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La Constitution modifiée le 23 février 2007 et la défense de la souveraineté nationale

 

Le 11 mars 2007, M. Jacques Chirac a pris congé des Français, mais non de la France. II leur a transmis un message de la nation que les trois discours d'adieux imaginaires que je lui ai fait prononcer d'avance aideront à décrypter

Premier message : Sur la souveraineté citoyenne (26janvier 2007)
Deuxième message : Une élection présidentielle peut-elle se trouver invalidée par le Conseil Constitutionnel?
Troisième message : Le testament politique du chef de l'Etat .

C'est dans cette visée qu'on lira ci-dessous l'interprétation juridique, politique et éthique qu'il convient, à mon sens, de donner à l'initiative d'une grande portée que M. le Président de la République a prise le 23 février 2007, celle d'armer l'Assemblée nationale et le Sénat des armes constitutionnelles qui permettront au peuple français de destituer son successeur s'il venait à trahir la vocation propre à la nation française dans le monde et le devoir de son Etat de défendre la souveraineté de l'Europe .

Cette vocation et ce devoir passent par la prise de conscience des nations européennes de ce qu'elle se trouvent vassalisées par une tutelle militaire sans objet stratégique réel et qui les place sous le joug de l'OTAN, lequel met leur politique étrangère sous l'étroite direction et le contrôle sévère d'un empire étranger. Le prochain Président de la République trahirait donc la nation s'il oubliait que la libération du Vieux Continent à l'égard de l'OTAN est l'objectif principal de son mandat. C'est pourquoi les articles 67 et 68 de la Constitution du 23 février 2007 l'ont rendu destituable par la volonté populaire s'il s'avisait de tourner le dos à la politique de la République depuis 1958.

Les réactions américaines au départ de M. Jacques Chirac confirment l'évidence qu'aux yeux de Washington, l'OTAN est le pilier central de l'empire. La presse a relevé qu'en 1995, le Président français avait paru se rapprocher de cette organisation, mais qu'il s'agissait seulement, à ses yeux ,de replacer Naples sous la souveraineté de l'Italie et de redonner la Méditerranée à l'Europe . Pourquoi le Vieux Continent se rend-il aveugle au spectacle d'un empire dont les garnisons dominent le monde, sinon parce que la cécité volontaire lui semble plus supportable que le spectacle de son humiliation ?

La planète est à la croisée des chemins. La civilisation de la pensée a le choix entre les attraits de la servitude et une souveraineté à reconquérir.

1 - Une mesure de sauvegarde de la souveraineté nationale
2 - La pensée politique et l'Occident
3 - Les nouvelles dispositions de la Constitution française
4 - Les chemins de la servitude volontaire
5 - Une nouvelle arme diplomatique
6 - Un serviteur de l'empire américain
7 - Un danger pour la République
8 - Les conditions juridiques de la destitution du Président de la République
9 - La pesée de la légitimité de la destitution
10 - La subordination à l'OTAN
11 - La pesée du cerveau politique du futur chef de l'Etat
12 - La refondation gaullienne
13 - Le message universel d'une France éternelle

1 - Une mesure de sauvegarde de la souveraineté nationale

En prévision de l' éventuelle élection d'un atlantiste fervent à la présidence de la République, le législateur a introduit dans la Constitution française des articles destinés à sauvegarder in extremis et quasi en catastrophe une souveraineté nationale qu'une magistrature félone mettrait gravement en péril. Il sera désormais possible à l'Assemblée nationale et au Sénat, constitués pour la circonstance en haute cour de justice, non seulement de destituer le chef de l'Etat en cas de tentative " manifeste " de sa part de reconduire la France à ses allégeances d'autrefois à l'égard de la Maison Blanche, mais d'exercer d'ores et déjà un type d'influence diplomatique nouveau et sans exemple sur une Europe actuellement satellisée par l'OTAN . L'enjeu se situe à la croisée des chemins de l'histoire de la planète, puisqu'il s'agit de savoir si la civilisation occidentale basculera dans les bas-empires ou si elle retrouvera le chemin de son génie propre à l'aide d'une législation de la dernière chance.

