Retour
Sommaire
Section Décodage anthropologique
Contact

Une analyse anthropologique de la future élection présidentielle américaine

 

La simianthropologie observe une espèce cachée sous des masques cérébraux schizoïdes . Le débat entre Bush et Kerry illustre les parures psychobiologiques qui font, de la campagne présidentielle américaine, à la fois une gigantesque mise en scène théologique de l'histoire et une démonstration de la profondeur de l'enracinement de l'Amérique dans un manichéisme d'origine biblique. Il s'agit de radiographier l'encéphale dichotomique de notre espèce, telle que la postérité commune de Platon et de Darwin permet de l'illustrer.

1 - Les Copernic et les Ptolémée de la politique
2 - Le soldat John Kerry et sa monture
3 - Une psychanalyse du dieu simiohumain
4 - La bipolarité politique du ciel
5 - Le peuple de Calvin
6 - Le scannage des idoles
7 - L'avenir de l'Europe pensante

1 - Les Copernic et les Ptolémée de la politique

Personne ne prétendrait doter l'astronomie d'une assise solide sans connaître les trajectoires réelles des planètes; de même , si l'on ambitionne de fonder une connaissance anthropologique de la politique , il importe en tout premier lieu d'établir les faits qui en rendront irréfutable l'assiette copernicienne . Or, la politique simio-humaine nie avec une vigueur aussi ptolémaïque les faits historiques qui la fondent que la foi chrétienne refusait avec une obstination inébranlable d'enregistrer les mouvements réels des astres. L'analyse anthropologique des élections américaines de novembre illustre l'entêtement des deux candidats à défendre une vision réfutée du système solaire : l'un et l'autre déclarent que l'invasion de l'Irak par les forces armées de l'empire américain n'était pas une entreprise guerrière, mais une croisade dont la seule motivation était d'apporter le bonheur à une nation dont le tyran menaçait de pulvériser l'univers.

Mais si l'encéphale de granit de GW Bush affiche une fermeté catéchétique aveugle, celui de John Kerry présente une fissure : comme partisan de la physique de Ptolémée pour la moitié de sa tête, il défend la sainteté de la guerre ; et il déplore cette équipée désastreuse avec l'aide de l'autre moitié de sa boîte osseuse. Cette hémiplégie cérébrale le condamne à déclarer qu'il faut poursuivre le combat avec la dernière énergie et que les résistants à l'occupation américaine seront tués au nom de la Liberté ; mais, dans le même temps, il soutient que toute cette aventure allie le tragique à l'absurde, faute de seulement pourchasser le véritable ennemi, un individu du nom de Ben Laden : celui-ci se trouvait en Afghanistan, mais le shérif dépêché sur les lieux l'a laissé s'échapper. D'un côté , la bancalité de son astronomie politique le fait approuver les propos de l'ancien chef des services secrets de l'empire, qui disait que l'invasion de l'Irak répondait à l'attentat du 11 septembre à la manière d'un Franklin Roosevelt qui aurait envahi le Mexique afin de venger Pearl Harbour. Les deux candidats se concertent pour omettre de rappeler qu'en septembre 2004, Kofi Annan, Secrétaire général des Nations Unies avait solennellement déclaré illégale le guerre en Irak. Dans cette orthodoxie à deux voix, le demi copernicien se cache dans le dos du père de son adversaire, qui avait rappelé l'évidence de l'illégalité d'une guerre préventive de ce type : " Vous savez, le père du président n'est pas arrivé à Bagdad, il n'a pas dépassé Bassora et , comme il l'écrit dans son livre, c'est parce qu'il savait qu'il n'existe pas de stratégie de sortie viable. Il avait, en outre, déclaré que nos troupes seraient des occupants dans un pays hostile, et c'est exactement la situation dans laquelle nous nous trouvons aujourd'hui . "

Puis Ptolémée reprend la parole sous le crâne bifide de John Kerry pour rappeler qu'il saura rameuter le ban et l'arrière-ban des théologiens de la politique mondiale, qui soutiendront mordicus qu'une guerre juste mérite des défenseurs pieux et qui accourront soutenir un si dévot l'agresseur: " Je sais ce que c'est que de se trouver en mission alors qu'on ignore qui se cache au coin de la rue. Je crois que nos troupes ont besoin de l'aide d'autres alliés. Je vais mettre ce sommet en place. Je veux donner une nouvelle crédibilité , un nouveau départ à nos troupes , afin que nous conduisions ce travail jusqu'à son terme. "

