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Les origines animales du politique
1 - Politologie et Simianthropologie

 

2 - Les masques angéliques de la politique

La matrice originelle de l'autorité publique serait-elle simienne ? Dans ce cas, la véritable postérité intellectuelle de L'Origine des espèces serait l'interprétation évolutionniste ou statique du pouvoir politique simiohumain, ce qui renouvellerait entièrement , non seulement notre compréhension de la politique et de l'histoire, mais nos définitions de la notion de civilisation.

Mais pour que cette voie s'ouvre aux sciences humaines de demain, elles devront s'exercer au préalable à des analyses anthropologiques inédites de la notion de preuve expérimentale et de rationalité scientifique , afin d'inaugurer une réconciliation méthodologique de Darwin et de Freud .

Une telle recherche exige une psychanalyse de la notion d'intelligibilité qu'élabore l'encéphale simiohumain . La notion de vérité est-elle tributaire des exigence du corps semi animal ?


1 - le science politique et l'évolutionnisme
2 - La politique et le modèle du mâle dominant
3 - Le fondement simien du pouvoir démocratique
4 - L'apparition de l'espèce onirique et l'anthropologie politique
5 - La psychanalyse politique des sacrifices
6 - Comment expérimenter la transzoologie ?
7 - Quel est le champ d'expérimentation du transzoologique ?
8 - Le regard sur les idoles
9 - Le trépas du verbe comprendre
10 - Le regard transzoologique sur le zoologique

1 - La science politique et l'évolutionnisme

L'heure du sacrilège est proche où la simianthropologie débarquera dans les sciences humaines et dans la politologie d'une manière tellement heuristique qu'on s'étonnera de ce qu'il aura fallu attendre un siècle et demi après la parution de L'origine des espèces de Darwin et un siècle d'une éthologie purement descriptive des chimpanzés pour que le parallélisme évident entre les deux espèces en appelât à une interprétation politique de l'évolution du pouvoir social.

Chez les primates les plus proches de notre espèce, le chef s'impose par son intelligence , sa ruse et sa musculature. Son règne, d'une durée variable, le montre entouré d'une cour hiérarchisée et qui se fragilise au fur et à mesure du vieillissement du monarque. Chez l'homme actuel, ce modèle est demeuré central au point qu'il sert encore d'assise universelle au fonctionnement de la force publique. Mais la comparaison ne deviendra féconde que si l'on radiographie la constance de la logique interne qui commande le piétinement du schéma zoologique focal et apparemment évolutif qui assure le pilotage de la souveraineté artificielle que la collectivité exerce ou tente d'exercer sur ses membres, ce qui demande un examen serré et précis des métamorphoses culturelles isolées et des mutations psychogénétiques qui résultent de l'augmentation de leur capacité crânienne dont quelques spécimens seulement du genre simiohumain bénéficient à chaque siècle .

C'est ainsi qu'une centaine de millénaires seulement a permis de conduire le simianthrope à une démultiplication intense de ses tâches et à une diversification de plus en plus parcellaire des facultés cérébrales supérieures des individus. Aujourd'hui, la civilisation des sciences et des techniques repose entièrement sur la spécialisation extrême des encéphales et sur la sélection drastique des aptitudes intellectuelles d'exception. Déceler la permanence du fonctionnement animal du pouvoir politique de type simien, puis simiohumain sous les habillages qui en masquent désormais la constance exige l'acquisition d'une pré-compréhension de la généalogie des apprêts qui occulteront progressivement la pérennité de la matrice originelle de l'autorité politique.

2 - La politique et le modèle du mâle dominant

Pour tenter de comprendre la greffe du pouvoir simiohumain langagier sur le pouvoir simien aphasique des origines, il sera utile d'observer l'archétype zoologique tapi sous le régime démocratique, afin de mettre en évidence le creuset instinctuel commun aux deux espèces. Jules César observe que les Gaulois se présentent groupés autour de chefs de clans ou de factions soutenus par des gardes rapprochées qui leur servent de légionnaires entièrement dévoués à leur personne, mais qui changent d'obédience au gré des succès et des échecs des mâles dominants. Nous n'avons pas conservé la mémoire des strausskaniens , des fabiusiens, des ségolinistes, des jospinistes, des sarkozystes, des mitterandiens , des giscardiens, des chiraquiens, des pompidoliens du temps de la guerre des Gaules, mais le moule ou le creuset des chefferies provisoires qui régissent la vie politique des chimpanzés et des hommes n'a pas été brisé par l'évolution : alors que, chez les primates, le chef vaincu se retire dans la jungle, où il est bientôt dévoré par les fauves, seules les démocraties les plus évoluées assurent, du moins par temps calme, une survie décente et même quelquefois respectée des mâles ex-dominants. Encore faut-il qu'une mer apaisée assure un régime de croisière pacifié aux Etats de ce type. Quant aux régimes tyranniques, ils sont lancés en haute mer par nature : le souverain terrassé y subit un sort sanglant.

