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L'anthropologie critique et la politique internationale

 

Elle agonise sous nos yeux, la science historique hémiplégique fondée, depuis les origines, sur une semi politologie et qui se trouve contrainte d'ignorer les arcanes d'une espèce schizoïde, puisque son cerveau est scindé entre le rêve et le réel. Le tribut à payer aux cécités de la raison est lourd : la planète retombe dans des convulsions religieuses calquées sur celles qui ont ponctué vingt siècles du règne de Jahvé , du Dieu trinitaire et d'Allah. Quelle est la connaissance de l'encéphale simiohumain qui résultera du scannage des idoles?

1 - Une lecture anthropologique des rêves religieux de l'humanité
2 - Une espèce eschatologique
3 - La postérité de Darwin et de Freud
4 - Comment armer la raison d'un regard sur l'imaginaire religieux
5 - La balance des rêves
6 - La pesée des songes de l'humanité
7 - De la psychophysiologie comparée des hommes et des dieux
8 - Les nations dans leur miroir
9 - L'arrêt du tribunal de la connaissance
10 - Des cerveaux et des hommes
11 - L'avenir de la science historique

1 - Une lecture anthropologique des rêves religieux de l'humanité

L'étude simianthropologique de la géopolitique ne saurait trouver sa formulation logique et sa distanciation propres qu'à l'école d'un recul entièrement nouveau de ce que l'on appelait l'esprit critique, ce prématuré cérébral qui se croyait en mesure de circonscrire d'avance le champ de la connaissance rationnelle de l'humanité et de son histoire. Mais les sciences humaines fondées sur la raison timide de la Renaissance ont laissé en friche le royaume des relations tumultueuses que notre espèce entretient avec ses songes politiques et religieux, donc avec l'univers des signifiants imaginaires dont elle se nourrit depuis les origines. La nécessité de circonscrire la problématique et les méthodes d'une simianthropologie du fabuleux dont la lucidité éclairerait la face délirante d'un vivant né onirique s'impose d'autant plus de nos jours que malgré la richesse des documents théopolitiques récoltés au cours du XXe siècle, les sciences abusivement qualifiées d'humaines de nos ancêtres ne se sont pas portées à un décryptage raisonné de la vie cérébrale et psychique d'un Adam condamné à errer dans des mondes fantastiques. Si le marxisme, par exemple, demeure privé de toute interprétation religieuse de ses exploits, alors qu'ils étaient visiblement calqués sur le modèle évangélique, c'est faute d'un décodage réellement scientifique, donc transconfessionnel et psychobiologique des convulsions du sacré dont l'histoire cérébrale et réelle de l'Europe a illustré le théâtre depuis les guerres théologiques, donc politiques du XVIe siècle .

2 - Une espèce eschatologique

Sans doute un embryon d'anthropologie spectrographique aurait-il pu naître dans la postérité philosophique et scientifique du siècle des Lumières si l'enceinte des formulations doctrinales qui permettent à des mondes fantasmagoriques de se donner une ossature conceptuelle éloquente étaient en mesure de s'ouvrir à la dialectique et aux paramètres d'une connaissance critique des travaux d'Hercule des cosmologies mystiques : mais il se trouve que l'épopée du marxisme a démontré à nouveau que si notre boîte osseuse s'applique à motiver et à finaliser le temps de l'histoire terrestre par la mise en scène des performances qu'elle attribue à une eschatologie céleste, le produit que ce type de médiations vous fabrique ne répondra pas nécessairement au schéma sacerdotal classique qui, depuis trente siècles, sert de poutre de soutènement à des monothéismes de plus en plus cérébralisés et dont les fossiles se partagent encore la planète entière. Et pourtant, l'Eglise marxiste n'en reproduisait pas moins, mais à sa manière, le modèle doctrinal mis en place depuis deux millénaires par des dogmes chargés de servir de piliers à des hiérarchies ecclésiales hyper spécialisées.

L'anthropologie critique de demain se tromperait donc de chemin si elle tentait de se donner le préalable d'une assise condamnée à demeurer seulement doctorale. Il s'agit de dépasser la critique idéocratique des croyances liées à des démiurgies logophores et dont les rites de l'autel mettent en scène les formulations pieuses. La raison ne saurait entrer dans l'univers des révélations officialisées et devenues légendaires. L'annonciation euphorique et oraculaire que le marxisme avait théâtralisée et théorisée à l'école d'un " processus historique " aussi universel que salvateur exprimait la croyance native et connaturelle au genre simiohumain selon laquelle une gouvernance à la fois bienveillante et punitive de l'univers exprimerait les volontés et les apanages de plusieurs directeurs et régisseurs mythologiques du système solaire ou d'un seul souverain de la totalité du cosmos : simplement, les prérogatives attachées au nouveau providentialisme exprimaient la psychophysiologie théiste des rescapés de la zoologie sous des formes prophétiques héritées de la dialectique et de l'argumentation demeurées religieuses de Hegel, le premier théoricien " rationaliste " d'une épopée du " verbe " conceptualisé depuis les tentatives avortées des Grégoire de Naziance et des Grégoire de Nysse.

