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Section Les défis de l'Europe
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Lettre ouverte à Condoleezza Rice
La politique internationale et l'éthiqueL

 

Il y a quelques jours, Jacques Chirac et Dominique de Villepin ont reçu ensemble cinq sénateurs américains , dont deux démocrates, Joseph Biden et Patrick Leahy, qui se sont ensuite étonnés dans l'International Herald Tribune de ce que la France n'ait pas été convaincue par le miracle démocratique censé s'être produit à Bagdad le 30 janvier.

Il est devenu évident que, faute d'approfondir la réflexion sur les notions de démocratie et de religion, la France et l'Europe ne disposeront pas des moyens intellectuels d'empêcher la légitimation progressive et insidieuse d'une guerre menée en violation du droit international en Irak et d'une répression sanglante de la résistance à l'occupant. L'Europe y laisserait son âme, mais aussi son intelligence .

Ma lettre ouverte à Mme Condoleezza Rice expose l'approfondissement de la science politique et de l'art diplomatique que l'anthropologie critique apporte au Quai d'Orsay à l'heure où la commémoration du centenaire de la loi de 1905 nous rappelle que la raison française n'a su féconder la raison mondiale ni à l'école de Darwin, ni à celle de Freud.

1 - De quelques règles de l'art diplomatique
2 - Votre arrivée rue Saint Guillaume
3 - De l'art d'éviter les faux pas en public
4 - Démocratie et théocratie
5 - De la psychophysiologie des trois monothéismes
6 - Les députés des autels
7 - Votre Dieu schizoïde
8 - Les découvertes des anthropologues européens
9 - Une psychophysiologie de votre Dieu
10 - Une psychanalyse de l'animal nucléaire
11 - Nos " divergences "
12 - Les prestidigitations verbales
13 - Appel aux armes
14 - La complainte de Falloudja
15 - Nos anthropologues des idoles

1 - De quelques règles de l'art diplomatique

Madame,

Songez que nous nous plaçons modestement dans la postérité du surgeon grec de l'Egypte antique, songez que le christianisme nous avait précipités dans des ténèbres si épaisses que nous nous étions interdit toute découverte scientifique ou philosophique pendant quinze siècles, songez que nous avions oublié la galanterie , les lettres d'amour et les parfum d'Alexandrie, songez que nous n'avons commencé de sortir de la nuit de l'ignorance qu'avec le Quattrocento italien, songez que nos monarques ont quitté leurs bahuts et leurs coffres de chêne il y a quatre siècles seulement, songez que notre longévité de civilisateurs ne compte qu'un demi millénaire, songez que notre "Connais-toi" n'a repris sa marche qu'à partir d'un XVIIIe siècle et que, depuis lors, nous écarquillons les yeux sur la petitesse de notre planète et sur l'immensité de l'univers. Vous voici donc tout fraîchement débarquée sur les terres d'un continent demeuré tellement juvénile qu'il ne figure, hélas, que la civilisation la plus récente , donc la plus inexpérimentée que le monde ait connue. C'est en raison même de notre jeunesse que nous nous réjouissons de recevoir une jolie femme. Vous avez été accueillie sous les lambris d'un palais de la République dont l'ameublement témoigne du bon goût tardif de nos rois. Vous êtes l'ambassadrice de la politique extérieure d'un empire. Permettez-nous de soutenir vos premiers pas dans une civilisation pleine de sourires et d'embûches.

Si nous jouissions des privilèges du grand âge , nous aurions accueilli avec un sourire amusé l'assaut sur le plus vieux quartier de Paris de votre ambassade truffée de policiers. Figurez-vous que le quartier latin se pare à nos yeux d'un antique renom . Pantagruel et Panurge y ont déambulé aux côtés de Gargantua, lequel a pissé sur les badauds du haut des tours de Notre-Dame. Prenez garde de froisser notre susceptibilité d'adolescents. Vous savez que cet âge défend les prérogatives de sa barbe naissante .

2 - Votre arrivée rue Saint Guillaume

Que restera-t-il, dans la mémoire de Lutèce, de votre arrivée en armes rue Saint Guillaume ? Imaginez que notre Ministre des Affaires étrangères aurait décidé de prononcer à Princeton ou à Harvard un discours conciliant, afin de réchauffer les relations diplomatiques qui s'étaient tendues entre nos deux pays en raison de vos conquêtes sanglantes, de la cruauté de vos troupes d'occupation en Irak et des crimes de guerre que vous commettez au nom de nos idéaux communs ; puis imaginez que la police dont nous aurions, nous aussi, truffé notre ambassade, aurait envahi à grand fracas un quartier entier de ces villes savantes, afin que l'arrivée musclée de notre diplomate fît briller nos glaives dans l'enceinte de vos universités les plus prestigieuses.

