Les lecteurs de
mon site connaissent ma réflexion sur les fondements éthiques
du politique. Dès le 14 septembre 2001, je mettais dans la bouche
du Président des Etats-Unis un discours sur la morale des grands
Etats, afin de tenter de démontrer que le destin de l'empire
américain allait dépendre de l'éthique politique dont témoignerait
sa réponse à l'attentat du 11 septembre 2001 contre le World
Trade Center de New-York.
-
Apostophe de l'Europe à l'Amérique et au Dieu
de G.W.Bush, 14 septembre 2001
-
L'anthropologie historique et le messianisme américain,
Réponse à l'appel à la guerre mondiale de 60 intellectuels
américains , 17 février
2002
- La
guerre picrocholine, 1er mai 2002
Puis la ruée aveugle
du monde entier sur l'Afghanistan, suivie, en 2003, de l'invasion
de l'Irak en violation du droit international et sans consultation
de l'Assemblée générale des Nations Unies a démontré qu'il ne
suffit pas d'armer Lucifer d'une ubiquité moderne du
marché du Mal et de lui forger le mythe d'un Terrorisme
mondial pour se changer en croisé crédible du commerce
planétaire de la sainteté démocratique.
En ce mois d'octobre
2008, l'immoralité de la politique militaire et monétaire américaine
a révélé l'extension de la contamination originelle à
la planète . Dans un contexte aussi cancéreux,
la parution, à l'âge de quatre-vingt dix ans, de Hors service,
un bilan, de M. Helmut Schmidt, ex-Chancelier d'Allemagne,
vient à point nommé replacer la réflexion sur l'éthique au cœur
de la science politique mondiale. Comme cet ouvrage testamentaire
ne ménage pas l'univers fictionnel des Etats-Unis et son emprise
sur l'encéphale actuel de l'humanité, il ne semble
pas avoir trouvé de Maison d'édition parisienne pour en publier
une traduction. Mais il s'agit d'un texte fondateur en ce qu'il
démontre qu'une réflexion politique sur l'éthique qui ne s'enracinerait
pas dans l'anthropologie critique ne répondrait pas à la situation
actuelle du monde. C'est pourquoi M. Helmut Schmidt s'interroge,
en politologue moderne, sur le statut de la conscience au titre
de la " plus haute instance " . Quelle est la philosophie qui
servirait d'assise à cette autorité-là de la conscience?
Il est rare qu'un
grand homme d'Etat du siècle dernier achève sa vie par
une réflexion de cette envergure sur l'éthique de demain.
Je crois lui rendre hommage à souligner que les progrès
des sciences humaines qu'attend le XXIe siècle s'inscriront
dans le prolongement de la réflexion encore corsertée
par la morale kantienne de M. Helmut Schmidt .
1 - La science politique des héritiers de la
tyrannie
2
- Un ex-chancelier tourné vers l'avenir
3
- Les silences et la vérité des grands hommes d'Etat
4
- Regardons sous le tapis…
5
- Le sacrifice de M. Helmut Schmidt à l'Allemagne
6
- Helmut Schmidt et la philosophie de l'appel
7
- L'avenir de M. Helmut Schmidt dans l'histoire de la conscience
politique
8
- La prédéfinition politique de la vérité
9
- La vocation et la braise d'une vocation d'homme d'Etat
10
- L'Etat des employés et l'Etat des appelés
1 - La science
politique des héritiers de la tyrannie 
Qu'un ex-Chancelier
d'Allemagne publie à l'âge de quatre-vingt dix ans un essai ironiquement
intitulé Hors service et qu'il présente un " bilan
" explicatif et critique de son passage dans le siècle est une
entreprise sans exemple et d'un grand intérêt même pour l'historien
classique, même pour le philosophe d'école, même pour le psychologue
fidèle à l'analyse des " circonstances et des volontés
" dont l'historiographie officielle se nourrit , même pour le
biographe rompu à l'art de tout raconter d'une vie , sauf le feu
et la braise d'une vocation et d'un destin, même pour l'ambitieux
immergé dans l'air du temps, même pour le politicien converti
à une démocratie mondiale messianisée, même pour les catéchètes
des vœux pieux de la Liberté .
Mais quand
l'ancien dirigeant d'un Etat de quatre vingt millions d'habitants
est né en décembre 1918, quand il a porté l'uniforme de l'âge
de dix-huit ans à vingt-six, quand il jette sur l'histoire du
monde un regard d'initié tardif aux pièges de la rédemption et
du salut sous la bannière d'un empire étranger, quand, au soir
de sa vie, un ancien chef d'Etat s'interroge à l'école de Kant
sur une future éthique internationale de la politique, quand il
tente de peser les valeurs, les vertus et la nature des grandes
religions et de les placer dans la postérité de l'impératif catégorique
de l'auteur de la Critique de la raison pure, il
sollicite une attention toute particulière de l'anthropologue
et du simianthropologue soucieux de porter le regard relativement
averti des descendants de Darwin et de Freud sur la postérité
d'un quadrumane à fourrure. Peut-être la vraie immortalité de
M. Helmut Schmidt est-elle d'enjamber non seulement deux siècles
, mais deux âges de la connaissance, celui de la sortie du genre
humain des jardins fleuris de la Renaissance et de son entrée
dans une grandeur nouvelle de la conscience.
