1 - De l'innocence en politique
2 - Les démocraties jésuitiques
3 - De la servitude volontaire
4 - De la servitude institutionnalisée
5 - Les craquements de l'empire
6 - L'apprenti sorcier de Walt
Disney
7 - La fin d'un Messie
8 - Une diversion diplomatique
9 - Le crime médical est-il
un crime contre l'humanité?
10 - Les nouveaux embarras
de l'agent d'influence
11 - Une exégèse, textes en
mains
12 - " Vivre est une guerre
" (Sénèque)
13 - L'intelligence politique
perdue des ancêtres
14 - L'Europe des enfants
15 - Les dieux nationaux et
les dieux universels
16 - Le spectre de Talleyrand
1 - De l'innocence en politique

Dans quelle mesure les grands agents d'influence des Etats-Unis
en France le seraient-il en raison de leur ignorance, supposée
abyssale, des relations que les Etats entretiennent entre eux
au gré de leur puissance et dans quelle mesure faut-il, bien au
contraire, considérer, que leurs compétences exceptionnelles réfutent
nécessairement l'hypothèse que le cancer foudroyant de la candeur
politique en aurait fait sa cible? La question semble tranchée:
il n'y a pas de naïveté concevable sur le fond chez des juristes
chevronnés, des serviteurs ardents des intérêts d'une puissance
étrangère, des acteurs à l'aise sur les planches et qui auront
fait leurs preuves de longues années durant aux yeux des observateurs
spécialisés dans l'analyse psychologique et la détection des "infiltrés"
volontaires, conscients et sûrs de leur mission.
Mais si l'on y regarde de plus près, le paysage psychique peut
changer entièrement la donne, parce que ce type d'agents obéit
presque toujours à la race des croyants invétérés. Or, la foi
ne répond en rien aux critères courants de la pensée logique.
Si je démontre à un philosophe chrétien qu'il ne saurait revendiquer
le titre de philosophe que par un abus de langage éhonté - la
rigueur de l'argumentation dialectique lui interdit de se faire
octroyer par un tiers omniscient le privilège tout partiel et
limité de penser tout seul - mon pauvre discours glissera sur
lui comme l'eau sur les plumes d'un canard, parce que la piété
obéit à un pilotage cérébral propre à l'imagination religieuse.
Mais il faut également se garder de tomber dans le piège de confondre
l'agent d'influence volant de ses propres ailes avec les intellectuels
moyens, qui croiraient déserter leur cénacle à traiter d'une question
avec franchise et dont l'esprit componctieux ressortit aux bienséances
politiques du moment. L'agent d'influence responsable n'est pas
un boiteux jouant à la balle. Le latin usait de tournures sans
fard pour dépeindre les acteurs des savoirs convenus, telles que
"vagabonder loin de ses chaussures", "errer de tout
son ciel", "n'y voir goutte en plein soleil", "ignorer
combien votre main a de doigts", "se fabriquer une corde
de sable". Le Gaulois demeuré franc du collier les
rend à merveille, avec des expressions aussi crues que "se
trouver à côté de ses pompes", "aligner des noix sur un
bâton" ou "tenir un discours sans queue ni tête". Si
vous confondez l'agent d'influence de haut vol avec l'intellectuel
formaté auquel un pitoyable apprentissage de la dissertation scolaire
aura enseigné l'art de passer comme chat sur braise à côté de
son sujet, vous ne comprendrez rien aux docteurs du clergé d'Etat
et au sacerdoce qu'exerce désormais la pensée institutionnalisée
au sein de la République et de la démocratie des faux messies
de la Liberté.
Il se trouve, de surcroît, que la chute du mur de Berlin a démontré
aux descendants de La Boétie qu'un souverain de type démocratique
n'est nullement accepté de ses vassaux en raison des intérêts
stratégiques de ses subordonnés - depuis Jules César, il est toujours
censé être accouru en toute hâte afin de les défendre de quelque
Arioviste - mais exclusivement parce que la pente naturelle de
tous les peuples et de toutes les nations de la terre n'est autre
que celle de l'humanité tout entière de se soumettre à un maître.
Le premier défenseur réputé s'être précipité la main sur le cœur
afin de sauver sa créature menacée de tomber dans le gouffre -
mais, en réalité, afin de l'asservir à jamais à l'éternité de
son sceptre - n'est-il pas le Créateur?
Or, dès l'origine, cet acteur du cosmos fait croire que la noblesse
et la justice seraient nécessairement du côté de son omnipotence,
de sorte que l'agent d'influence sûr de lui croit faire d'une
pierre deux coups: d'un côté, se donner un protecteur hors de
pair, c'est se rallier aux forces du "Bien", de l'autre,
c'est se convaincre que les forces du "Bien" sont immanquablement
prédominantes, puisque les puissants tiennent toujours le haut
du pavé en ce bas monde. Le malheur, c'est que la défaite du souverain
et de son ciel sur les champs de bataille lui révèle, mais un
peu tard, que son auréole n'était que l'éclat de son glaive. On
voit que la psychanalyse politique de l'inconscient dont l'agent
d'influence se révèle l'otage nous conduit au plus secret des
relations que le genre humain entretient avec sa tête. C'est pourquoi
il n'y a pas d'anthropologie critique sans psychanalyse de l'obéissance
sacrée.
2
- Les démocraties jésuitiques
Il
vous faudra donc démontrer preuves à l'appui, que les agents d'influence
de fort calibre se sont mis consciemment au service d'une puissance
étrangère et en apporter une démonstration tellement irréfutable
qu'il serait ridicule de seulement tenter d'en refuser l'évidence.
Or, M. Jean-Claude Casanova, né en 1934, agrégé des facultés de
droit et de sciences économiques, docteur ès sciences économiques
et diplômé de l'Institut d'études politiques de Paris, a bénéficié
cette année de l'honneur de présider l'académie des sciences morales
et politiques. C'est donc à des titres éminentissimes qu'il publie,
dans le Monde du 17 novembre, un article fracassant
en apparence et couvrant une page entière de ce quotidien: "Le
temps est venu pour l'Europe de s'émanciper des Etats-Unis".
