La semaine dernière
je vous ai exposé les difficultés de méthode que rencontre la
science historique "trans-événementielle" pour tracer des trajectoires
interprétatives, donc pour se rendre du moins réflexive, sinon
méditative ; et je vous ai expliqué que l'ambition de rendre
intelligible le génocide arménien, par exemple, exige une plongée
dans les secrets anthropologiques du genre simiohumain. Comment
accéderons-nous à la profondeur qui nous éclairerait sur l'inconscient
meurtrier des sacrifices religieux, comment analyserons-nous
le monstre céleste qu'adorent les chrétiens, alors que l'autel
de leur dieu leur présente à chaque messe un document saignant?
La question est de savoir si la science de la mémoire du sacré
est condamnée à demeurer un récit superficiel et lénifiant ou
si elle peut explorer les origines zoologiques du divin.
Afin de nous éclairer
davantage sur les difficultés que rencontrent les historiens
pour raconter et pour expliquer tout ensemble tant de crimes
pieux et de massacres rédempteurs, j'en viens à la narration
d'un désastre diplomatique, afin d'observer la face politique
de la loi du 23 décembre 2011 non seulement telle qu'elle se
présente aux yeux des chancelleries actuelles, qui ne disposent
pas encore d'un regard sur les entrailles de la foi, mais également
à la lumière des paramètres sotériologiques et sanglants tapis
dans l'inconscient de l'histoire du temporel.
Car le rejet en commission
sénatoriale du projet de loi adopté par l'Assemblée nationale
le 23 déc. 2011 était un fruit prématuré de la rigueur du raisonnement
juridique de M. Badinter, qui avait démontré l'inconstitutionnalité
de la loi dans le Monde daté du 14 janvier
2012 ; mais cette aventure législative - en suspens jusqu'au
23 janvier 2012 ouvre une voie nouvelle à la réflexion anthropologique
sur les fondements simio-humains de la géopolitique que je poursuis
sur ce site depuis 2001.
Car il est possible
que le Sénat passera outre à l'avis compétent de sa commission
de spécialistes du droit international, parce qu'il n'est pas
sûr qu'il refusera de faire tomber dans son escarcelle
les suffrages massifs d'un demi-million d'Arméniens devenus
français depuis un siècle et dont de grands noms ont enrichi
notre culture. Mais quand bien même il refuserait un cadeau
politique au prix d'un contresens juridique, il sera démontré
que la question de fond n'aura pas été posée ; car chacun sait
qu'aucun esprit sérieux ne niera l'existence d'un massacre dont
le caractère criminel a été reconnu en 1919 - et en cours martiale
- par la justice ottomane elle-même, puis par le traité de Lausanne
de 1923 entre la France et la Turquie. De plus, si un citoyen
français était poursuivi sur notre territoire au nom d'une loi
inutile et absurde, comme il sera démontré ci-dessous, il soulèverait
la question préalable de l'inconstitutionnalité d'une législation
dont j'ai amplement démontré l'inanité la semaine dernière.
La vraie question
est donc celle du statut anthropologique d'une science historique
dont les professionnels ignorent l'esprit magique et la sorcellerie
qui l'inspire, ce qui renvoie Clio à une pesée nouvelle de la
condition humaine. Car la démagogie électorale
s'est donné une arme nouvelle, celle de jeter à
la figure d'un Etat étranger une loi dont l'effet totémique
sera semblable à celui du sorcier qui vous jetait un
sort.
1
- Les masques sacrés de la République
2
- Un " sport législatif
"
3
- Une incurie diplomatique incroyable
4
- Le naufrage de la science juridique
5
- Les geôles de l'Eglise de la Liberté
6
- Le révisionnisme diplomatique
7
- H istoire d'un coup de feu
8
- M. Juppé et le nucléaire
9
- La France et la communauté juive au sein de la République
10
- Et la Constitution ?
11
- Le Michel Ange
de la démagogie
1
- Les
masques sacrés de la République 
L'éducation intellectuelle que vous avez reçue de la République
laïque n'est plus rationnelle - sachez qu'elle est gangrenée jusqu'à
l'os par le cancer d'un panculturalisme acéphale, sachez que la
raison française est une myope qui a cessé de fabriquer le télescope
de l'intelligence critique et de l'esprit de logique des citoyens.
Or, ce sont les chemins d'un scannage de la paralysie cérébrale
qui a frappé les Etats de droit d'aujourd'hui qui s'ouvrent aux
examinateurs de la sottise de recourir aux foudres à courte vue
d'une loi pénale à seule fin de vous dissuader du crétinisme de
nier des faits avérés, alors qu'il appartient exclusivement à
la perspicacité de la raison laïque de combattre le cancer de
l'ignorance et de la superstition au sein de la nation de Descartes
et de Molière.
