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L'anthropologie critique et la seconde Renaissance

Une nouvelle lecture du 11 septembre 2001
Benoît XVI et les musulmans
L'avenir de la raison

 

L'heure est venue de prendre acte à nouveau de la révolution anthropologique qui attend le IIIème millénaire européen et qui permettra d'approfondir la connaissance du cerveau de notre espèce par l'irruption de la psychanalyse des théologies dans les sciences humaines .

Ce mois de septembre est riche en documents anthropologiques de ce type : la commémoration des attentats du 11 septembre 2001 permet de descendre dans les arcanes du messianisme démocratique américain , le discours de Benoît XVI à l'Université de Ratisbonne du 12 septembre invite à relier la spéléologie d'un mythe politique à la spectrographie des relations du culte chrétien avec les sacrifices de sang, la paralysie cérébrale des Etats engage à scanner la notion d'intelligence et de radiographier les civilisations de la raison.


Ière Partie : Comment peser l'encéphale de notre espèce ?

1 - La commémoration des attentats du 11 septembre 2001
2 - Les embarras du savoir historique
3 - Ce que disait la science physique
4 - Les premières observations
5 - La raison anthropologique et l'histoire
6 - Comment rédiger les mémoires du Démon ?
7 - Le scannage des idoles
8 - La cécité volontaire du singe semi cérébralisé

IIème Partie : Comment constituer les théologies en documents anthropologiques ?

9 - Le cerveau de Jupiter
10 - Le glaive de la pensée logique
11 - Une anthropologie prospective
12 - Qu'est-ce qu'une science ?
13 - On cherche un troisième oeil
14 - Le baron von Munchaüsen des théologies
15 - Les embarras du savoir historique

IIIème Partie Comment innocenter le sang de l'histoire ?

15 - La geôle du Dieu
16 - Autopsie d'un meurtre
17 - Quelle toison d'or les Argonautes ont-ils ramenée de la Colchide ?
18 - Le trésor de la vérité
19 - L'évolutionnisme et l'interprétation du sacré

IVème Partie Comment sanctifier le meurtre de l'autel ?

20 - L'apprentissage de l'innocence simiohumaine
21 - Le culte de l'intelligence
22 - Le sacrifice chrétien et le sacrifice démocratique
23 - Les anthropologues du meurtre simiohumain
24 - Les faux prêtres de la liberté


IIère Partie : Comment peser l'encéphale de notre espèce?

1 - La commémoration des attentats du 11 septembre 2001

Autant les mois de juillet et d'août ont mis en évidence la montée accélérée et la mise en place irréversible d'un nouvel équilibre entre les grandes puissances sur l'échiquier de la politique internationale, autant le mois de septembre a éclairé d'une vive lumière l'évolution de la notion de raison au sein de la civilisation mondiale, donc le débarquement de la pesée de l'encéphale humain et de ses relations avec les cultes de sang dans la géopolitique contemporaine. Du coup, les temps présents ont pris les couleurs d'un Moyen-Age désormais sur la défensive et résolu à sauver sa scolastique tandis qu'une seconde Renaissance inaugure dans les profondeurs le basculement de toute la philosophie classique dans une anthropologie critique fondée sur une interprétation révolutionnaire de l'évolution de l'intelligence humaine.

En premier lieu, la commémoration du cinquième anniversaire des attentats spectaculaires du 11 septembre 2001 a permis de commettre le sacrilège politique de diffuser sur internet plusieurs films ensevelis dans les archives de la CIA et protégés par le secret d'Etat, mais également demeurés inconnus en raison de la terreur qu'inspirait aux cinéastes amateurs de l'époque la censure de fait qu'exerçait le Patriot Act sur leur liberté d'expression. Cette législation d'exception leur faisait craindre leur arrestation immédiate et leur emprisonnement pour une durée indéterminée sur le simple soupçon de complicité avec un terrorisme universel et mythique dans le cas où ils auraient l'audace de divulguer leurs propres prises de vue. C'est que leurs pellicules apportaient enfin les preuves visuelles de ce que les deux tours du World Trade Center s'étaient effondrées parce qu'elles avaient été dynamitées par des professionnels des démolitions de bâtiments vétustes, ce qui posait la question centrale que l'anthropologie critique commençait à peine de soulever, celle de construire la balance dont la fléau inscrirait sur un cadran approprié le poids et la composition psychophysiologiques du cerveau messianique de l'humanité. Mais dès le mois de septembre 2006, les premiers humanistes iconoclastes ont pu observer de près le montage du mythe d'un complot satanique mondial contre les démocraties et observer minutieusement les supports eschatologiques et rédempteurs de la politique d'un nouvel empire du salut religieux. La question fondamentale de savoir comment les mythe religieux se greffent sur des événements réels était posée depuis les douze travaux d'Hercule.

2 - Les embarras du savoir historique

Pour nous démontrer que les nouveaux anthropologues n'avaient pas froid aux yeux et que les sciences se distinguent entre elles par leur voltage, observons les entrailles de l'interdit semi divin qui nous a été signifié par l'Amérique. Vous savez que le Patriotic Act nous accuserait de complicité avec le Démon du terrorisme si nous tentions d'observer de trop près les entrailles de la bête du sacrifice que nous avons immolée sur l'autel de la liberté le 11 septembre 2001. L'avons-nous offerte en sacrifice de bonne odeur au Dieu de la démocratie ou à Lucifer ressuscité ? Comment se fait-il que les images télévisuelles de ce sacrifice contrefait n'aient pas brisé le refus d'acier de la planète tout entière d'en détecter la véritable odeur ? Qu'en est-il des narines du genre simiohumain actuel pour que le fumet de l'animal ne les ait pas chatouillées, qu'en est-il du nez qui nous permettra de humer les senteurs des trois mille cadavres offerts d'un seul coup à un Jupiter tonitruant de la Liberté, qu'en est-il de la gloire et de la sainteté du sacrificateur et de son sacrifice ?

Le chemin de la logique qui nous conduira le plus sûrement à cet autel sera de bien séparer le parfum de l'enquête anthropologique de l'odeur de la science historique. Dans l'état actuel de l'évolution de son organe nasal, notre espèce est devenue relativement capable de distinguer les émanations olfactives à la fois étroitement parallèles et radicalement incompatibles entre elles du narrateur dont l'artisanat se réduit à transmettre de génération en génération le souvenir des événements survenus, d'une part, de la vocation des spéléologues de l'encéphale du singe parlant, d'autre part. Certes, à sa manière, Clio est devenue, elle aussi, une pionnière de l'intelligence, donc de la connaissance odoriférante du passé, puisqu'elle a partiellement rompu ses attaches avec l'histoire sainte. Nous sommes loin du temps où Flavius Josèphe commençait ses Antiquités juives en ces termes : " Au commencement, Dieu créa le ciel et la terre. Comme ceux-ci n'apparaissaient pas au regard, parce qu'ils se trouvaient cachés sous un épais brouillard et que l'esprit se tenait au-dessus, Dieu ordonna que la lumière fût. " Dix-sept siècles plus tard Bossuet commençait encore son Discours sur l'histoire universelle à l'intention du Dauphin dans des termes comparables : " La première époque vous présente un grand spectacle : Dieu qui crée le ciel et la terre par sa parole et qui fait l'homme à son image. "

Mais dans le récit des relations tumultueuses de la mémoire des nations avec l'histoire semi rationnelle et semi théologique de leur intelligence , le 11 septembre 2001 marque une date charnière, parce que, pour la première fois, le décryptage dit scientifique de l'histoire s'est heurté à des obstacles aussi gigantesques que son décodage religieux chez Flavius Josèphe ou Bossuet, chez lesquels les collisions entre le déchiffrage rationnel du monde et la saveur des brouets de la connaissance mythologique n'avait même pas commencé de raconter les aventures de la boîte osseuse d'une Europe secouée entre le ciel et la terre, tellement la vérité historique paraissait non seulement compatible avec la fière allure du récit religieux, mais consubstantiel aux saccades de la légende sacrée.

Or, les événements vociférants survenus le 11 septembre 2001 à New-York ont illustré l'interdit absolu, comme il est rappelé ci-dessus, de raconter le déroulement réel des attentats les plus spectaculaires que le monde moderne ait connus et qui avaient pourtant été filmés à l'échelle des cinq continents . Pourquoi tout s'est-il passé comme si les caméras avaient été autorisée à tourner la scène de la construction de l'arche de Noé, puis de l'embarquement en bon ordre des espèces dans ses flancs, puis de la montée inexorable des eaux, mais non la promulgation de l'interdiction mystérieuse et éternelle des services de communication du ciel de diffuser les images secrètement enregistrées sur la rétine de Dieu ? Certes, la planète entière avait été conviée à visionner, d'une part, un scénario de la Métro Goldwyn Meyer dans lequel des buildings réels s'effondraient en un dizaine de secondes par la grâce conjuguée des effets spéciaux les plus performants jamais imaginés à Hollywood, mais non l'intervention non moins musclée du Démon du terrorisme, qui avait imité la foudre divine et frappé l'Amérique de la liberté du haut du ciel d'Allah.

3 - Ce que disait la science physique

Cinq ans seulement plus tard, un montage aussi prodigieux avait commencé de troubler l'entendement le plus ordinaire des descendants de Flavius Josèphe et de Bossuet. On se souvenait de ce qu'au siècle de Voltaire on montait encore sur le bûcher pour avoir commis le péché de nier que le Déluge aurait été mis en scène par le Créateur. Il faut savoir que les caméras des temps bibliques n'étaient pas d'une qualité comparable à celles qui avaient filmé, primo, l'impact sur les derniers étages du World Trade Center de New-York d'un avion privé de hublots et sous le fuselage duquel une bombe incendiaire avait été fixée, secundo l'éclair du missile qui avait provoqué l'incendie en une fraction de seconde, tertio , le prodige de l'effondrement en moins de dix secondes, et à l'heure précise que les scénaristes avaient calculée, d'une masse de béton et d'acier de six cent millions de tonnes et d'une hauteur de quatre cents mètres. Comment fallait-il interpréter l'alliage de la vérité biblique avec la vérité historique ? Les deux problématiques partageaient des intérêts à la fois communs et divergents, de sorte qu'elles n'avaient recouru qu'à une séparation de corps partielle et dont les clauses étaient demeurées bancales; mais, cette fois, la guerre entre la science et le mythe allait se rallumer et s'étendre à la terre entière, de sorte qu'il devenait difficile de s'en tenir à un contrat aux cotes mal taillées pour expliquer pourquoi les buildings s'étaient effondrés une demi heure environ après l'impact d'un frelon d'acier.

