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Section Les défis de l'Europe
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Les hommes d'Etat de l'intelligence

 

Quelle révolution de l'intelligence politique donnera-t-elle aux hommes d'Etat de demain l'avance d'une nouvelle Renaissance dans la connaissance de l'homme ? Pour répondre à cette question, il faut recourir à une anthropologie de la Croix.

Le Dieu de l'Amérique est mort à Falloudja. Le Dieu nouveau arrachera-t-il à l'Amérique le sceptre du Bien et du Mal gangrené à Falloudja?

1 - On a hospitalisé Dieu le Père
2 - Les hommes d'Etat en apprentissage
3 - Le regard de l'homme d'Etat sur les dieux
4 - L'écroulement des balivernes
5 - La Justice dupée, la Liberté dupée , la Loi dupée
6 - La Croix et le hurlement des chiens
7 - Dieu est mort à Falloudja

1 - On a hospitalisé Dieu le Père

Parmi les fonctions entièrement nouvelles qu'il incombera aux vrais chefs d'Etat d'exercer dans le cadre de leurs responsabilités politiques, la plus révolutionnaire sera d'apporter leur soutien à l'aventure tumultueuse de la raison. Le déclic de leur accès à ce guidage aura été le débat avorté sur l'entrée de la Turquie en Europe. La pauvreté intellectuelle du Parlement aura illustré de manière saisissante la sous-information anthropologique des dirigeants actuels des démocraties. La question de l'avenir de la libératrice des peuples et des nations que l'Europe de la pensée avait baptisée l'intelligence se placera au cœur de la réflexion sur la nature et le destin de la politique internationale ; car le Vieux Continent se verra contraint de rappeler que, depuis vingt-cinq siècles, les vrais progrès de l'encéphale simiohumain ont passé par les lentes et difficiles conquêtes d'une faculté que nous appelions la raison. Cette tête chercheuse déchiffrait les songes que notre boîte osseuse ne cessait de se raconter et dont les principaux concernaient les personnages fabuleux qu'elle installait dans le cosmos. Pourquoi nos ancêtres demandaient-ils à des interlocuteurs imaginaires de les piloter sur la terre et pourquoi leur confiaient-ils leurs espoirs et leurs craintes ?

Si les réponses qu'apporteront à cette question les hommes d'Etat européens devenus ambitieux d'apprendre à penser devaient demeurer superficielles au sein de nos démocraties, il leur sera très facile de paraître connaître la solution : car il est bien vrai que l'homme actuel appartient encore largement à une espèce cérébralement trop fragile pour supporter d'errer en solitaire dans le vide, il est également bien vrai qu'il tend le micro à des interlocuteurs fantastiques de sa faiblesse dans le silence de l'infini, il est enfin bien vrai qu'il entend à la fois soumettre ses auditeurs dans le cosmos à des interrogatoires serrés et les plier à ses directives. Mais quand l'homme l'Etat du IIIe millénaire décidera de se livrer à un examen approfondi de la folie d'une espèce en voyage dans son encéphale depuis le paléolithique, il se demandera comment il se fait que les acteurs rêvés que notre matière grise colloque dans l'espace se mettent à sécréter la croyance à leur existence même parmi les élites, qui y croient dur comme fer, de sorte qu'il suffira de former de génération en génération une classe de prétendus connaisseurs de ces personnages fantomatiques pour ancrer leur doctrine dans le capital psychobiologique de notre espèce.

Du coup la question devient lamarckienne ; car, se dit le chef d'Etat entré en apprentissage de l'humanité, si " la fonction crée l'organe ", c'est que l'encéphale simiohumain sécrète spontanément les mondes spéculaires dont il a besoin pour survivre entre le vide de l'immensité et la terre ferme. Le fait que la Turquie habille son Hercule du cosmos d'un tout autre vêtement et le dote d'un tout autre cerveau de moraliste, de législateur et d'homme politique que l'Europe constitue un fait politique que l'homme d'Etat occidental ne saurait gérer aussi longtemps qu'il n'aura pas conquis une connaissance anthropologique du phénomène de la croyance. Condamné à faire progresser sa faible science du genre simiohumain, il doit perfectionner la balance rudimentaire sur laquelle il pèse son propre encéphale et celui de ses concitoyens.