Les Romains châtiaient les magiciens. Puis la France avait cessé
de poursuivre les sorciers en justice parce que c'eût été rejeter
le citoyens aux superstitions du Moyen Age que de pénaliser une
crédulité censée être devenue indigne du cerveau moyen des Français
ou en avoir été définitivement extirpée. Mais l'enseignement de
la raison ayant régressé ou cessé dans la République, comme il
est dit plus haut, on a vu un tribunal laïc condamner une présentatrice
de la télévision sur plainte d'une auditrice lésée, disait-elle,
par les promesses de prodiges lucratifs attachés à l'achat d'une
bague magique dont l'Etat semblait avoir cautionné la vente à
un public de sots. Puis, il y a un an à peine, on apprenait que
Mme Tiberi, épouse de l'ancien maire de Paris, était allée avec
son chauffeur répandre du sel sur le seuil des ennemis de son
mari. Mais sachez qu'en Angleterre, vous pouvez encore vous retrouver
au banc des accusés devant un tribunal présidé par un honorable
magistrat pour avoir vendu un immeuble sans avoir loyalement informé
l'acheteur de bonne foi qu'elle est toute grouillante de fantômes.
L'Angleterre ne connaît pas le bac philo, tandis que la loi du
23 décembre 2011 redonne indirectement force de loi à la croyance
aux maisons hantées.
Mais, me direz-vous, l'abêtissement concerté d'une population
par les soins d'un Etat est anti-démocratique par définition,
tandis que la dictature et le tribalisme appellent toujours et
fatalement à la fascination qu'exercera un ensorceleur public.
C'est pourquoi les Anciens disaient déjà, par la voix des Solon,
des Lycurgue, des Platon, des Cicéron, que toutes les sociétés
passent des abus de pouvoir d'un seul hypnotiseur aux excès de
la fausse liberté de tous. La France a connu le premier de ces
fléaux sous la monarchie qualifiée de droit divin, puis à l'école
de deux empires auto-sacralisés, ceux de Napoléon 1er et de Napoléon
III. Quant à la seconde fatalité de l'Histoire, la IIIe et la
IV e République l'ont illustrée à l'école de l'autorité qu'elles
ont accordée à des assemblées législatives composées de notables
dont la médiocrité jetait la France de la raison dans l'impuissance
et le ridicule sur la scène internationale.
Mais
voici que la Ve République a basculé de nouveau du côté du caporalisme
d'Etat et de ses sorciers. Ce type de démagogie aplanit toujours
les sentiers communs à la tyrannie et à la superstition. Dites-vous
donc que l'autorité austère du législateur ne saurait se trouver
placée sous la férule d'un ensorceleur qui ferait de la souveraineté
nationale un totem politique - je parle de la souveraineté qui
ne vous appartient encore qu'en principe, mais que vous vous efforcerez
de rendre effective, donc ennemie tout ensemble des usurpateurs
et des magiciens. Pour l'instant, à qui la faute, sinon à vous-même
si le suffrage universel, donc l'autorité souveraine dont vous
vous trouvez investis par les dispositions de la Constitution,
élève au pouvoir non seulement un capricieux, un irréfléchi, un
emporté, un irascible, un fébrile, un carriériste, un carnassier,
un exalté puéril, mais un idolâtre acharné à sacraliser les verdicts
du sens commun afin de substituer des sortilèges pseudo-juridiques
et à des fins électorales aux verdicts d'une raison
dont la République avait la responsabilité de protéger la santé?
2
- Un " sport législatif " 
Depuis Platon la philosophie est l'Esculape du cerveau malade
de l'humanité. C'est dans un esprit socratique, donc médical qu'il
vous faut observer combien la loi du 23 décembre 2011 sur l'interdiction
qui vous frappe de vous mettre à l' écoute de votre entendement
naturel, combien une législation qui rogne votre faculté d'user
pleinement et exclusivement de votre intelligence, combien une
loi qui vous contraint de scinder votre tête en deux portions
ennemies l'une de l'autre et de les placer sous le sceptre d'un
exécutif devenu le maître d'école du législatif, combien, dis-je,
une loi fondée sur la folie viole le principe de la séparation
des pouvoirs. Savez-vous que l'Elysée a donné l'ordre à une obscure
députée du midi de la France - mais dont la circonscription compte
de nombreux Arméniens devenus français depuis cinq générations
- de présenter un projet de loi à l'Assemblée qui interdira au
peuple tout entier de proférer l'hérésie évidente selon laquelle
le génocide de 1915 n'aurait pas existé ? Mais interdire aux Français
de forger des fantômes et les jeter en prison s'ils se livrent
à cet exercice, c'est revenir aux procès en sorcellerie.
Souvenez-vous: il a suffi d'une demi- journée pour que la loi
de conjuration des spectres fût adoptée à mains levées par une
Assemblée nationale présente seulement pour la forme au Palais
Bourbon, puisqu'elle s'est trouvée réduite à vingt-cinq députés
sur cinq cent soixante dix-sept. Un peloton de législateurs régaliens
a donc remplacé au pied levé l'anarchie et l'incompétence criantes
des élus de la IIIe et de la IVe République par l'obéissance déférente
d'un quarteron de représentants de la nouvelle maigreur de votre
souveraineté politique.
Mais voyez ce qu'il en coûte de vous déposséder de vos attributs
constitutionnels, même demeurés rachitiques et de vos prérogatives
catéchétiques, même frappées d'infirmité: l'Etat contrefait et
livré aux monarques de passage de la Ve République commence par
promulguer des lois à la convenance du prince, dont le bon plaisir
les place ensuite allègrement sous les ailes encore tenues pour
légitimantes du peuple-roi. Mais au lendemain de ce tour passe-passe,
comment vos apprentis-despotes s'y prennent-ils pour faire appliquer
en un tournemain - et par les soins appliqués de vos petits mécaniciens
du droit - des lois aussi irraisonnées qu'anti-constitutionnelles?