Aussi l'interprétation juridictionnelle de ces articles révolutionnaires ouvre-t-elle aux juristes internationaux et à toute la demi science politique des démocraties d'aujourd'hui un territoire aussi étendu qu'entièrement nouveau à défricher, tellement il est sans exemple qu'un arsenal juridique en forme de sauve-qui-peut vienne au secours des institutions déliquescentes d'une nation, donc au soutien d'un renouveau de la volonté d'indépendance d'une classe dirigeante à la fois dégénérée et régulièrement élue au suffrage universel ; il est sans exemple qu'une révolution constitutionnelle tente de redresser par miracle des Etats européens livrés depuis des décennies à la vassalisation par leur propre gouvernement ; et il est non moins sans exemple qu'une démocratie réduite à la dernière extrémité mette tranquillement et de sang froid entre les mains du peuple souverain des armes de " destruction massive " qui lui permettront d'invalider un chef de l'Etat coupable, primo, de bafouer l'indépendance du pays dont il est censé incarner l'esprit et la fierté sur la scène internationale, secundo, de le vassaliser tantôt ouvertement, tantôt subrepticement au point d'en faire la risée du monde . Les peuples italien, espagnol, anglais, néerlandais, danois, bulgare, polonais, roumain étant demeurés désarmés et sans voix quand leur chef de gouvernement se flattait d'être reçu avec des tapes sur l'épaule dans le ranch d'un César de la démocratie, il est évident que la guerre d'Irak, qui a vu les gouvernements corrompus de huit pays européens ranger les peuples qui les avaient élus sous la bannière d'un empire étranger, a inspiré des dispositions de salut public dictées en sous-main par des opinions nationales ahuries de se trouver à la merci du pouvoir exécutif de leur pays, comme dans les tyrannies.

Aujourd'hui, une France fécondée il y a trois générations par le Général de Gaulle tente de charger les députés du peuple de faire monter le rouge de la honte au front de l'Europe entière, une France de 1789 retrouvée entend élever la nation tout entière au rang d'ambassadrice d'une souveraineté à reconquérir, un peuple remis à l'école de ses grands diplomates d'autrefois déclare qu'un Etat du Vieux Continent ne pourra revendiquer de ses pairs la reconnaissance de son rang d'Etat indépendant s'il accorde aux garnisons d'une puissance étrangère le statut de l'exterritorialité - donc s'il autorise un autre Etat à installer à perpétuité des forteresses puissamment armées sur son sol.

Je rappelle qu'il existe quarante huit forteresses militaires de ce type en Allemagne ; je rappelle que le gigantesque porte-avion de l'empire américain ancré au milieu de la Méditerranée s'appelle l'Italie ; je rappelle que l'ambassade américaine de Bagdad occupera une surface de plus d'un demi million de mètres carrés et que, tel un château fort du Moyen-Age , elle sera entourée d'un mur de ronde d'une largeur de quatre mètres cinquante. De plus quatorze bases militaires permanentes accueilleront cinquante mille soldats avec leurs femmes et leurs enfants sur le même modèle que celui qui règne à perpétuité de l'Atlantique à la Mer noire.

Est-il acceptable qu'un candidat à la Présidence de la République prétende l'ignorer? Est-il besoin des yeux de lynx des diplomates les plus chevronnés pour s'apercevoir qu'un Etat protégé d'un péril imaginaire par le glaive d'un empire d'au-delà des mers n'est pas libre de ses mouvements? Quel n'a pas été le ridicule du gouvernement de feu l'Allemagne de Bismarck quand il s'est vanté d'avoir précédé la France dans son refus de se placer sous un autre drapeau que celui de Siegfried en Irak, alors que son territoire a servi, aux côtés de celui de l'Italie, de rampe de lancement à la conquête guerrière du pays des Mille et une Nuits !

