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Machiavel et l'anthropologie politique de demain

 

La postérité de Darwin et de Freud conduit les sciences humaines à spectrographier les cerveaux scindés entre le réel et les mondes fantastiques qui, non seulement caractérisent notre espèce, mais la définissent. Du coup, le sacrilège machiavélien atteint une profondeur hors de portée de la notion d'objectivité qui inspirait le grand Florentin, puisque la pensée occidentale s'ouvre désormais à une psychanalyse de la simiohumanité de Dieu lui-même. Quel est le machiavélisme inconscient qui inspire toute représentation théologique du monde ?

C'est sous des masques cérébraux conceptualisés que le singe-homme a progressivement appris à cacher sa nudité. L'évolution de ses revêtements d'imaginaires peut être filmée depuis leurs origines dans l'anthropophagie sacrée jusqu'aux métamorphoses du sacrifice de sang humain au sein de l'orthodoxie chrétienne d'aujourd'hui, qui demeure fondée sur la manducation de la chair vivante d'une victime humaine immolée sur l'autel.

A partir de l'épouvante devant le vide des premiers hommes jusqu'à la géopolitique contemporaine, la science des habillages argumentés du singe-homme illustre les métamorphoses progressives de l'intelligence métazoologique. Puis l'étude de la généalogie du lien social se révèle parallèle à l'émergence de personnages fabuleux chargés de focaliser le surmoi collectif. L'anthropologie post-machiavélienne révèle le tragique de la scission cérébrale d'une humanité dichotomisée de naissance.

Du coup, la connaissance scientifique de l'encéphale simiohumain et de l'évolution de ses songes religieux trouve son ancrage non plus dans l'embryon de cet organe que nous présente le paléolithique, mais dans l'examen du parcours des deux cerveaux interconnectés cheminant de conserve dans le temps extraordinairement court, mais décisif, de l'écriture. L'évolutionnisme débarque dans la science historique proprement dite.

1 - Machiavel et Érasme
2 - L'animal nu et l'animal vêtu
3 - Les moralistes et les savants
4 - Une analyse anthropologique du sacrifice chrétien
5 - Une analyse anthropologique de la politique
6 - Le passage du télescope au microscope
7 - Une analyse anthropologique de la politique
8 - Une anthropologie de l'épouvante
9 - L'anthropologie critique et la géopolitique
10 - Un exemple éloquent
11 - La science du cerveau simiohumain
12 - La généalogie sociale de l'imaginaire
13 - La leçon anthropologique de la théologie
14 - Une dichotomie tragique

1 - Machiavel et Erasme

On a écrit que le crime inexpiable de Machiavel fut d'avoir rendu visible à tout le monde la vérité politique qui devait demeurer cachée et que notre espèce étale pourtant à l'école des siècles dans le miroir de son histoire. Le concile de Trente a mis Le Prince à l'Index pour le motif que cet ouvrage aurait été rédigé de la main même du Diable. En 1615 encore, on brûlera sur le bûcher l'effigie du grand Vénitien. Mais ce précurseur de l'anthropologie de demain est un peintre de l'humanité dont on oublie qu'il naquit deux ans après Érasme , en 1469, et qu'il mourut neuf ans avant lui, en 1527, ce qui le situe à l'âge d'or d'une Renaissance italienne encore relativement tolérante. Certes, Le Prince, rédigé en 1513, ne parut qu'en 1531 ; mais il faudra attendre l'incendie des guerres de religion qui ravageront l'Europe pour diaboliser ce grand écrivain, ce profond penseur de la guerre, ce commentateur des diverses formes de gouvernement, ce premier philosophe de l'animal politique. Si Érasme demeure le fondateur de la philologie moderne en ce qu'il soumit les textes dits révélés à la critique stylistique et grammaticale, Machiavel s'inscrit dans la tradition du regard sur l'humanité guerrière et prédatrice inauguré par Thucydide. Érasme croit encore à la valeur historique du récit de la Genèse ; le grand Florentin a appris l'histoire dans Tite-Live, dont il a longuement commenté les dix premiers livres.

La question n'est donc pas de peser le degré d'exactitude photographique du tableau des ruses et des habiletés qui fait le tissu de la condition simiohumaine et dont ce peintre de génie nous a laissé une description d'une haute qualité d'écriture, mais de nous demander quel est le sens du terme d'exactitude dont une science historique entrecoupée de tragiques éclipses se nourrit depuis le Ve siècle avant notre ère. Qu'est-ce qu'une exactitude qui ne cesse de changer de paysage et de s'approfondir de siècle en siècle ? La fidélité dans la description n'est qu'un instantané qu'emporte le vent si elle se réduit à nous informer de l'âge de l'appareil de prises de vues. Quels sont les secrets de la nature que nous livre la pellicule ? C'est d'un regard nouveau et plus pénétrant que le précédent que dépend l'intelligibilité du spectacle enregistré en un éclair dans la nuit que traversent des nuages fugaces. Il ne nous donne rien d'inédit à comprendre, l'illustre auteur du Prince, si ce premier cinéaste de la politique entre dans la chambre noire de notre mémoire sans disposer d'un autre globe oculaire que de celui du naturaliste attentif à l'examen des origines animales de toute action simiohumaine.