Pour faire fonctionner ce subterfuge, il faut bien que vos magistrats-sorciers
se trouvent réduits à la fonction d'engins dociles à la main de
leur maître en magie, pour cela, il faut bien que vos préposés
à l'entretien des rouages et des ressorts de votre appareil d'un
simulacre de la justice remplissent leur office de simples serviteurs
de vos sortilèges. Mais puisque le tyran instable qui vous gouverne
prend grand soin de placer ses lois robotiques dans le temple
de la démocratie où votre légitimité républicaine se trouve ritualisée
par sa fausse bienveillance, comment une République obtient-elle
la complicité de ses juges à la mascarade retorse que M. Pierre
Nora qualifie si bien de "sport législatif"?
3
- Une incurie diplomatique incroyable 
La
compétence naturelle des législateurs est toujours seulement locale.
Mais voyez comment le Parlement a fait débouler ses prérogatives
dans l'arène internationale, voyez comment il a métamorphosé d'une
pichenette une loi à usage interne par définition en un missile
à lancer sans crier gare sur le territoire d'un Etat étranger,
voyez comment il a tout subitement transsubstantifié le code des
délits et des peines de la France en une arme de guerre en mesure
de frapper à distance et de plein fouet une nation de quatre-vingt
millions d'habitants, voyez comment il a ouvert des hostilités
diplomatiques d'un type inconnu du droit international public
de tous les Etats civilisés de la planète, voyez comment ces opérations
se sont déroulées dans le temps même où le Quai d'Orsay menait
avec Ankara, son allié, des négociations importantes et dans un
bon climat sur l'avenir de la Syrie et du printemps arabe, voyez
comment ce champ de bataille a pris à revers et anéanti la politique
de M. Alain Juppé. Mais souvenez-vous de ce que ce genre de coup
de poignard dans le dos nous a brouillés dans un passé récent
avec un autre pays ami, dont la population s'élève également à
quatre-vingt millions d'habitants : les beaux yeux de la maîtresse
d'un gangster mexicain se sont révélés des diamants hors de prix.
Mais
le sorcier assis sur le rivage croit piloter la baleine qui croise
au large. Qu'est-ce que la magie, sinon une action à distance
? Croyez-vous qu'une incurie diplomatique aussi ahurissante puisse
frapper un chef de l'Etat élu au suffrage universel sans que vous
soyez pour rien dans cette quincaillerie? Quelle est votre responsabilité
d'orfèvres si un tel cambriolage de la bijouterie ne vous fait
pas descendre dans la rue? Et si vous ne disposez d'une anthropologie
politique qui vous informe des prérogatives et des apanages des
sorciers de la démocratie, votre information concernant la nature
même de l'intrigue de la pièce devient un impératif de salut public.
Pour l'instant, c'est à votre silence que M. Nicolas Sarkozy doit
d'avoir pu répondre à la Turquie que ce n'était pas lui, l'auteur
de la loi, mais le sorcier en chef qui lui impose sa volonté,
et que ce sorcier s'appelle la France.
C'est
donc de votre faute si le chef de l'Etat a pu se défausser sur
votre souveraineté, donc de votre faute s'il a pu, la bouche en
cœur, cacher son scénario sous le bouclier de son incurie politique.
Comment ne serait-il pas de la responsabilité exclusive du peuple
français que la République dispose de la science de notre espèce
qui lui interdira à l'avenir d'élire des ambitieux déchaînés?
Mais comment ne pas élire un charpentier pour un chef de train,
un cuisinier pour un général, un confiturier pour un artilleur
si vous ignorez que ce genre de méprise résulte de l'insuffisance
de votre connaissance des sorciers? Si vous ne croyiez pas aux
sorciers, vous n'accorderiez pas votre confiance aux magiciens
du langage démocratique auxquels recourent indifféremment les
charpentiers, les cuisiniers, les confituriers ou les artilleurs.
On vous demande de faire débarquer la raison dans l'histoire réelle
de la France, parce que la "liberté de tous" que M. Pierre
Nora vous promet demeurera une bouée flottante aussi longtemps
qu'aucun contenu méthodologique et aucune problématique d'une
science du cerveau des magiciens et des sorciers ne donneront
une échine et une ossature à votre histoire de la condition humaine.
Savez-vous
que la Constitution de Solon avait contraint les magistrats de
quitter leurs fonctions si la République se trouvait renversée,
savez-vous qu'il avait donné aux citoyens le pouvoir de les juger
et de les condamner à mort s'ils étaient demeurés en place sous
l'autorité du tyran ? Comment ne seriez-vous pas à la hauteur
des responsabilités politiques de la République de la raison si
les citoyens d'Athènes l'étaient devenus il y a vingt-six siècles?
