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Qu'est-ce qu'un empire?

 

Dans le résumé du champ théorique qu'embrasse la simianthropologie (Résumé théorique de la simianthropologie ), il est dit, au § 4 , que cette discipline " observe les fondements politiques simiohumains de la transsubstantiation eucharistique catholique et la reproduction de ce modèle de l'autorité au sein de la démocratie mondiale et américaine " ; qu'elle " analyse la puissance religieuse des idéalités exposées en hosties sur les autels de la liberté, de la justice et du Bien " ; qu'elle " spectrographie la métamorphose de la puissance militaire du Nouveau Monde en offrande propitiatoire à un monde idéal" ; qu'elle " radiographie l'incarnation du ciel démocratique en un OTAN vassalisateur, mais censé sotériologique".

Ces thèmes ont été illustrés à plusieurs reprises sur ce site. Dans le texte ci-dessous , j'observe le degré de conscience d'empire des dirigeants politiques qui pilotent ces monstres historiques. Pour cela, il convient de comparer leur quotient cérébral avec celui des grands personnages symboliques que les écrivains de génie ont mis en scène et qui ne sont pas plus conscients du rôle qu'ils jouent dans la comédie humaine que la masse des serviteurs des plus puissants empires. Si l'on observe le caractère inné du dédoublement du cerveau simiohumain entre ce qu'il croit sincèrement penser et les masques qu'il se donne afin de se cacher ce qu'il pense réellement, on aboutit à l'analyse de l'animalité spécifique d'une espèce dichotomisée par la parole qui la déguise et qui lui permet de se tromper elle-même.

Le cas de Colin Powell illustre le contenu simianthropologique de la fiole théologique censée contenir l'apocalypse et que ce chef de la diplomatie américaine a brandie en 2003 à la face du monde. Cet exemple conduit à des analyses simianthropologiques du mythe eucharistique, donc à des radiographies politiques de la transsubstantification de l'histoire du monde en un empire du verbe. La parole eucharistique contemporaine est au service de la puissance américaine. La planète entière en offre actuellement le spectacle ; mais l'étude de la théologie de l'OTAN et du branchement de cette organisation militaire sur l'encéphale religieux de type simiohumain n'a pas encore éclairé l'histoire contemporaine.

C'est pourquoi le Vieux Monde est appelé à élaborer une simianthropologie du sacré transcendante au comparatisme superficiel entre l'homme et le chimpanzé dans lequel un rationalisme européen antérieur à une véritable anthropologie scientifique s'était spécialisé. Il s'agit désormais de cerner l'animalité proprement humaine, donc spéculaire par définition, puisqu'elle se présente toujours sous un masque qui l'angélise à titre semi psychogénétique.

1 - Les tragédiens de la cécité
2 - Le cerveau de l'histoire
3 - La pesée du cerveau simiohumain
4 - Retour au paradigme powellien
5 - L'imaginaire dans l'histoire
6 - L'OTAN et le simianthrope eucharistique
7 - L'OTAN et la cécité eucharistique
8 - Les sources théologiques de la médiocrité politique
9 - Comment raconter la mort politique de l'Europe ?

1 - Les tragédiens de la cécité

Un empire doit être observé sous les traits d'un acteur sur la scène du monde. Mais, de même que les véritables personnages de la Comédie humaine ne sont pas César Birotteau ou la duchesse de Maufrigneuse, mais les espèces sociales sur lesquelles le génie de Balzac a porté un regard de simianthropologue en herbe, de même que les personnages de Proust semblent en chair et en os, et qu'à ce titre, on jurerait que la duchesse de Guermantes, le baron Charlus ou Mme Verdurin sont inscrits à l'état civil, ce serait néanmoins se tromper entièrement sur l'identité onirique du genre humain que de ne pas observer les démiurges titubants et maladroitement incarnés par des hommes d'Etat ridiculement inaptes à leur donner leur destin , qu'on appelle des empires. Qu'en est-il de ces gigantesques personnages imaginaires et comment tirent-ils les ficelles de leurs agents? Que nous disent-ils de l'étrange faculté dont jouit notre espèce de s'offrir le spectacle de son propre encéphale habillé en personnage historique ?

