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Section Décodage anthropologique
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Discours aux Européens de M. le Chancelier d'Allemagne, M. Gerhardt Schröder
L'accouchement d'une conscience politique européenne

 

Inutile de se mettre un bandeau sur les yeux : telle qu'elle a été constituée par José Manuel Barroso, organisateur de la rencontre des Açores entre MM. Bush, Blair et Aznar, la Commission de Bruxelles se trouve entre les mains des États-Unis et au service de leurs intérêts. Dans ces conditions, comment imaginer un discours de J. Chirac et de G. Schröder qui illustrerait ce drame et qui, dans le même temps, répondrait à la science anthropologique de la politique qu'appelle l'avenir de l'Europe ?

Dans l'état actuel d'immaturité des peuples européens, ni l'un, ni l'autre de ces discours ne sont prononçables ; mais ils reposent tous deux sur une connaissance post-darwinienne de l'encéphale d'une espèce divisée entre le réel et le songe. Les deux chefs d'État feignent de croire qu'il existerait un citoyen idéal en mesure de comprendre les enjeux réels de la politique internationale ; mais ils se montrent des pédagogues avertis . A ce titre, ils savent qu'il faut délivrer un message positif si l'on entend donner un destin aux espérances de la raison et du cœur.

Une Europe appelée à confédérer vingt-cinq nations de tailles diverses, donc appelée à conquérir le poids de la plus grande démocratie de la planète à partir d'une assise confuse et instable de nains et de géants confondus soulève nécessairement la difficulté d'élever un demi milliard de femmes et d'hommes à une conscience politique inaccessible même à la classe politique moyenne . La " Guerre du Péloponnèse " entre l'Amérique et l'Europe est ouverte . La science politique de demain conjurera-t-elle la fatalité que Thucydide a dû se contenter de décrire.

1 - " Je dois rappeler à l'Europe quelles sont les racines de notre nation… "
2 - " Nous sommes les victimes les plus meurtries de votre servitude… "
3 - " Ne croyez pas que la mémoire des peuples soit fugace… "
4 - " Cela, la France le sait depuis Vercingétorix "
5 - " Vous êtes les veilleurs de votre propre liberté… "
6 - " Laisserez-vous des États réduits à des fantômes de leur peur et de leur servitude incarner l'Europe de votre liberté? "

1 - " Je dois rappeler à l'Europe quelles sont les racines de notre nation… "

Vous êtes les habitants d'une Europe d'un demi milliard de citoyens souverains. M. le Président de la République française et moi avons jugé de notre devoir de rendre hommage à votre autorité politique et de saluer votre éminente dignité d'acteurs de l'histoire en nous adressant directement à vous, afin de faire entendre dans le monde entier la voix d'un continent qui doit son salut à votre volonté et à votre sagesse, mais aussi au génie de la civilisation dont vous êtes les continuateurs et les garants. Avant de mettre Berlin à l'unisson de Paris et, permettez-moi de le souligner, à l'unisson de notre France à tous, je dois rappeler brièvement à l'Europe quelles sont les racines de notre nation et comment notre vocation nous appelle, nous aussi, à mettre ce continent à l'écoute de notre destin commun. Quelle est la voix des Germains dans le concert européen tout entier et quelle tonalité donnons-nous à l'universalité de la civilisation de la pensée?

Vous savez que nous devons à la France du XVIIIe siècle de nous avoir fait entrer dans l'histoire mouvementée de l'alliance des Lettres avec une forme de la politique qui allait convertir l'Europe entière à la démocratie; puis notre impatience de guerriers valeureux nous a fait conquérir le statut d'un empire trop fier de porter les armes de la victoire. Alors seulement, le destin nous a fait cruellement découvrir que nous n'avions pas encore conquis la maturité des peuples rouis par les épreuves et que seule la souffrance des nations leur permet de féconder la conscience d'eux-mêmes qu'ils doivent à la civilisation du "Connais-toi".

De 1870 et 1945, nous sommes devenus les pionniers de la science historique moderne, parce que nous avons été fécondés par l'esprit critique du protestantisme ; mais nous étions également devenus les Macédoniens de l'Europe ; et c'est à bon escient que Nietzsche nous a rappelé que le baptême du sang est impuissant à fonder une nation. Puis le Général de Gaulle nous a demandé de reconquérir non seulement toute notre dignité, mais notre grandeur de fils de Goethe et de Kant. Celui qui, au cœur de la défaite des armes de la France avait rappelé au monde que la République n'est pas un glaive, mais un flambeau, celui qui a su mépriser les victoires d'un instant sur les champs de bataille a également ressuscité la gloire conquise par l'Allemagne dans le royaume de l'esprit européen. J'étais encore un adolescent quand j'ai entendu le chevalier qui nous a remis debout nous avertir que les Germains et les Gaulois devaient se donner des alliés communs dans le monde, mais jamais des protecteurs . Nous gardons vivant dans notre mémoire le souvenir d'un guerrier qui nous a demandé de redresser la tête ; nous sommes fiers qu'un missionnaire de la France nous ait adoubés .