En 1895 déjà M. Cabot Lodge disait: " Aucun peuple au XIXe n'a égalé nos conquêtes, notre colonisation et notre expansion (...) ; rien ne nous arrêtera maintenant ". Comment, dans ses réquisitions devant la haute cour, le procureur de la démocratie dirait-il que le Président de la République française était demeuré un enfant de chœur et que, n'ayant pas eu le temps de lire les textes les plus connus des historiens, il fallait le relaxer pour cause de simplicité d'esprit? Lisons: "Depuis Rome aucun pays n'a été culturellement, économiquement, techniquement et militairement aussi dominant . L'Amérique enjambe le monde comme un colosse . Depuis que Rome détruisit Carthage, aucune autre grande puissance n'a atteint les sommets où nous sommes parvenus. " (Charles Krauthammer) "La victoire des Etats-Unis dans la deuxième guerre mondiale, comme celle de Rome lors de la deuxième guerre punique, les a transformés en puissance universelle . " (Robert Kaplan, l'un des mentors de M. George W. Bush) "Depuis Rome, il n'y a jamais eu une nation qui ait autant éclipsé les autres ." ( Joseph S. Nye Jr., recteur de la Kennedy School of Government à l'université Harvard et secrétaire d'Etat à la défense sous M. William Clinton) "Ni la Pax britannica (...), ni la France napoléonienne (...), ni l'Espagne de Philippe II (...), ni l'empire de Charlemagne (...), ni même l'empire romain ne peuvent se comparer à l'actuelle domination américaine ". " On n'a jamais connu une telle disparité de pouvoir dans le système mondial. (…) Les Etats-Unis jouissent aujourd'hui d'une prééminence sans commune mesure avec celle des empires du passé, même les plus grands . " (" (Paul Kennedy, historien)

Mais quels sont les chemins de l'éthique universelle des démocraties dont la souveraineté citoyenne se réclame depuis 1789 et quelle est l'efficacité des moyens dont dispose le vote populaire pour qu'il soit possible d'appliquer à l'histoire réelle, donc de rendre effectifs sur le terrain, des dispositions constitutionnelles qui exigeraient une assemblée nationale et un sénat d'une lucidité quasi insurrectionnelle? L'Occident vassalisé demeurera-t-il l'otage mondial de l'irréalisme d'une politologie générale tributaire d'une vision viscéralement idéaliste de l'histoire des empires ou bien le suffrage universel est-il éducable par une pédagogie qui l'initierait au réalisme politique ?

L'Amérique et l'âge post idéaliste de la politique, 12 février 2007

L'Europe de la seconde Renaissance, 21 février 2007

2 - La pensée politique et l'Occident

Aussi la pesée rationnelle de la légitimité de la destitution d'un président de la République française par des voies constitutionnelles demande-t-elle bien davantage que les qualités intellectuelles et morales requises des plus éminents juristes internationaux. Comment former une génération entière d'élus du peuple dont les historiens actuels de la civilisation mondiale n'ont jamais vu la trempe ? Et pourtant quel moteur inespéré de la raison historique de demain qu'une constitution française à la hauteur des Cicéron, des Andocide, des Démosthène !

Il y a maintenant plus de quarante ans que la France a divorcé d'avec l'Europe satellitaire instaurée en 1945. Cette séparation a été longuement mûrie, puis rapidement décidée et réalisée par le Général de Gaulle, et cela en pleine guerre froide, en 1966 , onze ans seulement après l'implantation sur notre territoire des puissantes garnisons de l'empire né de la seconde guerre mondiale . Naturellement, l'impéritie politique de la petite bourgeoisie de la IVème République lui a fait ignorer qu'elles étaient destinées à s'installer à demeure non seulement sur notre sol, mais sur celui du Vieux Continent tout entier. Et maintenant, cette présence semble non moins inscrite dans la nature des choses que la lune et le soleil . Aussi l'Europe vassalisée est-elle devenue le tremplin des expéditions guerrières du Nouveau Monde en direction du Moyen-Orient. C' est pourquoi, le hiatus entre la France et l'Europe n'est plus seulement politique, mais culturel en ce qu'il se fonde sur une réflexion anthropologique dont la définition même des civilisations est le véritable enjeu. Qu'en disait Talleyrand? Qu'une monarchie ou une démocratie ne méritent ce titre qu'à la condition de ne pas se changer en tyrannies au profit d'une puissance étrangère. Mais une évidence diplomatique de cette taille n'a pas besoin d'une méditation métaphysique de l'Occident pensant pour se soutenir.

En vérité, la vraie question est tout autre : sur quels chemins inédits de la pensée historique les vrais intérêts de la France rencontrent-ils désormais les vrais intérêts de l'Europe ? Sur nuls autres que ceux d'une recherche d'avant-garde qui porterait sur la véritable nature de la politique, tellement le statut d'une Europe vassalisée à perpétuité s'inscrit dans la définition platonicienne, donc idéaliste de la politique, dont on sait qu'elle remonte au Vème siècle avant notre ère et que la théologie chrétienne l'a armée d'un statut doctrinal aussi immuable qu'ancré dans l' immortalité des idées pures.