2
- Un ex-chancelier tourné vers l'avenir
Le terrible
bénéfice d'avoir vécu sous une tyrannie est qu'on y acquiert la
science des nations, des peuples et des empires qui manque si
cruellement à la classe dirigeante née après 1940, dont la sous-information
tragique tient moins à son inexpérience de l'Histoire qu'au malheur
d'avoir passé sa vie entière dans un monde infantilisé par la
victoire des démocraties de l'espérance et de la candeur . Nous
devons, hélas, à Hitler et à Staline de comprendre la lucidité
tranquille, mais également l'effroi d'un ex-Chancelier d'Allemagne
qui sait et qui écrit que les démocraties ne sont pas de saintes
brebis et que leurs mamelles sont avares de lait ; d'un nonagénaire
qui sait et qui écrit que la France, l'Angleterre et l'Italie
se sont pieusement opposées à la réunification allemande et que
le pays de Goethe et de Schiller doit à l'oncle Sam d'avoir retrouvé
la majeure partie de son territoire ; d'un nonagénaire qui sait
et qui écrit que George Bush senior y a seulement vu l'intérêt
bien compris de sa nation; d'un nonagénaire qui sait et qui écrit
que l'Amérique a travaillé d'arrache-pied à étendre l'Union européenne
à vingt-sept membres afin de s'assurer de l' impuissance politique
du Vieux Continent pour longtemps; d'un nonagénaire qui sait et
qui écrit que, depuis 1949, l'OTAN a permis à l'Amérique de régner
sur l'Europe et de la diriger à sa guise; d'un nonagénaire qui
sait et qui écrit que l'OTAN est devenu le bras armé d'un empire
en expansion et que sa seule ambition est de s'étendre sans cesse
à de nouveaux territoires; d'un nonagénaire qui sait et qui écrit
que l'effondrement du dollar signera la chute de l'omnipotence
militaire et diplomatique du César d'Outre-Atlantique; d'un nonagénaire
qui sait et qui écrit que Washington viole en Pologne, en République
Tchèque, en Ukraine, en Géorgie l'accord qu'il a signé avec la
Russie en contrepartie de la dissolution du Pacte de Varsovie;
d'un nonagénaire qui sait et qui écrit que la Germanie est interdite
de résurrection à l'échelle mondiale pour une génération de plus
et que la pire des politiques, pour Berlin, serait d'oublier le
garrot de l'holocauste , mais que ce fardeau ne doit pas conduire
Israël à compter sur l'Allemagne en toutes circonstances et au
mépris des droits des Arabes au Moyen Orient et ailleurs; d'un
nonagénaire qui sait et qui écrit que les démocraties kantiennes
ne reposent pas seulement sur les droits des citoyens, mais également
sur leurs devoirs et qui ajoute aussitôt que le vibrant appel
du Président Kennedy au devoir des citoyens américains de se demander
d'abord ce qu'ils peuvent faire pour leur patrie était si peu
kantien qu'il ne visait qu'à entraîner la nation dans la guerre
du Vietnam; d'un nonagénaire qui sait et qui écrit que l'euro
sera la planche de salut du Vieux Continent et qui se félicite
d'en avoir guidé les premiers pas aux côtés de M. Giscard d'Estaing,
mais qui sait et qui écrit également qu'il n'y a pas de destin
politique planétaire pour une ribambelle de pays dont la taille,
la langue, la religion et l'histoire s'entrechoquent et que les
chefs d'Etat européens font lire un conte d'Andersen à un continent
d'enfants ; d'un nonagénaire qui sait et qui écrit, en lecteur
de Nietzsche, que les démocraties ne sont qu'"humaines, trop humaines";
d'un chancelier d'Allemagne qui sait et qui écrit qu'en son temps,
sa patrie n'enrichissait pas les élus du peuple, tandis que, de
nos jours, des partis grassement rémunérés par l'Etat et des députés
roulant carrosse font, d'un régime fondé sur le suffrage universel,
un modèle viscéralement fondé sur des compromis, ce qui tue dans
l'œuf toute vision prophétique de l'avenir du monde; d'un nonagénaire
qui sait et qui écrit que les chefs d'Etat actuels sont des cancres
en économie, alors que la connaissance des arcanes de la politique
monétaire et des ressorts bancaires de la planète est devenue
la clé non seulement de la géopolitique, mais des politiques nationales.