L'étude historique des transfigurations et de la permanence du fonctionnement politique de l'espèce simiohumaine exige donc qu'une véritable science simianthropologique élabore les méthodes et la problématique qui permettront de déceler, de décrire et d'interpréter les mutations apparemment transsimiennes du noyau primitif de l'autorité publique. Pour cela, il faut commencer par radiographier les composantes de la superposition manquée du régime démocratique au clanique et au tribal dont les deux espèces se partagent le germe neuronal. On en conclura, à titre provisoire, qu'il n'existe pas et qu'il ne pourra jamais exister de démocratie corse, qu'il n'existe pas et qu'il ne pourra jamais exister de démocratie sicilienne, qu'il n'existe pas et qu'il ne pourra jamais exister de démocratie arabe - le religieux est le lieu mythique où le clanique se dote d'une surréalité sacrée en mesure de reléguer l'esprit national à un rang subalterne - qu'il n'existe pas et qu'il ne pourra jamais exister de démocratie japonaise , parce qu'un Etat rationaliste ne saurait se fonder sur le culte d'un empereur tenu pour le fils du soleil, qu'il n'existe pas et qu'il ne pourra jamais exister de démocratie chinoise, parce qu'une nation fondée depuis quatre millénaires sur un mandarinat raffiné est incompatible avec le sceptre abstrait d'un messianisme et d'un apostolat chargé de porter sur les fonts baptismaux du politique une humanité idéalisée et universalisée par le mythe de la liberté.

Mais si l'on observe les fondements des démocraties dites effectives, on découvre que l'archétype simien du politique se reproduit tout au long de l'évolution de l'humanité transzoologique. Quel est le moule psychobiologique originel dont les Etats réputés démocratiques sont issus ? Observons la pérennité du creuset animal dans lequel les gouvernements démocratiques tenus pour authentiques sont coulés.

3 - Le fondement simien du pouvoir démocratique

En Angleterre, une monarchie devenue emblématique, mais dont l'autorité demeure entée sur celle du ciel chrétien depuis plus d'un millénaire fournit son assise sacerdotale et sa prêtrise à une démocratie articulée avec le mythe eschatologique du salut. Parallèlement à cette cosmologie religieuse, le chef du gouvernement dispose d'une chambre des députés montée sur ressorts et dont un bouton électrique permet de déclencher un vote unanime des marionnettes au service du mâle dominant . Au plus profond de cette mécanique, on retrouve le modèle du pouvoir simien, dont le règne transitoire , mais incontesté, assure la succession sans heurts des chefs au sein d'un monde relativement stabilisé.

Aux Etats-Unis , une chambre des représentants et un sénat habillent d'une cuirasse éphémère un président élu pour quatre ans ; mais sitôt que la nation affronte une mer tempétueuse, le congrès commence de mimer un sénat romain flottant et asservi aux empereurs du moment ; et il se détourne à petits pas d'un César titubant afin de sauver l'Etat et la nation d'un naufrage imminent ou prolongé. Ici encore , on voit clairement les modalités diverses qui assurent la constance du modèle simien originel : chez les chimpanzés aussi, les candidats à la succession précipitée du souverain piétinent dans l'ombre et guettent les faux-pas et les signes d'exténuation du mâle velu.

Dans toutes les démocraties, la contrainte politique majeure à laquelle les sociétés simiennes sont soumises est d'assurer la pérennité et l'apparence d'infaillibilité d'un pouvoir consensuel et fragile, tout en exorcisant la menace permanente d'une tyrannie viscéralement attachée à la longévité du chef. En France et en Angleterre, l'accession à un équilibre idéal entre ces deux périls a longtemps paru réalisable par le recours à la monarchie héréditaire . Mais l'expérience de l'histoire mémorisée par l'écriture n'a pas tardé à démontrer que les sceptres transmissibles d'une génération à la suivante se corrompent ou se liquéfient irrémédiablement et que la dégénérescence guette une paix publique conquise par l'artifice branlant de la royauté. Aussi, depuis la chute de la monarchie, la Gaule a-t-elle retrouvé sous d'autres apparences les mêmes chefferies locales et les mêmes milices verbales fort bien décrites par César dans le Bellum gallicum, tandis que l'Angleterre, mise en bocal par son insularité, s'accommode désormais d'une légitimité monarchique pour bande dessinée.