La science historique moderne était devenue relativement explicative dans son ordre. Sa méthode la contraignait , elle aussi, à rechercher les causes des événements . Elle avait appris à qualifier d'objectives celles qui répondaient au type de savoir qu'une époque jugeait rationnel. C'est ainsi que l'explication théologique de l'existence de la terre et du soleil avait longtemps été tenue pour objective. Mais à l'heure où il était demandé à Clio d'expliquer non seulement les causes politico-religieuses qui avaient conduit à précipiter un avion de combat déguisé en aéronef marchand et piloté par un samourai musulman sur un gratte-ciel de New-York, mais également de rendre compte des causes pour lesquelles ces tours étaient censées avoir explosé et s'être effondrées sous le choc d'un minuscule insecte de métal, donc en violation évidente des lois les plus connues et les plus élémentaires de la physique de l'époque, la psychobiologie de l'histoire universelle était conviée à faire ses premières armes au sein d'une anthropologie sacrilège , et cela pour la simple raison que l'événement matériel à expliquer ne concernait qu'à titre marginal la problématique du monde physique à trois dimensions de ce temps-là: car ce qui comptait désormais au premier chef, c'était de mettre en pleine lumière la problématique d'une science du genre humain en mesure d'expliquer pourquoi le globe terrestre était frappé par le Patriot Act de l'interdit de chercher et de nommer les auteurs du scénario messianique et de retrouver les réalisateurs de génie de l'apprêt hautement eschatologique de l'événement. C'étaient donc les entrailles d'un Patriot Act mythologique qui détenaient les secrets théologiques de l'attentat. Qu'y avait-il à cacher pour qu'un interdit religieux d'une telle puissance pût rendre silencieux les cinq continents?

4 - Les premières observations

Une science historique déjà rendue relativement sérieuse, donc devenue méfiante, avait du moins pu observer que le World Trade Center avait été construit tout spécialement pour subir sans risque un éventuel " attentat terroriste " . Elle savait, en outre, que quelques années auparavant, un avion avait percuté un building dans le brouillard sans que l'immeuble s'écroulât. Elle pouvait se rappeler que jamais encore un incendie n'avait provoqué l'effondrement d'un gratte-ciel . Les greffiers de Clio avaient noté qu'une tour avait brûlé à San Francisco pendant plus de vingt-quatre heures sans subir un sort aussi miraculeux. On avait visionné des vidéos corroborées par les témoignages des pompiers, qui avaient unanimement témoigné de ce que la catastrophe finale avait été précédée d'une succession d'explosions à divers étages . On disposait d'images au ralenti qui démontraient que l'avion sans hublots évoqué ci-dessus et porteur sous son ventre d'un objet allongé avait effectivement tiré son missile et qu'un flash lumineux avait accompagné sa collision avec la tour nord et sud du World Trade Center. On avait dressé le constat qu'il était bien impossible à un ptérodactyle 757 de percuter le Pentagone au même instant et au ras du sol sans que l'oiseau sinistré laissât la moindre trace de son exploit. Et pourquoi son ossature n'y avait-elle fait qu'une brèche de trois à cinq mètres de circonférence ? Et puis, comment le nez en carbone du volatile, aurait-il percé trois anneaux protégés chacun par un mur intérieur et extérieur de quarante cinq centimètres d'épaisseur chacun, soit environ trois mètres de béton armé ?

Quelques videos parmi les dizaines présentes sur internet

http://video.google.com/videoplay?docid=-3294003808703428486&q=loose+change
http://www.prisonplanet.com/articles/September2006/130906Demolitions.htm
http://video.google.com/videoplay?docid=1822764959599063248&
http://video.google.fr/videoplay?docid=9114190988980929653&

La physique mathématique de l'époque ne s'était pas fait tirer l'oreille pour réfuter qu'un troisième building se fût effondré tout seul et en six secondes sans qu'il eût été touché par aucun projectile ailé ou tiré du sol; car le lecteur est déjà informé de ce que les ingénieurs et les architectes de ce temps-là connaissaient depuis longtemps une technique de destruction rapide et économique des immeubles à démolir. Figurez-vous que ces artistes les bourrent d'explosifs à des endroits précis, puis qu'ils les relient entre eux par un fil détonant, de sorte que ces artisans programment aussi minutieusement leurs cataclysmes que la divinité contrôle le voltage de son apocalypse ou de ses châtiments éternels. Outre que ces artificiers courent aussi peu de dangers que Noé dans son arche, ils limitent considérablement le coût de l'évacuation des millions de mètres cubes de décombres. Mais il faut savoir que les catastrophes artificielles exigent plusieurs semaines d'une préparation minutieuse. Or le propriétaire du troisième immeuble miraculé par une implosion subite était le même que celui des deux tours jumelles précédemment rayées de la carte ; et il avait reconnu avoir donné l'ordre de démolition sous le prétexte d'un " affaiblissement de la structure " du building, ce qui expliquait non seulement que des artificiers auvaient miraculeusement surgi de terre, mais également que personne ne les avait vus à l'œuvre et prévenu les habitants du voisinage , sans doute en raison de la célérité exceptionnelle de leurs préparatifs.

5 - La raison anthropologique et l'histoire

Tout cela était donc largement à la portée du type de connaissance approximative des gratte-ciel dont la physique disposait depuis l'époque de l'invention du béton armé, qui avait révolutionné l'architecture au début du siècle précédent. En revanche, il faut répéter que la science historique infirme du début du IIIe millénaire ne se trouvait pas encore armée des instruments d'une science du genre simiohumain qui lui auraient permis de comprendre un phénomène psycho cérébral fort ancien, celui de l'acceptation universelle, par une espèce demeurée semi réflexive, de l'interdiction à laquelle elle se trouvait soumise depuis des millénaires d'expliquer les prodiges proprement théologiques auxquels sa boîte osseuse servait docilement de théâtre . Il y avait pourtant plus d'un siècle que les aveuglements collectifs les plus titanesques semblaient avoir été limités aux mises en scène des mythologies religieuses. Et voici que cinq siècles après Copernic, un siècle et demi après Darwin et un siècle après Freud, le phénomène de la cécité volontaire du genre humain devant le sacré inaugurait le IIIe millénaire de l'ensevelissement des dieux voyageurs de l'Olympe dans l'oubli et de l'apparition d'un successeur censé les avoir unifiés sous un seul sceptre. Malgré les preuves les plus incontestables rassemblées sur tout le globe terrestre par un instrument nouveau de la connaissance, celui des images itinérantes, le mythe selon lequel il fallait déjouer un complot terroriste universel afin d'assurer le salut éternel du monde résistait au témoignage unanime des caméras. Les masses modernes étaient-elles donc demeurées étrangères à la civilisation de la raison ?

Je me suis alors demandé quel était le trône menacé de profanation, le trône que l'interdit commun au culte d'une pseudo liberté politique et au culte d'une pseudo liberté religieuse était chargé de protéger, le trône qui assurait la métamorphose du pain et du vin de l'esprit en chair et en sang de la victime sur l'autel, le trésor de la transfiguration de l'Amérique en sang et en chair illusoirement salvateurs de l'histoire du monde ? Mais puisque toute la mythologie des sacrifices payants parce que sanglants s'était effondrée dans un amas peu glorieux de fer et de béton, je me suis imaginé que la cohorte entière des collaborateurs laborieux que Clio mettait à la disposition des anthropologues poursuivrait son travail de fourmis dans les décombres et que ces insectes découvriraient le fait que l'astucieux le propriétaire des trois tours venait de les acheter, ce qui lui valait un bail à exploiter pendant quatre-vingt dix-neuf ans ; qu'il avait contracté une assurance de sept milliards et deux cents millions de dollars pour le cas où, par extraordinaire, les tours seraient les victimes d'un attentat meurtrier, mais qu'il n'avait touché que deux milliards d'indemnités ; qu'une somme de cent soixante milliards de dollars en lingots d'or se trouvaient dans les sous-sol de la tour et qu'ils étaient en cours de transport précipité vers un lieu sûr, mais qu'un semi remorque, accompagné de son escorte et chargé de plusieurs tonnes d'or était demeuré bloqué dans un tunnel et que seuls deux cent trente millions de dollars ont été récupérés. Puis j'ai appris par les procès verbaux des mémorialistes , des chroniqueurs, des greffiers que si les charges d'explosifs n'avaient pas été détectées, c'était parce que les chiens chargés d'en flairer l'odeur avaient été éloignés depuis le 6 septembre 2001 , que des exercices de simulation nécessitant des évacuations complètes " pour raison de sécurité " étaient intervenues dans les trois tours de M. Larry Silverstein quelques semaines avant le 11 septembre 2001 et enfin que le responsable de la compagnie de sécurité chargée de la sécurité électronique de ces immeubles était, de 1990 au 11 septembre 2001 , Marwin Bush, frère du Président et enfin que les rondes de sécurité avaient été levées deux semaines avant l'effondrement .

6 - Comment rédiger les mémoires du Démon ?

De toute évidence, le terrorisme n'était donc qu'un terme métaphorique et polyvalent qui permettait à un empire de la rédemption par la démocratie de montrer du doigt l'ennemi de son évangile qu'il entendait définir comme tel, et cela pour le seul motif qu'il entravait son expansion terrestre à visage découvert. Ce masque éhonté et grotesque des conquérants modernes avait permis aussi bien aux nazis d'excommunier les maquisards français qu'à la puissance coloniale anglaise de démoniser Menahen Begin ; aussi bien à la quatrième République de condamner le Front de Libération Nationale algérien qu'aux Soviétiques à foudroyer l'Afghan Ahmed Shah Massoud ; aussi bien aux Israéliens d'ameuter la sainte " conscience universelle " contre le Hezbollah, le Hamas ou le Fatah qu'à la Maison Blanche de citer Chavez au banc du tribunal de la démocratie mondiale.

Simplement, les masques sacrés ne résistent pas au fil des épées : les terroristes de 1940-1945 étaient devenus des héros, les moudjahidines algériens des martyrs de l'indépendance , Begin s'était retrouvé canonisé en père de la patrie, Massoud était entré dans le paradis des films hollywoodiens . Les cuirasses théologiques sont appelées à tomber en quenouille: Alexandre combattait sous le masque de sa propre gloire, l'empire romain sous le masque des victoires conjuguées des armes et des lois, le christianisme sous le masque d'un Dieu de la délivrance, le communisme sous le masque d'une promesse de paradis sur la terre, le nazisme sous le masque de la purification de la race humaine , la démocratie américaine sous le masque de la rédemption de l'univers par la chasse au pétrole.

C'est que la soif qui tourmente les empires et qui assiège de cauchemars leurs nuits ruminantes fait également mûrir leurs plans de conquête de tout l'univers dans leur tête, peuple également leurs rêves de gisements de millions de barils, tisse également dans leur tête un réseau de pipe-lines, les change en goélands englués dans leur pétrole. Vingt millions de barils du précieux nectar sont injectés chaque jour dans les rouages de la machine des empires. Quand les dieux ont soif, le globe terrestre leur tend la coupe qui les désaltère. Les empires biberonnent leur précieux nectar sous le masque de la guerre qu'ils mènent pour le salut de l'univers. C'est que les empires sont les limousines de l'histoire du monde. Comme elles sont belles, comme elles sont rutilantes, comme leurs chromes étincellent!

