1
-L'avenir philosophique de la civilisation européenne
L'avenir du cerveau simiohumain se confond à son avenir politique.
Cette semaine un progrès cérébral décisif a été enregistré
par le laboratoire d'observation de la boîte osseuse de l'Occident
: l'Amérique du Sud a accédé à la civilisation dont les jeux
olympiques symbolisent et fécondent désormais la postérité
planétaire de la raison grecque. Si le Vieux Continent échouait
à remettre en marche l'encéphale de la planète, son destin
serait scellé : il deviendrait une comparse de l'Amérique
ou l'appendice folklorique d'un avenir que la Chine, la Russie,
l'Inde et l'Amérique du Sud seraient appelées à polariser.
La semaine dernière, j'ai tenté de mettre en évidence trois
paramètres de la géopolitique de demain: premièrement, il
se trouve que l'histoire de notre astéroïde appelle un recul
nouveau du regard de la raison sur un personnage de théâtre
qu'on appelle, me semble-t-il, l'humanité, secondement, cet
acteur est devenu planétaire au point d'enfanter une quadruple
postérité, celle du siècle des Lumières, celle d'une connaissance
anthropologique de l'inconscient théologique de notre espèce
et de l'évolution de notre matière grise, celle de la rénovation
d'un humanisme épuisé par un demi millénaire de scolarisation
de sa résurrection renacentiste; car il a été découvert que
l'espèce simiohumaine est construite sur le modèle tragique
de trois idoles bénisseuses et tueuses. C'est dire que l'avenir
de notre entendement tragiquement biphasé dépend de la capacité
de l'Occident de donner à l'humain l'assise d'une problématique
entièrement nouvelle.
Comme la distanciation philosophique est née avec la démocratie
athénienne, une Europe dont la tête chercheuse ne serait plus
socratique aurait perdu ses racines et son avenir. C'est pourquoi
une révolution parallèle de la pensée politique, de la science
historique et de la critique philosophique implique l'avènement
d'un regard sur le spectacle dont le théâtre shakespearien
facilitera la mise en scène.
2
- Comment l'encéphale simiohumain sécrète-t-il la "vérité"?
Quel destin cérébral les démocraties aux chromosomes gangrenés
par le tribut de leurs sacrifices ensanglantés à la Liberté
réserveront-elles aux appels à témoins que l'Amérique d'une
rédemption politique désormais frelatée adresse suavement
au monde entier d'aujourd'hui?
L'anthropologie
critique de demain n'adoptera pas le point de vue de Sirius,
mais elle enseignera à la raison l'art de déserter autrement
une espèce piégée par les annonciations manquées de sa délivrance.
Pour cela, elle devra apprendre que la "vérité" est
toujours construite sur un réseau de signifiants et que les
signifiants sont pilotés par les signaux qui les signalent
à l'attention du simianthrope. C'est dire que penser revient
à éclairer des signes à la lumière de la signalétique générale
qui les constitue en une axiomatique, une problématique, une
religion, une théorie scientifique, une esthétique, une politique.
Ces carrefours de l'entendement "explicatif", donc
d'une "vérité" à porter sur les fonts baptismaux d'une
intelligibilité, nous apprennent que la "vérité" se
présente toujours socialisée d'avance et que le philosophe
est l'hérétique-né qui regarde fonctionner l'encéphale de
la tribu dont il s'est évadé à ses risques et périls. Un des
effets collatéraux d'une faculté cérébrale aussi dangereuse
est l'ostracisme dont le fuyard se trouve frappé et dont la
ciguë a symbolisé le sens anthropologique il y a deux millénaires
et demi.
De
nos jours, la simiantropologie socratique constate que les
mythes simiohumains forgent des armures pseudo intellectuelles
qui permettent aux nations modernes de sacraliser le sang
que les peuples versent à leurs maîtres dans le ciel ou sur
la terre. Le meurtre cultuel que l'autel proclame "racheteur"
est censé effacer à titre définitif et pour solde de tout
compte une dette du débiteur à un chef imaginaire du cosmos.
C'est qu'un animal au cerveau dédoublé entre le séraphisme
politique qui cache ses crocs d'une part et la chair dont
il se nourrit, d'autre part, obéira fatalement au langage
bipolarisé d'une idole dont le sceptre dichotomisé à son tour
se proclamera à la fois sanglant et sanctifié. Certes, la
sainteté biphasée des modernes se présente parfumée à l'encens
des concepts schizoïdes que la Démocratie a assermentés et
universalisés, mais le modèle de la parole scissipare à la
fois immolatrice et salvifique, n'est-il pas le biblique?