Non, la lucidité et l'effroi d'un tel nonagénaire ne peuvent être
lus avec les yeux myopes du siècle précédent.
3
- Les silences et la vérité des grands hommes d'Etat 
Par bonheur,
l'ex-Chancelier "hors service" est demeuré un personnage
de premier plan en Allemagne, parce que la démocratie, dont il
n'avait jamais entendu parler avant 1945, lui a fait don d'un
art du sarcasme peu courant dans la sévère moralité luthérienne
de la culture allemande, d'une sérénité de praticien désabusé
du Parlement allemand et d'une forme d'élévation d'esprit de type
paulinien sur laquelle je reviendrai. Mais, pour l'instant, le
document anthropologique que j'évoquais au début de ces observations
doit être scruté tantôt au microscope et tantôt au téléobjectif,
et cela en raison des vues que Hors service ouvre
aux futurs historiens du simianthrope . Car il les engage sur
le chemin d'une spéléologie des peuples et des nations. A ce titre,
M. Helmut Schmidt nous prévient qu'un homme d'Etat ne saurait
livrer au public tout ce qu'il sait, mais qu'en revanche, ce qu'il
énonce en toutes lettres doit porter le sceau de la vérité universelle,
donc kantienne et ne céder en rien à l'attente des masses et à
l'air du temps . Faut-il entendre qu'un vrai homme d'Etat parle
vrai sur l'essentiel et qu'il ne garde le silence que sur des
documents d'archives ou d'alcôve dont l'intérêt ne serait pas
décisif pour la connaissance et la compréhension en profondeur
de l'histoire de son époque?
La psychanalyse
anthropologique de l'histoire s'arme d'un télescope. Elle se fonde
sur le devoir d'approfondissement de la connaissance du genre
simiohumain d'hier et d'aujourd'hui . A ce titre, elle observe
et décrypte les événements à un niveau psychogénétique , donc
spectral. Sa première tâche est de se demander quel recul le XXIe
siècle conquerra à l'égard de l'histoire contemporaine et notamment
à l'égard de l'Europe vassalisée d'aujourd'hui . A ce titre, le
scannage de Ausser Dienst, eine Bilanz conduit à
une stupéfaction de paléontologue du singe vocalisé ; car, en
ce temps-là, le Vieux Continent se trouvait occupé depuis soixante
ans du nord au sud et de l'est à l'ouest par de puissantes forteresses
américaines. L'Allemagne en comptait deux cent soixante huit et
l'Italie quatre-vingt sept, mais il s'en trouvait un millier sur
les cinq continents, dont sept cent cinquante sur celui des descendants
de Marathon et de Salamine et cent vingt quatre au Japon. Il est
évident que, depuis Jules César, aucun Etat occupé par des troupes
étrangères armées jusqu'aux dents et cantonnées à demeure sur
son territoire n'est libre de ses mouvements et que la parade
de l'Europe et du Japon sur la scène internationale se divise
entre la gesticulation municipale et le simulacre grotesque.
Or, on ne
trouvera pas, sous la plume avertie de M. Helmut Schmidt, un seul
mot de commentaire global sur la domination militaire et politique
que les Etats-Unis exerçaient encore au début du XXIe siècle sur
la planète entière et qui remontait à plus de soixante ans. Les
observateurs de Sirius du simianthropus europeensis de l'an de
grâce 2008 se frotteront les yeux au spectacle qu'offrait en ce
temps-là le spectre d'une science historique errante sur l'ex-continent
de la pensée rationnelle. Ce fantôme se proclamait rigoureusement
"scientifique" et "objectif" depuis Thucydide, mais il n'avait
pas encore appris à porter les yeux des morts sur la politique
mondiale. Comment se faisait-il que les historiens professionnels
de l'époque mettaient sur les yeux des hommes d'Etats les plus
célèbres et les plus puissants de leur temps un bandeau de cette
épaisseur? Mais comme il se trouve que M. Helmut Schmidt éclaire
chaque page de son ouvrage des feux de la lucidité planétaire
que j'ai évoquée ci-dessus, il faut en conclure que cet homme
d'Etat cache sciemment, non point ce qu'il juge accessoire et
inutile de raconter au lecteur ordinaire, mais l'essentiel de
la vérité; et comme ce disciple de l'idéalisme allemand ignore
à la fois le mépris pour les ignorants et le tartuffisme politique,
il nous faut changer radicalement de perspective et nous demander
ce que M. Helmut Schmidt exprime avec force précisément de s'abstenir
aussi spectaculairement de nous le raconter.