Sur ce point, le mythe chrétien était un conquérant mieux armé que la machinerie guerrière de la démocratie rédemptrice américaine, puisque l'Eglise avait pris tout de suite la précaution élémentaire de déclarer nuls et non avenus les constats qu'allaient dresser les chimistes soupçonneux, les microscopes incrédules, les théoriciens hérétiques des atomes, qui allaient immanquablement démontrer que le pain demeurait du pain et le vin du vin sur tous les autels de la foi. Alors qu'il avait suffi au dogme catholique d'affirmer mordicus la présence physique du sang et de la mort d'un rédempteur du cosmos sur les autels pour le rendre invincible, on avait vu quelque mille huit cents jours produire des documents filmés et diffusés sur internet qui avaient révélé aux cinq continents la gigantesque supercherie du Satan préfabriqué qu'on appelerait le terrorisme. Comment transsubstantifier l'effondrement d'un building en pain du ciel d'un paradis truqué? L'eucharistique démocratique avait échoué à sidérer l'humanité. Décidément, l'attentat dérisoire contre le World Trade Center peinait à se hisser au gigantisme d'un masque religieux capable d'armer l'Amérique cultuelle d'une croisade sans fin contre le Démon du Mal sur toute la terre habitée. Mais quelle clé des mythes sacrés que la fable de la grenouille qui voulait se porter à la taille d'un bœuf ! L'attentat parodiait un sépulcre devenu la voix de l'histoire universelle . La métamorphose d'un tombeau dans les têtes nous livrait le secret d'une espèce crucifiée sur le gibet de son histoire.

7 - Le scannage des idoles

Je demande au lecteur de ne pas s'offusquer outre mesure des hérésies en chaîne qui vont suivre et qui s'attacheront les unes aux autres par les anneaux difficiles à briser d'une logique anthropologique impavide. C'est un fait que des centaines de millions de chrétiens ont hérité du cerveau stupéfié de leurs ancêtres schizoïdes et qu'ils croient depuis deux cents générations à un prodige matériel bipolaire dont l'examen, à l'école des nouveaux anthropologues n'a pas tardé à en appeler à une simianthropologie aux yeux plus dessillés que la précédente. Qu'en est-il de l'encéphale bifide de l'adulte d'aujourd'hui? Car enfin, des milliards de nos congénères hypnotisés ou pétrifiés continuent de ne prêter aucun crédit à ce que leurs yeux de chair ont enregistré et que les caméras du monde entier ont projeté cent fois sur leurs rétines: à savoir, des tours enchantées par le Coran et qui implosent sous la foudre d'Allah peu de temps après avoir été frappées à leur sommet par un projectile aussi pathétique qu'inefficace.

L'objectivité et la sérénité d'esprit requises des spectateurs de ce prodige dépassent-elles la capacité d'attention et de concentration de l'intelligence moyenne dont notre espèce se trouve armée en ce début du troisième millénaire du mythe de notre sortie d'un sépulcre? Les premiers examinateurs des entrailles sacrificielles de la politique et de l'histoire du singe scindé entre le réel et le rêve ont souligné qu'il ne ressortissait ni à leurs responsabilités , ni à leurs compétences de découvrir les auteurs du crime selon l'état civil, parce que la tâche de l'anthropologie transanimale est de découvrir le véritable coupable, à savoir l'opérateur de sa propre mort qu'une simiohumanité inconsciemment auto-oblative est devenue à elle-même au sortir du règne animal et qui, depuis des millénaires, la conduit à se convulser et à se déchiqueter à l'école de l'auto-crucifixion à la fois abhorrée et secrètement désirée qui la cloue sur la croix de son histoire.

Aux yeux de l'anthropologie critique, il s'agissait exclusivement d'observer la politique messianique des démocraties modernes, dont celle de l'Amérique présentait la forme d'annonciation la plus aiguë et qui culminait dans le culte de la rédemption par le débarquement de l'idée de justice sur la terre. Or, les saintes écritures du mythe de l'égalité mettaient leur Eden en scène sous le regard flatteur des anges de la Liberté. Mais mes prédécesseurs ont démontré, dès 2001, que des sciences dites humaines qui fermeraient les yeux sur le déroulement événementiel des attentats du 11 septembre 2001 feraient appel à la même cécité à l'égard des faits que les croyants contraints dès l'enfance par leurs catéchètes à fermer les yeux à la fois inconsciemment et semi volontairement sur les meurtres sacrés qui pilotent l'histoire sanglante de notre espèce et qui lui fait dire, dans le même temps, que leur idole se nourrit de l'offrande du sang de sa créature sur ses autels, mais qu'elle abhorre le sang qu'elle contraint sa créature à boire. Que signifie l'interdit multiséculaire imposé à la foi de fixer des yeux le pain et le vin d'une justice des mortels qui refuse de saigner? Un seul regard les ferait-il douter du dogme qui leur affirme qu'il s'agit bel et bien de la chair dégoulinante de sang dont l'idole elle-même se nourrit sans le dire? Pourquoi l'anthropophagie cultuelle est-elle la clé du salut par la sainteté ?

8 - La cécité volontaire du singe semi-cérébralisé

On sait que les nouveaux anthropologues ont surgi des décombres du World Trade Center. Les premiers, ils ont fait remarquer qu'au XVIIe siècle, les preuves les plus indubitables de la rotondité de notre planète n'avaient pu convaincre des centaines de millions de croyants, simplement parce que leur regard demeurait obstinément fixé non point sur le phénomène à observer de leurs yeux, mais sur les textes millénaires censés détenir l'autorité souveraine et solitaire de bien le connaître et de l'avoir décrit sous une forme définitive. Quelle était l'autorité religieuse qui conduisait à nouveau le globe terrestre tout entier à se lancer tête baissée dans une guerre mythique contre un adversaire aussi imaginaire que le Démon du Moyen-Age ?

C'est qu'à la date du 11 septembre 2006, il n'y avait qu'un an qu'un paysan du Texas avait été désigné par le suffrage populaire pour occuper le trône d'un messie des temps modernes . Alors le ciel de la démocratie lui avait inspiré ces saintes paroles: " Nous prendrons la tête de la marche du XXIe siècle vers l'ère radieuse de la liberté humaine "

(Georges Bush, 12 sept. 2006 cité par Ria Novosti http://fr.rian.ru/world/20060912/53784540.html et Armées.com (http://www.armees.com/Les-Etats-Unis-battront-leurs-ennemis-et-meneront-le-monde-a-l-ere,7390.html ) .

Aussi, l'anthropologie profanatrice s'est-elle aussitôt demandé comment elle ferait imploser les buildings du nouveau Moyen-Age , à savoir les encéphales que frappait de plein fouet l'interdit d'examiner les relations viscérales que le sacré entretenait avec la semi conscience et la semi lucidité d'une espèce protégée depuis des millénaires par les masques sacrés qu'elle se plaquait semi volontairement sur le visage. Voilà qui ne ressortissait décidément plus à l'enquête au petit pied des historiens académiques, mais à un regard encore à aiguiser sur les relations que notre espèce embryonnaire entretient avec les idoles qui l'aveuglent.

Même si la science historique banalisée par les Sorbonne de la demi raison de l'époque avait réussi à conduire les mémorialistes et les chroniqueurs patentés à des explications politiques un peu plus profondes que celles des catéchètes de la démocratie dans les écoles publiques; même si les policiers du passé avaient découvert les auteurs d'une conjuration patriotique dont le génie aurait mis en scène l'électrochoc religieux dont le corps d'un empire avait besoin afin de réarmer son messianisme fatigué - l'Amérique fantomatique s'échinait alors à concocter en toute hâte une " guerre des étoiles " branchée sur le combat mythique entre le Bien et le Mal que les nouveaux théologiens de l'apocalypse mijotaient sous le regard du public - il n'en demeurerait pas moins évident que la science historique mondiale avait buté sur les frontières naturelles de son royaume méthodologique et de sa problématique , lesquels reposaient encore sur les définitions classiques de l'objectivité et de la rationalité de la science de la mémoire apprises chez Thucydide vingt-quatre siècles auparavant.

Pourquoi les fuyards de la nuit animale propulsaient-ils leur encéphale dans un fabuleux cosmique ? Auraient-ils imprudemment et trop hâtivement tenté de déserter le règne animal, alors qu'ils se trouvaient encore bien mal préparés à s'évader de la zoologie? L'incapacité innée de leur encéphale à affronter le tragique de leur solitude dans une immensité inhabitée les aurait-elle condamnés à se bâtir les forteresses de leurs interdits théologaux ? Quaestio disputata. Mais nous savons que les attentats du 11 septembre 2001 ont fait brutalement débarquer dans l'anthropologie critique de l'époque des documents cérébraux décisifs. Leur décryptage progressif allait se révéler vital pour l'avènement d'une science historique moins frappée de myopie par le sacré que celle d'autrefois et qui connaîtrait la nature et l'épaisseur des cuirasses nécessaires à la préservation de la cécité simiohumaine . On sait que ces documents, qu'on appelait des théologies, ne sont devenus parlants et féconds aux yeux de la géopolitique qu'à partir de l'essor de la réflexion provoqué par les attentats du 11 septembre 2001, parce que la connaissance anthropologique des interdits simiohumains, donc semi réflexifs n'a pu commencer qu'à ce moment-là de se fonder sur l'interprétation psychobiologique de la cécité semi volontaire du genre humain.

IIème Partie: Comment constituer les théologies en documents anthropologiques

9 - Le cerveau de Jupiter

Comme pour souligner le mécanisme psychobiologique qui commande l'occultation de la loi du sang au cœur de la politique et de l'histoire simiohumaines, le mois de septembre de la même année et le lendemain même des commémorations des attentats du 11 septembre 2001, le pape déclenchait une querelle théologique bien connue concernant la véritable nature du cerveau de Zeus. On sait qu'aux yeux des philosophes, l'idole était réputée logicienne et que les théoriciens d'un absolu divin déchaîné n'avaient pas rendu les armes. Le fonctionnement cérébral d'un ciel de l'épouvante et de la fureur avait été réhabilité par les calvinistes et les luthériens, puis par les jansénistes, selon lesquels l'omniscience d'une divinité aux desseins proclamés indéchiffrables par saint Augustin plaçait à jamais la raison politique et morale de la créature sous la dictature d'un Créateur dément, mais qu'on proclamerait d'autant plus sage que son omnipotence le ferait délirer davantage. Mais le plus étrange, c'était que le Jupiter des théologiens de sens rassis était également celui qui se nourrissait du prodige le plus sanglant sur l'autel, tandis que le ciel le plus incontrôlable, donc le plus despotique en son principe, limitait le miracle de l'effusion de sang sur ses autels, ce qui avait depuis longtemps mis la puce à l'oreille aux politologues des idoles ; car, se disaient-ils, c'était donc l'histoire qui parlait sur les propitiatoires.

Cette question était devenue d'autant plus d'actualité que la démocratie pseudo rédemptrice des temps présents venait de démontrer à nouveaux frais qu'une autorité soustraite à toute surveillance politique échappait aux théologiens de la tyrannie sur la terre et qu'il fallait, de toute urgence, apprendre à peser la matière grise de Dieu sur les plateaux de la balance que les humanistes de la seconde Renaissance de l'Europe avaient commencé de construire, parce que le cerveau théologique de la démocratie américaine avait retrouvé le Dieu inconnaissable du IVème siècle, de sorte que les théoriciens du despotisme moderne avaient le plus grand intérêt à s'initier, de toute urgence, à l'histoire véritable de la théologie des trois dieux uniques encore en activité. Or, cela exigeait une anthropologie délivrée des bandelettes du Moyen-Age des modernes, qu'on appelait maintenant le panculturalisme, et qui se révélait l'obscurantisme le plus redoutable qu'on eût jamais inventé, puisqu'il se fondait sur le refus catégorique de distinguer le vrai du faux, ce qui anéantissait la définition même de toute hiérarchie intellectuelle.