Comment l'anthropologie critique à venir ne tenterait-elle
pas de percer les secrets du meurtre bifide, comment n'enverrait-elle
pas au lavage les vêtements sacerdotaux de la démocratie biface
dont le tissu est celui de l'évangélisme bénédictionnel et
tueur des croisés de la Liberté?
3 - M. Barack Obama
et l'art oratoire de la " politique de la vérité "
Pour tenter d'observer le mythe pseudo délivreur en tant que
personnage de théâtre, il faut transporter notre histoire
scolarisée et lénifiée depuis la Renaissance sur une scène
où la démocratie se révèlera un acteur shakespearien; mais
pour accéder à ce recul, il faut que l'anthropologue du sanglant
retourne un instant sur ses pas afin de rappeler au lecteur
que la parole édénisée sur l'agora est née d'une Athènes aussi
meurtrière sur les champs de bataille de sa "vérité politique"
que le régime oligarchique et conservateur de Sparte. Depuis
ce temps-là le pouvoir populaire demeure frappé d'un mutisme
sans remède: il a fallu attendre l'ascension de l'art oratoire
et de son soleil dans le "ciel de la Liberté" pour
observer des chefs de la "délivrance" se couronner
des lauriers d'une éloquence irénique et guerrière pieusement
confondues. Les tyrans sont criards ou farouchement silencieux,
les patriciens s'entendent seulement entre eux et complotent
à demi-mot: seule la démocratie répudie à la fois les chuchotements
des oligarchies et les vaines criailleries - ou les terribles
mutismes - du despotisme. Mais bientôt les cités de la Liberté
changent le calibre de leur évangélisme; et l'on entend les
clairons des prétoriens convier les masses à boire le vin
teinté d'innocence des démagogues dont la fausse générosité
ne tarde pas à sécréter un autre anesthésiant encore : l'ennui.
C'est pourquoi la Démocratie américaine, devenue guerrière
depuis 1945, a réussi à théâtraliser un personnage tout ensemble
nouveau et fort ancien sur les planches - l'apostolat guerrier,
le messianisme armé, le glaive du salut et de la rédemption
par l'intercession d'une Liberté rendue oraculaire. Mais cet
acteur est schizophrène de naissance. Il bénit et il tue,
il délivre et fulmine, bref, c'est un sosie du Créateur. Il
faut donc tenter de fonder une historiographie qui rendrait
compte des exploits et des blasons que les démocraties évangélisées
par leurs guerriers de l'Egalité portent sur le pavois de
leur gloire.
Comment
et à quel maître le messie de la Justice qu'on appelait hier
encore M. Barack Obama paiera-t-il le tribut que lui réclame
le personnage religieux qu'il pilote sur la scène du monde
et qu'on appelle la Démocratie?
4
- L' art oratoire et le clergé des Démocraties
La
Constitution américaine exclut l'étalage des centurions et
des factions. Tout l'art oratoire de M. Barack Obama est condamné
à piétiner dans le jardin d'enfants du Pasteur Wright, qui
lui a fait comprendre que le discours politique des démocraties
doit se calquer sur le prêche et que la parole biblique permet
à l'homme d'Etat efficace de glisser un évangélisme armé sous
la cotte de mailles du civisme pastoral. Une catéchèse du
patriotisme cuirassé s'ensuivra. Si cette initiation est habilement
menée, elle nourrira les campagnes électorales des feux apostoliques
de la sainteté démocratique. Puis viendra une pédagogie militaire
adaptée à la culture des sermonnaires et des stratèges mondiaux
de la Liberté. Cette forme messianisée de la politique protestante
a permis à M. Barack Obama d'accorder pendant quelques mois
de bons points aux uns et d'infliger de vertes leçons de morale
aux autres. Mais un professeur du salut par la démocratisation
du monde, un avocat du concept de justice et un apôtre des
poignards du Bien n'est pas un savant anthropologue du théâtre
de l'histoire dont le monde moderne attend les Shakespeare;
il lui manque l'acteur principal, le protagoniste de la pièce,
le personnage central qu'on appelle la Liberté et qui ne saurait
jouer son rôle si l'homme politique ignore ses gestes, sa
complexion et les paroles qu'il faut mettre dans sa bouche.
