1 - La perplexité du peuple
français
2 - L'échec de l'alliance
des pays riverains de la Méditerranée
3 - Suite des entrechats
de la France
4 - Sommes-nous dehors
ou dedans ?
5 - Notre retour dans
l'OTAN militaire
6 - Ce que les Français
ne sont pas
7 - L'identité de la
France
8 - Qu'est-ce qu'une nation
?
9 - La France, c'est nous
1 -
La perplexité du peuple français
Monsieur le Président,
Vous
n'êtes pas le premier Président de la Vè République à plonger
longuement le pays dans la perplexité. Les politologues perspicaces,
les historiens de sens rassis, les psychologues avertis, les
ethnologues surpris, les économistes sceptiques, les sociologues
expérimentés se demandaient déjà comment M. François Mitterrand
allait se tirer du guêpier dans lequel son ambition de conquérir
le pouvoir quel qu'en fût le prix l'avait fait tomber, comment
M. Giscard d'Estaing s'était laissé fasciner et piéger par
les fastes de la République, comment Jacques Chirac, le vaillant
saint-cyrien, avait tenté de reconduire la France aux bénitiers,
puis aux grigris des magiciens et des sorciers des arts premiers.
Mais vous, Monsieur le Président, c'est la France de Descartes
et de Voltaire que vous plongez dans le plus profond étonnement,
parce que vous demeurez à leurs yeux une énigme difficile
à déchiffrer. Nous ne vous comprenons pas, Monsieur le Président.
Depuis trois ans, nous nous grattons la tête sans parvenir
à nous éclairer sur les ressorts et les rouages de votre politique.
Ce n'est pas faute que nous mettions toute notre bonne foi
et toute notre bonne volonté à tenter d'expliquer ce qui est
arrivé au peuple de la raison et à la nation de la réflexion.
Après trois ans d'efforts, nous donnons notre langue au chat.
D'aucuns
tentent de nous convaincre que vous seriez l'otage et le représentant
d'un gouvernement étranger. Mais vos compatriotes se souviennent
de votre discours de Ramallah : dans votre bouche, la France
n'use pas des deux poids et des deux mesures auxquels Israël
recourt en Palestine. Non seulement vous avez paru défendre
avec la plus grande fermeté la politique de votre prédécesseur
au Liban, mais vous ayez tendu la main à la Syrie. Nous nous
félicitons de ce que vous ayez reçu M. Bachar El Assad en
invité d'honneur de la République à l'occasion du défilé traditionnel
de nos armées sur les champs Elysées le 14 juillet 2008. Mais
comment se fait-il que vous ayez aussitôt réduit à néant votre
politique de rapprochement intensif et spectaculaire non seulement
avec le monde arabe, mais avec l'Iran? Comment se fait-il
que vous ayez si rapidement, mais en catimini, sacrifié sur
l'autel de l'expansion militaire d'Israël en Cisjordanie une
alliance riche de promesses diplomatiques pour la France?
Pourquoi, quelques semaines seulement après de si belles retrouvailles
avec Damas êtes-vous allé supplier votre nouvel allié de changer
son fusil d'épaule et d'exercer tout subitement ses talents
diplomatiques à faire pression sur Téhéran au profit des armes
du peuple hébreu? Ignoriez-vous qu'il n'y a pas d'entente
plus indissoluble que celle de la Syrie avec l'Iran, ou bien
avez-vous accédé au vœu de Tel-Aviv en toute connaissance
de cause et au mépris de nos intérêts dans le monde musulman?
2 - L'échec de
l'alliance des pays riverains de la Méditerranée 
Vous
avez également fondé une union riche d'avenir avec les pays
riverains de la Méditerranée et vous y avez tout naturellement
inclus la Syrie, ce qui a fait froncer les sourcils au Président
des Etats-Unis de l'époque. Quel courage ! Mais pourquoi avez-vous
ensuite réduit cette alliance à un tas de cendres, pourquoi
avez-vous tenté en douce d'y introduire Israël dans un rôle
de commandement?
