Retour
Sommaire
Section Les défis de l'Europe
Contact

 



La guerre des idoles

 

La crise irakienne approche du débat de fond, celui de la théologie cachée sous l'accord de l'Église romaine avec les États européens sur le désarmement de l'Irak. Si un tyran ne désarme pas au point de se mettre nu comme un ver face à un puissant agresseur qui ne renoncera en aucun cas à l'attaquer, son peuple fera l'objet d'un génocide légitimé à la fois par le droit international et par le Vatican.
Tel est le " retour du refoulé " religieux commun à l'Amérique et à l'Occident. L'étude anthropologique des théologies psychanalyse le Dieu du déluge toujours vivant sous la parure irénique des Évangiles.

1 - Une lecture anthropologique de l'histoire de notre encéphale
2 - La guerre des masques
3 - Le masque du panculturalisme
4 - Un tour de passe passe
5 - Un hara kiri intellectuel
6 - Un regard d'anthropologue sur l'idole
7 - La théologie du 11 septembre
8 - Les malheurs théologiques de l'Eden
9 - Le retour de l'idole d'en face
10 - Un pape anthropologue
11 - L'Eden de la raison
12 - L'autisme théologique
13 - Le grippage de la raison occidentale
14 - La contamination cérébrale
15 - Le réveil de l'intelligence des nations
16 - Les anthropologues de demain
17 - Comment la théologie légitime la puissance politique
18 - Le cerveau bipolaire

1 - Une lecture anthropologique de l'histoire de notre encéphale

L'Occident s'opposera-t-il à la capture, par les États-Unis, du sceptre de l'omnipotence politique messianisée - le pétrole irakien, puis iranien - ou bien se laissera-t-il tromper par le nouveau masque sacré qu'arbore notre temps ? La démocratie se nourrira-t-elle encore longtemps d'idéalités divinisées au profit d'un empire ? Aujourd'hui, les rares esprits dont le regard sur la politique mondiale s'inspire d'une connaissance anthropologique du cerveau bifide de l'espèce observent le débarquement de la géopolitique sur le théâtre où se joue rien moins que le destin cérébral de la civilisation européenne. Quand une tragédie de cette ampleur se déroule dans les profondeurs d'une culture seul un regard sur l'espèce viscéralement masquée peut ouvrir la voie à la connaissance scientifique des secrets de l'angélisme politique dont l'Histoire offre le spectacle traumatisant. La connaissance scientifique des fondements anthropologiques du génie littéraire et philosophique de l'Europe est à ce prix.

Naturellement, cela ne veut pas dire que d'autres acteurs de l'Histoire ne sauraient se réclamer du politique sur le devant de la scène, mais seulement à titre marginal: la stratégie pétrolière américaine se trouve également, mais accessoirement connectée avec des soucis électoraux, des scandales financiers et même avec les relations secrètes et singulières que le cerveau délirant de J. W. Bush entretient sincèrement avec le père céleste de l'humanité, à la manière dont les sénateurs romains étaient non moins sincèrement et viscéralement branchés sur les dieux de leur temps ou Saint Louis sur le ciel des croisades. Mais le cœur du politique se cache sous des paramètres superficiels et dont l'autorité demeure circonstancielle et variable: seule la question est de savoir si l'Amérique mettra la main sur le nouveau Graal du monde, l'or noir - le reste est théologique, mais à la profondeur d'un douloureux accouchement de la lucidité, celle qui requiert une radiographie du cerveau théologique de l'espèce.

C'est pourquoi il importe d'observer comment l'empire américain lutte pour la conquête de son règne à la fois sur la terre et au ciel et quelles armes la faiblesse d'esprit de ses adversaires fournit à l'angélisme politique d'une administration, dit le Vatican, " qui se donne une mission salvatrice aux accents de croisade " (1) . Quinte-Curce nous a montré comment la pompe des dieux de la Perse avait corrompu l'esprit du guerrier grec, même celui d'Alexandre , Jules César, comment les Gaulois ont cru que leurs dieux avaient passé de son côté en tarissant la source qui alimentait Uxellodunum, Gibbon comment l'empire romain et ses dieux se sont exténués côte à côte. Aujourd'hui la lutte pour la conquête du ciel de l'utopie politique qui s'armera du masque le plus payant, donc le plus rédempteur à l'échelle internationale est devenu l'enjeu profond et caché d'une bataille para théologique: il s'agit, dans l'un et l'autre camp , de définir la " culture " de telle sorte qu'elle puisse devenir le totem le plus fascinatoire et le plus rutilant, celui qui départagera les combattants du rêve européen d'un coté et du rêve américain de l'autre.

