" L'ignorance est la source de tous
les maux ", Socrate
" L'ignorance n'a pas tous les droits ",
François Mitterrand
I - Résumé
des événements de l'été
1 - A l'assaut
2
- Contre-offensive
3
- Les fils d'Isaïe à la croisée des chemins
4
- Le spectre de Pierre le Grand
5
- La complainte de l'Europe
II - Radioscopie théopolitique
de l'Europe vassalisée
6
- La prospérité économique et la faiblesse politique
7
- La démocratie victorieuse et la théologie de la Liberté
8
- Une spectrographie de la sainteté politique
9
- L'empire de la justice
10
- Une psychanalyse théologique de la démocratie
11
- Le clergé des anges
12
- Villon et l'Europe d'aujourd'hui
13
- De la morphologie politique des théologies catholique
et protestante
14
- De l'incarnation et de la désincarnation des idoles
15
- Barack Obama et la théopolitique américaine
16
- Comment partir en croisade contre un ennemi imaginaire
?
I - Résumé
des événements de l'été
1
- A l'assaut 
Quand la
nation se trouve petitement en vacances et que toute la classe
politique se pavane en villégiature, il est inutile de commenter
les événements internationaux à l'intention des derniers piétons
parisiens . Mais à quelques jours des funérailles septembrales
de la paresse estivale, l'articulation des événements géo-stratosphériques
de l'été avec la réflexion anthropologique appelle les astronautes
de la théo-politique aux retrouvailles avec leur œil de lynx.
En avril,
pour la première fois depuis le Général de Gaulle , l'Europe secouait
partiellement le joug de l'empire américain: l'Allemagne refusait
fermement à l'occupant l'autorisation d'étendre le sceptre et
le glaive de l'OTAN à la Géorgie et à l'Ukraine. Mais ,
le 7 août 2008, le Président de la Géorgie, M. Mikheil
Saakachvili , un avocat inscrit au barreau de New-York et qui
souffre de graves troubles psychiques, ordonnait à son armée équipée
et conseillée par les Etats-Unis et par Israël , d'envahir deux
de ses provinces séparatistes, l'Ossétie du Sud et l'Abkhazie
, afin de châtier leur ambition soit de rejoindre l'ex empire
des tsars par la voie du suffrage universel, soit de reconquérir
leur souveraineté selon le modèle édifiant du Kosovo, lequel venait
de démontrer à nouveau l'infaillibilité du vote populaire quand
il sert d'alibi à l'installation d'une puissante forteresse américaine
sur un territoire stratégiquement important.
Dès le 9
août, le Kremlin répondait par la force des armes à une agression
inspirée de l'étranger et profanatrice de l'esprit olympique.
Sans perdre un instant, elle non plus, la France tentait, un demi
siècle après 1958, de soustraire le règlement d'un conflit majeur
à la tyrannie diplomatique que le Département d'Etat et le Pentagone
exerçaient sur le monde entier depuis soixante ans. Mais comment
régler le litige à la place du maître, comment faire avorter définitivement
sa contre offensive outragée et désespérée afin de tenter, une
fois encore, d'éliminer le Vieux Monde de la scène internationale,
comment le contraindre à entériner sans broncher un échec aussi
cuisant que spectaculaire de son expansion militaire vers l'Est?
2
- Contre-offensive 
Sans consulter
ses prétendus alliés de l'OTAN, la Maison Blanche installait en
toute hâte un "bouclier anti missiles" en Pologne, ce qui présentait
pour elle-même le double désavantage de souligner à nouveau la
vassalité viscérale de l'Europe à son égard et de ruiner la fiction
selon laquelle ce "bouclier" serait destiné à dissuader l'Iran
de se doter de l'arme inutilisable des modernes - celle que les
nouveaux anthropologues qualifient de "théologique" en raison
de sa parenté avec les foudres oniriques de l'excommunication
majeure du Moyen-Age. Puis la Maison Blanche convoquait le Conseil
de Sécurité de l'ONU pour tenter de lui faire adopter, avec l'accord
de la France, une déclaration qui passait sous silence l'agression
susdite de la Géorgie contre ses deux provinces russophiles. La
Chine, paralysée par la nécessité de ne pas laisser les tempêtes
du temporel engloutir l'autel de la flamme olympique et outrager
l'âme encore vivante de la Grèce antique dans le monde moderne,
ne pouvait opposer son veto à cette folie - d'ailleurs celui de
la Russie y suffisait. Puis, Washington engageait vivement l'Ukraine
à remettre en question ses accords stratégiques avec Moscou, notamment
les conditions d'accès de la flotte russe à la Mer Noire.
Ce point
était décisif sur le long terme pour la Russie, parce que sa flotte
de la Mer Noire était basée en Crimée depuis 1783 et parce qu'Elstine
avait concédé à l'Ukraine qu'elle partirait le 28 mai 2017. C'est
pourquoi l'annexion militaire de l'Ukraine par les Etats-Unis
sous le masque de l'OTAN donnerait à Washington le port de Sébastopol
après celui de Naples, qui se trouvait placé sous pavillon américain
depuis 1945. Du coup, l'encerclement de l'ex-empire des Tsars
par l'empire du Nouveau Monde donnerait à ce dernier la domination
du supercontinent eurasiatique , qui est l'axe du monde : le dominer,
c'est contrôler l'Europe de l'Ouest et l'Est de l'Asie . Aussi
le roi du monde convoquait-il tous les Etats de l'OTAN à se présenter
sous sa houlette à Bruxelles, afin de leur remettre en mémoire
qu'il occupait seul le trône vacant d'une Europe absente de l'Histoire
et de leur rappeler que toute livrée est un vêtement de pénitence.
