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Messages d'adieux du Président de la République aux Français

Deuxième message
Une élection présidentielle peut-elle se trouver invalidée par le Conseil Constitutionnel ?

 

Premier message : Sur la souveraineté citoyenne
Troisième message : Le testament politique du chef de l'Etat

Dans les messages d'adieux aux Français que le Président de la République inaugure sur ce site et dans mon imagination philosophique , le premier concerne la notion de " souveraineté du peuple ". Puisque la citoyenneté moderne commence d'exercer des responsabilités planétaires, il s'agit d'élargir l'horizon du corps électoral afin qu'il s'initie à ses nouvelles compétences. Cette interrogation se révèle intimement liée à celle de l'immoralité de l'histoire.

Le peuple de 1789 est-il porteur de l'éthique politique du monde de demain ?

1 - Qu'en est-il de votre souveraineté ?
2 - La vassalisation par les armes
3 - Qui sont les plénipotentiaires de la France ?
4 - La citoyenneté et l'esprit de la France
5 - Les jésuites de la vassalisation
6 - Le statut pénal du chef de l'Etat et la souveraineté morale des démocraties
7 - Les Spartiates de la démocratie

1 - Qu'en est-il de votre souveraineté ?

Mes chers compatriotes,

Vos élites politiques vous ont massivement désertés en 1940. Malgré le retour du Général de Gaulle en 1958, elles n'ont jamais vraiment retrouvé le chemin de la défense de la nation. Aujourd'hui, votre éducation politique n'a pas seulement le plus grand besoin de votre bravoure - vous en avez toujours eu à revendre - mais des informations confidentielles dont vous n'avez jamais bénéficié et qu'il est de mon devoir de vous faire connaître, parce que le sort de l'indépendance de la France se trouve désormais entre vos mains dans une arène vaste et périlleuse. Je vois un candidat à l'Elysée désigné par les ennemis de la France et de l'Europe marcher courbé sous le poids des chaînes qu'il entend effacer de votre mémoire afin de mieux vous les attacher aux pieds. On vient, me dit-on, de lui souffler à l'oreille que le peuple de France n'a jamais plié l'échine dans les heures tragiques et que sa faculté de se rassembler s'est toujours manifestée à la rude école de l'adversité. Qu'en est-il de la souveraineté nouvelle et dangereuse qui vous attend ?

Seuls, en 1966, vous avez osé chasser l'occupant qui se présentait depuis près douze ans sous les traits souriants de votre délivreur. Mais vous savez tous, maintenant, qu'il entendait bien faire de votre gratitude éternelle l'arme de votre mise à jamais sous un joug apparemment gentillet . Le messianisme démocratique dont vous deviez acquitter le tribut perpétuel à son bénéficiaire d'au delà des mers a fait oublier à quelques-uns d'entre vous qu'en cas d'incendie, il vaut mieux sortir dans le jardin et prêter main forte aux pompiers que de s'enfermer dans la cuisine pour y laver sagement la vaisselle. C'est de votre science du feu que la France a besoin, parce que l'ardeur des peuples au combat pour leur souveraineté n'est précieuse aux nations que si elle arme en tout premier lieu leur intelligence politique d'une connaissance approfondie des ravages de l'ignorance.

Si je m'adresse à vous comme à mes interlocuteurs sur la scène internationale, c'est parce que, pour l'instant, vous êtes le seul peuple du Vieux Continent encore composé de citoyens au plein sens du terme et qui disposent, à ce titre, des armes indispensables à la défense des véritables intérêts de leur pays - celles qui seules permettront à la France d'exercer sa pleine souveraineté politique dans l'Europe de demain. Qu'arrive-t-il à tout territoire occupé par les forces militaires d'une puissance étrangère ? La voix du suffrage universel s'y trouve amputée de sa vocation première, celle d'exprimer l'identité véritable d'un peuple. Alors, la consultation populaire n'est plus que la voix d'un maître étranger , et la nation en vient à oublier que la seule ambition de tous les empires est d'asservir ses voisins à sa loi, à ses mœurs, à sa foi, à son commerce, à ses produits manufacturés, à sa puissance industrielle. Aussi le ciel s'est-il divisé depuis les origines du monde en autant de personnages théologiques que de maîtres réels du monde ; et les grands Etats sont devenus les gestionnaires de leur propre effigie religieuse.

