1 -
Le clergé de la démocratie
Les idéalités de la démocratie font-elles mentir les républiques
modernes aussi pieusement que les Eglises d'autrefois ? Seul
le modèle des dévotions publiques émigre-t-il d'un mythe du
salut à l'autre? Si la religion de la Liberté n'a fait que
changer de masque vertueux à la politique dont les siècles
de la sainteté affichaient les parures et les rutilances,
faut-il en conclure que la divulgation retentissante des affaires
publiques dont bénéficient les peuples d'aujourd'hui ne leur
permet pas pour autant de porter un regard plus perçant qu'autrefois
sur l'abîme qui sépare le langage évangélisant des démocraties
rédemptrices de leur comportement réel sur le champ de bataille
où l'histoire universelle modifie seulement sa vêture?
On sait que les trois idoles qualifiées d'uniques par un évident
abus de langage, et surtout celle des chrétiens, enrichissaient
un clergé aussi abondant que puissant et que les légions de
la foi prospéraient de prêcher aux masses les hautes vertus
de la pauvreté. On appelait "bénéfices ecclésiastiques"
les prébendes que l'Eglise versait sur cette terre aux dignitaires
d'un ciel dont les dorures et la pourpre éblouissaient les
fidèles. Mais Helmut Schmidt, ancien Chancelier d'Allemagne,
souligne dans ses Mémoires que ce sont maintenant
les représentants du peuple souverain des Germains qui roulent
carrosse et dont la pompe coûte les yeux de la tête aux paroissiens
de la démocratie.
Naturellement, il existe des députés aussi évangéliques à
l'égard des ouailles du suffrage universel que certains prêtres
d'autrefois à l'égard des brebis du Seigneur broutant dans
l'enclos de leurs diocèses. Mais si nous comparons le discours
pastoral des grands Pontifes de la Démocratie universelle
d'aujourd'hui avec ceux des papes du Moyen Age et même de
la Renaissance, nous observerons des similitudes et des différences
de tonalité et de contenu non négligeables dans l'art et la
manière de cacher la vérité politique aux héritiers de la
Révolution de 1789.
2
- La casuistique du monde 
Prenez
le discours que M. Barack Obama a prononcé à Oslo le 11 décembre
2009 à l'occasion du dépôt solennel sur sa tête de la couronne
de papier doré chargée de symboliser son combat pour la paix
dans le monde. Ce parchemin a-t-il lésé le pouvoir temporel
de l'Eglise de la Liberté ou bien l'a-t-il, au contraire,
augmenté au profit de "la seule super puissance militaire
du monde", comme nous l'a rappelé d'emblée le récipiendaire,
celle qui "portera toujours la voix des aspirations universelles
de l'humanité", comme Rome faisait entendre hier
les cloches du salut et de la rédemption de notre espèce sur
toute la terre?
Si, de tous temps, la religion a géré les masques sacrés sous
lesquels se cache un prédateur-né, on comprend que le pape
transitoire de la Démocratie mondiale affichera la même humilité
sur ses arpents que le souverain pontife romain sur les siens,
parce que tous deux ne sont jamais que des vicaires de passage
du ciel dont ils administrent les lopins sur la terre. Mais
comment préciser le mode d'emploi d'un mythe démocratique
tombé entre les mains des Etats? Imagine-t-on un Saint Siège
qui préciserait les modalités d'application des évangiles
sur le terrain? M. Barack Obama en revanche, s'est trouvé
contraint par le protocole d'Oslo, de se livrer à l'exercice
théologique le plus périlleux du monde : il lui a fallu se
proclamer le "commandant en chef d'une nation engagée dans
deux guerres", ce qui a rendu sa tiare d'apôtre aussi
difficile à sacraliser au nom de la Liberté que les Croisades
au nom de la foi chrétienne.
Cependant
la modestie religieuse sera de même nature chez les chefs
de ces deux Eglises jumelles, tellement leurs "exercices
spirituels" dédoublés s'engagent dans des périls parallèles:
"Je reçois cet honneur avec une grande humilité", dira
le chef du mythe démocratique. Mais comment glorifier des
guerriers de la Liberté sans peur et sans reproche si leurs
légions obéissent au commandement d'un chef d'Etat à l'apostolat
douteux du seul fait que son Eglise l'aura contraint de protéger
et de défendre son pays avant tout autre? Comment universaliser
le serment qu'il aura prononcé devant un autel tout local
de la Justice et du Droit - celui que seul l'Occident démocratique
sera censé incarner? Certes, M. Obama, sachant, dit-il "que
le Mal persiste dans le monde", va le combattre les armes
de la sainteté démocratique à la main; mais la guerre sera
"parfois nécessaire" et la cruauté "moralement justifiée"
de sorte qu'il se déclarera "responsable de l'envoi de
milliers de jeunes Américains sur un champ de bataille lointain
où certains d'entre eux tueront, d'autres seront tués".