Mais
qui croira qu'un spécialiste de cette envergure ignorerait que
la souveraineté réelle des Etats est incompatible avec l'occupation
armée de leur territoire par une puissance étrangère, qui croira
qu'un historien et un juriste de renom ignorerait que deux cents
bases militaires américaines occupent l'Allemagne depuis soixante-cinq
ans, alors qu'aucun intérêt stratégique ne légitime une telle
violation du droit international en temps de paix, qui croira
qu'une personnalité aussi connue en France et à l'étranger ignorerait
que cent trente sept garnisons d'outre-Atlantique stationnent
en Italie depuis la chute de Mussolini, qui croira qu'un homme
politique ayant appartenu au cabinet de M. Marcel Jeanneney, Ministre
de l'industrie de 1959 à 1961, puis de Joseph Fontanet, Ministre
de l'éducation nationale de 1962 à 1974, tous deux gaullistes,
puis de M. Raymond Barre de 1976 à 1981, qui croira, dis-je, qu'un
intellectuel de cette trempe ignorerait que le port de Naples
est devenu une parcelle inaliénable du territoire de la nation
américaine et que l'extension continue de l'exterritorialité de
la base de Vicenza en Italie permet aux armes du Nouveau Monde
d'assurer la progression patiente de leur main-mise sur l'Afrique,
qui croira que les politologues du monde entier ignoreraient que
les démocraties européennes ont inscrit dans leur constitution,
donc légitimé sur le modèle euclidien l'occupation perpétuelle
de leur sol par les troupes de l'OTAN, qui sont commandés par
un Général du Nouveau Monde et dont le quartier général se trouve
à Mons en Belgique?
La question décisive que pose le statut politique réel de M. Jean-Claude
Casanova est donc de savoir comment le Département d'Etat entend
exploiter les clauses récentes et libératrices en apparence du
traité de Lisbonne afin de poursuivre, aussi ardemment que précédemment,
la vassalisation du Vieux Continent et surtout son auto-domestication
consensuelle, puisque la singularité de l'empire américain est
de se fonder sur le déclin volontaire de l'Europe des chancelleries
et des peuples.
On comprendra qu'une psychanalyse politique d'un type relativement
inédit ne pourra se concevoir qu'à partir des paramètres d'une
radiographie des servitudes secrètement désirées auxquelles les
civilisations en voie d'auto-anéantissement entendent se soumettre;
car elles sont conduites à la ruine par les grands Jésuites des
démocraties dédoublées, dont la tête est à Rome et le corps dispersé
sur la terre entière. L'agent d'influence convaincu est scindé
entre Washington et son terroir comme M. Prasquier entre Jérusalem
et la France et il pourrait écrire, comme le Président du CRIF
citant Elie Wiesel: "Nous pouvons vivre en dehors d'Israël,
mais nous ne pourrions vivre sans Israël."
3 - De la servitude volontaire
La
pesée de l'influence d'un grand agent de la fatalité exige avant
tout une interprétation anthropologique de ses silences concertés
: car il serait irrationnel de présupposer qu'il n'aurait pas
réfléchi longuement à la face cachée d'une émancipation seulement
apparente de l'Europe de la tutelle de l'étranger, tellement il
paraîtra s'attacher à la promouvoir sous les dehors d'un appel
sincère et même ardent à l'indépendance et à la souveraineté des
peuples en livrée.
C'est
pourquoi il ne saurait ignorer les réflexes religieux de l'humanité:
il sait que la chute du communisme n'a nullement provoqué un soupir
de soulagement des peuples démissionnaires de l'Europe, il sait
qu'elle a permis, bien au contraire aux démocraties du Vieux Monde
de proclamer d'un cœur unanime que leur souverain bien-aimé n'avait
désormais plus d'adversaire à sa taille et que, par conséquent,
l'Europe allait se soumettre sans ambages à une autorité que sa
victoire était censée avoir rendue incontestable. Certes, quelques
esprits candides s'étaient imaginé que, sitôt sa mission de justicier
accomplie, leur sauveur allait se retirer sous les applaudissements
d'un Continent libéré par la puissance salvatrice du verbe et
des armes de la Liberté. C'est ainsi que Vaclav Havel était allé
prononcer devant le Congrès américain un discours plein d'une
gratitude éperdue. Mais il avait découvert, avec la stupéfaction
des patriotes égarés parmi les grands fauves, que l'Amérique couronnée
des lauriers réservés aux grands rédempteurs ne l'entendait nullement
de cette oreille et que l'heure des victoires du glaive n'est
jamais celle des émotions dévotes, mais celle des récoltes des
guerriers méritants.
La réaction émue de François Mitterrand avait été plus étonnante
encore: lui aussi avait cru le plus sincèrement, donc le plus
naïvement du monde que les troupes américaines quitteraient nécessairement
l'Europe et que leur retour dans leur patrie n'était qu'une question
de semaines. Aussi avait-il accueilli avec tact la question un
peu larmoyante de M. Bush père, qui lui avait demandé, avec la
gentillesse des saint Baptiste de la diplomatie: "Voulez-vous
vraiment que nous partions?"
4
- De la servitude institutionnalisée 
Mais pourquoi les hommes politiques européens feignaient-ils avec
une belle unanimité d'ignorer qu'à la suite de la demande d'évacuation
du territoire de la France que le Général de Gaulle avait adressée
aux troupes américaines vingt-sept ans avant la chute du mur de
Berlin, Washington avait pris le plus grand soin de s'assurer
de la présence perpétuelle des troupes américaines dans le monde
entier, et cela non seulement par la conclusion de traités bilatéraux
avec les divers Etats rassemblés sous son sceptre, mais par l'inscription
de la servitude perpétuelle de ses vassaux dans leurs constitutions
respectives, donc dans leur loi fondamentale?
La vraie difficulté, pour la diplomatie américaine, n'était donc
en rien celle de légitimer la pérennisation de sa domination sur
les peuples qu'elle s'était assujettis, mais celle d'atténuer
le traumatisme, aux yeux de l'Europe des enfants de chœur, d'assister
au dénudement des Etats et des empires et de découvrir que l'heure
du triomphe des démocraties bénédictionnelles n'est pas celle
des cadeaux, comme il est dit plus haut, mais de l'engrangement
des moissons. Il fallait donc affecter un instant une finesse
inusitée, afin que le temps fît oublier ubi jacet lepus.
Or, un agent d'influence plus décoré des médailles de la démocratie
française que les généraux soviétiques d'autrefois sur les champs
de bataille du prolétariat mondial ne saurait oublier l'histoire
réelle de l'Europe, donc passer outre à l'examen, même succinct,
des conditions dans lesquelles les troupes américaines se sont
incrustées à jamais en Europe. Comment feindre l'amnésie au chapitre
de l'absence de toute menace guerrière de la part de la Russie?