2 - La guerre des masques

Dans la guerre pour le masque central de l'empire du ciel de son temps, le Président G. W. Bush s'écriait, le 29 janvier 2003 : " Le drapeau américain représente plus que notre puissance et nos intérêts. Nos pères fondateurs ont consacré notre pays à la cause de la dignité humaine, des droits de toute personne et des possibilités de toute vie. Cette conviction nous pousse à aider les affligés, à défendre la paix et à déjouer dans le monde les desseins des êtres malfaisants. " Pour le nouvel empereur d'Occident, la survie de l'Amérique est censée se trouver menacée par un petit dictateur irakien riche en nectar des dieux : le pétrole. " Un avenir vécu à la merci de menaces terribles n'est pas une paix du tout. Si nous sommes contraints de faire la guerre, nous combattrons pour une cause juste et par des moyens justes, en épargnant les innocents de toutes les manières possibles. Et si la guerre nous est imposée , nous combattrons avec toute la force et toute la puissance de l'appareil militaire américain, et nous l'emporterons. "

Et de conclure par la profession de foi de tous les croisés : " Les États-Unis sont une nation puissante et honorable dans l'usage de sa force . (…) La liberté que nous chérissons n'est pas le don de l'Amérique au monde, c'est le don de Dieu à l'Humanité. (…) Nous ne prétendons pas connaître toutes les voies de la Providence, pourtant, nous pouvons lui faire confiance, et placer tous nos espoirs en ce Dieu aimant qui est source de toute vie et de toute l'histoire. Puisse-t-il nous guider aujourd'hui, et continuer de bénir les États-Unis d'Amérique. " (2) Quatre siècles avant notre ère, les beaux discours, au reste sincères, de Xénophon aux hoplites et aux peltastes de l'Expédition des Dix mille démontraient déjà la parfaite maîtrise du ciel de l'époque dont disposaient les chefs militaires. Qu'a imaginé l'Europe face au mythe sacré qui constitue aujourd'hui l'autre moitié du cerveau bipolaire de la politique mondiale ?

3 - Le masque du panculturalisme

Le 2 février 2003 le Président de la République proposait l'adoption d'une convention mondiale qui proclamerait l' " égale dignité des cultures ". Quels sont les critères qui définissent la notion de " dignité " appliquée à des cultures ? Que vaut cette contre offensive de la " dignité " dans la gigantesque guerre des masques qui arme l'encéphale des peuples et des nations ? S'agit-il de la dignité de la vérité et de l'indignité du faux ? D'un côté, une idole unique et solitaire, dont le bénéficiaire principal n'est autre, évidemment, que le plus puissant de ses collaborateurs, les États-Unis d'Amérique, auxquels il réserve l'essentiel de sa protection et de ses bénédictions ; de l'autre, la réplique française, qui s'imagine gagner la partie, mais au plus haut prix, celui de briser le fer de lance que la pensée occidentale s'était forgé depuis Platon en signant l'arrêt de mort de la recherche scientifique sur l'autel du panculturalisme.

Qu'est-ce à dire ? Les concessions que l'Europe avait accordées à la raison critique avec Érasme, fortifiées avec Montaigne, théorisées avec Descartes étaient devenues l'arme politique décisive du XVIIIe siècle français. Elles se trouvent désormais subrepticement immolées à l'irrationnel par une gigantesque opération en trompe l'œil : à savoir, la réduction artificielle des religions au rang et au statut des " cultures " . Certes, il peut paraître efficace, dans un premier temps, de retirer à l'Olympe de l'Amérique le monopole de la connaissance et de la diffusion de la vérité censée avoir été révélée à ce Continent.

La postérité pensante de Voltaire, de Renan et même de Freud ne reçoit-elle pas satisfaction si aucune idole, ni celle de la Croix, ni celle de la Genèse , ni celle du Croissant ne saurait prétendre à la connaissance de l'origine et de la finalité de l'homme et du cosmos, puisque toutes les théologies sont désormais ouvertement déclarées subjectives par nature et ne représenter chacune qu'une facette de la multiplicité et de la diversité infinie des simples manifestations culturelles auxquelles se livrent les rescapés de la nuit ? La nature les a progressivement dotés de royaumes compensatoires de type théologique et qui les consolent à les dédoubler dans le merveilleux. Voltaire n'en demandait pas tant.

4 - Un tour de passe passe

Mais un examen plus rationnel de la condition faite aux encéphales tout subitement livrés à une dévalorisation purement déclarative des mondes théologiques révèle combien une contre-attaque française non argumentée demeure politiquement artificielle, inefficace et fallacieuse. Premièrement, il est évident que les religions mises de force à égalité entre elles par le dogme promulgué à Paris, qui serait subitement devenue la nouvelle Byzance, n'en continueront pas moins de se proclamer vraies sur le mode surnaturel, donc sur le seul terrain, décisif à leurs yeux, de la mythologie particulière dont la doctrine de chacune d'elles se réclame. La revendication de la propriété exclusive de la vérité absolue est liée à la nature et à la définition même des religions monothéistes. Du seul fait qu'elles se croient descendues du ciel, toutes sont nécessairement indivisibles, sauf à se rendre auto contradictoires. Un credo est totalisant de naissance, parce qu'il ne saurait se donner sa révélation à la carte sans s'auto-anéantir.

Le panculturalisme que la " raison française " et sa " logique " proposent aux autels demeure donc aussi masquée et tartufique en catimini que le masque onirique d'en face qu'elle prétend réfuter, puisque l'examen critique du statut irrationnel des mythes religieux, soudain métamorphosés en " cultures ", sera inévitablement interdit. On voudra éviter de mettre en évidence la bancalité qui frappera en retour une France laïque devenue ambiguë et flottante. Comment la nation de Descartes saluerait-elle la légitimité de tous les empires du songe entre lesquels l'encéphale humain se partage depuis sa sortie du règne animal ?