Passons à l'observations du schéma simien sous-jacent à la politique transzoologique en nous mettant un instant en apprentissage à l'école et à l'écoute de deux puissants empires, le romain et l'espagnol. On y voit un gigantisme asthénique se réclamer d'un chef armé jusqu'aux dents , puis l'édifice guerrier lentement construit sur les champs de bataille se fractionner et se dissoudre dans les retrouvailles du naufrage politique avec le tribalisme originel. Mais la démocratie athénienne et l'oligarchie spartiate ne reproduisent-elles pas le même modèle d'expansion et d'effondrement inhérent à la logique interne du pouvoir simien? Une souveraineté démocratique effective n'a été bénéfique en Grèce que pendant les deux décennies de soumission de l'électorat populaire à un règne de type monarchique - celui de Périclès. Quant à la cité des bords de l'Eurotas, dont la fierté farouche refusait l'enceinte des murailles, le rempart des poitrines y a été brisé par les Macédoniens d'Alexandre, tellement l'oscillation des cités entre les glaives au tranchant ébréché et la chute dans les débâcles prolongées reproduit le modèle originel des sociétés de chimpanzés dont seule l'absence des armes de la mémoire que l'écriture a forgées nous interdit de raconter l'histoire.

4 - L'apparition de l'espèce onirique et l'anthropologie politique

C'est dire combien une anthropologie critique vouée à l'examen généalogique du politique simiohumain est une discipline appelée par sa logique interne à interpréter le débarquement dans l'encéphale du chimpanzé de mondes imaginaires viscéralement tenus pour réels. L'irruption progressive du fantastique religieux dans les neurones d'un animal évolutif s'est révélée à la fois bénéfique et malencontreuse, parce que, d'un côté, elle a provoqué la chute des politiques de sens rassis dans les apories psychobiologiques d'une espèce livrée à un onirisme armé, de l'autre, elle a permis l'apparition d'une distanciation intellectuelle embryonnaire , mais prometteuse d'un recul de plus en plus transanimal du regard, - car une espèce qui a appris à s'observer avec les yeux de l'idole qu'elle a sécrétée se voit dans le miroir d'une identité collective dès lors censée la surplomber et se met en apprentissage des contraintes politiques nécessaires à sa survie.

La boîte osseuse du chimpanzé n'est habitée en rien par des mondes fabuleux. Comment des récits délirants se sont-ils peu à peu domiciliés dans la conque cérébrale d'un animal désormais livré à un accroissement du volume de son cerveau qui l'a rendu de plus en plus désespérément schizoïde ? Après plusieurs millénaires d'une folie qui avait fini par scinder le crâne d'un vivant désormais déstabilisé et ballotté entre le monde et le rêve, cette espèce a poursuivi le lent accroissement du cubage de son encéphale, mais de telle sorte que celui-ci s'est, au contraire , peu à peu vidé des représentations mythologiques du monde extérieur qu'il avait accumulées sous la meule des siècles. Néanmoins, son évasion partielle du monde des images a laissé le simianthrope dépourvu de toute conscience de la portée anthropologique de l'inversion radicale des notions mêmes de raison, d'entendement et d'intelligence dont il avait été habité et qui semblaient s'être inscrites dans ses neurones à titre héréditaire.

Pour tenter de comprendre une étape aussi extraordinaire de l'évolution du cerveau simiohumain, il convient d'observer à nouveaux frais les fondements politiques de l'apparition , puis de l'extension continue de songes cosmologiques terrifiants ou immunitaires dans l'encéphale effaré d'un animal devenu théologien à titre psychobiologique et qui le demeure à quatre-vingt dix-huit ou à cent pour cent dans certaines régions du globe. C'est que le chimpanzé devenu simio-réflexif a découvert le dédoublement de son destin entre un acteur et un otage de l'univers; et il a commencé d'aménager mentalement son statut alterné de prédateur et de proie. Du coup, il s'est trouvé mis en demeure de négocier les conditions de sa survie ou de sa prospérité avec les ennemis invisibles qui disposaient de sa nourriture et l'agressaient à leur gré sans jamais seulement condescendre à se montrer en chair et en os .