Il n'y a pas de lucidité politique sans pesée du destin du monde.
D'un côté, l'agent d'influence dormira sur les deux oreilles,
parce qu'il saura fort bien que jamais l'Europe ne verra jaillir
des masses ballotées de ci, de là, par un suffrage universel tombé
aux mains des démagogues, une élite politique avertie et résolue
à poser les vraies questions aux peuples réputés avoir recouvré
leur liberté.
C'est
pourquoi l'agent d'influence affectera de croire que, depuis 1945
l'opinion des foules serait devenue la clé du destin du monde
et que le pouvoir réel reposerait désormais et à jamais sur un
vote populaire préalablement aliéné par le droit et la loi de
l'étranger. Il écrira donc en toute tranquillité: "La vague
Obama a effacé l'antiaméricanisme." Et il ajoutera dans la
foulée: "Les Européens ont été de tout coeur favorables à l'élection
de Barack Obama, les Américains ont élu un président qui inspire
en Europe une admiration sans réserve."
Mais si le sommeil politique d'un Continent est un garant de tout
repos aux yeux de l'agent d'influence conséquent, de quel danger
son gabarit est-il menacé ? Pourquoi l'assoupissement de la classe
dirigeante d'une civilisation tout entière ne suffira-t-il en
rien à faire glisser le Vieux Continent dans l'insignifiance ?
Voyez comme notre Jésuite de la Liberté se trouvera contraint
de demeurer sur ses gardes, voyez comme il devra faire preuve
d'une vigilance accrue et de tous les instants s'il entend éviter
les pièges d'une sécurité apparente, alors même que, pour ne prendre
qu'un seul exemple, Mme Merkel et toute la classe dirigeante allemande
ont paru interpréter comme un drame national, non point le stockage
humiliant de centaines de bombes atomiques américaines sur le
sol des Germains, mais le renoncement de Général Motors à vendre
Opel au Canadien Magna?
5
- Les craquements de l'empire 
C'est que le vrai danger n'est plus celui d'un réveil hypothétique
des peuples européens occupés, tellement la résignation aveugle
et muette du Vieux Monde à la présence éternelle de troupes étrangères
sur son territoire est devenue le témoin d'une léthargie politique
inguérissable, mais le danger des craquements de plus en plus
assourdissants dont l'empire américain fait retentir la planète.
Aussi la stratégie qui s'impose désormais le plus impérieusement
à l'agent d'influence chevronné est-elle de faire silence sur
la fragilité soudaine du Saint Siège de la démocratie. Mais si,
dès la quatrième génération, il n'y a plus rien à craindre de
la docilité d'une civilisation vaticanisée par les ignatiens de
la Liberté, que va-t-il se passer si la planète retentit tout
subitement de l'effondrement imminent d'un autre building que
celui du World Trade Center de New-York - celui de l'auréole en
voie de vaporisation du vainqueur de 1945?
Car enfin, que raconte le véritable catéchète de la pièce, celui
qui se prénomme l'histoire? Que David est entré en campagne
la fronde à la main. Nous n'en sommes qu'au premier acte de la
tragédie. Pourquoi Israël a-t-il refusé tout net de marquer un
temps d'arrêt dans la conquête de la Cisjordanie? Parce qu'après
six mois de pause, non seulement il aurait été relativement difficile
de reprendre la représentation à partir de la première scène du
premier acte et d'invoquer, aussi traditionnellement qu'auparavant
"l'échec des négociations" ou "l'absence d'interlocuteur",
mais parce qu'une trêve illusoire de plus aurait démontré au monde
entier que le verrou est fermé à triple tour depuis un demi siècle
et qu'il est trop tard pour prétendre en forcer la serrure.
Jamais Israël ne se retirera sur ses frontières de 1967. Mais
si un miracle plus biblique que tous les précédents venait à se
produire, il en faudrait aussitôt un second, de plus forte corpulence
encore que le premier, afin de légitimer aux yeux de Jahvé un
retour colossal d'Allah sur ses terres, puis un troisième plus
herculéen que les deux sus nommés afin de partager la ville sainte
avec les autochtones, puis un quatrième, le plus titanesque de
tous, celui de fonder un Etat viable sur la légitimation du rapt
du territoire d'une vieille nation par un brigand, et enfin -
entassons Pélion sur Ossa - un cinquième, le dernier de la pyramide,
dont la taille s'élèverait jusqu'aux nues, celui de légitimer
en droit international un pseudo Etat composé de quelques tribus
de Peaux-rouges qui auraient accepté, les malheureux, de porter
sur les fonts baptismaux d'une démocratie gesticulatoire la spoliation
triomphale des trois-quarts ou davantage du territoire de leurs
ancêtres.
Aussi
Israël précipite-t-il le Nouveau Monde dans les ténèbres; car
voici les Messies de la Liberté et de la justice pris en otage
dans l'Eden où le Démon leur tend la pomme fatale, voici la démocratie
mondiale contrainte au reniement de tous ses principes, voici
que le démon tentateur précipite dans le grotesque les apôtres
de l'évangélisation planétaire de la politique.
6 - L'apprenti sorcier
de Walt Disney 
Israël
a jugé qu'il était moins dangereux de tenter l'affrontement massif
et direct de David avec le reste de la planète des droits de l'homme
et, en premier lieu, avec un empire américain lézardé que de planter
une fois de plus des décors usés jusqu'à la trame. Premièrement,
Jahvé demeurera préservé du péché, même momentané, de faiblesse.
A ce compte - relativement peu coûteux - son peuple bénéficiera
du prestige des héros que leur courage solitaire fait avancer
la tête découverte dans l'arène. Secondement, depuis la guerre
de Suez, l'expansion territoriale continue de l'Etat juif s'opère
nécessairement au détriment du prestige de l'Amérique dans le
monde musulman tout entier. C'est pourquoi le groupe de pression
qu'Israël a puissamment renforcé sur le territoire des Etats-Unis
depuis 1957 avait obtenu, en juin 2009, que le Congrès votât d'extrême
urgence une motion qui demandait à M. Barack Obama qu'une fois
de plus, il imposât à la Palestine des négociations illusoires,
dites "en tête à tête" et dont le leurre, vieux de trois
générations, est devenu traditionnel entre Israël et les indigènes.