Il n'existait jusqu'alors que deux discours de la délivrance
religieuse et casquée, celui des Bossuet et celui des Jaurès.
Comment M. Obama fera-t-il tenir au ciel américain un discours
adroitement dédoublé entre le glaive et le cierge, l'un à
l'usage du peuple et de ses prie-Dieu, l'autre à l'intention
d'une classe sacerdotale montée en chaire à l'école des idéaux,
donc des sceptres de la Démocratie? Car l'Amérique intronise
tout citoyen dans le clergé anonyme de la Liberté du monde
comme l'Eglise baptise l'humanité dans l'annonciation du salut
d'Adam. Du coup, le Président-citoyen se trouve, certes, dans
la situation favorable de Cicéron, qui plaidait avec bonheur
et assurance contre les conspirateurs et les corrupteurs devant
le parterre de ses pairs au Sénat, puisqu'il pouvait mêler
les accents du consul en titre à ceux du tribun populaire.
Mais la Démocratie sacrificielle d'aujourd'hui ne sait plus
comment tirer son missel de sa manche. Impossible de la diligenter
sous la forme inaugurée par le forum et l'autel américains
confondus. M. Barack Obama connaîtra donc l'échec du pilotage
verbal et fatalement ambigu du mythe de la Liberté sur la
scène des immolations internationales.
5
- La démocratie sacrificielle
Afin
d'illustrer la double vocation - l'apostolique et la sacrificielle
- à laquelle le Président sera condamné à s'exercer sous sa
chape sacerdotale, observons d'avance les obstacles qu'il
va rencontrer sur le champ de bataille du mythe de la Liberté.
Car l'évangélisme qui enflamme la foi démocratique n'a jamais
empêché les Etats et les nations de suivre les chemins fleuris
et sanglants du meurtre politique. Le chapeautage irénique,
mais strictement formel qui s'affiche à la tête du Conseil
d'administration des Universités américaines les plus prestigieuses
n'est qu'un hochet - le ciel convié à siéger à la direction
de Columbia, de Princeton ou de Harvard est frappé de mort
cérébrale. L'encéphalogramme plat des élites du salut par
la Liberté rivalise avec celui des oies du Capitole. Dieu
et son bras droit, la Démocratie, présentent sur les offertoires
de leur ciel avarié autant de produits de consommation du
sacré que la France compte de fromages.
Exemple: le paroissien Barack Obama s'est trouvé en délicatesse
théologique avec son pasteur de couleur au chapitre du racisme
américain, qui ne donne la même place aux blancs et aux noirs
que dans le royaume des cieux. Par chance une Eglise catholique
dresse ses murs et sa doctrine à deux pas de la Maison Blanche.
Le Président décide de s'y rendre de ce pas, mais sans connaître
un traître mot du culte et du credo propres à cette confession,
alors que la théologie du Vatican consomme un cadavre sur
l'autel, mais condamne l'interruption de grossesse.
6
- La Liberté comme personnage historique
Tentons de cerner les traits et de radiographier la psychophysiologie
du personnage mythologique qu'on appelle, la Liberté : il
y faut une science informée de ce qu'une religion privée d'ossature
onirique, donc d'arme doctrinale n'est plus qu'un croisé dépossédé
de sa panoplie. Comment la cuirasse cérébrale fêlée dont dispose
M. Barack Obama relèvera-t-elle le défi qu'illustre la guerre
nécessairement théologique entre la Démocratie, qui est messianique
dans l'âme, et le temporel, qui ressortit seulement aux recettes
de la raison pratique? On attend l'issue, pour un empire de
ce bas monde, du combat du pot de terre de son œcuménisme
démocratique désossé contre le pot de fer du Pentagone et
du complexe militaro-industriel. On a vu M. Obama serrer la
main de M. Hugo Chavez, on l'a entendu promulguer au Caire
une encyclique nécessairement appelée à demeurer lettre morte
: on y voyait rien de moins qu'Israël pastoralement sommé
de cesser d'étendre son territoire en Judée et en Samarie
les armes à la main!
