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L'empire américain face à la France et à l'Europe

 

L'heure approche où la question du destin de la France et de l'Europe débarquera en force dans l'hexagone et rendra secondaires jusqu'au dérisoire les myopies du débat politique au quotidien. Alors la question décisive se posera : "Qu'est-ce qu'un homme d'Etat ? Quelle est la vision du monde qui lui donne la stature requise par l'histoire de son temps ? En quoi et pourquoi Nicolas Sarkozy n'est-il pas un homme d'Etat ? "

Pour tenter de le comprendre, il faut se demander quelle est la différence entre le récit catéchétique et le récit historique réfléchi dans le miroir d'une anthropologie critique et comment l'histoire de l'Amérique face à la France et à l'Europe sera racontée aux adultes de demain.

L'heure de faire le point
1 - La défaite de 1940 et la naissance d'un antisémitisme nationaliste. La philosophie du décret Crémieux
2 - La chute de deux mythologies politiques
3 - Le Général de Gaulle, visionnaire de l'après-guerre
4 - La IV ème République et son allégeance à l'étranger
5 - Le retour du Général de Gaulle et l'infirmité de la science historique du XXe siècle
6 - Le général de Gaulle entre deux mondes
7 - La découverte de l'inconscient anthropologique du christianisme
8 - La vassalisation rampante et la démocratie
9 - Une tentative de percée diplomatique française
10 - Un rappel des lois de l'histoire : les origines de la justice d'Etat
11 - Le débarquement de la télévision dans l'histoire
12 - Les premières observations des comportements du cerveau simiohumain
13 - Le naufrage du droit international
14 - Le réveil de la raison européenne
15 - La vocation des grands Etats
16 - Un Talleyrand de la démocratie
17 - Le microscope et le télescope de l'histoire
18 - Les " résurrecteurs " (Victor Hugo) de la Turquie
19 - Vers une psychanalyse de la cécité de l'histoire
20 - Les nouveaux historiens et l'Iran
21 - Le courage des nouveaux historiens
22 - Le retour de Descartes
Conclusion

L'heure de faire le point

Au jugement des historiens de demain et d'après demain, on ne voit pas quelle date comptera davantage dans une histoire réfléchie de la France et de l'Europe que le 24 septembre 2005, parce que, ce jour-là, le parti de la majorité gouvernementale, qu'on désignait sous le sigle de l'UMP, avait débattu pour la première fois de l'avenir réel de l'Europe, et cela dans l'indifférence générale de la presse et de l'opinion publique . Le représentant quasi officiel des intérêts de l'empire américain en Europe et en France, un certain Nicolas Sarkozy, avait proposé à ses partisans que le Vieux Continent construisît son destin politique sur le socle d'une alliance de six grands Etats : la France, l'Allemagne, l'Angleterre, l'Italie, l'Espagne et la Pologne.

Il faut savoir qu'en ce temps-là, ce Nicolas Sarkozy occupait le rang de Ministre d'Etat et qu'il se présentait avec deux ans d'avance en candidat fébrile à la Présidence de la République. Cette ambition, qu'il ne songeait pas à cacher, l'avait conduit à se vanter à New-York qu'on l'appelât " Sarkozy l'Américain " dans son pays. Il était donc décisif, en ce 24 septembre 2005, de savoir si la majorité d'un Parlement de droite sous un gouvernement de la Vème République renierait l'héritage national du gaullisme et se rallierait au parti de l'étranger, parce que tout le monde voyait clairement que, sur les six Etats censés assurer l'avenir politique de l'Europe , cinq - l'Angleterre, l'Italie, l'Allemagne d'Angela Merkel, dont Nicolas Sarkozy avait chaudement soutenu la candidature à la succession du Chancelier Schöder - et enfin une France dirigée par un tel homme laisseraient l'Espagne défendre seule la souveraineté du Vieux Monde.

Or, contrairement à toute attente, Edouard Balladur, l'homme politique dont Nicolas Sarkozy avait organisé la candidature présidentielle en 1993 et dont il se voulait l'héritier avait pris vigoureusement le contrepied du programme du naufrageur de la France et dénoncé à mots couverts, mais audibles à tous la vassalisation progressive de l'Europe par l'Amérique à laquelle conduisait la diplomatie proposée par son ancien protégé.

Pourquoi était-il évident que les historiens futurs de la France et de l'Europe allaient considérer la contre-offensive du dernier Premier Ministre d'un François Mitterrand réduit au rang de figurant depuis la défaite électorale de la gauche en 1995 pour une date-clé de l'histoire de la lente reconquête de son destin par un continent marginalisé sur la scène du monde ? Parce que, pour la première fois depuis 1945 , le cœur de la politique mondiale se mettait à battre sur le sol français , pour la première fois la vie politique réelle de la planète débarquait dans l'hexagone, pour la première fois, l'histoire du globe prenait rendez-vous avec celle des nations et des peuples, pour la première fois, la France parlementaire quittait l'enceinte municipale de la politique pour entrer dans l'arène où s'affrontent les mastodontes de l'histoire qu'on appelle des empires.

Or, à la même date, l'empire américain commençait de faire eau de toutes parts : le soutien de la Russie et de la Chine à l'Iran avait tiré l'Europe du mauvais pas dans lequel elle s'était mise pour avoir engagé avec cette nation des négociations aux fins de lui interdire de s'engager dans la fabrication de la bombe thermonucléaire , alors que cette arme, stratégiquement inutilisable et devenue seulement psychologique , se trouvait déjà aux mains de l'Inde, du Pakistan et d'Israël . L'Ouzbékistan demandait l'évacuation des bases militaires implantées sur son territoire. Un an après la révolution ukrainienne, cette province redécouvrait sa place centrale en Russie et renouait avec Moscou. La guerre en Irak tournait non seulement au désastre militaire, mais au naufrage du rédempteur de la planète, de l'héritier de la sotériologie marxiste, du souverain du salut et de la délivrance par les bienfaits de la démocratie.

Parmi les signes avant-coureurs les plus sûrs de l'effondrement de l'empire du Nouveau Monde figurait le gonflement vertigineux de sa dette extérieure et l'exténuation accélérée de son crédit. Pour la première fois dans l'histoire, une nation fondait la puissance de ses armes sur la foi du monde en la monnaie fictive qu'elle mettait en circulation . Les réserves en dollars du géant n'étaient couvertes qu'à 15% par sa production industrielle et commerciale. Les 85% restants reposaient sur le Royaume d'Alice au pays des merveilles où le fiduciaire enfantait le réel. Aussi de nombreuses nations peu enclines à prendre l'imaginaire pour argent comptant quittaient-elles l'orbite des artifices financiers et des thaumaturgies bancaires. Ainsi, le 30 septembre 2005, le Président du Vénézuela, Hugo Chavez avait annoncé, lors d'un sommet des pays sud-américains au Brésil, qu'il transférait toutes ses réserves des banques états-uniennes vers l'Europe et liquidait tous les investissements de son pays aux USA.

Après les tours, le dollar? Mariali

Peu à peu, le libellé du prix du gaz et du pétrole en dollars de magiciens devenait le dernier bastion des paiements en billets verts. Le colosse aux pieds d'argile essayait désespérément de faire monter le prix de l'or noir parce que ce subterfuge était le seul qui lui restât pour soutenir le rang mythologique d'une monnaie nationale désacralisée par la guerre et la torture. L'invasion de l'Irak avait été déclenchée quand Saddam Hussein avait décidé de vendre son pétrole en euros. Le Vieux Monde se taillait désormais 30% du marché des moyens de paiement de la planète. L'interaction entre la géopolitique de la démocratie impériale et sa main mise sur les puits de pétrole sur tout le globe terrestre écrivait l'histoire anthropologique des cinq continents (voir ci-dessous le cas de la Turquie , n°18 et de l'Iran, n°20) Mais le vrai désastre qui frappait le Nouveau Monde était la chute de l'éthique de sa démocratie dans la torture des prisonniers de guerre tombés entre les mains des armées " du droit " et de " la justice ".

Aussi l'heure est-elle venue de poser la question décisive de savoir comment l'histoire de l'Europe de 1940 à 2005 sera racontée aux enfants des écoles. Car si les manuels scolaires devaient occulter l'histoire réelle du monde au profit d'une catéchèse lénifiante et trompeuse , jamais l'Europe ne renaîtrait de ses cendres, tellement le trésor de la mémoire n'est pas un monceau inerte d'archives ensevelies dans le secret des bibliothèques, mais le royaume d'une raison victorieuse et le fruit d'une mise en ordre lucide du passé. L'historien arrache le temps des nations à la confusion et à la cécité.

C'est dans cet esprit que j'ai rédigé, non point un récit même succinct des péripéties qui ont jalonné l'expansion de l'empire américain en France et en Europe de 1940 à 2005, mais l'esquisse d'un éclairage axial des étapes d'un parcours heurté, hasardeux et souvent privé de boussole. Mais, dans le même temps, j'ai tenté de mettre en évidence la difficulté de rendre pensant, donc intelligible , le destin d'un Continent privé des armes nouvelles de la méthode historique qu'exigeait le débarquement de mythes religieux bimillénaires dans les convulsions cérébrales de la planète dont le IIIe millénaire allait offrir le spectacle. Il était clair que seule une anthropologie en mesure de situer l'observation et la pesée de l'encéphale du genre humain dans la postérité vivante de Darwin et de Freud disposerait de la problématique susceptible de rendre réflexif l'examen des voies de la vassalisation inexorable ou de la résurrection espérée d'une civilisation.