Mais bien que la bataille bimillénaire entre les spécialistes respectifs de l'intelligence et de la sottise du ciel eût été précipitamment ressuscitée par le pape Benoît XVI face à l'Islam tout entier et bien que cette reprise soudaine des hostilités eût fait l'effet d'une déclaration de guerre du Jupiter des chrétiens à un milliard et demi de musulmans, la classe politique mondiale formée à l'école de la raison scientifique depuis le XVIIIe siècle avait assisté les bras croisés et un brin hilare à cette bataille vieille comme la gnose johannique et hellénistique. Quant aux journaux, d'abord incrédules, ils avaient considéré non seulement que la religion était une survivance désespérante des premiers âges de l'humanité, mais que les querelles théologiques ressortiraient désormais à la gestion politique la plus avertie et la mieux calculée possible du cerveau viscéralement délirant du genre humain. Benoît XVI n'était coupable que d'avoir commis une faute d'anesthésiste inexpérimenté des religions pour avoir oublié qu'elles sont " de la nitroglycérine et que la nitroglycérine explose quand on la secoue ", comme l'avait rappelé le chef du parti catholique français. Mais si l'on n'y prenait garde, la naïveté du Saint Père risquait de ressusciter les élucubrations les plus fulminatoires du singe vocalisé, celles qui, dans le passé, avaient si souvent mis le feu à l'encéphale hyper inflammable de cet animal. Il était donc décisif, aux yeux de l'intelligentsia d'avant-garde, que Sa Sainteté ne fût plus jugée sur un point de doctrine, mais sur sa candeur de chef d'Etat néophyte, à condition qu'on vît les nouveaux humanistes armer la seconde Renaissance d'une connaissance plus profonde du genre humain que celle des Janotus de Bragmardo du XXIème siècle, dont on sait qu'ils avaient réussi à faire entrer dans la déclaration des droits de l'homme le respect universel de l'ignorance et de la sottise.

Aux yeux d'une intelligentsia composée d'anthropologues d'avant-garde, le discours d'un pape de Sorbonne témoignait indirectement, mais dans un grand vacarme, de la quadriplégie dont la pensée académique mondiale se trouvait frappée depuis plus d'un siècle. Car il était clairement démontré que le Souverain Pontife campait à mille lieues de toute réflexion moderne sur les sources psychobiologiques de l'intelligibilité subjectivement attribuée à la matière inanimée au sein d'une physique classique et d'une physique einsteinienne héritées du mythe d'un ordre divin intelligent. Toute psychanalyse des valeurs, donc des signifiants pseudo locuteurs abusivement projetés par l'inconscient de la " raison " du nouveau Moyen-Age sur la notion, mythologique par définition, d'une " compréhensibilité " en soi du monde échappait à une Curie redevenue aussi ignare qu'au XVIème siècle.

Mais puisque le culte que le Vatican professait pour un logos associé à une cosmologie religieuse musclée renvoyait l'Eglise aux premiers siècles, les anthropologues du tragique simiohumain observaient les relations ambiguës qu'un Dieu censé devenu ennemi du sang entretenait avec l'histoire. Comment Benoît XVI avait-il pu dire: " Dieu n'aime pas le sang ", alors que la théologie catholique mettait toute son éloquence à démontrer depuis deux mille ans, non seulement que le créateur avait grand besoin que son " fils " fût cloué sur un gibet afin de se procurer le sang nécessaire au rachat de ses créatures tombées entre les mains du diable, mais encore qu'il avait poussé sa progéniture rétive au suicide sacré, et cela nonobstant les plus expresses réserves que la victime avait formulées concernant la validité de la procédure trucidatoire engagée par son créancier de père à son encontre afin de lui fournir les fonds nécessaires à la rédemption.

10 - Le glaive de la pensée logique

Il est alors apparu que la mort intellectuelle des civilisations rationnelles résulte toujours de la rouille du glaive de la pensée logique, dont le tranchant s'était émoussé au sein de l'enseignement officiel français. La nation de Descartes avait renoncé à informer la jeunesse de ce qu'il existe une différence entre la raison et la folie et que cette distinction est celle qui sépare la lumière des ténèbres. Le 9 septembre, le Monde 2 avait publié une enquête bien révélatrice sur les jeunes filles musulmanes qu'une République muette voyait se reconvertir massivement à l'application stricte des usages vestimentaires requis par la religion de l'Islam . Or, aucune d'entre elles ne disposait de la moindre information philosophique et scientifique concernant les origines, la nature, l'évolution , la psychologie et les enjeux politiques des mythes sacrés.

Mais si l'éducation nationale admettait tacitement qu'il fût légitime de croire en l'existence réelle de l'une ou de l'autre des trois idoles prétendument uniques, mais aux encéphales incompatibles entre eux, l'Etat moderne perdait toute cohérence cérébrale du seul fait qu'un enseignement public à la bouche cousue ne disposait d'aucun moyen raisonné de légitimer les pouvoirs politiques exorbitants qu'il s'attribuait de son propre chef et sans consulter aucune autorité légitime; car il était arbitraire qu'un pouvoir exécutif privé de l'épée de la logique limitât motu proprio les prérogatives d'un Dieu supposé pouvoir exister hors du cerveau des lecteurs de ses œuvres complètes, et cela même si un suffrage universel armé du sceptre sacré de la majorité des votants venait au secours d'un tel Etat.

C'était un fameux coup de force théologique de s'auto-proclamer infaillible par définition à la place de l'idole . Mais puisque la loi de 1905 n'avait pas réussi à anéantir par la seule interdiction d'en parler la croyance en l'existence d'un chef mythique du cosmos , la raison du XXIe siècle était condamnée à se convertir à une anthropologie critique en mesure d'expliquer pourquoi le cerveau humain ou simiohumain sécrète des souverains fantastiques du cosmos , pourquoi il colloque ces personnages dans l'immensité et l'éternité, pourquoi il les réduit progressivement à l'état vaporeux, pourquoi il se prosterne devant eux tantôt en se réduisant au rang d'un vermisseau, tantôt en se dressant sur le piédestal d'un raisonnement qui ne s'en laisse pas compter. Faute de soulever ces questions centrales, toute philosophie s'éteignait inexorablement dans le monde entier, du seul fait que nul ne saurait prétendre philosopher , donc peser des boîtes osseuses réputées jouir d'un statut transzoologique, sans s'interroger, primo, sur leur chute dans un fabuleux enragé ou atterré, et secundo, sur les relations voraces ou humiliées que le genre humain entretient avec le sang qu'il fait couler. Aussi les artisans de la nouvelle Renaissance travaillaient-ils d'arrache-pied à l'enfantement du premier regard de l'extérieur que le singe vocalisé eût jamais tenté de porter sur l'histoire de son encéphale.

11 - Une anthropologie prospective

L'anthropologie critique est donc une discipline dont la vocation intellectuelle est de tenter de porter un regard de l'extérieur sur le cerveau de notre espèce et d'en comprendre non seulement les comportements innés ou appris, mais les réflexes politiques et religieux fondamentaux. Il y faut des méthodes d'interprétation des signifiants simiohumains non encore reçues par la communauté scientifique d'une époque et qui restent donc à soumettre à la vérification expérimentale. Mais on ne vérifie précisément que les faits déjà soumis à une interprétation censée les rendre intelligibles. Or, les signalétiques qui permettent aux sciences humaines d'aujourd'hui d'émettre les signaux chargés de signaler leur sens présupposent qu'il s'agirait d'étudier un animal dont la spécificité psychogénétique serait accessible à un savoir scientifique armé de logiciels significatifs, donc éprouvés et vérifiés sur le terrain depuis des siècles. Une axiomatique aussi sûre de son armement renonce d'avance à rendre compte des signes médiateurs que ce vivant ambigu adresse à sa propre imagination théorique - car il ne soumet à aucun contrôle anthropologique les signifiants qu'il charge de véhiculer ses savoirs.

Qu'en est-il donc des miroirs cérébraux dressés dans l'inconscient et qui lui permettent de se réfléchir comme connaissant? Qu'en est-il de la singularité des modes d'agression vocaux ou physiques auxquels il s'exerce ? Qu'en est-il des subterfuges collectifs et dûment organisés en constructions pseudo logiques à l'aide desquels il attaque ses proies réelles ou fantomatiques ? Qu'en est-il des masques oniriques qu'il arbore pour sa défense ? Comment se dérobe-t-il non seulement à la vue de ses ennemis, mais à son propre globe oculaire ? Car il trompe sa propre rétine au besoin afin de se faire une arme offensive ou défensive de sa cécité même. L'homme est le seul animal à se cuirasser à l'école de ses aveuglements volontaires, le seul également que sa socialisation hypertrophiée conduit à s'imposer des interdits patelins ou armés jusqu'aux dents - et d'abord l'interdit de savoir ce qu'il sait pourtant fort bien, mais inconsciemment ; car il dispose des moyens les plus élaborés et les plus subtils de ne pas déchiffrer l'énigme qu'il entend bien demeurer à lui-même .

12 - Qu'est-ce qu'une science ?

Mais il n'est pas besoin d'une science anthropologique encore dans les limbes et entièrement à éduquer pour dresser des constats aussi irréfutables. Plus de soixante siècles ont permis aux moralistes , aux psychologues, aux historiens, aux philosophes de prendre acte de ce que l'homme a inventé la parole afin de cacher sa pensée non seulement à autrui, mais à lui-même . En revanche, la dissection au scalpel d'une espèce encore dans l'enfance et demeurée embryonnaire dans l'ordre politique, d'une espèce qui ne survit qu'à se plier à des interdits agressifs ou larvés, d'une espèce écartelée entre l'autonomie de quelques spécimens et la tyrannie du groupe auquel il voudrait s'agréger et qu'il s'efforce de fuir dans un va-et-vient perpétuel, une telle dissection, dis-je, exige une problématique et une méthode particulières, parce qu'une science n'est pas un recueil abondant de renseignements indubitables , mais un royaume de la connaissance que le bistouri de la logique branche sur la cohérence de plusieurs disciplines connexes et voisines, de telle sorte qu'un vaste empire d'informations liées entre elles propose à la réflexion rationnelle, puis à la méditation , une récolte rassemblée en une gerbe immense .

Des documents éparpillés sont à la portée de tous les animaux ; un savoir enserré dans une dialectique et placé sur la table d'opération d'une psychophysiologie générale sert de fer de lance à une espèce prospective par nature et désarrimée de son propre questionnement par une extériorité à renouveler sans cesse et à féconder sans relâche . Qu'est-ce donc qu'une anthropologie armée d'un œil censé extérieur à l'objet de son observation et de son interprétation, mais dont la problématique sera livrée à l'autopsie à son tour, parce qu'elle sait, dans le même temps, qu'il n'est pas d'extériorité en soi et qu'elle est condamnée à explorer un " creux toujours futur ", comme dit Valéry ? Que vaut le regard d'à présent de notre espèce sur les pavois de sa propre pseudo extériorité , celle qui porte les décorations d' une idole ou que véhiculent les dorures du mythe d'une objectivité ultime ou que transporte une charrette de chamarrures de carnaval, ou les insignes d'une subjectivité collective blasonnée, mais retorse et plus difficile à prendre au filet que celle des individus ? Autant de masques dont les secrets, à peine auront-ils été décryptés, nous conduiront seulement à d'autres masques sacrés dont les serrures défieront nos clés le temps de les forcer à leur tour. Souhaitons bon voyage aux Argonautes du IIIe millénaire.