5 - La psychanalyse politique des sacrifices

Chateaubriand remarquait déjà que la religion est née des sacrifices , et non l'inverse, parce que les arrangements tantôt impérieux, tantôt humbles et suppliants du groupe avec les " forces obscures " ont nécessairement précédé les champignons cérébraux qu'on appelle des théologies. Non seulement celles-ci ont peu à peu privé Jahvé de ses bras et de ses jambes, mais elles ont fait croire à leurs fidèles que l'idole existerait bien davantage de s'en trouver dépourvue.

On sait que les offrandes payantes, donc les rémunérations proposées aux idoles se divisent encore de nos jours entre les propitiatoires ou anticipatives, qui sont destinées à rémunérer d'avance la bienveillance achetée des personnages imaginaires désormais émaciés, mais censés subsister dans le vide de l'espace, et les satisfactoires, qui sont destinées à combler après coup et à titre de réparations tardives les exigences bien connues des souverains insaisissables tapis dans le cosmos. On sait également que la prospérité du simianthrope d'il y a seulement deux mille ans l'avait tout subitement fait tomber dans une telle pingrerie qu'il n'offrait plus à ses maîtres inégalement vaporisés dans l'atmosphère que de titanesques tributs de troupeaux en lieu et place des congénères à la chair délicate qu'égorgeaient autrefois à la gloire de leurs idoles tous les simiohumains de la terre. Des trois dieux gastronomes que l'Occident tient encore pour existants, l'un se contente désormais de consommer des moutons ou leur graisse , le second demande à ses fidèles de se partager l'animal et d'en donner une part aux pauvres. Seul le troisième s'obstine à réclamer que le sang coule sur l'autel et que sa propre progéniture lui en fournisse le tribut.

Du coup, l'idole chrétienne est devenue schizoïde à l'école de sa créature en ce que la moitié seulement de son cerveau condamne désormais avec force l'assassinat de la croix, tandis que l'autre réclame jour après jour et siècle après siècle la chair et le sang fournis par une potence. Comme elle y met une insistance extrême, la psychanalyse anthropologique du meurtre religieux chosifié - que l'Eglise appelle un " vrai et réel sacrifice " - se révèle la clé d'une politologie ambitieuse de se rendre réellement scientifique. Comment se fait-il que le gorille sacrificateur s'applique à proclamer réel , au sens physique du terme , l'immolation d'une victime humaine sur ses offertoires? Comment se fait-il que le chimpanzé des autels proclame bénéfique la potion matérielle du sang et la déglutition effective de la substance charnelle de l'un de ses congénères? On comprend que si les sciences humaines d'aujourd'hui sont demeurées aussi inaptes que la psychologie du Moyen Age à décrypter l'énigme de cette double succulence, aucune interprétation rationnelle de l'évolutionnisme ne sera possible; car si le débarquement tardif de démiurges, de régisseurs et de plénipotentiaires de l'infini dans l'encéphale des singes anthropoïdes a rendu de plus en plus dichotomique la politique d'un animal devenu semi cogitant à l'école du tragique dédoublement de sa boîte osseuse dans le cosmos, on comprend que toutes les démocraties, même dites laïques, soient demeurées secrètement à l'écoute des cellules et de l'hémoglobine de la bête du sacrifice.

La mutation du capital psychobiologique originel du chimpanzé et la conversion de cette variété de primates à des formes oniriques de sa vie politique a ensuite dépassé la phase exclusivement immolatoire du sacré pour devenir finaliste sur le modèle d'une cosmologie messianisée. Toutes les religions eschatologiques sont dites salvatrices ou libératrices. A ce titre, elles sont l'expression d'une pulsion psychogénétique centrale, celle de transcender progressivement la notion animale de " vérité " installée dans le cerveau simiohumain, alors que la confusion radicale entre le réel et le signifiant dont la pensée actuelle demeure la victime continue de démontrer l'incapacité cérébrale native des évadés de la zoologie d'observer l'animalité spécifique de leur définition de la vérité. Celle-ci résulte de ce que l'évolution a rendu de plus en plus demandeur de la prébende de l'immortalité un vivant que son dédoublement cérébral a livré à une terreur grandissante devant la mort. Cette métamorphose de la panique se révèle la clé d'un décryptage transzoologique du sacré simiohumain.

6 - Comment expérimenter la transzoologie ?