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1 - La défaite de 1940 et la naissance d'un antisémitisme nationaliste. La philosophie du décret Crémieux

Après la défaite d'une République balayée en un mois par les Panzedivisionen du IIIe Reich , l'immense majorité de la population avait approuvé la proclamation d'un "Etat français " converti au catholicisme et à l'antiparlementaire par le "vainqueur de Verdun", le maréchal Pétain, alors âgé de quatre-vingt quatre ans, dont la gloire était si grande qu'au terme de la guerre civile espagnole, qui allait marquer la littérature mondiale du double sceau de Malraux et de Hemingway, le gouvernement de la République lui avait confié la difficile mission de réconcilier la patrie orgueilleuse des conquistadores et des convertisseurs avec une France marquée du sceau du front populaire. Mais deux ans plus tard, en 1942, Pierre Laval était devenu le vrai maître du gouvernement provisoire de Vichy.

L'admiration pour l'Allemagne de Hitler et pour l'Italie de Mussolini de cet ancien Président du Conseil avait réveillé et rendu virulent un antisémitisme consubstantiel à la théologie chrétienne depuis Saint Paul et Saint Jean, mais soudain rendu confusible avec le patriotisme de la haute bourgeoisie et des classes moyennes : c'était Léon Blum, disait-on , qui avait perverti le parlementarisme républicaine et conduit la France à la défaite militaire. Aussi le premier acte du Gouvernement de Vichy avait-il été d'abolir le décret Crémieux du 24 octobre 1870, qui avait accordé la citoyenneté française aux trente cinq mille juifs d'Algérie. Dans l'esprit de Crémieux (1796-1880), Président du Conseil maçonnique de France jusqu'à sa mort, Président du Consistoire israélite de Paris, Ministre de la Justice du 25 février 1848 jusqu'au 7 juin 1848 et du 4 septembre 1870 au 17 février 1871, la naturalisation des juifs d'Algérie était un acte politique : il s'agissait de renforcer la présence française en Afrique du Nord, d'y rendre les nouveaux citoyens de cette colonie mobilisables dans l'armée au même titre que les autres Français et de leur retirer le statut religieux privilégié qui leur accordait un statut particulier en droit civil.

On a reproché à Crémieux d'avoir creusé un fossé entre les musulmans et les juifs d'Algérie ; mais les musulmans pouvaient, eux aussi, devenir français s'ils abandonnaient leur statut religieux. Cent trente ans plus tard la croyance en l'existence d'Allah demeure enracinée dans une civilisation qui n'a pas eu ses Voltaire, ses Diderot , ses Nietzsche et ses Freud.

En 1940, la montée d'un antisémitisme non plus doctrinal, mais patriotique, recevait le renfort d'un communisme aussi apatride dans l'ordre idéologique que l'internationalisme d'une diaspora juive alors accusée de cosmopolitisme, puisque le prolétariat mondial se fondait sur l'alliance politique et militaire conclue en 1939 entre l'URSS et l'Allemagne nazie et qui allait permettre le partage de la Pologne entre les deux puissances prédatrices. Puis le déclenchement, dès juin 1941, de l'offensive allemande contre la " patrie mondiale des travailleurs " avait mis fin au pacte germano-soviétique entre M. Molotov, qui demeurera le ministre des affaires étrangères de Staline jusqu'à la mort du dictateur et son homologue allemand, M. von Ribbentrop, qui servira le Führer jusqu'au suicide de ce dernier en 1945.

La question est désormais la suivante : " Pendant combien de temps une civilisation peut-elle se fonder sur la certitude de toute sa classe politique que nous appartiendrions à une espèce tellement sauvage que seule son ignorance et sa faiblesse d'esprit peuvent l'épouvanter au point de la rendre relativement éducable ? Cette conviction a inspiré les grands hommes politiques de l'antiquité, qui ont cessé de croire en l'existence des dieux de leur temps à partir de Périclès et depuis Frédéric II en Occident. Aujourd'hui, tous les hommes d'Etat d'envergure souscrivent en réalité à ce passage de Mein Kampf : " La grande masse du peuple n'est pas composée de philosophes . Pour la masse, la foi est la seule base d'une conception morale du monde. "

La question de la qualité de l'intelligence humaine se pose en fait depuis Darwin, parce qu'une espèce informée de ses origines zoologiques se voit contrainte d'observer l'animalité de ses dieux et, en tout premier lieu, du dieu unique qui a inauguré sa carrière par un génocide planétaire. Or, sa structure politique le divise toujours, comme l'histoire, entre son camp de concentration éternel et son séraphisme , puisque l'empire " du beau, du juste et du bien " a enfanté une religion des idéalités démocratiques dont la chute dans la torture reproduit le modèle théologique originel.

Comme le XVIe siècle, le XXIe siècle sera celui du débarquement des convulsions du sacré dans l'histoire des nations. Il ne sera plus possible de censurer ou d'occulter la question de la pesée du cerveau humain sous la fausse problématique du "conflit des civilisations".

2 - La chute de deux mythologies politiques

A partir de juin 1941, le communisme français avait tenté de renouer avec sa vocation rédemptrice, mais le marxisme était demeuré maculé par son alliance avec les deux plus grands dépeceurs du siècle. Le combat pour l'abolition du péché capitaliste avait beau avoir repris son cours évangélique, le rêve de faire régner l'Eden sur la terre n'en était pas moins marqué à jamais du sceau d'infamie qui avait souillé l'innocence originelle du " petit père des peuples " et qui l'avait fait passer du rang de messie d'une classe ouvrière sacralisée à celui de démon grimaçant au sein du paradis soviétique.

Le IIIe Reich pliait devant l'offensive des armées du prolétariat mondial, qui étaient alimentées à flux tendu en matériel de guerre par la mer du Nord en application de la " loi prêt-bail ", signée le 11 mars 1941 avec l'Angleterre, puis étendue à l'URSS à la fin de la même année. De son côté, la population civile allemande était massacrée par les terrifiants bombardements aériens américano-britanniques - Dresde sera anéantie par des bombes au phosphore larguées du 13 au 15 février 1945 par la RAF. Quant à la bourgeoisie française et à l'opinion populaire moyenne, elles rejetaient de plus en plus vigoureusement les deux mythologies politiques de l'époque. Mais celle de la pureté de la race aryenne n'avait jamais rivalisé à armes égales avec celle du salut par l'utopie collectiviste, parce que les idéaux de la démocratie rappelaient l'évidence qu'une nation messianisée par un rêve politique généreux et passagèrement tombé dans le sanglant demeurait un surgeon de la religion du salut, tandis que le culte nazi s'enracinait dans la barbarie.

3 - Le Général de Gaulle, visionnaire de l'après-guerre

En Afrique du Nord, le général anglais Ritchie avait subi une défaite sans appel devant un général Rommel médiocrement secondé par le général italien Graziani ; mais son successeur, le général Montgoméry, avait contraint les chars du stratège des sables à battre en retraite des bords du Nil jusqu'à Tripoli. A cette occasion, l'écho mondial que la résistance héroïque d'une poignée de Français à Bir Hakeim avait rencontré étoffait la vocation de libérateur de la France de l'homme du 18 juin. Mais Washington affichait déjà son appui à son rival, le candide Général Giraud, évadé de captivité et néophyte sur la scène internationale, et également au Général Darlan, le représentant du gouvernement de Vichy à Alger, qui sera assassiné à Alger le 24 décembre 1942.

La résistance de la " France libre " à l'intérieur et la délégitimation à l'extérieur d'un gouvernement de Vichy qui avait reçu les pleins pouvoirs à la quasi unanimité de l'Assemblée nationale avaient trouvé leur héros et leur symbole en la personne du talentueux auteur de La France et son armée. Ce prophète de la guerre des blindés possédait en outre la stature de l'homme d'Etat qu'exigeait, dès cette époque, la lente et patiente ascension de l'empire américain. Son génie de connaisseur des entrailles de l'histoire lui avait permis de comprendre immédiatement que la chute de Hitler allait fatalement insuffler au nouveau Monde l'ambition secrète et passionnée de s'emparer de la terre entière à l'aide des moyens de conversion des esprits propres au messianisme démocratique, lequel succéderait immanquablement à la sotériologie marxiste.

En 1945, la bourgeoisie française avait basculé tout entière d'un vichysme larvé au mythe d'une France vibrante du patriotisme de la Commune de 1870 et qui, toutes classes sociales miraculeusement confondues, se serait révélée une nation de francs-tireurs dressée contre l'occupant dès le lendemain de la défaite de 1940. Et pourtant, à son retour, le Général de Gaulle n'avait pas rencontré la France de Jeanne d'Arc, mais seulement les mœurs parlementaires de la IIIe République. Dès 1946, il avait été contraint de se retirer dans sa propriété de Colombey-les-deux-Eglises, où il allait mettre sur pied, mais en 1948 seulement, un "Rassemblement du peuple français " dont le succès électoral avait été immense aux élections municipales de la même année .

Les partis ne l'entendaient pas de cette oreille: c'était un jeu d'enfants, pour les Machiavel du suffrage universel qui tiraient, en ce temps-là, les ficelles de la démocratie, de mettre en place une coalition tout apparente de citoyens que leurrerait la loi dite "des apparentements ". Rien de plus aisé que de faire basculer un vote populaire confus au profit d'une fusion artificielle de courants politiques dont les programmes demeureraient incompatibles entre eux : peu importait, puisque la nouvelle loi électorale permettait d'additionner des voix dont la cacophonie porterait les vêtements de la République. Il était crûment démontré que la pseudo consultation des masses porterait la médiocrité des notables au rang de députés ou de sénateurs et qu'il était impossible de déchirer la toile des moyens factices qui autorisaient des manipulateurs exercés à tromper le peuple en un tournemain.