A peine décloués de la potence, nous sommes devenus les sacrifiés et les ressuscités qui vous montrent le chemin de votre avenir politique . Marchons vers le destin que nous partagerons à jamais avec vous. Sachez cependant que notre vocation de vous redonner la pleine souveraineté dont l'empire américain vous a ravi le sceptre depuis 1945 demeure d'une saveur douce-amère ; car l'âme allemande est née pour souffrir d'une forme tourmentée de l'honnêteté . Celle-ci saisit tout notre être et nous accable du poids même de la hauteur qu'elle réclame de nous. Nous sommes les assermentés du devoir d'honnêteté ; et ce devoir nous marque d'un sceau particulier en Europe, parce que nous sommes déchirés entre le devoir de fidélité qui nous fait obéir avec droiture aux autorités reconnues et la fidélité qui nous impose une autre droiture de l'esprit, celle de nous soumettre à un impératif moral catégorique. Celui-ci nous met quelquefois au-dessus des exigences de la raison pratique et du bon sens.

Je m'adresse à vous comme un homme qui a appris de Kant qu'il ne faut jamais mentir. Cela n'est pas toujours possible à un homme d'État . Voyez-y mon sacrifice : je vous parle au nom d'une vérité politique qui ne souffre ni la timidité, ni les demi mesures. Aujourd'hui, l'Allemagne de l'esprit, l'Allemagne fidèle à une haute définition du devoir a rendez-vous avec votre histoire.

C'est aux côtés de la France de la fidélité et de la loyauté que nous entrons dans l'Europe à plusieurs voix qu'on appelle une civilisation. Nous prenons la mesure de notre contribution à votre souveraineté de citoyens, non point à l'école de l'industrialisation à laquelle nous avons réussi à convertir l'Europe entière depuis 1870, mais à l'école de nos guerriers de la lumière , celle de Kant et de Mozart, de Goethe et de Beethoven, de Schelling et de Dürer.

2 - " Nous sommes les victimes les plus meurtries de votre servitude… "

C'est à l'école de la France de l'esprit que nous conduisons l'Europe sur le chemin de ses retrouvailles avec sa souveraineté, tellement la vassalisation politique est toujours l'expression de la vassalisation de la pensée, tellement le joug du vainqueur se confond avec le bât intellectuel qu'il fait peser sur les épaules des vaincus. Pourquoi le continent de la raison plie-t-il l'échine depuis un demi siècle ? Vous tous, les souffrants de la domestication de notre continent , sachez que nous sommes les victimes les plus meurtries de votre servitude. Nous élevons nos blessures à la noblesse des donateurs, parce que la grandeur des vaincus les appelle à féconder la liberté du monde. La chute des grands peuples dans la honte et dans l'humiliation fait de leur lumière retrouvée un pain spirituel. Puisse l'Allemagne des feux de l'intelligence porter à l'incandescence une Europe en attente de l'éclat sans égal de votre liberté ressuscitée.

Le message des privilégiés de la mort que vous adresse l'Allemagne crucifiée sur le gibet de son histoire et de la vôtre est celui de votre propre renaissance. Nous avons payé au monde le tribut d'une longue expiation ; mais notre agonie nous a transfigurés . Les âmes généreuses fécondent leurs meurtrissures, en creusent les sillons , en récoltent leurs moissons. Le blé de l'Europe de demain pousse dans les labours de l'Allemagne de la défaite et de la peur, parce que le devoir nous attend à notre tour de vous racheter et de payer la lourde rançon dont l'Amérique victorieuse vous réclame le capital et les dividendes. C'est à cause de nous que les troupes américaines sont restées en Europe après l'effondrement de l'empire soviétique ; c'est à cause de nous que les bases militaires du Nouveau Monde se sont installées à demeure en Espagne, en Italie, en Hollande, en Belgique ; c'est à cause de nous qu'elles voudraient maintenant se transporter en Pologne afin de feindre de protéger le Vieux Monde de la menace de troupes d'assaut débarquées d'une autre planète et qui, dans les ruines du mur de Berlin, sont censées pointer contre vous les canons imaginaires d'une " guerre des étoiles ".

Telle est la voie de notre rachat: car si le spectre du nazisme ne hantait pas le Vieux Continent depuis six décennies, jamais l'Europe libérée du péril soviétique n'aurait accepté de se trouver occupée à perpétuité par des forces étrangères ; jamais l'empire américain n'aurait paru plus puissant de ne protéger l'Europe contre personne ; jamais des États prétendument souverains n'auraient accepté de signer des traités d'assujettissement perpétuel de leurs nations à des vainqueurs installés sur leurs territoires ; jamais vous n'auriez accepté de vous trouver surveillés jour et nuit par deux satellites d'observation, l'un chargé d'écouter vos conversations téléphoniques , l'autre destiné à placer sous le contrôle des services de renseignement militaires de l'Amérique ce qui reste de vos forces militaires.

