous une forme seulement plus assoupie sur les esprits de 88% des Européens. Se tenir debout, c'était se décider à choisir entre la logique et l'absurde: si un créateur du cosmos censé avoir existé en chair et en os pendant des siècles et devenu un pur esprit sur le tard, mais au prix de son dédoublement en un fils doté d'un corps bien réel, avait pu exister ailleurs que dans les encéphales imaginatifs de ses adorateurs, ce personnage se serait donc nécessairement situé dans l'espace ; et l'on ne voyait pas de quel droit l'encéphale d'une espèce bloquée tranchait souverainement de la nature et de l'étendue des prérogatives d'une divinité réputée s'imposer à elle de l'extérieur et pour s'arroger le pouvoir incroyable de reléguer dans les banlieues de la politique une idole censée dotée d'une réalité objective. Les nouveaux anthropologues ont conquis un regard plus averti que celui de leurs prédécesseurs sur la boîte osseuse de l'Occident et sur la ligne de flottaison qui la faisait voguer au-dessus et au-dessous des eaux.

4 - Comment rendre l'histoire expérimentale ?

L'anthropologie expérimentale se distingue des autres sciences en ce qu'elle ne peut provoquer des expériences, mais seulement les observer ; mais elle ressemble aux autres sciences en ce qu'elle formule des hypothèses, donc des explications, et en ce qu'elle les vérifie à l'aide de méthodes d'analyse et d'interprétation qui lui sont propres. La principale d'entre elles est la logique, dont elle analyse la nature et les promesses. Elle se demande quelles relations cette discipline des chemins rigoureux de la raison a entretenu avec le génie humain au cours des âges, dès lors que les régressions de l'intelligence furent toujours et en tous lieux des abandons de poste de la pensée logique et des victoires de la peur sur le courage de la raison.

L'anthropologie expérimentale a fait de grands progrès à partir de la seconde guerre du Golfe, parce que celle-ci a présenté à une politologie nouvelle un champ d'observation inédit des encéphales en offrant à la science historique des démonstrations de la manière dont les démocraties les plus modernes fabriquent de toutes pièces des fantasmes collectifs utiles à une minorité dirigeante. On croyait que l'art ou la science de la déraison étaient réservés aux régimes totalitaires. La deuxième guerre du Golfe a démontré qu'en l'an 2001, 3% seulement de la population américaine croyait que l'Irak était responsable de l'attaque du 11 septembre et qu'à partir de septembre 2002, la propagande du gouvernement et des médias a fait grimper ce chiffre à 50%. Mais dès 1980, les méthodes nazies et soviétiques avaient été transportées au sein de la plus puissante des démocraties. Le Président Bush père était allé jusqu'à décréter l'état d'urgence en 1985 en raison de la grave menace qu'était censée faire peser sur la sécurité des États-Unis la redoutable armée du Nicaragua, qui ne se trouvait qu'à deux heures de marche du Texas.

Depuis septembre 2002, 60% de la population américaine croyait que l'Irak représentait une menace militaire réelle et imminente, alors que la CIA, le Foreign Affair, le Foreign Policy, l'Académie des arts et des sciences , la Commission Hart Rudman s'accordaient pour démontrer qu'au contraire, la guerre d'Irak augmenterait le terrorisme.

Conclusion

L'anthropologie expérimentale démontre qu'à l'opposé du Moyen Âge, où les classes dirigeantes et les masses partageaient les mêmes croyances et déliraient de conserve, le développement des moyens techniques de propager des fantasmes se fonde désormais sur une scission entre le cerveau des élites et celui de la population, même dans les démocraties dont tout l'enseignement repose sur l'éducation par la science . L'étude de l'encéphale humain devient d'autant plus la clé de l'Histoire que l'immense majorité des élites se situe à son tour dans un monde onirique, principalement religieux, et que des phalanges politico-religieuses de rapaces se constituent en une autorité maîtresse du monde .

(Fin)

2mai 2003