Aussi le Général de Gaulle avait-il dissout son parti : l'heure sonnerait, pensait-il, où la logique implacable qui commande en secret les grands événements vaincrait la coalition des masques et des subterfuges. Le même drame de l'étroitesse de vue conjuguée avec l'habileté manœuvrière des élites aux œillères municipales s'était présenté à Rome quand Galba, succédant à Néron, avait tenté de renforcer les institutions de la République afin de les porter à la hauteur des responsabilités d'un empire et avait été aussitôt assassiné par les prétoriens furieux de n'avoir pas touché la prime considérable que tout nouvel empereur était contraint de leur verser .

Aujourd'hui , le décret Crémieux pose indirectement à l'histoire la question, devenue décisive, du statut anthropologique du sacré. Car ou bien les dieux existent exclusivement dans l'imagination de leurs fidèles, ou bien ils se trouvent nécessairement localisés de quelque façon dans l'étendue, hier sous une forme corporelle, actuellement à l'état de vapeurs cosmiques . La civilisation occidentale sera donc condamnée à poser la question de la nature des trois dieux uniques soi-disant réunis en un seul - sauf à périr intellectuellement, tellement toute recherche en profondeur sur l'espèce humaine est subordonnée à cette interrogation depuis vingt-cinq siècles.

4 - La IV ème République et son allégeance à l'étranger

La IV République n'avait pas manqué de faire preuve d'une constante allégeance de la France au vainqueur de 1945: à peine élus, les Présidents du Conseil se précipitaient à Washington se faire adouber par les libérateurs de l'Europe, parce que seule l'onction des grands sauveurs de la démocratie gravait le sceau de la légitimité républicaine sur le sceptre éphémère que l'Assemblée nationale leur avait remis entre les mains. Certes, on allait assister à un ultime sursaut de l'Angleterre churchillienne, alors dirigée par l'élégant et falot Anthony Eden. La France abaissée du socialiste Guy Mollet avait dû mimer la fierté d'Albion un instant retrouvée ; et les deux nations s'étaient lancées les yeux fermés dans l'équipée vouée à l'échec de reprendre à un Nasser sûr de l'appui américain le Canal de Suez qu'il venait de nationaliser à la barbe de l'Angleterre victorieuse de Hitler.

La victoire posthume de Rommel sur Montgommery était paradoxale : comment la France pouvait-elle défendre l'œuvre de Ferdinand de Lesseps au profit d'une Angleterre qui se l'était appropriée à nos dépens ? Mais il était trop tard pour que la mise ne tombât pas entre les mains d'un troisième larron: dès le lendemain de la capitulation allemande, l'Amérique du Président Harry Trumann s'était engagée dans la construction d'une flotte de guerre dont le gigantisme témoignait de l'ambition, du reste affichée dans des discours publics du locataire de la Maison Blanche, de conquérir la domination des océans. Seules des forces navales en mesure de sillonner jour et nuit toutes les mers du globe étaient en mesure de matérialiser l'omniprésence d'un empire armé jusqu'aux dents et porté par l'ambition, proclamée apostolique, d'éveiller l'esprit d'indépendance ou de révolte au sein des empires coloniaux d'un Vieux Monde devenu asthénique.

Aussi le parti travailliste, conduit par M. Attlee, avait-il accablé de ses sarcasmes le pâle successeur de Churchill à la Chambre des Communes et plaidé pour un largage immédiat et total de l'empire des Indes. Mais, entre temps, il avait été démontré plus rudement encore non seulement que l'effondrement des empires coloniaux européens qui paraissaient avoir survécu à la victoire de l'Amérique en 1945 était devenu inévitable, mais qu'il s'inscrivait dans la postérité de la révolte de Hitler contre les clauses du Traité de Versailles de 1919, qui avaient privé l'Allemagne de son embryon d'empire colonial. Aussi était-il dans la logique du nouveau rapport des forces dans le monde qu'on vît Washington et Moscou se concerter pour menacer la France et l'Angleterre de la foudre atomique si ces deux nations ne retiraient pas immédiatement leurs troupes de la région du Nil - ce qui avait condamné l'expédition de Suez au désastre militaire.

5 - Le retour du Général de Gaulle et l'infirmité de la science historique du XXe siècle

Un an plus tard, en 1958 , le Général de Gaulle était revenu au pouvoir, mais dans des circonstances tragiquement en porte-à-faux avec la marche inexorable de l'histoire; car il était impossible qu'une Amérique devenue la maîtresse incontestée des mers pût se trouver empêchée de bâtir son empire sur la conversion de toute la terre à l'évangile d'une liberté dont la démocratie mondiale figurerait l'Eglise universelle. Mais les mémorialistes et chroniqueurs de l'époque ne disposaient en rien du recul de la raison critique, donc de la science de l'histoire qui seule leur aurait permis d'analyser cette situation avec les armes intellectuelles d'une anthropologie réellement scientifique: car il aurait fallu apprendre à peser le contenu mythologique du cerveau simiohumain dans la postérité de Darwin et de Freud. Comment rendre compte des deux semi théologies précédentes, celle de la pureté de la race aryenne et celle de la libération du mal par l'avènement d'un prolétariat rédempteur à l'échelle des cinq continents si l'on ne disposait pas des clés psychobiologiques d'une démocratie censée être devenue apostolique et salvatrice à l'échelle du monde?

Aussi le général de Gaulle était-il longtemps demeuré l'otage d'une civilisation cérébralement épuisée et qui, faute d'une connaissance nouvelle et plus profonde de l'encéphale humain, défendait encore l'empire français dans l'esprit d'un Lyautey. Et pourtant, la puissance onirique du sceptre de la Liberté n'était pas demeurée une inconnue de la science historique d'autrefois : les idéalités politiques de 1789 s'étaient révélées suffisamment idéales pour qu'elles eussent permis à Napoléon de se présenter en rédempteur de la terre au profit de la puissance eschatologique de la France de la Révolution et Dominique de Villepin en avait compris la version américaine dans son essai Le Requin et la mouette, paru en mars 2004. Mais la science historique traditionnelle n'avait pas de connaissance anthropologique de la transfiguration de concepts porteurs d'un message abstrait et universel en convertisseurs ardents du monde ; et surtout, elle ignorait que toute l'idéologie marxiste n'avait fait qu'emprunter des voies nouvelles et détournées d'une sotériologie née de la gnose alexandrine de Jean et de Paul. L'évangélisateur américain en prenait le relais par l'élévation d'une gnose démocratique au rang de pain eucharistique de l'empire de la "Liberté".

Du coup, l'analyse anthropologique de la transsubstantiation du concept de Liberté en offrande propitiatoire sur un autel nouveau du salut de l'univers se situait au cœur d'une science du temps devenue consciente des paramètres théologiques qu'appelait la planétarisation américaine de l'antique problématique de la rédemption. L'empire gnostique du Nouveau Monde devenait un gigantesque temple consacré à saluer la gloire de l'eschatologie idéocratique dont se nourrissait une démocratie devenue planétaire, parce que la domination idéologique du globe conquise par la victoire de 1945 sur l'empire nazi se changeait en une offrande continue aux idéalités universelles dont le Nouveau Monde avait vocation, disait-il, d'assurer le triomphe au profit de son règne et de sa puissance sur toute la terre.

6 - Le général de Gaulle entre deux mondes

Le Général de Gaulle était pris en tenaille entre l'empire français, d'un côté, qui sombrait lentement et inexorablement en Algérie après s'être longtemps enlisé au Vietnam et, de l'autre, une Europe encore privée des armes intellectuelles qu'exigeait la science historique des temps nouveaux . Il lui fallait combattre sur deux fronts également menacés et perdants l'un et l'autre. Premièrement, comment doter une République de notables des institutions qui préserveraient la nation des désastres de la médiocrité attachée au parlementarisme anarchique et aveugle de la IIIe et de la IVe République ? Secondement, comment fonder avec l'Allemagne l'alliance antiaméricaine que le nazisme avait rendue irréalisable, mais qui seule pouvait sauver la civilisation européenne de sa subversion progressive par le mercantilisme impérialiste du Nouveau Monde ?

L'alliance du général avec le chancelier d'Allemagne, Conrad Adenauer avait échoué sur l'heure: il avait suffi d'une tournée précipitée de John Kennedy dans les principales capitales d'une Europe asservie de l'intérieur à la puissance américaine et d'un discours de pontife de la liberté du monde devant un parlement allemand plein de gratitude pour la bonté de son maître pour réduire le traité à néant. En vérité, il était prématuré de seulement tenter d'éveiller une conscience politique allogène par nature et par définition à l'horizon des classes dirigeantes des démocraties, dont Platon avait démontré que leur incompétence naturelle résultait de leur mode même de sélection par le suffrage du peuple. L'homme du 18 juin avait alors désespérément recherché l'alliance de l'URSS, ce qui avait compromis la France dans la répression sanglante de Prague et dans la reprise en mains de la Pologne sous la poigne de fer d'un général polonais acheté par Moscou ; puis de l'Italie et enfin de la Roumanie de Ceaucescu.