L'Europe née d'un penseur de l'éternité ne retrouvera donc son rang dans le monde que par une réflexion blasphématoire sur la nature et les fondements d'un idéalisme politique dont le culte associait l'immortalité divine à la pérennité des Etats parfaits, ce qui exige l'élaboration d'une anthropologie iconoclaste. Par bonheur, ce sacrilège est dicté au Vieux Continent par la cruauté de l'assujettissement sine die de l'Europe à l'idéalisme messianisé du Nouveau Monde . Pourquoi les concepts retentissants réputés piloter une démocratie aussi universelle que rutilante recopient-ils le modèle de l'empire athénien , qui se vantait de combattre Sparte au nom des pures idéalités dont son beau masque platonicien feignait de se réclamer ? Pourquoi les vrais intérêts politiques de l'Europe lui ordonnent-ils de commencer par peser la psychophysiologie qui télécommande un mythe idéaliste dont la culture politique européenne se nourrit depuis vingt-cinq siècles ? Pourquoi , de leur côté , les vrais intérêts de la France cartésienne lui commandent-ils de fonder sa souveraineté retrouvée sur une révolution mondiale de la pensée politique ? Pour le motif que la future renaissance de la souveraineté de l'Europe passe par la pesée anthropologique de l'encéphale de l'humanité qu' appelle la postérité vivante de Darwin et de Freud.

3 - Les nouvelles dispositions de la Constitution française

Si M. Nicolas Sarkozy était élu à la présidence de la République, l'assemblée des élus de la nation devrait trancher de la question de savoir si le nouveau chef de l'Etat ouvre des yeux d'adulte sur une Europe satellisée par un empire étranger ou s'il a conservé des yeux d'enfant. Car les dispositions de sauvegarde introduites dans la Constitution le 23 février 2007 sont à double tranchant : il s'agira également de savoir si l'assemblée nationale remplira effectivement sa mission juridictionnelle ou si elle manquera, elle aussi, à ses devoirs d'une manière " manifestement incompatible avec l'exercice de son mandat ".

En vérité, l'histoire de la France est entrée dans une dramaturgie pathétique du seul fait que la haute cour de justice ne sera pas seulement jugée sur ses actes, mais également sur ses carences. Mais qui interprétera ses silences craintifs et sa timidité ? Qui lui reprochera de ne pas rallumer le flambeau des démocraties pensantes dans une Europe écrasée sous un joug militaire que sa stérilité même rend plus humiliant encore ? Au cours de la 43ème conférence de Munich sur la sécurité , qui s'est tenue du 9 au 11 février , M. Vladimir Poutine semble avoir fait écho d'avance à la future loi constitutionnelle de la France du 23 février en évoquant la montée en puissance du Brésil, de la Russie, de l'Inde, de la Chine et le recul relatif des États-Unis et de l'Union européenne, afin de tenter de réveiller les Européens de leur sommeil dogmatique et de leur dire qu'ils suivent aveuglément un Empire déclinant. Et d'ironiser sur l'État des Goths et des Wisigoths du monde moderne qui pratique encore la peine de mort et prétend ne l'utiliser qu'en dernier recours, mais qui massacre allègrement des milliers de civils au moindre différent avec un autre État.

L'histoire n'a jamais pardonné à Napoléon ses victoires et ses crimes ; mais, jamais l'histoire ne pardonnerait à l'Assemblée nationale française constituée en juge de l'éthique du monde et de l'âme de la politique de trahir l'Europe de la souveraineté des peuples née sous les ailes de l'aigle de la Révolution. Il faudra donc juger à leur tour les juges d'un futur président de la République qui se sera rendu coupable de subordination ancillaire face à la valetaille de l'Europe domestiquée de notre temps .