De même que don Quichotte ou Hamlet, les empires sont des tragédiens et des comédiens de nos songes. A ce titre, leur identité véritable ne se donne à observer qu'aux connaisseurs d'une espèce dédoublée de naissance et capable de mettre en scène les monstres collectifs dont elle est habitée. C'est dire que les actes et les gestes des empires se donnent à voir dans l'univers cérébral qu'ils partagent avec le singe-homme. Leur effigie semi lucide et semi aveugle leur donne une apparence de corps, ce qui leur permet de paraître débarquer aux yeux de tout le monde sur la scène internationale. Néanmoins, beaucoup de chefs d'Etat qui en portent le gigantesque appareillage bureaucratique et guerrier ont la vue aussi courte que le Titan qui les fait mouvoir et qui en fait des pantins. G. W. Bush n'a pas de regard sur l'empire myope qui commande ses actes et ses gestes et qui s'appelle l'Amérique.

Mariali

Quand la cécité native des empires à l'égard d'eux-mêmes met des paltoquets au service de leur aveuglement, ces marionnettes se déplacent sur les planches d'un théâtre dont ils ignorent qu'il s'appelle l'histoire. La preuve que peu de personnes connaissent le personnage tragi-comique qu'on appelle le temps de l'histoire, c'est que l'empire américain peut bien disposer de sept cents bases militaires implantées dans cent vingt Etats - dont une majorité de démocraties qui se croient demeurées souveraines - il n'en reste pas moins évident que la plupart des dirigeants des Etats ainsi asservis n'ont pas d'yeux pour seulement apercevoir la pantomime à laquelle ils sont livrés.

Comment expliquer la cécité extraordinaire des acteurs médiocres de l'histoire? Pour tenter de la comprendre, il faut savoir que l'immense majorité des lecteurs de Shakespeare, de Swift, de Cervantès, de Balzac, de Proust, ou de Dostoïevski n'ont pas de rétine sur laquelle se graverait le Gulliver caché derrière le rideau et qu'on appelle l'humanité. Le globe oculaire de l'écrivain de génie capture une espèce grouillante sur la terre. Son regard porte sur les titanesques parcelles du genre humain qu'on appelle des empires et sur les machines qui font fonctionner ces parcelles sur le modèle qui motorise leur expansion .

Quand Condoleezza Rice convoque à Riga trente Etats européens placés sous la férule de Washington par l'intermédiaire de l'OTAN, on aurait grand tort de s'imaginer qu'elle se comporterait en Dr Frankenstein de la politique mondiale de son pays. La vérité, c'est que cette actrice improvisée de l'histoire du monde se trouve emportée dans la tragédie aveugle dont elle met en scène les péripéties à faire camper ses vassaux à deux pas d'un empire russe disloqué et déconfit. Les empires portent les vêtements de l'animal cérébralisé dont ils orchestrent le destin à la fois lyrique et cynique. Quand ils arborent la bannière toute neuve des "droits de l'homme", ils donnent seulement sa forme moderne au vieux masque du "Bien ". Les empires sont les croisés de leur propre destin et les souverains de leur propre farandole.

2 - Le cerveau de l'histoire

La démonstration, s'il en était besoin, de ce que les empires ne sont pas conscients de la volonté confuse et aveugle qui les inspire et qui commande leur expansion a été apportée d'une manière spectaculaire par Colin Powell : c'est avec une candeur d'honnête homme qu'il a condamné publiquement la prestation de magicien dupé par ses propres sortilèges à laquelle il s'était livré à la face du monde à l'heure où l'empire américain avait grand besoin de donner l'illusion qu'il avait la preuve d'un fait miraculeux par définition : à savoir que l'Irak possédait des armes de destruction capables de pulvériser la planète en quelques instants. Je rappelle qu'à cette fin, on avait vu le Ministre des affaires étrangères de l'Etat le plus puissant du monde brandir un petit flacon censé contenir les sept plaies d'Egypte.

Or, il serait absurde d'imaginer Colin Powell en Général Machiavel de la planète : lui-même avoue avoir été trompé par les services secrets de l'empire. Mais souvenons-nous de Voltaire, qui n'est pas l'auteur de Candide, mais de Candide ou l'optimisme. Le personnage est l'otage de son optimisme et l'optimisme du genre humain est le véritable personnage du récit. Qui observe cet acteur-là ? Qui est-il comme personnage, l'optimisme qui sert de carapace cérébrale aux empires ? Le Titan mondial de la " Liberté " démontre que l'humanité se nourrit d'aliments magiques sur le modèle d'une Eglise qui consomme la chair et le sang d'un dieu. L'eucharistie est censée changer une histoire meurtrière en pain et en vin de la foi. C'est cela, le personnage profond et caché qu'on appelle l'optimisme.