Mais,
en ces temps reculés, le Président des Etats-Unis se trouvait
encore en mesure de ne tenir aucun compte des vœux impérieux des
élus d'une nation tombée depuis si longtemps entre les mains de
l'étranger. Pourquoi, six mois plus tard, Israël a-t-il si bien
gagné la première manche qu'il ne reste rien de la tentative,
pourtant déjà désespérée de la Maison Blanche au Caire le 4 juin
2009 de retrouver dans le monde arabe un lustre perdu depuis un
demi siècle? C'est que Washington s'est résigné à demander à M.
Mahmoud Abbas d'accepter de reprendre des "négociations"
de façade sans qu'Israël suspendît une seconde sa conquête mètre
carré par mètre carré de la Cisjordanie. Mais autoriser un Etat
colonial à poursuivre la conquête du territoire de son voisin
dans un monde décolonisé par l'Amérique à la suite de la victoire
de 1945, c'est quitter la politique pour un festival de la bande
dessinée. Si je dois m'entendre avec un cambrioleur qui se sera
introduit par effraction dans ma demeure et qui se verra autorisé
par les principes de la démocratie à piller mes biens sous mes
yeux, alors Israël est le premier Etat du monde qui ait fait,
de l'Histoire évangélique du monde, une copie du film de Walt
Disney, L'apprenti sorcier.
7 - La fin d'un Messie
La seconde manche s'annonce également sous les plus heureux auspices:
cette fois-ci, Israël a obtenu en moins de vingt-quatre heures
que le Congrès rejetât à une majorité massive de quatre-vingt
dix pour cent des voix le fameux rapport Goldstone sur les crimes
de guerre commis par des rescapés de la shoah armés jusqu'aux
dents à Gaza. Mais qui a lutté aux côtés d'Israël pour obtenir
par la corruption, donc à prix d'or un résultat aussi consternant?
L'Amérique de M. Barack Obama. Le renvoi de l'Etat juif devant
le Tribunal pénal international sera-t-il donc enterré , alors
qu'il était approuvé par la grande majorité des Etats représentés
à l'ONU? On prétend que M. Netanyahou aurait regardé le Président
des Etats-Unis droit dans les yeux et lui aurait lancé: "La
démocratie a parlé. Vous voyez que tout le monde ne pense pas
comme vous dans la patrie d'Abraham Lincoln".
Le vrai danger que court un agent d'influence de nationalité française
s'il opère au service des Etats-Unis dans la presse et sur le
sol même de son pays est le suivant: comment plaiderait-il en
logicien cartésien pour l'émancipation de l'Europe asservie s'il
s'abstient de raconter aux Français l'histoire du monde telle
qu'elle se déroule non seulement sous ses yeux, mais à l'échelle
de la planète tout entière, comment ignorerait-il qu'Israël est
devenu le nœud stratégique de la géopolitique, comment ferait-il
silence sur l'effondrement de l'autorité de M. Barack Obama dans
son pays et sur les cinq Continents, alors que les ossements de
ce messie dorment d'ores et déjà à trois mètres sous terre?
8 - Une diversion diplomatique
Certes, M. Barack Obama s'est tout soudainement précipité à Pékin
et à Tokyo. Ignorerait-il que le Japon entend obtenir le retrait
des troupes américaines d'occupation stationnées à Okinawa depuis
1945 ? Ignorerait-il que les petits-fils des victimes d'Hiroshima
et de Nagasaki refusent maintenant de ravitailler les navires
de guerre de l'empire dans l'Océan pacifique? Ignorerait-il que
la Chine achète massivement dans le monde entier et dans sa monnaie
les grandes entreprises qui permettront à l'empire du Milieu de
se débarrasser à toute allure de ses titanesques avoirs en dollars?
Pourquoi le voyage de M. Barack Obama a-t-il été si mal préparé
qu'il courait au désastre, sinon parce qu'il est aux abois dans
son pays et qu'il lui fallait tenter une diversion qui a tourné
à la catastrophe diplomatique?
Car l'Asie n'offre aucun contre-jeu planétaire à la Maison-Blanche.
M. Barack Obama et M. Medvedev ont bien pu lancer un semblant
d'appel commun à l'Iran au cours d'un séjour de M. Ahmedinejad
en Amérique du Sud : personne n'a tenu compte d'un appel qui a
permis, bien au contraire, au peuple des "Lettres persanes"
de s' amuser des tours de passe passe auxquels la planète se voit
livrée plus de deux siècles et demi après la mort de l'auteur
de L'Esprit des lois. Téhéran n'a-t-il pas feint,
lui aussi, et sur un ton gravissime, de mettre en garde le monde
entier contre un fantasme dont l'usage était d'ordinaire inversé:
voici que l'épouvantail nucléaire local aurait déménagé au cours
de la nuit et serait allé dès potron minet installer ses marmites
et ses maîtres queux à Tel-Aviv.
Observez
bien cet endroit de la rivière : il présente à tous les regards
un passage à gué de l'anthropologie à la simianthropologie. Quel
retournement des leurres que les descendants du chimpanzé s'appliquaient
à brandir depuis 1945! Alors qu'Israël faisait semblant de croire
que son arme nucléaire à elle ne serait qu'arquebuse et chassepot
face à la foudre des Perses, voici que Téhéran renverse tout subitement
le tir et se tient les côtes de rire à son tour, voici que Téhéran
lève les bras au ciel des matamores et dit à Israël : "Vois, nous
n'avons de l'eau que jusqu'aux genoux. A quoi bon nous tenir en
joue pour rien? L'apocalypse des singes nous renvoie aux arcs
et aux flèches des armées de Cyrus ou d'Artaxerxès". Quelle titanesque
comédie que celle d'un animalcule tout tremblant de ne savoir
sur quelle planète installer des armes disproportionnées à sa
taille ! Les mollahs sont devenus malicieux. Leurs Usbeck et leurs
Rica prêtent une oreille attentive aux ténors de leur trépas et
clignent de l'œil en direction des acteurs. " Décidément, disent-ils,
les foudres de Jahvé sont aussi mouillées que les nôtres. Quand
rangerons-nous notre foudre dans les arsenaux de nos délires.
Mais comment nos belliqueuses simagrées nous feront-elles prêter
l'oreille au bel canto de la mort?"
Car un empire guetté par sa poussière, c'est une autre chanson.
Les grands Etats, eux, voient clair comme le jour que le capitalisme
financier est une bulle de kérosène proche de l'explosion, les
grands Etats, eux, se réjouissent de ce que le fonds monétaire
international ait vendu récemment quelque quatre cents tonnes
d'or afin de tenter de freiner la hausse inexorable du métal jaune;
les grands Etats, eux, ont mis dare dare la main sur ce pactole.