3 - Les fils d'Isaïe à la croisée des chemins

Mais cette
accélération du " fleuve tranquille " des chamarrures de
la servitude allait provoquer un électrochoc salutaire. Une maturation
rapide des esprits s'ensuivit. On assista à un durcissement des
tensions qui conduisaient depuis longtemps la politique intérieure
des démocraties occidentales à des crispations tour à tour durables
et sporadiques face à l'indissoluble alliance qu'Israël avait
conclue avec un empire dont toute l'Europe de la haute politique
combattait l'hégémonie depuis six décennies. Du coup, l'administration
de Washington a commencé de se raidir, elle aussi, face à l'Etat
hébreu et à mettre en garde "l'Etat juif", comme elle disait maintenant,
contre toute offensive militaire qui prendrait pour cible Téhéran
ou la Syrie, où M. Sarkozy décidait de se rendre
en septembre .
Pour la
première fois, la communauté juive française et européenne allait
souffrir d'un commencement de déchirement interne, certes encore
embryonnaire, mais déjà de nature exclusivement politique, parce
que la nouvelle distribution des rôles sur la carte du monde ne
permettait plus à l'opinion publique française et européenne de
demeurer ouvertement hostile à la défense des véritables intérêts
diplomatiques des nations sans que fût posée la question du devoir
des citoyens du Vieux Monde de défendre résolument leur pays .
Il fallait se décider à choisir entre le devoir de tous les patriotes
d'entrer dans la lutte pour la reconquête de la souveraineté de
l'Europe, sauf à accepter sciemment la vassalisation politique
définitive du continent sous le sceptre anglo-saxon Car si une
Russie découragée vendait son gaz à la Chine et à l'Inde plutôt
qu'à l'Europe , celle-ci perdait son dernier atout et quittait
à jamais l'arène du monde. Comment la communauté juive mondiale
allait-elle affronter une scission de son psychisme à l'échelle
de la planète, alors que, depuis Isaïe, son génie l'avait conduite
à prendre la tête du combat des intelligences visionnaires ?
4 - Le spectre de Pierre le Grand 
Mais Moscou
commençait de se demander sérieusement quels auraient été les
choix stratégiques de Pierre le Grand s'il avait pris en mains
les rênes de la Russie moderne avec l'ambition de la faire débarquer
à la fois dans la géopolitique et dans l'avenir cérébral de la
planète. Aussi ses meilleurs disciples se disaient-ils, primo,
que ce Tsar s'engagerait à synchroniser le retrait de ses troupes
de la Géorgie avec celui des troupes du Nouveau Monde de
l'Irak, ce qui lui donnerait le rôle non seulement de guide planétaire
de la civilisation des droits de l'homme , mais de médiateur universel
d'un vrai dialogue avec le monde arabe. Secundo que, de
toutes façons, la Russie n'installerait jamais autant de bases
militaires en Géorgie, en Ossétie et en Abkhazie que Washington
sur toute la mappemonde; tertio, qu'elle fournirait des
missile à la Syrie et à l'Iran, quarto, qu'au nom de son
génie retrouvé, Moscou tiendrait l'ex-Europe de Diderot et de
Voltaire pour politiquement inexistante sur le théâtre du monde
aussi longtemps que l'Amérique y entretiendrait quelque quatre
cents puissantes garnisons et places fortes et que, par conséquent,
il valait mieux mettre fin aux relations de la Russie avec un
quarteron de vassaux en robe de bure ; quinto, que la Russie
apparaîtrait en prophète sur la terrasse d'Elseneur de l'Histoire
et qu'elle prononcerait l'oracle selon lequel l'Europe ne retrouverait
la souveraineté des continents adultes que si elle se retirait
séance tenante de l'OTAN, mais qu'ensuite, il lui appartiendrait
encore de reconquérir sa vocation de génitrice de la raison du
monde. Alors seulement la Russie deviendrait l'héritière mondiale
du siècle français des Lumières .
Quelles
étaient les chances que Pierre le Grand fût entendu dans une Europe
enfouie depuis longtemps à plusieurs mètres sous la terre ? Aucunes
: la classe politique moyenne du Vieux Monde n'était plus qu'un
enfant idolâtre de son propre cercueil et à laquelle l'hégémonie
planétaire du vainqueur de 1945 servait de linceul. Cette sépulture
était méritée, parce qu'il aurait fallu rien de moins que d'enseigner
aux élites dirigeantes élues par un suffrage universel désormais
tenu pour divin une connaissance anthropologique des idoles qui,
à toutes les époques et sous toutes les latitudes, marchent en
long et en large dans la boîte osseuse du genre simiohumain. Comment
faire changer de direction à une civilisation vieillie sous le
harnais? Comment armer la postérité politique des prophètes ,
comment se colleter avec les arcanes et les entrailles de l'Histoire,
comment élever les feux de la raison à la ferveur contemplative
des saints, comment faire ricaner le Créateur, comme faire hoqueter
un Lucifer de la déconfiture des civilisations, comment réhabiliter
les fulgurances de l'ascèse ? La tâche de la pensée prospective
demeure plus que jamais de remettre le "Connais-toi" à
l'écoute du génie de l'Occident. Pour tenter de donner un avenir
cérébral à la science politique mondiale de demain, la tâche la
plus urgente est de décrypter les blasphèmes créateurs que révèle
l'inconscient de la " servitude volontaire" de La Boétie.
