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Section Les défis de l'Europe
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Dialogues imaginaires entre le Général de Gaulle et Jacques Chirac
VI - L'Europe à la croisée des chemins

 

1 - Comment armer la conscience morale?
2 - Prendre le relais de l'ONU
3 - Les élites du monde
4 - Vous n'êtes pas seul
5 - A la croisée des chemins

" Il n'y a que deux forces au monde : l'esprit et le sabre. Mais à la fin, c'est toujours l'esprit qui triomphe . " Napoléon

1 - Comment armer la conscience morale?

Le spectre du Général : Mon cher Chirac, l'histoire du monde court plus vite que Bonaparte au pont d'Arcole. Bagdad n'était même pas entièrement tombée dans l'escarcelle de Washington qu'elle a rattrapé votre présidence pour vous demander de saluer bien bas des vainqueurs effrontés , éphémères et myopes. Certes, vous n'en aviez pas ouvertement légitimé les expédients, stratagèmes, calembredaines, artifices, subterfuges, faux-fuyants, tours de passe-passe, manigances et attrape-nigauds. Mais à force de tourner autour du pot, voyez comme la France a laissé l'empire américain l'empêtrer dans les finasseries, les échappatoires et les tricheries !

Et maintenant, un coup de vent a suffi pour balayer les brumes d'une habile diplomatie: et tout le monde voit le Nouveau Monde se dresser seul au milieu de la vaisselle brisée des naïfs et des dévots de feu la démocratie mondiale, tout le monde voit le glaive américain étinceler sous un soleil rouge sang. Comment allez-vous relever le défi de dire à l'Europe que la mort est à ses portes, qu'une longue servitude l'attend , que nous sommes entrés dans le sillage de l'expansion de l'Amérique et qu'il faut une haute vision stratégique pour changer le cours de l'Histoire, reprendre le gouvernail en mains, redonner un destin à l'Occident du courage, ressusciter l'élan de la pensée qui seul rend durables les civilisations. Comment allez-vous annoncer aux nations que les démocraties impériales ont bien de la chance face à Lacédémone, elles qui peuvent se donner le luxe d'étendre leur puissance sous le sceptre de la fausse liberté qu'elles brandissent sous les yeux des peuples qu'elles trahissent?

Vous essayez maintenant de dresser l'ONU devant un César qui a franchi le Rubicon. Certes, vous avez su le contraindre à passer outre à la loi, certes, vous l'avez privé de la contrefaçon qu'aurait été la pseudo légitimation internationale d'une guerre d'agression dont une ONU asservie lui aurait tendu la bannière souillée. Mais je crois que vous faites fausse route à tenter de dresser désespérément devant la force démasquée l'autorité d'une institution composite et branlante. Cette instance n'a échappé un instant à la honte de renier sa mission que par la ferme volonté de la France et de la Russie d'opposer un veto catégorique au sceptre maculé de Washington.

Mais où est-elle passée, l'apparence de fierté, de courage, de droiture, de grandeur de l'ONU ? Où est passé Kofi Anan ? Il n'est pas venu à Paris la veille de votre rencontre à Saint Pétersbourg avec Schröder et Poutine. Que voulez-vous qu'il fasse, le pauvre, avec quarante-cinq membres de l'ONU qui ont fait défection et qui font partie de la coalition des rapaces de l'or noir ? Une quinzaine de ces tendrons ont tellement honte de leur vassalité qu'ils s'imaginent la garder secrète et qu'ils ont demandé au grand aigle qui les couve de ses ailes de ne pas livrer leur nom au public.