Décidément, les prés verdoyants de la vérité
évangélique ne mettent pas le théologien du
mythe démocratique à la fête. Il est jésuitique de diriger
une Eglise si l'on reconnaît non seulement "qu'il y aura
toujours des guerres", mais si l'on proclame de surcroît
qu'"en tant que chef d'Etat", on se réserve, comme
le Général de la Compagnie de Jésus, "le droit d'agir unilatéralement
si cela se révèle nécessaire", et si la distinction que
font les casuistes de la démocratie mondiale entre les intérêts
diplomatiques de l'Hercule du monde et ceux de la sainte parole
de la Liberté est un sceptre aux mains d'un tribunal aussi
nécessairement juge et partie que celui de l'Insuisition de
l'Eglise du Moyen Age?
C'est pourquoi M. Barack Obama a beau faire valoir le plus
discrètement possible la puissance guerrière du glaive saintement
apostolique du Pentagone, son investiture par la conscience
morale universelle n'en mérite pas moins une spectrographie
simianthropologique minutieuse.
3
- Les évangiles de la torture 
Le Saint Siège disposait d'un chapeautage évangélique d'une
étoffe plus épaisse et plus solide que celle, désespérément
mince et diaphane dont les béatitudes démocratiques
de la planète d'aujourd'hui présentent le tissu. Quand M.
Barack Obama feint de croire qu'au Moyen Orient le "conflit
entre les arabes et les juifs semble se durcir", parce
que ces communautés censées se trouver égales en légitimité
face à une communauté internationale réputée unanimement objective,
ces communautés, dis-je, craindraient, dit-il, de perdre "ce
qu'elles chérissent le plus dans leur identité particulière,
leur race, leur tribu, leur religion", et quand
il ne dit mot ni de la conquête de la Cisjordanie, ni du blocus
de Gaza, et quand il affecte de croire que le fantôme de la
bombe iranienne réduirait celle d'Israël à une ombre, et quand
il met la planète entière au service du chantage d'Israël
à l'égard de la démocratie mondiale, sait-il seulement que
le double attelage théologique et machiavélien de la politique
mondiale étale davantage ses contradictions internes à tous
les regards que l'Eglise de l'Inquisition et des Croisades
et que le jury de l'Académie du Nobel de la paix, qui siège
à Oslo depuis 1905 a offert à la simianthropologie moderne
un champ d'observation et d'analyse éloquent des secrets théopolitiques
de l'histoire?
4 - Guantanamo

Et puis, les évangiles avaient contraint le Vatican à confier
les instruments de torture de l'époque à la seule possession
des Etats. On sait que les juges du tribunal de la Sainte
Inquisition se contentaient de diagnostiquer, le cœur sur
la main, les péchés capitaux et en premier lieu, le péché
d'hérésie, lequel, en cas d'obstination diabolique des relaps
et renégats, méritait la mise à mort des coupables par crémation
publique sur les bûchers de la charité - exécution assortie
de l'arrachement coutumier de la langue du blasphémateur.
Mais M. Barack Obama, lui, tient entre ses mains à la fois
le sceptre de la vérité messianique et doctrinale que brandit
l'empire du Nouveau Monde et celui des offenses à sa puissance
temporelle.
Comment, dans ces conditions, M. Barack Obama a-t-il pu annoncer
à la planète des démocraties sa décision de fermer le centre
de torture de Guantanamo? "Quand la force s'avère nécessaire,
nous avons un intérêt moral et stratégique à
respecter strictement certaines règles de conduite. Et même
lorsque nous sommes face à face avec un adversaire féroce
et qui n'obéit à aucune règle, je pense que les États-Unis
d'Amérique doivent demeurer le porte-étendard des principes
de la guerre. C'est cela qui nous distingue de ceux contre
lesquels nous luttons. C'est cela la source de notre force.
C'est pourquoi j'ai interdit la torture. C'est pourquoi j'ai
ordonné la fermeture de la prison à Guantanamo Bay. Et c'est
pourquoi j'ai réaffirmé la détermination des États-Unis de
respecter les Conventions de Genève. Nous perdons notre âme
lorsque nous transigeons avec les idéaux pour lesquels nous
nous battons. Et nous honorons ces idéaux si nous les respectons
non seulement quand il est facile de le faire, mais aussi
quand ce ne l'est pas."
La scission entre les offrandes au ciel de la Liberté et les
sacrifices aux lois de ce monde trouvent ici une illustration
saisissante. Pourquoi Le Monde et d'autres journaux français
ont-ils purement et simplement supprimé ce passage hautement
évangélique dans la traduction officielle du discours du Prix
Nobel de la Paix par le Département d'Etat? Parce qu'il s'agit
d'une contrevérité pure et simple : M. Barack Obama n'a pas
fermé le centre de tortures de Guantanamo. C'est pourquoi
la presse de l'hexagone a jugé décent de passer diplomatiquement
sous silence le premier des trois reniements du saint Pierre
de la démocratie avant que le coq de la Liberté eût chanté.
Non seulement M. Barack Obama s'est contenté de donner au
gouvernement fédéral l'ordre d'acheter un vieux centre pénitentiaire
désaffecté dans l'Illinois, le Thomson Correctionnal Center,
sis dans une zone rurale à deux cents kilomètres environ à
l'ouest de Chicago et dont la réfection prendra longtemps,
mais il n'a pas obtenu du Congrès que l'Illinois fût autorisé
à emprisonner sur son sol des détenus qui n'auront pas été
préalablement torturés et jugés à Guantanamo.