3 - La postérité de Darwin et de Freud

Puisque la simianthropologie n'est que la forme critique de l'anthropologie, elle ne saurait revendiquer la connaissance des alliances de la politique avec le rêve sans tenter de rendre compte de la schizoïdie cérébrale d'une espèce habitée par l'appel à une délivrance mythique inscrite, semble-t-il, dans ses gènes. L'analyse des thèmes traditionnels d'un " salut " ou d'une "rédemption" autrefois théologisés, donc encadrés sur le modèle ecclésial ne fonderont la problématique et les méthodes de l'anthropologie politique de demain qu'à la condition expresse que cette discipline apprenne à se mettre à l'écoute de la postérité scientifique encore en friche de Darwin et de Freud, mais également des premiers examinateurs du fonctionnement de notre cerveau, les Hume et les Kant . Il s'agira de décoder la pulsion innée qui a pu conduire une civilisation fondée, croyait-elle, sur des concepts logophorisés par les sciences exactes à convertir des centaines de millions de fils de Copernic et d'Einstein à la croyance en l'imminence du débarquement d'un Eden cérébralisé sur la terre.

On sait qu'une légion d'idéalités évangélisatrices fournissait depuis longtemps ses armes et ses anges à la nouvelle Eglise prometteuse d'un avènement inévitable du bonheur éternel. Mais ce seul spectacle devrait suffire à démontrer qu'il appartient désormais à la postérité commune à l'évolutionnisme et à la science de l'inconscient de se demander comment un finalisme censé immanent à la coulée de l' " histoire de la félicité " a pu piloter la généalogie d'un cerveau marxiste dont les espérances exprimaient la même schizoïdie fatale et inguérissable que celle des mystiques chrétiens du premier siècle. Il s'agira de cerner le statut psychobiologique d'une infirmité intellectuelle qui semble conditionner non seulement la survie, mais le fonctionnement mental de l'espèce simiohumaine dans le temps de l'histoire.

Quel sera, aux yeux des sciences humaines du XXIe siècle, le véritable héritage intellectuel des soixante-dix ans de succès et de désastres politiques qui ont ponctué, sous nos yeux médusés, une sacralisation de l'histoire à la fois sanglante et euphorisée à l'école du prophète Karl Marx ? Nul autre que la féconde nécessité, pour toute anthropologie politique future, de conquérir le champ de vision qui lui sera propre et qui seul lui permettra de radiographier les racines semi animales de l'angélisme humain. Il y faudra un scannage des songes sanctifiés par le sang dont les fuyards des ténèbres nourrissent leurs séraphins. Pour cela, il sera indispensable de tenter d'expliquer le prodige parareligieux et quasi sacerdotal du ralliement d'un tiers ou de la moitié de l'intelligentsia mondiale à une nouvelle fantasmagorie rédemptrice, selon laquelle il existerait non seulement un prolétariat miraculé de naissance et dont la vocation apostolique innée assurerait la destination messianique du genre humain tout entier - ce qui conduirait la planète à éradiquer le péché de profit - mais selon laquelle il surgirait de surcroît un parti de laboureurs de leur foi dont les ailes et la prêtrise rendraient le temporel incorruptible à jamais.

4 - Comment armer la raison d'un regard sur l'imaginaire religieux ?

Mais, encore une fois, comment l'anthropologie moderne soumettrait-elle les apôtres mondiaux de la liberté et de la justice à la juridiction d'une raison plus purifiée que la leur si elle conceptualisait, elle aussi, et non moins superficiellement la notion demeurée floue et impure de " raison " ? Alors, le risque serait grand de s'offrir le luxe d'une " raison " oublieuse; car le refus du culte trompeur du " veau d'or " est un trésor qui ne s'est pas échappé de la boîte de Pandore de la piété. Il s'agit donc d'un capital psychique précieux et commun aux trois religions du livre . Il importera de se demander pourquoi le thème de la putréfaction ecclésiale d'un messianisme originel sous-tend l'histoire entière de la Réforme, pourquoi l'Islam a tenté de conjurer la fatalité des officialisations cléricales de la foi, pourquoi la brève histoire des formulations doctrinales d'un marxisme tenu pour délivreur rappelle l'aventure du pourrissement sacerdotal interminable de l'Eglise romaine et de la stérilisation progressive de son rêve d'une délivrance. Depuis plus de deux mille ans, le simianthrope se trouve viscéralement déchiré entre des ritualismes desséchants et des hérésies généreuses, mais utopiques. On cherche le tribunal de l'intelligence dont la compétence anthropologique trancherait les litiges pseudo-angéliques qu'une espèce écartelée entre le formalisme et la folie douce met en scène sur le théâtre du monde. Quelles sont les racines psychogénétiques d'un animal que son histoire a rendu tartuffique, comment catéchiser un vivant bancalisé par son encéphale?