4
- Le naufrage de la science juridique 
Vous savez qu'il existe deux catégories de détenteurs du pouvoir
de rendre la justice, les juges du siège, qu'on définit également
comme appartenant à la magistrature assise, et la magistrature
debout, qui demeure l'apanage des procureurs de la République,
parce que ce sont les avocats attitrés de leur maître. Or ce barreau
de l'Etat vient de protester en corps et massivement - à soixante-dix-sept
pour cent - contre son statut de serf et de vassal de son seul
client, le chef actuel de l'Etat. Comment ces deux catégories
de magistrats vont-ils oublier leurs prérogatives constitutionnelles
de connaisseurs du cerveau de la France, comment vont-ils appliquer
aveuglément une législation construite à seule fin de précipiter
la science juridique tout entière dans les pièges de la pensée
magique des primitifs? Il est vrai que les magistrats du siège
se sont insurgés à leur tour contre l'incohérence du législatif.
Mais mesurez sur ces points décisifs la responsabilité proprement
intellectuelle qui incombe à l'éducation d'une nation dont la
vocation naturelle était, hier encore, de vous armer de la raison
vigoureuse des Solon et des Lycurgue, donc de vous préserver des
casuistes et des jésuites du droit qu'on appelle encore des Républiques!
Ayant découvert, mais un peu tard, le désastre diplomatique qu'il
a provoqué, M. Nicolas Sarkozy s'est aussitôt livré à une ultime
foucade de rattrapage, celle d'avouer en eux-mêmes le fondement
exclusivement subjectif et irrationnel d'une loi censée, quelques
heures plus tôt, se fonder sur la charpente de la Constitution
et, par conséquent, avoir été légitimée par le Parlement au nom
de la pleine et entière souveraineté morale et juridique du peuple
de la raison et de la justice. Mais écoutez le balbutiement du
quadriplégique de l'Elysée en réponse à la fureur légitime d'Ankara?
"Je respecte les convictions de nos amis turcs, c'est
un grand pays, une grande civilisation, il faut respecter les
nôtres. " M. Nicolas Sarkozy reconnaît maintenant qu'il
a outragé un grand pays, mais qu'il va néanmoins jeter en prison
des citoyens français dont il concède que les convictions
irrationnelles seront aussi sincères et respectables que celles
de "nos amis turcs".
Mais
M. Nicolas Sarkozy ignore quelle subjectivité il confesse
- la sienne est rassurante, parce qu'elle se réclame de l'universalité
abstraite des droits de l'homme. S'il savait que la projection
magique de la validité des lois du Parlement français sur la législation
d'un autre Etat procède du retour mondial à l'esprit de sorcellerie
et que cette rechute dramatique de la civilisation dans les mentalités
du Moyen Age est le fruit de la démission de l'éducation nationale,
il saurait que les vraies décadences sont toujours celles des
cerveaux.
5 - Les geôles de
l'Eglise de la Liberté
Certes,
il est heureux que la loi ait d'ores et déjà été rendue inapplicable
pour avoir été publiquement réfutée par le chef de l'Etat lui-même
et sur le fondement des droits de la personne. Mais comment une
simple galipette de la repentance culturelle vous tirerait-elle
d'un piège de ce calibre ? Vous avez bien entendu: la condamnation
du génocide et la mise en pénitence du peuple turc se trouvent
réduites, dans la bouche même du confesseur d'hier, à une simple
opinion d'humaniste occidental, alors que, depuis 1990,
la jurisprudence établie par l'apprenti sorcier Gayssot sanctionne
non seulement, écoutez bien, le fait de nier l'existence d'un
génocide retentissant, mais également de paraître douter de son
existence ou de sembler la minimiser.
Non,
vos oreilles ne vous trompent pas: toute remise en cause de ce
crime, dans la bouche d'éventuels douteurs, même sous une forme
déguisée et dubitative, tombera désormais sous la hache du blasphème
politique devant le tribunal des droits de l'homme. Si la même
profanation avait été prononcée dans l'enceinte d'un prétoire
à l'encontre de la Shoah, des poursuites auraient été engagées
contre les contempteurs insidieux de l'article premier de l'orthodoxie
politique des démocraties modernes. De plus, les dirigeants turcs
actuels se verraient interdire le sacrilège de fouler de leurs
pieds le sol d'une France de l'éthique et de la justice universelles,
sauf à passer en jugement pour hérésie devant les inquisiteurs
de la République et de rentrer la queue basse dans leur pays après
un long séjour dans les geôles de l'église de la liberté.
6 - Le révisionnisme
diplomatique
C'est que M. Nicolas Sarkozy s'est appuyé sur une loi destinée,
avec quarante quatre ans de retard, à frapper de damnation éternelle
le régime de Vichy, mais imposée, en réalité, à la France par
la communauté juive nationale et internationale: il s'agissait
seulement, par le recours à une flétrissure indélébile, de paraître
valider rétrospectivement la création, en 1947, d'un Etat de plus
en plus menacé de délégitimation aux yeux du jus gentium -
L'Allemagne vient de déclarer officiellement, par la
voix de son Ministre des Affaires étrangères que
les implantations en Cisjordanie violent le droit international.