Nous comprenons et nous pardonnons l'ignorance des voyageurs venus des contrées les plus lointaines et nous mettons sur le compte de leur maladresse les faux pas tonitruants des ambassadeurs encore mal informés des us et coutumes de leurs hôtes . Néanmoins, les Français ont été surpris d'apprendre par leurs journaux que l'Ambassade de votre pays avait mis d'autorité la rue Saint Guillaume sous haute surveillance et pris le contrôle de tout le quartier; que les places dans l'auditoire étaient réservées à vos invités à proportion des quatre cinquièmes ; que les questions que nous étions autorisés à vous adresser du bout des lèvres devaient être soumises au préalable à votre examen et ne pouvaient vous être posées qu'avec votre aval, ce qui vous a permis d'écarter celles qui ne convenaient pas à votre politique.

Sachez qu'à peine un Etat européen compte-t-il un maigre millénaire d'existence qu'il s'arme d'un protocole minutieux et s'entoure des rubans d'une souveraineté chatouilleuse . Je crains fort qu'il soit maladroit de blesser la fierté militaire des nations. Mais si vous désirez sceller avec elles une étroite alliance et si vous y mettez en gage un trésor que vous appelez la Liberté , comment enchaînerez-vous vos amis à votre sceptre jusque sur leur propre territoire? Les relations entre les Etats sont soumises aux règles d'une courtoisie de cour. Celles-ci se trouvent soigneusement consignées dans de petits manuels à l'intention des débutants dans la Carrière. On appelle " étiquette " les bonnes manières qui affinent les relations entre les appareils d'Etat et écartent les odeurs de l'allégeance, de la servitude ou de la vassalité.

3 - De l'art d'éviter les faux pas en public

Néanmoins, en raison de l'inexpérience des affaires du monde dont souffre votre nation, nous sommes prêts à vous initier pas à pas aux secrets les plus cachés des affaires de ce bas monde ; et puisque vous êtes venue nous dire que vous désirez vous en informer, nous souhaitons vous voir grandir en force et en grâce dans l'arène internationale. Mais voyez comme il vous faudra prêter la plus grande attention aux paroles qui tomberont de vos lèvres. Ne les laissez pas sans surveillance, empêchez-les de vous échapper par malencontre , maladresse ou inattention. Ne nous dites pas que notre rôle demeurera subalterne , ne nous dites-pas que nous avons le devoir de suivre vos consignes , ne rappelez pas à l'ordre Berlin, Paris et Londres, ne leur demandez pas au pied levé de suivre vos légions jusqu'à Téhéran, ne criez pas sur les toits que votre prochaine guerre est déjà programmée, ne dites pas à la France, que vous aviez mise au piquet qu'elle sera une chance, c'est-à-dire une rallonge de votre politique et que vous levez la punition que vous lui aviez infligée, mais qu'elle devra se montrer flattée de voir son cocher lui caresser l'encolure au retour d'une longue absence. La France s'est toujours donné pour règle de ne pas tenir ses interlocuteurs pour durs d'oreille . Le plus grand art diplomatique, est d'entendre un interlocuteur avant même qu'il ait ouvert la bouche, ce qui permet de prévenir ses incartades.

4 - Démocratie et théocratie

J'en viens à des remarques plus profondes, donc plus difficiles à saisir , puisque, pour bien en entendre le sens , c'est leur portée politique qu'il faut mesurer . Apprenez donc que les néophytes de la diplomatie excellent en général dans les affirmations doctrinales et confessionnelles. Tout, dans leur bouche, exprime l'idée qu'ils se font de la sacralité de leur devoir. Ils demeurent tellement attachés aux pédagogues qui les ont élevés dans la vertu qu'à peine ont-ils quitté les bancs de l'école qu'ils s'empressent d'éduquer l'univers. En vérité, ils n'ont appris qu'à manier la férule des maîtres en théologie politique qu'ils ont sagement écoutés. Pourquoi, sitôt montés en graine, s'appliquent-ils à vous peindre leur ciel ? C'est qu'ils n'ont pas appris que la scène du monde se rit de leur candeur. Laissez-moi, Madame, instruire quelque peu votre talent en herbe des ressources d'une science de l'histoire et d'un art diplomatique dont l'apprentissage vous remplira d'un grand ravissement.

Quelles sont les rumeurs qui montent de la terre? Nous avons l'ouïe fine pour les actions de grâce que vous adressez à l'idole la plus païenne que le monde ait jamais adorée . N'est-ce pas votre Dieu de la Liberté qui fait couler en Irak où tonnent vos canons le fleuve d'un suffrage universel dont les eaux charrient des cadavres?

Vous savez combien nos diplomates se veulent respectueux de tous les dieux. Connaissez-vous Talleyrand ? Ce diable d'homme a servi la Révolution, les Bourbons et Napoléon, parce que le cœur de la politique, disait-il, s'appelle l'art diplomatique. C'est dans cet esprit que je me demande si vos pédagogues du salut vous ont bien instruite des difficultés qui attendent votre théologie et votre politique à Bagdad. Votre révolution de 1776 n'a pas été philosophique pour un sou. Vous y avez mêlé le ciel et la terre avec une naïveté messianique. Et maintenant, vous avez rendez-vous avec la diversité des autels. Comment allez-vous catéchiser le suffrage universel à Bagdad? Comment préciserez-vous le statut éthique et cérébral de votre démocratie à vos auditoires d'oulemas? Pourquoi n'avez-vous pas consulté Allah et son prophète avant de porter l'Ayatollah Sistani sur les fonts baptismaux de votre République ? Comment la torche de votre statue de la Liberté éclairera-t-elle une théocratie vieille de quatorze siècles.