Une espèce que l'étrangeté de son évolution a rendue irrémédiablement flottante entre un ciel et une terre se définit à l'école de ses valeurs. Tite-Live : " Maria et terras vano sonitu verborum implebat ". Si je traduis : " Il remplissait les mers et la terre de la vaine sonnaille des mots ", je ne rendrai pas le sens anthropologique sous-jacent : " Il remuait ciel et terre à l'écoute des vaines résonances de ses paroles ", ou le "Il entassait Pélion sur Ossa à l'école de sa voix ", ou le démiurgique : "Il soumettait le ciel et la terre à son discours ", autrement dit, le biblique : " Son verbe enfantait le ciel et la terre". L'homme est le hiéroglyphe de sa propre magistrature.

Il sera bien impossible à l'anthropologie politique qu'attend l'humanisme abyssal du XXIe siècle de jamais se nourrir de la "pensée" dite religieuse, qu'on voit osciller entre son ciel et sa géhenne, si " Dieu " ne se révélait pas le Tartuffe sonore du cosmos, celui dont les châtiments éternels démentent la feinte sainteté et qui fait retentir la vaine éloquence de son logos dans l'immensité. Les descendants d'un quadrumane à fourrure se trouvent viscéralement livrés à une confusion mentale inguérissable, qui les contraint à substantifier sans relâche les signes et les signifiants

Voir Note sur le fonctionnement du cerveau simiohumain, 22 août 2007

Il sera interdit à l'anthropologie spectrographique de demain de reculer devant sa vocation au sacrilège d'ouvrir la boîte de Pandore des démiurgies oniriques, tellement les interprétations sacramentelles de l'histoire se révèlent des documents psychogénétiques congénitaux à une espèce dont le cerveau bipolaire met le cosmos à l'écoute de sa parole.

5 - La balance des rêves

La question posée au vieil humanisme semi rationaliste issu de la Renaissance est donc la suivante : à quel moment une espèce que son cerveau tragiquement schizoïde condamne à soumettre le monde à ses songes, donc à incarcérer l'univers dans la geôle de ses visions délirantes, périt-elle précisément de s'appliquer les pharmacopées que sécrète son encéphale ? Est-elle vouée à s'offrir sans cesse en holocauste sur les autels de ses démences pseudo guérisseuses ? Si elle est condamnée à se présenter en victime sur les offertoires de ses succulences et à soumettre les fruits de sa déraison aux vérifications imaginaires de l'histoire " événementielle ", comme on dit , comment testera-t-elle l'échec mortel de ses représentations sacrées? Pis que cela : comment constituera-t-elle le tribunal schizophrénique, lui aussi, dont les juges tiendront les platitudes de l'histoire et ses vaines sonnailles pour des démonstrations crédibles de l'inanité des songes simiohumains, alors que la pertinence ou la folie qui inspire les mythes religieux obéit à d'autres critères du " vrai " et du " faux "?

Les songes demandent de comparaître devant une juridiction habilitée à les juger à la fois sur leur raison et sur l'air qu'ils respirent. L'envol mallarméen n'est pas réfutable à l'école de la prose de Vaugelas, Mozart met le sacré à son école. Socrate avait raison de défier les autels de la sottise . On dira que les bourreaux font honnêtement leur métier. Mais ouvrir la science de la mémoire à la connaissance anthropologique des chaînes et des ailes du temps de l'Histoire, ce sera précisément initier Clio au scannage " spirituel " d'une espèce que ses vertiges versicolores mettent au supplice ; car tantôt elle entend périr sous la torture de ses espérances flottantes ou codifiées, tantôt soumettre pourtant les preuves de ses délivrances vaporeuses à une juridiction terrestre, donc invalidée d'avance et par définition. Faut-il réduire l'histoire à des constats d'huissier ou jeter le gant des dieux à la face de Clio? Décidément toute la difficulté se ramène à enfanter une " raison " à la hauteur des défis mythologiques auxquels elle s'exerce. Sur quelle balance de l'échec faut-il peser le rêve socratique, le rêve isaïaque, le rêve christique, le rêve marxiste si le simianthrope est divisé entre l'insulte à ses songes et la prosternation devant eux?