Saviez-vous que toute votre politique méditerranéenne s'en
trouverait enterrée sans fleurs ni couronnes, saviez-vous
que le refus de Tel-Aviv qu'il fût fait la plus légère allusion
aux territoires occupés en Palestine serait catégorique? Vous
avez également paru éprouver un instant d'horreur, d'effroi
et de dégoût au spectacle de Gaza encerclée, affamée et réduite
à un camp de mourants sous le soleil de Jahvé - puis on vous
a vu rire à gorge déployée à Jérusalem aux côtés de M. Olmert,
de Mme Merkel et des représentants d'une Europe vassalisée.
Que l'Allemagne n'en finisse pas de payer la dette de Hitler
à Israël s'inscrit dans la nature des choses, mais que le
Président de la République croie à la pérennité d'un équilibre
tout momentané des forces morales et immorales dans le monde
actuel ressortit au mystère insondable qui entoure votre diplomatie.
M. Obama n'a pas tardé à rappeler Israël à la raison. Certes,
ce néophyte y a essuyé un échec pitoyable et sa candeur en
a paru toute surprise. Mais le 21 avril 2010, l'ancien ambassadeur
des Etats-Unis en Israël, M. Martin Indyc, a déclaré sur un
ton péremptoire que cet Etat microscopique devait se décider
"prendre en considération les intérêts américains";
et d'ajoute : "Tel-Aviv pourra se permettre de prendre
ses décisions en solitaire le jour où, du moins à ses propres
yeux, il sera devenu la capitale d'une grande puissance et
qu'il n'aura plus besoin de l'aide financière américaine".
Je suppose que le Quai d'Orsay observe le vol des oiseaux
avec autant d'attention que le Département d'Etat et que le
Ministre des affaires étrangères de la France s'y connaît
en signes et présages.
3
- Suite des entrechats de la France 
Mais, ici encore, Monsieur le Président, nous ne savons pas
quel est le jeu de vos haruspices et de vos augures sous le
ciel bourdonnant des prières de la démocratie mondiale; car
il se trouve qu' à la suite de la tentative si piteusement
avortée de la puissante Amérique de mettre un terme à l'extension
guerrière du peuple juif, vous avez déclaré à votre tour à
M. Netanyahou qu'à l'instar de toutes les nations de la terre,
la France observait le vol des esprits dans le ciel de la
Liberté et de la justice du monde et qu'à ce titre, Paris
devait la vérité à ses meilleurs amis: la démocratie mondiale
des auspices avait ordonné la cessation de l'expansion sauvage
des colonies d'Israël en Terre Sainte, de sorte que les verdicts
souverains du ciel américain seraient respectés dans le temple
de la foi républicaine. Mais, à la suite de l'échec répété
de la magistrature des idéalités mondiales de convaincre l'intéressé
du bon droit des opprimés - Washington a dû reculer une seconde
fois en raison de la puissance du groupe de pression dont
ce petit Etat dispose dans le monde et qui réduit à un nain
le géant qui le protège - vous vous êtes précipité à Bruxelles
pour demander à la Commission qu'elle engage en toute hâte
l'Europe tout entière à conclure une alliance plus étroite
encore avec le génocidaire de Gaza. Par bonheur Mme Ashton
a puisé dans ses dernières forces pour refuser que l'Europe
agonisante de Lisbonne se lie davantage à Israël.
Les Français, Monsieur le Président, voudraient comprendre
les flottements et l'errance dont souffre votre politique
étrangère. Car, avant même que votre gouvernement entrât en
fonction, vous avez cédé au pouvoir que la communauté juive
de France exerce sur les gouvernements successifs du pays.
Il est vrai que cet escadron est monté à l'assaut de l'Elysée
comme un seul homme; il est vrai que vous avez été sommé de
renoncer à la nomination de M. Hubert Védrine au Quai d'Orsay.
Mais pourquoi avez-vous obtempéré au point d'avoir appelé
un coreligionnaire du Président omnipotent du CRIF, M. Kouchner,
à succéder aux Vergennes et aux Talleyrand?