Vous avez tenu à Saint-Pétersbourg un discours dont l'habileté aurait été opportune si elle avait eu la plus petite chance de séduire l'Amérique des légions : vous avez vanté le respect du droit et des principes de la démocratie dont avait témoigné au début du siècle dernier une nation alors attachée à préserver la paix dans le monde. Mais vous n'imaginiez tout de même pas que ce rappel ambigu d'une vocation oubliée vous livrerait un oncle Sam bourrelé de remords . Vous savez parfaitement qu'avant même le déclenchement des hostilités, le Pentagone avait signé et paraphé tous les contrats du plus grand marché public du monde depuis la fin de la seconde guerre mondiale et que les bénéficiaires d'un conflit programmé ne sont autres que les entreprises américaines derrière lesquelles se cachent les collaborateurs directs du Président des États-Unis : Condoleeza Rice, Donald Rumsfeld et Dick Cheney .

Pensez-vous qu'une ONU d'ordinaire agenouillée et dont les membres demeurent tout interloqués et pantois devant l'audace que votre veto leur a imposée à la hussarde se changera subitement en une épée en acier trempé ? Votre Ministre des affaires étrangères tient des discours de grand style au Caire, à Damas, à Ryad et sans doute fera-t-il un détour suspect par Madrid. Mais déjà il demande à la Syrie de ne pas donner asile à des réfugiés du parti Baas et de jouer le jeu de la nouvelle donne internationale censée imposée par une chute de Bagdad dont vous vous doutiez bien qu'elle serait inévitable et rapide, même si vous ne connaissiez pas encore toute l'habileté des metteurs en scène de Hollywood, et même si vous avez été piégé par le tournage de " l'enthousiasme " prétendument spontané des Bagdadi. Deux jours plus tard, la foule brandissait des pancartes sur lesquelles ont pouvait lire : BUSH = SADDAM.

2 - Prendre le relais de l'ONU

Que ferez-vous demain si Washington vous demande de faire fléchir la Syrie ? Vous alignerez-vous alors sur les volontés de l'empire ? Ferez-vous de la France la complice de l'expansion d'une domination aussi illusoire que les décors d'un théâtre ? Rentrerez-vous en grâce sous couleur de servir la paix ? La France et l'Europe se montreront-elles dociles et repentantes sous les masques vertueux de la démocratie, alors que l'empire des faux-semblant veut pourchasser en tous lieux les membres du parti Baas. De quel droit Washington met-il en scène une version irakienne des dignitaires du parti nazi ? De quel droit réclamer leur capture morts ou vifs ? Que vient faire cette stratégie de l'imaginaire dans les chancelleries éberluées du Vieux Continent ? De quel droit un empereur des bords du Potomac lance-t-il ses hordes sur Babylone et promet-il de pendre haut et court les proches des vaincus ?

Au début, la mobilisation des ennemis de la guerre américaine facilitait la mise sous scellés des armes d'un dictateur censé menacer l'empire ; puis l'Amérique a feint de limiter son ambition politique au renversement d'une tyrannie; et maintenant, on feint de traquer des dignitaires d'un Hitler aux abois afin de transporter le peuple irakien au pays de cocagne de la Liberté. Allez-vous acoquiner la France avec une falsification du monde dont les mœurs politiques de l'Europe avaient perdu le souvenir?

Encore une fois, vous avez eu raison de vous servir de l'ONU pour dire qu'il faut appeler un chat un chat et César un César ; vous avez eu raison de montrer à tous les regards qu'un empire s'appelle un empire ; vous avez eu raison de souligner qu'une guerre d'agression s'appelle une guerre d'agression ; vous avez eu raison de rappeler que la victoire et la défaite ne sont pas les plateaux de la balance sur laquelle le droit et la justice sont pesés ; vous avez eu raison de redonner son rang à la loi; vous avez eu raison de refuser à un carnage la dignité de juge suprême de l'éthique des nations . Mais maintenant, un autre arbitre , un autre tribunal , une autre voix vous appellent et vous disent : " Portez la France sur un autre champ de bataille de l'Histoire, mettez l'empire des bombes et des missiles en accusation devant la conscience du monde. "