A ce titre, la question qui se pose à la France est la suivante : comme vous le savez, l'un de mes prédécesseurs, M. Giscard d'Estaing, a enrichi la Constitution d'une institution nouvelle et d'une importance politique décisive, puisqu'elle est chargée de contrôler le Parlement lui-même , c'est-à-dire l'autorité investie par le suffrage universel de promulguer les lois en votre nom. Le troisième Président de la Vème République a donc eu le courage de vous armer du pouvoir d'invalider les décisions du pouvoir législatif lui-même dans le cas où elles violeraient les droits attachés à la souveraineté de votre citoyenneté. Depuis 1974 et l'élargissement de la saisine du Conseil Constitutionnel à soixante députés ou soixante sénateurs, toute loi contraire à la nature et à l'esprit de la République que vos députés auraient votée en application apparente des pouvoirs que leur mandat parlementaire serait censé leur avoir conféré , toute loi, dis-je, qui, malgré les garanties officielles de légitimité que vos voix lui auraient attribuée, serait invalidable par le Conseil Constitutionnel si elle trahissait notre démocratie, parce que celle-i est fondée sur la magistrature suprême des droits de l'homme.

Que se passerait-il donc si votre classe politique présentait à vos suffrages un candidat à la Présidence de la République décidé à aligner la France sur le statut constitutionnel des autres Etats de l'Europe , qui ont tous accordé à une nation étrangère la possession définitive de certaines portions de leur territoire - celles que l'Amérique juge d'une importance stratégique décisive pour assurer son contrôle militaire de la planète ? Comment se fait-il que notre Conseil Constitutionnel dispose du pouvoir d'invalider les lois contraires à l'expression de la souveraineté du peuple, à l'exception de la plus contraire de toutes, celle qui autorise votre Président à livrer le territoire national à l'occupation étrangère ? Il est donc dans la logique des institutions de la République que les attributions du Conseil Constitutionnel soient étendues au pouvoir d'invalider une élection présidentielle qui aurait conduit à l'asservissement du territoire national de la France à l'Amérique, parce qu'une nation qui en occupe une autre contrôle nécessairement sa politique étrangères, comme l'Europe asservie le démontre depuis soixante ans.

Mais afin de vous convaincre de ce que seule une Constitution dont la cohérence juridique assurera l'indépendance de la nation et de ce que la souveraineté du peuple français ne serait qu'un vain mot si notre République en était réduite au statut de l'Italie, de l'Allemagne, de la Hollande, de la Pologne et de tous les pays européens occupés par des bases militaires américaines à titre permanent, il me faut vous exposer plus en détail une situation dont je vous ai déjà donné quelques exemples , mais encore insuffisamment éloquents .

2 - La vassalisation par les armes

Afin de vous informer clairement de l'urgence d'élever les prérogatives de votre citoyenneté à l'exercice d'une autorité pénale nécessaire à la légitimation de votre souveraineté pleine et entière, apprenez que Washington vient de demander à la République Tchèque, qui a aussitôt capitulé et à la Pologne qui se fait un peu tirer l'oreille, l'autorisation d'installer sur leur territoire deux nouvelles bases de son gigantesque " système de défense " planétaire. La Pologne accueillerait sur son sol des armes capables de détruire en vol des engins balistiques tirés par un adversaire imaginaire et, de son côté, la République Tchèque serait équipée de puissants radars destinés à les détecter. La base polonaise deviendrait alors la plus importante des USA dans le monde. Elle sera dotée de missiles Patriot de la troisième génération et son investissement coûtera 1,5 ou 2 milliards de dollars.