C'est pourquoi M. Greg Craig, que la Maison Blanche avait
chargé d'une mission sans doute trop désespérément évangélique,
s'est vu contraint de démissionner, faute que le parti républicain
et une grande partie de l'opinion publique américaine l'eussent
autorisé à conduire à bien une tâche anti patriotique aux
yeux des dévots de la Liberté. Mais Rome n'a-t-elle pas connu
la même scission interne? Si l'on ne brûlait pas force Albigeois
coupables de continence impie, l'humanité n'allait-elle pas
périr pour cause de chasteté excessive? Si l'on niait la présence
physique de la chair à dévorer et du sang à boire de la victime
exposée sur l'autel du salut par la torture, les fidèles de
l'hémoglobine sacrificielle se contenteraient-ils d'une religion
qu'ils jugeront infirme , puisque, disent encore de nos jours
tous les théologiens romains, la foi des chrétiens se trouverait
frustrée du "vrai et réel sacrifice" qu'ils demandent
à cor et à cri depuis vingt siècles? Dès lors, disait la Lettre
aux Hébreux, qu'il n'y a pas de sacrifice sans hématies
dégoulinant des offertoires, les sacres de la torture se présentent
toujours en défendeurs ardents du salut public. Comment évangéliser
le sang dont l'autel des démocraties doit se trouver aspergé
si la crucifixion moderne est jugée indispensable à la survie
politique des peuples et des nations de la Liberté?
5
- La frousse diplomatique de l'Europe
Aussi
M. Barack Obama a-t-il repris à son compte l'antique théologie
de la "guerre juste" - mais nul n'ignore que l'invasion
de l'Afghanistan n'a rien d'une guerre juste : il s'agit seulement,
pour le Pentagone, de tirer avantage de ce que M. Ben Laden
était censé s'y cacher pour tenter de remettre sur ses rails
le projet de pipe line rejeté par le précédent gouvernement
d'un Etat plus étendu que la France. Restait le bouclier anti-missile
saintement installé en Pologne par G. W. Bush et dont le retrait
paraît redorer le blason du lauréat de la paix. Hélas, ici
encore, impossible de sacraliser à la fois la volonté d'expansion
guerrière qui commande tous les empires du monde et qui leur
est innée depuis les origines et, dans le même temps, la proclamer
pécheresse : la guerre survivra fatalement, hélas, à toutes
les tentatives d'en humaniser les boucheries. M. Barack Obama
reconnaît qu'"à l'aube de l'histoire, la moralité de la
guerre n'était pas mise en doute ; c'était un simple fait,
comme la sécheresse ou la maladie, c'était la façon dont les
tribus, puis les civilisations recherchaient la puissance
et réglaient leurs différends."
Encore
et toujours, c'est donc au nom de la religion de la justice
et de la Liberté que l'Europe d'aujourd'hui se trouve placée
entre "sacrum et saxum" - "entre l'autel et le couteau",
alors que seule la fiction s'en trouve sauvegardée par le
maintien sur son territoire de quatre cent cinquante garnisons
inutilement armées jusqu'aux dents. C'est également pour cette
raison qu'un empire en marche ne saurait confesser ni à son
opinion publique, ni à l'opinion mondiale, que l'OTAN demeure
le bras armé d'un Pentagone devenu symbolique en Europe, mais
qui n'en occupe pas moins physiquement le Vieux Continent.
On sait que cette domination militaro-religieuse voudrait
placer pour l'éternité notre civilisation sous le commandement
d'un général américain et que cet assujettissement physico-théologique
ne prendra fin qu'avec l'effondrement des forces armées de
la nouvelle Rome.
Certes, les vassaux de l'empire ont récemment quelque peu
rechigné; certes, pour la première fois, ils ont paru tenter
de s'opposer à la marche des légions américaines jusqu'à la
Pologne et à la Tchéquie. Mais voyez la discrétion des vaincus,
voyez leur peur et leur timidité : ils ont seulement montré
quelque appréhension discrète, ont-ils confessé , de "fâcher
la Russie", qui avait le mauvais goût de ne pas applaudir
à tout rompre la progression jusqu'à ses frontières de l'Europe
asservie.
La provocation était de taille ; afin d'assurer la marche
triomphale de la bannière des légions sous le drapeau de l'Europe
en livrée, Washington était allé jusqu'à conclure un pacte
armé avec la Pologne, et cela bien que ce pays fût membre
de l'alliance des anges de la paix qu'on appelle l'OTAN. C'était
rappeler avec vigueur à Paris, à Berlin et à Londres que ces
capitales autrefois souveraines et puissantes avaient renoncé
aux prérogatives que tous les Etats dignes de cette appellation
inscrivent dans leur Constitution et qu'il n'y avait pas lieu
de revenir sur l'abandon définitif de leur rang et de leur
dignité d'autrefois.