7 - La découverte de l'inconscient anthropologique du christianisme

Le Général de Gaulle était décédé quelques mois seulement après l'insurrection libertaire de mai 1968, qui l'avait contraint à la démission après une tentative infructueuse de ressaisir les rênes de la nation. Son testament politique refusait l'hommage de funérailles nationales, ainsi que toute présence de dignitaires de la Ve République à son enterrement. Le gouvernement avait tenté de répondre à ce défi posthume en célébrant à Notre-Dame une messe dont la solennité ne faisait que souligner l'absence du défunt. Les dirigeants du monde entier étaient accourus saluer un mort symbolique et privé de cercueil.

Le Président Pompidou avait tenu d'une main ferme le gouvernail du gaullisme, qui avait privilégié les relations diplomatiques entre les Etats , même en pleine guerre froide. En 1974, M. Giscard d'Estaing avait déclaré que l'événement capital du XXe siècle était la mise hors jeu de l'Europe sur la scène internationale, mais cette évidence politique ne l'avait pas préservé d'une procession humble et docile de tout son gouvernement , qui avait marché à la rencontre de Jimmy Carter sur la plage d'Arromanches à l'occasion de la commémoration déjà secrètement aigrie du trentième anniversaire du débarquement américain en Normandie. La soumission de la France à ses libérateurs était devenue cancérigène sans que la connaissance de l'inconscient théologique de l'histoire eût progressé d'un iota; car, comme il a été dit, Clio ne disposait pas encore d'un scanner qui lui aurait permis de comprendre que la perpétuation d'un tribut du vaincu au vainqueur était inscrite dans la rançon culpabilisatrice de la croix , qui pérennisait un paiement rédempteur à une divinité triomphante. Le vaincu était autorisé à " racheter " son forfait et à obtenir le pardon de son vainqueur, devenu son vassalisateur aux cent mains.

Il y avait fusion entre le châtiment d'une créature coupable à jamais de l'assassinat de son dieu et la glorification inlassable de la victime " satisfactoire " - à savoir, le dieu mort, dont le trépas momentané, donc fictif, devenait payant à perpétuité. L'expiation éternelle se reconstituait au cœur de la démocratie propitiatoire : l'Amérique faisait acquitter à l'Europe le montant de la dette figurée dont elle se proclamait créancière pour s'être librement clouée sur la croix du monde pour le salut de la civilisation ; et la sanctification sans cesse recommencée de la crucifixion de ce Christ des nations sur le gibet de la liberté marquait la planète du sceau indélébile d'un péché originel dont l'Europe portait les stigmates et dont elle devait payer la note de génération en génération. L'Amérique jouait le rôle de la divinité bénéficiaire de son propre sacrifice et à jamais consolidée dans sa puissance et sa gloire par le gibet qu'elle plantait au cœur de sa créature.

8 - La vassalisation rampante et la démocratie

En 1981, François Mitterrand s'était situé à son tour dans le droit fil du gaullisme. Certes, l'aile communiste de la gauche demeurait intellectuellement en panne, parce qu'elle n'avait permis à aucune élite en mesure de porter un regard de lynx sur la politique internationale de naître et de grandir dans son sein. S'il lui arrivait de contester l'hégémonie américaine, c'était du bout des lèvres et seulement dans un esprit de soumission à son rival soviétique. Et pourtant, la ferme alliance de François Mitterrand avec Helmut Kohl n'en avait pas moins permis de présenter au monde un front plus résolu que celui de Valéry Giscard d'Estaing avec Helmut Schmidt.

Deux ans avant 1968, le Général de Gaulle avait donné aux gardiens de sa mémoire un gage éloquent du combat de sa postérité pour l'Europe souveraine et puissante dont il avait rêvé et qu'il n'avait pas eu le temps d'enfanter : en donnant l'ordre à Washington d'évacuer ses bases militaires du territoire français selon un calendrier fixé de sa seule autorité, il savait qu'il offrait au Quai d'Orsay un cadeau diplomatique qui assurerait à la France un avantage latent, mais décisif dans les négociations qui s'engageraient pendant un demi siècle ou davantage avec les Etats européens qui couraient à toute allure vers leur vassalisation définitive ou qui s'y rendaient à pas lents.

Si aucun pays du Vieux Continent ne se décidait à jouer un rôle moteur dans la reconquête du sol quadrillé de bases militaires américaines des nations qui le composaient, l'asservissement de la civilisation de la raison à une puissance étrangère deviendrait irréversible par le seul effet de l'accoutumance des peuples à leur anesthésie. Alors, on verrait une illusion de souveraineté se nourrir de la passivité même du jeu démocratique ; et la fonction secrète des joutes électorales serait de faire oublier la servitude . Si le respect de la lettre des Constitutions tenait lieu de sceptre de la liberté, on appellerait "indépendance nationale" la simple alternance de la prise du pouvoir par la gauche et par la droite au sein des peuples asservis à l'étranger par le jeu indolore de leurs institutions.

9 - Une tentative de percée diplomatique française

En 1995, la France retrouvait une fois de plus sa vocation d'assurer l'intérim d'une civilisation dont la longue attente de ses retrouvailles avec son génie commençait de lasser la patience. Pendant ce temps, l'étau américain se resserrait implacablement sur l'Europe . Aussi, à peine élu à la Présidence de la République, M. Jacques Chirac s'était-il rendu à Mons, qui servait de quartier général aux forces d'occupation américaines sur le Continent, afin de tancer vertement les Etats tombés en léthargie au nom même de la démocratie messianisée dont le Nouveau Monde s'était assuré le monopole ; mais il n'avait rencontré que des statues aux oreilles remplies de cire.

Une pétrification des esprits vieille de plus d'un demi siècle rendait inutile toute attaque de front contre une servitude durcie par le désir secret de la perpétuer. Du coup, la France des diplomates s'était laissée tenter par une entreprise de subversion du joug de l'OTAN dont la naïveté illustrait la sous information anthropologique du Quai d'Orsay de l'époque. La panne des sciences humaines dont souffrait la France politique la laissait ignorer que le Nouveau Monde produisait maintenant des Talleyrand en herbe dont le talent n'avait plus rien à envier aux doges de Venise. Comment se faisait-il que la France des Richelieu et des Mazarin croyait encore trouver devant elle les paysans hirsutes de la Germanie de Tacite ?

Alors qu'un empire des idéalités mondialisées enfantait une pluie de Messies du salut par la démocratie, il était coupable de feindre de s'introduire dans l'OTAN en Machiavel de la Liberté afin d'en devenir un membre apparemment docile et de demander, dans le même temps, que le port de Naples , c'est-à-dire le centre stratégique de l'empire américain en Méditerranée fût gentiment remis entre nos mains. Comment imaginer qu'une Italie réduite au rang d'un gigantesque porte-avions ancré au centre du Mare nostrum se changerait par miracle en quartier général de la reconquête par lui-même du Vieux Continent , comment imaginer qu'une ville pleine de prodiges, dans laquelle vingt coups de canons saluent à date fixe et trois fois l'an le procès verbal dressé par un notaire du Vatican de la liquéfaction surnaturelle du prétendu sang de san Genaro enfermé dans une fiole scellée depuis le Moyen-Age, comment imaginer qu'une ville dans laquelle les " signes de bon augure " surabondaient à l'école de l'Antiquité païenne ouvrirait un jour des yeux dessillés sur les cuirassés américains amarrés dans son port ! Il fallait se résigner à l'évidence que le Nouveau Monde était moins peuplé de bergers d'Arcadie de la politique mondiale que Naples de devins du christianisme.

10 - Un rappel des lois de l'histoire : les origines de la justice d'Etat

En 1997, une cohabitation diplomatique fructueuse entre un Président de la République issu des rangs de la droite et une assemblée nationale élue par le peuple de gauche allait conduire à une défaite électorale retentissante des socialistes, dont la culture historique n'allait pas jusqu'à se souvenir de ce qu'au huitième siècle avant Jésus-Christ , les cités grecques avaient réussi à substituer une protection judiciaire légalisée par l'Etat à la sauvagerie des vengeances privées , mais que cette révolution fondatrice de la civilisation occidentale n'avait été obtenue qu'au prix d'un châtiment des criminels beaucoup plus implacable et plus sûr que le couteau entre les mains sanglantes des particuliers: la magistrature était devenue une corporation de professionnels de la justice sacralisés par l'écoulement des siècles et imbus des apanages régaliens de leur propre souveraineté.

11 - Le débarquement de la télévision dans l'histoire

Les derniers mois de règne d'une gauche peu instruite des lois qui régissent l'histoire des nations et des empires avaient été marqués par un événement mondial : du 11 septembre 2001 date le débarquement de la télévision dans la géopolitique. Du coup, le symbolique devenait plus spectaculaire que le réel. L'empire américain se rendait visible sur toute la surface de la terre et sa visibilité même élevait son image au rang des signes et des signaux. Avant le règne de la télévision, on n'avait pas vu Washington se lancer à la conquête du monde depuis le milieu du XIXe siècle, parce que la puissance de fascination que la bannière étoilée exerçait depuis 1945 sur les esprits ne pouvait égaler celle de la croix du Golgotha. Le 11 septembre 2001 a changé tout cela : il était devenu impossible aux historiens classiques de rendre compte des convulsions cérébrales dont l'histoire universelle était devenue le théâtre depuis deux millénaires s'ils n'acquéraient pas une connaissance simianthropologique de l'évolution de la conque osseuse de notre espèce - ce qui appelait les sciences pseudo humaines de l'époque à remédier à leur infirmité cérébrale par la fabrication d'une balance qui leur permettrait de comprendre leur retard intellectuel dans le décryptage du cheminement des empires. Qu'en était-il des méthodes nouvelles et révolutionnaires de pesée de l'encéphale des évadés de la zoologie qui commençaient de poindre à l'horizon ?