5 - De la psychophysiologie des trois monothéismes

La voix du ciel a aussitôt retenti entre le Tigre et l'Euphrate ; et les saints écrits des cosmologues de la Genèse ont rappelé aux imprudents que toute distinction entre l'Etat et la religion serait une hérésie effroyable. Comment ferez-vous courir à l'Irak le risque de déchaîner les foudres d'Allah ? Comme vous le savez, les verdicts des trois dieux uniques sont tenus pour infaillibles par nature et s'imposent aux nations qui se réclament de leur autorité. Mais nous avons entendu M. Cheney, qui compte parmi les fidèles les plus influents du Dieu que vous représentez sur la scène internationale, saluer la compétence des théologiens d'Allah le miséricordieux au chapitre de la nature et de la définition des principes philosophiques et moraux qui régissent les démocraties occidentales.

L'enseignement que vous avez reçu à Harvard vous a-t-il informée de la psychophysiologie qui régit les religions monothéistes ? Vos anthropologues ont-ils étudié l'évolution de l'encéphale de l'animal religieux? Que vaut votre science des trois divinités qui se partagent l'encéphale schizoïde des évadés du monde animal ? On me dit que vos Universités ne sont pas toutes informées de l'évolution des espèces et qu'on enseigne encore le créationnisme dans l'Arkansas. Mais Harvard, Yale, Princeton ou Stanford enseignent-ils une science du cerveau onirique de l'humanité ? Savez-vous qu'aucune démocratie n'est compatible avec une théologie appliquée et qui se voudrait " expérimentale " dans l'ordre politique? Savez-vous que , dans le Philèbe, Platon expliquait déjà que l'homme ne dispose pas du pouvoir de se mêler des tracas des dieux, mais qu'en retour , les dieux sont à la même enseigne à l'égard des hommes, de sorte que les Grecs sont seuls maîtres des affaires de leurs cités ?

C'est ce franc partage des compétences et des responsabilités entre le ciel et la terre qui a permis à l'Hellade de Périclès de dresser la démocratie citadine sur les ruines de la théocratie paysanne, qui reposait sur l'autorité des prêtres de la fécondité de la terre. L'ouverture de Cérès aux étendues marines a permis la première relégation des Célestes dans les nues et fondé la politique sur les trafics d'un suffrage populaire livré aux séductions des rhéteurs. Partout où les sacerdoces terriens ont conservé ou reconquis leur prestige, ils se sont appliqués à interdire l'éloquence à une classe politique désireuse de mettre à la voile et devenue voyageuse. Les autels sont arrimés aux sols des nations. Allah perpétue le modèle des dieux fixés en terre. L'Egypte, la Perse et le Moyen-Age européen en ont illustré le modèle.

6 - Les députés des autels

Nous avons dû attendre le XVIIIe siècle pour qu'une classe sociale de navigateurs de l'intelligence s'émancipât du hiératisme campagnard et permît à l'Europe ulysséenne de fonder les démocraties prométhéennes. Comment une fraction significative de la population irakienne conquerrait-elle une distanciation intellectuelle à l'égard des Ayatollah ? Comment une autorité politique réelle surgirait-elle de votre simulacre d' élections et des trucages qui ont présidé au scrutin, puis au décompte interminable des voix? Vous avez cru qu'il suffisait de faire nombre pour fonder une démocratie. Mais encore faut-il que les bulletins artificiellement amoncelés arment des citoyens. Les Irakiens ne font pas encore une masse électorale. Imaginez que votre Sénat soit composé de notables rassemblés autour de quatre autels. Les " députés " protestants, catholiques, juifs et musulmans seraient-ils de vrais votants ? Sur quoi solliciteriez-vous les suffrages de ces catéchistes? Comment une assemblée législative irakienne fondée sur les verdicts d'une orthodoxie jouirait-elle d'un statut et d'une autorité proprement politiques si les questions dont ces prétendues "représentants du peuple souverain" auraient à débattre étaient résolues d'avance dans le ciel des sunnites ou des shiites et si, de surcroît , les Kurdes demeuraient étrangers par nature à cette arène, parce qu'ils seraient appelés à dissoudre leur identité ethnique dans deux ou trois théologies?