Mais comment passer l'éponge sur l'expulsion ou le massacre des
habitants de la Palestine, qui appellent Nakba la Shoah
des victimes d'Israël? Une bienveillance internationale aussi
peu démocratique est au rouet depuis soixante-cinq ans,
tellement elle peine à inspirer les piétés exténuées de la politique
et de l'histoire à la planète des idéalités, et cet évangélisme
de l'abstrait se retourne inexorablement et en tous lieux contre
Israël, tellement cette hypocrisie ne cesse d'apporter au monde
entier la démonstration, assénée par les hérétiques Edgar Morin
et Hessel, de ce que le nouvel Etat reproduit le même modèle du
totalitarisme guerrier que celui sur la condamnation vertueuse
duquel il paraissait vouloir se construire.
Mais
c'est en vain que, hop, M. Nicolas Sarkozy a fait changer d'épaule
au fusil du concept de justice . Le voilà coupable du révisionnisme
qu'il entendait pénaliser. Comment aura-t-il le culot de jeter
en prison et de condamner à de lourdes amendes des compatriotes
qu'il aura expressément absous d'avance du crime de révisionnisme
- donc des Français qui n'auront, je le redis, émis que des opinions
aussi louables que celles des patriotes turcs?
Cet
avocat de formation ignore, semble-t-il, le sens de la notion
de logique juridique, puisqu'il croit enfanter ce type
de cohérence à exposer tous les génocides sur une seule et même
claie. Mais si les secrets anthropologiques du mythe de la virginité
de Marie, du meurtre sacrificiel des chrétiens, du culte des saints
ou de la croisade des Albigeois ne sont pas les mêmes que ceux
du culte d'Isis et d'Osiris, les systèmes juridiques ne se laissent
pas non plus unifier sur un seul modèle. Encore une fois, sur
quel unificateur mental l'unification idéologique de type humaniste
et démocratique fonctionne-t-il si cette problématique n'accède
pas à la profondeur d'une analyse anthropologique de la mentalité
primitive décrite par Lucien Lévy-Bruhl (1857-1939)?
7
- Histoire d'un coup de feu 
Qu'un
Président de la République française plante un poignard dans le
dos de son Ministre des affaires étrangères, voilà un évènement
diplomatique dont l'histoire ne présente que deux ou trois exemples.
Raison de plus de vous en démonter la serrure.
Le monde moderne a affiné l'instinct naturel qui instruit les
peuples démocratiques des devoirs que le respect de la souveraineté
de la nation impose aux dirigeants oublieux des charges attachées
à leur fonction et qui sauvegardent la dignité du pays, donc son
rang honorable ou piteux sur la scène internationale. C'est pourquoi
la chute de la popularité de M. Erdogan à la suite de sa faiblesse
soudaine face à l'insolence d'Israël à l'égard de la Turquie a
fini par lui faire comprendre que le peuple de Jahvé n'est pas
un négociateur au sens où l'entend le droit international
coutumier, mais un messie placé sur orbite biblique et dont la
trajectoire eschatologique ressortit aussi peu à la rationalité
infirme de la diplomatie classique dans ce domaine qu'une discussion
entre des géographes n'est de nature à arrêter la course d'une
comète dans le ciel.
Demander à des figurants habillés en négociateurs de se livrer
à des bavardages stériles et sous la condition - expressément
formulée tout au long du chemin - d'un babillage diplomatique
selon lequel le maître du jeu sera dûment autorisé à conquérir
par la force du glaive et en plein soleil le territoire de son
interlocuteur, voilà une pantomime politique dont la honte répugne
au bon sens des peuples expérimentés et rouis par l'histoire -
et pourtant c'est bien cela qu'exprime en toutes lettres et toute
honte bue l'expression consacrée de "négociations
sans préalable".
Sans déclarer ouvertement à M. Mahmoud Abbas que sa livrée ne
sera plus invitée à la table de la rédemption démocratique,
M. Erdogan a accordé au Hamas le rang diplomatique auquel ce convive
a droit, c'est-à-dire de la résistance légitime à
l'occupant; et il a reçu M. Haniyeh, premier ministre de Gaza,
en visite officielle trois jours durant, et il a affiché par des
embrassades en public et télévisées son entière solidarité politique
avec un "terroriste" gaulliste. C'est à ce titre que M.
Haniyeh est en outre monté aux côtés de son hôte sous les acclamations
d'une foule en liesse sur le pont du Marmara.
Avant
le coup de feu à bout portant qui l'a abattu en pleine négociation
diplomatique avec la Turquie, M. Juppé était demeuré partie prenante
dans un champ diplomatique international appelé à assurer à la
France une place éminente sinon centrale dans l'histoire du printemps
arabe, et cela malgré la puissance écrasante du CRIF sur notre
territoire et dans la conduite de la politique étrangère à long
terme de notre pays; mais, dans le même temps, le Quai d'Orsay
se trouvait dans une situation confuse et même contradictoire,
parce que la logique politique qui téléguide la libération des
peuples du Coran a reçu une blessure inguérissable à la suite
du patient dynamitage par Israël de l'Union des peuples riverains
de la Méditerranée, depuis 2007 jusqu'au naufrage définitif de
cette ambition focale de la France .