13 - On cherche un troisième oeil

La notion d'interdit pose donc à l'anthropologie critique des questions demeurées à l'écart du champ de vision des moralistes, des psychologues, des hommes politiques ou des historiens dont l'éternel Moyen-Age n'ignore rien, et depuis belle lurette, de ce qu'on appelle la morale, la psychologie , la politique ou l'histoire ; car ils prétendent en avoir reçu le capital et les intérêts en héritage, de sorte qu'ils se disent en mesure de vous raconter en détail les aventures théologiques de notre espèce . Mais pourquoi ne tentent-ils jamais d'observer leur savoir de l'extérieur, alors que l'anthropologie critique actuelle est demeurée tellement désarmée qu'elle ne sait encore ni ce qu'il en est du singe semi réflexif d'hier, d'aujourd'hui et de demain, ni ce qu'il en est de la notion même d'extériorité - sinon la question de la nature des interdits serait précisément résolue depuis l'apparition des religions, dont toute la légitimité repose sur la délégation à une idole du monopole de regarder la créature de l'extérieur - et cela, fort timidement, puisque le modèle et la copie avouent qu'ils se ressemblent .

Mais comment les idoles observent-elles la créature de l'extérieur ? En la réduisant à l'enfance devant un père souverain dans le catholicisme

Qui sommes-nous? Lettres philosophiques à un jeune anthropologue , 1er septembre 2006

ou en lui accordant un esprit critique d'adolescent dans le protestantisme. L'anthropologie critique naît donc d'un regard de l'extérieur sur la pseudo extériorité que l'idole affiche à l'égard de sa créature . Mais du coup, ce sont les relations inavouées que l'idole entretient avec le sang de l'histoire qui nourrissent la nouvelle extériorité de l'intelligence .

Quelles sont, se demande la nouvelle Renaissance, les relations sanglantes que les interdits collectifs entretiennent avec la lucidité en gésine d'une espèce qui refuse unanimement de découvrir ce que cache le meurtre de l'autel ? Est-il de tout repos de se dissimuler sous le masque qui vous protègera bien mal de votre regard sur les idoles? Quel sera le prix à payer et quels seront les avantages tantôt de briser une interdiction de penser affaiblie et sur la défensive, tantôt de la durcir ? Les interdits que profère le culte pour le sang de l'histoire portent-ils des armes qui les distinguent du mensonge ? Comment cuirassent-ils la politique des Etats et des nations ? Quelles sont les attaches que ces sentinelles entretiennent avec les cosmologies mythiques qu'on appelle des religions et sur lesquelles elles montent la garde? Dans quelle mesure, enfin, la consigne sur laquelle les cultes sont chargés de veiller bride-t-elle l'intelligence critique de demain?

14 - Le baron von Munchaüsen des théologies

Pour tenter de l'apprendre, je demande au lecteur à la fois de s'immerger dans l'océan des interdits de tous ordres auxquels l'espèce à laquelle il appartient se trouve assujettie de naissance et de tenter d'en déposer un instant le fardeau. Car l'anthropologie critique est à son tour l'otage partiel des interdits qu'elle radiographie et dont elle tente de briser les chaînes. C'est pourquoi cette discipline pourrait aussi bien s'appeler l'anthropologie contemplative si elle ne refusait de devenir l'otage d'un terme trop flatteur pour ne pas se révéler trompeur. Car elle voit bien qu'il est réservé aux croyants égarés par la forme ultime que prend la spécularité de leur savoir, celle de se réfléchir dans le miroir de leur idole. La ruse de leur divinité leur dicte précisément l'interdit de trop bien se reconnaître en elle - sinon ils découvriraient la subjectivité inconsciente qui pilote la pseudo extériorité crucifiée du " Dieu " qui les dédouble . Toutes les civilisations ne sécrètent-elles pas des personnages " divins " en lesquels elles se réfléchissent ?

Si les peuples et leurs religions se regardent en chiens de faïence et si l'anthropologie critique ne se laisse pas flouer par l'extériorité illusoire - le masque protecteur - que les mythes sacrés s'appliquent à mettre en scène, il nous faudra conquérir un regard de l'extérieur sur les dieux auto réfléchis dans leurs autels, donc tenter de passer derrière le miroir dans lequel nos idoles se clignent de l'œil les unes aux autres. Leur majesté et leurs offertoires se jettent des regards complices - et pourtant, elles sont à elles-mêmes leurs propres otages. Comment se fait-il que le genre humain emprisonne ses dieux et que ceux-ci lui rendent la pareille ? Le Dieu des démocraties se dresse en pied dans le miroir d'un suffrage universel qui lui sert à la fois de propitiatoire et de réflecteur . Si l'idole qui se regarde dans le miroir de son Eglise et celle des adorateurs de leur propre image que les majorités populaires leur renvoient sont quelquefois de mèche et quelquefois à couteaux tirés, il existe nécessairement un troisième œil pour observer leurs rixes et leurs complicités. On cherche l'œil capable de mettre en scène ce trio narcissique . Où se cache-t-il ? Que vaudra son extériorité à l'égard de lui-même?

Le baron von Münchausen qui tentera de se tirer de l'étang par les cheveux afin d'observer de l'extérieur la spécularité du ciel et de son alliance avec les nations se sera quelque peu rapproché de la question de savoir pour quelles raisons il n'existe pas encore d'anthropologie réellement transnarcissique, tellement une science incapable d'observer comment les idoles des divers peuples de la terre se réfléchissent dans le miroir de leurs autels en est encore aux balbutiements. Mais peut-être faut-il observer au préalable des interdits annexes et timidement dérivés de celui-là, avec l'espoir que l'examen des copies du mammouth du ciel nous éclairera sur l'original. Car après tout, les Etats, les nations, les empires, se veulent des effigies en miniature et à la ressemblance de l'effigie magistrale du créateur imaginaire du cosmos qui leur sert de vis-à-vis mythique et d'interlocuteur fabuleux, de sorte que l'examen des barreaux de l'échelle des interdits nous aidera à conquérir un regard encore embryonnaire sur les relations que notre esprit entretient avec sa propre effigie hissée dans le ciel. Puis l'extériorité encore tâtonnante et pâlichonne que nous aurons capturée et estampillée, nous devrons lui mettre la main au collet à son tour, afin de connaître les secrets de ses tractations avec le sang de l'histoire. Du moins aurons-nous appris qu'il est sacrilège de scanner les interdits placés sous haute tension et que la pensée se nourrit du courant de cent mille volts d'une anthropologie critique.

IIIème Partie : Comment innocenter le sang de l'histoire ?

15 - La geôle du Dieu

J'ai déjà rappelé que le citoyen de 1789 demandait à la démocratie de lui greffer des ailes d'ange dans le dos. Mais pour éclaircir ce mystère, les Renaissants européens savaient déjà que c'étaient désormais les entrailles de l'histoire universelle et non les gestes des haruspices chrétiens qu'il fallait apprendre à observer avec des yeux nouveaux ; sinon on ne fournirait à des sciences humaines devenues poussives que l'alibi pseudo rationnel qui leur permettait de détourner leur attention du sang et des os de la victime que le singe onirique est devenu à lui-même depuis qu'il s'est donné une histoire, donc qu'il tente de se déchiffrer à l'école de ses sacrifices rituels. Les corps de tous les animaux, disaient les nouveaux humanistes, obéissent aux lois de la pesanteur qui commandent leur bref séjour sur la terre. Certes, le 11 septembre 2001 avait fait naître une race de fins limiers de l'histoire policière. Une foule de commissaires Maigret d'une apocalypse en miniature enquêtaient désormais avec ardeur sur un événement dont la face théologique échappait entièrement à leur globe oculaire. Personne ne leur reprochera leur ardeur à mener une enquête criminelle dont ils pensaient qu'elle permettrait à la fois de mettre des assassins de droit commun sous les verrous et de les envoyer devant le tribunal de la postérité.

Mais j'ai déjà dit que l'anthropologie critique traque le Caïn universel et invisible que le singe bifide est à lui-même et que la police se gardera bien d'envoyer derrière les barreaux, puisqu'il s'y trouve déjà . Qu'est-ce à dire ? N'ai-je pas soutenu, il y a seulement un instant, que cette geôle demeurait pour l'heure non moins invisible aux yeux de notre espèce que le sang de l'autel censé se cacher sous le vin de la messe, parce que nous ne disposons pas encore de l'intelligence qui nous donnerait un regard de l'extérieur sur notre histoire ? Car, à cette époque, pourtant fort récente , l'anthropologie critique commençait seulement de substituer l'œil de la pensée à celui des idoles . L'accélération de l'histoire allait-elle lui permettre d'observer le meurtrier angélique que l'homme hisse dans le ciel et qu'il appelle Dieu ? Allait-elle réussir à observer comment Dieu organise le crime de l'autel ? La raison en marche parviendra-t-elle à assigner l'assassin masqué du cosmos devant le Tribunal où les attentats du 11 septembre 2001 apporteraient des pièces à conviction décisives à l'accusation ? Il était prometteur que, dès 2003, la geôle dans laquelle l'idole allait se trouver emprisonnée avait été inaugurée par une anthropologie critique dont les progrès avaient été foudroyants.

Mais pour comprendre les causes secrètes qui seules ont permis, dès l'année suivante, au Parquet de proférer des sacrilèges remarquables, radiographions les profanations du sacré démocratique qui seraient résultées de la levée subite de l'excommunication majeure qui frappait depuis des millénaires non seulement tout examen critique, mais toute recherche anthropologique sur les arcanes de l'interdit religieux de métamorphoser la chair et le sang de l'autel en pain et en vin de l'esprit de vérité. Pourquoi était-il ordonné de procéder à la mise en place d'un prodige tout contraire ? Pourquoi fallait-il changer le pain et le vin de l'intelligence en chair et en sang d'un animal non seulement meurtrier, mais enferré dans la folie de s'abreuver de sang ? Les symboles seraient-ils des acteurs en chair et en os de l'histoire du monde? ¨

Mes maîtres m'ont enseigné à observer ces personnages à l'aide de l'appareil de prises de vues nouveau qui leur a permis de distinguer le scandale du blasphème. " Ne dénoncez pas une erreur judiciaire le nez au vent , m'ont-ils dit, car le simple scandale que vous déclencheriez serait ressenti seulement comme un outrage à l'autorité des prêtres de la justice simiohumaine . Mais si votre outrage porte le sceau du crime de lèse-majesté, m'ont-ils prévenu, vous le commettrez à l'égard d'une institution branchée à titre viscéral et ataviques sur le sentiment religieux des citoyens. Alors seulement vous commencerez de parler sérieusement ; car c'est une affaire sérieuse, pensez-y, de porter atteinte à l'esprit de dévotion de la démocratie. Mais nous vous en prévenons, votre anthropologie ne méritera de notre part qu'un regard de dédain aussi longtemps qu'elle demeurera muette sur les attentats qu'il appartient à la pensée de perpétrer sur les buildings qu'on appelle des idoles. Une vraie science de l'humanité est coupable du délit de profanation, donc de viol d'une identité collective cachée sous un masque biphasé, qu'on appelle une théologie. " C'est ainsi que mes éducateurs m'ont appris que chaque époque désire demeurer à elle-même son propre Moyen-Age .