4
- Regardons sous le tapis… 
M. Helmut
Schmidt observe avec angoisse que la progression des empires tantôt
par la reptation lente, tantôt par la projection brutale de leurs
pseudopodes, mais toujours à partir de tentacules vigoureusement
interconnectés. C'est principalement à partir de ses bases situées
en Allemagne et en Italie que, depuis le 1er octobre 2008, la
planisphère sur laquelle règne le Pentagone étend résolument son
emprise stratégique sur l'Afrique, avec la mise en service de
l'Africom (Commandement Africa). Ce "sixième Commandement"
a été opportunément confié à un général américain de couleur,
William Ward, parce que l'Africom nourrit l'ambition de couvrir
le continent de la négritude dans sa totalité - donc de s'ajouter
aux cinq " commandements unifiés " dont la toile d'araignée
enserre d'ores et déjà la planète.
On sait
que les forces armées de l'Empire de la "libération mondiale"
s'élèvent à plus d'un demi million de légionnaires répartis entre
cent cinquante et un pays sur les cent quatre vingt quatorze que
compte l'ONU ; on sait que l'Afghanistan en compte vingt-sept
mille à lui seul et que l'Irak - où Washington entend obtenir,
par un bail à long terme , c'est-à-dire d'une durée illimitée
- l'"autorisation" d'y construire cinquante trois places fortes
- que l'Irak, dis-je est occupé par une armée de cent quatre-vingt
seize mille cinq cents hommes ; on sait que la seule base de Vicenza,
près de Venise est occupée par huit mille fantassins, on sait
que l'indépendance du Kosovo n'a d'autre fin que de légitimer
en droit international l'implantation de la titanesque base de
Camp Bonsteel, qui a transformé ce micro-Etat en vassal
de Washington et sa population en source de main-d'œuvre au service
de l'occupant;
- LETTRES
A LA GENERATION DE LA LIBERTE, LettreXII - Jean-François Kahn
et le thème de la folie en politique Une psychanalyse de la
condition humaine est-elle possible ?17
décembre 2007
- LETTRES
A LA GENERATION DE LA LIBERTE , Lettre XVIII - Toute la vérité
sur la politique étrangère française , 19
février 2008
on sait
que la superficie totale des implantations militaires américaines
sur les cinq continents couvre une superficie égale à celle de
la Corée du Nord ou du quadruple du territoire de la Belgique;
on sait que les dépenses militaires annuelles de l'ensemble des
Etats de la planète représente environ mille deux cents milliards
de dollars et que l'Empire américain en dépense près de la moitié
- très exactement cinq cent quatre-vingt sept milliards.
Mais revenons
un instant à l'Africom : certes, de nombreuses capitales africaines
ont refusé l'installation sur leur territoire du quartier général
de ce nouvel instrument d'expansion militaire de l'empire américain
à l'échelle de la planète, ce qui a contraint les USA de le maintenir
à Stuttgart, où il complète le "Commandement unifié pour l'Europe"
dont le siège se trouve en Belgique. Aussi, l'unique garnison
dont disposent les Etats-Unis en Afrique demeure-t-elle le camp
Lemonier, à Djibouti, où quelque dix-huit cents soldats américains
stationnent à titre permanent - mais nul doute que la corruption
endémique des gouvernements africains les entraînera tôt ou tard
à céder aux offres financières alléchantes du Pentagone. En attendant,
seules les bases européennes continueront de servir de relais
à l'expansion armée que Washington a désormais planifiée en direction
de l'Afrique. C'est ainsi que le commandement des forces navales
américaines en Europe, dont le Quartier général se trouve à Naples
depuis 1945, a envoyé récemment vers ce Continent - plus précisément
en Afrique du Sud - le porte-avions Théodore Roosevelt, avec rien
de moins que sept mille hommes de troupe à son bord. Mais c'est
principalement à partir de la base aérienne de Ramstein en Allemagne
et des bases italiennes d' Aviano et de Sigonella que la 17ème
force aérienne des Etats-Unis vient d'être placée sous le commandement
de l'Africom, tandis que la base militaire de Camp Darby, dans
la province de Pise, est chargée d'assurer la logistique de cette
expansion stratégique systématique et implacable. Néanmoins, la
base sicilienne de Sigonella demeure focale, parce qu'elle reste
la seule en mesure d'assurer les opérations de la Joint Task
Force Aztec Silence, dont le dispositif est indispensable
à l'organisation de missions conjointes d'espionnage, de surveillance
et d'opérations secrètes en Afrique. Quant à la cuirasse d'accompagnement
onirique de l'empire, elle s'appelle le "Terrorisme". Cette
mythologie présente l'avantage de cancériser instantanément tout
point du globe terrestre où les Etats-Unis traquent un nouveau
Lucifer.
5
- Le sacrifice de M. Helmut Schmidt à l'Allemagne 
Or, la
géo-stratégie de l'Amérique se situe au cœur du tragique et de
la grandeur du destin de M. Helmut Schmidt, parce que l'ex-Chancelier
est un spécialiste de la pensée stratégique allemande et européenne,
à laquelle il a consacré trois ouvrages, l'un intitulé Défense
ou représailles, une contribution allemande au problème stratégique
de l'OTAN, Stuttgart, Seewald, 1961, le second, Contributions,
Seewald 1967 et le troisième, Stratégie de l'équilibre,
la politique allemande de la paix et les grandes puissances,
Seewald, 1969.