On
sait que ce passif de notre diplomatique a tellement affaibli
et pour si longtemps la crédibilité de Paris dans tout le monde
arabe que le front de la pestifération internationale de l'Iran
s'est encore renforcé. Certes, la renaissance civilisatrice de
l'islam ne conservera son élan que si tous les tyrans de la région
se trouvent écartés du pouvoir. Mais alors, comment la chute sanglante
d'Assad en Syrie, désirée par tout le monde, y compris par le
Hezbollah, la Turquie, la Ligue arabe et même par Moscou - et
cela, malgré l'envoi du porte-avions Maréchal Kouznetzov au large
de Damas - n'affaiblirait-elle pas durablement Téhéran ? Déjà
les sayanims français tirent à boulets rouges contre l'Iran dans
la presse et à la radio, alors que Washington essaie visiblement
de mettre Tel Aviv en garde contre une offensive militaire isolée
d'Israël contre la Perse de Montesquieu.
On voit combien Talleyrand se trouve pris dans un guêpier: entre
l'atlantisme viscéral de M. Sarkozy et une vision gaullienne de
l'avenir d'un monde à libérer de la vassalisation américaine,
le jeu est aussi serré qu'à Vienne entre la puissance de la Sainte
Alliance des monarques de droit divin et l'avenir mondial des
démocraties de la raison.
8
- M. Juppé et le nucléaire

Or,
sur ce point, tous les diplomates français de haut rang, à commencer
par M. Hubert Védrine, ancien Secrétaire général de l'Elysée de
François Mitterrand et ministre des affaires étrangères de Lionel
Jospin, tous , dis-je, savent fort bien qu'il est non seulement
chimérique, mais cataclysmique de brandir un séraphisme diplomatique
qui interdirait à jamais la détention de l'arme nucléaire à la
Perse, alors que cette foudre a été mise le plus démocratiquement
du monde entre les mains du Pakistan et de l'Inde; et personne
n'ignore au Quai d'Orsay, que seule l'ambition tenace d'Israël
de demeurer la puissance dominante au Moyen Orient pilote en secret
la diabolisation effrénée de l'Iran sur la scène internationale.
De plus, M. Juppé figure parmi les rares cerveaux qui passent
pour informés de ce que le nucléaire est une arme mythologique
par nature et par définition en ce sens qu'elle a fait remonter
à la surface de l'histoire contemporaine un inconscient biblique
de l'humanité refoulé depuis le XVIIIe siècle et qui se fondait
sur une terreur apocalyptique - on croyait encore que l'Apocalypse
était de la plume de Saint Jean, alors qu'il respire l'esprit
sacrificiel de la Lettre aux Hébreux. Mais le raisonnement
le plus simple suffit à démontrer que la croyance religieuse en
une fin prochaine du monde ne ressortit pas à l'art de la guerre,
que la bombe atomique n'est pas un canon plus titanesque que les
précédentes, mais une forme d'auto-pulvérisation inutilisable
sur un champ de bataille autre que céleste. L'auto-vaporisation
des combattants des deux camps, donc un suicide mécanique, n'est
pas un duel, mais une survivance onirique du mythe eschatologique,
l'ultime exploit du génocidaire du Déluge.
Aussi
M. Alain Juppé pense-t-il que si Téhéran en venait à posséder
l'arme fantasmée de l'auto-volatilisation volontaire des pseudo
combattants, l'heure serait enfin venue pour la planète des démocraties
matamoresques - et malgré le très bas étiage intellectuel des
classes dirigeantes de toutes les époques - d'informer posément
les peuples-enfants de ce que l'humanité adulte dispose désormais
d'armes oniriques à grande échelle, donc étrangères par définition
au concept de guerre et que le singe devenu tartufique
au cours d'une évolution cérébrale tombée en panne a pris un rendez-vous
secret et sans même s'en douter avec le contenu cérébral encore
caché à son regard des peuples plus lucides qu'enfantera le XXIe
siècle.
C'est
ici que nous retrouvons la problématique plus englobante que réclame
une anthropologie en mesure d'analyser l'esprit de sorcellerie
du genre humain Car le messianisme israélien est le véritable
acteur politique non seulement du Moyen Orient, mais d'une humanité
retournée à l'eschatologie biblique; et la magie d'un droit international
punitif et capable, à ce titre, de lancer la foudre de la pestifération
de l'adversaire une grande distance sur telle ou telle nation
pécheresse ressortit à la sorcellerie biblique de la damnation
projective dont on sait qu'un saint génocide est la clé, puisque
les trois dieux dits uniques se réclament des métastases d'une
gigantesque tuerie, celle du Déluge.
9 - La France et la
communauté juive au sein de la République 
C'est
dans ce contexte inconsciemment magique que l'entourage israélien
et anglo-saxon de M. Nicolas Sarkozy a allumé la mèche qui a fait
exploser le tonneau de poudre du génocide arménien - et cela d'une
manière qui achève d'illustrer la pauvreté et la superficialité
de la science historique moderne - donc l'étendue des carences
méthodologiques qui interdisent à la science de la mémoire l'interprétation
rationnelle de la gestuelle excommunicative de la géopolitique
d'aujourd'hui.