Car ils savent bien que rien n'arrêtera l'ascension du trésor
du roi Midas. Certes, on entend encore, ici ou là, quelques rêveurs
prétendre que la production industrielle retrouverait son élan.
Mais aucun économiste digne de ce nom ne croit à une "sortie
de la crise" mondiale. Chut, les grandes banques de la planète
alertent secrètement leurs plus gros clients de l'imminence d'un
effondrement financier global de notre astéroïde; chut, les banques
asiatiques achètent de l'or à tour de bras; chut, Michael Moore
sort sur les écrans du monde entier le premier film jamais produit
sur l'effondrement mondial du capitalisme.
9
- Le crime médical est-il un crime contre l'humanité? 
Gardez-vous, bonnes gens, d'écouter les clairons de la prospérité
retrouvée. Comment une Amérique qui a perdu la maîtrise de son
industrie des armes de guerre, comment une Amérique qui ne contrôle
plus ses bourreaux et ses chambres de torture, comment une Amérique
en perdition à Kaboul, comment une Amérique proche de s'enfuir
d'Irak, comment une Amérique coupable du lancement sur le marché
de la peur d'un virus de la grippe qu'elle a fabriqué de ses mains
à seule fin de produire et de vendre des centaines de millions
de doses d'un vaccin insuffisamment testé à la population des
cinq continents, comment une Amérique qui a acheté à prix d'or
la complicité des gouvernements démocratiques du monde entier
afin d'interdire à leurs citoyens de se pourvoir en justice à
la suite de leur empoisonnement éventuel par un faux remède,
comment une Amérique qui a suscité l'indignation patriotique de
quatre-vingt dix pour cent du corps médical français face aux
escrocs planétaires de la santé publique, comment une Amérique
qui n'a pas réussi à faire taire la Pologne qui, seule de tous
les Etats du monde a osé dénoncer à la télévision un type nouveau
de crime contre l'humanité, comment une telle Amérique, dis-je,
obtiendra-t-elle longtemps encore le silence des agents d'influence
au petit pied, qu'on appelle encore les "intellectuels français"
et dont on prétend que leurs chromosomes contiendraient quelques
traces du capital génétique de Descartes et de Voltaire?
Voyez comme la rébellion des peuples naît toujours de leur combat
contre l'immoralité de leurs maîtres, voyez comme leur guerre
contre l'indignité de leurs chefs arme le bras de leur justice:
c'est parce que le peuple français de 1789 a jugé immoraux les
privilèges de la noblesse, qui ne reposaient plus sur la vaillance
de cette classe sociale sur les champs de bataille, mais seulement
sur les droits héréditaires dont son arbre généalogique se targuait,
que la nation s'est sentie serve de ses rois et qu'elle s'est
faite vengeresse. Que va-t-il se passer si la démocratie mondiale
périt du péché originel d'iniquité dont elle se nourrit?
10
- Les nouveaux embarras de l'agent d'influence 
Un Continent que son immoralité contraint à se déplacer en chaise
roulante n'opposera pas indéfiniment une fin de non-recevoir offusquée
à la volonté de la Palestine de se proclamer un Etat souverain.
Cette fois-ci, Israël échouera à brandir l'épouvante contrefaite
de l'arme onirique dont disposera l'Iran longtemps après l'Inde
et le Pakistan. Mais la fantasmagorie suicidaire - arrêtez-moi,
ou je me volatilise avec vous dans l'atmosphère - n'est que jeux
d'enfants dans un préau d'école: comment l'agent d'influence traiterait-il
doctoralement de "l'émancipation du Vieux Monde" de la
férule des Etats-Unis si toute la scolastique de la pseudo démocratie
mondiale s'attache à interdire une prise de conscience publique
de l'autre tragédie, celle qui s'annonce par "mille signes
et présages"?
Car
l'agent d'influence américain en France flotte entre deux eaux.
Le président du CRIF, Richard Prasquier, peut écrire: "Que
l'Etat du peuple juif ait retrouvé sa souveraineté à Jérusalem,
c'est le sursaut des espérances reconquises, une nouvelle dimension
de notre existence, pour nous, les juifs." Rien de tel
pour les fidèles de l'alliance des Etats-Unis et d'Israël . Mais
si ces deux puissances s'effondrent de conserve, la petite entraînant
la grande dans sa chute , comment évoquer l'émancipation de l'Europe
? Einstein prétendait que la stupidité humaine serait infinie.
Sans doute l'auteur de la relativité générale éprouvait-il le
besoin de loger l'absolu quelque part; mais il est absurde de
supposer que la sottise de l'agent d'influence serait un Everest
du haut duquel il verrait Israël rendre gentiment les territoires
occupés, autoriser le retour des réfugiés et partager Jérusalem
avec les aborigènes si seulement l'islam renonçait à une arme
illusoire et diabolisée sur le modèle des foudres de l'Eglise
du Moyen Age.
L'agent
d'influence voit donc l'empire américain et Israël se précipiter
ensemble dans le gouffre à la manière dont Ignace de Loyola décrivait
la descente du genre humain vers les empires infernaux. Comment
faire face à un si grand embarras doctrinal ? La première consigne
de l'Eglise de la Liberté sera de paraître donner une parure sacerdotale
rassurante à la théologie fatiguée de la "relation américano-européenne",
qu'on qualifiera maintenant de "partenariat" gentillet
et joliet, alors qu'on aura pris un soin tout ecclésial, comme
il est dit plus haut, à soustraire d'avance les ouailles de la
Liberté à tout examen sérieux de leur asservissement, celui dans
lequel la vraie question est celle de l'occupation militaire perpétuelle
du Vieux Monde et de la chute précipitée de l'empire dans un chaos
politique irrémédiable.