16 - Autopsie d'un meurtre

Une profanation, me suis-je dit, est donc une offense à l'interdit fondamental et multi millénaire qui sert de forteresse psychique à une espèce viscéralement onirique et que nous appelons une religion. Quand cette insulte a une voix de stentor, on l'appelle un blasphème. Toute profanation se définit par le sacrilège qu'elle commet de léser l'identité angélique d'une population ; mais seul le blasphème véhicule l'impiété sur le mode de la profération. Celle-ci peut prendre une forme vigoureusement argumentée , donc s'appuyer sur un usage résolu de la raison. Or il se trouve que le terme de raison a le malheur de renvoyer à l'expression "avoir raison" , donc raisonner . Le blasphémateur peut donc pousser le sacrilège jusqu'à légitimer le délit de profanation par des raisonnements en règle et liés les uns aux autres par les chaînes d'une dialectique serrée. On dit qu'il se livre à une discipline qu'on appelle la philosophie . C'est ainsi que mes pédagogues m'ont contraint de me demander à leur école quel sacrilège je commettrais à l'égard de la démocratie mondiale considérée comme une institution semi sacrée , donc onirique par nature et porteuse du salut du genre humain par définition, si je lésais l'interdit de profaner le temple de l'interprétation officielle et semi ecclésiale des attentats du 11 septembre 2001 et si cet interdit se trouvait brisé par l'arme qu'on appelle la raison, qui est née critique, donc sacrilège par nature.

Mais pour observer ensuite les entrailles de l'anthropologie d'avant-garde du XXIe siècle à leur tour, celle qui se sera rendue capable de décrypter les autels, il m'a fallu tenter de pénétrer dans le temple de l'inconscient cultuel donc sacrificiel du Moyen-Age actuel. Pour y parvenir, je me suis demandé quel sang de l'autel serait profané par la révélation de ce que les trois buildings démocratiques et triomphants de New-York se sont effondrés d'une pichenette. Certes, l'impuissance des insectes qui se sont brisé les ailes sur leurs carapaces d'acier et de béton les a ridiculisés. Mais que signifiait, dans l'ordre des sacrifices simiohumains, que leur masse énorme eût été secrètement dynamitée pendant des semaines d'un labeur acharné ? Que signifiait, du point de vue anthropologique, qu'ils eussent explosé de l'intérieur ? Que signifiait, du point de vue religieux, que l'attention des fidèles se fût portée sur les moucherons d'acier venus du ciel ? Qu'on me pardonne de rappeler sans cesse l'enseignement de mes maîtres et l'étendue de ma gratitude à leur égard, parce qu'ils m'ont appris que la pensée est un bélier dont l'emploi était autrefois réservé au percement des murailles des cités, mais qu'on aurait grand tort de s'imaginer que les murailles du temple d'une vraie démocratie seraient menacée par des armes de siège d'un modèle aussi ancien, parce que le véritable enjeu des assaillants était de priver le singe rêveur de la grandeur et du tragique de ses autels, qui l'écartelaient en ce temps-là entre l'ange et la bête .

Mais si les autels se nourrissent d'un meurtre qu'ils proclament pieux, parce que payant, le culte d'un sang politiquement bien rétribué ne serait-ils pas ridiculisé par des assiégeants changés en microscopiques insectes de métal. Le couteau des sacrificateurs ne saurait se réduire à de minuscules cutters. La grandeur de la vie mythologique d'une espèce au cerveau schizoïde exige qu'elle mette en scène quelque monstre apocalyptique, quelque gigantesque acteur, quelque serviteur d'une bataille entre le Bien et le Mal, quelque personnage intersidéral, quelque Hercule de l'histoire universelle, quelque témoin du gigantisme cultuel d'une démocratie, quelque titanesque artisan du salut du monde .

17 - Quelle toison d'or les Argonautes ont-ils ramenée de la Colchide ?

Comment transfigurer des moustiques mécaniques et d'un pathétique dérisoire en agents d'exécution du nouveau Lucifer ? Le vrai personnage des attentats du 11 septembre 2001 n'était autre que la démocratie du salut en personne ; et ce géant n'avait pas trouvé d'assaillants de son orthodoxie à sa taille, mais seulement des frelons métallisés, qui avaient vainement traversé les airs pour paraître réussir le tour de magicien de jeter à terre les temples incassables de l'empire le plus puissant du monde . Et pourtant, il faut répéter que la terre entière avait cru assister à tout autre chose qu'à un miracle de prestidigitation politique , que la terre entière s'était prise pour le témoin christique du sang répandu sur l'autel de la liberté, que la terre entière avait salué le nouveau peuple élu, celui dont la Démocratie mondiale avait fait le fer de lance de la vérité et de la justice dans l'univers. Et voici que le mythe d'une nation de la délivrance et de la grâce s'était effondré par la faute de quelques petits démolisseurs qui avaient niché des explosifs à tous les étages du gratte-ciel de la parole de Dieu en échange d'un maigre salaire.

Alors, je me suis demandé ce qui se passerait si l'anthropologie générale et critique parvenait à photographier la contre-épreuve chrétienne du drame de la condition simiohumaine dont les attentats du 11 septembre 2001 avaient permis de vérifier la bipolarité psychobiologique sur l'écran universel des autels et des songes qu'on appelle l'histoire ; et je me suis imaginé que le pain et le vin de l'esprit ne se changeait pas en chair et en sang du monde ; que le pain et le vin de l'homme n'entraient pas dans la guerre à mort entre le " Bien " et le " Mal " ; que le ciel de l'esprit de justice ne gonflait pas la panse du Dieu des meurtres et des carnages ; que la démocratie du salut rejetterait le glaive de l'idole; que les drapeaux des guerriers des empires seraient mis en berne, parce qu'il n'y aurait plus ni chair , ni sang sur l'autel du monde.

Du coup, une Amérique ivre d'un mythe de la liberté qui ne servait que de glaive à son expansion politique se trouverait condamnée par le verdict unanime des caméras de la planète à remiser piteusement toute sa machinerie des sacrifices dans les coulisses de sa cosmologie sanglante, parce que l'apocalypse qui armait son théâtre de la rédemption en serait réduite à faire monter des pucerons sur la scène du monde et à tourner en dérision la catéchèse gesticulatoire d'une démocratie du salut. Mais alors, le regard de l'extérieur sur les idoles devenait le moteur de l'intelligence du singe sonorisé ; et la pesée du cerveau des prophètes écrivait l'avenir de l'anthropologie critique .

18 - Le trésor de la vérité

Alors je me suis dit que mes maîtres avaient bien raison d'avoir tenté d'éduquer mon encéphale encore biphasé ; car je voyais bien clairement , maintenant, que tout cela laissait Clio sans voix. Comment la connaissance des faits aurait-elle permis à la muse de la mémoire de radiographier l'interdit qui protégeait et protège encore le faux trésor de la métamorphose de l'histoire du monde en une apocalypse sanglante et rédemptrice, le faux trésor d'une dramaturgie mythique, le faux trésor d'une guerre cosmique entre le Bien et le Mal, le faux trésor d'une épopée cataclysmique, dans laquelle le sang et la mort jouaient à qui perd gagne avec le silence et le vide de l'éternité, le trésor du défi de la créature au désert de l'immensité ? Car tout cela ne se déroulait pas dans l'arène d'une conscience simiohumaine terrifiée, mais dans celle où un œil de l'extérieur observait la démence d'une espèce livrée au mastodonte du tragique. Or, ce regard observait l'idole du dehors ; et il voyait l'idole apprêter l'autel du meurtre honni et désiré.

Et voici que l'audace de mon imagination me faisait apercevoir les décombres du rêve américain et celles du rêve chrétien précipiter coude à coude le monde entier dans la géhenne du dérisoire : décidément ce n'était pas un second Pearl Harbour qui s'était produit le 11 septembre 2001, c'était une catastrophe pré fabriquée, une apocalypse artificielle, un trucage destiné à donner un second souffle au messianisme agonisant de la démocratie américaine et mondiale , la mise en scène planétaire d'une guerre des étoiles en miniature, un pathétique appel aux cauchemars rédempteurs d'une espèce déchirée entre l'ennui et la fable.

Que faire, me disais-je, d'un Christ que l'on avait cloué par maladresse et malencontre sur la croix de la sottise publique, que faire d'une chair et d'un sang interdits d'apparition sur l'autel , que faire d'un World Trade Center dont trois mille cadavres ne faisaient jamais qu'un Pygmée du salut, que faire d'une démocratie du sang des sacrifices dont les haruspices ne fouaillaient que des décombres , que faire d'une civilisation dont les entrailles d'acier servaient de cercueils à une démocratie pétrolifère , que faire d'un Etat dont les croisés cherchaient sur la terre entière le tombeau des espérances de l'humanité ? Mais si le World Trade Center ensevelissait le sang et la chair de l'histoire sous la gigantesque contrefaçon d'un Pearl Harbour fabriqué par des démolisseurs, on comprenait l'interdit de chercher dans ce sépulcre à ciel ouvert le pain et le vin de l'humanité. On sait que, depuis lors, le terrorisme est devenu un sursaut désespéré du sacrifice rédempteur, un spectre mondial des attentats venus du haut des airs, la parodie d'une apocalypse du dérisoire qui permet à une Amérique des clowns et de garçons bouchers des sacrifices de brandir le drapeau de la Liberté.

19 - L'évolutionnisme et l'interprétation du sacré

Alors, je me suis demandé comment mes maîtres avaient réussi à filmer la spécificité cérébrale une espèce semi cogitante. Car il leur était apparu qu'une demi logique ne pouvait être enregistrée que sur la pellicule des caméras nouvelles de la pensée critique, celles qui seraient en mesure de révéler en premier lieu l'ambiguïté propre à la déraison simiohumaine, puis la nature de cette incomplétude native et enfin les causes d'un inachèvement semi volontaire. Alors seulement il devenait démontrable que le demi refus de l'animal semi cérébralisé de connaître l'idole qui le pilote trouve ses racines dans la terreur viscérale qui le condamne à se fabriquer des boucliers vocaux afin de se protéger de tout regard sérieux sur l'animal qu'il est demeuré à lui-même. Aussi l'occultation mondiale de la nature profanatrice des attentats du 11 septembre 2001 a-t-elle conduit l'anthropologie critique encore tâtonnante et timide des années précédentes à des radiographies nouvelles des sources relativement tardives des masques religieux du genre humain - ceux que le christianisme était parvenu à placer à son corps défendant dans une lumière bien plus vive qu'il n'était apparu aux philosophes du paganisme.