6
- Le trafic moderne des indulgences 
Mais
pourquoi M. Barack Obama a-t-il ensuite unilatéralement décidé
de retirer ce bouclier, pourquoi l'a-t-il jugé encombrant
pour le Département d'Etat et, de surcroît, menacé de ridicule
diplomatique si la "seule superpuissance militaire du monde"
voyait se vider l'escarcelle qui lui avait permis d'entretenir
artificiellement et depuis soixante-cinq ans son apostolat
militaire sur toute la surface du globe et si l'Eglise de
la Démocratie mondiale voyait s'épuiser le gigantesque trésor
du trafic des indulgences qui alimentait les finances du Dieu
Liberté après avoir évangélisé celles du Dieu précédent ?
La cassette magique des promesses posthumes du christianisme
était demeurée pleine bien plus longtemps que la caverne d'Ali
Baba de Bretton Wood.
Washington
s'était imaginé que la Russie le remercierait chaudement d'avoir
bien voulu renoncer au matamorisme d'un mythe démocratique
en perdition. Aussi n'y avait-il pas une once de vocation
apostolique de l'Eglise de la Liberté dans le recul stratégique
de Pologne: seul l'intérêt supérieur d'un empire proche de
l'épuisement commandait un geste face à la Chine, l'Inde,
l'Afrique et toute l'Amérique du Sud, qui préparent l'avènement
d'une autre pôle de la puissance politique mondiale. Le naufrage
était si proche que l'heure avait sonné de tenter de "dialoguer"
avec les puissances encore qualifiées de "régionales".
7- L'Europe et
Israël 
Mais
un nouvel obstacle se dressait devant un empire américain
désormais à la dérive . D'un côté, M. Barack Obama était fort
insuffisamment informé de ce que nous appartenons à une espèce
dichotomisée de naissance et qui, autrefois masquée sous le
culte de ses idoles, s'avançait aujourd'hui sous les totems
verbaux de sa religion de la Liberté ; de l'autre, toute la
classe politique mondiale était demeurée bien plus ridiculement
ignorante que le Département d'Etat des ressorts qui pilotent
les idéalités rédemptrices depuis le basculement de l'humanité
dans des abstractions sacralisées. Aussi une vulgate idéologique
rudimentaire servait-elle de corps doctrinal et de victuailles
para religieuses à la "démocratie administrative" planétaire,
pour reprendre une expression de Marcel Gauchet. Mais, par
bonheur, nous disposons d'un document public de nature à illustrer
les arcanes anthropologiques du drame.
Tentons
de descendre les marches qui nous conduiront dans les coulisses
de la diplomatie théâtrale de la France à l'égard de Rome,
de l'Islam et de Tel Aviv et pour mieux comprendre ce parcours,
constatons que plus d'un siècle d'une République décérébrée
par une laïcité superficielle et dépourvue de toute connaissance
simianthropologique des religions, a conduit la classe dirigeante
de la France à un oubli complet du contenu théologique le
plus élémentaire des trois monothéismes, de sorte qu'en 2007
le Quai d'Orsay a imaginé de mettre sur pied une stratégie
doctrinale de substitution de la "révélation" et de
la "rédemption" dont les conséquences politiques sur
le terrain allaient conduire la France et l'Europe à un désastre
diplomatique irréparable.
Souvenons-nous
en premier lieu de ce que, voyant Washington s'émanciper quelque
peu de l'emprise d'Israël et tenter de retrouver, du moins
partiellement, son influence ancienne dans le monde arabe,
Tel-Aviv s'efforçait maintenant avec l'énergie du désespoir
de gagner le Vieux Continent à son messianisme le plus originel,
afin de poursuivre sous l'égide, cette fois-ci, de l'héritière
épuisée de la civilisation gréco-romaine une colonisation
de la Cisjordanie évidemment décisive pour la reconquête du
"Grand Israël" des temps bibliques. Dans cet esprit,
il s'agissait, pour l'Etat juif de confier à l'Europe démocratique
le rôle de médiatrice et "d'arbitre objectif" entre
Israël et le monde arabe.
Pour
seulement tenter de mener à bien cette coalition, il fallait
pour le moins obtenir la complicité active de la Syrie. Mais
le piège était par trop grossier: Damas avait aussitôt fait
valoir que le Continent né de la victoire de Salamine sur
la Perse était devenu un satellite gnomique d'Israël depuis
plus de soixante ans et qu'il appartenait maintenant à la
Turquie d'Allah de se substituer à une puissance grecque,
puis chrétienne devenue naine sous les aigles des légions
de l'étranger. Depuis quelque mois, la politique d'Ankara
était dirigée par un Talleyrand du Moyen Orient qui avait
su tisser des liens étroits entre l'ex empire ottoman et non
seulement Damas, Téhéran, la Chine et la Russie, mais également
avec l'élite politique européenne d'avant-garde qui refusait
de se laisser replacer par la France dans le sillage d'Israël
et de l'Amérique de G. W. Bush. Aussi l'Europe jouait-elle
sa survie sur la scène mondiale: si Israël parvenait à l'asservir
durablement à ses intérêts territoriaux au détriment du monde
musulman tout entier, Paris, Berlin et Londres se trouvaient
marginalisés, puis éliminés pour longtemps de l'histoire focale
de la planète et le Turquie prenait la tête des retrouvailles
de l'Europe avec sa souveraineté.