C'est pourquoi quatre siècles et demi après Copernic, la simianthropologie politique se voit contrainte de démontrer à son tour que la terre tourne autour du soleil, ce qui revient à constater que l'Amérique est un empire en expansion, que cet empire a fait exploser le droit international en proclamant que l'attentat du sieur Ben Laden n'était autre qu'une déclaration de guerre en bonne et due forme de l'Afghanistan à la Maison Blanche, qu'il fallait tirer vengeance de cet État agresseur et que la conquête de l'Irak par la force des armes était l'expression juridique d'une continuation des représailles militaires légitimes qu'appelait l'attentat du 11 septembre 2001 contre un building de New-York. Puis, la philosophie ptolémaïque de la politique permettait de conclure que l'Islam tout entier avait déclenché la guerre d'Allah contre le Dieu de l'Amérique et que ce forfait allait légitimer des guerres préventives en chaîne , le premier déclic ayant permis de légaliser l'expansion continue de l'empire sous le masque d'une croisade mondiale pour l'évangélisation démocratique de la terre.

2 - Le soldat John Kerry et sa monture

C'est pourquoi John Kerry chevauche un cheval divisé entre Ptolémée et Copernic. Du haut de cette monture, ce don Quichotte mâtiné de Sancho Pança pointe sa lance contre un étrange ennemi, une guerre à la fois sainte et injuste. Le ratage momentané de ce gigantesque simulacre ne retardera que de quelques instants le parachèvement providentiel de l'ambition américaine de diriger évangéliquement le monde avec la bénédiction de sa divinité. L'empire a seulement engagé son messianisme au mauvais endroit et au mauvais moment. Ce n'est pas le mépris affiché du Nouveau Monde pour le droit international qui vaut de graves reproches théologiques au Président en exercice, mais l'échec de sa suffisance apostolique, qui l'a empêché de cacher un carnage sous les lauriers d'or d'une victoire religieuse.

L'Amérique du salut du monde démontre la légitimité internationale des saintes Ecritures de la démocratie par le succès de ses armes. Les hérétiques seraient restés cachés dans leur trou si la résistance irakienne n'avait pas crié au loup. De son côté, le Ptolémée de la politique se contente de répliquer qu'on adresse un message désastreux aux troupes exposées au champ d'honneur et que l'on décourage les alliés si on leur confesse en pleine bataille qu'on avait si mal préparé la guerre qu'on n'avait même pas envisagé l'hypothèse d'un désastre militaire qui frapperait le saint occupant. Ici encore, John Kerry se défausse sur les déclarations coperniciennes du père de son adversaire: " Nous nous trouvons dans une situation ressentie comme une sorte d'occupation américaine ".

Le soldat John Kerry est venu tout casqué " au rapport " ; il souligne d'un ton martial qu'il se montrera un chef de guerre vigoureux et qu'il saura enflammer les troupes comme personne. D'où un vibrant éloge des guerriers d'une guerre illégale : " Ces soldats, ces jeunes qui mettent leur vie en danger, c'est la chose la plus noble qu'on puisse faire pour son pays. Mais je veux être sûr que l'issue de tout cela fera honneur à la noblesse de cette mission. " Le reste du monde viendra docilement manger dans la main du faux repenti : " Il faut émettre un message retentissant. Il faut également montrer qu'on est prêt à faire venir le reste du monde pour partager les enjeux. " (c'est-à-dire les frais) Le souverain américain continuera comme devant de diriger solitairement la planète : " L'Amérique est plus sûre et plus forte si nous sommes les leaders du monde et si nous dirigeons des alliances solides. "

3 - Une psychanalyse du dieu simiohumain

Quelle est la question que l'alliance simiohumaine de la force avec la justice pose à la science de l'encéphale bipolaire de notre espèce ? La question de l'héliocentrisme et du géocentrisme se pose désormais au plus secret de la politique ; car si le soleil de la justice se situe au cœur du système solaire, l'Amérique se verra réduite au rang d'un modeste satellite de cette étoile, tandis que si le ciel tourne tout entier autour de la planète de Ptolémée, le géocentrisme américain fera de l'Europe le piteux comparse d'une pantalonnade théologale.

Puisque les deux candidats se proclament justes et forts à violer le droit international d'un même élan, une légitimité tartufique de la puissance et de la gloire de l'empire l'emportera sur toute éthique de la politique et de l'histoire. Comment, dans ces conditions, départager les champions d'une parodie de liberté et de justice dont l'un se contente de reprocher à l'autre de s'être trompé de théâtre des opérations tout en soutenant qu'il faut continuer de mener la guerre au mauvais endroit ?