Puis,
le 6 avril 2010, M. de Charette a apostrophé ledit Bernard
Kouchner à Assemblée Nationale et cet ancien ministre des
affaires étrangères de M. Juppé s'est indigné de ce que la
France et l'Europe ne fissent rien pour arrêter le boucher
de Gaza. Comment se fait-il que M. Kouchner lui ait répondu:
"Qu'est-ce qu'on peut faire, Qu'est-ce qu'on peut faire,
Qu'est-ce qu'on peut faire?" (sic ) au lieu du bon
français, qui dit: "Que peut-on faire?" Que
peut-on faire? Que peut-on faire? Que peut-on faire? Que peut-on
faire? Que peut-on faire? (Bernard Kouchner, Assemblée
Nationale le 24 mars 2010)
-
Un
dialogue imaginaire, donc sérieux, entre M. Barack Obama
et M. Benjamin Netanyahou
, 4 avril 2010
4
- Sommes-nous dehors ou dedans ? 
Serait-ce
votre impuissance diplomatique au Moyen Orient que vous avez
fait proclamer ce jour-là par la voix de votre Ministre des
affaires étrangères, ou bien serait-il tombé de la dernière
pluie? Est-il de bonne foi quand il constate avec tant de
candeur le naufrage de l'union des pays riverains de la Méditerranée
et qu'il s'en déclare aussi surpris, semble-t-il qu'un enfant
de chœur? "Il va falloir trouver autre chose" a-t-il
murmuré. Est-ce par naïveté que vous vous entourez de néophytes?
En
un mot, quel est le degré de conscience politique de l'apôtre
des droits de l'homme que vous avez nommé ministre des affaires
étrangères, Monsieur le Président ? Votre politique et la
sienne, s'il en a une, se confondent-elles au Moyen Orient
? Car la France a ensuite eu l'audace de vendre le Mistral
à la Russie. Certes, elle a insisté sur le fait que ce navire
de guerre est désarmé ; certes encore, Mme Clinton est venue
tout spécialement à Paris pour souligner que, vingt ans après
la chute du mur de Berlin, la guerre froide venait tout juste
de s'achever et que la Russie était enfin redevenue une partenaire
à part entière du nouveau continent que l'Amérique a porté
sur les fonts baptismaux et qu'elle a baptisé l'Euramérique.
-
Alice
Clinton au pays des merveilles,
15 février 2010
Mais comme les pays otanisés, la France exceptée, demeurent
occupés par des centaines de garnisons américaines et par
une riche semailles d'ogives nucléaires pointées contre la
Russie - Washington refuse obstinément de les retirer de leur
territoire - le grand frère d'outre-Atlantique a froncé le
sourcil et jugé la France à nouveau tentée par l'indocilité.
5
- Notre retour dans l'OTAN militaire 
Quel
soldat de Valmy êtes-vous, Monsieur le Président? Non seulement
il semble que vous ayez affronté sans broncher le terrible
froncement de sourcils du commandant en chef de l'OTAN, mais
que, de surcroît, la France se veuille partie prenante à la
construction d'une Europe politique et qu'elle soit prête
à s'allier plus étroitement que jamais avec l'Allemagne; il
s'agirait, dit-on, de sceller à ses côtés une alliance stratégique
nouvelle avec Moscou et avec la Pologne. La France entendrait-elle
élever l'Europe au rang de pôle central de la politique du
monde dévassalisé de demain?
Il
semble également que le Monde ait changé de
peau. Aurait-il réduit au silence les Glucksman, les Finkielkraut,
les Béhachel, les Adler, qui montaient régulièrement à l'assaut
de la Russie et qui la présentaient sous les traits de Gengis
Khan et de Tamerlan? Le génie olfactif de cette escouade a
flairé le danger que représenterait pour Israël la reconquête
par l'Europe de son ancienne grandeur. Mais, comment se fait-il
que, dans le même temps, vous ayez replacé dare-dare la France
sous le commandement militaire intégré de l'OTAN dont le Général
de Gaulle nous avait libéré, ce qui, naturellement a rapetissé
la nation sur la scène internationale?
Comme nous sommes un membre à part entière de l'alliance dite
"atlantique" - il s'agit d'un pacte stratégique librement
conclu entre des Etats souverains et profitable à leurs intérêts
communs, cela suffisait à nous donner un bien plus grand poids
diplomatique que la subordination de nos armes au commandement
d'un Général étranger. Il n'y a pas de souveraineté réelle
sous le sceptre et le sabre d'autrui. Nous avons participé,
par exemple, au combat diplomatique de l'Allemagne et de l'Angleterre
contre l'extension militaire unilatérale et obstinée de l'empire
américain en Pologne et en Tchéquie, parce que notre influence
politique ne se trouvait pas réduite par les chaînes qui entravent
les pays captifs d'un empire d'au-delà des mers. Et maintenant,
nous avons affaibli notre atout fondamental, celui de nous
trouver délivrés de la présence des bases militaires d'une
puissance étrangère qui ne campent nullement à titre provisoire
sur le territoire de nos alliés européens et qui entendent
bien y demeurer implantées à jamais. Qu'est-il advenu du fossé
qui séparait si heureusement notre souveraineté solitaire
de leur vassalité collective?