Mais l'ex-Chancelier
sait également que l'Allemagne ferait échouer toute future "construction
européenne" si elle devenait le moteur et le théâtre d'une
révolte politique du Vieux Continent contre l'occupation militaire
américaine, qui, à partir de 1966, a été pérennisée par des traités
bilatéraux entre les Etats-Unis et les membres de l'OTAN, tellement
il est malheureusement certain que, dans ce cas, la France elle-même,
qui a conquis une position hégémonique au sein du Vieux Monde
pour avoir chassé l'occupant il y a quarante ans, la France, dis-je,
cèderait à son tour à la tentation de dénoncer un "esprit de
revanche" orgueilleux de Berlin ; et toute la presse asservie
au monde anglo-saxon y verrait la contre-offensive d'une jeunesse
des Germains inspirée par le refus sacrilège des nouvelles générations
de patriotes de se plier aux conséquences fatales et à long terme
de la défaite du IIIème Reich en 1945. C'est pourquoi M. Helmut
Schmidt ne cesse de souligner qu'il appartient à la France seule
de piloter la politique étrangère de l'Europe de génération en
génération et à l'Allemagne de se réinstaller du mieux possible
sur le Vieux Continent, c'est pourquoi il déplore en de nombreux
passages de son ouvrage de n'avoir pas appris à fond le français
, c'est pourquoi, ayant porté à Paris une sacoche de dépêches
sous l'occupation allemande, il ne cesse de décrire la splendeur
de "la plus belle ville du monde et de la plus cultivée".
Mais, dans le même temps, cet ex-lieutenant sur le front de l'Est
garde les yeux grands ouverts sur l'évidence que la renaissance
politique réelle de l'Europe passera par la dissolution pure et
simple de l'OTAN ; et c'est dans cet esprit que ce gaulliste allemand
bâillonné souligne avec insistance que la machine de guerre mise
sur pied par les Etats-Unis en Europe ne présente aucune légitimation
défensive, parce que le Vieux Monde est à l'abri de toute agression
d'un Etat contre un autre dans son propre sein et qu'il s'agit
exclusivement d'un instrument de la volonté américaine de domination
par la force du glaive- volonté qui a survécu à la chute du mur
de Berlin en 1989.
6
- Helmut Schmidt et la philosophie de la conscience 
Dans ces
conditions, l'observatoire simianthropologique qui substituera
son télescope à celui de l'historiographie classique se demandera
quel degré de conscience présidait à la vassalisation politique
de la civilisation européenne depuis 1945 et quel type de lucidité
critique inspirait les chefs d'Etat inconscients ou prudemment
silencieux de l'époque. Du coup, l'objectivité dont la science
historique se réclamait depuis Thucydide change radicalement de
recul. Certes, le regard "rationnel" de l'historien sur sa propre
époque et sur les siècles antérieurs avait toujours été l'expression
du degré de conscience moyenne d'elle-même dont l'humanité disposait
à telle époque et sur tel territoire. C'est ainsi que les civilisations
croyantes ont écrit leur histoire et celle du monde avec les yeux
que leur ciel était réputé porter sur leur destin. Or, la distanciation
embryonnaire dont une raison historique infirme armait l'Europe
asservie du début du XXI ème siècle commençait de faire l'objet
d'une mutation lente et secrète du globe oculaire de Clio.
Ici ou
là, on commençait de remarquer que la rétine de type universitaire
se rétrécissait en raison de son incapacité native de jamais porter
un regard de l'extérieur sur la pseudo objectivité qui lui servait
de bouclier et d'enclos naturel depuis le haut Moyen-Age, parce
que la laïcité avait fait inconsciemment couler l'enseignement
de la "raison" dans le moule de l'autorité hiérarchique que la
théologie avait si longtemps exercée. Face au dessèchement des
Universités dans une vulgate démocratique, les Etats devenus pseudo
rationnels à l'école de cette pédagogie s'efforçaient d'entrer
dans la brèche ouverte par les carences pédagogiques d'un savoir
historique officiellement catéchisé depuis l'enfance ; mais ils
ne s'y exerçaient qu'au nom d'un humanitarisme tiersmondiste alors
à la mode, de sorte que le champ de l'historiographie tenue pour
objective et autorisée à ce titre dans l'un ou l'autre camp des
fuyards du tragique de l'Histoire demeurait superficiel sur les
deux fronts. Faute de regard de plus haut et de plus loin sur
le cerveau spéculaire et craintif d'une humanité née schizoïde,
la forteresse des tabous qui bridait les plumes et paralysait
les intelligences dans les écoles était devenue si rapidement
spectaculaire qu'on la voyait se lézarder de partout. Du coup,
la compréhension du présent et du passé commençait de devenir
transévénementielle en ce qu'elle entrait discrètement dans la
postérité de Darwin et de Freud ; et cette postérité-là s'éclairait
d'avance d'un regard de simianthropologue sur le singe cérébralisé,
vocalisé et réfléchi tantôt dans le miroir de ses cosmologies
religieuses, tantôt dans celui de ses idéocraties, parce que la
décadence de l'Europe la faisait entrer dans un spéculaire nouveau
et qui demeurait à décrypter, le spéculaire démocratique.