Certes, depuis les origines de l'évolution de l'homme-singe, toutes les religions avaient été fondées sur un commerce terrifié et avide avec des idoles locales, qu'on appelait les " génies du lieu ". Au début de son émancipation relative, le cerveau enflammé de l'animal devenu semi cogitant offrait sans aucun scrupule et avec une entière bonne foi un spécimen bien choisi et le plus précieux possible de sa propre espèce à des idoles sécrétées par des cerveaux dûment localisés, eux aussi, donc liés à l'esprit d'un climat et d'un sol. Puis, peu à peu, l'animal devenu semi cogitant avait commencé de substituer avec une égale sincérité une victime seulement animale à ses congénères autrefois allègrement sacrifiés à leurs maîtres à tous, les idoles de l'endroit. Mais ces victimes de moindre prix, on les égorgeait selon les mêmes règles liturgiques que les congénères d'autrefois ; et les règles d'un trafic avisé des récompenses qu'on attendait autrefois d'un commerce plus dispendieux n'avaient pas été modifiées d'un iota.

Si, avec le christianisme, le sacrifice au rabais d'un animal a été aboli et si les retrouvailles de l'espèce simiohumaine avec l'offrande primitive d'un congénère à la divinité ont été célébrées dans l'allégresse, ce fut sous une forme hautement significative du chemin parcouru par la demi raison de l'époque, et cela précisément parce que, pour la première fois, la victime immolée était tenue à la fois pour bien réelle sur l'autel du sacrifice et pour entièrement soustraite à la vue du sacrificateur et du public, comme si le singe-homme voulait bien continuer de disposer d'une chair et d'un sang plus coûteux que jamais, donc plus payants que ceux dont les ancêtres postérieurs à Abraham avaient fini par se contenter, mais à la condition nouvelle de les assortir désormais du refus catégorique de fixer ces offrandes saignantes du regard, ce qui les frappait d'un interdit bien calculé d'observer la substance même des sacrifices d'autrefois. On camouflait donc maintenant le meurtre nouveau sous l'ancien et cela avec le plus grand soin, ce qui avait permis au pape Benoît XVI de proclamer à l'université de Ratisbonne, comme il est rappelé ci-dessus, que " Dieu n'aime pas le sang ".

Or, non seulement il l'aimait autant qu'autrefois, mais il en avait plus besoin que jamais, en raison de l'énormité de la rançon que le Démon lui réclamait pour délivrer de sa captivité le singe-homme qu'il avait fait prisonnier sur le champ de bataille du péché. Du coup, les spéléologues de l'encéphale simiohumain se sont demandé comment l'idole faisait semblant d'ignorer le spectacle du sang ruisselant sur ses autels et dont il ne pouvait se passer. S'agissait-il d'un Tartuffe cosmique et disait-il à ses prêtres : " Cachez donc ce sang que je ne saurais voir ? "

IVème Partie: Comment sanctifier le meurtre de l'autel ?

20 - L'apprentissage de l'innocence simiohumaine

Les anthropologues de la seconde Renaissance, celle d'un Occident alors à deux doigts de redevenir pensant, ont ensuite établi qui la volonté de cécité du singe semi cérébralisé des origines face aux victimes baignant dans leur sang sur ses offertoires s'était subrepticement glissée au cœur de l'oblation chrétienne. Certes, de tous temps, les meurtres de l'autel avaient été perpétrés en toute innocence ; mais il s'agissait dorénavant d'apprendre une innocence entièrement nouvelle, celle de couvrir la victime d'un voile proprement théologal, afin de la tuer invisiblement et les yeux saintement levés vers l'idole. On sait que le dogme catholique n'a jamais varié sur ce point, ce qui l'a rendu d'autant plus décisif aux yeux des nouveaux anthropologues. Pourquoi Rome a-t-elle toujours frappé de l'excommunication majeure et immédiate, appelée " de première classe " les théologiens de la messe qui tentaient timidement de substituer sur l'autel le don d'un pain et d'un vin symboliques à la déglutition effective du corps de la victime et à la potion objective de l'hémoglobine du Christ ? Pourquoi, et contrairement aux sacrifices primitifs, fallait-il maintenant que la substance moléculaire de cette nourriture ne fût plus spectaculaire et que le mythe de l'eucharistie devînt le mouchoir à cacher le sein d'Elvire? Pourquoi fallait-il veiller avec soin à ne pas déchirer avec les dents la chair devenue invisible d'un homme censé réellement immolé et encore davantage éviter de la mastiquer allègrement , ce qui témoignait de l'apparition de scrupules nouveaux au cœur du sacré simiohumain ? L'anthropologie critique devenait non seulement une psychanalyse de la condition humaine et de son histoire, mais la première psychanalyse de Dieu, celle qui faisait de ses écrits théologiques les documents psychobiologiques centraux d'une simiohumanité meurtrière.

C'est que l'arme cérébrale d'une espèce semi cogitante est nécessairement un exercice d'auto-dissimulation qui la contraint à se cacher derrière un masque ; et ce masque se révèle non moins nécessairement l'expression de la semi logique qui commande un animal au cerveau biseauté, puisqu'il se trouve contraint de feindre de ne pas voir le trafic du sang auquel il se livre. Ce masque est donc fatalement de fabrication théologique, parce que seule une théologie peut se construire sur la bipolarité cérébrale d'une espèce condamnée à faire l'ange afin de se cacher à elle-même la bête qu'elle demeure, donc l'animal condamné à se prosterner devant sa propre image. On offre donc à l'idole une victime qui lui ressemble et qui, en échange, sera réputée délivrer le sacrificateur de son crime, et cela en lui fournissant le moyen de le camoufler sous les dorures du Dieu . La plongée dans les entrailles du Créateur biblique du ciel et de la terre conduisait au Tartuffe de Molière. Pour la première fois, la dévotion livrait ses secrets meurtriers aux anthropologues des profondeurs.

A partir de cet instant, l'assassinat invisible, mais réel, que perpétrait l'autel chrétien est devenu le témoin central de l'espèce semi pensante, en ce qu'il a fourni à la science anthropologique des trucidations sacrées le premier miroir théologique dans lequel le singe-homme a pu observer comment il s'élève dans les airs. Cette percée de la raison européenne a permis à la civilisation occidentale de découvrir que l'hypocrisie d'un animal ailé n'est pas consciente , parce qu'elle s'enracine dans son instinct de conservation. Seul son dédoublement cérébral assure la survie politique de l'espèce semi réflexive . Du coup, apprendre à penser réellement , c'était apprendre à briser le miroir dans lequel l'espèce simiohumaine tente de conquérir son invisibilité à ses propres yeux .

La seconde Renaissance a conquis un regard de l'extérieur sur la demi raison tartuffique d'une Europe que le trafic du sang de ses autels avait fait tomber en panne depuis le Concile de Trente en 1545. Pour la première fois, la barbarie découvrait ses origines dans la semi animalité dont témoignent les religions sacrificielles; pour la première fois, la notion de civilisation reposait sur la connaissance psychobiologique de l'animal dédoublé par la semi logique qui lui sert de miroir et de masque ; pour la première fois, l'hypocrisie devenait le moteur de l'histoire du sang . Depuis lors, les théologies se sont révélées les décalques les plus irréfutables du fonctionnement de l'encéphale simiohumain dans le temps de l'histoire. Bien plus , leur radiographie a révélé que si l'homme est un animal réfléchi dans les idoles qui le dédouanent, c'est parce qu'elles cautionnent sa tare originelle, celle de demeurer un tueur-né. Mais seul le christianisme a réussi à donner au crime simiohumain son alibi cultuel parfait en le déguisant en un rituel chargé de rendre invisible la victime égorgée sur l'autel - ce qui, encore une fois, permet à Rome de déclarer que " Dieu n'aime pas le sang ".

21 - Le culte de l'intelligence

Les premiers anthropologues transcendantaux qui ont introduit l'interprétation de l'évolutionnisme dans le scannage des mythes religieux ont rappelé que le Cardinal de Richelieu expliquait déjà la férocité masquée du culte chrétien par l'horreur qu'éprouverait le croyant relativement civilisé du XVIIe siècle s'il voyait ce qu'il est censé manger effectivement et si son palais goûtait réellement ce qu'il est censé boire, alors que les théologiens d'autrefois y voyaient si peu malice qu'ils entraient en extase de boire un sang réel, mais qui présentait l'avantage de ne pas flatter leurs papilles gustatives, et de manger une chair non moins réelle, bien que leur pudeur intellectuelle les empêchât de déguster. Et voici que la grâce du Dieu des ancêtres était prise d'une gêne nouvelle , et voici que cette grâce poussait la délicatesse de la monarchie sous Louis XIII à éviter au palais et aux narines des Français la substance, l'odeur et le goût réels de leur meurtre sacré, et voici qu'une sorte de honte de l'intelligence s'introduisait dans la dévoration cultuelle à la fois physique et céleste, terrestre et ailée des Gaulois.

Mais où étaient passés les faux semblants du pain et du vin cultuels d'une nation que la raison occidentale avait civilisée si le sacrifice réel, donc sanglant que le peuple américain avait offert à son dieu de la Liberté démocratique au Vietnam, puis tout récemment en Irak et peut-être demain en Iran, se trouvait immolé contre son gré sur l'autel du World Trade Center et si l'exécuteur des hautes œuvres du sacré était un prêtre-assassin non plus chrétien, mais islamique, et si le Golgotha de l'Islam était un building? Qu'en était-il du point de vue d'une anthropologie universelle, donc iconoclaste, dont le devoir est de peser l'innocence des victimes en général et la culpabilité de leurs sacrificateurs en particulier ? Car si les attentats terroristes d'Allah scannaient le sacrifice terroriste chrétien en retour, alors l'anthropologie historique et critique se révélait dès ses premiers pas un haruspice tellement démoniaque qu'il ne craignait pas de profaner les entrailles de tous les animaux du sacrifice sur la terre et de désacraliser toute les liturgies chargées de glorifier les meurtres cultuels sur les cinq continents.

Car voici que le Dieu des chrétiens se changeait en un tueur impudique, mais masqué, un tueur du salut aux yeux bandés, un tueur attentif à greffer des ailes d'ange dans le dos des meurtriers de l'autel, un tueur dont la planète entière réprouvait qu'il demeurât muet aux côtés de ses sbires de la rédemption, un tueur angélique auquel sa créature donnait aveuglément des répliques de séraphins. Voici qu'une nouvelle science historique commençait d'autopsier le crime de sang qui inspirait l'idole ; voici que le singe au cerveau enflammé se donnait à disséquer à l'école de l'histoire de ses autels et qu'il se disait : " Comment vais-je orchestrer ma sainteté ? "

On voit qu'après les attentats du 11 septembre 2001, la science des religions n'étudiait plus les divers cultes en herboriste de l'imagination théologique de l'humanité des autels, mais en observatrice des mécanismes sacrificiels fondamentaux du singe-homme, donc en juge des ressorts viscéraux du meurtre simiohumain ; on voit également que cette révolution de la méthode historique n'avait été rendue possible qu'en raison d'une autre science , celle qui étudiait maintenant la boîte crânienne d'un animal dont le cerveau avait quadruplé de volume en un million et demi d'années. Du coup, toute théologie, mais également toute philosophie se trouvaient renvoyées dans un Moyen-Age incapable de se regarder de l'extérieur , du seul fait que le singe-homme ne pouvait s'observer du dehors que par la conquête d'un regard sur la semi animalité propre à la semi logique de son encéphale schizoïde .