L'heure que je vous avais annoncée est venue. Elle demande à toutes les nations : " Vous attaquerez-vous au nid d'aigle qu'est devenu l'empire de la guerre américaine? Quels seront votre volonté et votre courage, comment porterez-vous à l'échelle des cinq continents le modeste appel de la solitude et de l'espoir que j'ai lancé à des sourds il y a soixante cinq ans ? "

Quel contraste entre votre force et celle du soldat réduit à apostropher le silence ! Toutes les nations se sont réveillées, tous les peuples ont ouvert les yeux, cinq milliards d'hommes et de femmes regardent l'Amérique et détournent les yeux des régimes méprisables qui leur demandent de plier l'échine devant le nouveau conquérant. Les candidats à la servitude ne disposent même pas de la potiche d'un vieux Maréchal tout couvert de médailles pour donner à la débâcle des courages l'éclat de ses dorures.

Songez également que vos vrais alliés ne sont pas les foules instables et fragiles, mais les élites de l'intelligence et du savoir dans le monde civilisé tout entier ; songez que vous courriez à votre propre défaite si vous deviez perdre le soutien du sel de la terre que sont les grands esprits et les cœurs élevés. Les âmes qui se portent à la hauteur que le destin leur assigne se grandissent; celles qui n'auront pas répondu à l'appel de leur ciel seront abaissées au-dessous de leur naturel. Le royaume de la grandeur, Monsieur le Président, vous attend au nom de la France.

3 - Les élites du monde

Songez que les 30% des Américains qui vous soutiennent ne sont pas les premiers venus ; songez qu'ils représentent 99% des intelligences et des talents du Nouveau Monde et que vous chercheriez en vain un seul homme de génie sur la terre entière qui ne serait pas à vos côtés dans ce combat; songez que la postérité est un tribunal tellement souverain que les hommes de génie du passé, du présent et de l'avenir y disposent seuls d'un droit de veto éternel , inaliénable et incorruptible et que leurs verdicts sont sans appel ; songez que, de tous temps, ils ont dicté leurs verdicts à Dieu lui-même ; songez qu'au cours des siècles, il n'est pas de ciel qui ne se soit plié à leurs condamnations et à leurs acquittements . C'est d'une seule voix qu'ils vous disent: " Ne revenez pas aux sacrifices humains, ne donnez qu'une brebis au Moloch de l'histoire, rassasiez-le avec la viande de boucherie qu'il réclame - parce que nous sommes les juges suprêmes des sacrificateurs ".

Les bouchers de l'empire américain vous disent : " Tais-toi, vieille Europe : notre guerre est généreuse, notre guerre régénère le monde, notre guerre modernise nos outillages, notre guerre relance la titanesque machine de notre production industrielle et en lubrifie les rouages, notre guerre est l'oint et le saint chrême de l'Amérique. " Mais vous êtes en charge de la civilisation à l'échelle du monde. Prenez en mains le sceptre que vous tend l'histoire, élevez votre intelligence et votre cœur à la hauteur de la tragédie qui se déroule sous vos yeux et gardez en mémoire que la cruauté de l'histoire porte les hommes d'élection sur les fonts baptismaux de leur grandeur.

4 - Vous n'êtes pas seul

Il est des heures où il n'est de vraie politique que de saisir le taureau par les cornes. Mais vous n'êtes pas seul : la Russie est debout à vos côtés. Elle a vu l'empire américain s'approcher doucereusement de ses frontières et l'encercler en catimini. L'Allemagne assiste avec stupeur à la mise sur le marché de la version mercantile et pateline du nazisme , à la diabolisation effrénée d'un adversaire imaginaire, au mépris pour les peuples jugés inférieurs . Lancez, avec la Russie et l'Allemagne, un appel solennel au roi de ses propres fantasmes, dites à tous les dirigeants de la terre : " Voyez le chaos et l'anarchie dans lesquels une Amérique en proie à ses exorcismes et à ses sortilèges a plongé le peuple irakien, songez à la démence dans laquelle cet empire entend précipiter tout le Moyen Orient. "