Dans cet
esprit, le souci de M. Helmut Schmidt de poser les fondements
d'une éthique universelle qui inspirerait la politique mondiale
fait de Hors service un document historique central
en ce que sa réflexion d'homme d'Etat tente de réaliser une synthèse
entre la vague conscience religieuse dans laquelle baignait encore
l'Europe du XXeme siècle et le type de conscience philosophique
planétaire qui caractérise l'idéalisme allemand en général et
notamment son culte des "vertus" et des "valeurs"
censées s'inscrire à la fois dans l'héritage du christianisme
et dans celui de la civilisation gréco-latine. Quant à la culture
et à la philosophie française, elle avait jeté toute connaissance
des théologies aux orties, de sorte qu'elle se trouvait frappée
d'une incapacité radicale de radiographier l'encéphale d'une espèce
qui s'inventait des dieux depuis des millénaires et qui continuait
de s'en procurer.
Cet examen
me conduit à radiographier la vision à la fois partielle et prometteuse
de l'Histoire qui inspirait un grand chef d'Etat allemand au début
de notre XXIe siècle. Que savait-il et que croyait-il comprendre
de la religion et de la philosophie européennes et surtout quelles
conclusions politiques en tirait-il à l'échelle de son temps?
7
- L'avenir de M. Helmut Schmidt dans l'histoire de la conscience
M. Helmut
Schmidt figure parmi les hommes d'Etat - ils étaient encore rarissimes
à son époque - qui avoue sans ambages à ses concitoyens pourtant
majoritairement croyants n'avoir jamais prié de sa vie; mais,
dans le même temps, il remarque que toutes les civilisations se
fondent nécessairement sur des valeurs morales à la fois universelles
et différemment orchestrées au gré de la diversité des cosmologies
religieuses et de la multiplicité des formulations dogmatiques
de leur vision du monde et de leur doctrine. Certes, M. Helmut
Schmidt rattache principalement la mise en évidence de cette proposition
à l'idéalisme kantien. Mais on sait que la fécondité proprement
intellectuelle du protestantisme allemand tient à l'alliance de
la pensée rationnelle classique - celle qui s'enracinait dans
Archimède et Euclide - avec celle d'une Réforme qui a recueilli
l'héritage de la philologie critique italienne et érasmienne.
Puis l'Allemagne a trouvé avec Luther le théologien d'un Christ
des innocents aux mains pleines et des rebelles à l'autorité hiérarchique
d'une Eglise alors fortunée à l'excès et trop somptueusement captive
d'un corps aussi nobiliaire que sacerdotal. Au début du XXIème
siècle la découverte, qui remontait à 1904, de la relativité de
la raison euclidienne et des "évidences" qu'éclairaient depuis
le Moyen-Age les "lumières naturelles" du "sens commun" n'avait
pas encore pénétré dans une science historique fidèle à la logique
d'Aristote et étrangère par nature à toute pesée philosophique
des présupposés anthropologiques qui pilotaient dans l'inconscient
la raison simiohumaine ordinaire au sein des sciences banalement
expérimentales dans un univers tridimensionnel.
M. Helmut
Schmidt appartient à son temps en ce qu'il se réclame de l'intelligibilité
spontanée et native que les historiens de la théologie et de la
philosophie du XIXe et du XXe siècle avaient continué d'élaborer
dans la tradition de saint Thomas, lequel était demeuré le "docteur
angélique" officiel de l'Eglise romaine jusqu'en 1962. A ce
titre, il valorise non seulement les problématiques d'origine
psychobiologique sécrétées par un univers limpide, mais il légitime
une culture nécessairement inscrite dans un millénaire de la tradition
universitaire. Mais son génie de grand homme d'Etat le fait courir
aussitôt aux conséquences politiques, donc exclusivement pratiques
qu'il convient de tirer pour l'avenir de l'ancienne symbiose
entre les vérités de la foi et celles de la raison naïve des géométres
classiques - symbiose qui ne remonte évidemment pas à l'idéalisme
allemand, mais à la Ratio verae théologiae d'Erasme,
paru en 1519 chez Martens, puis constamment remaniée et approfondie
dans les éditions bâloises de 1520 à 1523.