5
- La complainte de l'Europe 
Sitôt que
notre maître d'outre-Atlantique nous eut cloués sur la potence
de notre rédemption, sitôt qu'il nous eut fait endosser son uniforme
et arborer le heaume et le cimier de la démocratie vertueuse,
avec quelle bienveillance il a épinglé ses médailles et son écusson
sur nos poitrines, avec quelle sollicitude il nous a rendus fiers
de porter - bien modestement, il est vrai - les emblèmes du salut
de la planète à ses côtés, avec quelle attention il nous a fait
afficher les insignes de notre délivrance sous le commandement
du maître de justice de la terre ! Mais " la pluie nous débués
et lavés et le soleil desséchés et noircis ". C'est avec douceur
et miséricorde que ses armes dirigent les nations. Certes, il
lui arrive de nous houspiller et de nous bousculer; mais son bouclier
et sa bannière nous élèvent au septième ciel de la démocratie.
Mais "pies, corbeaux nous ont les yeux cavés".
Parfois,
il nous reproche notre indiscipline et même notre paresse à partager
le fardeau de sa croix. Mais il nous met également en garde contre
le péché d'affaiblir l'éclat de son soleil. Le déclin de nos armes,
la fatigue de nos lois et l'extinction de nos lumières nous préservent
de cette tentation. Nous allumerons les dernières flammèches de
notre grandeur d'autrefois. "Notre heure est venue , nous
dit-il, de vous protéger du Mal." Mais il nous conduit
à traquer sur cette terre un ennemi dont personne n'a seulement
aperçu la casaque. Notre prophète l'appelle "le Terrorisme"
.
Parfois,
nous nous disons que notre délivreur nous a fait goûter la saveur
de notre trépas, parfois, il nous revient en mémoire que le goût
de notre asservissement n'est que l'amère rançon de la défaite
de nos armes. Quelques-uns d'entre nous s'essaient à construire
la balance qui nous permettrait de peser notre assujettissement
au glaive d'un guerrier victorieux. Alors nous nous demandons
sur quels plateaux notre suzerain a posé les ingrédients de notre
agonie . Que nous faut-il encore apprendre si notre science de
nous-mêmes est demeurée tellement infirme que nous nous demandons
comment s'appelle le maître dont le joug nous asservit à sa liberté
et à sa justice ? Puisse l'antique adage socratique: "L'ignorance
est la source de tous les maux" nous porter à nouveau sur
les fonts baptismaux de la pensée ; puisse notre dernière vaillance
nous enseigner à mourir à l'école du "Connais-toi" ; puisse la
complainte des pendus de Villon nous enseigner les secrets du
naufrage des civilisations . " Mais où sont les neiges d'antan
? "
II - Radioscopie théopolitique de l'Europe
vassalisée
6 - La prospérité économique et la faiblesse politique

Si la décadence
des nations se traduit par le trépas de leur mémoire - le roi
Oubli en fait cendre et poudre - l'assujettissement de l'Europe
au glaive de son souverain d'outre-Atlantique appelle une pesée
anthropologique des ressorts psychogénétiques de la servitude
politique ; car si les formes de la vassalité des cerveaux varient
au gré des époques et des lieux, les fondements psychobiologiques
de la condition du serf ou de l'esclave n'en sont pas modifiés.
Une analyse psychanalytique du concept banalisé de décadence
s'impose donc à la politologie des agonies, parce que le XXIe
siècle n'a pas encore vu naître de moines d'une raison résurrectionnelle.
Nous attendons que paraisse le globe oculaire dont la rétine réfléchirait
les relations que la prospérité économique des peuples entretient
avec leur effacement de la scène internationale. Sous la domination
romaine, le niveau de vie de la Grande Grèce dépassait de loin
celui de l'Italie. De même, la richesse du Vieux Monde relègue
loin derrière elle une économie américaine que guettent la ruine
de la sesterce, le naufrage du marché de l'immobilier, la ruine
de l'industrie automobile et surtout l'écroulement de l'armature
théopolitique de l'empire.
Certes,
de nos jours, la puissance commerciale précède l'expansion politique
et guerrière des empires ; puis elle assure un instant le règne
conjugué de leurs armes et de leurs marchandises. Mais la transition
du règne de leur économie à celui de leurs canons n'a pas été
théorisée par la politologie des démocraties occidentales, tellement
elles ont été converties au sceptre du langage semi religieux
placé entre les mains de leur délivreur. Dès lors, comment se
demander pourquoi le Japon a beau s'être élevé au rang d'une grande
puissance industrielle et financière, pourquoi l'Inde a beau avoir
débarqué sur le marché mondial de l'acier , pourquoi la Chine
a beau projeter son ombre géante sur la planète tout entière,
pourquoi l'Allemagne a beau tenir le rang de la première puissance
exportatrice mondiale, alors que ces nations demeurent des Pygmées
de l'Histoire du monde. Et pourtant, l'esprit politique et l'esprit
de lucre sont frères jumeaux ; et s'ils paraissent s'ignorer,
c'est seulement à un degré qu'il convient justement de préciser,
tellement la puissance des empires commerciaux finit par faire
irruption dans la géopolitique et par refaçonner entièrement les
relations guerrières par nature entre les nations rivales par
leur taille, leurs ressources naturelles et leur population.