Aussi
vingt-quatre diplomates allemands en poste dans la région
avaient-ils signé une analyse angoissée de la situation, afin
de tenter de tirer la sonnette d'alarme à Berlin: si l'Allemagne,
écrivaient-ils, ne prenait pas d'urgence ses distances à l'égard
des intérêts locaux et obtus d'Israël, l'Occident tout entier
courait au désastre diplomatique - celui de s'assujettir aux
intérêts d'un Etat minuscule et combattu par une Amérique
redevenue relativement lucide.
Mais,
depuis 1945, la démocratie allemande n'avait pas retrouvé
une classe dirigeante au-dessus du médiocre. C'était sans
sourciller que Mme Merkel soutenait encore la thèse poussiéreuse
du Pentagone selon laquelle les vieilles bombes atomiques
américaines, mais entreposées sur le sol allemand par l'étranger
depuis 1945 demeuraient indispensables à la défense militaire
de l'Allemagne du début du IIIè millénaire. Naturellement
cette chancelière de transition dans l'histoire de la lente
et difficile renaissance allemande aurait été bien en peine
de nommer un adversaire des Germains de son temps sur la mappemonde
de G. W. Bush II et de M. Barack Obama.
Tel
est l'environnement international dans lequel l'Elysée courait
au désastre diplomatique. Pour en comprendre la nature et
la portée, un bref rappel du soubassement religieux et para
religieux de l'histoire mondiale se révèle nécessaire.
8
- L'imagination théologique du Président de la République
française 
Le
monothéisme mondial repose sur la croyance en l'existence
dans l'espace de trois idoles vaporeuses. Leurs doctrines,
leurs catéchismes et leurs cosmologies mythiques demeurent
radicalement incompatibles entre eux. A l'instar de ses deux
compagnons, le Dieu des chrétiens occupe nécessairement une
certaine étendue dans le vide de l'immensité, puisqu'il n'est
pas censé siéger seulement dans les encéphales; mais il est
le seul qui ait fécondé une vierge sans avoir renoncé à son
statut métaphorique, puis le seul à s'être attaché de siècle
en siècle à promouvoir la dignité et les compétences terrestres
de sa progéniture, au point qu'il l'a hissée progressivement
au rang d' égal à la fois mental et physique de son "père"
tout ensemble dans l'univers et dans l'Eglise censée l'incarner.
Le Dieu des musulmans s'appelle Allah. Son prophète, Muhammad,
que l'Occident appelle Mahomet, ne rivalise en rien avec le
statut réservé au créateur insaisissable des galaxies. Son
texte révélé s'appelle le Coran et Muhammad en est le seul
auteur. Le Dieu des Juifs s'appelle Jahvé. Son œuvre littéraire
est considérable. Elle comprend les trente neuf Livres de
l'Ancien Testament, tandis que les écrits sacrés
des chrétiens ne comprennent que quatre évangiles fort brefs,
assortis seulement de quelques Lettres de Saint
Paul aux diverses communautés de fidèles qu'il a fondées et
d'un court récit relatant les Actes des apôtres
au cours des premières années qui ont suivi la crucifixion
de leur prophète, le fils et l'égal de son géniteur cosmique.
Mais
il se trouve que la classe dirigeante française superficiellement
rationalisée par une laïcité au petit pied s'imagine qu'il
existerait une super divinité dont les prérogatives imprécises
réuniraient en sa seule personne les théologies résolument
antinomiques des trois divinités sus dites. Naturellement,
aucune théologie ne saurait formuler la doctrine et les apanages
spécifiques d'un créateur mythique du cosmos dont l'unicité
se révèlerait transcendante à celle de trois théologies rappelées
ci-dessus, qui sont trop en contradiction entre elles pour
jamais réussir à exprimer une vérité doctrinale unifiée. C'est
cette méconnaissance des rudiments doctrinaux des trois monothéismes
qui a conduit M. Nicolas Sarkozy à tenir à Ryad un discours
sur "Dieu" incohérent et inintelligible à la fois aux musulmans,
aux chrétiens et aux juifs, mais typiquement français, puisque
son statut est censé compatible avec une laïcité réduite à
un pur concept et vide de tout contenu saisissable et formulable.
Qui a inventé le "Dieu" des Français, qui a tenté de faire
de Paris le Saint Siège de la Révolution de 1789 dans le monde
entier ? Mme Mignon, une jeune conseillère de l'Elysée à la
fois fort pieuse et fort ignorante des théologies et de leur
histoire.
9
- Les embarras d'un roi arabe 
La
méconnaissance du contenu doctrinal, donc politique et historique
des trois religions monothéistes était allée jusqu'à faire
soutenir à un Quai d'Orsay égaré par cette conseillère que
les sectes elles-mêmes ne posaient aucun problème ni théologique
aux trois monothéismes, ni politiques à la super science religieuse
de la France laïque et républicaine. Aussi les premiers pas
dans l'histoire mondiale de l'hyper Créateur du Président
de la République française ont-ils révélé à la fois l'inculture
abyssale de la classe dirigeante de la nation de Descartes
dans l'ordre théopolitique et l'inintelligibilité théologique
de cette divinité de confection aux yeux des fidèles des trois
religions du Livre.