C'est dire que notre époque est sans doute la plus extraordinaire que le genre humain ait connue depuis son évasion partielle de la zoologie; car, pour la première fois, non seulement notre cerveau se donne à observer de l'extérieur à l'échelle planétaire, mais le regard critique que notre intelligence est conviée à porter sur la politique internationale nous contraint de nous forger un œil dont la rétine aura la capacité et la vocation d'enregistrer le spectacle nouveau que le règne simiohumain présente à l'historien devenu pensant. Or un animal capable d'observer la psychophysiologie des empires et l'animalité propre de leur encéphale doit avoir conquis une distance à l'égard de lui-même d'un type entièrement inconnu autrefois : il lui appartient rien moins que d'observer la cécité cérébrale simiohumaine en son animalité spécifique , donc de fonder une simianthropologie .

3 - La pesée du cerveau simiohumain

Ce recul intellectuel d'un type nouveau sera décisif, parce qu'il impliquera une mutation de la notion de " raison historique ". Aussi, l'important, aux yeux d'une anthropologie historique capable d'observer l'anthropos n'est-il pas que Colin Powell ait été dupé par la potion des malédictions et des catastrophes qu'il a naïvement brandie, mais que la candeur de sa cécité en ait caché une autre, non moins " sincère ", celle des angelots de la CIA, et derrière elle, une troisième, celle des séraphins américains qu'on appelle des néo-conservateurs, qu'on aurait le plus grand tort d'imaginer sous les traits de personnages d'une lucidité et d'un cynisme à faire pâlir d'envie les doges de Venise ; car la cécité des serviteurs d'un empire les rend aussi inconscients du rôle qu'ils jouent dans la pièce que les spectateurs qui les applaudissent ou les conspuent . Ils sont de la même extrace que les mystiques qui ont cru par centaines de millions et pendant soixante-dix ans aux promesses marxistes d'un débarquement du royaume des cieux sur la terre, de la même extrace que des centaines de millions de chrétiens qui croient dur comme fer que le pain et le vin de la messe se changent en chair et en sang réels sur l'autel chaque fois que le prêtre prononce les paroles rituelles requises pour que ce prodige soit censé s'accomplir, de la même extrace que les centaines de millions de croyants convaincus de ce que la puissance américaine est au service des idéaux messianisés de la démocratie.

Aussi n'est-il plus possible de comprendre l'espèce homo et son histoire sans connaître les piles qui commandent le voltage de son encéphale. C'est cela qui ne laisse à l'historien moderne d'autre choix que de se convertir à une simianthropologie critique ou de céder le pas à l'aveuglement inné de l'espèce qu'un certain Socrate avait défiée au prix que l'on sait. Naturellement, l'humanité n'a jamais évolué que sous la contrainte : c'est le fait que le mysticisme est devenu proprement politique, c'est le fait qu'à ce titre, il se présente en moteur mondial d'une Liberté et d'une Justice au service de l'empire américain qui condamne la science historique contemporaine à opérer une mutation rapide du quotient cérébral des descendants d'un quadrumane à fourrure.

Le rêve d'un débarquement de l'absolu sur la terre avait régné pendant une brève période à l'école des Saint Paul et des Saint Jean ; mais il avait suffi du sens rassis d'une religion adolescente pour y mettre bon ordre . Très rapidement, la promesse d'un accomplissement réel de la vie onirique de notre espèce avait été reléguée dans un monde posthume. Puis le culte de la Croix, devenu adulte, n'avait pas tardé à se présenter en héritier averti de la sagesse et de l'expérience politiques de l'empire romain ; aussi s'était-il appliqué pendant près de deux mille ans à combattre les résurgences d'une folie inscrite dans les gènes du singe-homme depuis les origines et dont le dernier ressaut avait envahi la terre sous le sceptre de Karl Marx . Mais seize ans après l'effondrement de cette ultime sotériologie, l'empire américain a repris à son profit le flambeau des hérésies nées de l'eschatologie chrétienne et dont on n'a pas assez remarqué qu'elles furent toutes des rédemptions politiques.