J'ai
déjà dit que la Liberté est un personnage théologique de type
schizoïde, donc cérébralement construit sur le modèle bipolaire
du dieu biphasé des chrétiens, des musulmans et des juifs
et qu'à ce titre, il bénit d'une main et frappe d'estoc et
de taille de l'autre, de sorte qu'un chef d'Etat qui ne dispose
pas d'une simianthropologie des religions, donc d'une science
de la psychophysiologie du sacré simiohumain demeure bien
incapable de jamais descendre dans les coulisses du théâtre
du monde dont il est appelé à piloter les arcanes.
7
- Le Vatican des démocraties
En
septembre, M. Mitchell est rentré piteusement de Jérusalem
; mais ni lui, ni la Maison blanche n'ont compris pour autant
que le monde entier se trompe d'échiquier, faute des rudiments
d'une connaissance anthropologique de la nature et du scénario
de la pièce. Comment obtenir de M. Netanyahou qu'il freine
quelque peu, et seulement un instant l'expansion guerrière
du peuple de David en Cisjordanie si l'on n'a découvert ni
la nature, ni les ressorts réels de la représentation, ni
même le théâtre sur lequel le drame se déroule d'acte en acte?
M. Barack Obama s'était pris pour le Pasteur Martin Luther
King de la gentillesse évangélique sur la scène diplomatique
mondiale; et maintenant, ce Gandhi des motu proprio de
la Démocratie internationale se voit contraint de changer
son livre de chevet - un recueil des prières de la religion
de la Liberté - pour une lecture rapide des œuvres complètes
de Machiavel.
Car
enfin, il est clair que le pape des démocraties est demeuré
le prisonnier mental du personnage onirique et spéculaire
qu'on appelle la Liberté, alors que, dans le même temps, il
s'agit de mettre en scène et de rendre efficace la psychophysiologie
et les comportements de cet acteur, ce qui exige une radiographie
post shakespearienne des agents du sacré moderne sur la scène
du monde. Le Vatican des démocraties de la fausse candeur
n'a-t-il pas tendu une main d'évangéliste aux musulmans sans
cesser pour autant d'afficher sa pieuse intention de priver
à jamais l'Iran de son évidente légitimité à conquérir sa
souveraineté nucléaire face à Israël? Le Saint Siège des naïvetés
de la dévotion démocratique n'a-t-il pas tendu sa crosse d'évêque
de la Liberté à la sainte Russie, mais non sans se faire tirer
l'oreille pendant des mois avant de priver la Pologne et la
Tchéquie des missiles sanglants du Bien? La Curie d'une sainteté
politique retorse n'a-t-il pas évoqué en toute innocence un
Lucifer fantomal censé hanter les couloirs du Kremlin? La
papauté des démocraties n'a-t-elle pas tendu un rameau d'olivier
contrefait aux Africains à Accra, afin - Dieu et la Liberté
font toujours d'une pierre deux coups - de renforcer l'Africom,
qui dispose d'une paire de commandements installés côte à
côte en Italie, celui de l'US Army Africa, dont le quartier
général se trouve à Vicenza et qui double le commandement
des forces navales pieusement installées à Naples?
Observez
de tous vos yeux les rouages du théâtre, le théologique d'abord
qui feint l'infantilisme politique et qui s'arme, le cœur
sur la main, du pain bénit de la Liberté : Vicenza opère saintement
sur le continent africain avec la 173è brigade aéroportée,
Naples déploie les navires de guerre de la démocratie édénique
le long des côtes de l'Afrique occidentale. Dans cette double
configuration stratégique, le Ghana est focal : ce jardin
d'innocence forme les officiers africains du centre d'études
militaires fondé par le Pentagone, en particulier à Acota,
où plus de cinquante mille soldats et instructeurs du Continent
noir ont été dévotement formés en quelques années.