Naturellement, on ne saurait faire un pas dans la science
historique mondiale si l'on ignore le contenu de l'encéphale
des idoles et la signification anthropologique de leurs propositions
doctrinales. Tous les dieux sont des théoriciens chevronnés
d'eux-mêmes; et ils ne jouent jamais leur rôle d'acteurs éternels
du cosmos que par l'intercession d'une cosmologie mythique
qui leur appartient en propre et qui soutient leurs apanages
dans le néant, de sorte que le roi d'Arabie saoudite a été
surpris, pour ne pas dire plus, de ce que M. Sarkozy lui démontrât
avec les accents de la piété républicaine la plus vibrante
les vertus aussi grandioses que vides de tout contenu reconnaissable
tant du Dieu de la Croix que de celui du Coran et des juifs.
Comment donner un substrat politique et catéchétique quelconque
au dieu de Mme Mignon ? Comment adorer une sainteté qui ne
saurait que dire à aucun peuple marchant sur la terre? Comment
l'affubler de surcroît de tout l'appareil d'une Eglise et
d'un clergé réputé omniscient ? Comment faire de Paris le
Vatican et le centre conciliaire du dieu universel de M. Sarkozy?
Mais quand le roi Abdallah eut compris, primo que les
fumigènes d'une foi parisienne censée satisfaire "tout
le monde et son père", comme dit le fabuliste, se ramenaient
à l'encens verbifique d'un œcuménisme privé d'ossature politique,
secundo, que, sous les sabots du cheval de Troie du
Dieu de la potence, le Jahvé d'Israël, se tenait embusqué;
tertio que M. Nicolas Sarkozy, servait sans le dire
et peut-être sans s'en douter l'autel et les intérêts fort
temporels, eux, des fils d'Abraham; quarto , que l'alliance
des peuples riverains de la Méditerranée n'avait d'autre finalité
bien concrète que d'inclure Israël dans un pacte théo-politique
faussement séraphique et d'accorder une place hégémonique
à l'étoile de David dans un consortium théologique à la fois
émacié et griffu, quinto, que M. Sarkozy se prêtait
à un stratagème religieux fondé sur la fusion purement conceptuelle
des trois dieux prétendument uniques et qui ne partageaient
que quelques bribes d'une vieille cosmologie mythique, sexto,
que M. Nicolas Sarkozy ne connaissait pas un traître mot du
contenu cosmologique du trithéisme mondial, septimo,
qu'il était dupé en toute innocence par les rêveries de patronage
d'une dévote française ambitieuse d'unifier la planète des
songes religieux au profit d'une divinité dûment désossée
et mise en charpie, que croyez-vous que fit ce Salomon de
l'islam?
10
- Un roi arabe fort lettré 
Imaginons
un instant un roi arabe qui aurait lu Darwin, Freud, Voltaire
et quelques rudiments de la simianthropologie: il aurait alors
expliqué à M. Nicolas Sarkozy l'utilité de connaître quelques
secrets de la vie rêveuse d'une espèce dont ses mythes sacrés
illustrent le délire cérébral.
"Connaissez-vous,
lui aurait-il dit, le vers d'Horace: Quicquid délirant
reges, plectuntur Achivi (De tous temps les petits
ont pâti de la sottise des rois)? Remplacez seulement
les rois par les dieux et vous aurez en mains rien de moins
que la clé universelle de l'histoire de l'humanité. Mais si
vous renoncez à servir les trois dieux actuellement censés
en activité dans le vide du cosmos, si vous rejetez leurs
dialecticiens, leurs casuistes, leurs poètes, leurs mémorialistes,
leurs logiciens, leurs biographes, leurs greffiers, leurs
scribes, leurs généalogistes, leurs géographes, leurs climatologues,
leurs secrétaires, leurs historiens, leurs metteurs en scène,
leurs régisseurs et leurs gesticulateurs, vous les rendrez
muets comme des carpes ; et le silence qui tombera du haut
des Pyramides de l'Egypte éternelle fera de l'humanité le
sphinx de l'immensité.
"C'est pourquoi je vous conseille, Monsieur le Président,
de donner un contenu moral, juridique et cérébral à votre
religion à vous, que vous appelez la Démocratie et dont le
Muhammad s'appelle la Liberté, afin que votre science du ciel
de la laïcité vous renseigne suffisamment sur vous-même et
sur la France pour que la politique que votre nation voudrait
inspirer au monde ait en mains les cartes que vous avez oubliées
depuis 1905."
- Voir: Attention,
ce dialogue est piégé: il met en scène les enjeux anthropologiques
de la laïcité française - Périclès, Protagoras, Socrate,
21 décembre 2009
11
- Le retour à l'échiquier électoral
Quelques
mois plus tard, tous les dirigeants arabes tournaient le dos
à l'alliance rêvée par l'impéritie anthropologico-théologique
de la France de M. Sarkozy. Mais du moins une occasion nouvelle
était-elle donnée au Président de la République d'armer la
laïcité française d'une profondeur philosophique et politique
que le roi d'Arabie lui avait si généreusement souhaitée;
car, par un heureux concours de circonstances, le peuple suisse
avait rejeté le projet d'extension des minarets au pays de
Calvin, de Zwingli, de Luther et de l'armée des théologiens
catholiques de Fribourg, du Valais et du Tessin.