Puisque la bête non encore rémunérée par ses autels ne saurait se regarder en son animalité proprement théologique, quels critères, irréfutables à ses yeux, la simiohumanité récompensée et punie par des dieux se donnera-t-elle afin d'observer sa spécificité du dehors? Pour y parvenir, il faudrait que le simianthrope fût d'ores et déjà devenu peu ou prou transcendant à lui-même, donc qu'il dépassât de quelque manière ses frontières cérébrales. Or, l'histoire psychobiologique des interprétations scientifiques du grossissement du crâne du chimpanzé démontre justement que les critères qui ont pu faire croire aux anthropologues d'autrefois qu'ils disposaient de la formule magique qui leur permettait de séparer à coup sûr la nature de l'homme de celle de l'animal sont encore en cours de dégrossissement. On sait que pendant près d'un siècle, l'usage du feu et la capacité de fabriquer des outils rudimentaires ont paru des preuves indubitables de ce que l'humanité se serait évadée de la zoologie et qu'elle aurait conquis son statut irréversible . Puis les progrès de l'éthologie des chimpanzés ont permis d'établir que cette espèce se forge des outils , de sorte qu'il aurait fallu se hâter de doter les sciences prématurément qualifiées d'humaines des armes cérébrales capables de déterminer avec précision à partir de quel degré de complexité l'outillage simien sera censé nous avoir fait passer d'une espèce à une autre et si nous sommes appelés à changer une fois encore de statut et de rang dans le cosmos à force de perfectionner inlassablement nos outils.

Mais pour réussir ce premier tour de force, le cerveau simiohumain devra s'être pourvu de la capacité élémentaire de radiographier les problématiques simiohumaines qui sous-tendent les questions posées par la simiohumanité. Il faudra donc parvenir à radiographier les motivations inconscientes qui contraignent le simianthrope à qualifier d'intelligent un instrument devenu plus performant que ceux des chimpanzés - ce qui exige un embryon de réflexion transzoologique sur l'animalité spécifique des définitions instrumentalisées de la "vérité". Le profitable et le vrai seraient-ils des jumeaux monozygotes? Alors, les preuves animales de la vérité seraient ventrales et il faudrait radiographier les pactes finalisés des corps avec les cerveaux.

Si les idoles sont des outils mentaux hautement profitables et si leur efficacité politique résulte de leur performance principale - celle de dédoubler l'animal entre le " ciel " et la terre afin de lui fournir des interlocuteurs payants, donc conçus à son " image et ressemblance " - la question posée par la simianthropologie sera de savoir comment le singe-homme parviendra à observer sa propre animalité dûment réfléchie dans les miroirs rudimentaires que des êtres irréels lui tendront du haut du ciel et qui combleront le besoin incoercible de son cerveau de se donner des vis-à-vis fantastiques, ce qui suppose que ses neurones seront devenus capables d'observer les traits principaux de l'animalité relativement cérébralisée commune à ses trois dieux dits uniques.

Quelle sera l'arme de la raison imperceptiblement transzoologique qui permettra à l'enfance de l'humanité d'examiner du dehors la bête céleste dont l'Eden démasquera peu à peu l'animalité spécifique ? Il y faudra un organe de la vision de plus en plus étranger à l'œil simiohumain , ce qui transformera les interprétations hâtivement qualifiées de scientifiques d'aujourd'hui , mais demeurées inconsciemment infantiles de l'évolutionnisme, en moyens nouveaux de déjouer les pièges de la raison dite expérimentale, puisque celle-ci sera condamnée à dépasser sans cesse l'anthropomorphisme viscéral de la notion même d' " expérience " appliquée à une vérité abusivement préprédéfinie comme " le profitable ". Comment apprendre à s'auto-spectrographier dans le miroir d'une animalité qui enfante des signifiants à son école, sinon par l'élaboration d'une science de l'inconscient zoologique des preuves simiohumaines ?

7 - Quel est le champ d'expérimentation du transzoologique ?

Puisqu'en tous temps et en tous lieux, le politique simiohumain se manifeste sous la forme fissurée du sacré - du " séparé ", dit le latin - et puisque cette dichotomie native scinde le mâle dominant et la horde entre un animal physiquement présent d'un côté et son effigie sublimée dans les nues, de l'autre, il s'agit d'interpréter le destin cérébral d'une espèce vouée à afficher le masque qui lui servira de leurre et qui lui fera croire sans cesse qu'il se serait effectivement évadé du règne animal, alors que ses doublures vaporeuses dans le cosmos ne font jamais que reproduire le noyau inchangeable du politique simien, celui de la légitimation et de la délégitimation alternées du chef tribal.