Kerry : " Nous ne devons pas perdre de vue la véritable guerre contre la terreur : en Afghanistan contre Oussama Ben Laden, et non pas en Irak. La commission sur le 11 septembre a confirmé qu'il n'y avait pas lien entre le 11 septembre et Saddam Hussein . "

Bush : " Notre nation a un devoir solennel, celui de vaincre une idéologie de la haine. Ce sont des assassins. Ils ne tuent pas seulement ici, mais ils tuent également des enfants en Russie, ils nous attaquent sans merci en Irak et ils essaient de nous faire chanceler. Nous avons le devoir de vaincre l'ennemi, nous avons le devoir de protéger nos enfants et nos petits-enfants. La meilleure conduite des opérations est de nous servir de toutes les armes dont nous disposons pour nous défendre , de rester à l'attaque et, en même temps, de répandre l'idée de la liberté dans le monde. "

Kerry : " Je suis fier que de hauts responsables militaires me soutiennent . (…) Tous sont persuadés que je serai un commandant en chef plus fort. Et ils le croient parce qu'ils savent que je ne dévierai pas de l'objectif que nous poursuivons. "

Quels seront les effets sur le reste du monde d'une confusion d'esprit dont la connaissance scientifique relève des Copernic de la simianthropologie ?

Puisque l'encéphale simiohumain est supposé en évolution, la pesée des origines animales de notre politique exige une vivisection prospective de notre dédoublement entre la force et la justice ; car il s'agit de rien moins que de répondre à la question de savoir si les Européens se montreront plus zélés à s'asservir à un maître injuste, mais rendu plus puissant par un effet naturel de son iniquité, qu'à un chef un peu plus équitable, mais qui se sera affaibli par la demi confession des fautes de l'empire. Or, la seule balance capable de garantir une pondération infaillible de notre encéphale biphasé n'est autre que la triple idole devant laquelle cette espèce continue de se prosterner et dont il convient , en l'espèce, de privilégier la spectrographie de la chrétienne, puisque c'est d'elle que les deux candidats se réclament, Kerry conclut par ces mots : " Que Dieu bénisse l'Amérique " et Bush par : " Que Dieu continue de bénir notre grand pays ".

Si l'on entend conquérir une science anthropologique de notre politique en ce début du IIIe millénaire , il est donc indispensable de radiographier en toute hâte la psychophysiologie du dieu simiohumain de l'Amérique. Par bonheur, telle qu'elle est demeurée gravée dans la Genèse, l'effigie théologique du créateur demeure un réflecteur fidèle de la politique de sa créature . Ce modèle est même demeuré dans un état de conservation si parfait que toutes ses circonvolutions demeurent bien dessinées.

4 - La bipolarité politique du ciel

Observons donc comment l'Amérique de Bush demeure immaculée après avoir déclenché le Déluge en Irak et comment celle de Kerry se proclame non moins sainte tout en reconnaissant à demi mot qu'elle a précipité le monde dans une catastrophe due à une terrible erreur de jugement de son président.

La psychophysiologie de l'idole démontre qu'elle se repent solennellement d'avoir recouru à un génocide terrifiant. "Jamais plus l'homme ne me fera maudire la terre , bien que son cœur soit mauvais de naissance, jamais plus je n'exterminerai tous les êtres vivants comme je l'ai fait. " Gn.8-21 Mais l'aveu que son historiographe lui arrache ne retire rien à sa " sainte justice ". Pourquoi son comportement de fou furieux ne fait-il pas tomber l'idole dans le péché qu'elle a pourtant confessé - pourquoi ses crimes n'entraînent-ils aucun affaiblissement de son autorité - tandis que le dieu semi repentant de John Kerry deviendra plus fragile d'avoir passé à confesse , de sorte que les Européens choisiront le dieu le plus fort, donc le plus injuste ?

Pour tenter de mener à bien l'analyse anthropologique de l'idole réputée à la fois sainte et sauvage, la simio-politologie commence par rappeler que la structure angélique et féroce du ciel renvoie à celle de tous les États, parce que les identités de masse sont patelines et meurtrières depuis le fond des âges . Elles ne sauraient donc se reconnaître coupables en tant que nations, mais seulement reporter leurs fautes sur des boucs émissaires. La divinité est entièrement construite sur ce type de défaussement : le diable est à la fois un malandrin de forte carrure et le docile agent d'exécution posthume des saintes volontés de l'idole. Mais jamais ce fondé de pouvoir et cet agent d'exécution des sentences de son maître ne prend les péchés du ciel sur ses épaules, puisqu'à l'instar des États, la sainte face de Dieu demeure immaculée sans répugner pour autant à se donner pour vengeur un chef de son camp de concentration éternel sous la terre. De même encore, les pécheurs sont des individus isolés que les nations peuvent châtier parce qu'ils leur permettent de se défausser sur eux seuls des fautes inscrites dans le surmoi incontaminable des peuples.