Il faudra apprendre qu'il se trouve informé du dédoublement congénital de notre cerveau entre le monde tel qu'il se présente sur les planches d'un théâtre, d'une part, et les moyens qui nous permettent, d'autre part, de soustraire toute la représentation à notre champ de vision afin de lui en substituer une autre, exclusivement onirique, pour qu'il devienne possible d'observer comment les hommes plaquent une représentation sur l'autre, donc comment notre espèce est devenue argumenteuse. Où en étions-nous de la connaissance des arcanes de ce double jeu de notre entendement quelques années seulement après la pendaison et la crémation de Savonarole en 1498, qui avait fait saintement brûler, en 1497 toutes les " richesses superflues " de Florence - instruments de musique, œuvres d'art , poèmes de Pétrarque et autres fruits damnés de la Renaissance italienne ?

2 - L'animal nu et l'animal vêtu

Le regard que Machiavel porte sur la politique de son temps est devenu naïf et superficiel à nos yeux, bien qu'il ait paru sacrilège à un catholicisme que les hécatombes contemporaines auraient sidéré, dès lors que nous ne nous contentons plus de retirer leurs masques sacrés à nos massacres: nous en sommes venus à nous demander pourquoi le singe-homme les arbore désespérément et pourquoi il les juge orthodoxes, hérétiques ou suspects, alors qu'il se contente de les peser sur la balance de leur capacité à déchaîner ou à mâter quelque peu notre férocité naturelle. Notre intelligence a progressé au point que Machiavel nous paraît ressembler à un peintre de la Renaissance qui, ayant redécouvert la vérité du nu chez les Grecs, se serait persuadé de connaître enfin l'homme réel et ne se demanderait jamais pourquoi cet animal se cache obstinément sous des vêtements dont les artifices le trompent depuis tellement longtemps que ses habillages sont devenus l'expression de sa " seconde nature ".

Mais un mammifère vêtu n'est pas seulement l'extraordinaire animal qui se cache à ses propres yeux, quitte à étouffer de chaleur dans les régions caniculaires, mais, de surcroît, le seul dont les énigmes sont précisément celles de la double nature dont il se trouve affublé de naissance. Une raison mieux nantie use d'un microscope et d'un télescope capables de nous armer d'un regard de l'extérieur sur les semi évadés de la vie aphasique. Il existe donc une relation vitale entre le vêtement et la parole. Après Darwin et Freud , nous sommes en mesure de conquérir peu à peu un type de distanciation à l'égard de notre langage qui demeurait inaccessible à la notion d' " objectivité " imposée par les XIXe et XXe siècles, parce que nous ne disposions pas encore d'une caméra construite pour enregistrer les comportements spécifiques d'une espèce située à cheval entre un monde des choses et un monde des signes.

C'est que les vêtements cachent seulement la nudité des corps, tandis que les mythes religieux cachent les âmes et les esprits sous une forêt de signaux chargés de détourner l'attention, et cela précisément en tant que l'art de la dérobade et du défaussement est congénital au psychisme métazoologique de type simiohumain . De même qu'une émulsion produit un corps fort différent de ses composants, l'habillage des encéphales par le sacré produit un animal entièrement nouveau en ce que sa spécificité psychogénétique est de s'avancer masqué autant à son propre regard qu'à celui de ses congénères. Les Anciens en avaient l'intuition : larvatus prodit, disaient les latins, latousa prosèlte, disaient les Grecs.

3 - Les moralistes et les savants

Ni l'œil du couturier, ni celui du peintre des corps ne suffisent à observer l'animal " ni ange, ni bête " de Valéry, celui qui " fait la bête " précisément à " faire l'ange " de Pascal, celui des saints habillages de l'hypocrisie de Tartuffe, celui dont les pieux apprêts sont "un hommage du vice à la vertu " de La Rochefoucault, celui auquel " la parole a été donnée pour cacher sa pensée ". Mais les moralistes n'ont pas la science qu'appellent leurs foudroyants énoncés: on les crédite à juste titre d'un savoir percutant, alors qu'il leur faudrait saisir la portée universelle de leurs propos bien ciselés. Seule une autre rétine est capable d'observer l'émulsion que produit la rencontre entre les deux cerveaux dont dispose cet étrange animal.