Pour tenter de comprendre le dédoublement du sujet simiohumain dans un sacré à la fois angélisé et meurtrier, il faudra mettre l'idole sur la sellette de l'angoisse dont elle se révèle nécessairement la proie à son tour et qu'elle se cache inconsciemment à elle-même. La terreur qu'éprouve la divinité simiohumaine de se dédoubler inutilement dans le vide de l'immensité s'enracine dans la zoologie du seul fait que le sosie cosmologique de la créature illustre la peur collective d'une espèce larguée dans le néant et qui y cherche de toutes ses forces un interlocuteur rassurant et protecteur. C'est pourquoi l'idole illustre le rêve de conquérir leur autonomie psychique qui hante les chefs simiohumains ; car ils peinent à assumer leur solitude dans un cosmos désespérément privé de garant paradigmatique . L'idole qui s'y essaie à l'école de ses théoriciens n'y parvient qu'en tombant dans le ridicule du panthéisme. Comment parviendrait-elle à remplir l'immensité, sinon en s'égalant à son volume ?

Du coup, ses embarras théologiques commencent d'éclairer les tréfonds de ses adorateurs biphasés ; car le simianthrope qui s'agenouillera devant l'idole se nourrira de sa propre image dupliquée dans le cosmos , et il en sera réduit à consommer sa propre effigie dichotomisée dans le néant. Le meilleur modèle en sera l'homme-dieu ou le dieu-homme, dont les analystes du XVIe siècle s'attachaient encore à démontrer qu'il s'agissait bel et bien d'un homme en chair et en os et qui en donnaient pour preuves qu'il avait été conçu dans l'utérus d'une femme, qu'il était né dans les temps requis par la gestation d'un embryon dans le ventre d'une femme enceinte, qu'il se déclarait un fils d'Adam, qu'il avait grandi au rythme habituel (adolescit solitis aetatus dictibus) qu'il dormait, qu'il se nourrissait , qu'il avait soif, qu'il avait faim, qu'il se fatiguait en chemin, qu'il était l'objet d'affects humains , puisqu'il se fâchait, qu'il pleurait, qu'il était troublé et qu'il souffrait sous la torture (humanis affectibus tangitur).

Quant aux preuves de sa divinité, elles semblaient beaucoup plus faciles à établir, puisqu'il était évident qu'il était né du Saint Esprit, qu'il avait été conçu sans coït (citra virilem operam) , qu'il prouvait sa divinité à faire des miracles, qu'il se déclarait envoyé par le ciel et proclamait que le créateur était son Père . Or, cette bipolarité psychophysiologique s'appuie sur la logique interne du mythe du salut: Erasme lui-même souligne que s'il était seulement un homme, personne n'espérerait recevoir de lui la vie éternelle et que s'il n'était qu'un dieu, personne ne croirait à ses souffrances . La théologie enregistre la nature bipolaire du simianthrope et, à ce titre, elle deviendra une source de documentation décisive aux yeux d'une anthropologie scientifique un peu moins superficielle que celle qui ignore tout de l'inconscient simiohumain de la politique et de l'histoire.

8 - Le regard sur les idoles

Le simianthrope n'est pas encore en mesure de s'apitoyer sur l'infirmité de son idole , il n'a pas encore appris à la délivrer de l'isolement dont elle souffre , il n'est pas encore devenu charitable à son égard, parce qu'il n'a pas encore radiographié son invalidité cérébrale. Quand il sera devenu " tout puissant et miséricordieux " à sa place, il observera la sottise de son " créateur ", parce qu' il s'apostrophera, lui aussi, dans le néant. L'heure approche où il verra comment la divinité s'est calquée sur le modèle d'un chimpanzé devenu peureux dans le vide et le silence de l'infini et qui tente d'exorciser la mort à l'école de ses désirs.

Voyez comme l'idole commence de se débattre sous le regard de l'intelligence transzoologique de sa créature, voyez comme elle trépigne à revendiquer son autonomie de pacotille dans le cosmos, voyez comme elle tente vainement de tuer sa solitude dans une éternité de paille, voyez comme l'espace la traque et la condamne à diviniser la matière afin de s'emparer du temps dont elle se trouve habitée, voyez avec quelle obstination elle réclame de la chair à manger et du sang à boire afin de se rembourser du cadeau de l'immortalité de confection qu'elle a fait à la créature. Mais elle échoue à prendre à sa charge l'évanouissement inexorable des corps dans le trépas. Quel est le prix dont elle demande le paiement en échange d'une grâce truquée, un mouton ou un homme ?