22 - Le sacrifice chrétien et le sacrifice démocratique

En vérité, dès le lendemain des attentats du 11 septembre 2001, les premiers anthropologues en mesure de décrypter l'inconscient du singe semi réflexif tant dans sa politique que dans son histoire ont démontré que le sacrifice américain présentait contre son gré plusieurs caractéristiques cultuelles de nature à souligner la signification ambiguë d'un sacrifice chrétien et d'un sacrifice démocratique secrètement parallèles et dont les entrailles respectives s'étalaient au soleil . En premier lieu, la victime proclamée innocente de naissance refusait maintenant de jouer pleinement sur le propitiatoire le rôle passif que le ciel de la liberté attendait de son sacrifice forcé - celui de servir de monnaie d'échange, mais involontaire, de son salut et de celui de toute l'humanité. En second lieu, la bête immolée sur l'offertoire des idéalités de 1789 se présentait en accusatrice frénétique et furieuse de son sacrificateur et le traitait ouvertement d'assassin , et cela au point qu'elle allait jusqu'à le condamner à mort devant le saint tribunal d'une démocratie idéale. En troisième lieu , l'animal de chair et de sang se cachait prudemment à lui-même sa double fonction de rédempteur égorgé sur l'autel de l'Amérique pour le salut du monde et de victime révoltée, furibonde et vengeresse. Quatrièmement, l'animal offert à titre de prébende sacrée au dieu " Liberté " refusait de regarder en face le trafic sur lequel se fondait le meurtre aveugle commis sur sa personne; car l'assassinat cultuel focalisait maintenant l'attention du public sur le couteau du ciel qui avait frappé le World Trade Center du haut des nues.

Pourquoi était-il interdit de jeter un coup d'œil sur les secrets du déroulement sanglant de toute la liturgie au plus profond de l'inconscient politique de l'Amérique? Cet interdit ne révélait-il pas qu'en réalité, la victime n'avait pas été trucidée par un ciel mécanique et qu'il s'agissait seulement d'un sacrificateur de pacotille, un misérable contrefacteur d'Allah, puisque le récit événementiel de toute la tragédie démontrait que le meurtre avait été perpétré par des explosifs introduits dans le corps de la victime ? Aussi le refus de chercher le véritable sacrificateur du building sacré reposait-il sur le rejet éhonté de toute culpabilité de la victime elle-même. Mais alors, l'interdit dont témoignait la cécité volontaire du culte meurtrier à l'égard du sang de l'autel cachait au regard un autre interdit, le plus originel de tous, auquel l'espèce simiohumaine se trouvait enchaînée par son attachement à son masque sacré. Aussi, dès le début, les spectrographies des interdits cultuels de la démocratie conduisaient-elles les sciences humaines de l'époque à une psychanalyse du "Connais-toi" socratique beaucoup plus abyssale qu'à partir du mythe de l' " être " et du " logos ", donc à une mise en évidence de la vocation anthropologique de la raison philosophique : car le vrai Platon immolait sur l'autel un tout autre animal que celui que nourrissait le commerce des Grecs avec leurs idoles, l'animal de la cécité intellectuelle, l'animal de la volonté de tuer la lumière de l'intelligence, l'animal qui sacralise le sang de la victime qu'il tue sur ses autels.

23 - Les anthropologues du meurtre simiohumain

En vérité, et dès ses premiers pas, l'anthropologie prospective reposait sur une psychanalyse de la condition simiohumaine et de sa semi animalité spécifique. Car cette discipline s'attachait à mettre en évidence l'inconscient d'une espèce semi cérébralisée et semi logicienne ; puis elle établissait que le témoin focal de cet animal était un sacrifice de sang qui permettait aux haruspices d'ausculter les entrailles de l'histoire ; et enfin, elle démontrait que les attentats du World Trade Center constituaient un document cultuel dichotomique, qui témoignait spectaculairement de la nature convulsive une espèce devenue sacrificielle en raison même de la schizoïdie de son encéphale politique et religieux. Car la fraction onirique de sa matière grise tuait la fraction temporelle et vaporisait dans les airs une nuée d'anges et de séraphins chargés de l'accueillir de leurs battements d'ailes. Mais avec l'attentat du 11 septembre 2001 , ce scénario de nature psychogénétique s'était soudainement bloqué du fait que le sacrificateur immémorial n'avait pas tué la victime, laquelle avait été dynamitée par des truqueurs du sacrifice ; et depuis lors, le messie préposé à la croisade du salut du monde s'époumonnait ridiculement, comme il est dit plus haut, à pourchasser le démon sur tout le globe terrestre en criant à tue tête : " Nous allons le capturer, nous le tenons, nous conduisons le globe terrestre vers 'l'ère radieuse de la liberté humaine'", c'est-à-dire de la rédemption.

On voit à quel point ni la méthode, ni la problématique de la science historique classique n'étaient en mesure de rendre compte du refus mondial de chercher et de trouver les vrais auteurs de l'offrande d'un sang sacrificiel sur l'autel de la démocratie mondiale ; car il s'agissait à la fois de glorifier un sang angélisé et tenu pour rédempteur sur le propitiatoire des idéalités de 1789 et d'en rejeter l'hémoglobine avec horreur et effroi comme l'expression d'un assassinat perpétré sur un prétendu sauveur du monde. La démocratie s'auto-messianisait sur le modèle d'un dédoublement de son masque que l'Eglise romaine expérimentait avec succès depuis deux millénaires ; car dès lors que le sacrifice d'une victime humaine qu'Abraham avait aboli au profit d'une victime animale retrouvait toute sa place sur les offertoires des chrétiens, le singe priant exorcisait et sanctifiait au plus profond de sa foi le meurtre ambigu dont il est habitée de naissance. Dès lors, les cultes écrivaient non seulement l'histoire des civilisations bicéphales, mais celle de l'évolution du cerveau simiohumain depuis l'apparition des dieux, donc du sang des sacrifices.

Aussi les anthropologues abyssaux de la politique et de l'histoire qui se sont penchés sur les entrailles de notre espèce ont-ils compris tout de suite que l'immolation masquée, truquée et honteuse du 11 septembre 2001 défiait un adversaire plus invincible que tous les auto-aveuglements auxquels l'inconscient simiohumain s'était exercé jusqu'alors, tellement l'attentat contre le World Trade Center réfutait tout le sacrifice chrétien par l'image, criante de vérité, du trucage et de la mise en scène enregistrées dans les boîtes des cinéastes officiels ou des amateurs chanceux. Supposons un instant que le meurtre précieux et tenu pour sauveur sur l'autel du Golgotha par la religion de la Croix n'ait pas été demandé avec insistance à la victime par le ciel des chrétiens, parce que celui-ci n'aimerait pas le sang du sacrifice et n'en aurait nullement besoin pour racheter sa créance, puis supposez, dans la foulée, que le building n'ait pas été foudroyé par Allah en personne, comment expliqueriez-vous une espèce vouée à s'immoler de siècle en siècle à l'idole qu'elle est à elle-même ? Comment l'idole dont la colonne vertébrale est un gibet illustrerait-elle la mise hors d'usage du ressort principal de l'histoire et de la politique simiohumaine, à savoir le sacrifice sanglant que la religion de la Croix a reconquis sur le Dieu assagi d'Abraham ? Si les tours avaient été dynamitées par des malandrins et si le Christ avait été crucifié par malentendu, il devenait inévitable qu'à plus ou moins brève échéance le montage théologique dicté à la fois par le christianisme et par son mime, la démocratie américaine, serait désacralisé, parce qu'un animal semi pensant et auto-mécanisée par son suicide sacré apercevrait, gisants dans les ruines du building, les rouages hors service de toute la machine cultuelle du monde . Mais alors, comment armer une Amérique manichéenne du masque sacré du Mal, donc d'un Démon à combattre à l'échelle de la planète, comment rendre messianique et apostolique la copie minable d'un Golgotha raté, comment faire du mythe d'un terrorisme mondial tentaculaire le péché, démoniaque à souhait, qui donnerait son souffle et son envergure cosmologiques à un évangélisme fondé sur une parodie de démocratie ?

24 - Les faux prêtres de la liberté

Le regard de l'extérieur sur notre espèce que les observateurs des décombres du World Trade Center m'ont enseigné me dit que les exorcismes de type démocratique vont devenir les vrais acteurs du monde ; car sitôt que les explosifs auront quitté le ventre des buildings pour prendre place dans les métros, les autobus et les gares, on verrait une pluie de faux prêtres de la liberté du monde bondir de leur cage et brandir les étendards de leur parodie de justice. Alors un patriotisme de pacotille servirait d'autel aux sacrifices modernes ; alors l'interdiction de se connaître engraisserait à l'école de sa propre cécité ; alors le Diable aurait perdu la tête. En vérité, le Mal n'aurait plus le sens rassis , en vérité, le Mal n'y retrouverait pas ses esprits , en vérité, le Mal ne saurait à quel saint se vouer, en vérité le Mal courrait en tous sens et frapperait à tort et à travers , en vérité, le Mal se retournerait sur ses poursuivants et leur demanderait en riant sous cape: " Que vous arrive-t-il ? Qui cherchez-vous ? Ne savez-vous pas que le Mal n'a plus ni rime, ni raison, ne savez-vous pas que le Mal est votre ange tutélaire, celui qui vous cachera à l'ombre de ses ailes , celui qui vous fera demander : " Qu'avons-nous fait ? De quoi sommes-nous accusés ? Ne sommes-nous pas innocents de naissance ? Ne sommes-nous pas les saints de la démocratie ? Ne sommes-nous pas les apôtres et les martyrs de la liberté du monde ? "

Alors le Diable se tordra de rire et il vous dira : " Saint soit le Démon dont vous avez fait votre Dieu, sainte soit votre cécité. Vous avez fait d'un instrument de torture l'étendard et l'instrument de votre salut, vous avez fait d'un gibet l'emblème de la gloire et de la puissance de votre idole. Et voici que la torture est devenue l'arme de votre sainteté , voici que vous avez fait de votre bourreau l'objet de votre amour . Otages du sang de votre histoire, voici que vous adorez le diable et vous-même sur la potence que vous appelez votre liberté. Foi de Lucifer, je n'en demandais pas tant . Je suis le roi des aveugles sur toute la terre , je suis l'idole qui vous donne votre propre chair à manger et votre propre sang à boire sur vos autels, je suis celui qui hume votre odeur dans les débris de votre World Trade Center , je suis le ciel qui vous dit : " Continuez, mes disciples, continuez siècle après siècle à changer le pain et le vin de votre âme en chair et en sang de votre géhenne. Aussi longtemps que vous dévorerez votre chair et que vous boirez votre sang, je ferai de vous les saints de vos ténèbres. "

Et depuis lors, Dieu estampille notre espèce de liberté et notre espèce de justice, Dieu contrôle notre identité sur la terre et dans les airs, Dieu pose sa loupe sur notre code génétique, Dieu relève nos empreintes digitales, Dieu observe la couleur de notre iris, Dieu ne nous quitte plus des yeux, Dieu cligne de l'œil aux côtés de son mime, Dieu donne une bourrade fraternelle au Démon et lui dit : " Regarde, voici le dernier homme. "

le 29 septembre 2006