Voyez l'échec du christianisme au cours du premier siècle du débarquement de son espérance dans l'histoire. Cette religion n'avait-elle pas commencé sa carrière à l'école d'un communautarisme mythique dont Karl Marx ne fera que reproduire le modèle? Voyez l'échec dans l'histoire des ploutocrates du salut dont les Luther, les Calvin, les Zwingli dénonceront la fausse gloire , voyez l'échec dans l'histoire des bataillons de Cathares, qui furent brûlés vifs pour avoir tenté de convaincre leurs frères de se mettre à l'école de la chasteté du Christ, ce qui, hélas, aurait conduit l'humanité à son extinction pure et simple si les bûchers n'avaient pris les devants, voyez l'échec dans l'histoire des bienheureux du prolétariat dont les inquisiteurs ont entassé six millions de cadavres sans réussir à décourager les tentatives démoniaques du capitalisme de souiller l'orthodoxie des nouveaux délivreurs du monde.

L'histoire des dévotions et des foudres d'une espèce livrée aux extases et aux crimes alternés du sacré enseignera à une science historique enfin armée d'un regard d'anthropologue sur les avatars de la sainteté à tenter de séparer les guerres du rêve jugées nécessaires ou utiles de celles qui ont conduit notre espèce séraphique et cruelle aux convulsions les plus meurtrières de notre histoire. S'il est sans doute béatifique de combattre le culte du profit les armes à la main et à l'école d'un prolétariat messianisé par un clergé angélique, l'exemple de l'extermination dévote du capitalisme et de ses suppôts appelle l'anthropologie critique à affiner sa pesée du sang de la piété.

6 - La pesée des songes de l'humanité

Encore une fois, comment peser les résultats politiques positifs et négatifs du christianisme, de la Réforme ou du prophétisme marxiste sur les plateaux de la " raison " si la " raison " est une instance déhanchée et si la connaissance des secrets de sa bancalité fait précisément l'objet d'une simianthropologie lancée sur la piste du "Connais-toi" socratique du XXIe siècle ? Une science historique capable d'enregistrer l'oscillation du monde entre ses lourdeurs et ses vaporisations pourra bien illustrer à son tour le tragique cérébral dont souffre une simiohumanité égarée dans les nues et déchirée entre les lumières et les ténèbres - puisque ces deux instances se partagent son encéphale dédoublé; mais une Clio rendue manchotte par l'ambiguïté de son ambition ne suffira pas à initier la science historique de demain à des radiographies convaincantes de ses tentatives de se donner des ailes.

Exemples . Les protestantismes ont rêvé de soumettre les textes dits révélés à une philologie relativement critique; mais le "Connais-toi" des aiglons de la Réforme ne s'est haussé ni au courage de s'interroger sur la nature et les origines du meurtre sacré - celui, inlassablement recommencé à la messe d'un Isaac jugé payant sur l'offertoire de la croix - ni jusqu'à la vaillance de s'élever aux sacrilèges des prophètes que leur ciel s'est bien gardé d'épargner, ni jusqu'à la témérité de raconter le destin des profanateurs égorgés sur les propitiatoires des idoles, qui semblent humer la bonne odeur des assassinats sur leurs autels - ils les rémunèrent fort généreusement - ni jusqu'à l'audace de fonder des sciences humaines initiées aux secrets des transactions avares ou généreuses dont les immolations fixent le montant sur la balance de l'Histoire.

Quant au catholicisme, ses oisillons encagés dans une orthodoxie meurtrière ont lutté contre l'hérésie héliocentriste, l'hérésie de prévenir ou de guérir par les vaccinations les maladies envoyées par le Créateur, l'hérésie de prétendre percer les secrets de la vie et de ses fléaux ; mais ses albatros de la sainteté n'ont combattu ni l'hérésie de la peine de mort, ni celle d'une guerre nucléaire dont la dévotion serait calquée sur celle du Dieu de l'Apocalypse de Saint Jean. Et que dire des guerres dévastatrices que la raison simiohumaine elle-même a menées? Certes, les oiseaux de proie du cogito ont convaincu la France de promulguer une loi judicieuse, puisqu'elle prétendait interdire à tout Etat féru de raison de se prosterner devant l'idole que vénèrent les Eglises et les cultes ; mais cette législation à la gloire de l'intelligence a bientôt tourné court, puisqu'elle n'a pas tardé à cautionner le triomphe d'une raison aussi hémiplégique qu'auparavant et chargée de chaînes tellement dorées qu'elle en est venue à s'agenouiller devant une orthodoxie qui la jette la face contre terre devant les enfants de chœur des cultures acéphales. Les moinillons de la pensée laïque et de sa liberté sont devenus à eux-mêmes une autorité dogmatique ; et ils s'égosillent devant l'autel universel et aveugle d'un pan-culturalisme dont les tables de la loi énoncent un commandement nouveau : " Devant l'ignorance et la sottise te prosterneras".