Observez maintenant de plus près encore la ruse de l'idole: elle ira jusqu'à feindre de se sacrifier de bon cœur pour le salut du simianthrope, elle ira jusqu'à faire semblant de se déclarer l'alter ego de ses imitateurs. Mais tel est précisément le génie des chefs simiohumains : ils ont tous l'air de s'abaisser devant leurs sujets afin de régner plus sûrement sur leur charpente. Que vaut le fardeau des ossements de l'immortalité que l'idole prétend avoir pris sur son dos, s'il lui a fallu, la pauvresse, recourir au subterfuge de se confondre à la totalité du vide afin de se donner une ubiquité de carton pâte? Son embarras est grand ; car si elle se risque à n'occuper qu'une parcelle infime de l'immensité pour être née d'un utérus, quels seront les contours d'un dieu localisé ? Il faudra que le christianisme lui donne un squelette sur la terre et qu'elle le reproduise intact dans le ciel, ce qui est démontré tout au long par saint Thomas.

La simianthropologie constitue les théologies en documents indispensables aux sciences humaines de demain. A ce titre, elle psychanalyse l'idole à l'école de la logique interne d'un animal condamné à conférer l'immortalité à ses viscères ressuscités. Quand l'intelligence transzoologique commence de dresser l'oreille, elle apostrophe l'idole en ces termes: " Je vois le commerce auquel tu te livres. Tu es la banque centrale des dieux de bazar des chimpanzés . Toi et ta créature, vous vous accordez l'un à l'autre votre pitance, toi et ta créature, vous faites décidément la paire. "

9 - Le trépas du verbe comprendre

Les étapes de la vie onirique des bouchers du sacrifice ne commencent-elles pas de se préciser ? Nous avions déjà remarqué que Jahvé avait fini par perdre bras et jambes dans le cosmos. Mais comment se fait-il que le chimpanzé du ciel les ait retrouvés pendant plus de quinze siècles, et cela non seulement dans le ciel des chrétiens, où cet évadé de la jungle était représenté assis sur un trône d'or et entouré de sa garde rapprochée d'anges et de séraphins , mais également sous les traits de son propre fils, qui l'avait progressivement incarné sur cette terre ? Impossible de se le cacher plus longtemps : la religion de la croix a retrouvé l'estomac, le foie, la rate et tous les organes du chimpanzé en chef .

L'ère zoologique de l'évolution de notre espèce va-t-elle s'achever sur l'apothéose d'un tel dieu ? Mais que se passera-t-il quand l'idole se décorporera entièrement ? Quel sera le statut de la transanimalité de l'esprit ? Certes, elle semblera quitter le modèle simien originel du mâle entouré de sa cour toisonnée, puis celui de sa réplique biblique. Mais, du coup, elle se vaporisera et son sceptre tombera en quenouille, tellement une idole décorporée ne trouve pas sa place dans la politique et dans l'histoire semi zoologique du simianthrope. Mais alors, qu'adviendra-t-il du verbe comprendre ? Si une divinité pouvait exister, comment se nicherait-elle après coup dans l'espace et dans le temps qu'elle aurait créés et comment en ferait-elle sa demeure ? Pauvre idole, qui te fabrique un domicile dans l'étendue et la durée! Voyez comme elle se trémousse dans le temps qui l'a enjôlée, voyez ses soubresauts dans l'espace qui l'abrite, voyez ses reptations, ses contorsions , ses gesticulations sous le calame de ses appariteurs.

Il ne lui reste donc d'autre ressource que de tenter de camoufler sa véritable nature sous des vêtements achetés au marché ; il ne lui reste donc plus qu'à se poser à la fois en souveraine et en victime, en donatrice et en prédatrice, en corne d'abondance et en autorité punitive. Et pourtant, jamais elle ne parviendra à cacher à ses Daniel ou à ses Isaïe futurs qu'elle sort tout droit des officines du simianthrope et que cet animal projette dans le cosmos la bancalité du chimpanzé dont il est issu! Mais cette dichotomie n'est-elle pas la clé de l'infirmité des nations et des peuples ? Le citoyen ne se rassasie-t-il pas du spectacle de sa propre image réfléchie dans le personnage collectif qui le surplombe et qui s'appelle maintenant l'Etat ? L'homme et sa politique ne sont-ils pas devenus l'un à l'autre leur propre serviteur et leur propre maître ? Ne s'appliquent-ils pas à se donner réciproquement l'accolade? Ne se posent-ils pas en interlocuteurs de leur propre immortalité ? M. Perrichon disait au prétendant de sa fille qu'il croyait avoir sauvé de la mort: " Je vous ai sauvé la vie, je ne l'oublierai jamais ". L'idole dit à l'homme : " Je t'ai sauvé de ta mortalité, sache que je ne suis pas près de l'oublier. Pour prix du service mémorable que je t'ai rendu, tu m'adoreras, tu m'obéiras, tu me reconnaîtras à jamais pour ton chef et ton maître, tu scelleras une alliance impérissable avec mon sceptre et ma puissance. Je t'ordonne de manger sans fin la chair et de boire sans fin le sang de ta politique et de la mienne sur mes autels; je t'ordonne de partager avec moi la victime immolée que tu seras devenue à toi-même dans la geôle de l'espace et du temps dans laquelle je t'ai enfermé. "