En vérité, c'est à l'échelle planétaire que M. Jacques Chirac a placé au cœur de la Constitution française une bombe politique à retardement . Aussi la précipitation confinant à la fébrilité dont témoigne la rédaction des articles 67 et 68 de la nouvelle Constitution sont-elles perceptibles jusque dans les incorrections grammaticales et les erreurs stylistiques du législateur. Fallait-il que le sacrilège fût explosif pour qu'on pût écrire : " En cette qualité " pour " ès qualité ", pour que la notion juridique d'acte, qui s'applique, par exemple, à une procédure pénale, fût étendue à un " acte d'information " et à un " acte de poursuite " , pour qu'on écrivît sans sourciller: " A l'expiration d'un délai d'un mois " pour " du délai d'un mois ", pour qu'on ajoutât tranquillement " par une des assemblées " pour " l'une des assemblées ", pour que le rythme de la phrase française chût dans un hoquètement des virgules tel que : " Elle statue dans un délai d'un mois, à bulletins secrets, sur la destitution " , alors qu'il était si simple d'écrire : "Elle statue sur la destitution dans le délai d'un mois et à bulletins secrets" ; et enfin, pour nous en tenir là, qu'on vît débarquer dans notre langue une tournure qu'elle ignore: " Etre d'effet immédiat ", alors que la langue du droit dit : "Prendre effet immédiatement " . Je ne signale ces bégaiements du style et ces fautes de grammaire que pour le motif qu'il s'agit de signes et de symptômes du profond désarroi politique d'une Europe privée d'assise psychique et placée tout entière sous la tutelle militaire de l'étranger . Seule la France y défend encore son identité d'Etat souverain.

C'est pourquoi il est indispensable de tenter de soumettre la politique du Vieux Monde à un éclairage inhabituel, mais fondamental, celui de l'éthique qui commande l'indépendance des nations démocratiques, afin de répondre à la question de la nature et de la définition des relations que les Etats entretiennent avec le concept de souveraineté qui les radiographie en retour. Il y va de la survie de la civilisation européenne.

4 - Les chemins de la servitude volontaire

Aux yeux des anthropologues , des politologues et des psychanalystes de l'histoire, le texte intégral du discours que M. Nicolas Sarkozy , candidat à la présidence de la République, n'a pas eu le temps de prononcer entièrement le 28 février 2007 au cours d'une conférence de presse censée expliciter à son électorat les objectifs de la politique étrangère de la France, figurera parmi les documents anthropologiques les plus parlants au chapitre de la capitulation morale d'une civilisation . Non seulement on peut y repérer un foisonnement des formes parathéologiques de l'auto-vassalisation que l'Europe a prises à notre époque face aux Etats-Unis, mais également y visiter les bosquets de l'Eden sous lesquels la domestication subreptice des élites du Vieux Monde a appris à se cacher aux regards d'une raison politique digne de ce nom. Il s'agit, de toute évidence, d'un catéchisme de gestionnaires idéocratiques habilement revêtus des dorures et parures des grands commis de leur propre asservissement à une puissance étrangère.

L'un des chemins les plus avisés de la " servitude volontaire " des modernes est celui de leur habileté à rédiger des catalogues minutieux. On y plante, tels des arbrisseaux, des devoirs pseudo politiques qu'on se hâte de proclamer urgents et auxquels une administration des affaires extérieures banalisée d'avance devra paraître s'atteler avec empressement. Il suffira ensuite d'énumérer consciencieusement des dossiers futiles, mais remplis à ras bords, pour constituer un bréviaire des devoirs dérisoires auxquels une France définitivement catéchisée par l'Amérique ne saurait se soustraire sans tomber dans une impiété majeure sur la scène des dévotions internationales auxquelles la démocratie mondialisée est désormais livrée.

M. Nicolas Sarkozy est passé maître dans l'art de faire oublier le ridicule d'un gigantesque escamotage des vrais enjeux du conflit des empires qui, depuis la guerre de Troie, fait le tissu réel de la politique mondiale. Il y use des apprêts d'une éloquence dont le chauffage bureaucratique cache la tiédeur notariale sur le fond. Voyez sa moue quand il écarte d'une pichenette la seule histoire véritable de l'Europe, celle qu'il subordonne aux directives de Washington, regardez-le hausser les épaules face à la Russie et à la Chine, observez comment il évite d'exposer aux regards du public la viande crue que le fauve qu'on appelle l'histoire déchire à pleines dents. Un candidat sérieux à la Présidence de la République a-t-il vocation à jouer les enfants de chœur aux côtés d'une mère Thérésa de la France ou à déchirer le voile des apparences? Peut-il feindre d'ignorer que le temps des nations est un carnassier dont les proies sont saignantes?

Mais, le 28 février 2007, ce fut précisément la mise en scène d'un simulacre de politique étrangère, ce fut précisément le tour de prestidigitation de paraître piloter la barque d'un destin, ce fut précisément le camouflage d'une débilité titubante sur la scène internationale qui se sont élevés au rang d'un document anthropologique digne de figurer dans les annales de l'histoire de la France et du monde , tellement il arrive que Clio tombe le masque. Alors elle s'amuse à citer à la barre de son tribunal des témoins dont l'ambition burlesque se revêt de la pompe de leur maître.