-
Le
génocide arménien et la souveraineté du peuple français (1),
15 janvier 2012
M. Pierre Nora ignore que la loi du 23 déc. 2011 est un acte politique
médité et planifié dans un contexte international demeuré
magico-biblique. Son objet réel n'est en rien d'officialiser la
version humaniste et idéaliste d'un génocide à enseigner aux enfants
sur les bancs de l'école. Du reste, la France a reconnu le crime
d'Etat de la Turquie dès 1915, ce qui a provoqué un afflux massif
et combien bénéfique d'Arméniens dans notre pays. Mais quand l'inconscient
théologique et biblique de l'historien laïc lui interdit
de comprendre le sens et la portée mythologique des évènements
qu'il rapporte, peut-on qualifier d'historique un récit ignorant
du cadre mental qui seul en révèle la signification?
Un
jour, les archives du Quai d'Orsay nous feront connaître l'identité
de l'éminence grise qui aura fait exploser une bombe "théologique"
sur le parcours piégé de M. Alain Juppé le laïc; et nous saurons
également si M. Nicolas Sarkozy est demeuré un néophyte sur la
scène internationale au point qu'il se serait trouvé mis en résidence
surveillée par son entourage d'atlantistes chevronnés, de sorte
que ses palinodies seraient l'œuvre précipitée et affolée de conseillers
mieux avertis que lui des arcanes des Etats.
Car
il est maintenant évident que la science historique de M. Pierre
Nora ne dispose encore en rien du cadrage épistémologique qui
lui permettrait d'observer l'embarras de la France sur la scène
internationale à la suite d'un tir qui visait le cœur même de
la diplomatique mondiale, donc non seulement l'avenir des relations
de la République et de l'Europe humaniste avec le printemps arabe,
mais qui entendait également retarder la scission inévitable
et radicale de la planète entre le messianisme israélien et l'avenir
de la pensée rationnelle mondiale, dont la vocation est de secouer
le joug "théologique" qu'exerce la seule puissance militaire
mondiale, celle de l'Amérique eschatologique et guerrière.
La loi du 23 déc. 2011 comptera dans l'histoire de la géopolitique
comme l'heure du basculement irréversible de la légitimité internationale
du côté de la résistance palestinienne; mais ce basculement exigera
une révolution intellectuelle qui seule protègera la démocratie
mondiale de la chute de l'Europe dans une vassalité démocratique
inconsciemment calquée sur le modèle du génocide biblique.
Naturellement
M. Nicolas Sarkozy ayant été contraint, à la suite de la violence
de la réaction d'Ankara, au ridicule d'étaler son incurie sur
la scène internationale de la manière exposée plus haut et de
redonner discrètement à M. Juppé seul les rênes brisées de la
diplomatie française, il est probable que l'Elysée n'aura pas
le temps de conduire la France à une nouvelle catastrophe diplomatique
et intellectuelle de ce type avant le 22 avril 2012, et cela d'autant
moins que, dans le même temps, Marine Le Pen a lancé une stratégie
entièrement nouvelle: la communauté juive de France, dit-elle
se veut majoritairement laïque et républicaine. Il est donc absurde
d'imaginer que le CRIF demeurera durablement un quarteron de maîtres
du parti biblique dont les membres se montreraient étroitement
soudés par leur messianisme sur le territoire d'une République
eschatologisée.
10-
L'avenir de la souveraineté des peuples instruits 
Citoyens,
si vous vous priviez de la connaissance anthropologique des secrets
de la politique internationale et de leur connexion avec le mythe
du salut et de la rédemption, vous ne choisirez pas un chef d'Etat
dont la science du genre humain serait à la hauteur de sa fonction.
Dans ce cas, comment jugeriez-vous à bon escient de sa capacité
d'exercer le pouvoir attaché a votre souveraineté intellectuelle
à venir, et comment illustreriez-vous dès à présent votre vocations
de citoyens, car la science actuelle de l'histoire du monde ne
se trouve pas encore entre les mains d'une classe politique demeurée
en promenade dans
les jardins de la démocratie racontée aux enfants?
Et
pourtant, la science historique est appelée à prendre la tête
de l'humanité pensante et transbucolique de demain. Mais si les
chefs d'Etat encore privés de la boîte osseuse que réclame leur
fonction sur la scène internationale se trouvaient gratifiés de
la chance inouïe de tomber toujours pile, donc et de ne jamais
promulguer que des lois profitables au petit tricot de leur démagogie,
ce serait un bien grand miracle. Il arrive donc fatalement que
leur loterie diplomatique se joue d'eux et qu'ils croient sincèrement
légiférer à coup sûr - c'est-à-dire pour leur survie politique
- alors que, non seulement ils se sont mis depuis longtemps un
revolver sur la tempe, mais que le coup qui les abat est déjà
parti.
C'est
ce qui est arrivé au responsable en chef de la souveraineté de
la France: au début de son mandat, il a naïvement étendu les droits
de votre citoyenneté jusqu'à celui de vous laisser contester devant
vos tribunaux la légitimité des lois sans queue ni tête qu'il
promulgue, donc de peser de plein droit leur validité sur la balance
d'une justice au service de la Constitution que réclame une véritable
démocratie. C'est ainsi que les magistrats du tribunal de Mulhouse
viennent de refuser l'inscription ridicule dans le code pénal
de la France, du délit imaginaire d'appeler les citoyens français
vertueux à boycotter les produits importés de l'Etat immoral et
génocidaire que vous savez. Si vous étiez cités à comparaître
en correctionnelle et menacés d'une lettre de cachet pour avoir
sottement nié l'existence de la lune et du soleil, votre avocat
ferait valoir devant le Conseil Constitutionnel la question de
la nullité en droit d'une loi fantasmagorique et sottement appelée
à envoyer à la Bastille une poignée d'ignorants qui font s'esclaffer
tout le monde.