Voyez avec quelle facilité on se joue des peurs irraisonnées des peuples démocratiques, voyez comment leurs propres gouvernements s'appliquent à les maintenir dans une ignorance vassalisatrice: Daniel Fried, Secrétaire d'Etat adjoint du ministère de la guerre américain, qu'on appelle le Ministère de la Défense, a déclaré que ces armes allaient " considérablement augmenter les défenses de l'Europe unie" . Depuis 2002, le Pentagone est l'instance de la grâce démocratique mondiale qui investit plus de dix milliards de dollars dans ce programme et qui associe à sa générosité infinie trois de ses satellites les plus sûrs, le Japon, l'Australie et la Corée du Sud. Mais comment la démocratie européenne se fonderait-elle sur une souveraineté réelle des peuple si les citoyens ne sont pas informés de l'habileté avec laquelle leurs dirigeants se jouent de leur innocence et les traitent en marionnettes dont l'étranger tire les ficelles ?

Vous êtes responsables du degré de naïveté et de lucidité de l'Europe et il m'appartient de vous éclairer sur les arcanes diplomatiques de la vassalisation continue de l'âme, de l'esprit et de la volonté du Vieux Monde. Mais pour bien en comprendre les raisons, il faut que vous sachiez qu'au cours de son mandat, le Président de la République se trouve nécessairement empêché par les devoirs mêmes de sa charge de vous expliquer publiquement et régulièrement les motivations les plus profondes de la politique qu'il mène pourtant en votre nom et à l'écoute de l'appel intérieur que votre souveraineté ne cesse de lui adresser sur la scène internationale, parce que tout chef d'Etat est soumis au devoir d'armer la fonction que vous lui avez confiée de son efficacité pratique la plus grande possible face à ses partenaires naturels, c'est-à-dire tous les autres Etats du monde. Or, l'exercice du pouvoir est soumis à la dictature des circonstances du moment, et celles-ci se jouent bien souvent des plus grands desseins.

3 - Qui sont les plénipotentiaires de la France ?

Vous vous trouvez en première ligne sur deux fronts à la fois distincts et confondus, celui de la défense de vos foyers et celui de la défense d'une nation dont il vous appartient d'illustrer la pérennité, la dignité et la vocation civilisatrice. Demandez-vous donc ce qu'il est advenu de la liberté politique à laquelle vous avez converti la planète tout entière en deux siècles de combat pour la République .

Un orateur antique a écrit : " Si tu veux exercer la tyrannie, annonce au peuple que tu viens sauver sa liberté ". Français, je dois vous mettre en garde contre le danger le plus grave qui menace votre citoyenneté et votre souveraineté ; car il arrive au pays des droits de la raison que des démagogues professionnels y mettent tout leur talent à détourner vos voix de la droiture de l'esprit de liberté à laquelle la France vous appelle. C'est par la flatterie que les bateleurs de la démocratie tentent de mettre votre patriotisme au service de leur ambition de s'asseoir sur le trône que vos suffrages auront couverts des dorures de la République. Jamais encore la France que nous aimons n'avait entendu un candidat à la présidence de la République se draper dans les vêtements d'un Etat ennemi de notre nation et de l'Europe, jamais encore notre peuple n'avait entendu un homme politique endosser la cuirasse de votre citoyenneté aux fins de soumettre un continent entier aux volontés d'un autre, jamais encore un ministre de l'intérieur de notre pays ne s'était fait un bouclier de votre bonne foi à seule fin de vous humilier sur la scène du monde, jamais encore un ministre de l'intérieur français n'avait exprimé votre repentance à l'égard d'une nation étrangère devant laquelle il vous a publiquement accusés d'arrogance, jamais encore un ministre de l'intérieur de notre démocratie que j'avais chargé de donner à votre voix tout son écho sur les cinq continents ne vous avait demandé de faire allégeance à un souverain d'au-delà des mers, jamais encore un ministre de l'intérieur envoyé en mission à l'étranger par le gouvernement de la France afin d'y servir de porte-parole officiel non seulement à la nation, mais au peuple qui l'incarne, ne s'était hissé sur un tabouret opportunément glissé sous ses pieds afin de serrer en votre nom la main d'un maître du monde haut de six pieds, mais déjà titubant et proche d'entraîner sa propre nation dans l'abîme.