7 - La démocratie victorieuse et la théologie
de la Liberté 
La soumission
d'un Etat à la défense des intérêts d'un autre Etat résulte toujours
de la capitulation non seulement de ses armées, mais de l'assujettissement
de l'esprit de la nation aux sortilèges de son vainqueur. L'Allemagne
demeure à l'écoute des tambours de cent quatre-vingt dix-huit
garnisons étrangères campées sur son territoire, l'Italie écoute
les clairons de cent trente sept places fortes d'outre-Atlantique
sonner sur ses terres et Naples a hissé le drapeau du Nouveau
Monde sur son port au son de la flûte d'un enchanteur. Vingt ans
après la chute du mur de Berlin, le Centre de commandement des
forces terrestres, aériennes et maritimes américaines entonne
les cantiques de la paix et de la justice au cœur d'une Europe
asservie pour toujours aux psaumes et aux litanies de son Libérateur
de 1945. On sait que des traités " librement conclus " entre des
Etats européens à jamais terrassés et glorieusement éjectés de
l'Histoire par les saintes écritures de leur sauveur scellent
une alliance éternelle entre le vainqueur et des vaincus parqués
dans la salle de concert de l'Histoire où leur triomphateur orchestre
la symphonie de leur délivrance .
Mais un
salut politique à la fois vassalisateur et tenu pour rédempteur
répond à un modèle de sujétion à la musique des sphères inconnu
de l'histoire d'Orphée, puisqu'il s'agit d'une sotériologie dans
laquelle le vaincu bénéficie d'un "rachat" solennel en échange
duquel il paiera une dette inépuisable à l'occupant qui lui aura
accordé en fanfare la grâce de l'introniser dans son Eden. Cette
forme parareligieuse des relations entre un Etat dominateur et
un Etat dominé est de type psalmique et repose sur un débarquement
de l'esprit de cantate dans la géopolitique. Deux siècles après
Voltaire, seule une anthropologie explicative, au sens scientifique
de cet adjectif, peut tenter de rendre compte de la rechute de
l'Europe dans la politique messianique et salvatrice.
8
- Une spectrographie de la sainteté politique 
Il se précise
d'ores et déjà que les obstacles au décryptage des secrets cultuels
de la notion désormais prophétisée de "conscience politique" seront
d'ordre psychobiologique, puisque le concept de "conscience" devra
s'appliquer à une civilisation asservie à une mythologie du salut,
ce qui nous renvoie à un décodage anthropologique des origines
semi animale des mentalités eschatologiques. Car le nouveau "sauveur
du monde" enseigne ses idéaux sotériologiques non seulement
aux vaincus qu'il a asservis à son glaive et à son évangile confondus,
mais également à sa propre conscience pastorale de la politique.
Certes, sous des dehors apostoliques , il se réclame du sacre
et du sceptre de son éthique à son seul bénéfice; mais il affecte
également - et coram populo - d'en partager les devoirs
jusqu'au martyre inclus. Comme l'homme du Golgotha, l'Amérique
de M. Barack Obama se proclame le prêtre de son propre sacrifice
.
Du coup,
la théopolitique débarque dans la science historique avec la question
de savoir comment on assujettira un peuple à défendre les intérêts
de l'autel d'un autre Etat s'il faut le convertir au préalable
à l'exercice de la sorte de justice dont son maître se déclare
à la fois le missionnaire et l'Alexandre et comment on exercera
la tyrannie conjuguée d'un Christ et d'un chef d'état-major de
l'humanité pécheresse, sinon en copiant le modèle monothéiste
de l'alliance de l'apôtre et du capitaine? Car les trois dieux
dits uniques se fondent sur la piété des serfs qu'ils ont rendus
pleins d'une gratitude éternelle pour leur délivrance partielle,
précaire et sujette à caution. Comme Dieu, l'Amérique a fait tomber
les chaînes d'un péché de nature politique : le crime que la créature
devait expier était d'avoir désobéi à son maître , ce qui permettra
à ce dernier de l'accabler du paiement d'une dette de reconnaissance
inépuisable par nature et par définition. L'Amérique est le nouveau
créancier généreux et insatiable des pécheurs du monde entier.
9 - L'empire de la justice 
On voit
que la puissance du sceptre qu'on qualifie de "théologique" repose
entièrement et nécessairement sur le culte de l'espèce de "justice"
que le souverain a nouée à son trône. C'est pourquoi le déchiffrage
de la "prise de conscience" dite politique, mais inconsciemment
religieuse d'une civilisation convertie au sosie de sa divinité,
la démocratie messianique - une civilisation placée sous la férule
du guide et du pédagogue impérissable d'une histoire universelle
à vocation justicière - cette prise de conscience, dis-je, d'une
éthique de la politique devenue immanente à un temporel vertueux
se révèle intimement liée à une pesée post darwinienne des secrets
psychobiologiques du sacré ; et cette pesée n'est autre que celle
des futures capacités cérébrales des pénitents de la grâce à décrypter
la sotériologie à laquelle ils se sont ligotés, celle dont la
déesse Démocratie dispense désormais sans lésiner les bienfaits
. Quels sont les ressorts simiohumains des agenouillements des
fidèles devant les totems vocalisés dont la démocratie mondiale
distribue d'abondance les trésors et quels sont les arcanes de
la sacralisation subreptice du langage politique des modernes
si ces ressorts et ces arcanes ont pour fonction de masquer et
de glorifier une histoire devenue catéchétique ? Il va falloir
former les sourciers de la politique du bréviaire de la démocratie
à laquelle se livrent les vassaux sous le ciel des piétés dont
leur vainqueur leur a imposé les ex-votos.