Cherchons donc le troisième œil, celui d'un microscope qui agrandira les détails et qui permettra d'en apercevoir les significations en rosace dans un champ de vision élargi, puis celui d'un télescope capable d'exercer la même fonction que le microscope - car les lentilles des deux appareils ne sont jamais que deux versions d'un même recul, l'un fournissant l'agrandissement d'un objet tout proche, mais que sa minusculité dérobe au regard, l'autre l'agrandissement d'un objet rapetissé par son extrême éloignement de l'œil de l'observateur. Le télescope sera indispensable à l'anthropologue de demain pour décrire le singe-homme en route depuis des millénaires et pour conquérir un regard sur la signification de sa trajectoire; le microscope pour capter les modifications imperceptibles, mais hautement parlantes des relations que les deux parties de son encéphale entretiennent entre eux.

4 - Le dieu simiohumain

Machiavel observe pour la première fois un animal dont la logique politique rend le psychisme éminemment collectif et quasi mécanique dans son fonctionnement. Mais, faute de regard sur la double connexion de l'encéphale simiohumain sur des songes qui le dédoublent et le transportent dans des mondes fantastiques - il les croit réels, la tête sur le billot - et un monde visible qu'il peut rendre irréel en retour - également jusqu'au bûcher inclus - l'anthropologie politique du Florentin ne dispose pas encore de la longue vue qui lui permettrait de dessiner l'effigie du Dieu biphasé, lui aussi, que le singe-homme se procure à son " image et ressemblance ". Observer la structure semi animale d'une politique bipolaire du ciel et sa scission entre la feinte bonté et la chambre des tortures éternelles qui caractérisent les deux pôles de la gestion divine de l'univers (voir Dieu et le Parrain), c'est conquérir un regard d'anthropologue sur le pont qui conduit de la politique terrestre aux voltages théologiques, donc oniriques du cosmos ; et c'est également conquérir un regard transzoologique sur l'encéphale habillé , donc protégé de la nudité animale par sa structure schizoïde.

Pourquoi faut-il disposer d'un télescope pour observer la rallonge théologique du singe-homme, donc la réduplication de cet animal dans le sacré qui le rend biface? Parce que, sans cela, les observations de Machiavel selon lesquelles: " Les hommes hésitent moins à nuire à un homme qui se fait aimer qu'à un autre qui se fait redouter ", ou encore : " Le Prince est souvent contraint de n'être pas bon " ne se présentent pas dans le paysage d'un savoir critique, c'est-à-dire dans la problématique anthropologique seule capable d'en rendre intelligibles la nature et le fonctionnement dichotomisés. Observer les évadés biphasés de la zoologie tels qu'ils se réfléchissent dans le miroir des trois dieux scindés entre leurs séraphins et leurs marmites du diable n'est possible que dans une postérité de Darwin qui permettra de faire débarquer l'histoire des théologies dans la science politique ; et cette histoire sera celle des personnages cosmiques qu'ils se sont forgés afin de se soustraire à leur propre regard. L'homme s'efforce de laisser la connaissance de lui-même en jachère et à l'état pour ainsi dire virtuel.

5 - Une analyse anthropologique du sacrifice chrétien

Que résultera-t-il d'une spectrographie anthropologique du mythe central du catholicisme, à savoir le prodige de la transsubstantiation eucharistique ? Seul le télescope permet de suivre à la trace l'histoire de ce fantasme et d'en observer l'évolution sur toutes ses faces. L'une des fonctions du miracle auquel le pain et le vin de la messe sont censés obtempérer sitôt que certaines paroles rituelles des prêtres ont été prononcées est dans le rappel de l'origine anthropophagique de l'homme et du sacré : dans le christianisme, la manducation du corps physique du Dieu et la potion de son hémoglobine sont les prémices de la métamorphose réelle, donc physique, du fidèle en la divinité, comme, chez les anthropophages, la dévoration du cadavre du chef permet d'entrer en possession des forces et des vertus dont il disposait de son vivant.

Faute de connaître le branchement originel du singe-homme sur la sorcellerie, donc sur l'effet magique de l'absorption et de la digestion des principales substances qui entrent dans la composition de la victime du sacrifice, l'humanisme critique de Machiavel ne connaît ni le verrou, ni la clé de la politique et de l'histoire biphasée et semi oniriques de notre espèce. Mais le télescope permet de suivre la trajectoire du prodige de l'autel dans le temps et d'en observer tout ensemble l'atavisme et les métamorphoses. Sa lentille grossissante nous révèle les diverses formes que l'anthropophagie originelle a prises au cœur de la politique guerrière des États anciens et modernes, et notamment la signification de la transformation du mort consommable en offrande sacrificielle dûment rentabilisée par le clouage de la victime sur la potence du Golgotha.

Il apparaît alors que la chair et le sang des animaux trucidés sur les autels des anciens, ainsi que la chair et le sang de l'offrande d'un homme immolé sur l'autel des chrétiens se changent en tributs rémunérés rubis sur l'ongle par l'idole. Bientôt un négoce cultuel fixe les règles du paiement de la rançon dite " libératoire ". Le marché ouvert avec le ciel sera soumis à des conventions commerciales écrites: le montant de la dette à acquitter et les modalités des rétributions, donc des grâces consenties en retour par le créancier seront réglementés avec une minutie de comptable et monnayés en bons du trésor appelés des " indulgences ". On sait que celles-ci n'ont pas été abolies et qu'on peut encore se les procurer sur la terre entière aux portes de tous les monastères. L'anthropologie critique sait que les fossiles osseux sont les témoins les plus sûrs de nos origines simiennes, mais que nos fossiles proprement cérébraux sont les plus précieux, parce qu'ils demeurent observables parmi nous.