Il n'était jamais arrivé qu'un empire privé de champ de bataille vît se prosterner des peuples entiers devant ses armes devenues inutiles ; il n'était jamais arrivé que des nations se changeassent en vassaux pour avoir retrouvé la liberté. Mais, du triste prodige d'un esclavage dû bien davantage à la magie qu'à la raison politique , nous portons seuls la responsabilité la plus lourde devant l'histoire et devant vous tous, parce que l'horreur nazie a pétrifié vos élites dirigeantes dans l'Europe entière et a paralysé pour longtemps leur jugement . Mais c'est aussi l'asservissement même de l'Europe au Nouveau Monde qui servira d'aiguillon à votre lucidité de demain et aux victoires de votre intelligence politique. Car la souveraineté n'est jamais que l'expression de la liberté des peuples: vous êtes les souverains qu'enfante votre responsabilité de citoyens.

3 - " Ne croyez pas que la mémoire des peuples soit fugace… "

Quelle est la portée politique de l'appel du Général de Gaulle à la noblesse de l'âme germanique ? Pourquoi voulait-il nous voir reconquérir la plénitude de notre souveraineté trente ans avant l'effondrement du communisme et alors même que la menace militaire de l'empire soviétique demeurait crédible, comme la répression de Prague allait le démontrer, puis celle, évitée de justesse en Pologne par un Général Jaruzelski rendu docile aux ordres du Kremlin ? C'est que le Général de Gaulle savait qu'il est des époques de l'histoire où seule la morale est à la hauteur de l'histoire vécue.

Cette grande vérité est redevenue celle de l'Europe entière d'aujourd'hui ; car si l'Allemagne n'apportait à l'Europe entière la preuve de son indépendance retrouvée, jamais l'Italie occupée, jamais l'Espagne occupée, jamais le Portugal occupé, jamais la Hollande occupée, jamais la Belgique à la fois vaillante et fière de voir l'état-major de l'Otan installé à Mons n'afficheront le courage tranquille du Général de Gaulle il y a quarante ans : il fallait un connaisseur de l'intransigeance morale qui commande le destin dans les grandes occasions pour demander à l'Amérique libératrice de la France de retirer ses troupes du territoire national, parce qu'il savait que le tragique de demain se tissait dans la pénombre complice des demi souverainetés. Quinze ans plus tard, en 1981, j'entendais le Président Mitterrand répondre tranquillement, sur les marches du palais de l'Élysée, au vice Président des États-Unis , M. Bush père, venu admonester une France coupable, à ses yeux, d'avoir fait entrer des communistes au Gouvernement : " La politique de la France se fait à Paris ".

Mais, depuis un demi siècle, l'Europe vit dans le clair-obscur des accommodements rampants et des corruptions latentes. Les nations ne sont pas faites pour moisir dans l'ivresse des gratitudes; le continent de la pensée n'est pas né pour récompenser un maître. Une civilisation de la soumission éternelle n'est plus une civilisation. L'Allemagne a retenu la plus haute leçon des tombeaux . Elle a appris que la politique des peuples vivants n'a jamais reposé sur les dévouements serviles dont leurs délivreurs réclament le tribut. Nous sommes devenus vos vigies. Ne croyez pas que la mémoire des peuples soit fugace. L'Allemagne est votre sentinelle.

4 - " Cela, la France le sait depuis Vercingétorix "

Citoyens de l'Europe de la liberté, le Général de Gaulle n'était pas un ingrat. Mais, comme tous les grands hommes d'Etat, il savait que les libérateurs qui se vantent de leurs triomphes et qui font de leurs exploits l'encens de leur gloire sont les plus terrifiants amis des nations qu'ils n'ont sauvées qu'afin de se les asservir. Cela, la France le sait depuis Vercingétorix ; cela la France l'a appris de Jules César ; cela la France le sait depuis le jour où le Romain fit couper le poing droit à deux mille défenseurs d'Uxellodonum qui s'obstinaient à perpétuer la résistance de la Gaule aux légions ; cela la Gaule le sait depuis que Rome n'a vaincu les envahisseurs helvètes, puis notre ancêtre Arioviste, que pour la conquérir ensuite dans une guerre de plus de huit ans ; cela la France le sait depuis que Vercingétorix s'est revêtu de la tenue d'apparat des preux chevaliers pour se rendre à son vainqueur ; cela , l'âme chevaleresque de la France le sait depuis que le Romain vengeur a répondu à cette noblesse en condamnant le héros d'Alesia à une longue agonie dans une geôle souterraine.