Mariali

Tout cela nous renvoie à 1814, quand Talleyrand imposa le retour des Bourbons et de la théocratie chrétienne à toute la coalition des puissances européennes victorieuses de Napoléon à Waterloo. Si vous avez un peu étudié notre histoire, vous savez sans doute que ce diplomate cousu d'or avait acheté de ses deniers un défilé du petit peuple de Paris et lui avait fait crier contre monnaie sonnante et trébuchante sous les fenêtres du Tsar de Russie: " Vivent les Bourbons ". Cette manifestation aussi spontanée que la chute théâtralisée de Bagdad dont vous avez réussi la mise en scène devant vos caméras de télévision il y deux ans avait convaincu la coalition des têtes couronnées que la France était revenue au siècle de Louis XIV et que nous voulions tout subitement retrouver le trône et l'autel. Mais le XVIIIe siècle nous avait enrichis d'une classe sociale peu soucieuse du ciel des uns et des autres et relativement capable d'exercer des responsabilités politiques sous la surveillance flottante de nos élites démocratiques encore inexpérimentées. La société chiite ne fournit encore aucun embryon d'un Tiers Etat composé de petits et de grands marchands attirés par le commerce des idées, alors que nous regardons nos prêtres de travers depuis Erasme et Rabelais.

7 - Votre Dieu schizoïde

Permettez-moi maintenant, Madame, de vous informer de quelques modifications de la structure et du fonctionnement de l'encéphale de l'humanité que nous avons enregistrées depuis les adieux de Fontainebleau . Figurez-vous que nos philosophes ont quelque peu fait progresser l'espèce d'entendement de notre espèce à la suite de la publication, par un certain Lord Darwin, il y a de cela cent quarante six ans déjà d'un ouvrage qui a fait beaucoup de bruit en Europe et qui s'intitulait De l'évolution des espèces.

Mais j'hésite, Madame, à attirer votre attention sur un sujet fort difficile à inscrire sur les tablettes du ciel et de la terre . Croyez bien que seule ma conviction de la nécessité politique de vous informer des découvertes européennes dans le domaine de la connaissance scientifique du cerveau humain actuel me décide à vous raconter la surprenante évolution dont la pensée du Vieux Monde a été le théâtre depuis que nos révolutions de 1830 et de 1848 , puis notre réforme scolaire de 1905 ont creusé un fossé infranchissable entre notre Etat et notre religion. Peut-être retirerez-vous cependant un grand avantage de cet enseignement: car si vous découvrez que les verdicts des Olympes d'aujourd'hui ne font jamais prendre aux croyants d'autres décisions que celles que leurs sacerdoces mettent dans la bouche d'Allah, de Jahvé ou du Dieu de la Croix, comment fonderez-vous une démocratie de l'Euphrate sur la lucidité politique de quelques millions de Mésopotiens que vous n'aurez nullement formés à l'école de la raison moderne, puisque vous n'avez pas encore initié vos propres citoyens à une si rude école? Et pourtant quelle " opportunité " , comme vous dites souvent , de faire découvrir au Nouveau Monde que le Dieu de votre démocratie messianique s'est déjà plus ou moins mis à l'écoute des leçons de la démocratie grecque sous Périclès. Car si pieux que vous soyez demeurés en public, vous n'en avez pas moins décidé que la politique d'empire de l'Amérique ne ressortirait pas à vos saintes Ecritures, mais aux compétences du parti républicain. Votre Dieu se trouve scindé entre le ciel et la terre depuis plus de deux siècles ; et, depuis lors, vous suez sang et eau à pousser la charrue de votre politique dans les sillons de votre sotériologie.

8 - Les découvertes des anthropologues européens

J'éprouve tant d'attachement pour votre Benjamin Franklin, qui conduisit la foudre en terre, que je me risque à vous communiquer des informations ultra secrètes sur les dernières découvertes des anthropologues européens dont les travaux sont sur le point de percer les secrets psychopolitiques des trois monothéismes et de leurs foudres respectives. Leurs recherches sont désormais tellement près d'aboutir à des connaissances utiles aux diplomates que plusieurs d'entre eux sont d'ores et déjà devenus les conseillers écoutés de nos gouvernants . Mais nos spécialistes du genre humain ont également scanné la boîte osseuse de l'Amérique et de son Dieu et ils y ont si bien réussi qu'ils ont pu observer l'évolution de votre dichotomie cérébrale sur la terre et au ciel et qu'ils ont mesuré le long chemin qu'il vous reste à parcourir pour vous initier aux travaux actuels de nos anthropologues .

Ils ont remarqué, en tout premier lieu, que, faute d'une science qui donnerait à vos savants post-darwiniens une connaissance du courant alternatif qui frappe le cerveau simiohumain biphasé, vous saluez bien bas le prétendu " choix démocratique " du peuple irakien, alors que des élections menacées par les fatwas des uns et des autres témoignent d'une civilisation encore radicalement scindée entre le monde réel et des mondes fabuleux. Pour la première fois depuis la Renaissance, c'est l'approfondissement de la connaissance psychobiologique de la science politique mondiale qui fait progresser notre civilisation du "Connais-toi" .