7 - De la psychophysiologie comparée des hommes et des dieux

La connaissance de la psycho-biologie des hommes et de leurs dieux entrera dans la science historique et dans la politologie sitôt que l'anthropologie expérimentale et critique aura ouvert les sciences humaines à l'observation et à l'interprétation d'une espèce au cerveau biphasé.

Voir Note sur le fonctionnement du cerveau simiohumain, 22 août 2007

Mais la simianthropologie ira bien au-delà des analyses in vivo des alliances que les rêves de sainteté ont conclu de tous temps avec les crimes qualifiés de purificateurs ; car il s'agira de savoir si des cerveaux bipolarisés par des idoles dichotomisées sur le modèle de leur adorateurs pourront s'installer impunément sur un seul et même territoire et y partager pacifiquement le brouet d'un melting-pot théologique ; car non seulement la schizoïdie d'Allah n'est pas la même que celle de Jahvé ou du Dieu trinitaire, mais le démiurge de Calvin n'est pas sorti du même moule que celui de saint Thomas .

La cuisson des idoles dans les marmites du diable - celles que l'anthropologie critique leur prépare - révèlera qu'Israël est le fils de Jahvé, parce que les grands écrivains sont la progéniture de leur œuvre. Les spéléologues à venir descendront dans la caverne où il leur sera enseigné que " Dieu " et ses hommes de génie sont complices depuis Homère. Le peuple hébreu se verra donc condamné à observer son auto enfantement par la divinité qu'il a créée et vice versa. Mais si cette divinité se veut guerrière, elle mettra nécessairement au monde un peuple de soldats en route vers leur " terre promise ". Qui conduira leur marche ? Des généraux promus par le chef céleste auquel il en auront donné l'ordre.

Pourquoi toutes les nations de la terre chargent-elles des personnages divins ou un souverain solitaire du cosmos de rendre leur voix immortelle dans l'immensité ? Pourquoi les chromosomes du peuple de Moïse sont-ils ceux d'un capitaine unique de l'univers, lequel se collette tout seul avec le vide de l'éternité? Pourquoi est-il armé d'un glaive impérissable, pourquoi aucun compagnon d'armes ne se proclame-t-il universel à ses côtés, pourquoi se voit-il pourtant rivé à un territoire délimité, pourquoi défend-il son repaire comme un lion ses lionceaux ? Le monde antique grouillait d'idoles résolument localisées . Il était demandé aux voyageurs respectueux des dieux d'honorer la divinité du lieu dont elle incarnait le génie. Mais quand une idole dont on traverse la propriété se veut, dans le même temps, le créateur unique du ciel et de la terre , comment traiter en personnage subalterne un guerrier qui frappe d'estoc et de taille et ne fait pas de quartier ? Cuirassé d'un dieu de cette trempe, comment le peuple juif n'aurait-il pas déclaré la guerre à l'empire romain tout entier, dès lors que des Césars impudents avaient demandé aux fils du ciel d'Abraham de rendre un culte sacrilège à l'effigie des porte-sabre effrontés que le monde avait placés à sa tête ? Violer l'enceinte du temple de Jérusalem , c'était violer le tabernacle que tout homme et à lui-même au plus profond de son être .

Si l'on ne comprend pas que les chefs mythiques de l'univers sont calqués sur la psychophysiologie de leurs adorateurs , il devient inintelligible qu'une idole officiellement ou tacitement trépassée n'entraîne nullement la descente au sépulcre de la pluie des scribes, des récitants et des notaires qui lui ont prêté leur voix et qui l'ont fait retentir dans le cosmos. Les élites politiques d'Israël ont bien pu devenir aussi incroyantes que celles de la France d'aujourd'hui, le peuple hébreu n'en continue pas moins de se réfléchir dans le miroir du ciel de Moïse et de Josué ; car les dieux remplissent le ciel et la terre du vain tintement de leurs adorateurs.