6 - Le passage du télescope au microscope

Mais si le télescope quitte les vestiges de l'anthropophagie religieuse, les traces contemporaines du meurtre sacré n'en deviendront que plus visibles sur tout le théâtre de la politique mondiale ; car, depuis que le sacrifice chrétien a trouvé sa dimension politique, c'est-à-dire depuis le IIIe siècle environ, les nations appellent les semi évadés de la nuit animale à offrir leur chair et leur sang sur les offertoires que figurent leurs champs de bataille. Le patriotisme a scellé l'alliance immémoriale entre la légitimité de la foi et celle du pouvoir. Du coup, le microscope doit supplanter le télescope ; car seul il permet d'observer un trafic beaucoup plus subtil de la divinité: c'est désormais au cœur même du sacrifice dit "satisfactoire " qu'elle se rend bifide. Alors seulement, il apparaît clairement que le meurtre réputé réparateur que réclament les autels est fermement exigé par une divinité qui demande son dû. Toute théologie enseigne que si le sang de la victime ne coule pas sur les propitiatoires, il n'y aura pas de " rémission du péché ".

Mais dans le même temps, le sacrifice sanglant sera châtié par le même créancier : il a le front de qualifier maintenant d'assassinat la prébende qu'il proclame indispensable à l'acquittement de la dette dont il réclame impérieusement le remboursement. Pour observer la signification politique de la contradiction interne à une trucidation cultuelle ambivalente par nature, donc à la fois honnie et jugée inévitable, la lentille du microscope électronique devient nécessaire, parce que seule une psychanalyse transfreudienne de la politique permettra d'apercevoir l'arcane le mieux caché de l'histoire, celui de la ruse la plus machiavélienne de l'idole. Pourquoi exige-t-elle une expiation indéfiniment répétée et au compte goutte d'une faute inextinguible et qu'elle fait semblant d'avoir effacée d'un seul coup sur le gibet de sa crucifixion? Pour que la balance soit truquée précisément sur ce modèle, c'est-à-dire pour que le payeur de bonne foi soit dupé par le remboursement inachevable et inopérant de la rançon due à la divinité , il faut une anthropologie du sacré fondée sur la connaissance de l'inconscient politique des États.

7 - Une analyse anthropologique de la politique

Pour tenter de le comprendre, observons une horloge du ciel dont le balancier sera construit de telle sorte qu'il permettra à la divinité de maîtriser d'avance le temps ambigu de toute histoire et de toute politique simiohumaines. Pour cela, il faut faire osciller la créature entre des châtiments terrestres entrecoupés de brefs répits et des récompenses ou des châtiments éternels, mais posthumes. Pourquoi une théologie qui permettra d'enjamber la mort, sinon parce que le péché n'est qu'un autre nom du cancer inhérent à la politique: la désobéissance ? Les métastases de ce fléau universel et inguérissable sont tellement envahissantes qu'elles ne pourront se trouver momentanément endiguées que par un verrouillage minutieux, mais impuissant à en tarir la prolifération. L'étau mortel du politique ne se desserrera donc que dans un au-delà illusoire, où les fidèles qui auront réussi la course d'obstacles de la vie seront gratifiés de la récompense suprême des " félicités éternelles ". La théologie ressemble à l'arche d'un pont dont un pilier serait enraciné sur le sol rocailleux de l'histoire et dont l'autre enjamberait le trépas pour s'implanter dans les ténèbres de l'au-delà .

Le sacrifice de sang déroule un microfilm de la politique de la vie et de la mort que Machiavel ne pouvait visionner. Pour dépasser une description muette, aveugle et sourde de l'histoire , le microscope anthropologique observera une espèce que le prince ne pourra discipliner qu'en la flouant jusque dans le ciel. Il s'agit de décrypter le pacte, machiavélien s'il en est, que le dieu-singe conclut avec l'outillage politique qui lui donnera son éternité contrefaite. L'ultime facette du machiavélisme de " Dieu " retrouve l'anthropophagie originelle du singe-homme, en ce qu'elle permet de percer le secret du vieillissement de l'horlogerie du sacrifice. Machiavel observe déjà l'émulsion, mais sans la décrypter et sans porter sur elle le regard de la science politique quand il écrit que "les hommes changent volontiers de maître , pensant rencontrer mieux". Mais il sait déjà que la panique d'une espèce livrée à la conscience de sa solitude dans l'infini cherche désespérément le remède d'une gouvernance assurée et stable du cosmos. Comment cette gouvernance, déhanchée par nature, se sclérose nécessairement, il ne peut le savoir, parce qu'il y faut une science de l'usure des vêtements d'une espèce masquée par son habillage, c'est-à-dire une anthropologie capable de connaître les émulsions politiques que sécrètent les rencontres entre les deux cerveaux.