Car le peuple le plus nationaliste de la terre, celui qui avait
seul regimbé - il se refusait à acquitter le tribut à l'occupant
romain et à rendre un culte idolâtre à une effigie de l'empereur
dont l'exposition dans le temple de Jérusalem aurait souillé la
pureté du culte de Jahvé - ce peuple né insoumis aux dieux de
bois, de pierre ou de fer a été replacé dans son enclos d'autrefois
après deux mille ans d'errance dans les sottes vapeurs de la supranationalité
politique dont l'Europe est en train de croquer la pomme. Mais
à peine a-t-il retrouvé ses arpents et sa propre effigie décorporée
dans les plus hautes régions de l'air qu'il se démène comme un
beau diable, à peine a-t-il flairé l'odeur les lieux qu'il casse
les barreaux de son berceau. Décidément, ce diablotin n'en fait
jamais qu'à sa tête, ce fauve brandit ses poings intacts contre
tous ses voisins. Comment ses sauveurs canaliseront-ils l'énergie
et la fureur avec lesquels ce lionceau prend, avec quelque retard,
sa revanche sur les légions de Titus ? Pis que cela, c'est à pleines
dents qu'il mord, lui aussi, dans la pomme de l'arbre dit "de
la connaissance du Bien et du Mal" que la Démocratie a planté
dans son jardin de la Liberté. Et voici que Jahvé apostrophe toutes
les nations du monde : "Il y aura désormais deux Eden sur la
terre, dit-il, le mien, qui produira en abondance les fruits de
ma justice, l'autre dont les fruits seront l'œuvre du Démon."
Comment
l'agent d'Israël s'appliquera-t-il à feindre d'ignorer les relations
théologiques que les grands Etats entretiennent entre eux depuis
les origines du monde?
11 - Une exégèse, textes
en mains 
Quel
joli livre d'images coloriées à l'usage des démocraties séraphiques
on mettra maintenant entre les mains des enfants ! "Pourquoi
le lien transatlantique s'est-il affaibli depuis vingt ans? L'ennemi
soviétique a disparu. La crainte hantait les Européens et les
liait aux Américains. La guerre froide unissait, la paix sépare.
Les désaccords peuvent s'exprimer sans dommage, puisque la cause
commune fait défaut." Ah ! qu'en termes choisis ces choses-là
sont dites!
Puis les poussins accourus en toute hâte au secours de leur bon
maître en Afghanistan, puis en Iran présenteront, dans les écoles
de la République, le tableau touchant de l'évangélisme inné qui
inspirerait le genre humain au paradis des catéchistes de la démocratie
planétaire: "Les Européens, émus par l'agression islamiste
qui avait frappé New York, invoquèrent l'article 5 du traité de
l'OTAN pour se ranger aux côtés de l'Amérique. Les Etats-Unis,
obnubilés par l'outrage, ont d'abord négligé le ralliement européen."
Mais
si l'Europe du "ralliement" des saints de la démocratie
est censée avoir quitté motu proprio l'histoire apostolique du
monde afin de "chasser les talibans d'Afghanistan" les
armes à la main, comment laisserons-nous ignorer au Continent
de la Liberté que les Etats-Unis ne se sont nullement rués sur
l'Afghanistan afin d'y chercher une aiguille dans une botte de
foin - un certain Bel Laden - mais en raison du revirement de
cet Etat, qui, après avoir accordé à des sociétés américaines
la construction d'un pipe-line qui aurait transporté l'or noir
en provenance des champs pétrolifères de la mer Caspienne jusqu'à
l'océan Indien, est revenu sur l'autorisation d'un enrichissemet
gigantesque qu'il avait accordé à une puissance étrangère. Ce
sont les sociétés pétrolières Unocal, Enron et Halliburton, dirigée
par le vice-président des Etats-Unis Dick Cheney, qui avaient
obtenu les droits exclusifs d'acheminement du gaz naturel du Turkménistan
à travers l'Afghanistan et le Pakistan vers l'énorme centrale
électrique à gaz naturel d'Enron à Dabhol près de Bombay.
12- " Vivre est une
guerre " (Sénèque) 
Non
seulement les Jésuites des démocratie dichotomisées des modernes
se verront contraints de s'opposer désormais à la puissance bicéphale
de l'Amérique qu'ils auront soutenue depuis 1945, mais on les
verra paraître se résigner à légitimer un réalisme politique imposé
par le gigantesque bouleversement du rapport des forces issu de
la chute du mur de Berlin. Certes, on commencera par minimiser
l'évènement: "Les Etats-Unis détiennent à eux seuls 40 % de
la puissance armée du globe et ils conservent la possibilité d'intervenir
partout dans le monde. Les forces européennes ne sont pas comparables,
bien que les Européens soient plus nombreux que les Américains.
L'Europe seule ne peut donc se concevoir comme une puissance mondiale,
et cela d'autant moins que, depuis la fin de la guerre froide,
elle a réduit bien davantage que l'Amérique la part de ses dépenses
militaires."
Que
de réticences cachées! Comment un empire entretiendrait-il durablement
plus de mille bases militaires sur la planète s'il ne disposait
d'une monnaie fiduciaire planétarisée par les accords de Bretton
Woods? Le budget du Pentagone a été porté à six cent quatre-vingt
milliards de dollars cette année. La dette de l'Etat s'élève maintenant
à plus de cinquante mille milliards de dollars. Qui ne voit que
les agents d'influence du monde entier frémissent à la perspective
d'un effondrement de la monnaie de l'empire qui entraînerait son
effacement militaire de la surface du globe et le retour de mon
maître biblique aux sables du désert?
C'est
pourquoi l'agent déconfit associera timidement la légitimation
de l'occupation militaire perpétuelle de l'Europe avec les cantilènes
d'une dépendance désormais catéchisée du bout des lèvres, mais
tenacement maintenue sous les dehors de la déploration: "Cette
situation explique que, du côté européen comme du côté américain,
la relation transatlantique paraisse affaiblie. Les Etats-Unis
n'assurent plus la sécurité d'une Europe qui (…) n'a plus à redouter
la Russie post-soviétique. L'alliance subsiste, mais l'OTAN, autrefois
au coeur de la solidarité atlantique, est devenue un objet incertain
qui lie les Etats-Unis, le Canada, différents pays européens et
la Turquie."
Qu'est-ce
qu'un "objet incertain"? Un "objet" affectif et
qui prétendra que les relations entre les Etats seraient régies
par la "solidarité", le souci de la "sécurité" et les liens
sentimentaux entre les gouvernements. Monsieur Nicolas Sarkozy
ne proclamait-il pas que M. Barack Obama était "son copain"?