8 - Les nations dans leur miroir

La connaissance anthropologique des secrets de trois messianismes, le marxiste , l'américain et l'israélien , ne fait que démontrer à nouveaux frais que les rêves sacrés mettent en marche la tête et le cœur des peuples et des nations. Certes, comme l'écrivait Borgès, la théologie est une branche de la littérature fantastique : mais, au stade actuel de son évolution, la boîte osseuse du simianthrope met en scène une histoire du monde scindée entre le réel et le fabuleux . C'est ainsi que le peuple américain tient son messianisme vétéro-testamentaire de ses origines dans le calvinisme anglais, lequel repose sur l'alliance des évangiles avec le glaive d'une foi qui a nourri les croisades, puis le messianisme de l'expansion coloniale . Seuls, dira-t-on, les succès politiques et militaires de l'empire américain ont réussi à mondialiser une démocratie apostolique. Mais ne croyez pas que les assertions proprement théologiques inscrites dans un document religieux tel que L'Institution chrétienne de Calvin donneront après coup à l'anthropologie politique ses fondements dans une psychobiologie planétaire du sacré, tout simplement parce que la psychogénétique des nations précède l' idole qu'elle sécrète comme Shakespeare précède Hamlet et Cervantès don Quichotte . Mais si toutes les idoles sont schizoïdes du seul fait qu'elles sont de fidèles décalques du cerveau de leurs fidèles, toutes les nations ne sont pas dichotomisées sur le même modèle .

La seule vraie question est donc de savoir si le défi proprement religieux que l'encéphale bifide d'Israël lance inconsciemment au ciel non moins bipolaire des fidèles d'Allah est voué à l'échec dans l'arène où l'histoire ne rend jamais que les verdicts glacés du glaive et du sang. Mais comment une interrogation spéléologique de cette nature ressortirait-elle à une politologie incapable de reconnaître l'humanité peinte en pied dans les miroirs spectraux que lui tendent ses dieux ? Dis-moi quelle est ton idole et je te dirai qui tu es.

9 - Des idoles et des hommes

Pour l'instant, l'examen des conditions de survie ou de victoire du cerveau d'un Dieu et d'un peuple à la fois viscéralement locaux et viscéralement planétaires demeure aussi radicalement interdite d'examen que celui de la présence crue réelle de la chair et du sang biphasés du Christ sur l'autel du christianisme romain. Mais les champions de la scolastique politique des modernes devraient se dire, primo, que le XXe siècle marxiste a lancé un défi mondial à l'instinct de propriété et à l'esprit de lucre, et cela, quand bien même le capitalisme et son majordome , l'argent, règnent sur l'histoire du monde depuis les Assyriens, secundo, qu' un pied de nez de ce calibre à la "nature humaine" a réussi à mettre le globe terrestre à feu et à sang de la Chine à l'Espagne, de la Russie au Cambodge, de l'Europe de l'Est au Chili, tertio, que l'évangélisme prolétarien a néanmoins été foudroyé en quelques semaines après soixante-dix ans de conquêtes triomphales sur toute la terre habitée. Dans ces conditions, comment la science politique et historique qu'enseigne l'humanisme du Moyen-Age actuel demeurerait-elle longtemps encore en deçà de toute connaissance simianthropologique du cerveau que les dieux et leurs créatures se partagent?

Pour faire progresser la science du monde commune aux hommes et à leurs idoles, l'exemple de l'Irlande donnera à réfléchir à nos politologues et à nos historiens formés à l'école de la raison du XVIIIe siècle. Voyez l'accord politique tronqué et tout artificiel conclu il y a quelques mois seulement entre les défenseurs enragés de la croyance en la réalité matérielle de la chair et du sang du Christ réputés offerts à la consommation des fidèles sur l'autel du sacrifice romain, d'une part, et les adversaires non moins enragés de cette boucherie mythologique, d'autre part . Il est sûr que ce pacte se révélera aussi provisoire et superficiel que celui conclu par la France d'Henri IV en 1598 avec la France anté abrahamique de saint Thomas et qui n'est entrée en application qu'à la suite de la loi Debré de 1958, qui laïcise l'enseignement dispensé dans les écoles confessionnelles, donc supprimé purement et simplement l'enseignement des deux théologies qui se disputent l'interprétation de la religion de la Croix . C'est que le protestant appartient à une espèce dont la vocation meurtrière inconsciente et refoulée par un tartuffisme viscéral se messianise selon un modèle fort différent de celui qui commandait les sacrifices de Tyr ou de Carthage : la Réforme a conceptualisé la croisade, cérébralisé la mission, intellectualisé la vocation divine et enfanté un type de plénipotentiaires du message convertisseur qui fait de la créature un fondé de pouvoir de la grâce et un élu du " ciel de justice".

Rome, en revanche, est revenue à l'immolation originelle d'une victime humaine à la fois divinisée et offerte en sacrifice à un maître et régisseur schizoïde du cosmos. Cette religion sacralise une chair torturée à mort sur une potence et un sang changé en nectar de la sainteté. Le protestantisme et le catholicisme présentent donc deux formes radicalement incompatibles du meurtre sacré et de ses masques théologiques . On ne tue pas dans le même esprit à s'abriter sous le bouclier d'un sacrifice de sang qu'à se cuirasser d'une dialectique du salut. Quant à la guerre théologisée sur le modèle islamique, elle proclame impénétrables les verdicts guerriers ou iréniques de la divinité, ce qui laisse la créature jouer avec les nombres, les couleurs et les théorèmes d'Euclide, mais soustrait son encéphale à tout examen humain et rationnel de la justice et de la politique du ciel.