Voir - Le
génocide arménien et la souveraineté du peuple français (1),
15 janvier 2012
C'est
pourquoi M. Badinter, ex-Garde des Sceaux et sénateur de gauche,
a aussitôt soulevé la question préjudicielle évoquée plus haut
de l'inconstitutionnalité de la loi votée le 23 décembre 2011
par un Parlement oisif, passif et clairsemé. En effet, dit-il,
un Etat ne saurait légiférer sur une question de droit public
concernant le statut pénal de ses propres citoyens s'il s'agit
seulement d'un oratorio juridique de nature à capter les suffrages
d' une minorité d'électeurs, que les souffrances subies par leurs
lointains ancêtres pourraient rendre achetables par la corruption
doloriste, c'est-à-dire par le moyen d'une flatterie électorale
cousue de fil blanc et d'un bas niveau moral.
En
1981, M. Badinter a enseigné à votre souveraineté encore balbutiante
qu'un Etat démocratique jette le droit pénal dans le tartuffisme
s'il coupe le cou aux criminels, alors qu'en raccourcissant les
meurtriers en grande pompe, il commet le même crime qu'il reproche
aux assassins - il les tue, mais hypocritement masqué sous l'appareil
de majesté et de vertu d'un corps judiciaire indigne de se blasonner
somptueusement et de s'envelopper superbement dans les plis du
drapeau d'une République de la justice.
11
- Le Michel Ange de la démagogie
Mais
la démagogie est un art dont M. Nicolas Sarkozy est le Michel
Ange. Par quelle aberration a-t-il perdu la main au point de mécontenter
ses électeurs d'origine turque et juive? Car les premiers vont
se venger et les seconds ne sont pas près de se laisser déposséder
de la spécificité de leurs souffrances. Entrons cependant dans
les arcanes de la loi: le Sénat ayant soudainement basculé à gauche,
cette assemblée se trouve désormais encore davantage composée
de faux évangélistes de la politique que celle des députés de
la majorité. C'est pourquoi les élus du palais du Luxembourg entendent
plastronner aux dépens de leurs rivaux du palais Bourbon : ils
seraient les premiers, pensent-ils, à broder sur leur pourpoint
les dentelles des idéalités rédemptrices de la démocratie: " Si
je les précède, s'est dit le Machiavel de la démagogie, je rallierai
également les descendants de Jaurès à mon panache blanc."
Mais
c'est ici, citoyens, que vous conquerrez la maturité cérébrale
qu'appelle la future souveraineté d'un peuple instruit. Car si
votre science du passé accédait à la profondeur d'un regard d'anthropologues
sur notre espèce, vous vous interrogerez sur la déraison
dont font preuve les Républiques et les démocraties idéalisées
d'aujourd'hui et vous apprendrez à peser les conséquences du chaos
juridique inscrit dans la loi 23 décembre 2011, sur la solidité
de la boîte osseuse de nos magistrats, car il s'agira également
de peser l'entendement en devenir des fils d'Adam.Car
il est devenu évident, comme je l'écrivais au début de cette analyse,
que la compréhension de la greffe du messianisme sotériologique
et rédempteur d'Israël sur l'encéphale de l'animal parlant, permettra
d'expliquer les paramètres oniriques de la politique et de l'histoire
de demain.
Car tous les évènements racontés ci-dessus ne se rendent intelligibles
qu'à l'école et à l'écoute d'une généalogie critique de l'esprit
mystique qui fait du peuple de Moïse le propulseur planétaire
du vieux rêve du salut et de la délivrance. C'est pourquoi la
philosophie moderne se trouve contrainte de découvrir et de décrire
l'universalité de l'esprit magique dans l'empire "théologique"
s'étend non seulement aux religions, mais à une science du droit
international inconsciemment subjuguée par la sorcellerie de l'action
à distance . Cette unification de la science anthropologique compénètre
désormais à ce point la pesée du cerveau des chefs d'Etat des
démocraties modernes que je consacrerai ma prochaine analyse à
l'examen de la capacité du suffrage universel d'informer un futur
Président de la République de la nature du cerveau des peuples
et des nations.
La
réflexion anthropologique sur les ultimes fondements de la raison
historique révèlera que l'animal eschatologique fait usage d'une
science de la mémoire dont l'origine semi zoologique se trouve
dans le langage projectif des sorciers. Sans le secours de la
parole censée agir à distance, le sujet ne se réfléchirait pas
dans un miroir vocal qui le dédouble et l'attire hors de sa carcasse,
sans la magie du phonème, cet animal ne se propulserait pas dans
des mondes narratifs. L'étude de l'évolution du cerveau spéculaire
demeure séparée de la science historique seulement événementielle
- mais si un pont n'était pas jeté entre les sources oniriques
de l'histoire et les travaux des successeurs de Darwin, comment
l'évolutionnisme disposerait-il des chemins d'une recherche armée
d'une continuité de l'histoire de la logique humaine?
22 janvier 2012