Mais,
voyez comme l'agent de la prétendue "solidarité atlantique"
feindra maintenant de croire, la main sur le cœur, que le traité
de Lisbonne pourrait non seulement "unir l'Europe", mais
l'armer d'une volonté politique réelle, alors qu'il n'y aura évidemment
jamais de "vues communes", c'est-à-dire de vision de l'avenir
de la planète entre les Napolitains agenouillés devant leur fiole
de saint Janvier et la Hollande, cette "colonie de l'Angleterre",
comme disait le Général de Gaulle ou entre le Royaume-Uni et le
Continent. Une île est une île, disait M. de la Palice. Les Britanniques
ont appris cette évidence sous Jules César, Claude, Domitien,
Guillaume le Conquérant, Charles Quint, Napoléon et Hitler. Quand
bien même Londres serait-il tenté de recommencer une expérience
négativement gravée dans le capital psychogénétique du peuple
anglais, les liens que la City entretient avec banque fédérale
américaine sont tels qu'ils interdisent toute tentative de participation
politique à l'aventure européenne d'une Angleterre fière de son
" splendide isolement " financier. En effet, ce furent, dès l'origine,
les financiers de la City de Londres, menés par les Rotschild,
qui conçurent et mirent sur pied la FED (Federal Reserve System),
banque privée jouant le rôle de banque centrale des Etats-Unis
et qui créèrent leur monnaie: le dollar. Celui-ci est la monnaie
des banquiers privés de la FED et elle est gérée par eux.
Mais
l'agent d'influence sait tout cela mieux que personne. Pourquoi
feint-il d'ignorer que l'Histoire est une tragédie dont Sénèque
disait: "Vivere militare est" - "La vie est une guerre?"
13
- L'intelligence politique perdue des ancêtres 
Pour
tenter de comprendre la dose de bonne foi qui soutient la démission
intellectuelle de nombreux agents d'influence français, il faut
peser la portée de la ratification du traité de Lisbonne et de
sa prétendue "entrée en vigueur", tellement le principal
bénéfice de ses pieuses dispositions est du moins d'exorciser
le spectre d'une supra-nationalité fatalement acéphale et qui
serait censée faire descendre du ciel d'une démocratie mondiale
surveillée par Israël une assemblée de députés miraculés par l'onction
et la droiture conjuguées de leur élection au suffrage universel.
Comment le vote populaire serait-il contrôlé par un ciel des saints
de la Liberté? Comment s'inspirerait-il spontanément d'une vision
prophétique de l'avenir de l'Europe, alors que les hautes lucidités
n'inspirent jamais que les grands chefs d'Etat - ceux qui, de
Bolivar au Général de Gaulle, ont toujours pris un siècle d'avance
sur leur temps?
Par
bonheur, la France et l'Allemagne disposent désormais, du moins
sur le papier, de la faculté minimale de mettre le moteur en marche
à eux deux - tant pis pour les traînards. Mais il n'est pas sûr
que ces deux nations parviendront dans un avenir raisonnable à
initier une portion dite "significative" de l'élite politique
de leur population aux secrets bien cachés des Machiavel de la
géopolitique. Il est certain, en revanche, que si les Slovènes,
les Lettons, les Lithuaniens, les Chypriotes, les Luxembourgeois
ou les Maltais se révélaient soudainement métamorphosables en
phalanges macédoniennes de l'Europe de demain, ce prodige ne servirait
de rien, parce que les hommes de valeur n'ont jamais, hélas, que
la taille des pays auxquels ils appartiennent et qui leur donnent
leur "surmoi politique", comme dirait le Dr Freud: on ne
fera jamais d'un Hongrois, d'un Slovaque, d'un Danois ou d'un
Finlandais des interlocuteurs titanesque de la Chine ou des Etats-Unis.
Aussi à peine entré en fonctions, M. Van Rompuy a-t-il dit: "J'attends
avec impatience un coup de téléphone de M. Barack Obama."
Tout est dit : la hiérarchie actuelle entre l'Amérique et l'Europe
entraîne une subordination spontanée de cette dernière. On accepte
d'emblée une réalité censée aller de soi, mais qui n'est jamais
que l'expression de la soumission des élites politique du Vieux
Monde à l'air du temps. C'est au maître qu'il appartient de téléphoner
à ses valets, non l'inverse.
14 - L'Europe des enfants
Si vous psychanalysez l'incapacité actuelle des Etats les plus
peuplés du Vieux Monde eux-mêmes à doter leurs citoyens d'une
vision à la fois réaliste et d'envergure du devenir de la planète,
vous découvrirez que la cause principale du réflexe instinctif
de subordination du petit Belge promu à une Présidence illusoire
de l'Europe n'est autre que l'occupation perpétuelle du Continent
par des troupes étrangères, parce que des vassaux même de forte
taille, s'ils demeurent hérissés à demeure de garnisons venues
d'au-delà des mers et qui s'expriment en une langue dont le gazouillis
demeure inintelligible aux oreilles des autochtones, ces vassaux,
dis-je, ne vont pas se coaliser contre leur maître vénéré, mais,
au contraire, rivaliser avec ardeur entre eux, à la manière des
petits enfants, dont l'espoir est seulement d'entretenir, chacun
de son côté, des relations flatteuses à leurs yeux avec leur maître
d'école à tous.
En
revanche, si l'Europe des premiers de classe se défaisait de son
protecteur et pédagogue, son retour à l'âge adulte serait quasiment
instantané, tellement les vieux peuples savent que l'on quitte
ses couches pour marcher tout seul sur ses deux jambes. Mais,
comment les élites démocratiques actuelles de la France et de
l'Allemagne forgeront-elles jamais les troupes de choc d'une raison
informée et d'une lucidité politique d'avant-garde si, depuis
trois quarts de siècle, les marmots du mythe de la Liberté dorment
à poings fermés dans le berceau de leurs républiques grisées par
le mythe de la Liberté?
Par bonheur, l'histoire est faite de violents électrochocs, par
bonheur, les électrochocs de cent mille volts marient de force
le réel et le symbolique.
-
Pour
une anthropologie transcendantale - Gaza et l'avenir de la
pensée politique mondiale,
23 novembre 2009
Si l'Europe exprimait l'audace de demander tout de go aux Etats-Unis
de ramener leurs troupes chez elles après une escapade de soixante-dix
ans hors de leur territoire, un traumatisme aussi brutal des nourrissons
briserait tout net leur propension culturelle non encore inscrite
dans leur capital génétique à courtiser le substitut du Père éternel
qu'ils se sont donné dès le berceau. Alors seulement le retour
collectif à la réalité des orphelins de la lucidité politique
dont jouissaient leurs arrière-grands parents les rassemblerait
tout soudainement; et leur ralliement rapide aux affaires de ce
bas-monde changerait la face de la terre. Mais si les électrochocs
politiques sont les éveilleurs de la raison des peuples et des
nations, encore faudra-t-il détecter l'enclume de leurs retrouvailles
précipitées avec l'intelligence politique de leurs ancêtres.