8 - Une anthropologie de l'épouvante

Faut-il disposer d'un télescope ou d'un microscope pour observer l'épouvante qui s'empare d'un encéphale que son évolution vient tout juste d'arracher aux ténèbres animales, et cela à seule fin de le livrer entièrement à des ténèbres proprement simiohumaines, donc à la fois traquées, exorcisées et conjurées par des lumières imaginaires? Que devient la terreur quand, depuis quelques millénaires seulement, l'infini vient hanter la zoologie? On sait que les physiciens évaluent l'étendue de ce qu'ils appellent l'univers à un espace semé d'astres allumés ou éteints qu'un rayon de lumière mettrait environ quinze milliards d'années à parcourir. Que signifie cet oubli du vide qui seul sert de mesure à l'étendue luminescente ou opaque? Il y a quelques mois, dans un congrès international d'astrophysiciens, l'un d'eux émit l'hypothèse que d'autres théâtres de la matière pourraient bien se tapir dans l'espace. A cette occasion, l'anthropologue a pu observer sur le vif l'effarement des congressistes accoutumés à observer seulement un cosmos semé de melons et de citrouilles stellaires parmi lesquels ils naviguent et tout désarçonnés qu'on leur rappelât l'existence de l'univers réel, celui qu'ils ne regardent jamais et dont le vide se moque des feux-follets éphémères qui se promènent dans son éternité.

Comment concevoir un espace dont l'infini est la seule réalité ? Si vous placez une barrière dans l'immensité, elle ne fera jamais que partager deux territoires. La physique moderne est construite sur une fuite effarée du singe-homme devant le rien qui l'encapsule. C'est que l'étendue renvoie à l'examen de l'encéphale auquel sa finitude interdit de seulement concevoir un espace privé d'un au-delà spatial à son tour. L'immensité est le diable qui condamne le singe-homme à une introspection stérile. Comme il se trouve qu'à l'instar du Prince de Machiavel, Lucifer est d'abord un prince de l'intelligence , il rappelle sans relâche aux humains les divers habillages cérébraux qui leur servent de cuirasses et de boucliers. Faut-il un télescope ou un microscope pour connaître une espèce qui veut ignorer le creux de l'infini dans lequel elle se trouve engloutie et qui s'agrippe aux astres comme l'escargot aux salades ?

A mon humble avis, seul le télescope permettra d'apercevoir un animal livré au tonneau des Danaïdes de l'insondable. Mais d'autres anthropologues soutiennent mordicus que seul le microscope permet d'observer une épouvante née des collisions entre le cerveau enchaîné aux étoiles et celui que hante son désarrimage dans le silence. Au congrès de Laputa, nous avons essayé d'élever le débat. J'ai fait valoir à mes confrères que la notion d'objectivité dont use le singe-homme dépend du degré de finesse de la problématique à l'aide de laquelle il s'efforce de cerner la notion d'exactitude ou de fidélité et que le peintre s'échine en vain s'il reproduit seulement le " réel " tel qu'il se montre à lui . Pour ma modeste part, je crois avoir démontré que Machiavel est déjà le spectateur d'une " nature " prédéfinie par les plantes et les animaux, mais que la scène qui se déroule sur ce théâtre-là n'est pas celle qui répond à la vision proprement simiohumaine du monde. Hélas, disais-je, aucun télescope et aucun microscope n'ont enregistré le spectacle d'une espèce dont l'encéphale flotte à mi chemin entre des mondes visibles et des fantasmes encore tenus , sur toute la surface de la terre, pour aussi prégnants que le réel saisissable.

9 - L'anthropologie critique et la géopolitique

On remarquera que l'anthropologie politique de Machiavel est fondée sur la connaissance d'un monde répétitif, donc payant, puisque tout ce qui se redit se laisse prévoir à coup sûr et se rend exploitable pour ce motif: " Les hommes, écrit-il, marchent toujours sur des chemins frayés par d'autres. " Ils se trouvent donc autoforgés par leur propension native à fonder leur savoir sur leur imitation les uns des autres. En revanche, l'anthropologie post-machiavélienne s'ouvre à l'analyse d'une labilité psychobiologique inscrite dans des paramètres constants, mais d'une tout autre espèce de constance : puisque la dichotomie cérébrale du singe-homme repose sur une stabilité fondatrice de son désarçonnement, donc d'une identité psychogénétique marquée du sceau de la permanence de sa propre bancalité, les variations de tension et de contenu de son encéphale proprement onirique mettent la pesée de ses comportements instables hors de la portée de poids et de mesures étalonnés d'avance et qui seraient rendus artificiellement invariables.