Alors Washington a commencé de combattre les incarnations du Démon - à savoir, les adversaires de son expansion militaire et commerciale à la terre entière ; et puisque la victime désignée de la guerre mondiale du salut par la démocratie s'appelle l'Europe , c'est désormais au cœur de la politique du globe que la civilisation de la pensée est condamnée à apprendre une science nouvelle, celle de la première pesée transanimale de l'encéphale simiohumain. La simianthropologie prend acte de ce que la mort du communisme a simplement transporté le germe commun au messianisme chrétien originel et au messianisme marxiste au sein du capitalisme et des idéaux de la démocratie et que le rationalisme superficiel de l'Occident ne dispose pas des armes de la connaissance scientifique de l'encéphale du genre humain qui lui permettraient de comprendre la folie d'une espèce rendue schizoïde par son évasion manquée de la zoologie. Inutile d'appeler des dogmes à la rescousse pour combattre le déchaînement de cent hérésies : la géopolitique a désormais rendez-vous avec une simianthropologie spéléologique. Il s'agit de peser le cerveau de l'espèce humaine à l'école de la postérité anthropologique de Darwin, celle qui attend la formulation de ses prolégomènes et de sa problématique, donc son " discours de la méthode ".

Ce qui rend l'anthropologie critique traumatisante pour la culture humaniste mondiale, c'est que cette discipline donne à l'humanité un rendez-vous inédit avec le décryptage du sacré, puisque cette fois-ci, la balance à peser le sacré est entièrement à construire . Ni la pensée grecque, ni la philosophie critique de la Renaissance, ni le rationalisme européen de Descartes à Kant, ni le freudisme ne sont en mesure de répondre à la forme nouvelle de la question qu'impose l'examen des relations psychobiologiques que les religions entretiennent avec une animalité dont le propre est de se présenter cérébralisée et angélisée, donc masquée par le langage. La spécificité du cerveau apparemment métazoologique est précisément de donner des formes qui semblent métazoologiques à la zoologie. Il s'agit d'observer les métamorphoses intellectuelles d'un animal dont l'examen, siècle par siècle, de l'évolution de sa boîte osseuse permet d'observer le fonctionnement cérébral demeuré largement animal, mais à l'aide de mille artifices sous lesquels il se cache afin de tromper de "bonne foi" non seulement ses congénères, mais lui-même.

4 - Retour au paradigme powellien

Revenons à l'examen de cette duperie, celle que révèle la capsule théologique censée contenir l'apocalypse et dont Colin Powell a brandi la menace à la face du monde. On sait que l'ex-chef de la diplomatie américaine déclare aujourd'hui que l'arme magique s'est changée en " une tache sur sa carrière ". Mais on cherche en vain un regard de l'extérieur sur le contenu simianthropologique de la fiole, donc sur la psychophysiologie qui commande l'expansion semi aveugle des empires du salut. Certes, quelques rires étouffés ont parcouru l'assistance au spectacle du diable enfermé dans un bocal pharmaceutique. Les saintes idéalités de la démocratie flottaient dans un récipient de verre devant le premier concile mondial de la liberté et des droits de l'homme ; mais imaginez une messe qui réunirait dans l'enceinte de l'assemblée des Nations Unies des centaines d'évêques accourus du monde entier. Que se passerait-il si, à l'élévation de l'hostie, un éclat de rire général accueillait la déclaration du prêtre : " Le corps de dieu " ? Il faut oser cette profanation pour que la simianthropologie puisse partir à la recherche des secrets de la sacralité des empires et des fondements anthropologiques de la cécité des masses simiohumaines.

Il s'agit d'observer comment les idéaux de la démocratie sont devenus le pain eucharistique de l'empire américain ; il s'agit d'observer comment des concepts absolutisées transsubstantifient le vin et le pain des valeurs en chair et en sang de l'histoire. Comment se fait-il que les pères conciliaires de la démocratie soient frappés d'une fascination collective devant le prodige censé se produire sur l'autel des " droits de l'homme " ? C'est que le cerveau simiohumain se laisse méduser par les interdits qui frappent les sacrilèges et les profanations : demander l'évacuation de l'occupant américain est ressenti comme un blasphème. Mais il reste à démontrer comment les fondements simianthropologiques de la vassalisation politique se cachent dans la transsubstantiation du réel à laquelle procède le miracle eucharistique , afin d'accéder aux sources théologiques de la servitude poliique proprement simiohumaine .

Il ne suffit donc pas de constater que toute demande d'évacuation des sept cents bases militaires américaines qui enserrent la planète reviendrait à proclamer urbi et orbi qu'elles ne sont ni le verbe de la démocratie, ni son pain eucharistique, mais l'expression d'un empire en armes : encore faut-il expliquer, donc comprendre pourquoi le cerveau simiohumain ne le voit pas. Pour cela, il faut radiographier les fondements psychogénétiques du mythe eucharistique et ses rapports surréels avec l'histoire du monde. Quel est le processus psychique qui assure la sacralité de l'OTAN et qui donne sa puissance de persuasion inconsciemment théologique à la présence militaire américaine en Europe ? C'est à cette question-là que la simianthropologie doit tenter de répondre ; et, pour cela, cette discipline observe comment l'OTAN démontre son existence théologique sur le mode dont toutes les religions présentent le paradigme.