Il faudra donc briser le tabou mis en place par l'égalisation de tous les autels et de toutes les sottises. Encore une fois, si vous démontrez que les religions sont subjectives par définition - puisque ce ne sont que des " manifestations culturelles " - vous offensez leur dogmatique, qui fait précisément partie intégrante de la " dignité " que des gribouilles de la science et de l'intelligence prétendent leur accorder tout en la leur retirant radicalement; et si vous prenez le sot parti opposé, celui de plaider pour la véracité de leur catéchisme, vous demeurerez sans défense devant le règne du Zeus unique de G.W. Bush et du peuple américain qui se presse derrière ses prières.

5 - Un hara kiri intellectuel

Mais il y a pis : depuis deux millénaires et demi, l'Europe se définissait comme la première et la seule civilisation qui ait armé la quête de la vérité du flambeau de l'esprit critique, la seule qui soit partie à la conquête du savoir rationnel au détriment des dieux et au profit de l'intelligence humaine. Le dommage collatéral qui résultera d'une politique de valorisation et de glorification de l'irréflexion parmi les descendants dégénérés de Voltaire sera rien moins que l'immolation de l'Occident intellectuel sur l'autel d'une cécité cérébrale irrémédiable. Cette cécité avait été dénoncée en termes simples et clairs :

" Socrate : Existe-t-il quelque chose que tu appelles savoir ? - Gorgias : Oui, Socrate. - Socrate : Et quelque chose que tu appelles croire ? - Gorgias : Oui, certes. - Socrate : Savoir et croire, est-ce la même chose à ton avis, ou la science et la croyance sont-elles distinctes ? - Gorgias : Je me les représente, Socrate, comme distinctes. - Socrate : Tu as raison, et en voici la preuve. Si l'on te demandait : Y a-t-il une croyance fausse et une vraie, tu répondrais, je pense, affirmativement . - Gorgias : Oui. - Socrate : Mais y a-t-il aussi une science fausse et une vraie ? - Gorgias : En aucune façon. - Socrate : Le savoir et la croyance ne sont donc pas la même chose. - Gorgias : C'est juste. Socrate : Cependant, la persuasion est égale chez ceux qui savent et chez ceux qui croient. - Gorgias : Très vrai. - Socrate : Je te propose alors de distinguer deux sortes de persuasions, l'une que crée la croyance sans le savoir , l'autre qui donne le savoir . " (3)

Sitôt que la pieuvre géante du polyculturalisme acéphale étend son empire aux mythes sacrés, elle s'arme d'une censure larvée de la connaissance expérimentale de l'évolution de notre boîte osseuse. La vocation première de la pensée scientifique est de connaître l'origine et le devenir de l'encéphale humain. Comment la nature a-t-elle façonné cet organe à l'école de mondes imaginaires ? A partir du paléolithique, comment la faculté de raisonner a-t-elle progressé de manière non négligeable? Comment s'est-elle accélérée à la suite de la découverte de l'écriture, donc sur la période prodigieusement courte de la mémorisation du temps ?

Du coup, non seulement les sciences humaines, déjà timides, seront soumises à un blocage intellectuel, mais la philosophie sera tout entière étouffée, alors que les dialogues de Platon étaient déjà des analyses psychanalytiques : elles observaient une ignorance tout à fait singulière - celle qui, non seulement s'imagine savoir ce qu'elle ignore de toute évidence, mais qui se présente toujours et nécessairement sous la forme d'un savoir sûr de lui et vigoureusement argumenté, et cela à l'école même de l'illusion qui le floue. Quelle est la psychologie d'une illusion fondée sur la méconnaissance de sa nature propre au cœur même de la logique qu'elle affiche fièrement? C'est cela que Socrate traque à l'école d'une dialectique résolue, cette première forme de la psychanalyse.

Depuis les Grecs, la philosophie véritable est une mise à l'épreuve du fonctionnement délirant de l'espèce dans le temps archivé, donc une anthropologie critique. Aucun progrès dans la connaissance scientifique du cerveau encore faible et tremblant du genre humain ne demeurerait possible si l'examen radiographique de la boîte osseuse des demi fuyards des ténèbres cessait de nourrir une connaissance de la généalogie et de l'évolution de leur dédoublement viscéral entre le réel et des mondes fantasmés. Machiavel et Socrate, Swift et Shakespeare, Cervantès et Kafka, quels guides d'une analyse spectrographique des masques cérébralisés de la politique mondiale !

6 - Un regard d'anthropologue sur l'idole

Ouvrons donc l'œil de la théologie comparée et de l'anthropologie historique sur le Dieu de l'Amérique et sur celui de la vieille l'Europe .
Le Dieu romain est un créancier dont l'acharnement remarquable est nécessairement motivé par des raisons politiques rationnelles dans leur ordre. Pourquoi, depuis deux millénaires, accuse-t-il sa malheureuse créature d'un forfait dont la dette se trouvera automatiquement reconduite de génération en génération et se révèlera ineffaçable en ce bas monde ? Pourquoi cette ténacité contraindra-t-elle un coupable de naissance de payer le péage de son rachat ? Pourquoi cette tractation sera-t-elle soustraite à tout tarif forfaitaire et absolutoire ? Comment se fait-il qu'un verrouillage politique qui ne se relâche jamais et qui se fonde sur la contrition et la pénitence perpétuelles d'un débiteur cadenassé à vie rende pourtant la théologie romaine plus réaliste, donc plus efficace dans l'arène indisciplinée de l'Histoire que celle du dieu d'en face, dont le flottement et le vagabondage gratuits permettront à Jean-Paul II de dénoncer le "
sinistre aveuglement" d'une Amérique ivre de l'innocence que son ciel lui octroie?