8
- L'avenir de M. Barack Obama
Tel
est le quartier général d'une histoire secrètement théologique
du monde et que dirige un dieu aussi bicéphale que celui des
Ecritures - on l'appelle maintenant la Démocratie : les sous-marins
israéliens croisent en Mer Rouge avec le plein accord de l'Egypte,
qui les autorise à emprunter le canal de Suez , alors que
celui-ci est interdit aux navires de guerre - il s'agit de
tenir l'Iran sous le feu de Jahvé. Fournis par l'Allemagne
dans les années 90, ces sous-marins, pacifiquement nommés
Dolphins, sont dotés de six tubes de lancement de cinq cent
trente trois millimètres, adaptés aux missiles de croisière
de courte portée, mais auxquels quatre tubes de six cent cinquante
millimètres ont été ajoutés pour le lancement gracieux de
missiles nucléaires de longue portée, les Popeye Turbo, dérivés
des missiles américains dont la société israélienne Raphaël
et Loockheed-Martin ont également réalisé une version non
moins redoutable pour l'aviation. En 2010, deux nouveaux sous-marins
de ce type seront construits par les chantiers Howaldtswerke-Deutsche
Werft AG pour mille deux cent soixante-dix millions de
dollars. Ils auront une vitesse de vingt nœuds et leur rayon
d'action sera de quatre mille cinq cent kilomètres . Israël
dispose déjà de deux cents à quatre centres têtes nucléaires
dont la puissance équivaut à quatre mille bombes d'Hiroshima
et de cinquante missiles balistiques Jéricho installés sur
des rampes de lancement motorisées.
Et
que dire de Guantanamo, qui demeure ouvert, que dire du Honduras
victime d'un coup d'Etat soutenu par la CIA et le Pentagone,
que dire des sept bases militaires incrustées en Colombie,
qui témoignent de la présence de l'empire en Argentine, au
Chili, au Paraguay, au Brésil, en Bolivie, au Pérou, au Venezuela,
en Equateur, que dire de la IVe flotte reconstituée en 2008
après avoir été désarmée, et qui, avec ses sous-marins d'attaque
et ses porte-avions sillonne les mers aux alentour de toute
l'Amérique latine, que dire du blocus de Cuba, qui dure depuis
un demi siècle - il est condamné d'année en année par l'Assemblée
générale des Nations Unies pour violer le droit international,
blocus dont les conséquences pour la santé, l'éducation, les
transports, le développement technologique et l'économie de
l'île sont incalculables, que dire des quatre cents garnisons
en Europe, toujours opérationnelles?
Ces
faits figurent les prie-Dieu et les cierges de la Démocratie
mondiale. La guerre des offertoires n'est pas près de manquer
de victimes et de victimaires, les sacrifices de sang à la
Liberté ne vont pas prendre fin de sitôt - mais peut-être
Shakespeare réussira-t-il à mettre en scène les personnages
théologiques masqués qui volètent dans le ciel des démocraties.
Les tentatives de conciliation entre les foudres d'Israël
et le messianisme démocratique mondial remettront au cœur
de l'histoire le pacte que le sacré scelle avec le glaive
sur la forge des millénaires. On attend le débarquement de
nos trois dieux pseudo iréniques sur les planches de l'histoire,
on attend le personnage de théâtre que l'encéphale simiohumain
est à lui-même sur notre astéroïde.
Certes, c'est pour leur brièveté que les trêves des immolations
sont connues des historiens des ciels et des sabres. Mais
les constats d'huissier des historiens demeurent muets s'ils
ne s'enracinent dans une psychophysiologie de l'histoire du
simianthrope. Il faut apprendre à connaître les causes psychobiologiques
pour lesquelles, d'un côté, le peuple de Moïse refusera farouchement
de céder un pouce des territoires que Jahvé aura conquis à
la pointe de l'épée de ses fidèles depuis 1948, de l'autre,
les causes non moins psychogénétiques pour lesquelles ou bien
le Président Obama sera assassiné , ou bien il se laissera
réduire au rang d'un témoin passif et résigné de l'impuissance
de l'Amérique et du monde entier à désarmer la "théologie
expérimentale" du "peuple élu".
- Barack
Obama en Egypte: "Je serai assassiné"
, 1er juin 2009 (Section Décodage
anthropologique en direct de l'histoire contemporaine)
9 - L'apocalypse
mécanisée est l'arme de la paix
Les vrais hommes d'Etat de demain ne seront pas de petits
gestionnaires du destin des peuples soumis à la meule des
jours. Mais se montreront-ils des rénovateurs de l'âme d'une
histoire qu'ils auront vocation de remettre en marche sous
d'autres cieux de la raison et de l'intelligence? Qu'en est-il
de la face ascensionnelle des sacrifices et de la vie agonique
de l'esprit? Car l'éthique missionnaire des nations résurrectionnelles
n'avait pas attendu la théologie des trois monothéismes pour
entendre battre le cœur spirituel de la politique. Trajan,
Hadrien, Marc-Aurèle, ont rénové la sacralité apostolique
de leur temps face à un Sénat vieilli sous le harnais; et
ils ont restauré la discipline messianique des légions de
la Louve bien avant le ciel du Golgotha.