6
- Ce que les Français ne sont pas 
Monsieur
le Président, nous voudrions connaître la boussole de la France
que le peuple a remise entre vos mains. Sur quels Océans faites-vous
naviguer la nation, de quel navire tenez-vous le gouvernail,
quel pilote de la France êtes-vous dans le siècle? Au début
de votre quinquennat, vous avez compromis notre vieille alliance
avec l'Allemagne, faute qu'une science de l'âme et de l'esprit
des peuples insulaires vous ait informé de l'impossibilité
viscérale qu'une alliance politique vivante et durable de
l'Europe avec l'Angleterre puisse jamais voir le jour. Puis
vous avez engagé la France des Condorcet et des Diderot dans
une défense anti-républicaine des moulins à prières du Tibet,
alors que, depuis la Première République, non seulement la
France ne reconnaît, donc ne légitime le ciel d'aucun culte,
mais que, de surcroît, la Révolution nous a placés à la tête
du combat de la raison dans le monde entier.
La
France de la pensée politique désacralisée, de la philosophie
critique post-kantienne et d'une science historique délivrée
de l'interprétation théologique du temps humain n'est pas
seule à s'interroger avec angoisse sur l'esprit de raison
qui inspire votre diplomatie parfois si résolument religieuse;
le peuple, lui aussi, vit dans une douloureuse oscillation
entre l'angoisse et la stupéfaction. Il y a longtemps que
vous avez fait perdre le sourire aux Français que la Révolution
de 1789 a déconnectés des cosmologies mythiques, parce que
les questions nouvelles qu'ils se posent sous votre houlette
ne les embarrassent pas seulement - elles les désarçonnent.
Le pays se dit que son Président est responsable de l'idée
de la France logicienne qu'il présente au monde, responsable
de la manière dont il incarne une nation cartésienne, responsable
de l'art et du talent avec lesquels il conduit les citoyens
à se reconnaître dans le miroir du pays dont l'hôte de l'Elysée
leur renvoie l'image. Georges Pompidou leur présentait une
effigie de la solidité paysanne de la Gaule et de l'alliance
de notre terre avec notre culture, Valéry Giscard d'Estaing
leur offrait une photographie flatteuse des bonnes manières
du pays et de l'élégance de son langage de gentilhomme, François
Mitterrand jouait au doge de Venise mâtiné de roublard de
village, Jacques Chirac avait la carrure du chef militaire
vaillant et généreux.
Mais vous, Monsieur le Président, les Français ne savent sur
quel pied vous les faites danser. Ils n'aiment l'excès ni
de la familiarité, ni de la hauteur, ni de l'agitation, ni
de la solennité, ni de la fébrilité, ni de la componction.
Mais surtout, ils veulent que, par la médiation de ses attitudes,
de ses gestes et de son langage policé, le chef de l'Etat
leur présente un personnage éduqué, à la fois
bien visible et insaisissable, vivant et un rien majestueux,
aimable et discrètement hiératique. Cet acteur du monde, ils
l'appellent la France.
En
vérité, ils ne savent s'il s'agit d'un géant en chair et en
os ou d'un personnage auquel la tenue de théâtre qu'il endosse
lui fait jouer un rôle de composition ou parler avec ses tripes.
Mais ce que savent tous les Français, Monsieur le Président,
c'est ce qu'ils ne sont pas. C'est le faux portrait d'eux-mêmes
que vous leur présentez qui leur tourne les sangs. Jamais
ils ne porteront le vêtement de confection qui les déguise
en serviteurs d'un Etat de fiction dans lequel ils ne se reconnaissent
pas et dont la livrée porte la marque d'un tailleur étranger.
Les
Français sont des aristocrates bon enfant et des rieurs sérieux.