5 - Une nouvelle arme diplomatique

Un véritable homme d'Etat ne s'humilie pas à dialoguer avec des domestiques en livrée : son âme est de feu, mais son cerveau doit demeurer de glace. Il commence par prendre acte de la position des pièces sur l'échiquier et du poids de chacune. Puis il met sur pied une stratégie qui réponde à son génie propre. Comment existerait-il un génie mathématique, un génie littéraire, un génie pictural, musical ou architectural, mais non un génie de la discipline qu'on appelle la diplomatie et qui s'exprime à défier les verdicts de la fatalité ? Comparons, dans cet esprit, le bavardage politique de M. Nicolas Sarkozy sur l'Irak, par exemple, avec l'action résolue de Talleyrand au congrès de Vienne en 1814 .

Rien de plus dramatique que l'entrée en scène - ou la comparution - du Prince de Bénévent devant l'aréopage des puissances victorieuses de la France. Elles se présentent sous les armes et soudées en une étroite coalition . C'est avec toute la suffisance que réclame la froideur naturelle des aristocrates du ciel de l'époque qu'elles affichent leur volonté de maintenir leur alliance couronnée dans une intimité resserrée et impénétrable. Leur sainteté mettra la France en quarantaine. Après la conclusion d'une paix qu'ils concèderont du bout des lèvres aux Bourbons, nous n'aurons qu'à enregistrer une copie du protocole des délibérations secrètes qui se seront déroulées entre les nouveaux évangélistes de la planète. Les Saintes Ecritures dont ils se voudront à la fois les hauts dignitaires et les représentants élus par le Créateur seront à la fête comme jamais .

Devant le sceptre divin qui resplendit entre leurs mains, que fera l'ex-évêque d'Autun ? Il inventera une arme diplomatique étincelante, qu'on appellera une théologie. Que dis-je : il fera, pour la première fois dans le monde, d'une théologie de la liberté l'arme atomique de la démocratie européenne, celle qu'il aurait brandie en 2003 face à l'empire mondial américain, dont on sait qu'il est devenu un ardent évangéliste de l'Irak. Les têtes couronnées de l'Europe de 1814 rêvaient d'imposer la victoire du christianisme militaire à Paris. Les saints évangiles de Washington tentent de faire la loi en Europe depuis 1945. Verront-elles un Talleyrand se dresser devant leurs autels ?

Qu'on songe à l'ascendant extraordinaire que Talleyrand a exercé sur tous les souverains de l'Europe théocratique de l'époque pour que l'un d'eux en vînt à s'exclamer : " En vérité Talleyrand nous parle comme un ministre de Louis XIV ! ". Nous ne disposons pas, pour l'instant, d'un diplomate des idéocraties de la trempe du sublime boiteux qui fit , de son infirmité physique, l'arme diplomatique d'une France livrée aux saints prédateurs du Dieu unique ; nous ne disposons pas, pour l'instant, de diplomate capable de tenir à l'Eglise d'outre-Atlantique le langage d'un droit international pourtant placé depuis deux siècles sous l'égide des principes de 1789 ; nous ne disposons pas, pour l'instant, du sceptre théologique de la démocratie qui démontrerait aux saints bouledogues de la " liberté " que cette idéalité n'est pas près de revêtir une livrée . C'est Talleyrand qui a introduit le ciel de la démocratie dans la politique internationale. En 2003, il aurait déclaré à l'Amérique que le nouveau Ministre de Louis XIV s'appelle désormais l'éthique internationale et que son sceptre est au service d'un culte nouveau, celui de la sainte alliance des démocraties avec la souveraineté des peuples .

Les historiens de l'Europe vassalisée qui marqueront le 28 février 2007 d'une pierre noire relèveront que M. Nicolas Sarkozy n'a fait que récidiver ce jour-là, puisqu'il avait déjà humilié la France sur la scène internationale le 14 septembre de l'année précédente en montant sur un tabouret afin de faire allégeance au Président des Etats-Unis à hauteur de visage. Cette fois-ci, la soumission se sera révélée sous une forme plus discrète de l'agenouillement: il aura suffi de s'abstenir de prononcer un seul mot qui aurait pu faire froncer un sourcil réprobateur au souverain pourtant branlant et hissé pour quelques mois seulement à la tête d'une puissance mondiale dont chacun sait qu'elle serait appelée à comparaître à la barre du Tribunal pénal international si sa musculature subissait une fonte plus rapide.