Naturellement,
l'esprit essentiellement, sinon exclusivement pragmatique et livré
au contingent des hommes d'Etat les conduit à une superficialité
philosophique et culturelle indispensable à leur gestion globalement
la plus satisfaisante possible des affaires publiques de leur
siècle. D'où le culte du "respect" pour toutes les convictions
religieuses utiles, d'où une légitimation candidement irrationnelle
de la croyance profitable en l'existence des idoles, d'où l'absence
de tout examen critique des raisons psychobiologiques qui conduisaient
inévitablement l'humanité primitive à se placer sous la tutelle
d'un guide imaginaire du cosmos, d'où l'oubli nécessaire des fondements
psychogénétiques du besoin d'autorité du simianthrope, d'où la
méconnaissance payante des fondements de l'alliance du pouvoir
temporel avec le sacré, d'où le culte universel d'une "tolérance"
bénéficiaire à la fois d'une condescendance retenue à l'égard
de l'erreur religieuse et d'une légitimation discrète des mythes
cosmologiques , d'où l'évacuation de toute interprétation dérangeante
de l'évolutionnisme, d'où l'oubli des trouble-fête que sont les
sciences de l'inconscient.
8
- La prédéfinition politique de la vérité 
L'ambiguïté
qui caractérise inévitablement la vie intellectuelle des grands
hommes d'Etat résulte du seul fait qu'ils se trouvent fatalement
partagés entre deux définitions de la vérité incompatibles entre
elles : car d'un côté, l'obligation demeure d'invoquer des droits
attachés à leur fonction et propres à une "morale de la responsabilité",
de l'autre la moralité de saluer le vrai en tant que tel ne se
laisse pas aisément jeter à la corbeille. C'est ainsi que la Constitution
allemande autorise aussi bien le serment religieux que le serment
laïc. M. Helmut Schmidt est un bon connaisseur de Max Weber. Il
prend soin de rappeler que ce sociologue a théorisé les deux "éthiques
de la vérité" qui pilotent l'histoire du monde, celle qui juge
du vrai et du faux à l'école de la finalité politique d'un argument,
celui des Socrate comme des Copernic, qui soutient que les faits
sont plus têtus que les cultures.
Aussi M.
Helmut Schmidt se demande-t-il avec franchise si son serment de
Chancelier était seulement "professionnel", donc exclusivement
attaché aux devoirs de sa fonction (Amtseid), ou s'il fallait
y introduire une dose de théologie qui resterait à déterminer.
La "morale de la responsabilité" propre à l'homme politique
lui fait déclarer qu'il n'a pas eu de "tourment de conscience"
qui l'aurait empêché de prêter serment "sous l'invocation de
Dieu", parce que la grande majorité des Allemands croit en
l'existence d'un créateur du cosmos et fonde largement la morale
publique et privée sur cette conviction. Mais dans ce cas, quid
de la vérité des philosophes et des savants ? Va-t-on purement
et simplement l'ignorer ? M. Helmut Schmidt est le premier Chancelier-philosophe,
en ce qu'il avoue que les deux vérités ne sauraient logiquement
cohabiter dans une même tête et qu'il a prêté serment au nom de
Dieu, mais qu'il "doute que Martin Luther ou le Vatican le
reconnaîtraient pour un chrétien". (p. 298)
L'intérêt
anthropologique de cette question est considérable ; car si Périclès
affirmait l'existence de Zeus au nom de la "morale de la responsabilité"
que son temps lui imposait, alors non seulement toute l'histoire
simiohumaine se trouve soumise par nature à une morale du mensonge
politique, mais, de surcroît, la responsabilité politique sera
à jamais incompatible avec le culte de la vérité, puisqu'elle
proclamera que le mensonge fonde la vérité et qu'un faux raisonnement
constitue une preuve valable du "vrai" tel que la politique le
prédéfinit. Le XXIe siècle enfantera-t-il donc des hommes d'Etat
qui sauront enfin qu'ils trompent délibérément une espèce appelée
à se trouver sauvée par son ignorance et par sa cécité et se feront-ils
en toute lucidité un devoir "moral" d' assumer la responsabilité
de conduire l'humanité au salut à l'école du "mensonge bien
intentionné", alors que l'extension contemporaine du politique
au sacré place la question de l'avenir de l'intelligence réelle
du simianthrope au cœur de la géopolitique de demain? Mais si
la vraie responsabilité politique n'est plus de bien mentir, l'homme
d'Etat changera-t-il sa définition de la vérité ? S'il est devenu
responsable du destin de l'encéphale de l'espèce, comment va-t-il
modifier le statut anthropologique du mensonge au cœur la science
politique?