M.
Barack Obama se trompe seulement d'époque quand il rappelle
aux démocraties corrompues que la potence du salut s'est fatiguée
du sang séché sur ses autels et du bois vermoulu de son gibet.
Les civilisations ont les oies du Capitole dont elles méritent
les cacardements. La question est donc de savoir si l'armure
mentale de M. Barack Obama se révèlera un hochet ou s'il relèvera
le défi des sacrifices biphasés sur l'offertoire semi animal
d'une démocratie simiohumaine mondialisée. L'histoire s'est
toujours présentée en victimaire des grands hommes, parce
que les sacrifices illustrent leur face dédoublée aux yeux
des dramaturges de la condition des évadés partiels de la
zoologie Qu'en est-il de l'histoire en tant que victimaire
d'Isaïe, de Socrate, de Jésus ? Quelles sont les hosties que
le tribunal de l'esprit juge dignes de se trouver égorgées?
Assurément, nos pauvres échafauds disposent désormais de la
vaine ubiquité de l'image et du son. Mais dans le gigantesque
face à face entre les Etats de chair et de sang d'un côté
et l'écoute d'un ciel en attente de ses prophètes, de l'autre,
la partie sera d'autant plus inégale que le Président des
Etats-Unis ne disposera d'aucun répit. M. Dick Cheney a pu
défendre la torture parmi les grands sermonnaires de la Liberté
au Congrès et déjà M. Obama le Docile s'est remis à l'écoute
des gesticulations d'Israël sur la bombe de l'Iran, et déjà
il oublie les tombeaux qui attendent l'Amérique en Afghanistan
et en Irak, et déjà il s'imagine que l'économie mondiale est
sortie de la crise, et déjà il oublie les cinquante mille
milliards de la dette accumulée par l'occupation de la planète
par mille deux cents bases militaires de son pays , et déjà
il recule d'effroi devant la découverte de l'illégitimité
native des empires démocratiques, et déjà il cède au Démon
tentateur qui lui dit : "Fais-moi confiance, le monde entier
finira bien, de guerre lasse, par avaliser la conquête de
la Palestine par Israël et par absoudre le massacre de Gaza
au nom des saints principes de la démocratie : fais-moi confiance,
le royaume du monde m'appartient."
Mais
voyez comment l'esprit de vérité apprête ses hosties : "Non,
dit-il, les peuples ne sont pas transportables d'une terre
à l'autre et d'un millénaire au suivant, non M. Obama, votre
vrai destin est de croiser le fer sur les champs de bataille
d'une autre mémoire du monde. Une révolution se prépare dans
la machinerie mondiale à chronométrer le temps des horloges
: si vous ne devenez un connaisseur de la boîte osseuse des
siècles, vous en serez réduit à jouer le rôle d'un général
d'opérette sur la scène de la démocratie mondiale."
Que
se passerait-il sur la planisphère des sacrifices si la bombe
atomique devenait un initiateur du singe encore en apprentissage
des leçons de ses épouvantes? Certes, aux yeux des augures
de la politique simiohumaine actuelle et de ses képis, les
auspices ne deviendront pas défavorables de sitôt; certes,
le sang des guerriers de la sottise continuera longtemps encore
de suinter du corps aux yeux crevés de l'Histoire. Mais que
se passera-t-il quand l'immolateur découvrira que les rouages
de la mort sont bloqués, que se passera-t-il quand Israël
saura que la mécanique mondiale de la terreur est menacée
d'asphyxie, que se passera-t-il quand les héros de l'atome
se trouveront pris à la gorge par une foudre trop gigantale
pour notre astéroïde, que se passera-t-il quand le feu nucléaire
retirera aux stupides matamores de leur propre trépas les
glorieux apprêts de leurs champs de bataille imaginaires,
que se passera-t-il quand le destin cérébral d'un chef d'Etat
demeuré endimanché sur la scène d'hier fera rire de la tuyauterie
ridicule de ses épouvantails mythologiques?