Pour le
comprendre, une analyse théopolitique du double piège que le mythe
démocratique et son double - le rêve de "Liberté" et de "Justice"
- tendent à la fois à la houlette du maître et au chapelet des
serfs de leur foi se révèle indispensable à la conquête d'une
connaissance rationnelle du tissu du maître et de la livrée de
ses serviteurs. Il y faut un éclairage nouveau du concept de "servitude
volontaire" de La Boétie , tellement la notion de "volonté politique"
conduit à un entrecroisement des songes de l'évangélisateur victorieux
d'un côté et de l'évangélisé réduit à merci de l'autre, donc à
une imbrication subtile des bénéfices récoltés par le donateur
de la pseudo liberté et par les félicités réputées combler un
réceptionnaire que sa défaite aura scindé entre les affres de
sa fausse contrition et celles de sa fausse reconnaissance. C'est
à ce titre que la théopolitique livre la notion catéchétique de
dévotion démocratique à la spectrographie de la sainteté
politique des modernes.
10 - Une psychanalyse théologique de la démocratie

Les secrets
politiques qui commandent les prêtrises respectives du maître
et du serviteur témoignent de ce qu'ils se trouvent tous deux
dédoublés par le même culte de leur propre perfection, donc condamnés
à feindre de se trouver cloués dévotement et côte à côte sur la
croix commune d'une justice proclamée évangélico-démocratique
- celle dont ils affecteront de se partager pieusement les devoirs
- alors qu'ils ne bénéficieront nullement du même rang sur la
potence de leur auto sanctification et ne subiront en rien les
mêmes humiliations sur le gibet de leurs sacrifices. Car le définisseur
américain de la martyrologie politique se présente en victime,
mais aussi en complice d'un "dieu de vérité" fort habile à dresser
des trophées à la gloire de son Eden et à planter au cœur de l'histoire
du monde un sceptre confessionnel intéressé - celui dont la puissance
financière et guerrière définira le Bien et le Mal à son profit
.
Le Dieu
en majesté qu'on appelle la Démocratie et son acolyte, la Liberté,
se présentent de conserve en actionnaires de l'Histoire et en
associés pour la défense de leur communauté d' intérêts. C'est
à eux seuls qu'est censée appartenir l'autorité suprême autrefois
attachée à un géniteur mythique du cosmos, celle de promulguer
à leur avantage la loi qui fera le tri entre le bon grain et l'ivraie
dans un empire mondial dont ils se partageront les bénéfices et
la couronne. L'inconscient théopolitique qui pilote en secret
le faux devoir de vénération et d'obéissance des vaincus et des
vassaux européens à l'égard de leur César de la démocratie les
conduit à légitimer les prosternements de leur poussière devant
l'angélisme majestueux de leur maître ; et les dévotions bénisseuses
de ce dernier appellent tous les fidèles de l'évangile de la Liberté
à se rassembler autour de son sceptre. Mais il expédie en Europe
des cargaisons d'hérétiques à torturer. Pourquoi installe-t-il
hors du territoire de sa propre nation des camps de concentration
à ciel ouvert dans lesquels la justice infernale de Dieu prendra
le pas sur celle des séraphins de la démocratie, sinon parce que
le contrat de mariage que la démocratie conclut entre le ciel
et la terre repose sur une communauté de biens que les juristes
qualifient de "réduite aux acquêts" ? Observons comment le roi
des tortures souterraines en vient à jouer sur les cinq continents
le rôle de la victime souffrante et agonisante sur le Golgotha
de sa propre justice, observons comment il s'exerce à conquérir
sa sainteté, puisque ce n'est jamais lui-même, mais seulement
ses serviteurs qu'il cloue - mais loin de son Eden - sur l'instrument
de torture dressé en plein air qu'on appelle l'Histoire .
11 - Le clergé des anges 
Pour tenter
de comprendre de si profonds mystères, il faut savoir que le dieu
qui a élu domicile dans l'Eden de la Démocratie prend appui sur
un clergé de la Liberté et de la Justice tellement purifié dans
l'eau lustrale de ses idéalités qu'il est devenu invisible même
à ses propres yeux et que les Européens se sont mis à l'écoute
de la parole du salut et de la délivrance que profèrent désormais
des prêtres dissous dans la foule des justes . Aussi le monde
latin est-il tout décontenancés par le spectacle d'un sacerdoce
démocratique privé des patentes ostentatoires et des pieuses décorations
qu'arboraient les phalanges du salut d'autrefois . En ces temps
reculés, l'Eglise était spectaculairement reconnaissable à ses
vêtements noirs. Où se cache-t-elle maintenant, la hiérarchie
du sacerdoce de la rédemption si elle ne se montre plus endeuillée
dans la rue? De quels signes de piété extérieurs les dépositaires
et les apôtres du nouvel évangile tirent-ils leur autorité ? Pourquoi
se gardent-ils d'afficher l'or de leur foi sur leur poitrine?
Face à la
dissimulation aux regards du public de la vocation religieuse
du Nouveau Monde, un Vieux Continent désarçonné par la disparition
des effigies de la foi ne sollicite jamais rien de plus du clergé
porteur de l'anneau de Gygès que des adoucissements d'une servitude
acceptée. Mais au nom de quels arguments quêter une sujétion sélectionnée
et séparée de celle du reste du troupeau ? Comment seulement émettre
l'extraordinaire prétention de présenter ses propres armes au
néant si l'Europe n'a de philosophie ni de la liberté, ni de la
vassalité politique, faute du regard que seule une anthropologie
critique serait en mesure de porter sur le théâtre de l'histoire?