En 1814, aucune autorité juridique mondiale n'avait mission de délégitimer une guerre d'agression entreprise en violation du droit international de l'époque. Sur quelle balance faudra-t-il peser le génie de la politique et l'art diplomatique dont aura fait preuve un candidat de la conscience universelle à la présidence de la République française de 2007 qui se sera bien gardé de rappeler au souverain du monde d'aujourd'hui que ses armées ne sont pas bibliques et qu'elles se sont ruées sans motivation défendable sur une nation qui ne lui avait fait aucun mal ? La vraie voix de la vassalité est celle de son mutisme : l'Europe des esclaves est celle qui se tait au spectacle d'une violation ouverte du droit de la guerre, l'Europe des esclaves est celle de l'humiliation de l'éthique mondiale dont la civilisation occidentale est censée se réclamer.

Quelle est la capacité de représenter les vrais intérêts de la France " des armes et des lois " sur la scène internationale qu'il convient d'attribuer à un candidat dont l'ambition d'accéder à la magistrature suprême au mépris de l'identité morale de l'humanité passe par une mise en accusation de sa patrie à la face du monde? Car, en fait, M. Nicolas Sarkozy reproche à son pays, comme il sera démontré ci-dessous, de ne pas s'être associée corps et âme à une guerre d'agression que la conscience démocratique mondiale avait pourtant solennellement condamnée d'avance. Comment jugerions-nous de l'âme de la France elle-même, comment nous mettrions-nous à l'écoute de la sagesse du suffrage universel au pays des droits de l'homme et dont le peuple français tente de faire entendre la voix dans le monde si nous portions à la tête de l'Etat un homme qui entend bien priver ses compatriotes de leur éthique politique et ruiner leur avenir culturel dans le concert des nations ? Certes M. Nicolas Sarkozy feint d'approuver M. Jacques Chirac d'avoir sonné le tocsin ; mais il ajoute aussitôt que la nation des droits de l'homme n'ayant pas consenti à placer le drapeau français sous le sceptre d'un prédateur glorieux, " elle n'est pas la mieux placée pour dire quelle serait la meilleure date " pour sonner l'heure de la retraite.

Que penser de la félonie biseautée de ce langage, comment juger ce secours appuyé et maladroitement masqué à un empire étranger qu'on aura feint de désavouer le temps d'un clignement de paupières, que dire d'un double jeu aussi cousu de fil blanc ? La déloyauté affichée est étrangère à la science diplomatique. L'âme de fer de Talleyrand savait que la tromperie n'est pas l'arme des vrais Etats, parce qu'elle n'est que l'expression de l'inexpérience et des maladresses de la duplicité.

6 - Un serviteur de l'empire américain

Aussi, la difficulté est-elle de découvrir les vraies raisons pour lesquelles M. Nicolas Sarkozy défend avec tant de ferveur les intérêts de l'empire américain dans le monde. Agit-il par incompétence ? M. Blair ne trahit pas les intérêts de l'Angleterre . Les principes de l'anthropologie critique que j'expose sur ce site depuis six ans et qui explore l'inconscient psycho religieux des peuples et des nations - science préfigurée par Hippolyte Taine - enseigne que les Iles britanniques sont en guerre avec le continent à titre viscéral, parce que l'unification de l'Europe menace la forteresse de leur isolement psychique. L'Angleterre n'a oublié ni Charles Quint, ni Napoléon, ni Hitler. Elle n'a pas encore pardonné à Guillaume le Conquérant d'avoir permis aux Normands de prendre la relève de Jules César. En revanche, M. Nicolas Sarkozy rêve d'une alliance éternelle de la France avec un empire américain dont il voit fort bien qu'il se propose d'asservir à son sceptre un territoire qui s'étendrait de l'Atlantique à l'Oural et dont l'instrument s'appelle l'OTAN. Qui soutiendra qu'il ignore les lois de la balistique au point de croire que des missiles tirés par Pyongyang au-dessus du Pacifique feraient un crochet par l'Europe avant d'atteindre les Etats-Unis au lieu de passer directement par le pôle nord ?