C'est que l'idole de l'adversaire fonctionne sur un tout autre modèle de la raison politique: elle est bénisseuse, généreuse, gaspilleuse. On dirait qu'elle répand ses grâces sur cette terre sans y prêter vraiment attention. C'est avec le plus grand laisser aller et sans se faire prier le moins du monde qu'elle a donné à Abel le juste un nouvel Eden à défricher. Le paradis américain ne réclame le paiement d'aucun arriéré, Abel nage avec la même légèreté d'esprit que son créateur dans les félicités d'une innocence spontanément retrouvée. Mais que d'orages refoulés, que de passions enfermées dans une théologie si benoîte d'apparence! Devenu juste et vertueux à l'école de son gentil démiurge, le nouvel Adam répand par pleines panerées ses glorieux bienfaits sur tout l'univers habité.

C'est un bien grand avantage politique de se mettre à l'école d'une divinité dont le ciel renvoie au panier percé de ses grâces. Une idole aussi incontrôlée présente des traits psychiques fort différents de ceux de l'idole scrupuleuse, soupçonneuse et revendicatrice qui se présente en huissier de justice à sa créature épouvantée par les châtiments éternels dont l'enfer la menace.

7 - La théologie du 11 septembre

Mais comment l'anthropologie politique et critique juge-t-elle les dieux dépensiers? De quel œil observe-t-elle les apories que sécrète l'idole des bénéficiaires de l'Eden ? Prenons l'exemple de l'attentat du 11 septembre. Est-il de nature à offenser la dignité et la puissance du Dieu américain ? Dans ce cas, l'idole d'Abel le juste se montrerait fâcheusement vulnérable et son équilibre interne serait à réviser. Conviendra-t-il donc de venger sa faiblesse outragée, de châtier ses offenseurs sur la terre entière et de se casquer en guerrier du souverain humilié de l'Eden? Les hôtes du paradis terrestre s'interrogent gravement: s'ils se donnent un ciel et un maître au-dessus des offenses, ils seront seuls à relever le défi du 11 septembre.

Mais, pour autant, il sera bien impossible qu'ils ne s'identifient en cachette à l'idole qu'ils auront mise discrètement à l'abri de l'épreuve et protégée de toute salissure, impossible qu'ils ne prennent en tapinois à leur compte et à leur plus grand avantage politique la sainteté invulnérable d'un créateur du monde au-dessus de tout soupçon, impossible qu'ils n'endossent la cuirasse des croisés du ciel parfait dont ils se proclameront les imitateurs immaculés, puis les mimes, et enfin les vrais propriétaires. Alors, leur dédoublement en l'idole inattaquable et aseptisée les chargera en catimini d'orgueil et de gloire ; et les légions de leur propre sainteté se mettront en marche avec désinvolture sur toute la terre encore souillée par le péché originel.

8 - Les malheurs théologiques de l'Eden

Mais les malheurs théologiques de l'Eden ne feront alors que commencer. Si l'idole qui bénit et protège une Amérique à jamais innocente n'a pas subi un revers sanglant le 11 septembre 2001 , non plus que le 1er février 2003, comment se fait-il que, sur les débris éparpillés et encore fumants d'une navette spatiale pulvérisée en plein vol, le grand prêtre des lamentations pleines de grâces lui ait demandé sur un ton pressant de " continuer de protéger l'Amérique ", comme si, ô sacrilège, il s'était produit une interruption dans le flot continu de ses bienfaits ? Les théologiens d'une divinité qui jette ses grâces par les fenêtres vont-ils observer à la loupe le blasphème du président dont l'Église méthodiste à laquelle il appartient condamne à son tour la politique et la doctrine? Ont-il l'œil vissé, comme celui de Rome, sur la cohérence intellectuelle et morale de leur ciel ? Et le désastre du Vietnam, comment lui donner sa place dans une théologie solidement charpentée? (4)

9 - Le retour de l'idole d'en face

C'est ici que l'idole d'en face pointe l'oreille et caresse une barbe moqueuse ; car c'était son système de branchement à la fois précautionneux et musclé sur les péripéties dont l'histoire réelle est le théâtre qu'elle n'avait cessé de perfectionner tout au long des siècles. On se souvient qu'à l'instant où elle s'est affaiblie, l'histoire du monde avait aussitôt déserté sa statue aux boulons desserrés. Or, de son côté, l'idole si fâcheusement flottante au-dessus d'une histoire trop vaguement messianisée dont l'Amérique s'est donné le savant usage ne s'est jamais articulée avec le détail des événements et n'a cessé de lâcher la proie pour l'ombre. A force de survoler le monde, c'est la faiblesse de son commandement squelettique de l'univers qui s'est dangereusement démasquée à l'heure où son protégé s'est trouvé mis rudement aux prises avec le temps carnassier des nations.