Tel est le nouveau choix de Machiavel : ou bien il demande seulement au propriétaire turc de l'éternité d'accélérer son allure et de marcher à plus grandes enjambées sur le chemin de la laïcisation de sa vie publique en Turquie et dans nos propres contrées : et dans ce cas, l'homme d'Etat rendra l'ex-empire ottoman aussi acéphale que l'Europe, qui a incarcéré les trois dieux uniques dans la maison de fous où nos Etats laissent les délires privés des citoyens courir la bride sur le cou, mais sans que nous connaissions les secrets des millénaires de notre évolution au cours desquels les demi évadés de la zoologie que nous sommes demeurés ont partagé leurs neurones entre leurs labours et leurs Olympes. Ou bien les hommes d'Etat d'une nouvelle Renaissance découvriront que penser est une entreprise de spéléologues de notre boîte osseuse.

2 - Les hommes d'Etat en apprentissage

Tel est l'exercice d'introspection intellectuelle auquel se livre le chef d'Etat en dialogue avec son futur statut politique sur la scène internationale. Qu'est-ce, se dit-il, qu'une civilisation privée de toute connaissance réelle du cerveau de ses membres ? La Turquie nous contraindra à doter le prétendu esprit rationnel de la France d'un peu de sérieux aux yeux de l'anthropologie scientifique, parce qu'avec trois locataires de l'immensité en promenade dans la tête - Jahvé , Allah et notre Dieu-père - il nous sera impossible de fermer les yeux plus longtemps sur le désordre mental qui ballotte de ci de là une espèce obsédée par les héros de sa folie qui se sont logés sous son crâne.

Mais se disent les apprentis du genre humain que seront les dirigeants de demain, l'Europe dispose désormais de trois autres dieux uniques, la Liberté, l'Egalité et la Fraternité. Si nous nous mettions à invoquer aussi pieusement leur intervention dans nos affaires que les Turcs en appellent aux écrits de leur rédacteur des droits de l'homme et de la femme dans l'Islam, aurons-nous quelques chances de faire de nos Célestes respectifs les vrais chefs de la politique mondiale ?

Du coup, nos néophytes de la connaissance de l'homme se disent qu'en 1453, les fidèles du Christ de Constantinople étaient devenus tellement pieux qu'ils s'étaient rassemblés sur la place centrale de la capitale de leur chrétienté et qu'ils avaient attendu dans la plus fervente dévotion le secours de l'armée des anges qui allaient nécessairement débarquer du ciel et, d'une seule pichenette de leurs ailes resplendissantes, repousser les Turcs montés à l'assaut de leurs murailles. Les Européens se rassembleront-ils à leur tour au centre de leurs villes et en appelleront-ils aux anges de la Liberté, de l'Egalité et de la Fraternité afin qu'ils repoussent le Dieu casqué et armé jusqu'aux dents qui les appellera de Bruxelles, en février 2005, à soutenir davantage ses champions de la mort en Irak ?

Quelle tragédie ou quelle heureuse aventure qu'une mutation de la politique mondiale qui fait de l'intelligence à venir des chefs d'Etat européens la clé de l'avenir cérébral d'un continent ! Les dirigeants de l'Europe commencent de se dire : " Peut-être sommes-nous des ignorants ; peut-être un nouveau Quattrocento piétine-t-il aux portes de notre civilisation. Si nous ne nous préoccupions pas du destin cérébral du Vieux Monde et si nous n'observions pas comment nos dieux devenus abstraits fonctionnent dans nos pauvres têtes , ne deviendront-ils pas, eux aussi, des manières d'anges ? Mais descendront-ils davantage des nues pour nous sauver que ceux qui voletaient dans le ciel de Constantinople et qui se sont bien gardés de froisser leurs ailes à se frotter aux Turcs ? Sommes-nous mieux armés que les anges du langage que nous faisons voleter dans le ciel de la Liberté? Sur quelle enclume de la parole nous sommes-nous forgés une tête d'hommes d'Etat ? Quelle gigantesque révolution de notre science de la politique ne devrons-nous pas promouvoir en Europe si nous entendons nous retrouver dans le pilotage de l'encéphale des terrorisés des ténèbres ! Nos compatriotes ne savent pas encore que ni Allah, ni Jahvé , ni le Dieu de la croix ne s'occupent de leurs affaires et qu'ils sont seuls à se colleter avec leur histoire dans le vide de l'éternité.