Mes chers compatriotes, vous êtes le bras armé de la France. Comment vous seriez-vous reconnus sous ce déguisement ? Bien plus : vous vous êtes demandé qui vous étiez devenus sous les vêtements d'un Ministre qui a cru vous représenter à se prosterner devant un chef d'Etat étranger . Puis vous avez voulu savoir qui lui avait donné le piteux mandat de vous jeter aux genoux d'un maître et de quel droit un domestique en livrée avait osé parler en votre nom face au monde entier. Personne d'autre que lui-même .

4 - La citoyenneté et l'esprit de la France

Mes chers concitoyens, c'est un fait que le rang et la dignité du peuple français sont largement illustrés par la tenue du Président de notre République sur la scène internationale. Vous l'avez si bien compris qu'en 2002, vous ne vous êtes pas rassemblés autour de moi pour le motif que M. Le Pen n'était pas un patriote suffisamment convaincu à vos yeux, mais parce que vous ne vouliez pas servir d'effigie à un patriotisme français dont l'ardeur n'incarnait pas la citoyenneté véritable de notre peuple. Une nation qui, depuis 1789, entend fonder son identité sur le respect que le genre humain voudrait mériter à ses propres yeux et dont les croyants eux-mêmes exigent de leur ciel qu'il respecte leur liberté autant que la sienne , une telle nation juge que l'hôte digne de ses lois n'est pas étranger au tissu de la patrie, tandis que le démagogue dont le cœur ne bat pas à l'unisson avec le peuple français demeure une pièce rapportée. C'est pourquoi mon devoir est de vous mettre en garde contre les menée de l'étranger qui a humilié la France sur la scène du monde. Souvenez-vous de ce que l'étranger est celui qui n'entend pas la voix de l'intelligence et du cœur du peuple dont il ne porte que de vaines broderies.

A l'heure de vous quitter, pourquoi ai-je tenu à régler par la loi la question du statut pénal du chef de l'Etat ? Parce que cette loi vous permettra de franchir une étape dans la conquête de votre souveraineté véritable , celle qui vous autorisera à citer devant un tribunal tout Président de la République qui renoncerait aux devoirs liés à la définition de sa fonction et qui le contraignent à défendre la souveraineté de la nation. Ne croyez pas un instant que cette question ressortit à la fiction : en 1956, M. Guy Mollet avait proposé à l'Angleterre de réduire la France au rang d'un pays du Commonwealth - et c'est à M. Eden, Premier Ministre de sa gracieuse Majesté, que nous devons d'être encore Français ; car lui seul a pris notre indépendance à sa charge, lui seul a refusé cette indignité en lieu et place de l'Assemblée nationale de la IV ème République. Aujourd'hui, sachez-le bien, seul le décor de la honte a changé ; ce n'est plus un homme politique de la gauche, mais le candidat de la droite gaulliste à la Présidence de la République qui entend intégrer la politique étrangère de notre pays à celle de l'empire américain et collaborer à son extension sur toute la planète.

Ne croyez pas non plus que le reste de l'Europe vassalisée d'aujourd'hui aurait changé sur ce point. M. Prodi vient d'autoriser l'extension et le renforcement par les Etats-Unis de l'une de leurs plus puissantes bases militaires en Italie, celle de Vicenza qui est chargée de contrôler tout le Moyen Orient . Le prédécesseur de M. Prodi, M. Berlusconi, était un industriel qui ignorait tout de la nature des Etats et des lois de l'histoire. Mais M. Prodi a été le Président de la Commission européenne de Bruxelles. A ce titre, il était censé incarner la volonté de l'Europe de s'émanciper de la tutelle américaine ; à ce titre, il vous a donc représentés dans votre nouvelle souveraineté, celle qui fait désormais de vous un acteur sur la scène internationale . Les Laval, les Quisling, les Guy Mollet ne sont pas de retour parmi vous, ils ne sont jamais partis.