Une défaite militaire définitivement intériorisée par le Vieux
Continent et désormais fondée sur une domestication à la fois
larvée et irréversible des esprits exige que le sacerdoce des
apôtres des idéalités de la démocratie américaine demeure caché
à tous les regards par une cécité politique devenue héréditaire
. Celle-ci se trouve transmise de père en fils depuis 1945, de
sorte qu'un siècle et demi après Darwin, la notion de "servitude
volontaire" de La Boétie appelle, comme il est dit plus haut,
de nouveaux critères d'interprétation des méthodes de transmission
des livrées d'une génération à la suivante.
Il est vrai
que les spécialistes de l'évolution de notre capital psychobiologique
n'ont découvert qu'il y a peu le rôle spécifique de l'épigénétique
dans l'histoire de nos chromosomes et de nos neurones. La science
des hérédités transmises par la culture n'est pas encore sortie
de l'enfance. Si les nouveaux évangélisateurs et convertisseurs
invétérés du monde portaient les ruses de la foi démocratique
agrafées à leurs uniformes, ils seraient sans doute chassés de
l'Europe, tellement la naïveté politique de leurs idéalités paraîtrait
cousue de fil blanc. Mais l'Occident ayant réduit l'apparat funèbre
des clergés à celui des magistrats et des avocats, cette civilisation
a été rendue incapable de reconnaître la catéchèse des dignitaires
du ciel démocratique à la seule écoute de leur voix d'ange.
12 - Villon et l'Europe d'aujourd'hui 
Pour comprendre
les relations secrètement confessionnelles que notre maître d'outre-Atlantique
entretient avec nous, qui sommes devenus ses hommes-liges - ainsi
parleraient les nations européennes si elles s'étaient initiées
à la connaissance théo-politique du genre simiohumain - il nous
faut tenter de pénétrer dans les secrets psychobiologiques des
rapports inconsciemment et doublement vassalisateurs que le prêtre
chrétien entretenait autrefois tant avec lui-même qu'avec les
fidèles qui l'écoutaient humblement et lui confessaient leurs
péchés avec la vénération due à son rang. Mais comment régner
encore en maître sur le pécheur si votre religion fait de lui
et de vous les otages de la même culpabilité originelle? Comment
confesser la créature et comment ses aveux lui vaudront-ils une
absolution attachée à la souveraineté de votre fonction de délégué
du ciel sur la terre si votre autorité religieuse ne vous place
plus au-dessus du monde à titre corporel?
Les embarras
politiques respectifs de la théologie catholique et de la théologie
protestante révèlent les apories anthropologiques opposées dont
souffrent les nations européennes domestiquées par le ciel des
idéalités de la démocratie américaine. Qui prendra jamais ces
nations en pitié si les peuples du marché de la grâce vendent
le monopole de leur absolution tantôt à leurs semblables devenus
leurs bénisseurs autorisés, tantôt à leur divinité ? Observons
les négociations des pécheurs avec ces deux types de plénipotentiaires
de l'absolu. Les peuples à la chair "dévorée et pourrie",
dit Villon, demandent que seule l'humanité les absolve - l'idole
suivra et en prendra de la graine . Mais quelle est la cote respective
de l'homme et de l'idole à la bourse de l'éternité, "si pitié
de nous pauvres avez, Dieu en aura plus tôt de vous mercy"
? C'est au nom de cette habile tractation théologique que l'Europe
des vassaux dit à la postérité politique de sa propre servitude:
" N'ayez les cœurs contre nous endurcis ", parce que si vous avez
pitié de nous, le ciel de la démocratie vous le revaudra tôt ou
tard, tellement il faut espérer que les dieux finissent par obtempérer
aux ordres qu'on leur donne sous le masque des prières astucieuses
qu'on leur adresse.
13 - De la morphologie politique des théologies
catholique et protestante
Quel est
le secret du "cœur endurci" des "frères humains qui
après nous vivez" ? Le clergé catholique tire toute son autorité
catéchétique et politique de sa salutation de la culpabilité générale
de notre espèce devant un définisseur omnipotent et universel
du Bien et du Mal. Selon cette doctrine, la mise à égalité fictive
du confesseur et du confessé devant un souverain omniscient abolit,
en principe, la séparation radicale entre un corps de dignitaires
du ciel prébendé et richement décoré, mais rigoureusement hiérarchisé
face à leur souverain d'une part et le croyant grégarisé devant
la même puissance enrubannée, d'autre part. Le pécheur catholique
ne se trouve cependant ni isolé, ni abaissé jusqu'à remettre piteusement
la gestion de son salut entre les mains incontrôlables des délégués
et des fondés de pouvoir d'une idole corsetée. Certes, l'apparence
d'un partage équitable de la contrition entre le tout venant des
paroissiens et une Eglise de moins en moins houspillée par un
démiurge affadi fait, depuis le IVeme siècle, du corps sacerdotal
tout entier le bénéficiaire du statut et du rang du "corps du
Christ", donc du privilège immense d'incarner l'esprit du Dieu
dans l'histoire et dans la politique. Mais cet équilibre théologique
n'est point féroce : saint Ambroise l'a voulu compassionnel. Entre
la dignité proclamée suréminente et savante, mais toute formelle
du clergé catholique d'un côté et la domestication tiède de la
masse des fidèles ignorants de l'autre, la mollesse théologique
trouve ses aises.