3 - Le regard de l'homme d'Etat sur les dieux

L'homme d'Etat devenu soucieux de franchir un grand pas dans l'apprentissage de l'espèce humaine se dit que la Liberté, l'Egalité et la Fraternité sont décidément des anges aux ailes de cire et qu'ils ont beau illuminer le ciel de l'Europe de tout l'éclat de leurs trajectoires, ils ne nous accordent jamais le secours de leur verbe qu'à proportion de nos forces et de nos faiblesses sur cette terre. Nous avons beau leur adresser nos prières les plus ferventes, nous avons beau supplier leurs idéalités généreuses de venir à tire d'ailes délivrer l'Irak des barbares qui occupent son territoire et torturent ses habitants, nous avons beau caresser leur plumage et les peindre aux couleurs de leur fulgurante sainteté, ils ne font jamais que voleter avec une discrétion de séraphins de la politique dans le ciel de la vieille Europe. Demeurerons-nous frileusement blottis autour de nos idéalités déplumées, attendrons-nous pieusement que le ciel des démocraties vienne délivrer le continent de l'intelligence ? Pour l'apprendre, peut-être nos hommes d'Etat apprendront-ils à tourner un instant leur regard vers nos dieux d'autrefois et se demanderont-ils comment ils ont régné dans les têtes de nos ancêtres. Car leur impuissance a précédé celle des autels que nous dressons désormais à nos idéalités. Quelles étaient les offrandes que nous présentions en ce temps-là sur leurs offertoires?

4 - L'écroulement des balivernes

Dans L'écroulement de la Baliverna , Dino Buzzatti raconte l'histoire de deux Martiens qui demandent à Don Pietro, un prêtre toujours armé d'un fusil, quelle est l'utilité des croix qu'on voit dressées partout . " Vous en déposez des armées entières par endroits, vous les enfermez entre des murs. Peux-tu me dire, ô humain, à quoi elles servent ? "

Don Pietro se met à leur raconter tout au long ce que le mythe se raconte à lui-même. Mais l'Europe des hommes d'Etat sait depuis bien longtemps qu'il est inutile de demander à Homère, Pindare ou Ovide pourquoi les Grecs logeaient tels dieux et non point tels autres dans leur tête . Si l'homme d'Etat entend enseigner aux Français comment leurs idéalités les désarment face aux barbares qui escaladent les murailles de l'Europe, il est bien inutile qu'il donne la parole à leurs bardes, qui n'excellent que dans l'art de faire parler les dieux des uns et des autres . Les hommes d'Etat savent que les ciels ne racontent jamais que ce que les hommes leur ont appris à réciter. Pour savoir ce que nos croix nous racontaient hier en secret et comment nos idéalités nous le redisent aujourd'hui, il faut remonter aux origines de la longue escapade de notre espèce dans les royaumes secourables de nos songes religieux d'autrefois.

Don Pietro ouvre le livre sacré et se met à lire aux Martiens de Buzzati la page terrible où il est enseigné aux humains que seul le ciel est autorisé à définir le Bien et le Mal et que celui qui mangera des fruits de l'arbre de cette science-clé de toute politique sera puni de mort. L'homme d'Etat sait d'instinct ce que cela veut dire: à savoir, que le pouvoir religieux symbolise le pouvoir politique suprême et que le despote des nues est construit sur le modèle de tous les tyrans de ce monde, qui rêvent, eux aussi, de livrer aux enfers ceux qui prétendront dire le Bien et le Mal à leur place.

Si les citoyens des démocraties n'ont pas d'yeux pour le souverain qui leur ordonne de distinguer le Bien du Mal au profit de son règne, comment seront-ils jamais armés d'une politique fondée sur des secours plus efficaces que ceux de leurs anges d'hier dans le ciel de Constantinople ou de leurs anges vocalisés dans le ciel d'aujourd'hui ? Car les anges de la grammaire sont unanimes : ils disent tous que le Bien est du côté de leur maître, l'envahisseur de l'Irak et que leur plumage est celui du saint évangile de l'Amérique; et ils s'appliquent tous à bien servir leur fou dans le ciel de la démocratie - le guerrier dont les armes disent la puissance sur la terre. Telle est la nature des anges et des séraphins d'hier, d'aujourd'hui et de demain.

5 - La Justice dupée, la Liberté dupée , la Loi dupée

Alors, les Martiens de Buzzati poursuivent discrètement leur enquête ; et ils ne tardent pas à apprendre que les hommes n'ont pu se retenir de manger du fruit défendu dans l'Eden où leur créateur attise les flammes de l'enfer et allume les lustres des félicités éternelles promises à leur obéissance ; et que les malheureux auraient été condamnés à bouillir à jamais dans les marmites du diable si leur Titan du ciel ne leur avait envoyé son fils afin de les " racheter " . Nos Martiens vont d'étonnement en étonnement: "Qu'avez-vous fait de lui ? demandent-ils à don Pietro. N'est-il pas mort cloué sur une croix ? Vous l'avez donc tué ? "

Qu'apprendra de la politique l'homme d'Etat qui décryptera ce discours ? Que si les citoyens de l'Europe devenaient, au plus secret d'eux-mêmes, des hommes d'Etat et des civilisateurs, ils observeraient sur tout le territoire qui s'étend entre le Tigre et l'Euphrate le vaste semis des croix sur lesquelles le Dieu d'une Justice dupée, d'une Liberté dupée et d'une Loi dupée a cloué des Christs dupés. L'homme d'Etat sait que " Dieu " est décidément un ange tueur ; et que les démocraties sont appelées à conquérir un regard souverain sur ce Dieu-là. Que dit ce ciel, sinon qu'il s'appelle l'Histoire et que l'Histoire réclame le tribut du sang et de la mort ? C'est pourquoi elle voudrait se payer jusqu'à la fin du monde sur le profanateur de ses secrets.