9 - Une psychophysiologie de votre Dieu

Ayant étudié l'évolution de la psychobiologie de votre Dieu, nous connaissons les dangers que son développement fait désormais courir à la terre entière . Nous savons que sa complexion originelle est issue du messianisme angoissé de Calvin, puis que son encéphale a dévié vers un angélisme militarisé. Du coup, il a pris la relève idéocratique du prosélytisme ardent du christianisme originel.

Nos anthropologues sont devenus des généalogistes des trois monothéismes. Ils sont désormais en mesure de prévoir l'évolution à laquelle la logique interne d'une théologie la conduit nécessairement. Ils connaissent également les étapes psychiques que l'Américain moyen a nécessairement parcourues pour se changer en un juste de naissance à ses propres yeux, et cela de telle sorte que son innocence, devenue infuse, le prédestine à combattre les armes à la main pour le salut de l'univers en tous lieux. Pour accéder à la connaissance des chromosomes de l'évangélisme, l'Europe de la pensée a réussi à soumettre le prophétisme en modèle réduit de la cité de Calvin en son siècle à un prodigieux agrandissement de ses virtualités messianiques; puis à suivre sous la lentille de nos microscopes du sacré le développement logique des potentialités doctrinales de cette théologie. Nous disposons maintenant de logiciels capables de suivre à la trace les métamorphoses imposées aux paramètres confessionnels des monothéismes originels. Nos anthropologues sont parvenus non seulement à programmer l'avenir cérébral du Dieu de l'Amérique par l'observation de l'hypertrophie de ses présupposés basiques, mais à calculer ses ravages politiques futurs à la suite de l'explosion incontrôlée de son noyau nucléaire artificiellement comprimé et mis en vase clos par Calvin.

C'est pourquoi je crois devoir vous signaler les obstacles que l'Europe de la pensée opposera à votre sotériologie . Si je vous livre quelques secrets intellectuels encore inaccessibles à vos anthropologues, c'est afin de vous mettre en garde et aussi de vous prévenir que les ressorts théologiques de votre Liberté vous renvoient à une idole dont nous connaissons les arcanes. Notre science des floraisons doctrinales des monothéismes sait pourquoi votre Liberté est une idole devenue toute mentale et chargée de cautionner dans vos esprits l'expansion politique d'un empire habillé en démocratie de confection. Nous avons vu votre idole s'incarner ; nous l'avons vue envahir l'Irak le verbe de sa sainteté à la bouche, nous l'avons vue s'emparer pour longtemps du territoire de cette nation ; nous l'avons vue faire main basse sur son pétrole, nous l'avons vue y établir vos bases militaires, nous l'avons vue réprimer dans le sang la résistance du peuple irakien. Pour nos anthropologues post-darwiniens, Guantanamo et Abou Ghraib n'ont plus de secrets : ils détiennent les clés de vos carnages. Vous avez reproché à M. Rumsfeld d'avoir mal préparé les suites de votre conquête. Mais si les Universités que vous avez fréquentées n'ont pas de connaissance scientifique des religions, comment cette " suite " aurait-elle pu se trouver préparée ?

10 - Une psychanalyse de l'animal nucléaire

Quant à la croisade contre l'Iran dans laquelle vous voulez maintenant entraîner tout l'univers, votre Dieu vous a-t-il seulement permis de réfléchir sérieusement à la nature de l'esprit simiohumain dans le royaume du ciel où vous avez installé les campements de votre croisade politique ? Votre anthropologie pseudo scientifique n'a pas de connaissance expérimentale de la puissance nucléaire et de sa place dans le cerveau biphasé de notre espèce. Elle ignore que cette foudre est construite sur l'apocalypse spéculaire de Saint Jean et qu'elle est inutilisable sur la terre, parce qu'elle anéantit la notion de champ de bataille. Qu'est-ce qu'une guerre qui n'a plus de territoire à sa mesure ? Votre science anthropologique connaît si peu le cerveau des descendants d'un quadrumane à fourrure qu'elle n'a même pas remarqué qu'une " guerre " dite " atomique " ne serait qu'un suicide à deux ! Aussi votre bombe n'a-t-elle jamais servi qu'à mettre hors de combat un adversaire empêché de vous rendre la pareille. La preuve que vous le savez sans le savoir, c'est que la Corée du Nord a fait taire vos matamores à seulement annoncer qu'elle disposait des moyens de vous pulvériser en retour, tandis que vous persévérez à menacer l'Iran, sachant qu'elle n'a pas encore les moyens de vous rendre plus raisonnables. Mais quel spectacle que celui de deux hordes animales qui ne brandissent que des foudres spéculaires et qui ne précipitent dans la géhenne que des adversaires assez sots pour se jeter leurs rôtissoires infernales à la face !