9
- La vocation et la braise d'un destin d'homme d'Etat 
Les limites
de la culture philosophique moyenne de ce temps-là - donc de la
conscience de soi de l'humanité du début du IIIème millénaire
- conduisaient à une triple irréflexion politique. La première
concernait la nature inconsciemment théologique, donc mythologique
de la dissuasion nucléaire, qui demeurait copiée sur la divinité
apocalyptique de la Genèse, la seconde concernait la fonction
politique des sacrifices, qui sont fondés sur le vieux meurtre
de l'autel, donc sur l'offrande d'un être vivant et saignant à
une idole créancière - et cela au sein même de la religion de
la Croix - la troisième concernait les formes nouvelles de l'ubiquité
du Diable, lequel se trouvait incarné et symbolisé par un "Terrorisme"
mythique fondé sur l'exploitation par le Pentagone de la faiblesse
viscérale de l'encéphale simiohumain de l'époque.
Mais la
fécondité politique méritoire d'une culture européenne encore
tridimensionnelle n'était pas seulement de conjurer le risque
d'une "guerre des civilisations" copiée sur le modèle des
croisades ou des guerres de religion de l'Europe de la Renaissance
. Certes, la fragilité native de l'Occident lui interdisait de
répondre aux besoins d'un approfondissement abyssal du "Connais-toi".
Personne n'avait compris la nécessité d'une plongée dans les profondeurs
anthropologiques d'un mythe de la liberté enroulé dans les plis
du drapeau américain. Seule une révolution radicale de l'humanisme
classique pouvait renouveler le cogito ergo sum de Descartes
et donner à l'Europe l'assise d'un humanisme résurrectionnel,
parce que c'était précisément au nom d'une "Liberté" sotériologisée
au profit d'un empire étranger que l'Europe se trouvait vassalisée
pour son "salut" et sa "rédemption" démocratiques.
C'est pourquoi
l'immense mérite éthique et politique de M. Helmut Schmidt est
d'avoir pris appui sur la vision kantienne du monde dont disposait
encore une large partie de l'élite intellectuelle de son siècle
pour condamner vigoureusement les camps de torture de Guantanamo
et d'Abou Graihb et cela, non point, à l'instar de tous les autres
chefs d'Etat européens de son temps, en raison seulement de la
catastrophe politique et militaire que furent, pour les Etats-Unis,
cinq ans d'une guerre perdue d'avance en Irak , mais en raison
du viol du droit international public sur lequel cette agression
s'est fondée . On ne saurait condamner une politique pour cette
raison-là sans connaître "l'impératif moral" de Kant. Mais
que resterait-il de la civilisation née avec l'Antigone
de Sophocle si la défaite ou la victoire militaires décidaient
du vrai et du faux, du juste et de l'injuste? Que serait-il demeuré
de mémorable et de digne de la civilisation européenne de l'époque
si M. Helmut Schmidt n'avait rappelé que la guerre d'Irak foulait
aux pieds toute éthique universelle et tout principe kantien de
la justice et du droit?
10
- L'Etat des employés et l'Etat des appelés 
M. Helmut
Schmidt a trouvé dans la langue allemande elle-même l'assise de
son éthique politique. Car le français a un peu oublié que la
"profession" renvoie au latin profiteri, reconnaître
, confesser et que "vocation" renvoie à vocare,
appeler. L'allemand, en revanche , dit Ruf pour
appel et Berufung pour la vocation du mystique ou
du saint " appelé" à un destin au service de "Dieu". Mais
la "profession" se dit Beruf et conserve de ce fait
un lien étroit avec le sacré . M. Helmut Schmidt a-t-il prêté
serment au titre d'un élu appelé à exercer une fonction officielle
de type professionnel ou au titre "d'appelé" par son Beruf
à honorer sa vocation de délivrer de l'occupation militaire de
l'étranger le peuple allemand de demain ? Quelle est la "morale
de la responsabilité" de l'homme d'Etat, si c'est de cette
vérité-là qu'il est responsable ? La politique est-elle du ressort
de l'appel ou du ressort de l'emploi?
C'est à
cette profondeur que la philosophie de l'esprit et l'éthique politique
se rencontrent. Aux yeux de la simianthropologie de demain, la
place qu'occupera M. Helmut Schmidt sera paradigmatique, parce
qu'il aura été le seul homme d'Etat occidental auquel son envergure
morale aura permis de situer la question de l'avenir d'une éthique
mondiale de la géopolitique non seulement au cœur de l'histoire
du XXe et du XXIe siècle, mais au cœur de la condition humaine.
A ce titre, il fera figure de témoin privilégié et pour ainsi
dire de baromètre des attentes et des manques d'une culture alors
à bout de souffle et tâtonnante dans le vide, mais déjà devenue
secrètement consciente de la nécessité d'armer le roseau pensant
d'un nouveau centre de l'éthique.
Aussi, le
dernier chapitre du "bilan" s'intitule-t-il avec grandeur
: "La conscience comme la plus haute instance". Quel destin,
pour un homme d'Etat pensant, de conquérir à quatre-vingt dix
ans la place d'un sémaphore de l'éthique mondiale solidement planté
au carrefour des routes qui conduiront la conscience humaine en
direction de son véritable avenir!
27 octobre 2008