Il est clair, aux yeux des connaisseurs nouveaux de la psychophysiologie des dieux, que le ciel de G.W Bush est en panne d'une théologie de l'empire américain. Du coup, elle devient tellement flottante et titubante qu'on en vient à douter qu'elle tienne fermement le gouvernail du cosmos entre ses mains diaphanes. L'hérésie a toujours été sarcastique. Naîtra-t-il un Arius du Nouveau Monde pour se demander pourquoi le chef de la Maison Blanche est condamné à mettre à leur tour les désastres de l'histoire américaine sur la liste des pâles bénédictions du ciel, au point que ses prêtres acculés dans les cordes se voient réduits au ridicule sans pareil de demander à leur idole de persévérer dans ses grâces ineffables au spectacle de sept corps cruellement déchiquetés ?

A la vue de tant de ratages de sa rivale, l'idole romaine se frotte un menton perplexe. Puisque depuis des siècles, c'est par le menu qu'elle a pesé les circonstances heureuses ou fâcheuses de l'Histoire ; puisque ses docteurs en comptabilité ont si longuement étiqueté ses exploits à l'école des bonheurs et des malheurs alternés des nations et les ont soigneusement colloqués dans un plan minutieusement concerté du destin de l'univers, c'est en pleine connaissance de cause qu'elle a chargé son vicaire général de mettre en pénitence l'idole inexperte et confuse de l'Amérique:
- " Quel est le sinistre aveuglement, lui dit-il, qui interdit à tes créatures de se morigéner avec ardeur et de se mettre au piquet soir et matin? Pourquoi leur interdis-tu de rentrer en eux-mêmes, de relire jour et nuit la liste de leurs péchés capitaux, de se les donner en spectacle et de se faire cuire à petit feu dans le chaudron de leur décalogue? Regarde comme mon ciel a bien tempéré ses pénitences. Je leur interdis le ressassement de leurs fautes : vois comme j'ai rudement ramené leurs jansénistes dans les rangs ! Mais je leur interdis également de prendre à la légère leur contrition sur cette terre, à la manière de leurs fieffés jésuites , qui ne cessent de glisser des coussins sous les coudes des damnés. "

10 - Un pape anthropologue

Elle s'en donne à cœur joie, l'idole aux impénétrables desseins; et elle apostrophe sans ménagements l'idole encore dans l'enfance des nouveaux Atlantes. Qu'enseigne une lecture de l'histoire nourrie d'une spectrographie psychopolitique des idoles? Elle observe qu'une divinité savamment articulée avec l'histoire programmée des nations et des peuples et dont le prudent génie sait ménager à la fois la faiblesse de l'espèce et l'héroïque folie de ses martyrs occasionnels ou persévérants, une telle idole, dis-je, mérite que l'anthropologie critique recueille l'héritage de ses théologiens pour le plus grand avantage d'une intelligibilité scientifique de l'histoire du ciel et de la terre ; car les théologies sont des miroirs fidèles du cerveau biopolitique de notre espèce.

Imaginons un pape devenu savant dans la connaissance de l'homme dont les mythes religieux détiennent les secrets politiques et qui dirait aux légions de la grâce américaine :
- " Vous avancez les yeux bandés en agitant la clochette des fous. Votre idole est demeurée tellement inexpérimentée et benête qu'elle entasse sous vos pas les désastres qu'accumule votre innocence et votre sottise. La planète tout entière retentit des prières maladroites que vous adressez à votre propre démence, la planète tout entière tremble sous la foudre de vos invocations inutiles à votre Dieu encore en apprentissage des ressorts secrets de sa créature, la planète tout entière frémit sous la bannière de la simplicité d'esprit de votre idole. Vous êtes les apôtres et les croisés de l'Eden énergique et borné que vous êtes devenus à vous-mêmes . Vous êtes tombés dans un aveuglement sinistre pour avoir oublié la sagesse d'un Dieu longuement et soigneusement apprêté à l'Histoire réelle du monde par tous nos saints docteurs. Qu'est-ce qu'un Dieu qui vous promène comme des aveugles dans ses jardins ? Apprenez que les idoles se forgent et s'éduquent à l'école de la science politique que les hommes leur inculquent. "

11 - L'Eden de la raison

En quoi une lecture anthropologique de l'expansion des empires est-elle devenue la condition de méthode sans laquelle une intelligibilité réelle de la guerre américaine pour le contrôle des champs pétrolifères de l'Irak demeurera hors de la portée de la science historique ? C'est que le 11 septembre a rappelé à la France laïque que l'observation, si minutieuse qu'elle soit, du passé et du présent des nations demeure aussi aveugle qu'une théologie si l'innocence de la raison n'est qu'un autre Eden de la pensée et si le gang des concepts rédempteurs de 1789 demeure dans l'incapacité de rendre compte de l'inconscient théologique des peuples et de leurs dirigeants.

La France ne saurait invoquer son droit de veto de manière crédible au Conseil de Sécurité des Nations unies sans faire débarquer la raison de demain dans la politique, donc sans mettre sur la table les vraies cartes du jeu. Comment combattre le Tartufe de la piété nouvelle, celle des idéalités de la démocratie, qui vise à s'étendre et à régner sur toute la terre sous la bannière d'une nouvelle alliance - celle que le Dieu protestant a scellée avec une épopée du concept de liberté, du concept de justice, du concept d'égalité - si la science politique de l'Occident n'est pas encore née, faute d'une connaissance anthropologique des dieux que sécrète le cerveau schizoïde de l'humanité ?