Pour donner sa vraie armure à un droit international dont l'ONU n'a remis que le parchemin muni du sceau inutile de la conscience universelle et de la démocratie entre les mains de la France, de l'Allemagne et de la Russie, observez à la loupe la stratégie sanglante et chaotique des Wisigoths du pétrole. Puis, adressez-vous d'homme à homme à l'empire, apostrophez-le d'une voix haute et forte, admonestez-le en termes clairs et directs, mettez-le de force à l'écoute de la vérité. Car, pour la première fois, un empire s'avance à grandes enjambées, un empire ne met un bandeau que sur les yeux des sots. Comment se laisse-t-il regarder, comment se donne-t-il à voir dans sa marche sans fards , quelles sont les étapes de sa progression à pas pressés ?

" Amérique, tu ne seras satisfaite que si l'histoire dépose sur ta tête la couronne du monde, Amérique, tu rêves de régner sur les destinées de tout l'univers, Amérique, ton territoire est un lopin trop étroit pour le diadème qui nourrit tes songes. Souvent, la nuit, tu te réveilles en sursaut et la crainte te saisit : combien de temps, te dis-tu , le premier empire à se cacher sous des opérations de police gardera-t-il son déguisement? Tu es le premier empire à traquer un particulier. Tu le proclames ton ennemi et tu le déclares plus malfaisant que Belzébut. Pourquoi ne te donnes-tu pas un gouvernement, un État, un pays pour ennemi ? Pourquoi ne poursuis-tu jamais que quelques malfaiteurs, chenapans et bandits de grand chemin, dont tu dessines les portraits sur un jeu de cartes que tu distribues à la troupe afin que le dernier soldat de l'empire gagne son bâton de maréchal à mettre la main au collet d'un gibier de potence ?

" Tu veux n'avoir d'autres ennemis publics que des gens de sac et de corde. Seuls des repris de justice sont-ils dignes d'écrire ton histoire ? Te faut-il une caricature de la politique internationale pour légitimer tes armées ? Es-tu donc si petite et si puérile qu'il te faille te fabriquer ton histoire avec des jouets ? Tu abuses de la bonne foi de tes propres citoyens. Peut-être te doutes-tu que leur candeur serait troublée si tu leur offrais le spectacle d'une vraie guerre de conquête, d'une vraie agression, d'un vrai massacre à Disneyland.

" Tu feins donc de poursuivre des forbans isolés. Songerais-tu à soulager la conscience d'une nation dont le sens moral pourrait s'offenser d'une guerre impériale ? Pourquoi te rends-tu biblique par l'image, pourquoi prétends-tu n'avoir que du pain bénit dans ta giberne, pourquoi ta tenue se prétend-elle irréprochable devant ton Dieu ? Tu es le premier empire à se sanctifier sur le modèle d'un western.

" Amérique, Amérique, nous te voyons assise au premier rang d'un film à grand spectacle dont tu te veux l'héroïne. Tu dévides la pellicule de ton histoire. Tu te regardes jouer le rôle du metteur en scène et de l'acteur principal. Mais crois-tu vraiment que le scénario que ton siècle déposera dans nos archives édifiera les générations à venir ? Crois-tu vraiment que les élites de la terre vont encenser ta folie ? Tes juges regardent l'enfant géant qui s'est mis en tête de ravager la terre par le fer et le feu. Bientôt le monde entier te passera la camisole de force.

" Amérique, Amérique, nous te regardons droit dans les yeux. Sache que tu ne fais illusion ni à Paris, ni à Berlin, ni à Moscou, ni à Pékin, ni à New-Delhi, ni à Buenos Aires, Brasilia . Tu ne parles que de chasse, de traque, de battue, de rabattage. Crois-tu prendre le monde au piège d'un shérif ambitieux d'attraper un fuyard au lasso ? Crois-tu qu'on étend un empire à coups de descentes de police , crois-tu que l'histoire raconte la traque de quelques pirates de haut vol, crois-tu détruire le droit international au nom d'un droit de perquisition, crois-tu qu'il te suffira d'accuser un pays de préparer un coup de main pour t'autoriser à le pulvériser ?