15 - Les dieux nationaux
et les dieux universels 
C'est
ici que l'anthropologie transcendantale rappelle une fois encore
qu'il n'y aura jamais de psychanalyse de la servitude politique
sans une connaissance rationnelle de l'inconscient religieux de
l'histoire. Prenez la récente déclaration de M. Barack Obama à
Pékin: "Les Etats-Unis veulent une Chine puissante et prospère".
Qu'enseigne la spectrographie théologique de ce discours? Que
le Président des Etats-Unis emprunte sans seulement s'en douter
un langage inscrit depuis ses origines calvinistes dans la culture
bénisseuse de cette nation: il appartient aux élus du ciel du
Nouveau Monde, pense-t-il, d'octroyer une grâce souveraine à l'empire
du Milieu, celle de lui souhaiter un heureux avènement de son
règne et de sa gloire sur cette terre.
On
sait que les présidents des Etats-Unis achèvent leurs discours
annuels sur l'état de l'Union par l'invocation rituelle: "Que
Dieu bénisse l'Amérique". Mais cette apostrophe au ciel de
l'endroit mime le verbe du Créateur forgé à Genève au XVIe siècle.
Elle se place à mi-chemin entre le vœu du dévot privilégié et
l'objurgation comminatoire. Si Pékin répondait à la Maison Blanche
avec une onction toute théologique à son tour: "Nous voulons
une Amérique puissante et prospère", la presse d'outre-Atlantique
lui répondrait sans doute: "Les acteurs européens attendent
passivement que la salle veuille bien les applaudir à la chute
du rideau. Chez nous, c'est d'un port fier de nos têtes que nous
attendons du public qu'il accomplisse bruyamment son devoir à
la fin de la représentation."
Et
d'ajouter: "Notre puissance et notre gloire de prédestinés
sont l'affaire de notre piété à nous, non celle de vos mandarins.
Pourquoi empruntez-vous un ton de bénisseurs-nés à notre égard
? Qui vous autorise à afficher une allure de protecteurs appelés
à bénir notre destin ? Seriez-vous de toute éternité les dépositaires
et les dispensateurs de notre salut sur la terre?"
Mais
l'espèce humaine est faite de fractions qui se diversifient au
gré des territoires et à l'école des climats. C'est pourquoi Rome,
après avoir importé des dieux grecs, n'a pas tardé à légiférer
contre l'invasion de divinités étrangères venues d'Asie. Or tout
empire devient un dieu universel à ses propres yeux. C'est donc
à point nommé que la métamorphose de Jahvé en un souverain universel
et, de surcroît, incarné, comme l'exigeait le réalisme romain,
a permis à Rome de conserver longtemps son ubiquité, avec tout
l'appareil théologique qui prolongeait son universalité territoriale.
L'empire américain a témoigné du même processus: si son langage
n'était pas devenu théologique, l'Amérique n'aurait pas accédé
à un rang politique mondial.
Mais, de nos jours, il n'y a plus d'omniprésence et d'omnipotence
politico-religieuse. C'est en vain que l'Amérique présente un
partenariat tronqué et contrefait à la Russie, à la Chine et demain
à l'Inde et à l'Amérique du Sud, parce qu'elle a oublié que tous
les dieux sont inconsciemment nationaux sous leur apparat théologique
universel. C'est la théologie de la grâce qui a changé l'Amérique
en sosie de l' Olympe de saint Augustin.
Aussi longtemps que l'Europe n'aura pas de science de l'inconscient
mythologique de l'histoire et de la politique, jamais elle ne
descendra dans les coulisses des trois monothéismes et jamais
elle n'osera demander tout à trac aux Etats-Unis de quitter les
planches, parce qu'elle recevra toujours d'un autre la parole
de bénédiction qui fait l'histoire. Telles sont les coulisses
de la demande impatiente de M. Van Rompuy que M. Barack Obama
veuille bien décrocher son téléphone.
Mais
Confucius répond du tac au tac aux apôtres de leur propre gloire:
"Occupez-vous de votre grandeur, à nous de nous occuper de
la nôtre", parce que la Chine, elle, n'est pas marquée du
sceau de l'universalité et de l'ubiquité des théologies du salut,
de sorte que son réalisme garde les yeux grands ouverts sur la
logique biaisée de la Maison Blanche.
16
- Le spectre de Talleyrand 
Mais, encore une fois, comment forgerons-nous en Allemagne, en
Italie, en Espagne le fer de lance d'une classe dirigeante adulte
si nos élites politiques ignorent tout des ressorts anthropologique
du sacré ? La France est retournée dans l'OTAN avec un bandeau
sur les yeux. Par chance, elle se contente de humer les parfums
qui montent des autels de la Liberté américaine. Ce luxe lui est
permis du fait que, depuis quarante-sept ans, elle n'est plus
occupée par les forces armées de l'étranger. Mais quand on ne
partage plus le picotin de la servitude que mâchent ses voisins,
comment tirer parti du réalisme chinois de la France ? Que faire
de Mme Merkel, qui marie une grande énergie ménagère avec un cerveau
attentif à ne pas quitter ses fourneaux des yeux? Que faire de
M. Berlusconi, qui gère la dernière basse-cour de l'empire romain?
Je
suggère que le spectre de Talleyrand vienne tenir au Nouveau Monde
le discours des grands piégeurs du sacré. En 1814, c'est au nom
de la légitimité théologique des monarchies que le Prince de Bénévent
a défendu le droit à la souveraineté de droit divin de la nation
de 1789 face à une Sainte Alliance coalisée contre le trône des
Bourbons sur son sol. Pourquoi la France de la raison politique
retrouvée du Vieux Monde ne dirait-elle pas à l'Amérique: "L'Europe
vous rend grâces de lui avoir apporté le salut, l'Europe vous
sait gré d'avoir, en outre, poursuivi votre sainte mission plus
de vingt ans après la chute du mur de Berlin afin de consolider
et de rendre indestructible votre Sainte Alliance avec la Liberté
du monde. A l'heure de votre réembarquement, nos fleurs et nos
couronnes vous disent notre impérissable gratitude pour les lauriers
que vous avez récoltés chez nous. Nous vous souhaitons la puissance
et la prospérité sur vos terres enfin si heureusement retrouvées
; et que votre Dieu vous bénisse."
30
novembre 2009