10
- L'homme et la peur
Pour
la première fois depuis la découverte de l'héliocentrisme,
nous sommes appelés à changer le regard de notre espèce de
raison sur la place que l'animal devenu semi-pensant occupe
dans l'univers des nains de son pauvre "connais-toi"; pour
la première fois, le destin politique d'un chef d'Etat l'appelle
à faire changer de théâtre à l'Histoire et à observer l'encéphale
d'une bête demeurée petitement réflexive. Si Israël parvenait
à parader longtemps encore en héros contrefait du faux courage
d'un roi du Déluge, si ce minuscule héros s'obstinait à se
cacher sous le tartuffisme nucléaire qui lui sert de cuirasse
cérébrale, cet Etat n'échouera pas moins à rendre durablement
infantile la raison conjuratrice d'un monde suffisamment transi
et tremblant pour qu'il persévère à brûler des cierges afin
d'exorciser sa volatilisation dans l'atmosphère.
Mais
comment les fuyards épouvantés de leur ancêtre quadrumane
entreront-ils dans une connaissance nouvelle d'eux-mêmes s'il
faut des convaincre de ce que l'apocalypse nucléaire n'est
pas une arme de guerre pour un liard et qu'Israël ne brandit
ce hochet d'un sou qu'afin d'afficher son hégémonie politique
sur quelques kilomètres carrés du Moyen Orient?
Ici encore, M. Barack Obama se trompe de braquet: il est inutile
de demander aux géants nucléaires d'alentour d'abandonner
leur arme de l'excommunication majeure, alors que le mythe
nucléaire donne aux petits des moyens oniriques d'épouvanter
des Titans, et cela le temps que grossisse le grain de raison
du simianthropus theologicus. La vraie révolution est
celle de l'accès à une lucidité trans-mythologique du simianthrope
de type religieux. Sinon la dénucléarisation d'Hercule ne
sera qu'une ruse de guerre des géants pour retrouver les avantages
de leur taille sur les Etats-poussins. Si l'intelligence simiohumaine
en marche n'apprenait pas à ridiculiser les foudres mouillées
d'un mythe guerrier dépassé, ni la Russie, ni la Chine, ni
l'Angleterre, ni les Etats-Unis, ni la France ne consentiront
davantage à désacraliser leur foudre mythologique que le Vatican
à rédiger une encyclique cui titulo fuerit : "De suppliciis,
cruciatibus et tormentis mortuorum" afin de démontrer
aux fidèles abasourdis le paganisme invétéré qui caractérise
la dissuasion fulminatoire dont ils croient que leur idole
des tortures infernales l'a colloquée dans les souterrains
de leur foi.
11
- L'avenir de la raison
La démocratie athénienne avait réussi l'exploit d'assurer
les premiers pas d'une dialectique rudimentaire, mais appelée
à briser bientôt son berceau. Puis la révolution chrétienne
était parvenue à disqualifier les dieux en chair et en os
avant de subir la catastrophe d'en retrouver le spécimen tout
neuf que Rome a mis à l'école de l'incarnation de Zeus en
une progéniture miraculée. Mais la bombe atomique, elle, enfantera
le premier regard de l'anthropologie scientifique sur le créateur
cyclopéen dont la folie avait construit le prototype des immolations
modernes - le Déluge. Quand la raison en herbe de notre espèce
se sera mise à l'école de sa Pythie naturelle, la logique
et quand une éthique métazoologique accompagnera notre lente
mutation cérébrale, une transformation qualitative de l'entendement
vagissant de notre espèce ne tardera pas à s'ensuivre.
Mais,
encore une fois, la scène se nourrit d'évènements, encore
une fois, il faut des acteurs physiquement présents sur les
planches, encore une fois, il faut un auteur en chair et en
os pour assurer d'acte en acte le déroulement de la représentation.
Par bonheur, le 22 septembre 2009, le destin a conduit M.
Barack Obama au rond point du tragique et de l'aveuglement
qui lui interdira de se dérober au choix entre l'offertoire
et la débandade, le gibet et la poltronnerie, la potence et
la fuite; car ce jour-là, il a bu en public la ciguë de la
cécité dont l'histoire ne cesse de tendre la coupe aux hommes
d'Etat. Souvenez-vous: toute l'Amérique l'a vu seul et désemparé
face aux caméras devant lesquelles M. Netanyahou et M. Mahmoud
Abbas ont refusé de figurer à ses côtés, le monde entier a
assisté, médusé, à l'humiliation planétaire d'une nation géante
hier encore et tout subitement devenue trop naine pour ordonner
à Israël de renoncer, même pour quelques jours, à la conquête
des terres que le dieu biblique aurait remises, dit-on, en
mains propres à ce peuple il y a quelque trois mille ans.