Comment rappeler, avec des gémissements dans la voix, que la guerre est " la pire des solutions ", si le prétendu " problème à résoudre ", celui du désarmement de l'Irak est entièrement fantasmé et ne répond qu'au délire théologique de G.W. Bush ? Comment feindre qu'il faille désarmer un maître de l'épouvante sur cette planète - un titanesque Saddam Hussein - si l'Europe ne maîtrise pas encore une science de la folie humaine qui lui permettrait de diagnostiquer l'état clinique d'un empereur d'Occident saisi par le sacré ?

Pis que cela : pourquoi voyons-nous la classe politique européenne s'affairer non point autour du vrai malade, mais préconiser en chœur le ligotage d'un Pygmée qui ne menace en rien un empire? Pourquoi voyons-nous des secouristes vibrionnants soutenir que la guerre deviendrait légitime en cas d'entêtement extrême d'un nain désarmé et inoffensif, mais dont l'obstination et la stupidité pécheresses se seraient révélées rebelles à tous les vaccins du messianisme américain? Mais pour mettre un terme à la mascarade théologique dans laquelle les démocraties modernes se laissent entraîner, il faut un diagnostic fondé sur une science psychobiologique de la folie commune aux hommes et à leurs idoles - sinon comment appeler un chat un chat et un empire un empire ?

12 - L'autisme théologique

Au stade actuel de l'évolution du cerveau bipolaire de notre espèce, tout césarisme politique exprime l'autisme théologique propre au ciel qui l'inspire . La divinité qui règne sur l'encéphale de l'Amérique se veut immaculée et prophétique, évangélisatrice et messianique, bénisseuse et purificatrice. Face à ce personnage aussi réel et aussi observable dans l'Histoire que le Zeus d'Homère en son temps, comment l'Occident étudiera-t-il les ruses, les subterfuges , les dérobades , les chausse-trapes, les offensives et les replis du stratège céleste avec lequel elle se croit aux prises, alors que l'idole ne relaie jamais que les ruses, les subterfuges, les dérobades, les chausse-trapes des hommes qui en tirent les ficelles ?

Apprendre à observer les hommes et leur histoire dans le miroir de leurs idoles, c'est se donner le regard dédoublé qu'appelle le spectacle d'une fable et d'une tragédie dont les actes habilement enchaînés répondent à la règle des trois unités du théâtre classique. Au premier acte, un souverain piqué par un insecte obtient de ses vassaux dispersés dans le monde entier l'autorisation expresse de déclarer la guerre à toutes les nations du globe sur le territoire desquelles on aura détecté la présence des insectes maudits. Fort du blason d'un faux droit international dont la piété universelle l'a complaisamment paré, le géant en profite pour accuser les nations dont il convoite les richesses de cacher la peste et le choléra jusque sous les sables du désert. Si désarmée que sera la nation concernée , elle se verra accusée par la communauté internationale des dévots de cacher des armées redoutables d'insectes piqueurs prêts à se ruer en essaims serrés à l'assaut du plus puissant empire de la terre et de l'anéantir en un tournemain.

13 - Le grippage de la raison occidentale

Mais pour que ce scénario délirant paraisse crédible à l'Europe cartésienne, le concours d'une raison mieux armée que celle qui n'a pas progressé d'un pas depuis 1789 serait bien utile, parce que l'infirmité de la demi raison française résulte de qu'elle n'a pas approfondi le contenu parareligieux et messianique des idéalités de la Révolution et de la laïcité. D'où la fascination qu'exerce en Europe un Président Bush dont la prêtrise et la gesticulation para-sacerdotale rendent l'Amérique à la fois pseudo sotériologique et apocalyptique.

Il y a plus de quatre siècles que les dirigeants occidentaux de formation catholique ont oublié le spectacle de la personnalisation de la parole évangélisatrice dans la bouche des dirigeants politiques et l'identification de leur allure avec celle des prophètes d'Israël. Aussi les dirigeants catholiques du Sud de l'Europe sont-ils les plus désarçonnés et les plus subjugués par une autorité publique de type biblique. Du coup, on assiste à une double césarisation du pouvoir: d'abord celle d'un Président des États-Unis devenu oraculaire et dont un Congrès pétrifié devient de plus en plus l'homme-lige et le serviteur, à la manière du Sénat romain devant les empereurs, ensuite, par contagion, une césarisation parallèle, mais subreptice et mimétique, des dirigeants européens attirés comme des phalènes par l'incarnation d'un verbe rédempteur, celui d'un acteur planétaire du salut universel.

Le spectacle qui en résulte est proprement stupéfiant : un Anthony Blair s'identifie au style néo-testamentaire de la puissance américaine sans se préoccuper de l'opinion hostile de 75% de ses électeurs, un Aznar vole dans le ciel américain sans se soucier de l'opposition de 91% du peuple espagnol, un Berlusconi ignore qu'en démocratie, ce n'est pas le dieu américain qui fait la loi, mais le verdict des urnes. Le césarisme théologique des dirigeants européens traduit tous les signes du mélange de la dévotion avec la peur qui caractérise la foi religieuse - puisque " la crainte de Dieu est le commencement de la sagesse ".

