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Sanda STOLOJAN

Lettre à Sanda, décédée à Paris le 2 août 2005

Née à Bucarest, dans une famille d'intellectuels et de diplomates est interprète de conférence auprès des organisations internationales.

Elle a milité pour les Droits de l'Homme. Entre 1984 - 1990 :Présidente de la Ligue pour la Défense des Droits de l'Homme en Roumanie (LDHR) fondée à Paris.

Essayiste et poète.

Nombreuses chroniques sur l'actualité littéraire parisienne à la Radio Europe Libre (Free Europe) entre 1970 et 1990.

Textes dans les publications roumaines d'Occident avant 1989. Sans abandonner le roumain, a opté pour son identité linguistique française Chroniques de livres et articles dans diverses revues (Esprit, le Journal de Genève, les Cahiers de l'Est, l'Alternative, le Magazine littéraire ,etc.) Collaboratrice du groupe littéraire de la revue Esprit (années 80)

Traduction et préface du livre de jeunesse de Cioran Des larmes et des saints (Ed de l'Herne, 1987). Traduction et présentation du poète Lucian Blaga (Ed. de la Différence, Paris 1992) . Poésies françaises dans différentes revues de poésie (Création, Polyphonies, Phréatique etc. et plusieurs recueils de poésies aux Editions Rougerie, dont le dernier Bruine de nulle part paru en 1995.

Auteur d'un Journal Au balcon de l'exil roumain à Paris (Ed de l'Harmattan 1999) et Revisiter la Roumanie (même éditeur, 2001) et un livre de souvenirs d'interprète Avec de Gaulle en Roumanie (Ed de l'Herne, 1991)

Chère Sanda ,

J'ai longtemps rêvé de vous écrire au ciel. Vous y êtes entrée sans bruit. Dans la nuit adoucie, les poètes donnent à la mort la voix de leur mélancolie. Vos poèmes ont grésillé sous les cendres ; ils rougeoient maintenant dans nos mémoires. Les désastres de la terre n'enseveliront pas les flambeaux que vous avez allumés .

Votre tombeau chante la fulgurance de votre pensée, l'audace de vos défis, les élans de votre cœur. Vous saviez, chère Sanda, que les saints ont encore une idole dans la gorge. Je vous ai vue combattre pour le Dieu de justice, celui qui se consume sur tous les bûchers , qui gémit dans tous les cachots et dont les défaites sont des victoires sur toutes les idoles. Vous avez aimé une religion clouée sur une potence, une religion torturée, une religion en agonie sur la terre, une religion de la folie, une religions qui a dressé à tous les carrefours le gibet sur lequel l'esprit de justice renaîtra d'avoir été crucifié. Il est beau d'aimer un Dieu évadé d'un tombeau .

Vous avez servi d'interprète au Général de Gaulle en Roumanie et vous avez vu, à ses côtés, comment les peuples changent seulement de livrée au gré des victoires et des défaites de leurs tyrans. C'est de cela que vous vous entretenez là-haut avec vos amis les plus chers, Ionesco et Cioran qui, comme vous, ont aimé la justice.

Chère Sanda qui êtes au ciel, vous êtes la poétesse d'une foi qui ne cesse de rappeler au monde que le chemin de croix de l'esprit est jalonné de poèmes . J'entends battre le cœur de votre patrie dans tous les joyaux de la langue française que vous nous avez ciselés. Vous ne cesserez d'assurer l'éternelle relève du Dieu mort, parce que le chant des poètes est le levain de la terre.

Manuel de Diéguez