Dans un premier temps, l'explosion d'avions-suicides remplis de kérosène et lancés à pleine vitesse par des samouraïs arabes contre les étages supérieurs du centre planétaire du commerce dressé au cœur de New-York avait provoqué une stupeur inouïe . Certes, l'attentat était commandé par des fanatiques d'Allah; mais, comme il a été dit plus haut, en ces temps reculés, la méthode historique ignorait jusqu'aux rudiments d'une connaissance rationnelle des fondements psychobiologiques des convictions religieuses . Quant à une science de la fabrication des dieux uniques, il n'y fallait pas songer. On se souvenait seulement de ce qu'au XVIe siècle, des guerres théologiques avaient ensanglanté une Europe livrée aux kamikazes des chrétiens, dont les uns tenaient à dévorer la chair et à boire le sang de leur divinité trucidée sur leurs autels, tandis que les autres refusaient de mâcher des symboles; mais on avait cru avoir mis bon ordre à ces convulsions regrettables par l'application de cataplasmes lénifiants sur l'os frontal d'une espèce demeurée acéphale.

Cette médication asthénique et superficielle avait seulement nourri la paresse intellectuelle des thérapeutes du sacrifice . On croyait guérir la maladie à l'aide du soporifique universel qu'on avait baptisé la tolérance. Ce calmant endormait un instant les pathologies sporadiques et inoffensives dont les manifestations cliniques ne mettaient pas en danger l'équilibre mental naturel dont les sociétés humaines étaient alors censées bénéficier et qui leur permettait, croyait-on, de s'administrer la pharmacopée à bas prix que produisait le sens commun. Tout le monde s'accordait pour faire silence sur les symptômes coûteux de cette nosologie et pour occulter la gravité d'un mal qui pouvait se révéler mortel tout soudainement et pour des raisons inconnues. Mais à partir du 11 septembre 2001, l'anthropologie critique était appelée à ausculter la folie innée d'une espèce que son cerveau dichotomique scindait férocement et de naissance entre le réel et des mondes tout imaginaires , mais prêts à faire basculer à tout instant des sociétés entières dans le meurtre.

12 - Les premières observations des comportements du cerveau simiohumain

Le premier attentat livré à l'ubiquité du regard que l'histoire eût connu avait seulement quelque peu tiré M. de Voltaire du sommeil scolaire dans lequel sa postérité était tombée. La psychanalyse était en panne depuis L'avenir d'une illusion de 1926. Certes, on commençait de découvrir que le maître de Vienne n'avait pas l'intelligence de la politique simiohumaine qui lui aurait permis de porter un regard spectrographique sur un animal dont l'évolution avait branché le cerveau sur deux voltages condamnés à produire des courts-circuits mortels. Mais le retard intellectuel dont souffrait alors la civilisation mondiale au chapitre du décryptage d'une espèce tragiquement biphasée avait présenté l'avantage indirect de faire ressentir vivement la véritable portée qu'aurait présenté un décodage anthropologique de l'attentat-suicide du 11 septembre 2001 : car le tabernacle qui avait été profané au plus secret de l'inconscient de l'humanité n'était autre que l'empire militaro-démocratique du Nouveau Monde . C'était le mythe de l'invincibilité sacrale et de l'invulnérabilité théologique du souverain du " Bien " , c'était le règne et la puissance du sceptre de la démocratie , c'était la mythologie du ciel démocratique américain qui avaient été atteints au plus profond par des fous mystérieux dont la maladie mentale s'appelait le fanatisme, mais dont personne ne connaissait l'origine les ressorts et le microbe qui la rendait contagieuse.

Dans un premier temps, l'offense réelle était demeurée si bien cachée que tous les Etats avaient couru au secours du Titan ensanglanté; mais, dans le secret des chancelleries, on avait tout de suite compris la portée réelle, donc politique du blasphème et l'on n'appliquait qu'en apparence le baume de l'éthique internationale sur la blessure du Goliath des démocraties. En réalité, une partie de la presse et de l'opinion avait pris conscience pour la première fois des enjeux religieux de l'histoire, donc des formes universelles de la domination cérébrale qu'assurait la sacralisation proprement américaine des idéalités de 1789. On commençait d'observer Clio avec des yeux un peu dessillés, on voyait la muse cacher sa feinte innocence derrière le rideau de fumée montant des sacrifices de l'autel et l'on prenait conscience avec lenteur qu'il fallait apprendre à distinguer l'histoire terrestre des empires de l'histoire des rêves et des parfums qui en faisaient des monarques oniriques depuis que des dieux avaient débarqué dans l'encéphale simiohumain et en avaient pris possession . Quels étaient les ingrédients qui assuraient la sécrétion de personnages imaginaires dans le cerveau simiohumain ?

13 - Le naufrage du droit international

Naturellement, une Europe que la démocratie avait quasi reconduite à la virginité politique n'avait pas manqué de se ruer la tête la première dans le piège juridique que lui tendait un empire devenu seulement plus rugissant de ce que sa sacralité avait reçu une première blessure. Aussi la France et l'Allemagne avaient-elles aidé Washington à guillotiner le droit international au nom de la Liberté: attaquer un Etat souverain, l'Afghanistan , sous prétexte d'y traquer un seul individu, un dénommé Ben Laden - un solitaire réputé avoir conçu l'attentat du 11 septembre 2001 - c'était ne pas laisser pierre sur pierre de l'édifice du droit de la guerre relativement civilisé que l'Occident avait patiemment élaboré depuis la chute de Carthage.

Comment la prise au lasso d'un particulier aurait-elle légitimé un conflit armé entre des nations souveraines ? Certes, Rome avait fini par capturer et assassiner Jugurtha, mais ce Ben Laden de l'empire romain était un chef de guerre et un souverain légitime ; et c'était une ruse de guerre qui avait permis à Marius de le prendre au piège. De même, Hannibal aurait été assassiné par Rome s'il n'avait eu le temps d'avaler le poison qu'il portait sur lui - mais les guerres puniques étaient terminées depuis longtemps et Carthage avait été détruite , si bien que la traque d'Hannibal par un Sénat vengeur avait été menée avec la complicité diplomatique d'Antiochus, roi d'Ephèse, puis de Prusias, roi de Bithynie, tandis que Ben Laden n'a jamais trouvé son Antiochus ou son Prusias pour le simple motif que l'empire américain aurait été bien embarrassé par le dérisoire exploit de mettre la main au collet d'un délinquant dont la capture aurait privé son sceptre des couleurs et de l'éclat d'une épopée mondiale de la Liberté.

L'engagement de feu la civilisation du droit dans une opération de police internationale qualifiée de guerre et dirigée contre l'Afghanistan n'allait pas manquer d'aboutir au déguisement convenu d'une théocratie en démocratie. Une société demeurée viscéralement tribale sous le vêtement des idéalités de 1789 mettra en place un chef de clan réputé, un certain Amin Karzaï. Dès 2005, il demandera en vain le départ des troupes d'occupation américaines. L'Europe et la France paieront le prix fort pour avoir prêté la main à un raid précipité de shérif américain contre une nation musulmane. Mais surtout, l'expédition punitive contre l'Afghanistan permettait au Picrochole moderne de paraître légitimer la poursuite de son équipée guerrière contre la nation irakienne, censée impliquée dans l'attaque de Ben Laden contre un building de New-York. Cette fois-ci - mieux vaut tard que jamais - la France allait réussir l'exploit diplomatique de limiter le désastre mondial dont elle avait contribué à frapper le droit international : si le Conseil de sécurité approuvait la motion américaine d'attaquer l'Irak à titre préventif, la France, la Russie et la Chine lui opposeraient leur veto, ce qui, pour la première fois depuis un demi siècle, avait brisé la tradition bien enracinée de soumission du Conseil aux directives de Washington .

14 - Le réveil de la raison européenne

Une brèche mortelle n'en avait pas moins été ouverte dans le droit de la guerre en raison de la stupéfaction du monde entier devant un attentat religieux qui n'avait plus fait sonner les cloches de l'Europe des théologies depuis que Luther avait affiché ses propositions iconoclastes sur les portes de l'Eglise de Wittemberg en 1521 ; car l'irruption retentissante de l'Islam dans la politique internationale avait permis, pour la première fois, à la science historique classique de découvrir qu'elle avait gardé un cerveau d'enfant. Allait-elle continuer de partager avec la classe dirigeante du monde entier l'immense ignorance qui lui avait interdit d'acquérir une connaissance réfléchie des lois de l'histoire ?

Puisque les guerres de religion avaient toutes conduit à une paix bancale , fondée sur le refus des démocraties rationnelles de conquérir une science expérimentale du fonctionnement de l'encéphale d'une espèce dont on connaissait pourtant l'origine animale depuis Darwin, on assistait à une reprise du spectacle de l'ahurissement qui avait frappé l'empire romain devant l'ascension incompréhensible du cerveau chrétien vers un nouvel Olympe devant la découverte, par les troupes de Titus, de ce que le temple de Jérusalem n'abritait aucun dieu. Comment un peuple entier pouvait-il se nourrir de vaines songeries - inania arcana dira Tacite ?