5 - L'imaginaire dans l'histoire

On sait que le cerveau simiohumain est scindé de naissance entre le réel et le rêve, et cela de telle sorte que non seulement il se forge des personnages oniriques qu'il lance dans le cosmos, mais qu'il s'applique de toutes ses forces à les faire intervenir à toute heure dans sa politique et dans son histoire. Pour cela, il a besoin de se fournir à chaque instant des preuves tangibles non seulement de l'existence des acteurs imaginaires qu'il a chargés de régir l'univers, mais de leur souci continu des affaires du monde. C'est pourquoi les dieux ont démontré leur présence physique parmi les premiers évadés du règne animal par le spectacle de leur corps statufié, qu'on enchaînait quelquefois dans leur temple afin de leur interdire de s'évader. D'autres preuves tenues pour irréfutables permettaient de vérifier leur présence chez les singes biphasés: des fêtes publiques en leur honneur, des sacrifices réputés trouver leur récompense , un appareil sacerdotal et des rituels consolidaient ces secrétions innées d'un animal au cerveau bipolaire.

Avec le christianisme, une preuve entièrement nouvelle du règne d'un personnage présent dans les nues et de son débarquement répété dans le temps de la politique et de l'histoire a fait son apparition: les singes dichotomisés se sont dit que, puisqu'ils communiaient entre eux et se donnaient un corps et une identité symboliques à se partager du pain et du vin, ils pouvaient substantifier leur dieu par la métamorphose miraculeuse de ces aliments en sa chair et son sang, ce qui démontrerait à la fois que l'idole demeurerait physiquement installée dans le ciel et qu'elle agirait sur la terre. Pour cela, il fallait, certes, que la divinité corporelle partageât le foie, l'estomac, la rate et tous les organes de ses adorateurs, ce qui était déjà le cas pour les dieux précédents du singe-homme, mais que son organisme cessât de surcroît d'obéir à un modèle surdimensionné, donc qu'il demeurât étroitement calqué sur les mensurations de ses fidèles. C'est ainsi que le cerveau bifide de nos ancêtres est parvenu à se doter d'un ciel incarné et tangible, donc réputé présent en ce monde, mais sur un modèle plus simple que celui des géants Zeus, Mars ou Poséidon . L'espèce simiohumaine avait inventé un dieu proportionné à sa propre ossature, mais guéri de l' écartèlement natif de ses fidèles entre leur statut zoologique et le rêve transanimal auquel leur encéphale dichotomisé les condamne.

L'essentiel d'une religion réside donc toujours dans les preuves qu'il se donne de la présence physique du divin sur la terre ; mais, avec le temps, le singe-homme avait été contraint de recourir au subterfuge d'un prodige matériel provoqué pour la circonstance, à savoir la transsubstantiation miraculeuse du pain et du vin de tous les jours en le corps d'un dieu unique, alors que l'antiquité croyait n'avoir pas besoin du luxe d'un prodige physique accompli et provoqué par un rituel pour constater l'existence tenue pour naturelle des Célestes à la fois sur l'Olympe et sur la terre, puisqu'ils étaient censés présents tout ensemble en leurs signifiants simiohumains et dans le bois, la pierre ou l'airain de leurs statues.

6 - L'OTAN et le simianthrope eucharistique

Nous pouvons maintenant commencer d'observer comment la présence politique de l'OTAN en Europe répond au fonctionnement cérébral qui commande la preuve simiohumaine de l'existence réelle et surréelle des dieux dans toutes les religions du monde ; car cette gigantesque armure militaire est désormais censée se trouver transportée dans un monde de la vérité démocratique, donc de la justice et de la liberté incarnées en un empire du verbe. Si l'OTAN n'était pas reçu dans l'esprit semi animal comme une armure mentale transtemporelle face à un adversaire mythique et aussi insaisissable que le Démon, cet organisme militaire perdrait instantanément sa crédibilité proprement religieuse, donc subrepticement auto miraculée, puisque tout le monde verrait clair comme le jour que l'URSS n'est plus, que le Satan marxiste a été dûment terrassé par la chute du mur de Berlin et que seul le verbe apostolique et évangélisateur d'une démocratie conjointement guerrière et messianique soutient désormais la présence physique à l'échelle mondiale de ce nouveau dieu du salut sur la terre.