Bizarrement, les tenues qu'ils refusent de porter sont également
celles dans lesquelles ni la nation, ni eux-mêmes n'entendent
habiller la politique du pays sur la scène du monde. L'histoire,
pensent-ils, est un théâtre où le passé et le présent ont
scellé une alliance vivante. Vous avez rendu fragile le pacte
que les Français ont conclu avec la durée. Pour un peu vous
les feriez douter de la présence de la France dans le temps
de l'histoire du monde, pour un peu, vous rendriez éphémère
la nation de Montaigne et de Molière, pour un peu vous briseriez
le mariage des Français avec la mémoire de leur pays.
7
- L'identité de la France 
Il
est vrai que les Etats sont des vases de Soissons. Mais quand
vous montez sur le perron de l'Elysée en culottes courtes,
quand vous faites la fête au Fouquet's , quand vous vous prélassez
sur le pont du yacht de luxe de l'un de vos richissimes commanditaires,
quand vous vous extasiez sur les ours en peluche du parc américain
de Disneyland, les Français en sont estomaqués. Quel est donc,
se demandent-ils, ce roi sautillant qu'ils ont élu par inadvertance
et qui leur joue le vilain tour de se montrer désopilant aux
yeux de la terre entière?
Voyez-vous,
Monsieur le Président, la France, la République et la démocratie
sont des personnages historiques par définition. Elu par le
peuple qui vous a demandé de représenter ces acteurs du monde,
vous êtes devenu, vous aussi, un héros de l'histoire vécue.
Les Français veulent voir en vous leur propre noblesse et
celle de la France, et la hauteur du politique, et la surréalité
des peuples et des nations, et la grandeur de la condition
humaine. Pourquoi les hommes se présentent-il rassemblés sous
la houlette des nations? Parce que les nations incarnent l'esprit
des peuples.
Quand
vous criez à un syndicaliste: "Viens un peu ici si t'es
un homme", quand vous renvoyez un impertinent par
ces mots:
"Casse-toi, pauv'con", quand vous dites à un
adolescent qui s'essuie les mains pour avoir touché votre
droite: "Fais pas l'malin, toi, fais pas l'malin, fais
pas l'malin", quand, d'un geste faussement furtif
vous essuyez une fausse larme sous l'œil des caméras à la
lecture de la lettre de Guy Mocquet à sa mère, les Français
découvrent, dans l'ahurissement et la stupeur, que vous êtes
un particulier et qu'ils ont prêté les habits du souverain
qu'ils sont à eux-mêmes à un particulier tout embarrassé par
la majesté du peuple, par la royauté de la nation et par la
sacralité des Etats souverains. Voyez-vous, Monsieur le Président,
les peuples symbolisent le genre humain, les nations sont
à elles-mêmes leur propre chambre ardente. Ne souillez pas,
n'humiliez pas, ne rabaissez pas cette surréalité.
8
- Qu'est-ce qu'une nation ? 
Quand
ils vous voient hisser votre fils cadet sur un trône en or
massif et que vous reculez seulement parce que deux cents
journalistes accourent du monde entier pour assister, morts
de rire, à une intronisation aussi auguste que celle des papes
et des rois, quand ils vous regardent traîner en justice un
Premier Ministre que vous accusez d'un délit inconnu du code
pénal, quand le Conseil Constitutionnel vous fait renoncer
à remplir les coffres de l'Etat de bons de caisse tirés sur
l'air qu'ils respirent et qui, à vous entendre, rendent vos
compatriotes responsables de l'asphyxie des six milliards
d'habitants que compte la mappemonde, quand ils vous voient
enrichir les laboratoires pharmaceutiques d''une commande
de quatre vingt dix millions de vaccins censés prévenir une
grippe imaginaire dont le globe terrestre se trouverait menacé,
quand ils voient la France officielle rédiger des copies dans
les Préfectures sur l' identité de la nation, alors que en
prenez le contre-pied, le peuple se tâte, se pince, le peuple
n'en croit pas ses yeux et ses oreilles, le peuple s'écrie
que les bras lui en tombent, le peuple ahuri, abasourdi, esbaubi
retrouve les exclamations oubliées qui donnaient à la langue
des ancêtres la verdeur et la fraîcheur de la jeunesse de
la nation.