Mais, cette fois-ci, une fraction importante du Parlement italien et de la presse s'est révoltée . Elle a ressenti comme une " gifle " et comme un " acte de lâcheté humiliante " le fait que le nouveau chef du gouvernement ne se soit pas "opposé à la décision prise par le gouvernement précédent ". C'est donc que le peuple romain se réveille , c'est donc que sa citoyenneté est en voie de changer de contenu, c'est donc que la mutation du statut de votre citoyenneté est non seulement en marche, mais à portée de vos mains. Mais il vous faudra encore apprendre à déchiffrer le langage du vassalisateur ; car tout l'art du maître est de parer le vocabulaire de la servitude des couleurs de la liberté. C'est pourquoi l'ambassadeur du Nouveau Monde à Rome s'est aussitôt écrié : " Les relations entre l'Italie et les Etats-Unis , qui sont constructives depuis plus de soixante ans, ont fait un pas en avant ". Vous devrez donc vous initier aux feintes et aux ruses du discours diplomatique, qui reposent toujours sur la tromperie d'inverser le sens des mots. Du moins, M. Silvio Berlusconi a-t-il tenu franchement le discours de son métier de commerçant: " L'Amérique nous a mis sur la liste des pays non fiables, une décision qui aura des répercussions sur notre commerce extérieur. "

5 - Les Jésuites de la vassalisation

Mais ne faut-il pas que la Constitution française de demain interdise à tout chef d'Etat ou à tout gouvernement de notre nation de céder une parcelle du territoire de la France à un Etat étranger, même au nom de la " trahison constructive " des jésuites de la vassalisation ? Pour l'instant, vos députés casuistes sont suffisamment asservis à un étranger tartufique pour vous refuser tout net les moyens légaux d'interdire à un Président de notre République d'aliéner l'indépendance nationale, donc de rappeler sur notre territoire les troupes américaines que le Général de Gaulle a chassées en 1966. Je vous informe que seule une révolution de notre droit constitutionnel vous permettrait de faire comparaître votre Président en justice sur ce point, parce que, pour l'instant, il n'est pénalement responsable que des crimes et délits de droit commun.

C'est pourquoi vous devez apprendre que la France se trouve en guerre pour la reconquête de son indépendance et pour celle de l'Europe depuis la décision du Président Nasser , en 1956, de nationaliser le canal de Suez ; c'est pourquoi vous devez vous trouver informés de ce que l'Angleterre a saisi l'occasion de l'expédition de Suez, pourtant conduite aux côtés de la France, pour abandonner son rang de nation souveraine et de ce que, depuis lors, cette nation grommelle sous l'aile du nouveau souverain du monde . Mais voyez combien votre citoyenneté a déjà changé de nature depuis la IIIe et la IVe République : vous portez désormais la responsabilité écrasante de juger tout candidat à la magistrature suprême sur sa politique étrangère. C'est à vous qu'il appartient de peser la qualité de l'homme qui a présenté la France en livrée aux yeux du monde entier, et cela avant même que vous ne l'ayez élu. Vous êtes d'ores et déjà un tribunal inconnu des temps passés : c'est au titre de juges du destin de la nation que vous avez pu l'entendre solliciter d'un empire ennemi de la France et de l'Europe qu'il veuille bien accorder son pardon au valet enrubanné qui siégera à l'Elysée pour y représenter la rutilance éteinte du peuple qui avait déposé la liberté dans le berceau de l'Europe deux siècles auparavant. Quelle France incarnerez-vous ? Si vous vous sentez trahis, c'est que vous êtes encore la nation de 1789 .

6 - Le statut pénal du chef de l'Etat et la souveraineté morale des démocraties

Demandez-vous quelle serait encore votre lucidité , quelle serait encore votre maturité politique, quel serait encore votre courage de citoyens si, sous les vêtements de parade d'un Président de comédie, vous en seriez réduits à admirer un numéro d'acteur bien rôdé. Qui parlerait sur la scène ? De quel théâtre seriez-vous les spectateurs ? La nation des droits de l'homme ne vous parlerait plus de l'avenir de votre citoyenneté ; mais alors, vous seriez en apprentissage du mépris politique dont vous seriez secrètement la victime sous les dentelles d'un patriotisme appris et contrefait. C'est pourquoi je voudrais alerter votre vigilance et mettre toute votre intelligence au service de votre souveraineté. Pour cela, il faut que vous sachiez combien le dédain qu'on vous témoignera sous des fleurs de rhétorique portera atteinte à votre droit le plus sacré et le plus souverain, celui de faire exister la France et l'Europe sur le champ de bataille des empires. Il faut donc que votre liberté devienne le cœur battant de votre identité, celle qui n'aura que faire des oripeaux de la fausse éloquence politique qu'on fera sonner à vos oreilles.