Le regard transzoologique qui aura conquis son extériorité à observer du dehors les ressorts les plus cachés de l'inconscient politique de l'idole simiohumaine sera-t-il le dernier outil, celui de l'intelligence transanimale? Mais alors, qui signifiera l'auto-immolation truquée de l'idole sous le poignard du chimpanzé devenu sacrificateur ? Voici que nous observons au microscope l'outil cérébral des gorilles de l'autel. Ils prétendaient délivrer à flux continu l'animal effaré par sa solitude et sa mort dans l'étendue. Mais l'histoire des critères qui tentaient d'apercevoir la ligne de démarcation entre l'homme et l'animal nous renvoie seulement à un type d'animalité transcendant à notre animalité d'hier et qu'il nous faudra apprendre à déchiffrer à son tour. Avec quelle lentille apercevrons-nous cet animal-là ? L'enracinement des sacrifices religieux dans la zoologie s'observera au télescope. Comme nous sommes loin de la distinction entre l'homme et l'animal grossièrement tracée par Darwin !

10 - Le regard transzoologique sur le zoologique

Pour tenter d'accéder à la problématique transanimale qui seule permettra l'expérimentation scientifique de l'animalité spécifique de l'homme, il faut se demander si les masques religieux simiohumains obéissent à un modèle universel. Or, ils sont tous de type angélique; et c'est précisément à ce titre qu'ils commencent de donner à la postérité de Darwin et de Freud une fécondité politologique inattendue; car Darwin et Freud nous reconduisent à l'enfance du genre simiohumain . Or, il se trouve que, non seulement le christianisme se fonde sur la divinisation d'un enfant, mais la Chine impériale élevait, elle aussi, au rang d'empereur un enfant sacralisé devant lequel les hauts dignitaires de l'empire du Milieu se prosternaient la face contre terre; et Rome avait fait nourrir par une louve deux enfants mythologiques dont les descendants allaient assurer la grandeur de la ville éternelle. La simianthropologie trans-zoologique qui tentera de décrypter le modèle animal qui assure la sanctification du mâle fondateur simien fera-t-il de l'adoration aveugle d'un berceau le creuset de l'innocence rêvée du politique?

Les dieux grecs étaient demeurés des partenaires et des négociateurs vitrifiés dans un ordre politique non encore innocenté, de sorte que le simianthrope traitait pied à pied avec des spécialistes cosmiques de la mer, de l'agriculture ou de l'armée . Mais, avec l'apparition des cosmologies mythiques de type messianique, suivie de la mutation de la démocratie mondiale en une eschatologie politique américaine, le destin anthropologique de la politologie l'appellera à des spectrographies du despotisme et de la tyrannie de type édénique qu'exerce désormais le mythe autrefois chatoyant de la liberté. Il s'agira de scanner, siècle après siècle, l'encéphale masqué de l'animal armé des anges verbaux que les démocraties font voleter dans le ciel de leur animalité invisible - celle d'un prédateur innocenté et devenu séraphique à l'école de ses idéalités armées jusqu'aux dents. Le regard transanimal sur le sacré simiohumain révèlera que le pouvoir politique qu'exerce un ciel schizoïde est au cœur d'une demi conscience de l'histoire dont l'examen de ses contradictions internes est en cours, parce que le destin des nations rendues immaculées par leurs idéalités obéit à la dramaturgie pathétique d'un animal condamné à tremper ses ailes dans le sang.

Ouvrir un œil transanimal sur l'agonie actuelle de la civilisation de la pensée critique - elle aura duré de Platon à Freud - est peut-être un commencement, celui d'une mutation radicale de l'intelligence simiohumaine; peut-être l'apparition d'un recul nouveau du regard que l'animal est capable de porter sur sa propre animalité auto-innocentée sous le sceptre de la démocratie est-elle le berceau du "spirituel" qu'on appelait autrefois la vision ; peut-être la vision sur l'animal en tant que tel est-elle l'échelle de Jacob de la pensée logique que le singe-homme d'autrefois n'avait pas tout à fait tort d'appeler l'esprit.

Ma prochaine réflexion portera sur l'application de la simiologie à la géopolitique contemporaine.

12 février 2007