Aussi la naissance du recul intellectuel qu'appelait une anthropologie
critique naissante, donc l'apparition d'une radiographie capable
de se distancier des mythes religieux aurait-il pu donner
à la France un élan cérébral endormi depuis 1905. Mais, naturellement
la République de Walt Disney, du jogging en culottes courtes
sur les marches de l'Elysée et du Fouquet's n'était pas en
mesure de prendre acte de cette régénération en profondeur
de la culture humaniste et philosophique de l'Occident, bien
que celle-ci fût à bout de souffle, faute d'avoir su donner,
comme il est dit plus haut, à la loi de séparation de l'Eglise
et de l'Etat la postérité cérébrale que lui promettaient non
seulement les Diderot et les Voltaire, mais les "rationaux"
de la fin du XVIIe siècle. Comme M. Nicolas Sarkozy ignorait
tout de ces mystères, il a seulement mis encore davantage
en évidence la pauvreté intellectuelle de la laïcité française;
et dans cet esprit, il a ordonné à tous les musulmans du pays
d'afficher une "humble modestie en public".
Quel
était l'échiquier politique strictement électoraliste du chef
de l'Etat? D'un côté, il voyait que les Verts enfumés par
M. Cohn Bendit ne présentaient pas un grand péril pour la
droite ils faisaient seulement diversion au profit de l'Elysée,
parce que les rousseauistes modernes débauchaient davantage
les voix de la gauche que celles de la droite. Aussi le vrai
danger venait-il du Front National, qui pouvait paraître incarner
une "identité nationale" dont une laïcité décérébrée
et municipalisée constituait le pilier central.
Un demi siècle auparavant, les élites politiques de province
n'allaient déjà plus à la messe; mais leurs épouses s'y précipitaient,
parce que, dans les profondeurs, la République n'avait pas
encore rompu avec les traditions de l'autel. En 2009, en revanche,
la vulgate de la laïcité retrouvait une prégnance électorale
en province, parce que trois millions de musulmans tranchaient
sur le reste de la population tant par leurs coutumes cultuelles
et par l'ardeur de leurs prières que par leur sacrifice annuel
d'un mouton à Allah, ce qui avait exigé l' installation d'abattoirs
spécialisés afin d'interdire l' immolation de cet animal à
domicile.
12
- L'avenir philosophique de la laïcité 
Mais, naturellement, et dans le même temps, la laïcité acéphale
de la France se révélait un garrot diplomatique de de taille
sur la scène internationale, parce qu'Israël se frottait les
mains au spectacle d'un ostracisme au petit pied à l'égard
du culte musulman : quoi de plus efficace, pour diaboliser
l'Iran chiite et pour redonner une crédibilité politique et
militaire à la future bombe nucléaire de Téhéran face à celle
de Tel-Aviv, censée tomber en pâmoison au seul spectacle de
sa rivale persane? Je rappelle que l'imperceptible grain de
raison que Swift avait cru détecter dans l'encéphale des Yahous
n'a pas encore progressé au point que tous les Etats de la
planète eussent compris que deux singes suicidaires se neutralisent
nécessairement l'un l'autre.
Du
coup, la nation de Descartes et de Jean-François de Sales,
de Voltaire et de Péguy, de Diderot et de Claudel croisait
au large de la nouvelle Renaissance, qui aurait enseigné que
la "vie morale" de l'humanité n'avait jamais réellement
passé ni par le canal des religions officialisées ni par les
Eglises institutionnalisées, mais seulement par un approfondissement
progressif de la science des âmes et des cœurs . Le roi imaginaire
que j'ai cité et qui connaissait les proverbes latins sur
le bout des doigts en avait fait l'amère expérience: c'était
bien en vain qu'il avait tenté de réconcilier le Hamas et
le Fatah, c'était bien inutilement qu'il les avait conviés
à se rendre de conserve à La Mecque et de défendre saintement
leurs frères de Palestine au nom d'Allah "le tout puissant
et le miséricordieux". C'est que les trois dieux prétendument
uniques nonobstant leurs profonds désaccords théologiques
disposent de l'intelligence de la politique la plus profonde
dont leurs prophètes sont parvenus à les lester; et il se
trouve que ces prophètes sont, en réalité, des anthropologues
de génie. C'est à ce titre qu'ils donnent à un fantôme
des nues un sceptre et une tête, c'est à ce titre qu'ils
dotent l'idole de l'intelligence la plus pénétrante et de
la morale la plus haute qui se puissent concevoir à telle
époque et sur tels arpents bénits du globe terrestre.
A ce titre, le Allah qu'adorait le Hamas jouissait de la profondeur
du jugement des grands visionnaires de l'Histoire et de la
politique; car il savait, dans sa sagesse de logicien du ciel
des créatures, qu'on ne saurait priver à jamais un vieux peuple
de la terre de ses ancêtres. Le Allah du Fatah, de son côté,
n'était qu'un casuiste corrompu jusqu'à l'os. Ce nain vous
changeait Allah en un jésuite de l'Islam. Comment Allah se
déguiserait-il en politicien de province à la besace
lourde des écus de la trahison?