14 - La contamination cérébrale

Mais la contamination est également cérébrale : on assiste à l'adoption inconsciente des formes traditionnelles de la pensée religieuse, dont on sait qu'elle repose sur une problématique préconstruite à seule fin de grappiller autour d'elle les prétendues preuves de sa pertinence. L'hypothèse scientifique précèdera et pilotera à son tour la confirmation ou l'invalidation expérimentale . Mais, dans le sacré, l'hypothèse fondatrice n'est jamais réfutée: tout ce qui arrivera ou n'arrivera pas dans l'Histoire sera secrètement voulu ou refusé par une divinité souveraine .

Ce type de fonctionnement erratique de l'encéphale humain est demeuré, hélas, caché jusque dans la théorie physique classique. On pensait que les redites régulières de la matière, qui les rendent évidemment prophétisables, donc exploitables, exprimaient de surcroît la légalité, donc la rationalité des rendez-vous du cosmos avec elles. Du coup, l'expérience fécondée par ce qu'on attendait d'elle - la prédiction juridifiée - paraissait confirmer une problématique chargée de rendre l' " l'intelligible " loquace et payant. La politique biblique de G. W. Bush obéit exactement à ce type de téléguidage de l'Histoire: puisque le monde est secrètement piloté par une gigantesque altercation entre le Bien et le Mal et vice versa, la politique de la Maison Blanche a reçu mission divine de combattre les " êtres malfaisants " répandus à foison dans le cosmos et réputés en troubler le bon ordre, mais seulement lorsque le " triomphe de la justice démocratique ", permettra de mettre la main sur un or noir tombé entre les mains du démon irakien.

Mais, encore une fois, le tartufisme politique et religieux répond à un angélisme inscrit dans la psychobiologie de l'espèce. Il n'est conscient qu'à demi - sinon il s'appellerait plus crûment le cynisme. La mauvaise foi est semi innocente ; elle flotte entre une lucidité et une cécité calculées dans l'inconscient. Elle règne sur un no man's land du psychisme que l'existentialisme sartrien a bien analysé. C'est pourquoi la crise irakienne demeure inintelligible sans un approfondissement de la connaissance anthropologique d'une espèce auto-illusionnée de naissance par son séraphisme cérébral . La preuve que sécrète " l'hypothèse " théologique est tautologique par définition et inlassablement auto-confirmée par le cercle vicieux qui la produit et la répète.

15 - Le réveil de l'intelligence des nations

Mais le monde moderne n'offre-t-il pas un spectacle extraordinaire ? Comment se fait-il que les seuls peuples de l'Europe qui ne sont plus sérieusement catéchisés depuis près un siècle soient devenus plus rationnels et plus lucides dans l'ordre politique que leurs dirigeants ? Pourquoi, en revanche, le spectacle des prestations para-théologiques du plus puissant dirigeant du monde a-t-il laissé les élites politiques de l'Europe bouche-bée et admiratifs jusqu'au jour où les foules sont descendues dans la rue? Pour la première fois, le 15 février 2003, les masses ont tenté de dessiller les yeux et d'ouvrir les oreilles de leurs gouvernements. Depuis des mois, la terre entière assistait à une représentation en direct du Tartuffe de Molière et les foules étaient seules à s'en apercevoir.

16 - Les anthropologues de demain

Quand les anthropologues seront devenus des connaisseurs expérimentés du cerveau bipolaire de l'espèce et de vrais interprètes de l'histoire de la raison, ils observeront le comportement des élites mondiales de la peur au début du IIIe millénaire face à l'expansion de l'empire idéocratique américain et de sa théologie des idéalités rédemptrices ; et ils remarqueront que, dans la crise irakienne, l'Europe, la Russie et la Chine disposaient de moyens légaux, francs et invincibles de s'opposer à la conquête, par les États-Unis d'Amérique, des ressources pétrolières de la planète en violation du droit international.

Puisque ces trois nations disposaient d'un droit de veto au Conseil permanent des Nations unies, il leur suffisait de déclarer fermement au Président américain qu'ils lui refusaient la caution de l'éthique et de la justice internationale dont il désirait parer son sceptre pétrolier et qu'ils ne l'autorisaient pas à corrompre et à soudoyer le Conseil de Sécurité afin de s'emparer du sous-sol irakien au nom d'un Dieu à sa solde; et que s'il entendait se saisir de ce pétrole les armes à la main, ils rompraient les relations diplomatiques avec lui. Qu'au reste, l'Allemagne, l'Italie, le Japon et d'autres anciens satellites allaient demander le retrait des troupes américaines stationnées sur leur sol. Quatre décennies après la France, il était bien tard pour jeter cette coquille vide. Les principes élémentaires de la démocratie ne leur permettaient pas de s'opposer au clair jugement de 85% de leur population. Ils ne faisaient ainsi qu'exprimer la volonté et le bon sens politique de leurs électeurs.

17 - Comment la théologie légitime la puissance politique injuste

Au lieu de cela, la question de fond n'a pas été posée de savoir comment la théologie légitime la puissance politique injuste et à quels critères elle la proclame illégitime pour appeler les peuples à la rébellion contre les pouvoirs établis. C'est pourquoi il a été demandé à Saddam Hussein de désarmer sans contrepartie, donc sans aucun engagement de la part des États-Unis à renoncer au génocide d'une nation qui sera dévotement massacrée en échange du désarmement d'un tyran. Comment l'Europe et l'Amérique lèveront-elles ensemble les yeux au ciel ?