Rien de plus enraciné dans la vie des nations que l'expérience que les siècles ont gravée dans leur chair. L'Allemagne humiliée et vaincue, mais l'Allemagne reconduite dans l'arène des nations par le Général de Gaulle il y a près d'un demi siècle est prête à payer le prix de votre seconde délivrance. Demain, elle demandera aux troupes du Nouveau Monde de quitter son territoire afin que l'Europe entende une fois encore la grande voix du Général de Gaulle. Cette voix vous enseigne que l'indépendance ne se divise pas, que l'indépendance ne se partage pas, que l'indépendance balaie les domesticités de circonstance et redresse les échines, que l'indépendance entend l'impératif catégorique de la morale à l'école du destin des continents.

5 - " Vous êtes les veilleurs de votre propre liberté… "

J'ai dit que l'Allemagne se sent coupable de la nouvelle servitude de vos nations et de l'assujettissement de vos gouvernements à un empire étranger, et que son expiation n'est plus celle de la repentance, mais de sa vocation de fécondatrice de votre souveraineté. C'est dans cet esprit que je vous demande maintenant d'observer, aux côtés de quatre cent cinquante millions d'Européens, les formes de la vassalité à laquelle vous vous trouvez entraînés et quel prix nous devons payer afin d'accomplit notre mission nouvelle, celle de nous délivrer ensemble du joug de nos faux libérateurs. Le Président de la République française vous a rappelé, de son côté, que l'empire américain s'est lancé à la conquête de la rive africaine de la Méditerranée et que vous êtes désormais menacés par une gigantesque manœuvre d'encerclement de notre civilisation.

Mais l'Allemagne démocratique a une autre mission encore, celle de vous rappeler que la conquête de l'Irak par la force des armes a été conduite en violation non seulement du droit international, mais de la volonté de quatre-vingt dix pour cent du peuple espagnol et du peuple italien ; celle de vous rappeler que les gouvernants de ces nations ont trahi leur population ; celle de vous rappeler que l'Europe tout entière a été trompée dans cette guerre par ses propres dirigeants ; celle de vous rappeler que vous n'avez pas le droit de vous déclarer des citoyens si vous deviez feindre d'ignorer que votre classe politique a été achetée. Votre responsabilité est devenue immense : c'est à lutter contre la corruption de vos propres États que votre souveraineté vous appelle. Vous êtes devenus les veilleurs de votre propre liberté.

Mais est-il une preuve plus aveuglante de ce que seule une démocratie de quatre cent cinquante millions d'âmes est désormais en mesure de vous protéger de la trahison, de la démission ou de la faiblesse de votre personnel politique? Oui, il en est une plus terrible encore : sachez qu'un Département d'État américain et un Foreign Office dédaigneux n'ont pas voulu se salir les mains à acheter vos chefs politiques de leurs propres deniers et que leur mépris pour eux est allé jusqu'à demander, en se pinçant le nez, au lobby d'une entreprise privée américaine d'armements, Loockhed Martin, de mettre la main à la poche. Voilà à quelle indignité vous seriez réduits si vous n'acquériez la science des États et des empires à laquelle votre citoyenneté vous appelle .

6 - "Laisserez-vous des États réduits à des fantômes de leur peur et de leur servitude incarner l'Europe de votre liberté?"

Mais déjà vous avez montré votre courage : c'est les mains nues que le peuple italien s'est rassemblé autour du camp militaire américain de Bologne et qu'il a tenté de retenir les troupes et les canons en partance vers l'Irak; c'est les mains nues que le peuple espagnol a tenté de freiner l'acheminement des armes de l'occupant américain vers l'Euphrate. L'Allemagne d'aujourd'hui vous rappelle les tortures que les troupes américaines ont exercées à la prison Abou Ghraib de Bagdad et au camp de Guantanamo à Cuba. C'est avec douleur que je vous rappelle qu'elles ont été copiées sur les méthodes de Hitler revues et angélisées à l'école de la démocratie. Mais c'est aussi notre honneur et c'est le prix de notre réhabilitation morale aux yeux de l'Europe entière de dénoncer le dernier degré de la honte et de l'avilissement auquel une trentaine d'États du monde entier, dont huit européens, sont descendus en Irak. Laisserez-vous des États réduits à des fantômes de leur peur et de leur servitude incarner l'Europe de votre liberté ? Vous laisserez-vous représenter par des États qui affichent leur fidélité à des généraux spécialisés dans la torture ?

Puissent la France et l'Allemagne unies remettre l'histoire de l'Europe entre vos mains; puisse le continent civilisateur retrouver le chemin de votre destin de guides de la liberté du monde; puisse l'histoire sceller, grâce à vous, l'alliance nouvelle de la politique avec la civilisation de l'intelligence .

19 août 2004