6 - La Croix et le hurlement des chiens

Les soldats qui ont mangé du fruit de l'arbre de la connaissance du Bien et du Mal dans le jardin d'Eden de la démocratie américaine pourrissent sur les croix de bois semées dans le désert. Au plus secret de leurs âmes , à qui appartiennent-ils, les cadavres que ballottent les vents de sable ? Quel roi des anges s'est-il donné ces pendus sur leur gibet? Où sont passés les cinq mille soldats américains dévorés de l'intérieur par le cancer de la Croix du roi des singes ? La potence qui les ronge et les dévore serait-elle le vrai fruit de l'arbre de la connaissance du Bien et du Mal ? Les Martiens savent-ils que la Croix pourrie du Dieu de l'Amérique rongera demain un tiers de l'armée américaine et que les psychiatres estiment à trente cinq ans le temps qu'ils mettront à guérir ?

Demain, les chefs d'Etat en apprentissage de l'homme et de son histoire entreront dans le jardin d'innocence pour y devenir des Christ de l'intelligence ; et ils y découvriront les derniers secrets de l'arbre de la connaissance du Bien et du Mal ; et ils arracheront aux anges des démocraties et à leur maître le sceptre du Bien et du Mal. Ils diront aux peuples que la Justice, la Liberté et le droit international ne sont pas des potences et que la vérité n'y est pas clouée par des Christs casqués. Les décrypteurs christiques de l'intelligence de l'Europe attendent que les Etats démocratiques ouvrent les fruits de l'arbre de la connaissance du Bien et du Mal et que, dans ce fruit, ils découvrent l'insulteur du Dieu de l'histoire, le décrypteur des tyrans, le Christ qui crie depuis deux mille ans sur une croix de bois qu'il est le délivreur de l'intelligence .

Telle est la mutation anthropologique de la raison politique qui attend l'Europe: puisque le Dieu de l'Eden américain est le sacrificateur suprême, celui qui enseignait à sa créature de s'immoler saintement sur ses offertoires truqués du Bien et du Mal ; puisque les peuples portaient la croix sur laquelle ils se clouaient ; puisque les nations brandissaient le gibet sur lequel ils se crucifiaient ; puisque le pouvoir politique calqué sur ce ciel-là se payait sans cesse à lui-même le tribut de la potence, c'est donc que notre espèce ignorait encore pourquoi don Pietro " s'empara de son fusil, visa la soucoupe volante, qui n'était plus qu'un petit point brillant en plein firmament et appuya sur la gâchette. " Et c'est pourquoi " le hurlement des chiens lui répondit des collines lointaines. "

7 - Dieu est mort à Falloudja

La ville aux yeux crevés par The World's most lethal killing Machine de la démocratie américaine observe les exploits du Dieu du Bien et du Mal à Falloudja. Cet Œdipe aveugle voit les chrétiens y planter leurs croix , les Turcs leurs croissants, les Français leurs arbres de la Liberté. Ses yeux morts regardent l'Amérique installée dans son Eden. Le Dieu de l'empire n'ouvrira que cinq routes d'accès aux charniers du salut à Falloudja. Il y aura des checkpoints à chacune des entrées. On prendra les empreintes digitales et celles de l'iris de tous les arrivants. La carte de la rédemption sera établie en moins de dix minutes . Du reste, elle a été expérimentée dans les Bantoustans du temps de l'apartheid en Afrique du Sud . Les habitants porteront ostensiblement sur leurs vêtements la carte magnétique qui leur servira d'étoile jaune. Les voitures particulières ne pourront stationner dans la ville. Les mâles en état de travailler seront parqués par districts et transportés en autobus sur les lieux où ils participeront à la reconstruction de la ville. Ils seront répartis en brigades et en bataillons .

Le Dieu de l'Amérique est mort à Falloudja. Le Dieu invisible y est né : il arrachera le sceptre du Bien et du Mal des mains de la statue de la Liberté.

Mariali : Bush à Falloudja: "The World's most lethal killing machine", La plus grande machine de mort du monde
"Dieu, n'oublie pas de les ressusciter à temps pour les élections"

Le 3 janvier 2005