Observez
maintenant le modèle torturé des relations de l'Amérique et de
son Dieu avec ses vassaux dans le monde entier , et d'abord avec
les nations européennes. Tremblez, pécheurs, car tout citoyen
américain est à lui-même à la fois son propre prêtre et celui
de l'intransigeance de la Démocratie universelle. Vous avez affaire
à une armée de confesseurs de tous les peuples de la terre, parce
que le dieu Liberté est un inquisiteur potentiel ; et il vous
a tous placés sous le sceptre et le fouet d'une Amérique apostolique
. Dites-vous bien que l'inégalité de la condition théologique
du clergé sélectionné et invisible des protestants d'un côté et
du troupeau des fidèles inéligibles et privés de la grâce, de
l'autre répond à un type de sujétion individualisé des masses
modernes aux prestiges et à la tyrannie d'un sacré démocratique
innocenté par Abel le juste . C'est pourquoi la dépendance politique
de l'Europe à l'égard de son " sauveur " angélique répond à un
modèle édénique du despotisme théologique que seul le protestantisme
d'avant la chute dont le Nouveau Monde se nourrit pouvait sécréter
au sein du christianisme. L'empire américain ne connaît pas le
mythe du péché originel.
14
- De l'incarnation et de la désincarnation des idoles 
Une analyse
fouillée de l'inconscient édénique de la démocratie américaine
réfute donc le jugement superficiel selon lequel Rome serait plus
tyrannique en son apostolat que les héritiers de saint Augustin,
de Port Royal et de Calvin. Mais quelle sera la fragilité politique
secrète des missionnaires devenus immanents à la "Liberté" et
à la "Justice" d'un monde d'avant la chute? Elle résultera de
ce que le citoyen du Nouveau Monde auquel son Dieu de Justice
aura confié la tâche de pasteur de tout l'univers habité disposera,
en réalité, d'un rang théologique que son statut angélique rendra
tour à tour plus faible et plus puissant que celui des fils pécheurs
de saint Thomas, parce qu'une Eglise qui, depuis Luther et Calvin,
a cessé de mettre l'accent de sa doctrine et de sa catéchèse sur
la substantification charnelle de Zeus sur la terre livre ses
défenseurs et ses confesseurs à l'angoisse de flotter mentalement
et physiquement dans un "ciel de l'esprit" décorporé, donc insaisissable,
instable et peu rassurant .
Le citoyen
porteur de la croix d'une prêtrise séraphique n'est jamais qu'une
ombre et un fantôme de pécheur ; et, à ce titre, il se condamne
à voleter de branche en branche sur l'arbre de la démocratie mondiale.
Comment fonder la foi sur l'imprévisibilité et la précarité des
manifestations concrètes de la Liberté dans l'air raréfié de la
démocratie mondiale? Il y faut le Jupiter en chair et en os des
chrétiens romains, lequel a fait descendre son squelette et tous
ses organes parmi les mortels à seule fin d'étaler sa charpente
périssable à tous les regards . Comment un dieu privé de corps
et qui ne retrouvera même pas ses ossements ressuscités dans l'
éternité et sa chair transportée intacte dans le ciel se trouverait-il
cloué en tant que dieu sur la croix de l'Histoire aux côtés du
pécheur qu'on vient pourtant de convertir aux idéaux impalpables
de la démocratie si votre Eglise vous nantit seulement d'un salut
à jamais privé de la musculature des momies égyptiennes et ne
vous jette qu'aux pieds d'une idéalité vaporeuse?
Que faire
d'un parfum répandu sur tout le globe terrestre, mais qui ne jouit
que de l'ubiquité accordée à " l'esprit " dans un empyrée vocal
de sa démocratie? En vérité la désincarnation calviniste de la
foi chrétienne prive l'Amérique de la triple capacité vaticane
de chosifier le "corps" d'une "Eglise de la Liberté" , de lui
donner pour assise le solide édifice d'une institution en pierre
de taille et de rendre somatique la présence des idéaux de 1789
sur les cinq continents . Il en résulte que, sous des dehors idéologiques
assurés, le prêtre-citoyen d'au-delà de l'Océan se révèle vulnérable,
notamment quand il substantifie la guerre dont il fait sa chose
et sa cause ou répand en abondance le sang réel de ses ennemis,
ou torture cruellement les adversaires physiques de son Zeus sur
l'estrapade de ses idéalités, puisque les hérétiques ne sont jamais
corporellement "possédés" par un diable substantifié, à la manière
des sorcières du Moyen-Age devenues, de la tête aux pieds, la
propriété cellulaire et cutanée d'un Démon non moins doté de bras
et de jambes que ses victimes.