Mais le dépit d'une diplomatie française décontenancée d'avoir été clouée au pilori de sa candeur par la guerre d'agression de l'empire américain contre l'Irak, ce qui avait achevé de vider le droit international de sa substance, n'avait pas peu contribué à la naissance d'un ressaisissement intellectuel du Quai d'Orsay, tellement il était devenu évident que Washington considérait sa victoire par les armes en Afghanistan comme un tremplin pour la continuation de la guerre : le pays des talibans servirait de base arrière pour la conquête du monde arabe tout entier et pour sa conversion massive au salut par la démocratie. Quand, en 2005, l'empire des croisés de la liberté demandera la mise sous l'autorité exclusive de l'OTAN - c'est-à-dire sous le commandement de sa propre sotériologie - de toutes les troupes alliées si imprudemment engagées en Afghanistan , la France et l'Allemagne s'y opposeront fermement, et elles trouveront l'appui inattendu de la Hollande, le plus fidèle allié de l'Amérique et de l'Angleterre en Europe .

Le 11 septembre 2001 aura fait naître une scission radicale et définitive de l'Europe entre des Etats relativement avertis des enjeux géopolitiques du siècle - la France, l'Allemagne et, à partir de 2004, l'Espagne - et les peuples en route vers leur vassalisation accélérée et semi volontaire. L'essentiel était que cette coupure entre deux types d'encéphales fût devenue pleinement visible et qu'elle s'imposât comme la conséquence à retardement de l'attentat du 11 septembre 2001. Certes, il demeurait utopique d'imaginer qu'après plus d'un demi siècle d'ensommeillement de sa raison politique, le réveil de l'Europe de l'action fût subit et unanime . Il n'y a pas de chemin de Damas de la conscience historique : la conversion des nations est le fruit d'une semence intellectuelle qui mûrit avec lenteur. Mais l'heure du réveil des intelligences avait sonné.

15 - La vocation des grands Etats

Cette vérité allait se trouver démontrée avec tout le bruit que les événements superficiels donnent aux germinations cachées de la raison: quoi de plus spectaculaire, mais aussi de plus trompeur que la docilité avec laquelle huit Etats européens s'étaient placés, tête basse, sous la bannière de l'agresseur en Irak ? Mais l'évidence était devenue éclatante qu'il fallait tracer une frontière entre les valets d'armes de l'empire d'une part - l'Italie, l'Espagne d'Aznar, l'Angleterre, le Danemark, le Portugal de Barroso, la Pologne, la Hongrie et la République tchèque - et les Etats conscients d'eux-mêmes et demeurés debout, d'autre part. L'évidence que l'Europe ne naîtrait et ne grandirait que par la volonté des Etats qui avaient marqué l'histoire du monde de leur sceau s'imposait avec une force irrésistible . Mais la France et l'Allemagne n'en avaient pas moins pris à leur tour un grand retard dans la réflexion en profondeur sur les lois qui commandent l'expansion aveugle des empires. Bien que l'enrôlement de huit transfuges du Vieux Continent auprès d'un souverain myope du Texas eût fait fondre comme neige au soleil la foi de la planète en l'Amérique de la liberté, le Vieux Continent tardait à imposer son empreinte à la raison du monde.

Les Etats-portefaix étaient dirigés par des esclaves qui entretenaient des relations privilégiées avec leur propriétaire, alors même que l'immense majorité de leurs concitoyens rejetait avec dégoût la domestication de leur patrie sous la bannière d'un souverain étranger. Par bonheur, l'école des siècles avait enseigné que la pensée aiguise son glaive à la faveur de l'humiliation des nations, du naufrage des chefs, de l'exténuation collective des volontés ; un Isaïe des intelligences allait donc enflammer le cerveau de l'Europe de fulgurances ressuscitatives.

16 - Un Talleyrand de la démocratie

Pourquoi désespérer de la forge des incandescences et des fureurs de la raison, alors que l'ensablement des alliés de Washington entre le Tigre et l'Euphrate aiguisait en secret les énergies et les volontés politiques ? Ce que l'histoire réelle des cerveaux, avait retenu, c'était le discours irénique et élégant que Dominique de Villepin avait prononcé en gentilhomme devant l'Assemblée générale des Nations unies le 14 février 2003. Ce diplomate chevronné avait feint, avec toute la gravité qu'il convenait de paraître afficher, de ne pas écarter l'hypothèse, dont tout le monde savait qu'elle était absurde, selon laquelle des "armes de destruction massive" se trouveraient entre les mains de Saddam Hussein.

Aussi l'habile négociateur s'était-il bien gardé de ridiculiser le gigantesque subterfuge de Washington , jugeant plus payant de se donner l'allure de paraître vouloir laisser la folie se réfuter elle-même que de recourir à une condescendance apitoyée ou moqueuse face à une mauvaise foi cousue de fil blanc. Le Talleyrand de la démocratie avait donc fait valoir avec toutes les apparences du plus grand sérieux qu'une ruse diplomatique du Texas qui ne trompait personne était digne d'attention et que la sincérité de Washington serait dûment vérifiée dans le cas où les ardentes recherches de deux cents inspecteurs de l'ONU se révèleraient fructueuses. Le Suédois Hans Blix devait continuer de faire semblant de chercher les perles de la foi dans les sables du désert. Le piège tendu par la France était cartésien : une diplomatie qui prétendait se donner les moyens de prouver un miracle aux yeux de tout l'univers ébloui était condamnée à tomber dans la trappe aux prodiges qu'elle avait creusée.

Mais comment se fait-il que la conversion de la planète aux clystères d'un Dr Diafoirus de la diplomatie américaine n'ait pas réarmé le génie littéraire et philosophique de l'Europe ? Comment se fait-il que le Quai d'Orsay ait ignoré jusqu'au bout que Washington n'hésiterait pas un instant à se ruer tête baissée dans une guerre illégale , alors que les rudiments d'une véritable anthropologie lui auraient suffi pour comprendre que l'empire du Nouveau Monde ne saurait se rendre coupable, puisqu'il se proclame l'apôtre de la vocation sotériologique de l'histoire et qu'il prétend l'incarner sur la terre ; puisque cette vocation à l'innocence divine est inscrite dans la théologie protestante depuis Calvin ; puisque la démocratie messianisée de l'époque n'était que l'expression du débarquement dans la politique internationale d'une religion de la gratuité, et de l'infaillibilité de la grâce divine.

17 - Le microscope et le télescope de l'histoire

Le 3 octobre 2005, les tractations entre l'Europe et la Turquie sur l'éventuelle entrée des gigantesques débris de l'ex-empire ottoman dans le giron de l'Occident avaient commencé dans un climat étrange, parce que seules de fausses cartes de crédit avaient été mises sur la table. L'absence des vraies était-elle momentanée ou bien les joueurs allaient-ils les tirer opportunément de leur poche au fur et à mesure qu'apparaîtraient les véritables enjeux de la partie ?

Ce qui intriguait en tout premier lieu les historiens-anthropologues de l'époque n'était pas tellement ce clair-obscur, mais l'évidence que les défenseurs les plus ardents du vœu d'Ankara de se fondre dans l'Union européenne et de partager son destin fussent également les deux principaux ennemis du Vieux Continent , l'Angleterre et son alliée d'au-delà des mers. Non seulement le Nouveau Monde ne craignait pas de se mêler, tantôt dans l'ombre, tantôt ouvertement aux négociations, mais menait campagne au grand jour et depuis des années pour soutenir les ambitions d'Ankara. Puis la stupeur des premiers simianthropologues les avait laissés tout pantois quand ils avaient constaté que les plus ardents défenseurs de l'Europe souveraine ne se demandaient en rien quels étaient les arguments secrets que leurs adversaires dissimulaient avec soin sous leurs affichages en trompe-l'œil. Comment se faisait-il que les partisans d'une Europe titubante et vassalisée par l'OTAN ne doutaient pas un instant des résultats favorables aux intérêts anglo-saxon qu'entraînerait l'intégration apparente de soixante-dix millions de musulmans dans la civilisation de la science et de la pensée critique?

On sait que les premiers historiens-anthropologues, dont l'école remontait au 11 septembre 2001, étaient encore tellement inexpérimentés qu'ils se frottaient les yeux à ce spectacle : ce n'était pas une mince affaire, se disaient-ils, d'inviter une civilisation composée d'Etats inégalement croyants et aux langues différentes à absorber les restes d'un empire turc dont la foi et les armes avaient façonné l'identité et nourri les siècles de sa grandeur. Il était donc bien évident que les arguments réels de l'Amérique et de l'Angleterre se fondaient sur une logique de l'histoire et de la politique qui méritait, s'il se pouvait, de se trouver vigoureusement réfutée, ce qui exigeait que la tromperie tapie sous de si beaux décors fût du moins pesée sur une balance d'une grande précision. Comment se faisait-il que le silence des vrais Européens sur l'essentiel les fît passer outre les yeux fermés et d'emblée au débat de fond qui leur aurait seul permis de scruter les chances de tailler en pièces la stratégie biaisée de leurs adversaires ? Tout le monde ne savait-il pas que les anglo-saxons s'étaient réintroduits dans la forteresse sous la présidence de Georges Pompidou et qu'ils étaient bien décidés à ne plus jamais s'en laisser déloger par quelque de Gaulle de l'avenir.

De plus, la candeur des négociateurs de l'Europe garantissait leur sincérité: ils semblaient bel et bien s'imaginer qu'ils se trouvaient placés sur le terrain du débat stratégique et de la logique interne qui commandait la géopolitique de leur temps. C'était dans cet esprit qu'ils faisaient valoir combien la Turquie n'était pas une nation arabe, bien qu'elle fût musulmane, de sorte que son statut déhanché entre son histoire et sa foi lui permettrait, le moment venu de servir de tête de pont de l'Occident en direction de l'Islam demeuré théologique et tribal ; combien, de toutes façons, la civilisation de la connaissance rationnelle de l'homme et de l'univers se devait de débarquer dans le cerveau mythique et confus des nations de la région et combien, sans le secours politique que la Turquie moderne apporterait à la civilisation européenne, jamais le continent de l'intelligence critique ne deviendrait un interlocuteur audible des peuples du Coran.