C'est pourquoi l'empire américain a sans cesse besoin de réinventer le Satan dont il nourrit sa surréalité mythologique afin d'illustrer en boucle le fonctionnement du sacré eucharistique simiohumain : de même que le christianisme et le marxisme enfantaient sans relâche le Lucifer multiforme et incapturable qui leur permettait de transsubstantifier le règne de leur puissance en arme du salut, l'Amérique se donne toujours à nouveaux frais l'ennemi onirique qui lui sert de tremplin. Pour l'heure, il s'appelle " le Terrorisme " , lequel s'incarne et grandit sous le sceptre de l'oppression planétaire qui le fait prospérer.

7 - L'OTAN et la cécité eucharistique

On sait que 85% des Français et 68% des Allemands d'aujourd'hui défendent une Europe ambitieuse de rivaliser un jour avec les Etats-Unis , mais que, dans le même temps, l'immense majorité des citoyens du Vieux Monde entend conserver une panoplie qui ne les protège contre aucun ennemi, puisqu'il ne saurait s'en présenter à l'horizon des steppes. Aussi longtemps que cette bipolarité cérébrale s'est exprimée dans l'ordre politico-religieux qui servait de champ d'exercice naturel à la raison semi théologique de la planète, il n'y avait pas péril en la demeure : Platon raisonnait en logicien et pourtant, il croyait en l'existence des dieux banalisés de son temps, comme Descartes ou Kant se voulaient des philosophes rigoureux sans s'apercevoir que la croyance en l'existence d'un Dieu localisé et devenu coutumier est nécessairement incompatible avec l'universalité d'une philosophie cohérente, puisque celle-ci ne saurait trouver au sein de la rigueur logique qui la conditionne et la commande, aucune légitimation rationnelle de la scission du cerveau simiohumain entre le réel et le mythe .

Si la légitimation intellectuelle d'un imaginaire religieux quelconque était défendable, elle reviendrait à interdire à l'intelligence philosophique tout regard tant sur les idoles les plus primitives que sur leur généalogie cérébrale au cours de l'évolution du singe-homme; et si l'usage de la raison n'était permis qu'à la condition de ne porter que sur des dieux morts - ce qui est le cas pour l'anthropologie funéraire d'aujourd'hui - toute pensée prospective, donc visionnaire, ne serait plus que l'otage d'une "révélation" miraculeuse. Les évadés titubants de la zoologie seraient en possession du "vrai dieu", qui serait toujours celui de leur territoire. Du coup, toute connaissance réelle d'elle-même demeurerait interdite à notre espèce, puisqu'il lui serait interdit de s'observer dans le gigantesque miroir que lui tendent ses propres effigies dressées dans les nues . Les idoles rendent heuristique l'introspection socratique.

Mais quand la croyance semi religieuse en la légitimité d'une OTAN qui se déguise en séraphin de la démocratie se prétend compatible avec le combat d'un continent pour la reconquête de sa liberté politique et intellectuelle, donc de sa puissance sur cette terre, l'incompatibilité radicale entre une civilisation soumise à une dichotomie cérébrale paralysante, d'une part, et ses ambitions retrouvées dans l'histoire réelle, d'autre part, fait débarquer la critique simianthropologique au cœur de la politique mondiale, tellement le destin cérébral de l'Europe de Descartes et de Kant devient l'enjeu central du choc contemporain entre les empires. La preuve la plus évidente et la plus concrète de cette urgence saute aux yeux : aucun chef d'Etat européen digne de ce nom ne saurait soutenir que la souveraineté de sa nation serait réelle nonobstant la présence pseudo angélique des bases militaires américaines sur son territoire. On sait que l'Italie n'est qu'un gigantesque porte-avions américain amarré au cœur de la Méditerranée et que l'Allemagne demeure quadrillée par quarante six garnisons du Nouveau Monde implantées à demeure sur son territoire.