5 - Le peuple de Calvin

Du moins en est-il ainsi de l'empire du Nouveau Monde ; car l'Amérique est fille de Calvin, et la révolution centrale du réformateur genevois est précisément d'avoir donné naissance à un nouveau peuple de bénéficiaires-nés de la grâce, dont on sait que l'innocence originelle les préserve de jamais tomber entre les mains du démon. Rome a conservé le principe de la culpabilité collective et héréditaire de la créature à la suite de sa chute perpétuelle dans le péché originel. Mais à Rome comme à Genève, il n'y a pas de théologie de la culpabilité de l'idole elle-même : il y faudrait une anthropologie scientifique capable d'intégrer toute théologie au "Connais-toi" socratique - donc d'assimiler le darwinisme.

C'est pourquoi saint Kerry joue exclusivement la carte de la culpabilité personnelle de son adversaire, tout en défendant la guerre que la nation a pieusement déclenchée, parce qu'en tant que démocratie idéale, l'Amérique demeure au-dessus de tout soupçon, à l'image de son idole, dont l'attentat du 11 septembre s'appelle le Déluge. Les soldats américains seront à la fois les représentants héroïques et les prêtres assermentés de l'Amérique céleste. Leurs massacres seront réputés au service du Dieu de saint Bush, ce pape d'une nation qui incarne la justice sur cette terre, même si , à l'image du créateur, ces évangélisateurs guerriers torturent leurs adversaires diabolisés dans l'enfer en miniature d'Abu Ghraib ou de Guantanamo. La psychanalyse biopolitique du Dieu simio-humain est un révélateur saisissant de la politique d'auto sanctification d'une idole génocidaire, mais préservée de jamais choir dans son "péché originel " de tyran massacreur. Toute la théologie chrétienne met précisément en place un code d'auto légitimation de l'exterminateur furieux et du tortionnaire-né dont la politique simio-humaine illustre la véritable nature.

Du coup, on comprend que le constat copernicien de Kofi Annan selon lequel la guerre en Irak était illégale par nature et par définition ait été reçu par l'Amérique entière comme une profanation de son géocentrisme, donc comme un outrage religieux: si l'Amérique pouvait tomber dans le Mal à l'échelle de cette terre, alors Dieu lui-même se verrait précipité en enfer la tête la première. Imagine-t-on l'auteur du Déluge réduit au rang d'un coupable de " crime contre l'humanité "? L'imagine-t-on au banc des accusés aux côtés d'une Amérique citée à comparaître devant le tribunal international des droits de l'homme ? Aussi est-ce l'idole elle-même qui se trouve outragée si la nation qu'elle a élue est capable de se lancer dans une guerre barbare. Les résistants irakiens seront des coupables à châtier parce que s'ils étaient traités en prisonniers de guerre , ils acquerraient une légitimité dénonciatrice de la théologie manichéisme de leur vainqueur.

La complicité entre l'idole et le peuple américain sur le champ de bataille exprime la conscience sainte de soi-même qui fait, du ciel du Nouveau Monde le garant religieux de l'empire en expansion. C'est dire qu'il n'y a pas de possibilité de rendre jamais scientifique l'histoire de l'humanité si l'on renonce à élaborer une psychanalyse de l'encéphale politique des dieux simio-humains .

6 - Le scannage des idoles

Certes, dans un premier temps, les saintes ruses du Dieu innocent de Kerry se révèleront redoutables pour les Européens, qui se croiront béatifiés à le suivre, parce que l'Occident ne dispose pas encore d'une science de ses trois dieux uniques, donc d'une connaissance de leurs secrets psychiques et politiques. Le nouveau Président se trouverait donc bien davantage que son prédécesseur en mesure de flatter l'encolure de ses vassaux canonisés par ses soins si l'espèce simiohumaine n'était infiniment plus encline à vénérer la force crûment affichée que celle qui croit demeurer sans tache après l'aveu de sa faute. Bien que le ciel de John Kerry ait affiché une repentance feinte et concentrée sur le péché du seul individu GW Bush , son allure martiale s'en trouvera entamée. Il est donc erroné de s'imaginer que John Kerry sera un Vatican protestant en mesure de rassembler autour de sa personne et sur le long terme des États rendus plus dociles que jamais par le semi acte de contrition de leur souverain théologique . Qui peut croire que la perte de son prestige, donc de son rang de l'empire américain ne serait pas plus irrémédiable et ne s'accélèrerait pas bien davantage avec un Président qui se voudrait plus omnipotent que jamais à paraître caresser la crinière de ses courtisans tout en leur déclarant gentiment : " L'Amérique est plus sûre et plus forte si nous sommes les leaders du monde et si nous dirigeons des alliances puissantes. "