On se souvient de ce que les historiens anthropologues ont été les premiers hommes à observer la masse de leurs semblables comme appartenant à une espèce dont la folie native avait installé des acteurs imaginaires dans sa tête et de ce qu'ils ont permis de radiographier les trois gigantesques réflecteurs du cerveau simiohumain qu'étaient Allah, Jahvé et le Dieu incarné. On se souvient également de ce que ces portraitistes en pied de l'animal onirique ont été les premiers anthropologues à examiner à la loupe la psychophysiologie et la structure cérébrale d'un animal ritualisé et qui dressait des autels aux interlocuteurs géants qu'il projetait dans le vide du cosmos. Naturellement, les Européens n'avaient pas les connaissances anthropologiques qui leur auraient permis de connaître la nature du sacré simiohumain de type monothéiste. Certes, le christianisme n'avait pas entièrement interdit la littérature profane, les arts plastiques, la peinture et la musique, parce qu'une religion dont le Dieu est un homme cloué nu sur une croix ne saurait ignorer entièrement le corps humain ; mais la Turquie n'avait ni peintres, ni sculpteurs, ni romanciers, ni science de l'évolution des cerveaux, parce qu'Allah et Jahvé avaient dit : " Tu ne te feras pas d'image taillée devant ma face ". Quel accueil la Turquie allait-elle réserver à une civilisation des images et de la pensée ? Mais si le Vieux Monde avait eu le courage d'observer la stratégie de l'Angleterre et de l'empire américain à l'aide d'un microscope et non d'un télescope, sur quelle topographie fort différente leur regard aurait-il buté?

18 - Les " résurrecteurs " (Victor Hugo) de la Turquie

La première évidence politique qui leur aurait sauté aux yeux était le champ de manœuvres vaste et complexe que la Turquie allait offrir dans cette région du globe aux ambitions anciennes et nouvelles de la diplomatie anglo-saxonne. Il était puéril de s'imaginer que les descendants de Soliman le Magnifique laisseraient l'identité orgueilleuse d'un empire défunt se dissoudre gentiment dans une Europe demeurée flasque à souhait et irrémédiablement déchirée entre sa souveraineté avortée et sa vassalisation larvée, donc incapable pour longtemps d'exprimer la volonté politique que seules l'unité des esprits et la convergence des ambitions rendent possible.

Quand les historiens-anthropologues troquaient le miroir de leur télescope contre la lentille de leur microscope, ils voyaient bien clairement le jeu d'enfant que serait , pour le consortium de l'Angleterre et des Etats-Unis , de courtiser la nation la plus peuplée du Vieux Monde, dont les califes tenteraient de faire payer le tribut le plus lourd à leurs futurs soupirants. Aucun diplomate ne pouvait rêver qu'Ankara répondrait en toute gratuité aux avances alternées de l'Europe et du couple anglo-américain . Jamais, en ce bas monde, aucun gouvernement n'avait accepté ou rejeté les offres de ses quémandeurs sans s'installer en retour sur le trône que ses courtisans offraient à la souveraineté de ses arbitrages. Mais qui disposerait des gages les plus puissants pour se faire entendre d'un empire ottoman ressuscité et habile à paraître tenir la balance égale entre des flatteurs aux intérêts opposés?

Il était bien évident que le levier diplomatique principal des Anglo-Saxons serait la menace de nourrir le nationalisme kurde au sein de la Turquie si Ankara faisait mine de défendre mollement les intérêts pétroliers communs de Londres et de Washington . Déjà le Nouveau Monde alimentait secrètement le nationalisme explosif des trois millions cinq cent mille Kurdes d'Irak , mais gardait en réserve les vingt millions de leurs co-religionnaires que comptait la Turquie. Il était de bonne guerre de conserver au chaud la monnaie d'échange que deviendrait, le cas échéant, cet immense réservoir de la rébellion . Aussi des camps d'entraînement du PKK, le parti séparatiste kurde de Turquie, prospéraient-ils en Irak. Quelle rançon la patrie des Ottomans intégrés à l'Europe paierait-elle à l'Angleterre et aux Etats-Unis aux dépens de l'Europe afin que ces deux puissances ne missent à exécution leur menace d'enflammer le véritable Etat dans l'Etat qu'était sa puissante minorité ethnique de Kurdes ?

Mariali

Les deux principaux actionnaires du gigantesque pipeline qui reliait Bakou à Ceyhan en passant par Tbilissi n'étaient autres que la British Petroleum et une société américaine, UNOCAL que le Vice-Président Dick Cheney avait dirigée. La stratégie américano-anglaise qui avait commande le tracé de cet oléoduc était claire : il s'agissait de se passer du pétrole iranien et russe. D'un diamètre de cent vingt-cinq centimètres, mais protégé par deux bandes de terre latérales de vingt-deux mètres chacune, qu'on appelait le Pipelinistan, l'oléoduc serpentait sur mille sept cent soixante sept kilomètres à travers l'Azerbaïdjan , la Georgie et la Turquie pour aboutir à la porte de la gigantesque base américaine d'Incirlik en Méditerranée .

La finalité de toute la stratégie anglo-saxonne était de faire contrepoids à une alliance de la Russie avec la Chine dont le succès aurait permis à l'Europe politique de retrouver un équilibre des forces en sa faveur à l'échelle de la planète. Aussi l'Angleterre et l'Amérique visaient-elle d'ores et déjà à interdire à l'Iran de construire la bombe thermonucléaire, alors que le Pakistan, l'Inde et Israël possédaient déjà cette épée de Damoclès inutilisable sur un champ de bataille, mais indispensable au prestige politique des Etats. (Voir ci-dessous)

Les premiers simianthropologues de l'animal transzoologique calculaient le prix et le poids de la victime sacrificielle que l'Amérique et l'Angleterre immoleraient sur l'autel de leurs intérêts antieuropéens; mais ils savaient déjà qu'il leur serait facile de corrompre ou de faire fléchir les futurs dirigeants d'Ankara, puisque la mèche qui permettait de faire exploser le nationalisme kurde demeurait allumée.

L'avenir politique du monde dépendait donc de l'alliance de la Chine, de la Russie et de l'Europe pour l'exploitation des principales ressources pétrolières de la planète. C'est pourquoi Moscou et Berlin étaient parvenus à faire passer par la Baltique le pétrole et le gaz russe vers l'Europe occidentale , en prenant grand soin d'éviter le territoire des satellites de l'Amérique - les Etats baltes et la Pologne. La Turquie se situait au cœur de la stratégie adverse - ce qui expliquait le zèle de l'Amérique et de l'Angleterre de s'assurer le contrôle du " Pipelinistan " par l'introduction du cheval de Troie turc dans l'Union européenne.

19 - Vers une psychanalyse de la cécité de l'histoire

Aussi les historiens qui faisaient alors leurs premiers pas dans l'anthropologie critique se sont-ils demandé pourquoi l'Europe dite volontariste se mettait un épais bandeau sur les yeux et ne présentait à la Turquie que des arguments concernant les droits universels de l'homme, la libération de la femme sur les cinq continents ou le génocide arménien, comme s'ils étaient inspirés par le désir caché de ne négocier que sur des leurres et sous le contrôle étroit du couple indissoluble de l'Amérique et de l'Angleterre. Et pourtant, les motivations réelles des Anglo-saxons étaient si aisément déchiffrables qu'il eût suffi d'un simple examen des intérêts inconciliables de l'Europe américaine et de l'Europe souveraine pour éveiller l'attention du Vieux Continent.

La cause de cette cécité était claire : ni l'élite d'Etat de la France, ni celle de l'Allemagne , ni celle de l'Espagne, ni celle de l'Italie n'avaient accédé à une conscience avertie et argumentée de ce que l'Angleterre orpheline du Commonwealth et les Etats-Unis messianisés par la démocratie étaient les ennemis naturels d'une Europe qui se serait présentée en rivale de leur rêve de se partager l'univers. Albion jetait sur le monde le regard qu'elle avait porté autrefois sur son empire des Indes, tandis que les fils d'Abraham Lincoln avaient retrouvé sous la piqûre d'insecte de Ben Laden l'élan des croisés de leur Eden.

Mais en réalité, l'Angleterre se contentait du rôle de second du géant dont elle s'était flanquée, parce qu'une île dont l'identité politique avait été forgée par deux mille ans de combats contre des envahisseurs venus du Continent - Jules César, Agricola, Claude, Guillaume le Conquérant, Charles Quint, Napoléon, Hitler - voyait dans ses rivages son armure. La science de la psychophysiologie des peuples et des nations en était aux balbutiements - et pourtant, les premiers anthropologues de l'histoire se sont montrés des psychanalystes avertis d'une île condamnée à se feindre indispensable au " rédempteur du monde " dont elle était devenue le Sancho Pança.