Certes, la portion délirante du cerveau schizoïde dont nous sommes affligés se laisse relativement discipliner et moraliser, donc plier pour le plus grand avantage de celles de nos sociétés que nous parvenons à composer d'individus majoritairement responsables de leurs devoirs et de leurs droits à l'égard de la collectivité. Nous appelons civilisation les résultats toujours fugitifs et fragiles de notre apprentissage permanent. Mais comme le voltage proprement fantasmatique de la boîte osseuse de notre espèce varie non seulement au gré des circonstances politiques, mais également des tremblements de terre et des épidémies, qu'on voit modifier les croyances et les pratiques qui s'y rattachent, l'instabilité cérébrale qui en résulte rend provisoires et branlants les jugements mêmes que nous portons sur notre entendement.

10 - Un exemple éloquent

C'est ainsi que l'attentat du 11 septembre 2001 à New-York a provoqué une secousse tellurique dont la violence a fait resurgir un " axe du mal " qui résume la dichotomie native de l'encéphale simiohumain depuis le cinquième millénaire avant notre ère. Le même attentat a provoqué dans le monde arabe un séisme cérébral d'une égale amplitude sur l'échelle de Richter du sacré, tandis que Rome tentait, à l'aide de ses exorcismes exténués, de calmer les soubresauts théologiques et les convulsions des descendants de Calvin dans tout le monde anglo-saxon. Ces évènements théopolitiques tout récents sont seulement devenus plus planétaires qu'au temps de Luther, dont la condamnation des thèses par Rome à la Diète de Worms et l'excommunication majeure ont instantanément modifié l'ampérage aussi bien des têtes allemandes que des têtes romaines .

Comment prévoir avec précision les variations de tension dont les mondes oniriques sont le théâtre? Dans les deux camps, les décisions doctrinales produisent un durcissement et un amollissement fort inégaux des catéchèses concernées. Après 1521, on enregistrera un raidissement de la théologie de Luther, de Calvin, d'Oecolampade, de Zwingli, de Farel, de Viret; mais également un tarissement relatif de la débandade des brebis de Rome , notamment en raison de la vigoureuse reprise en mains des humanistes érasmiens par le Saint Office. D'autres cerveaux catholiques basculeront, au contraire, du côté de la Réforme, précisément en raison de leur rébellion contre les bourreaux du ciel et contre la multiplication des bûchers de l'Inquisition. Mais le nombre des croyants sensibles aux démonstrations de force de la foi l'emporte toujours et de loin sur ceux qui demandent des arguments et des preuves. J'ai déjà rappelé l'adage de Machiavel selon lequel la crainte qu'inspire le Prince a plus de poids que sa bonté : mais aussi longtemps que la science politique ignorera que " Dieu " est machiavélien comme personne et qu'il gère depuis des siècles les croyances de ses fidèles comme on administre un royaume, elle ne disposera pas de l'observatoire décisif des réflecteurs théologiques dans lesquels le singe-homme se regarde et se fuit.

11 - La science du cerveau simiohumain

Comment un observateur " objectif " se mettra-t-il en mesure de prévoir avec exactitude les effets des décisions doctrinales des conciles si le spectacle d'une espèce désormais globalement décryptée comme cérébralement biphasée ne nous met pas encore en mains le microscope capable d'observer les gènes qui commandent des basculements théologiques, donc des déplacements mesurables et constants de la barrière qui sépare le monde réel des empires du songe ? La proclamation de l'infaillibilité pontificale, en 1870, n'a provoqué qu'une résistance très minoritaire des " Vieux catholiques " et le dogme de l'ascension de Marie en 1950 a été adopté sans résistance, tandis que l'élaboration, de concile en concile, du statut de l'homme-dieu a été tumultueuse, parce qu'il était d'une portée politique décisive d'imposer aux empereurs et aux rois un Dieu dont l'encéphale schizoïde serait vaincu par l'unification mythique de sa personnalité ; mais si l'on rendait Jésus totalement homme et totalement Dieu, il fallait proclamer divins sa rate, ses poumons, son estomac et tous ses organes , ce qui lui redonnait le statut des dieux grecs . On comprend qu'il ait fallu attendre le concile de Constantinople en 553 pour imposer cette doctrine, demeurée en vigueur aujourd'hui .

Aussi Machiavel n'a-t-il pas radicalement changé le regard de la raison de l'humanité sur elle-même : comme Thucydide , il sait seulement que la clé de l'histoire et de la politique est la soif du pouvoir. Mais l'idée qu'une espèce bicéphale se fait du pouvoir, donc de la politique tout entière, dépend précisément de sa définition préalable d'une raison et d'une déraison dichotomiques et qui se donneront nécessairement un dieu modélisé et calibré par leur cerveau bipolaire. Si le singe-homme qualifie de sains, donc de rationnels les jugements que son orthodoxie religieuse lui impose et s'il condamne comme sataniques les vues que des réformateurs audacieux du sacré soumettent à son appréciation , on comprend qu'une méthode anthropologique ambitieuse d'observer la spécificité d'une espèce flottante entre deux eaux bouleverse nécessairement les instruments anciens de toute la science historique , donc la pesée centrale du politique.