Pour comprendre le poids politique d'une connaissance anthropologique de la théologie de l'Amérique et les handicaps scientifiques d'un quai d'Orsay encore privé de tout scannage des idoles qui pilotent l'encéphale des divers peuples de la terre, souvenons-nous de ce que les chrétiens ont adoré leur créateur avec infiniment plus de ferveur du temps qu'ils le craignaient davantage ; souvenons-nous que, plus il les terrorisait à manier la foudre et l'éclair, plus ils l'adoraient ; souvenons-nous de ce que rien ne l'a sacralisé davantage que l'épée de Damoclès des tortures de l'éternité qu'il leur réservait après leur trépas. Depuis que leur dieu multiplie les prévenances à leur égard - il a même si bien réussi l'exploit de les convaincre de sa bonté qu'il leur a fait oublier que Rome n'est pas près de fermer son camp de tortures - les dévotions de ses fidèles ne sont plus que des figurines de cire. C'est qu'il n'y a ni théologie, ni politique simiohumaines qui puissent se passer de l'empire carcéral qui exprime leur dichotomie cérébrale. Aussi le dieu impavide et parfait de GW. Bush fait-il dire à son serviteur : "J'ai montré au peuple américain que je sais mener ce pays." "En Irak, nous avons ressenti une menace et nous avons compris dès le 11 septembre qu' il nous fallait prendre désormais les menaces au sérieux bien avant qu'elles ne se vérifient ! "

7 - L'avenir de l'Europe pensante

L'anthropologie critique inaugure un recul nouveau du regard que les sciences humaines portent sur notre espèce ; car il s'agit de les rendre capables de tirer les conséquences logiques du transformisme, qui enseigne qu'on ne saurait soutenir le principe de l'évolution des autres espèces et prétendre que l'évolution cérébrale de la nôtre serait achevée. Le singe-homme est un aveugle et un sourd qui veut à la fois se rendre puissant et proclamer que sa puissance est juste, ce que, de son côté, son dieu aveugle et sourd ne cesse de répéter depuis la Genèse. C'est parce que la guerre en Irak ne sera mise au passif du Président G.W. Bush que si elle s'achève sur une défaite retentissante que J. Kerry se présente en sauveur capable de ramener la victoire dans les bagages de la justice du nouveau Saint Empire. Découvrir les secrets de l'encéphale simio-humain , c'est le suivre à la trace des radiographies qu'en fournit l'histoire de ses idoles . C'est pourquoi la connaissance scientifique de l'encéphale simio-humain exige un passage au scanner de l' alliance de la force avec le ciel, donc avec la " vérité ".

L'enjeu n'est rien de moins que la résurrection ou le trépas de la civilisation de la pensée. Car l'Église, se voyant empêchée par la postérité de Copernic d'enseigner une théologie crédible, a trouvé un moyen infaillible de rendre l'interdiction de penser plus puissante que jamais : pour y parvenir elle a si bien sacralisé les cultures qu'elles sont devenues des garantes plus sûres des religions que feu les saintes Écritures. Ce faisant, le monothéisme chrétien n'a fait que reprendre à son compte la position de repli du paganisme qui, dès la fin du IIIe siècle, avait fait valoir que les dieux sont l'expression légitime de l'esprit des peuples qui les honorent et que les cultes multiséculaires les installent dans les nues et y garantissent leurs campements. De même, le génie de Claudel ou de Bernanos fait exister le dieu chrétien hors de l'encéphale de ses adorateurs , comme le génie d'Eschyle faisait exister Zeus sur l'Olympe. Il est évident que si le joug de la sacralisation subreptice des cultures n'était pas secoué, l'Europe de la pensée s'éteindrait définitivement et qu'il n'y aurait plus de connaissance réelle de l'homme, parce qu'on ne saurait prétendre connaître cette espèce sans percer les secrets psychobiologiques qui lui font sécréter des savoirs imaginaires.

le 20 octobre 2004