Nos anthropologues à nous sont devenus des spécialistes de ce qu'ils appellent les " lignes Maginot mentales " d'une espèce dont l'intelligence flotte encore entre le réel et des mondes imaginaires. Ils savent depuis longtemps que le mythe nucléaire est réellement dissuasif en ce que le simianthrope n'est pas aussi dément que ses mimiques affectent de le faire paraître à ses congénères . Ils ont étudié les mécanismes psychobiologiques d'une terreur gesticulatoire et préconstruite pour ne duper ses artificiers qu'à moitié. L'Europe post darwinienne s'est spécialisée dans l'étude du fonctionnement psychique des masques semi conscients du singe-homme . Nous en avons retrouvé le modèle chez les chimpanzés que nous avons longuement observés dans nos laboratoires et qui se sont montrés semi lucides et semi trompés, de la même manière que leurs descendants humains. Quand ces animaux se trouvent en liberté, ils hurlent à la lisière de leurs forêts afin de dissuader un adversaire invisible et fictif dont ils exorcisent d'avance l'effigie. Nous avons même démontré le lien à la fois psychique et organique qui relie les masques nucléaires aux masques sacrés et nous avons établi que le nucléaire militaire est devenu un instrument de prestige du singe homme aussi irréfléchi que l'arme de dissuasion massive que figurait l'excommunication majeure au Moyen-Age.

11 - Nos " divergences "

J'en viens à la question que toute l'habileté de votre diplomatie d'empire s'efforce de noyer dans les vapeurs de votre catéchèse et qui porte sur ce que vous appelez nos " divergences ". Hélas, Madame, il ne s'agit pas de simples " divergences " . Quittons le ciel des anges et des séraphins de la démocratie. Vous savez aussi bien que nous pour quelles raisons vous vous attachez à édulcorer, à minimiser , à banaliser nos " dissensions ". Mais il arrive que les euphémismes empoisonnent le nectar et l'ambroisie de la vérité. Ce que nous reprochons à votre Etat mis à nu, c'est rien moins que la guerre de conquête que vous avez entreprise, conduite et menée à son terme en violation délibérée du droit international, ce que nous reprochons à votre Etat, c'est rien moins que l'occupation sanglante d'une nation de trente millions d'habitants, ce que nous reprochons à votre Etat, c'est rien moins que de réduire la conscience universelle à un objet de risée, ce que nous reprochons à l' Etat que vous représentez , c'est rien moins que l'ambition avouée de se tailler un empire par la force des armes. Vous nous demandez de légitimer votre puissance , vous nous demandez d'acquiescer à votre volonté de régner sur le monde et, pour gage de leur allégeance, vous demandez à nos gouvernements de fouler avec vous aux pieds les fondements moraux de notre civilisation. Comment pouvez-vous nous demander de nous boucher les oreilles aux cris des suppliciés que vous torturez ? Comment les prêtres de la liberté, les prophètes de la justice, les missionnaires du Dieu dont vous avez revêtu les vêtements à l'échelle de la terre peuvent-ils nous demander de nous rendre complices de leurs crimes?

Madame, depuis des siècles, l'Europe tente de sortir de l'âge des nations dont le glaive dit le droit . C'est pour cela, à vous entendre, que vous nous avez secourus. Comment voulez-vous que nous vous bénissions maintenant au profit de la tyrannie dont vous nous avez délivrés ? Comment voulez-vous que nous n'arrachions pas de vos mains le sceptre du despotisme? Le XXe siècle aurait-il fait de nous les dupes de vos ruses de sauveurs du monde ? Depuis six décennies, ne songiez-vous qu'à tirer des bénéfices inépuisables de nous avoir retirés de la géhenne ? Vous dites que vous vous êtes cloués sur la croix de l'histoire du monde, vous vous présentez en Christs de la démocratie. Est-ce afin de nous demander de payer à notre sauveur la rente perpétuelle de notre servitude ?

Comprenez-vous Madame, pourquoi nos anthropologues ont découvert des secrets du ciel que Freud lui-même n'avait pas réussi à percer ? Comprenez-vous pourquoi nos psychanalystes des théologies observent un inconscient bien plus profond que celui du grand Viennois, l'inconscient de la condition simiohumaine, l'inconscient de la politique et de l'histoire, l'inconscient de Dieu?

12 - Les prestidigitations verbales

La vérité, Madame, c'est que nos " divergences " , comme vous dites, ne sont plus du ressort de la négociation diplomatique entre Etats souverains, la vérité, c'est qu'on ne négocie pas les fondements du droit international, parce qu'ils conditionnent l'existence même des civilisations depuis l'Antigone de Sophocle. Vous connaissez si bien le terrible enjeu de nos " divergences " que vous tentez de nous prendre au piège de nos revendications diplomatiques d'autrefois, qui étaient demeurées fort modestes : nous nous plaignions alors de la rudesse et de l'effronterie de l'hégémonie que vous exerciez sur vos alliés vassalisés. En ce temps-là, vos mauvaises manières nous faisaient trépigner comme des enfants. Nous avions même inventé un mot ridicule, l'" unilatéralisme ", parce que le sans-gêne de votre département d'Etat nous restait trop en travers de la gorge pour qu'à notre plus grande honte nous l' appelions par son nom.