C'est pourquoi le télescope et le microscope devront conclure entre eux des alliances qui seules permettront aux déchiffreurs du passé et du présent de notre encéphale de rendre stables les nouveaux critères de la distanciation critique. Dans l'exemple que j'ai proposé de l'interprétation de l'évolution du mythe eucharistique depuis l'anthropophagie primitive jusqu'aux arcanes plus subtils des comptes à demi auxquels s'exerce le Dieu du singe-homme, quel sera le poids de l'intrusion d'un embryon d'intelligence transanimale dans le débat ? Par exemple la déclaration toute simple que les sorciers du " rachat " se trompent dans leur prétention de changer le pain et le vin de l'autel en chair et en sang de la victime immolée, ce que le calvinisme anglais et américain ont reconnu dès le début du XVIe siècle et dont j'ai analysé les conséquences politiques actuelles ? (Voir L'inconscient religieux de l'Amérique pris au piège de la torture)

12 - La généalogie sociale de l'imaginaire

La place demeurée vide au cœur de la science politique de Machiavel n'est autre que l'analyse, encore étrangère à la Renaissance, du fonctionnement cérébral du pouvoir , c'est-à-dire du mécanisme psychobiologique qui permet au cerveau simiohumain de se brancher sur des personnages oniriques. Ceux-ci sont chargés d'établir la connexion entre le cerveau réaliste et le cerveau magique. Or, ce couplage est indispensable au fonctionnement de toute autorité politique et sociale. Pour comprendre le mécanisme qui permet le surgissement de la synergie entre ces deux pôles et qui ouvre les chemins de la force publique simiohumaine, observons le parallélisme des armes dont usent respectivement " Dieu " et l'État pour conquérir, conserver et garantir leur pouvoir. Comment se fait-il que l'idole et l'État sont censés siéger hors de l'encéphale de l'humanité, alors qu'en tant que tels, ils n'ont pas davantage d'existence extracérébrale que don Quichotte ou Hamlet ? L'État se veut un personnage pour ainsi dire en chair et en os , alors que personne ne peut se vanter de l'avoir aperçu en ce sens qu'il l'aurait rencontré au coin de la rue .

Ce prodige résulte de ce qu'il est constitué d'un faisceau d'abstractions rassemblées sous le sceptre du concept d'État : la magistrature , la gendarmerie, la police, le corps enseignant, le corps diplomatique, le corps préfectoral sont des acteurs du vocabulaire tenus d'une main ferme par l'acteur insaisissable qu'est un autre concept encore, la République, laquelle sera subordonnée à un troisième personnage vocal, la France. Mais si ces trois géants verbaux enchâssés l'un dans l'autre n'étaient pas réputés mettre en mouvement des hommes réels, il serait bien impossible de caparaçonner leur réalité toute langagière et de les cuirasser de l'illusion qu'ils s'incarnent.

La parole est la clé de l'homme habillé par son verbe. La politique et la théologie reposent tout entières sur la faculté de paraître mettre en action un personnage pourtant strictement intérieur et abstrait, l'État, et de forger la croyance qu'il débarque effectivement dans le temps en lieu et place des hommes dont le rôle est censé se réduire à le faire intervenir sur la terre. Si le cerveau d'ici bas ne recourait aux services du Goliath onirique qu'est l'État , il n'y aurait pas de science de la politique, mais pas de société non plus : c'est le fonctionnement cérébral d'un animal dédoublé par nature, donc vêtu de la parole, qui fonde la connexion entre ses deux cerveaux, et c'est le biphasage cérébral de l'espèce qui en fait un " personnage historique " habillé, donc mental par définition. Mais l'État, la République et la France sont des poupées russes dont le statut de chacune est particulier . Les relations que le citoyen entretient avec la France diffèrent de celles qui le lient à la République ou à l'État . Quelle est l'autonomie de ces trois identités cérébrales , donc leur degré d'indépendance à l'égard des corps réputés les substantifier ?