20 - Les nouveaux historiens et l'Iran

Mais il se trouve qu'à partir de 2020, les historiens nouveaux dont j'ai évoqué l'audace à plusieurs reprises ont fondé la connaissance post darwinienne de l'humanité qui allait féconder les sciences humaines jusqu'à nos jours. La refondation intellectuelle de l'humanisme para-catéchétique hérité de la Renaissance, qu'ils ont menée à un degré estimable de maturation les a conduits à un décryptage de l'évolution cérébrale du simianthrope dont les premiers résultats leur ont permis de détecter les sources psychobiologiques de la servitude politique. Le divorce de l'intelligence historique mondiale d'avant-garde d'avec le niveau cérébral de la classe politique internationale de l'époque avait trouvé, dès 2005, un centre névralgique particulièrement démonstratif à l'occasion des négociations aveugles de l'Angleterre, de la France et de l'Allemagne avec l'Iran . Il s'agissait de savoir s'il était légitime de contester le droit de cette nation de se doter de l'arme thermonucléaire, dont personne ne contestait la possession à Israël, à l'Inde ou au Pakistan.

Les nouveaux historiens ont d'abord rappelé aux gouvernements de leur temps que, depuis des siècles, l'histoire du monde avait été ponctuée de scissions plus ou moins irrémédiables entre les avancées momentanées et fragiles des élites intellectuelles de l'époque et le retard cérébral, tantôt sans remède, tantôt relativement guérissable des classes dirigeantes dans lesquelles elles se trouvaient immergées et dont elles étaient condamnées à combattre la cécité à leurs risques et périls ; c'était ainsi qu'au début du XVIe siècle, le fossé entre les humanistes engagés en première ligne dans la radiographie littéraire des textes religieux avaient été persécutés par les Etats et par l'Eglise, qui persévéraient dans leur lecture dogmatique des évangiles, parce qu'ils tenaient à conserver aux écrits du ciel l'autorité politique traditionnellement attachée à la croyance en la provenance surnaturelle de l'annonciation biblique.

L'intelligence critique des premiers historiens-anthropologues leur avait permis d'observer les relations que l'armement nucléaire entretenait avec la théologie chrétienne au plus profond de l'inconscient militaire de la civilisation européenne et d'interpréter la scission du cerveau du monde de leur siècle entre un décodage guerrier et un décryptage mythologique de la nature de la bombe thermonucléaire. Or, en 2005, il y avait déjà plus d'un demi siècle qu'une intelligentsia d'avant-garde savait pertinemment que l'arme de l'apocalypse militaire n'était utilisable sur aucun champ de bataille réel, du seul fait qu'elle conduisait à l'explosion de la définition simiohumaine de la guerre.

Aussi, dès cette époque, une phalange transzoologique de la raison internationale rappelait-elle sans relâche aux chancelleries engluées dans un nouveau Moyen-Age de la raison politique que la pulvérisation atomique de l'adversaire n'avait jamais été réutilisée depuis la destruction d'Hiroshima et de Nagasaki en 1945, parce que la perte définitive, par les Etats-Unis, d'un monopole éphémère de l'apocalypse mécanisée renvoyait la vaporisation réciproque des belligérants bien davantage à une simianthropologie qu'à la science historique. Et pourtant, le rejet matamoresque des verdicts de la logique politique dont témoignait la classe dirigeante de la planète au début du IIIe millénaire était redevenu aussi unanime que la résistance des théologiens de l'excommunication majeure du Moyen-Age aux premières découvertes des grammairiens du sacré.

21 - Le courage des nouveaux historiens

Au début du IIIe millénaire, toute la difficulté de méthode était d'enseigner aux historiens traditionnels à observer de l'extérieur le contenu de leur boîte osseuse ; car ils ne s'étaient pas encore aperçus que cinq siècles de progrès de la pensée rationnelle de l'Occident avaient fait céder les digues de l'orthodoxie religieuse de leurs ancêtres. Aussi l'encéphale qui les habitait leur faisait-il réaffirmer haut et fort l'intangibilité de leur théologie de la guerre.

Si la résistance de leur cerveau collectif aux vérités les mieux démontrées demeurait invincible, c'était pour le motif qu'ils avaient oublié les querelles dogmatiques du passé, qui avaient toutes conduit à des affrontements sanglants entre leurs ciels ; mais ils avaient perdu jusqu'au souvenir de ce que les périodes de grandes convulsions de leurs autels avaient exercé dans le passé des contraintes cent fois moins puissantes que celles de leur temps, parce que la bombe thermonucléaire était devenue la nouvelle souveraine de l'orthodoxie de leur pensée militaire. Aussi ne voyaient-ils pas qu'ils tenaient un Concile de Trente permanent dans l'enceinte de leur cécité, alors que l'empire américain se servait du retard de leur entendement politique pour les asservir à la mythologie de leur tonnerre inutile.

Mais la rançon que l'Europe acquittait à son souverain d'au delà des mers avait beau devenir de plus en plus lourde, ils n'avaient pas d'yeux pour le tribut qu'ils versaient à leur Messie. Bien que leur dieu des démocraties s'échinât à légitimer l'armement nucléaire de l'Inde , leur retard cérébral leur faisait croire au débarquement imminent de Satan sur le globe terrestre . Aussi la vassalisation de leur diplomatie au profit des intérêts d'un empire étranger engloutissait-elle l'éthique de leur civilisation au profit d'un conquérant ensablé entre le Tigre et l'Euphrate, mais auquel les ressources pétrolières de l'Iran donnaient grand soif.

Mariali

Comment leur expliquer que le ciel de la sotériologie du Moyen-Age pouvait attendre, mais que l'histoire de leur temps n'attendait pas les retardataires? L'Occident de la justice et du droit allait-il survivre à leur crainte de défendre l'Iran face aux propriétaires de la terreur du monde ? Allaient-ils cesser de peser leur politique de l'atome sur la balance que leur maître du moment leur avait fabriquée?

22 - Le retour de Descartes

Aussi les nouveaux historiens ont-ils radiographié avant tout le retard intellectuel des classes gouvernementales du monde entier au début du IIIe millénaire. Il était urgent, disaient-ils, d'assigner le Vieux Continent devant le tribunal du Discours de la méthode qu'un certain Cartésius avait fait paraître en 1637. Ce terroriste de l'intelligence avait soutenu qu'on ne saurait légitimer la parole de la divinité par l'autorité de ses Saintes Ecritures, puis l'autorité de ses Saintes Ecritures par celle de sa parole. Cela s'appelait un cercle vicieux ; mais la langue de l'époque ne parlait encore que de " battologie ". Qu'en était-il de la battologie de l'âge nucléaire de la théologie ? Le cercle vicieux de la légitimation politique de l'arme atomique par la seule puissance de ses détenteurs , puis la légitimation de la morale des maîtres du nucléaire par la sacralisation de leur musculature faisait un spectacle de marmitons habiles seulement à faire monter aux narines d'une idole l'arôme du plat finement cuisiné d'un dieu assassiné - celui de l'intelligence.

Que disait Cartésius? Que l'arme thermonucléaire du Moyen-Age s'appelait l'excommunication majeure et qu'elle avait permis à Grégoire VII de précipiter aux enfers les armées de l'empereur Henri IV d'Allemagne, lequel était venu à résipiscence à Canossa ; que le monde moderne disposait d'autant de papes empêtrés dans les rets de leur enfer inutile que de détenteurs des foudres nouvelles du dieu biblique et que leurs tonnerres associés neutralisaient un dieu trop démultiplié pour demeurer crédible; qu'en revanche, la bombe de la volatilisation rédemptrice avait acquis la puissance politique fort réelle qui appartenait aux armes imaginaires depuis que des dieux siégeaient dans l'encéphale d'une espèce au cerveau schizoïde ; qu'à ce titre, le vain brandissement de cette géhenne était indispensable aux Etats soucieux de préserver leur souveraineté de la folie des despotes de la liberté; que, de toutes façons, la prolifération de l'engin théologique des modernes était d'ores et déjà un fait acquis et que la cécité intellectuelle d'un nouveau Moyen-Age n'en retardait l'accès à l'Iran qu'au prix de la vassalisation de l'Europe ; que le prix de la peur devenait suicidaire quand l'accélération de l'histoire donnait force de loi aux verdicts de la raison politique , quels que fussent les conciles de la sainteté démocratique qui tenteraient de donner des ailes d'anges aux plumages de la servitude.

Les nouveaux historiens ont occupé les hauteurs qui, à partir de 2005, ont permis d'observer les progrès cérébraux de l'humanité dans l'ordre géopolitique, parce que l'avenir de l'Europe dépendait désormais d'une mutation de la raison de notre espèce à laquelle la simianthropologie avait servi d'initiatrice.

Qu'est-ce qu'un empire ? 20 septembre 2005
Le pavois des "belles âmes", 1er septembre 2005
Le savoir et l'action. L'Europe vassalisée face à l'Iran révolté, 1er septembre 2005

Conclusion

Le renouvellement simianthropologique de la science historique n'a débarqué dans les manuels scolaires qu'après 2050, à la suite de la marginalisation politique d'une Europe qui n'avait pas su bénéficier du saut qualitatif que son quotient intellectuel lui avait permis un instant d'espérer. Alors seulement les Etats avaient compris que la vassalisation de l'Europe deviendrait inexorable si l'enseignement public ne se décidait pas à rédiger une histoire réelle du monde à l'usage des écoles, parce que la servitude s'enseigne dès l'enfance par la catéchèse dictée par un maître .

C'est ainsi que la civilisation européenne a été sauvée du trépas par l'approfondissement de la connaissance d'elle-même à laquelle ses historiens d'avant-garde se sont livrés. Une fois de plus, il a suffi que l'espérance demeurât dans la boîte de Pandore refermée pour assurer la résurrection des morts.

Le 6 octobre 2005