13
- Et Jahvé? 
Mais
si la vie morale de l'islam généreux passe par le cœur des
croyants souffrants des souffrances de leurs frères, qu'en
était-il de la matière grise et de l'âme Jahvé? Ce guerrier
de la première heure s'était proclamé le roi des glaives d'Israël.
Trois millénaires après ses premiers exploits sur les champs
de bataille, il pouvait dresser le constat que les fidèles
de la Croix et ceux du Coran avaient cadenassé leur âme et
que la clé de leur foi n'était plus que l'acier trempé de
leurs rituels et l'eau tiède de leurs liturgies notariales.
Mais il n'est pas de morale sans cervelle et qui ne scelle
une alliance profitable avec une politique; et il n'est pas
de politique privée de la vocation cérébrale d'approfondir
le "Connais-toi" d'un certain dialecticien qui but la ciguë
de la logique à Athènes en 399 avant notre ère .
Quant
à la laïcité, n'était-elle pas née d'une politique intelligente
et son éthique n'était-elle pas fondée sur une alliance mondiale
de la raison et du cœur? Si la France avait le courage de
rappeler à la planète que sa laïcité est philosophique et
qu'elle a vocation de redonner son destin socratique à la
philosophie, cette nation demeurerait la prophétesse du cerveau
humain, la fécondatrice de l'âme du monde et la semeuse du
blé de l'esprit.
On voit quels chemins de la réflexion sur les secrets de la
boîte osseuse des Yahous les relations que les Etats démocratiques
actuels entretiennent avec les peuples endormis et qualifiés
de libres à l'école de leur sommeil contraignent la philosophie
occidentale à emprunter, on voit quelle tournure dangereuse
la notion provisoirement assoupie de laïcité pourrait faire
prendre à la morale politique des dormeurs. Car l'islam de
la charia et le christianisme des cierges et des encensoirs
n'appellent ni du haut des minarets, ni du haut de la chaire
des Bourdaloue et des Bossuet les croyants du "dieu unique"
à boire aux sources ressuscitatives de la vie morale de l'humanité.
Quelles sont-elles? Pourquoi aucune Eglise n'est-elle sortie
de sa catalepsie pour marcher aux cotés des croisés de l'alliance
de la morale avec l'intelligence politique du monde qui a
élevé Gaza au rang de Mecque et de Saint Siège de l'humanité
le 27 décembre 2009?
14 - L'Europe
de l'éthique du monde 
En
vérité, le monde entier vit à l'heure d'un tournant décisif
de la réflexion sur l'alliance de la vie morale de l'humanité
avec le tragique de l'histoire. Car, pour la première fois,
la planète tout entière assiste au spectacle de la disqualification
religieuse ses Eglises et des théologies face à l'assassinat
d'un peuple privé d'Etat et qui demande à la communauté internationale
de lui accorder le statut d'une nation, d'un ciel et d'une
voix souverains. Mais, dans le même temps, quel privilège
aux yeux des prophètes de la raison que le spectacle de l'ubiquité
des images de la mort!
L'immoralité du monde est montée comme jamais sur les planches
du théâtre qu'on appelle l'Histoire! Ni la chute des dieux
antiques, ni la Réforme n'avaient illustré une telle orchestration
de l'alliance avortée de la politique avec la morale du singe
parlant. Trois oracles menteurs, la Liberté, le Vatican et
la Mecque sont entrés en scène. Mais déjà un autre acteur
les pousse dans les reins, le Titan qu'on appelle l'éthique.
Quel
sera le rôle de l'Europe et de la France dans cette seconde
Renaissance? Le Continent d'Athéna et d'Ulysse ne veille-t-il
pas sur le berceau le plus précieux de la politique, celui
de la première alliance de la raison avec la morale? Saluons
la nouvelle fontaine d'Aréthuse du "Connais-toi", saluons
le Bethléem du cœur, saluons Gaza, cette tombe et cette source
de l'Europe de l'éthique .
Post-scriptum,
Dimanche 27 décembre 8h20
Le
texte ci-dessus était en ligne lorsque le bulletin météorologique
ci-dessous en provenance de l'observatoire de la politique
internationale est arrivé sur mon ordinateur :
" La marche sur Gaza conduite par MM. Mandela et Desmond Tutu
a été interdite.
"Le
petit-fils de M. Jimmy Carter, prix Nobel de la paix et ancien
Président des Etats-Unis, voulant se faire élire Sénateur
a contraint son grand-père à présenter des excuses à Israël
.
"
MM. Moubarak et M. Obama font construire un mur d'acier entre
Gaza et l'Egypte avec la collaboration d'ingénieurs français.
"La radio de l'hexagone de ce matin a été orchestrée sur la
tonalité suivante : Gaza préparerait sur les tours de Tel-Aviv
un attentat sur le modèle de celui du 11 septembre 2001 sur
le World Trade Center. "
Le 27 décembre
2009