Pour comprendre la gravité du danger que courent votre dignité et votre éthique, demandez-vous en tout premier lieu quel est le forfait dont vous vous trouvez accusés par un Ministre de l'intérieur de la République. Nul autre que d'avoir mis en demeure la plus haute instance internationale chargée, depuis 1945, d'incarner une morale politique minimale sur notre planète, de dissuader l'Amérique de commettre un crime de guerre. Car l'ambition prédatrice avouée de cette nation était de se ruer sur le berceau de notre civilisation à Bagdad et de l'envahir en violation ouverte du droit international.

C'est votre chance que l'histoire soit venue à point nommé illustrer l'éthique du monde dont votre souveraineté citoyenne sera bientôt l'acteur principal : vous êtes entrés dans l'arène du monde le jour où vous avez exprimé votre volonté d'interdire au plus puissant Etat de la terre de livrer au carnage un peuple de trente millions d'hommes, de femmes et d'enfants sans défense et qui n'avaient fait aucun mal à leur agresseur. Qui a parlé haut ce jour-là , la France ou les Français ? Qui peut distinguer votre souveraineté de celle de la nation de la liberté? En ce temps-là, le conquérant devant lequel vous avez eu l'audace de dresser l'effigie de la France passait encore pour vertueux et tout puissant, alors que, depuis des décennies, le droit international avait établi que, dans toute guerre déclenchée illégalement , l'agresseur devait comparaître à la barre du tribunal pénal international que notre civilisation est parvenue à mettre en place à l'échelle de la planète et dont les verdicts prononcent les châtiments des chefs d'Etat coupables de crimes de guerre.

Les droits de votre future citoyenneté se situent donc dès maintenant au cœur de l'éthique de l'humanité tout entière . Quand vous incarnez l'universalité de la France des droits de l'homme, votre esprit de justice fait battre le cœur du monde. C'est en guides de notre civilisation que vous avez cité l'Amérique à comparaître devant le législateur suprême qu'on appelle désormais la conscience . Le peuple dont la balance de la justice pèse l'éthique du globe terrestre est le vrai souverain de notre histoire.

Mes chers compatriotes, sachez que jamais le Président de la République n'aurait pu engager l'autorité de la nation de la liberté sur la scène internationale aux côtés du Chancelier d'Allemagne et de la Russie devenue une démocratie , jamais l'Etat qui représente votre fierté morale sur les cinq continents n'aurait pu engager la France dans un combat pour la défense du droit international et pour la sauvegarde de l'éthique des démocraties si la souveraineté intérieure qu'exprime votre citoyenneté n'était la sentinelle de la dignité de tous les peuples de la terre. Apprenez que la politique internationale de la Chine, de la Russie, de l'Amérique, de l'Angleterre sont dépendantes de votre consentement moral ; apprenez que ces grands Etats seraient impuissants à transgresser votre éthique au nom de la loi, même si elles se coalisaient pour imposer au monde une politique internationale contraire à la charte des droits de l'homme et des Nations Unies. C'est cela, votre droit de veto, c'est cela qui fait de la souveraineté de votre citoyenneté, la reine des droits de l'esprit à l'échelle du globe; c'est cela qui fait de vous les gardiens des prérogatives de votre conscience face à l'arbitraire des tyrans, et c'est en cela que le candidat de l'étranger qui sollicite vos suffrages foule aux pieds les droits de la France. Mais le tribunal des âmes, c'est vous, les magistrats chargés de protéger l'identité profonde de votre patrie, c'est vous.

7- Les spartiates de la démocratie

Mais, encore une fois, quel sera le statut pénal du chef de l'Etat qui aura pris soin de vous prévenir - vous l'avez entendu de vos oreilles - qu'au cas où vous le porteriez à l'Elysée , il ferait fi de l'éthique de la France dans l'arène de l'histoire et que, ce faisant, il n'en prétendrait pas moins parler en votre nom sur la scène du monde, pour le motif qu'il vous représenterait en toute légalité et d' " office ", comme on dit, puisque la constitution actuelle vous interdira de le traduire en justice pour trahison?