Monsieur le Président, vos compatriotes sont mal initiés aux
usages de cour qui commandent les relations diplomatique entre
les nations. Et pourtant, quand ils vous entendent clamer
sous les projecteurs que M. Barack Obama est votre copain,
quand ils vous voient lui taper familièrement sur l'épaule,
ils se frottent les yeux, les pauvres, et ils se disent qu'il
doit y avoir un malentendu quelque part, qu'ils se trompent
sans doute et qu'on s'ingénie sûrement à leur cacher quelque
chose, tellement il est peu croyable que les chefs d'Etat
se tutoient et qu'ils jouent entre eux à la marelle dans les
préaux de l'histoire du monde.
Les Français se regardent, et se disent les uns aux autres:
"Ce
n'est pas d'Israël que ce Président est l' homme à gages,
c'est de son propre déracinement qu'il porte la livrée. Certes,
Israël joue, comme lui, sur tous les tableaux à la fois, Israël
défend, comme lui, en paroles seulement le droit et la justice
sur la terre. Mais, en politique, on ne donne le change que
pour un temps; et vous, vous ignorez qu'on ne joue pas impunément
ce jeu-là avec les plus grands Etats de la planète.
M.
Nicolas Sarkozy, vous êtes un habile particulier. Comme les
particuliers adroits, vous vous battez sur tous les fronts
pour survivre, comme les particuliers malins, vous tentez
de tirer votre épingle du jeu sur la terre, comme les particuliers
débrouillards, vous ménagez tous les jours la chèvre et le
chou, comme les particuliers ambitieux, vous vous glissez
entre les mailles du filet, comme les particuliers qu'on ne
roule pas dans la farine, vous colmatez les brèches et bouchez
les trous , comme les particuliers avertis des pièges de ce
monde, c'est cahin-caha que vous courez au tombeau. Mais la
France ne joue pas à colin-maillard avec l'histoire, la France
est une princesse, la France va droit son chemin, parce qu'elle
porte le flambeau de la dignité du peuple français parmi les
nations
9 - La France,
c'est nous 
Les
relations que les citoyens entretiennent avec leur pays sont
secrètes. Voyez-vous, Monsieur le Président, vos compatriotes
ne sont ni de profonds historiens, ni des philosophes de la
condition humaine, ni de savants psychologues. Et pourtant,
ils savent d'instinct ce que vous ne savez pas et que vous
n'apprendrez sans doute jamais : que les peuples sont les
grands dignitaires de l'âme, de la mémoire et de la dégaine
de leur pays. C'est à ce titre qu'ils se donnent à reconnaître
à leur voix, à leur âge, à leurs joies et à leurs colères,
c'est à ce titre que tout citoyen est à lui-même un chef d'Etat.
C'est pourquoi les Français se demandent comment vous avez
pu assister à tant de conseils des ministres, côtoyer plusieurs
de vos prédécesseurs, vous initier aux secrets diplomatiques
et aux arcanes de l'histoire des nations et n'avoir jamais
entendu sonner le pas de la France. Comment se fait-il que
les Français vous ressentent viscéralement étranger à leur
pays ? Vous êtes énergique en diable, vous vous démenez comme
un beau diable, vous êtes un diable d'homme, vous êtes diaboliquement
habile, vous êtes sans cesse sur la brèche, vous courez d'un
incendie au suivant, vous en éteignez un pour en allumer d'autres,
mais vous êtes luciole, feu-follet et brindille dans le vent.
Comment se fait-il que vous ne soyez personne, que vous n'ayez
pas de for intérieur, que l'on vous sente sans attaches ni
racines, que vous ne soyez viscéralement de nulle part, qu'on
voudrait vous planter dans un sol, vous trouver une terre
à féconder, faire de vous un arbre porteur de fleurs et de
fruits, mais que vous flottez dans le vide et que la France
se dise: "Décidément, cet homme-là nous rend un grand service,
cet homme-là est tellement absent à lui-même et son énergie
est si poignante à l'agiter dans le vide qu'il nous contraint
à nous chercher, à nous reconnaître, à nous retrouver et à
nous demander: "Qui sommes-nous ? Quel est notre secret
? Quel mystère parle-t-il en nous? Quelle voix nous dit-elle
que la France, c'est nous?"
Le 2 mai 2010