Le lundi 18 février 2003 à l'occasion de l'anniversaire de la signature des accords du Latran entre l'État italien et le Saint Siège - le 11 février 1929 - les autorités italiennes au grand complet ont rencontré le Secrétaire d'État du Vatican, le cardinal Angelo Sodano, accompagné du président des évêques italiens, Camillio Ruini. A l'issue du débat, la théologie du Concile de Trente a été solennellement confirmée : la guerre sera pieuse si le plus faible ne s'offre pas nu comme un ver aux coups de son puissant agresseur . Le Cardinal Sodano a déclaré : " Il faut obtenir ce qu'ont demandé les chefs d'État et de gouvernement de l'Union européenne : le désarmement. C'est la voie à suivre mais, pour l'obtenir, il y a encore beaucoup de voies pacifiques et toutes doivent être tentées. La guerre n'est pas inévitable. "

La guerre irakienne modifiera-t-elle la théologie de la légitimité du pouvoir politique au spectacle de la dérive hitlérienne de la démocratie, quand la terre entière assiste à un spectacle que le Los Angeles Times décrit ainsi ? " L'administration Bush devrait abandonner une fois pour toutes sa campagne embrouillée à la recherche de la vérité, de la coopération internationale et du règne du droit. En réalité, les Etats-Unis sont déterminés à envahir l'Irak, que ce pays ait ou non des armes de destruction massive et quels que soient les découvertes des inspecteurs ou l'avis du Conseil de sécurité de l'ONU. Les troupes sont déjà en place et le secrétaire d'Etat Colin Powell est maintenant un faucon agressif à temps plein, qui braille et dénature les rapports des inspecteurs avant même qu'ils n'aient terminé de les lire aux Nations unies. " (5)

L'étude anthropologique des théologies psychanalyse le Dieu du déluge toujours vivant sous la parure irénique des Évangiles .

18 - Le cerveau bipolaire

La crise irakienne a fait débarquer la connaissance des masques biopsychiques de l'espèce dans la science politique mondiale, parce que le Président Bush avait la franchise de Hitler : c'était sans se cacher le moins du monde qu'il voulait occuper un territoire qui ne lui appartenait pas . Mais Tony Blair lui a dit :
- "
Nous avons fait de grands progrès en politique depuis la fin de la dernière guerre. Je vous garantis que vous pouvez occuper l'Irak sous la banderole du droit international et de l'esprit de justice : laissez-moi faire, je me charge d'acheter le Conseil de sécurité de l'Onu qui vous permettra de réaliser votre ambition au nom de l'évangile et des idéaux de la démocratie. "
Le Président Bush était réticent . Il se doutait que l'opinion publique mondiale risquait de débarquer dans l'arène de l'Histoire et de se changer en une force politique.

Mais l'étude anthropologique du tartufisme idéologique ou religieux et de ses racines psychobiologiques est devenue indispensable à la science politique quand il est devenu impossible de comprendre les événements les plus spectaculaires sans une connaissance scientifique de l'encéphale schizoïde des rescapés du monde animal. Car les pays de l'Est se sont dit :
- "
Staline s'avançait sous le masque d'une religion de la délivrance du prolétariat mondial, Bush s'avance sous le masque des idéaux évangéliques de la démocratie américaine. Nous avions donc raison de soutenir que la politique doit être doublée par les anges qui la cautionnent - nous nous rangeons donc sous la bannière du nouvel évangile de la terre et nous saluerons notre nouveau maître, les États-Unis d'Amérique. "
Du coup, la civilisation occidentale n'a plus de science politique rationnelle si elle ne s'arme d'une connaissance anthropologique de l'humanité.

Une telle connaissance exige de l'Europe qu'elle retrouve sa vocation originelle, celle qui la fonde sur la recherche de la vérité, donc de l'universel, et qu'elle approfondisse sans cesse la distinction socratique entre le savoir et la simple croyance. La France est redevenue le carrefour du devenir intellectuel du monde : si elle tombe dans le panculturalisme acéphale des déclins elle éteindra le flambeau de la pensée , si elle poursuit la guerre de l'intelligence, elle réaffirmera que le destin de la raison est l'avenir de la lumière.

Notes

(1) Radio Vatican, 18 fév. 2003, Père Pasquale Borgomeo.
(2) G.W. BUSH, Discours sur l'état de l'Union, 29 janvier 2003.

(3) Platon, Gorgias, 454, d-e.

4 - Note : Prayers offered : Bush referred to the confrontation with Iraq, the ''war on terrorism, apparently the challenge offered by North Korea's nuclear weapons program, and the tragedy of the space shuttle Columbia crash as he offered prayers for the country. " ''At this hour we have troops that are assembling in the Middle East. There's oppressive regimes that seek terrible weapons. We face an ongoing threat of terror. One thing is for certain, we didn't ask for these challenges. But we will meet them,'' Bush said. " CIA Director George Tenet told the breakfast, ''God teaches us to be resolute in the face of evil, using all of the weapons and armor that the word of God supplies.'' Voir Philippe Grasset, GW, la CIA et Dieu, 9 février 2003, http://www.dedefensa.org , " Prayers offered " et Mine Eyes Have Seen the Glory, Bush's Armageddon Obsession, Revisited By Michael Ortiz Hill, CounterPunch, January 4, 2003.

(5) Los Angeles Times, 18 février 2003.

23 février 2003