Croyez-vous que les sortilèges des magiciens sont tellement invincibles qu'il suffirait aux Etats-Unis de recourir à leur sorcellerie pour faire plier l'Europe des démocraties? Sachez que, depuis Thémistocle, la trahison politique a toujours passé par la corruption et que la corruption passe désormais par l'octroi des marchés publics . L'Italie était menacée de perdre une gigantesque commande de plusieurs milliards de dollars pour la vente d'avions cargos destinés à l'armée américaine. Elle était en course pour cette prébende par l'intermédiaire de la société Finnemeccanica, associée à la firme américaine Loockhed Martin, la même dont le lobbying, soutenu en coulisses par l'Angleterre, a suffi à convaincre huit nations de la vieille Europe à se lancer dans la guerre d'Irak sous la bannière de leur maître .

Les droits de la morale et les droits de la politique face à l'ambition d'un empire, + liste des membres européens du " Comité pour la libération de l 'Irak", 1er février 2003
Un exemple de lobbying américain pour la guerre en Irak, 23 janvier 2003

De plus, M. Prodi rêvait, comme M. Berlusconi, de recevoir une invitation à la cour de l'empereur, c'est-à-dire dans un ranch du Texas.

C'est sur ce modèle que la Perse des successeurs de Xerxès avait corrompu les vainqueurs de Salamine, puis, en quelques décennies seulement, toutes les cités grecques mal groupées autour de la cité de Périclès ; c'est sur ce modèle que Sparte, raidie au bord de l'Eurotas, a été terrassée par la corruption de l'Europe démocratique de l'époque ; c'est sur ce modèle que la domination romaine a fait la prospérité de la Grande Grèce asservie. Mais la France d'aujourd'hui a d'autres armes que Sparte, et d'abord celles de donner au peuple français les armes nouvelles des Spartiates de la liberté.

Encore une fois, comment exerceriez-vous votre autorité de garants de l'incorruptibilité du chef de l'Etat et comment deviendriez-vous les défenseurs de l'âme de la nation si la Constitution vous refusait le pouvoir de nommer les juges du tribunal des Spartiates du monde d'aujourd'hui , celui qui rendra implacables les verdicts de la conscience publique, parce qu'il déclarera coupable de haute trahison le Président de la République qui livrera le territoire national à des armées étrangères, comme le font tous les Etats de la Grande Grèce d'aujourd'hui - celle qu'on appelle maintenant l'Europe démocratique.

Qu'en est-il de la souveraineté du peuple et qu'en est-il de la citoyenneté européenne au sein des démocraties dont le chef du gouvernement dispose du pouvoir de livrer le territoire national à une armée étrangère sans qu'aucun garde-fou constitutionnel ne dispose du pouvoir de l'en empêcher ? Qu'en est-il de la souveraineté du peuple dans une démocratie devenue tellement nominale que le chef de l'Etat se présente en courtisan de la Perse et se fait gloire d'y recevoir l'accolade de son hôte ? Qu'est-ce qu'un suffrage universel qui se passe une laisse autour du cou ?

Qu'il me soit permis, à ce propos, de vous rappeler mot à mot ce que je vous ai dit le 5 décembre 1976 : Notre histoire est celle d'une Nation de la vieille Europe qui a donné au monde moderne l'essentiel de ses valeurs, qui n'a jamais cédé lorsqu'elles étaient menacées, qui a su en faire le patrimoine de chacun d'entre nous. Nous avons fondé notre prestige sur ces valeurs, exalté notre unité en leur nom, bâti sur elles nos libertés, affirmé notre dignité et notre responsabilité. Ces exigences-là tiennent tellement au cœur de l'immense majorité de nos concitoyens qu'elles valent tous les sacrifices lorsqu'elles sont menacées .

Face à un candidat qui se présente en pédagogue de votre servitude , le chef de l'Etat ne restera pas silencieux. Françaises, Français, j'ai le devoir de vous informer des méthodes dont use un candidat qui prétend triompher de votre bonne foi, de votre intelligence et de votre vaillance. Ce sera l'objet de mon prochain message.

le 1er février 2007