10 - La psychophysiologie comparée des idoles

La psychophysiologie comparée des idoles et de leurs créatures attend une simianthropologie dont la vocation propre sera de se constituer en une science de l'enracinement du meurtre simiohumain dans le sacré. Cette discipline observera et interprètera les divers modèles de la dichotomie cérébrale native des peuples et élèvera les théologies au rang de décrypteurs des arcanes de l'histoire du sang. Certes, une dichotomie religieuse officialisée depuis des siècles pourra donner l'illusion d'avoir définitivement effacé l'empreinte originelle de sa bipolarité cérébrale. Le peuple espagnol semblera avoir oublié qu'il a métamorphosé le sacrifice bifide de la Croix en une démonstration à la fois tragique et festive de sa vision viscéralement tauromachique de la scission immémoriale de l'espèce humaine entre la brièveté de la vie et l'éternité de la mort : l'homme, dit l'âme espagnole, est l'animal noblement sacrifié dans l'arène du glaive et du sang . Mithra lui a enseigné à défier la bête aveugle et à faire briller dans les ténèbres l'éclair d'acier des épées. Le génie espagnol est le seul qui ait inventé une esthétique et une dramaturgie de la mort, le seul qui ait fait du trépas le théâtre de la beauté du monde. Décidément, les Voltaire d'aujourd'hui ont pris autant de retard sur la connaissance scientifique du genre humain que la classe dirigeante du XVI e siècle sur les timides humanistes de l'époque.

11 - L'avenir de la science historique

L'anthropologie politique articulée avec la science spectrographique du fonctionnement du cerveau simiohumain se placera nécessairement au cœur de l'histoire à l'heure où il deviendra criant qu'Israël n'abandonnera jamais ses conquêtes territoriales de 1967 et ne tolèrera jamais l'existence d'un véritable Etat musulman à ses côtés, puisqu'il lui faut reconquérir la terre sacrée que Moïse a marquée du sceau de Jahvé. Comme la communauté internationale refusera de désavouer un démiurge de la Genèse vaincu il y a deux mille ans par Vespasien et Titus à Jérusalem, mais dont les gènes ont passé dans le monde anglo-saxon à l'école de Calvin, la planète se trouvera placée à la croisée des chemins. Comment le monde moderne écrira-t-il l'histoire de l'espèce de justice qu'une espèce entravée par sa terre et ses ciels aura tenté d'élever dans les airs et de ficeler à ses autels? Encouragera-t-il par la force des armes propres aux démocraties théistes, donc à l'école du meurtre sacré selon Rome ou Genève l'expansion territoriale d'un Etat demeuré à l'écoute d'un Dieu de la " liberté " casqué sur le modèle de l'Ancien Testament ?

Certes, la déclaration universelle et abstraite des droits de l'homme prétend s'être ralliée aux principes d'une " vérité " de l' " esprit religieux " transcendante aux ethnies et aux autels et fondée sur le culte onusien d'un individu schématisé. Mais qu'arrivera-t-il quand l'ONU cessera de brandir un fantôme de culte démocratique, puisque la prétendue sacralité de l'individu aura été terrassée par les armées de Moïse ? Le dépérissement apparent, depuis Voltaire, des autels du meurtre et du sang aura donc pu faire croire un court instant que les trois monothéismes seraient iréniques par nature et par définition. Mais déjà le Nouveau Monde tente de déclencher une guerre à mort entre les chiites et les sunnites au nom du christianisme et de la démocratie. La géopolitique du sacré prendra-t-elle rendez-vous avec l'anthropologie historique par la médiation d'un personnage inattendu , la démographie galopante des fidèles d'Allah ? Alors, le peuple juif reprendra-t-il au compte-gouttes, puis à un rythme accéléré le chemin de son destin dans une diaspora rendue plus séraphiquement souveraine que par le passé, puisque le Christ démocratisé paraîtra s'être incarné en l'ange persécuté que le peuple juif sera redevenu à ses propres yeux ?

Bientôt la science des relations que l'histoire sainte des démocraties aura entretenue avec le meurtre éclairé par l'autel disposera de sa problématique entière. Alors, la civilisation de la pensée critique que l'Europe seule aura incarnée depuis Périclès sera appelée à enseigner la révolution intellectuelle la plus redoutable depuis Freud, celle des méthodes qui présidaient à l'administration peureuse des sciences humaines ; alors Clio se divisera entre deux disciplines, celle qui se limitera à raconter les travaux et les jours de l'humanité et celle des pédagogues du temps des songes qui enseigneront à la postérité du "Connais-toi" socratique les secrets d'une espèce calquée sur les dieux que son cerveau bipolaire sécrétait.