Vous chantez maintenant une tout autre berceuse. Vous racontez aux enfants que l'histoire du monde ne retiendra rien de nos "querelles ", vous tentez d'endormir vos serviteurs à l'écoute d'une étrange mélopée , selon laquelle nous construirions un avenir radieux sur les ruines du droit et de la justice. Ah ! le beau calcul que voilà ! Nous ne nous sommes pas réconciliés avec l'Allemagne sur le fondement d'une légalisation a posteriori de l'agression de Hitler le 10 mai 1940, nous ne nous sommes pas réconciliés avec la Russie par la légalisation a posteriori des crimes de Staline, nous ne nous sommes pas réconciliés avec la démocratie par la légalisation a posteriori des guerres de Napoléon, qui se vantait, comme vous aujourd'hui, de répandre nos évangiles de 1789 dans tout l'univers. On n'effacera pas des tablettes de l'histoire votre politique du fer et du feu, parce qu'on ne fonde pas l'avenir du monde sur la légitimation de la loi du glaive . Depuis quand l'odeur de l'encens efface-t-elle le parfum des charniers ? Les encensoirs des démocraties ont trop servi pour faire recette sous la bannière étoilée.

13 - Appel aux armes

La guerre en Irak, vous l'avez désirée, vous l'avez préparée de longue date, vous avez vainement tenté d'en cacher au monde les véritables motifs. Vous savez bien que les peuples ignorent encore que les empires vont leur train et que rien ne les arrête. Vous avez abusé de leur innocence à feindre de chercher partout un certain Ben Laden . Puis, vous avez prétendu protéger la planète des armes d'une apocalypse finale miraculeusement concentrées dans une fiole microscopique et vous avez poussé le ridicule de vos faux prodiges jusqu'à la brandir à la face d'un monde mi-rieur, mi-médusé par votre sorcellerie; et maintenant, l'ambition froide de votre empire vous conduit à préparer l'opinion des sots à la poursuite de votre expansion de Rabat à Ryad . Mais la France, l'Allemagne, la Russie et même l'Angleterre tentent de mettre un frein à votre évangélisme armé jusqu'aux dents. C'est pourquoi nous sommes étonnés par votre aveuglement. Comment se fait-il que tout l'univers ait retrouvé ses esprits et qu'il s'oppose désormais avec autant de vigilance que de résolution à la poursuite des conquêtes de votre Attila de la démocratie et que vous seuls ne le voyiez pas ? Croyez-vous que vous sortirez des ruines de Falloudja et que vous poursuivrez votre équipée militaire sous la bannière de la vertu ? Cette ville de 300 000 habitants est devenue votre Stalingrad. Trois mois après votre offensive du 8 novembre 2004, elle est sinistrée, sépulcrale et vidée de ses habitants. Mais ses ruines vous empêcheront de vous précipiter plus loin.

14 - La complainte de Falloudja

Ecoutez Cheikh Taghlib Al-Alousi : "Comme après un tremblement de terre, un tsunami de feu et de bombes n'a pratiquement rien épargné, pas même les mosquées. "

Ecoutez Hazrah Mouhammedia pleurer sur la ville aux cent mosquées. "Pratiquement pas une maison n'a été épargnée. 20% d'entre elles ont brûlé et au moins 10% ont été totalement détruites. "

Ecoutez la litanie des fossoyeurs : " Il y avait partout des corps brûlés, décapités, mutilés. Certains avaient encore des ceintures explosives. D'autres avaient été surpris par la mort dans leur voiture. Il fallait faire attention à tout. On les mettait dans des sacs puis dans des camions pour les conduire au cimetière ou les enfouir sur le stade comme ils étaient, sans les préparatifs d'usage. "

Ecoutez les témoins de vos crimes de guerre : " Les soldats inscrivaient un X entouré d'un cercle sur les maisons qu'il fallait faire exploser et une tête de mort sur celles où il y avait des cadavres."

Avez-vous seulement lu les journaux européens? Ils rapportent que Falloudja est devenue une ville fantôme , ils écrivent qu' " une toute petite partie de la population est revenue, sans doute moins de 20% , pour la plupart des pauvres, qui n'ont pas les moyens de vivre à Bagdad ou n'ont pas trouvé de place ailleurs. Ils survivent dans un décor d'apocalypse, au milieu des ruines et des rues barrées ou encombrées de voitures brûlées et de monticules de gravats. "

Ils racontent : " Les magasins sont vides, pillés. Les hôpitaux endommagés et fermés. Les écoles et les marchés sont déserts. L'électricité et l'eau commencent à peine à revenir. Les voitures ne sont qu'exceptionnellement autorisées à entrer dans la ville. Les habitants vivent comme des nomades. "

Ils racontent : " Chaque jour, des anciens résidents reviennent sur les lieux de ce qui fut leur demeure. Pour cela, il faut être muni d'une pièce d'identité délivrée par les Américains et affronter des heures d'attente aux points de passage avant de pouvoir pénétrer dans la ville sous haute surveillance, de constater les dégâts et de tenter de préserver ce qui peut l'être encore . La plupart repartent le même jour. "

