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Section Europolitique
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L'après guerre du Kosovo

 

1 - Un sursaut de la volonté
2 - Une réponse à un défi
3 - Les croisades de l'encrier
4 - Naples, terre américaine
5 - Pourquoi nous avons signé le traité de Rome
6 - Vaclav Havel et la civilisation "euro américaine"
7 - Les civilisations sont mortelles
8 - Une volonté "romaine" de résurrection politique de l'Europe

1 - Un sursaut de la volonté

La guerre en Serbie aura été, de toutes façons, l'occasion d'une défaite en profondeur pour les États-Unis : car ou bien les bombardements ne conduiront pas à la capitulation d'un nationalisme enragé et l'incohérence jointe à l'incompétence de l'empire américain marqueront le déclin de sa puissance sur le Vieux Continent ; ou bien les frappes seront couronnées de succès et les Européens auront été si profondément humiliés par leur mise sous tutelle et par le spectacle de leur incapacité à régler eux-mêmes leurs affaires qu'un sursaut de leur volonté les réveillera.

2 - Une réponse à un défi

Une civilisation est une réponse à un défi, disait Toynbee . Ne serait-il pas utile, avec cette nouvelle donne, de se demander si les intellectuels français qui, seuls dans le monde disposent d'un poids proprement politique dans leur pays, suivront l'exemple des intellectuels européens du XIXe siècle, qui avaient combattu pour des causes internationales - notamment pour la guerre d'indépendance de la Grèce et pour l'avènement de la démocratie - et s'ils vont tenter d'allumer le foyer d'une Europe indépendantiste . Dans ce cas, il serait sans doute pertinent de commencer par souligner un phénomène unique dans l'ordre politique: la profonde solitude de la classe dirigeante française en Europe.

3 - Les croisades de l'encrier

Quel spectacle que celui d'une démocratie qui, depuis un demi-siècle, se trouve dans l'impossibilité d'expliquer au peuple la nature et la finalité de son action, parce que ses intellectuels sont demeurés des Isaïe des idéalités et qu'ils jugent indigne de leur talent d'expliquer à la nation les travaux et les jours de la diplomatie de leur pays ! Il serait trivial, pensent-ils, de plier les sublimités du cogito à réfléchir sur l'action. On préfère porter le heaume du quichottisme intellectuel et briser des lances sur un gigantesque moulin à vent, comme si les croisades de l'encrier pouvaient peindre en fer les démissions du courage.

4 - Naples, terre américaine

Quand, en 1995, nous avons tenté de convaincre nos voisins européens de reconquérir quelque liberté de mouvement au sein même de l'Otan , puisque sa direction nous échappait, on nous a vertement rappelé que Naples demeurera à jamais une terre américaine et que nous avons perdu le droit de nous armer nous-mêmes. Un avion trop joueur de l'Otan fait-il une trentaine de morts en Italie ? On a vu les Italiens pétrifiés de surprise d'apprendre, avec cinquante ans de retard, qu'une armée étrangère peut jouir du statut de l'exterritorialité, ce qui, en droit international, signifie que ses campements font partie intégrante du territoire des États-Unis, au même titre que les ambassades, ce qui dessaisit d'office la justice du pays d'accueil, même en matière criminelle.

5 - Pourquoi nous avons signé le traité de Rome

Quelle persévérance que la nôtre ! Est-elle tragique, pathétique, héroïque ? M. Védrine disait doucement que nous avons fait l'euro pour prendre à revers la léthargie politique du Vieux Continent et M. Barnier suggérait que le temps était peut-être venu d'expliquer à l'opinion pourquoi nous avons signé le traité de Rome à la suite des menaces de bombardement atomique de Washington et de Moscou sur Paris et Londres au cours de la guerre de Suez en 1956.

6 - Vaclav Havel et la "civilisation euro-américaine"

C'est dans le silence total de ses intellectuels et au milieu d'une population aliénée par une reconnaissance éperdue pour ses libérateurs que la France essaie, avec une constance incroyable, de ressusciter l'esprit d'indépendance de la vieille Europe. Pas un mot de nos penseurs quand trois vieilles nations européennes s'en vont en catimini signer dans un village du Nouveau Monde le traité qui met leurs armes sous le commandement d'un général d'au-delà des mers. Vaclav Havel souligne que les Tchèques placés sous la tutelle de l'étranger seront protégés contre tel ou tel État européen coupable dans le passé d'hégémonisme à leur égard et qu'il ne faut plus parler de civilisation européenne, mais seulement de " civilisation euro-américaine " .

7 - Les civilisations sont mortelles

Décidément, ce sont des mélodies familières aux oreilles de Byzance et d'Alexandrie. Seule la France refuse de jouer les spectres sur la terrasse du château d'Elseneur. Quelle force de frappe serait celle de nos intellectuels s'ils faisaient honte aux peuples de l'Europe de se trouver dirigés par de simples gestionnaires dont la médiocrité les condamne à la disparition politique ! Nous savions que les civilisations sont mortelles ; nous ne savions pas qu'elles sont tellement fragiles que des nations très anciennes illustreraient un jour sous nos yeux l'extraordinaire profondeur politique et psychologique du Traité de la servitude volontaire de La Boétie. Ayons une pensée pour Mommsen, qui jugeait énigmatique la ténacité d'un Sénat romain qui enfanta la République pendant trois siècles dans la solitude des élites.

8 - Une volonté "romaine" de résurrection politique de l'Europe

Aussi longtemps que les aigles de la plume tournoieront au-dessus des vrais combats de la France en Europe, les responsables de son destin auront quelques raisons d'écarter d'un haussement d'épaules les " hommes de dérobade ", comme on lit dans la lettre de saint Jacques. Peut-être les historiens futurs auront-ils une pensée émue pour un État qui, pendant un siècle, et quelle que fût la couleur des gouvernements, aura tenu le cap d'une volonté romaine de résurrection de l'Europe.