" Voici le récit que nous allons déposer dans les archives de la mémoire du monde. Nous raconterons la triste histoire du premier Reich cousu de fil blanc, du premier Reich qui aura tenté de fabriquer à son seul usage un droit international fondé sur le droit d'invasion qu'il se sera souverainement accordé.

"Nos enfants et les enfants de nos enfants apprendront dans les écoles du monde que le nazisme commercial avait tenté d'édicter le saint principe selon lequel la puissance occupante serait habilitée à installer dans les pays qu'elle aurait envahis un gouvernement, une armée, une police à sa solde, lesquels imposeraient au coupable une politique que tu lui ordonnerais de suivre. De génération en génération, nous enseignerons comment tu remplaçais le pays que tu venais d'envahir par un pays fictif que tu dotais d'un État de confection.

" Nous ne te laisserons pas courir les armes à la main ; nous te laisserons pas jouer avec la bombe que tu es devenue à toi-même. Ne crois-tu pas que nous te poserons seulement quelques banderilles, ne crois pas que nous t'habillerons de quelques colifichets flatteurs, ne crois pas que nous t'aiderons à te farder, ne crois pas que nous t'habillerons en gigantesque poupée de la démocratie, ne crois pas que nous te laisserons faire la coquette avec ton Dieu ? "

5 - A la croisée des chemins

Tel est le discours que j'adresserais à l'Amérique si j'étais au timon des affaires de la France. Nous sommes à la croisée des chemins. Si vous ne redressez pas la barre, l'Europe sera américaine. Tout l'y pousse : la veulerie des élites, les intérêts d'Israël, la peur, la peur, la peur ! Vous avez à choisir entre l'asservissement de la France et sa renaissance. L'histoire vous tend un sceptre et une sébile. Vous serez jugé sur votre choix, mais la France, elle, sera jugée sur le choix du peuple français entre la collaboration et la résistance.

Mais qu'avez-vous à craindre de votre cœur et de votre courage? Ne savez-vous pas que, depuis trois millénaires, le vrai sceptre du monde s'appelle la parole ? Comment la Russie, l'Allemagne et la France se tairaient-elles définitivement ? Comment les cinq continents et l'Angleterre elle-même ne se verraient-ils pas contraints d'écouter la voix du monde, tellement on peut mentir à quelques-uns pendant quelque temps, mais non à tout le monde tout le temps ? L'Amérique aussi est la fille du verbe de son Dieu, l'Amérique aussi se souviendra bientôt de ce que son ciel la regarde et lui parle.

Sachez que le sceptre de la victoire passera entre vos mains si seulement vous élevez votre âme et votre esprit au-dessus de la peur. Redonnez la parole à la France, réconciliez-la avec le droit et avec la morale, rappelez aux nations que l'universalité des droits de la conscience est le seul enjeu véritable de la politique internationale. Si vous reculez devant un empire fragile et qui gesticule sur la scène internationale, c'est vous qui serez effacé des tablettes de l'histoire parce qu'un seul cri jaillira de la poitrine de tous les peuples et de toutes les élites de la planète pour vous dire : " Non, cet empire superficiel cynique et contrefait n'est pas à la taille du réel, non cet empire surarmé ne dispose pas des vraies cartes de l'histoire, non cette caricature d'empire ne fera pas illusion: il s'effondrera comme un château de cartes dans la dérision et le ridicule, parce que rien de durable ne peut défier l'alliance des peuples et des nations avec les élites mondiales de la raison et du cœur .

(A suivre…)

15avril 2003