15
- Barack Obama et la théopolitique américaine 
L'analyse
anthropologique de l'inconscient politique qui inspire les théologies
monothéistes relève que toutes les confessions chrétiennes sont
" plus becquetées d'oiseaux que dés à coudre " , mais qu'elles
se révèlent fort différemment et inégalement armées sur le champ
de bataille de l'histoire physique et cérébrale du monde . Nous
avons vu que si le citoyen-augure américain est crucifiable sur
la croix de ses forfaits, il n'est oncques cloué sur la même potence
que le catholique. C'est ainsi que le sénateur Barack Obama, candidat
à la présidence des Etats-Unis a pu se confesser sur son gibet
en ces termes : " Nous ne sommes pas parfaits ". Cet aveu
berlinois a résonné aux oreilles de l'Amérique comme un étrange
sacrilège, sans doute explicable par la nécessité de calmer un
instant les tourments de conscience des Européens au regard soupçonneux
. Mais la même chasteté théologique a fait dire au candidat que
l'Amérique allait créer la plus puissante armée du XXIe siècle
afin de poursuivre physiquement et de conduire à son terme son
combat de messie de la délivrance de tous les peuples en chair
et en os de la terre : "Peuples du monde, s'est-il écrié,
notre heure est venue", l'heure du grand délivreur et sauveur,
" l'heure de nous rassembler pour sauver la planète ".
Ce discours
révèle la force et la faiblesse de la théopolitique faussement
incorporelle de la démocratie des Etats-Unis. Car, d'un côté,
la désincarnation de cette confession lui permet de ne jamais
poser la question du chef, qui est gênante parce que physique
en diable . Comment camoufler plus sûrement le nœud de la politique
que de passer sous silence l'ossature du commandement ? Le sceptre
religieux du Nouveau Monde est celui d'une épopée asthmatique
de l'abstrait, d'une croisade du concept odoriférant de Liberté,
de la germination verbale des valeurs séraphiques de la démocratie
universelle. Mais comme il se trouve que le mur de Berlin est
tombé il y a près de vingt ans , il s'agit de trouver un nouvel
adversaire osseux contre lequel mobiliser l'univers à nouveaux
frais . D'où un époumonnement désespéré et stérile afin de rassembler
le monde entier autour de l'autel d'une Amérique privée de papimanes:
"Les bases américaines construites au siècle précédent continuent
de garantir la sécurité de ce continent , notre pays continuera
de se sacrifier sans compter pour la liberté du monde." Décidément,
l'encens de la Liberté n'est qu'une odeur.
16 - Comment partir en croisade contre un ennemi
imaginaire ? 
Comment
convaincre l'univers de ce que "le moment est venu de sauver
la planète" si la théologie de l'incarnation à la tête dure
et si elle demande à M. Barack Obama, comment il peut promettre
au monde d'"empêcher de monter le niveau des océans" ,
juguler "les famines et les tempêtes qui dévastent nos terres",
réduire "les émissions de gaz à effet de serre" et "rendre
leur avenir à nos enfants" ? Il sera de plus en plus difficile
de convaincre tout le globe terrestre de ce que quatre cents places
fortes campées physiquement, elles, sur le seul territoire d'
une Europe occupée à perpétuité demeureront indispensables pour
"tendre la main aux oubliés de ce monde , qui aspirent à une
vie de dignité, d'égalité , de sécurité, de justice" , pour
libérer "les enfants du Bengladesh de la pauvreté, abriter
les réfugiés du Tchad, venir à bout de l'épidémie de Sida".
Et puis, le monde entier regarde l'Amérique appeler les peuples
et les nations à s'incarner en Afghanistan. Comment trouver en
toute hâte un substitut crédible à la guerre perdue en Irak ?
En vérité, la théologie de la désincarnation conduit tous les
peuples de la terre à demander à l'Amérique : "Quel est l'ennemi
physique contre lequel mobiliser des concepts ?"
En vérité,
le pauvre Dieu protestant a autant besoin de muscles et d'ossature
que celui de Rome . Quand un empire en vient à s'imaginer que
plus son idole deviendra physiquement inexistante, plus son statut
de montgolfière de sa propre sainteté la fera monter dans les
airs et mieux elle sera armée pour combattre le péché insaisissable
par nature et dissous dans l'atmosphère dans lequel la chute originelle
a fait tomber le monde , cet empire voit un vieillard dur d'oreilles
trottiner à sa rencontre pour lui rappeler qu'il a un corps, malgré
son grand âge, qu'il lui est difficile de s'en passer et encore
plus difficile de l'oublier, tellement il ne cesse de se rappeler
à son bon souvenir. Ce vieillard s'appelle l'Histoire.
On voit
que le mythe de l'incarnation ou de la désincarnation du Bien
et du Mal est le talon d'Achille des diverses formes que la théologie
du salut a empruntées : jamais les nations du Vieux Monde ne défileraient
docilement et ne serreraient les rangs derrière la bannière de
l'Otan contre un ennemi inexistant sur la terre si le Démon n'avait
été rendu à la fois asthénique et redoutable à nouveaux frais
. Car son statut théologique lui confère désormais l'ubiquité
d'un Mal invisible, insaisissable et abstrait. Mais comment muscler
cette vapeur ? Aussi voit-on également que le mythe de l'incarnation
de "l'esprit" est la clé simianthropologique de la politique des
deux confessions principales du christianisme , la catholique
et la protestante ; car s'il est facile de brûler vives quelques
sorcières habiles à cacher le diable sous leurs jupons, il est
beaucoup plus difficile, pour un empire démocratique, d'entraîner
tout le genre humain à se changer en Messie invisible, conceptualisé,
abstrait et impitoyable.
C'est pourquoi
il importe de décrypter plus avant les théologies de la vassalisation
de l'Europe que l'anthropologie critique nous convie à autopsier
; et pour cela, il convient de se mettre encore davantage à l'écoute
des leçons de géopolitique que le mythe de l'incarnation nous
incite à arbitrer .
Ce sera
pour lundi prochain.
25
août 2008