13 - La leçon anthropologique de la théologie

Or, la théologie apporte précisément la parfaite démonstration de ce que les personnages politiques sont oniriques par définition et qu'ils ne passent pour devenir visibles et pour se situer hors des encéphales dans lesquels ils siègent que s'ils s'assurent les services de serviteurs réputés les faire mouvoir et leur servir d'instruments politiques : car, à l'instar de l'État, l'idole se déclare consubstantielle à sa parole et se confondre à elle ; et elle ne parvient à se doter d'un statut qui la fait exister hors des têtes de ses adorateurs qu'à la faveur de l'intercession des prêtres et des croyants qui la proclament agissante. Elle sera donc réputée présente sur les autels où une victime immolée passera pour lui être offerte - un bouc ou une génisse hier, un " fils de Dieu " aujourd'hui. Toute divinité et tout État sont à eux-mêmes leurs dii ex machina, parce que les personnages oniriques ne deviennent politiques que s'ils se trouvent instrumentalisés. Une divinité débarque dans l'histoire quand elle est réputée capable d'y intervenir ; et pour cela, il est nécessaire qu'elle dispose d'une Église, d'un droit canon, d'une instance disciplinaire, d'un pouvoir législatif et juridictionnel, de phalanges ardentes de théoriciens de sa parole, qui renouvellent de siècle en siècle l'argumentation de son verbe et qui l'adaptent sans relâche aux circonstances qui rendent malléable son identité cérébrale et langagière. Il y faut une armée de serviteurs de son existence doctrinale. Ceux-ci sont hiérarchisés et disciplinés sur le mode d'une institution paramilitaire, ce qui avait beaucoup frappé Freud.

Mais faute de connaissance de l'inconscient de la condition humaine, donc de l'histoire et de la politique, la psychanalyse n'a pas encore compris que l'existence même de toute société repose nécessairement sur les relais oniriques dont elle dispose, et cela tout simplement parce que, sans médiation, le corps social ne parvient pas à se constituer en un personnage cérébral, donc " vêtu ". L'État et l'idole, son acolyte, sécrètent les acteurs collectifs qui permettront au singe-homme d'accéder à l'existence socio-onirique, donc propre à un animal habillé. Mais des intercesseurs subalternes y parviennent également: il suffit qu'un concept renvoie à une fonction sociale pour que ses représentants le constituent en un personnage onirique agissant.

14 - Une dichotomie tragique

La structure schizoïde du singe-homme engendre une dichotomie pathétique . J'ai pu recueillir l'aveu d'un moine exténué de se lever tous les jours à trois heures du matin pour prier avec ses frères dans l'abbatiale : " Il est difficile, me dit-il, de faire exister Dieu ". L'inconscient de la piété confesse qu'aucun ciel ne se suffit à lui-même et qu'un verbe en soi est un fantôme sonore. Mais le tragique du singe-homme résulte des verdicts implacables que l'histoire réelle lui signifie dans le prétoire du langage où elle l'assigne à comparaître sous une forme toujours dédoublée: tous les dieux, dit l'histoire , meurent sitôt qu'il ne disposent plus de prêtres et d'autels pour les doter d'une apparence de substance. De même, dit Clio , un État trépasse quand son service sacerdotal se trouve suspendu - ce qui se produit sitôt que les déesses de son messianisme, la Liberté, l'Égalité, la Fraternité - cessent de remplacer celles qu'on appelait l'Espérance, la Foi et la Charité : et voilà pourquoi le 11 septembre 2001 a précipité l'Amérique dans une théologie de l' " axe du mal ", qui lui redonne une armature théologique, donc un enfer de la torture dans lequel elle démonise ses ennemis et un ciel où Dieu et la statue de la liberté s'entre bénissent et se congratulent.

L'anthropologie critique observe à la fois au télescope et au microscope l'espèce au cerveau bipolaire que la nature a engendré il y a cent mille ans seulement. Elle tente d'approfondir l'analyse des fondements cérébraux du pouvoir politique de type onirique des semi évadés de la zoologie. Il y faut la connaissance des sources psychogénétiques d'un animal social. Mais comme il se trouve que d'autres animaux sont également connectés entre eux par des liens sociaux, l'évolution du singe-homme doit être observée dans le temps resserré de son existence écrite , puisque les cerveaux schizoïdes d'avant-garde subissent quasiment de siècle en siècle des métamorphoses testimoniales.

Machiavel ne voit pas encore la politique dans le miroir de la magistrature théo-politique qui la régit , mais la psychanalyse de Freud non plus, dont le tribunal observe seulement la métamorphose du père de famille en divinité dans l'encéphale de l'enfant. Le grand Viennois passe au large de l'énigme à résoudre, celle de la nature et de l'origine de la croyance simiohumaine en la réalité objective d'un père fantasmé. Encore une fois, l'étude de la généalogie et de l'évolution des idoles, encore rudimentaire dans le Livre de Daniel, exige, désormais, une anthropologie critique qui dépasse l'analyse de la généalogie du Bel de Nabuchodonosor. Mais les encéphales éminents du Ve siècle avant Jésus-Christ sont fort éloignés de ceux du Moyen Âge ou du siècle de Renan. Placer l'observation des encéphales simiohumains en avance sur leur époque et l'étude de leur évolution au cœur de la science historique moderne, c'est changer les outillages mêmes de la raison qui conduiront à la conquête de l'objectivité de demain, puisque c'est forger les armes de la connaissance qui rendront plus intelligibles le passé et le présent du seul animal qui, il y a vingt-cinq siècles, a commencé de se demander s'il était capable d'apprendre à se connaître .

19 août 2004