Ils racontent : " J'aimerais bien que l'on ne voie plus d'Américains, ni ici, ni sur toute la terre. Si je pouvais prendre les armes, je le ferais, mais je suis trop vieux et les Américains sont trop forts. Ils vont coloniser l'Irak pendant vingt ans ou plus, car nous avons du pétrole. Je ne sais pas s'ils partiront un jour. "

Vous avez détruit Falloudja parce que vous pensiez qu'un monceau de décombres ruinerait les âmes et éteindrait les courages ; vous avez détruit Falloudja parce que vous avez cru que les peuples sont terrassés par des montagnes de gravats . Vous vous êtes trompés : Falloudja sera l'âme de la résurrection du peuple irakien.

Madame, ce peuple a compris que vous êtes venus en Mésopotamie pour y rester ; ce peuple a compris que vous ne partirez que par la force des armes ; ce peuple a compris que la résistance armée est désormais la seule voie de son salut . Et nous, Européens, nous avons compris que notre devoir est de soutenir le courage d'une nation sous les armes.

Si vous veniez en pénitents, si vous consentiez à solliciter le pardon du peuple irakien et celui de l'Europe si vous vous montriez prêts à confesser vos crimes, nous vous tendrions une main secourable, mais il n'appartient pas aux guerriers souillés du sang de leurs victimes de bénir le monde en protecteurs, en éducateurs et en sauveurs du monde. Les yeux des morts ensevelis sous un déluge de fer et de feu vous regardent.

15 - Nos anthropologues des idoles

Mais nous portons aussi les armes de la pensée de demain. Nos démythologues ont pris un siècle entier d'avance sur ceux du Nouveau Monde. Ils savent que nous appartenons à une espèce de singes que les siècles ont rendus tellement prometteurs qu'ils se sont d'abord spécialisés dans l'affûtage de leur imagination religieuse, parce que les millénaires de leur vie spéculaire les ont conduits à se doter d'une mémoire transtombale. Puis ces stocks sont devenus transmissibles d'une génération à la suivante. Mais savez-vous qu'ils ont ensuite conquis les outils cérébraux qui leur permettent de scanner les idoles de leurs ancêtres et celles d'aujourd'hui ? Savez-vous qu'ils ont percé les secrets de celle dont l'Amérique s'est harnachée ? Savez-vous qu'ils observent votre Dieu comme Daniel observait l'idole de Nabuchodonosor ?

Souvenez-vous : cette idole s'appelait Bel . Souvenez-vous : ses prêtres venaient de nuit par des chemins souterrains dérober les aliments que ses fidèles déposaient de jour devant sa statue. Souvenez-vous : le matin venu, les Babyloniens disaient que Bel était vivant et qu'il avait dévoré sa nourriture dans les ténèbres. Votre Bel est-il vivant ? Comment faites-vous croire au peuple américain que votre idole a mangé nuitamment les offrandes que vous déposez toute la journée à ses pieds? Quels sont vos secrets , prêtresse de Bel ? Par quels passages souterrains venez-vous subtiliser les repas de l'idole ? Comment l'appelez-vous ? Je vois que, sur le socle de sa statue, son sculpteur a gravé son nom en majuscules: L.I.B.E.R.T.E. Nos anthropologues de votre Bel disent que les prêtres de votre idole viennent de nuit ramasser les morts que vous avez entassés dans les rues de Falloudja. Seriez-vous revenus aux sacrifices humains ? Qui sont les Christs de Bel ?

Madame, nous sommes gênés de vous confier les secrets de nos offrandes à l'avenir de notre tête . Nous les déposons sur les autels de la pensée européenne de demain. Mais peut-être informerez-vous votre gouvernement de ce que nous observons la chair, le sang et les entrailles des idéalités que vous déposez sur les parvis de Bel. Peut-être informerez-vous votre Etat de croisés de ce que nous avons observé les viscères de votre démocratie. Nous savons comment Nabuchodonosor II se dupe lui-même à duper ses congénères avec les armes de son idole. Quand vous faites passer votre ambition d'empire par le creuset du salut du monde, nous savons que vous trompez l'Amérique. Nous savons également que les idolâtres de Bel ne sont ni entièrement lucides, ni entièrement dupes de vos pains propitiatoires et qu'ils sont devenus les otages de leurs propres masques sans vraiment le savoir. L'homme-singe d'aujourd'hui est encore un animal prisonnier de son encéphale dédoublé. On le voit marcher sur la terre, mais il est armé du ciel de Bel. Qui trône dans son ciel ? Sa propre effigie sanctifiée. Nos anthropologues sont de la race de Daniel : ils connaissent les souterrains de l'animal auto glorifié. Ils savent que les fidèles de Bel cheminent encore entre deux espèces privées de mémoire; mais ils commencent de se souvenir de la route que leur idole a tracée dans les sables du désert .

Le 15 février 2005