- L'empire américain, c'est l'Otan, 29 juin 2005
- L' après 29 mai et l'avenir de l'Europe politique, Le débarquement de la simiologie dans l'interprétation de l'histoire : la tutelle de l'OTAN , l'empire des bases américaines , le double-jeu de l'Angleterre , Nicolas Sarkozy et le meurtre du père, 13 juin 2005

8 - Les sources théologiques de la médiocrité politique

Pour l'instant, toute manifestation d'indépendance de l'Europe n'est qu'un leurre - mais la nature de ce leurre n'est déchiffrable qu'à une simianthropologie du mythe eucharistique, parce que le poids sacral de l'OTAN paralyse la volonté politique des Etats d'une manière aussi secrète et invisible que les dogmes de l'Eglise catholique pèsent sur la laïcité en Italie. Si les forces d'occupation de l'empire américain quittaient le sol de l'Europe, l'interdiction faite à notre continent de vendre l'A380 à la Chine ou des Airbus à l'Iran paraîtrait saugrenue à toute la classe politique, parce que contraire aux règles qui régissent les relations entre Etats souverains, tellement la dignité politique du Vieux Monde lui ferait vivement ressentir le caractère incongru de cette offense à son statut en droit international. Mais comment cette insulte apparaîtrait-elle à des cerveaux tétanisés sur le modèle de la transsubstantiatification eucharistique, qui leur enseigne que l'OTAN est l'incarnation de la Liberté comme le pain et le vin de la messe sont le Dieu substantifié en sa chair et son sang ?

En vérité, le mythe sotériologique mondial que l'empire américain implante dans les encéphales de ses vassaux par la catéchisation de l'OTAN empêche la politique européenne de seulement apercevoir l'enjeu planétaire d'une véritable politique de reconquête de sa souveraineté. Si cette prise de conscience se produisait , un seul objectif s'imposerait comme l'axe central et le moteur unique de la politique étrangère du Vieux Continent : le renvoi du Nouveau Monde vers l'autre rive de l'Atlantique. La stupéfaction de la lucidité politique qui embraserait soudain les encéphales réveillés de leur sommeil religieux serait si grande que toute l'intelligentsia européenne se frotterait les yeux au spectacle de la présence militaire américaine à cinq mille kilomètres de ses rivages. Ce serait toutes affaires cessantes que Paris, Berlin, Londres , Madrid et Rome solliciteraient l'alliance de Pékin , de Moscou et l'Amérique du Sud pour demander aux troupes étrangères stationnées en Europe depuis soixante ans de lever le camp sur l'heure. De même, toute la diplomatie des vingt-cinq concentrerait ses efforts à précipiter le départ des troupes d'occupation de l'Irak ; et l'essor proprement cérébral du Vieux Monde se porterait à peser le poids politique de la bombe thermonucléaire dans l'imaginaire simio-humain, afin de laisser l'Iran dissuader le Nouveau Monde de l'attaquer .

- Le savoir et l'action. L'Europe vassalisée face à l'Iran révolté, 1er septembre 2005

La science politique européenne se souviendrait de ce que des conciles ont bien inutilement interdit l'arbalète; et de ce qu'on n'imagine pas deux puissances nucléaires se lancer à la tête la foudre de l'excommunication majeure des modernes.

Mais c'est la capacité même des encéphales d'aller au fond des choses et de saisir les vrais problèmes à bras le corps qui se trouve atteinte par la transposition du mythe eucharistique au cœur de la politique apostolique et sotériologique de la démocratie mondiale; et c'est l'imminence de la conjonction entre un désastre politique et un désastre cérébral qui contraint l'Europe de la pensée à cerner l'animalité proprement humaine, celle qui se révèle spéculaire par définition et qui se présente toujours sous un masque d'ange; et c'est cela, enfin, qui condamne le Vieux Monde à élaborer une simianthropologie libérée du comparatisme superficiel entre l'homme et le chimpanzé auquel se livrait un rationalisme européen antérieur à l'anthropologie réellement scientifique.

9 - Comment raconter la mort politique de l'Europe

Si l'Europe devait un jour retrouver sa souveraineté à la fois dans l'ordre intellectuel et dans l'ordre politique, comment les historiens que le naufrage cérébral de l'Occident aurait rendus pensants expliqueraient-ils la rechute d'une civilisation vieille de vingt-cinq siècles dans une servitude proprement religieuse dont elle avait commencé de se libérer au XVIIIe siècle? Dès lors qu'il s'agit d'une catastrophe proprement intellectuelle, se diraient-ils, il nous faut nous demander pourquoi les armes de l'intelligibilité rationnelle que la science historique occidentale avait forgées depuis Thucydide sont devenues anachroniques ; et sans doute se convaincraient-ils que seule une science nouvelle de l'homme serait en mesure de rendre compte de la gigantesque tétanisation de l'encéphale de l'Europe. Du coup, Clio s'interrogerait sur les arcanes psychophysiologiques de la soumission de la planète à un mythe eucharistique censé incarner les idéaux de la démocratie.