Le 10 novembre 1975, l'Assemblée générale des Nations Unies adoptait la résolution suivante : " L'ASSEMBLÉE GÉNÉRALE, RAPPELANT sa résolution 1904 (XVIII) du 20 novembre 1963, promulguant la Déclaration des Nations Unies sur l'Elimination de Toutes les Formes de Discrimination Raciale, et en particulier son affirmation que "toute doctrine de différenciation ou de supériorité raciales est toujours scientifiquement fausse, moralement condamnable, socialement injuste et dangereuse", et son cri d'alarme face aux "manifestations de discrimination raciale qui ont encore lieu dans quelques régions du monde, et dont certaines sont imposées par des gouvernements par le biais de mesures législatives, administratives ou autres (…) DÉCRÈTE que le sionisme est une forme de racisme et de discrimination raciale. " *

Le 16 décembre 1991, la même instance suprême de l'éthique internationale se soumettait au sceptre de Jahvé sans autre forme de procès et sans aucune argumentation juridique : " L'ASSEMBLÉE GÉNÉRALE, DÉCIDE d'abroger la décision contenue dans sa résolution 3379 (XXX) du 10 novembre 1975. "

" Prenant acte, diront les juges du cerveau de l'humanité, que ces faits ont été dûment établis par les huissiers du ciel comme par ceux de la terre, nous autorisons l'anthropologie dite historique et critique à déclarer que la greffe du mythe religieux bivalent qui commande les chromosomes d'Israël ne prendra jamais sur les terres d'Allah, parce que le simianthrope bicéphale est un animal viscéralement défini et conditionné par la théologie écartelée qui symbolise tout son être . Nous déclarons en outre recevoir la science nouvelle du genre humain en son action devant notre juridiction et déboutons ipso facto la civilisation de l'actuel Moyen-Age de sa plainte devant le tribunal de la démocratie. Nous déclarons qu'une civilisation enténébrée par son refus éventuel des méthodes de la science anthropologique de demain demeurerait dépourvue de toute connaissance en profondeur de l'histoire du monde et de la politique que le XXIe siècle attend impatiemment.

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* Suite des attendus de la résolution du 10 novembre 1975

" RAPPELANT EN OUTRE que, dans sa résolution 3151 G (XXVIII) du 14 décembre 1953, l'Assemblée générale avait condamné, entre autres, l'alliance impie entre le racisme sud-africain et le sionisme,

PRENANT ACTE de la Déclaration de Mexico sur l'Égalité des Femmes et Leur Contribution au Développement et à la Paix, en 1975, proclamée par la Conférence Mondiale de l'Année Internationale des Femmes, qui s'est tenue à Mexico du 19 juin au 2 juillet 1975, et qui a promulgué le principe selon lequel "la coopération et la paix internationales requièrent la réalisation de la libération et de l'indépendance nationale, l'élimination du colonialisme et du néo-colonialisme, de l'occupation étrangère, du Sionisme, de la ségrégation et de la discrimination raciale sous toutes ses formes, ainsi que la reconnaissance de la dignité des peuples et de leur droit à l'autodétermination,

PRENANT ACTE EN OUTRE de la résolution 77 (XII), adoptée par l'Assemblée des Chefs d'États et de Gouvernements des Organisations de l'Unité Africaine, lors de sa douzième session ordinaire, tenue à Kampala, du 28 juillet au 1er août 1975, qui a estimé "que le régime raciste en Palestine occupée et le régime raciste au Zimbabwe et en Afrique du Sud ont une origine impérialiste commune, qu'ils forment un tout et ont la même structure raciste, et qu'ils sont organiquement liés dans leur politique destinée à opprimer la dignité et l'intégrité de l'être d'humain,

PRENANT ACTE ÉGALEMENT de la Déclaration Politique et Stratégique de Renforcer la Paix et la Sécurité Internationales et d'Intensifier la Solidarité et l'Assistance mutuelle entre les Pays Non-Alignés, adoptée lors de la Conférence des Ministres des Affaires Etrangères des Pays Non-Alignés, qui s'est tenue à Lima, du 25 au 30 août 1975, qui a très sévèrement condamné le Sionisme comme une menace pour la paix et la sécurité du monde, et a appelé tous les pays à s'opposer à cette idéologie raciste et impérialiste

DÉCRÈTE que le sionisme est une forme de racisme et de discrimination raciale.

27 août 2007