Quel miroir de la démocratie mondiale que celui dans lequel
on a vu la Liberté donner pour maître à la planète un pygmée
de Jahvé!
Alors M. Mahmoud Abbas a regardé le Goliath au fond des yeux;
et sa voix s'est faite suave pour laisser tomber ces mots
mémorables: "Puisque tu ne saurais ordonner au dieu d'Israël
qu'il cesse de combattre les armes à la main en Judée, puisque
David et sa fronde t'interdisent maintenant de seulement retarder
de quelques jours la marche triomphale d'Israël sur cette
terre, qui croira jamais que j'obtiendrai de cette idole le
trophée d'un retour des miens dans leur patrie?"
Mais quelques jours plus tard, Shakespeare a mis le sceau
de son génie sur le théâtre du monde; et le traître Iago a
été démasqué. Car le colonel Eli Avraham a diffusé devant
l'Autorité palestinienne un enregistrement sur son téléphone
portable dans lequel Mahmoud Abbas tentait de convaincre le
Ministre Israélien de la guerre, Ehud Barack et la Ministre
des affaires étrangères Tzipi Livni, de poursuivre l'assaut
contre Gaza. Du coup, Tel Aviv a obtenu du Laval palestinien
qu'il renonce à demander la comparution d'Israël devant le
Tribunal pénal international pour crimes de guerre et crimes
contre l'humanité, alors que le rapport Goldstein établit
le bombardement de quartiers civils, l'utilisation d'obus
à dispersion de fléchettes et de phosphore blanc contre des
cibles civiles, le bombardement de mosquées et d'écoles, l'interdiction
aux équipes de secours de soigner les blessés, le meurtre
de civils hissant des drapeaux blancs, le recours aux boucliers
humains.
L'heure
a sonné, pour M. Barack Obama, de connaître le temps de la
honte ou de la gloire; l'heure est venue de sa pleine et entière
liberté de s'engager dans une voie ou dans l'autre autre,
à la manière du pasteur Martin Luther King, qui aurait pu
consacrer tranquillement sa vie à se protéger des balles qui
déposent sur la tete des hosties la tiare qu'on appelle
un destin.
12
- Epilogue
Le 1er juin 2009, j'avais laissé en suspens la question de
savoir si M. Barack Obama choisira la fuite ou l'étal, la
capitulation ou l'immortalité, la relégation dans les oubliettes
de l'histoire ou la gloire des crucifiés. Et voici que le
jury du Nobel entre en scène, voici qu'il se joint aux acteurs
de la pièce, voici qu'il se métamorphose en un héros de Shakespeare,
voici qu'il pose sur la tête de la victime la couronne symbolique
du sacrifice. Décidément, le destin choisit avec soin ses
personnages: offrir un rameau d'olivier à un Président des
Etats-Unis à l'aube de son mandat, c'est rien de moins que
de lui signifier sa vocation et sa mission. Mais déjà, le
porteur du flambeau se trouve bâillonné, ligoté et couvert
de chaînes.
Il
aura suffi de cent cinquante jours à Clio pour serrer le garrot
du sacrifice sur la gorge du Martin Luther King de la politique
internationale. Ou bien M. Barack Obama convertira la démocratie
mondiale à capituler devant Israël, ou bien il boira la ciguë
des résurrecteurs. Mais comme le poison à tuer les prophètes
ne fait plus partie des instruments de torture à la mode,
le débat porte, désormais, sur la marque du couteau à mettre
entre les mains du victimaire. La pendaison a fait son temps,
la hache du bourreau est au musée, la chaise électrique est
en pleine déconfiture: il ne reste au meurtre sacré que le
browning du justicier qui jaillira de la foule et abattra
à bout portant l'ennemi de Jahvé.
Laissons
M. Barack Obama choisir entre l'offertoire et le chant berceur
des Sirènes. Nos poulets du sacrifice sont devenus trop gras
du gosier. Il est des heures où Socrate ridiculise les dieux
auxquels les oies du Capitole prêtaient leurs poumons.
Le 12 octobre 2009