Le recul intellectuel de ces historiens à l'égard d'un empire ambitieux de transsubstantifier le monde en la chair et le sang de son ciel leur ferait rejeter les milliers d'exemples qui sembleraient témoigner de la survivance d'une volonté politique réelle au sein des élites d'un Vieux Monde réduit à l'impuissance. Certes, se diraient-ils, le gigantesque essor industriel du Continent européen depuis le milieu du XXe siècle avait paru démontrer à nos prédécesseurs un réveil de l'encéphale civilisé. Mais nous, nous savons que si les fondements psychobiologiques du naufrage de l'intelligence politique d'une civilisation ne sont ni analysés, ni compris à la lumière d'une réflexion sur l'évolution cérébrale du singe-homme, rien ne sera gagné sur le long terme.

Souvenons-nous, se diraient ces historiens, de ce que le Moyen-Age lui-même n'avait pas entièrement anéanti les conquêtes de la raison humaine : dès le XIe siècle, un certain Bérenger, évêque de son état et devenu nonagénaire , ce qui était rare à l'époque (998 - 1088), déclarait que le dogme eucharistique changeait les chrétiens en une " troupe de sots ". Ils exhumeraient la savoureuse notice nécrologique du Petit Larousse du milieu du XXe siècle: " Célèbre hérésiarque français, né à Tours. Il fut condamné par plusieurs conciles. " Au début du XXIe siècle, les hérésies et les orthodoxies ne faisaient encore l'objet d'aucune véritable connaissance historique, faute qu'on en connût le sens psychologique et politique.

A partir de 2020, les nouveaux historiens remarqueront que le " célèbre hérésiarque " n'avait dû la vie sauve qu'à ses rétractations successives et précipitées; et ils diront qu'à partir de 1945, la Liberté était devenue le saint chrême d'une pseudo démocratie mondialisée par l'empire américain ; que celui-ci affichait son pain eucharistique sur toute la surface de la terre et que personne ne connaissait l'origine psychophysiologie du prodige politique de la transsubstantiation, de sorte qu'en 2005 Mme Alliot-Marie, alors Ministre français et laïc de la défense, proclamait la nécessité militaire absolue de l'OTAN , alors même qu'aucune poussière à l'horizon ne signalait l'approche d'un ennemi et que les troupes américaines avaient été contraintes de quitter la France dès 1966.

Il faut imaginer que les historiens à venir manieront une ironie discrète ou un souriant persiflage. Puisqu'en ce temps-là, écriraient-ils, la " Liberté " américaine se présentait dans le monde à la manière dont la chair et le sang du Christ étaient réputés réellement présents sur les autels, on attendait le nouvel hérésiarque français qui aurait enseigné que la puissance de fascination qu'exerçait le prodige de la transsubstantiation des idéaux de la démocratie américaine au cœur de la géopolitique du début du IIIe millénaire devait se mesurer à l'examen du fondement simianthropologique de l'autel chrétien .

Une Clio devenue un peu moqueuse expliquera pourquoi, au XXe siècle, l'Occident s'était tout soudainement agenouillé devant les étendards des idéalités qu'un empire étranger brandissait sur son territoire et pourquoi seules les défaites militaires de l'Amérique avaient commencé d'affaiblir la crédibilité du mythe eucharistique apprêté par l'OTAN; et pourquoi il avait fallu attendre l'intervention de quelques intellectuels américains, qui avaient comparé le Président des Etats-Unis au cheval Incitatus que Caligula avait nommé Consul, pour que les prosternements du monde entier devant la folie de l'empereur américain redonnassent un semblant de vigueur intellectuelle au Continent de Copernic , de Darwin et de Freud ; et pourquoi seul un cyclone qui avait dévasté la Louisiane et les Etats voisins avait fait reculer la marée des dévotions de l'époque , comme si la croyance aux fureurs d'un ciel vengeur et qui avait longtemps armé la religion de la Croix s'était seulement endormie un instant pour se réveiller et ébranler la puissance parareligieuse du Nouveau Monde.

A partir du milieu du XXIe siècle, la science historique européenne n'a plus eu besoin d'ouragans, d'inondations et de tremblements de terre pour faire débarquer la postérité de Darwin et de Freud dans la connaissance psychophysiologique des nations et des empires.

20 septembre 2005