Quelles sont donc les raisons cachées des prosternations de M. Nicolas Sarkozy devant le César de passage auquel il réserve l'empire du monde? La réponse à cette question est tellement décisive qu'elle se situe au cœur de la pesée rationnelle des conditions de validité de la procédure de destitution du Président de la République introduite par M. Jacques Chirac dans la Constitution française et adoptée à une très forte majorité au Congrès de Versailles le 23 février 2007 ; car il est expressément prévu par le législateur de l'Elysée qu'en cas d'incompétence manifeste ou de trahison évidente des intérêts supérieurs de la nation, l'assemblée nationale disposera, comme il est rappelé ci-dessus, des moyens de droit d'invalider son élection. Ne faut-il pas que le péril soit immense pour que le magistrat suprême de la nation ait jugé nécessaire de légaliser une invalidation solennelle du suffrage universel, puisqu'il sera officiellement reconnu que le peuple français se sera laissé momentanément égarer au point qu'il faudra se résoudre à réfuter son vote afin de sauvegarder l'intérêt supérieur et à long terme de la nation ?

Il est bien évident que le peuple français se voit désormais appelé à juger la politique extérieure des Présidents successifs de la Vè République ; car si l'un d'eux devenait impotent ou s'il se trouvait frappé de folie, une procédure juridique solennelle ne serait pas nécessaire pour constater la vacance pure et simple de la magistrature suprême . L'assemblée nationale qui aura à veiller au sauvetage de la souveraineté de la France devra donc disposer d'une doctrine bien établie et d'une philosophie profonde de l'histoire pour préciser non seulement la véritable nature des Etats, mais pour déterminer les conditions de la légitimité de leur existence sur la scène internationale. Mais l'histoire est tragique. Le droit international public devra en outre se livrer à un approfondissement extraordinaire de la connaissance de la dramaturgie des nations, puisqu'il ressortira à la compétence des plus grands jurisconsultes de décider des relations, dangereuses par définition, que la souveraineté des peuples entretiendra demain avec le destin de l'éthique internationale, donc de la civilisation mondiale.

7 - Un danger pour la République

Dans cette perspective, la candidature de M. Nicolas Sarkozy à la présidence de la République présente d'ores et déjà un cas d'école hautement instructif , puisqu'il feint tout subitement et à quelques semaines seulement du choix du peuple français, de désapprouver du bout des lèvres l'invasion de l'Irak, alors que, le 14 septembre 2006, il a déploré, face au Président des Etats-Unis, " l'arrogance " de son pays et la " grandiloquence " de sa condamnation de la guerre par la voix du Ministre des affaires étrangères de l'époque, celui d'un gouvernement auquel il appartenait et auquel il appartient encore.

Ce n'est donc pas secrètement pour un sou, mais de la manière la plus affichée et la plus profitable aux intérêts d'une puissance étrangère rivale ou ennemie de la France et de l'Europe que ce candidat a publiquement soutenu que le retrait de l'agresseur vaincu "entraînerait le chaos " dans le pays qu'il aura occupé en violation du droit international, ce qui légitimerait à titre rétroactif une guerre immorale ; et cette légitimation a posteriori serait d'autant plus définitive qu'une anarchie logiquement consécutive à une invasion exclurait à jamais " toute perspective de retrait ". A ce compte, les collaborateurs de 1940 auraient été habilités à légitimer l'occupation militaire allemande en raison de leur vocation patriotique à protéger la France vaincue de la guerre civile ; et Pierre Laval aurait été le bouclier chrétien d'une nation menacée par l'anarchie.

L'assemblée nationale et le sénat qui jugeraient de la destitution ou du maintien au pouvoir d'un éventuel Président Sarkozy révèleraient qu'à ses yeux, un retrait immédiat de l'envahisseur de l'Irak faisait " le jeu des terroristes ". Mais quelle sera la connaissance anthropologique du genre humain dont disposeront les députés et les sénateurs de l'an 2007 ? Sauront-ils seulement comment un "terroriste " se définit aux yeux de la postérité de Darwin et de Freud ? Les anthropologues d'avant-garde d'aujourd'hui savent que le "terrorisme " mondial est un adversaire aussi mythologique que diabolique et qu'il est né des mains de son démiurge pour exprimer une régression théologique du cerveau simiohumain - celle dont leur radiographie étudie depuis longtemps les ramifications dans l'inconscient de la politique et de l'histoire ; car l'omniprésence et l'omnipotence de cette forme moderne du Démon s'enrobent si providentiellement du mystère d'un culte nouveau qu'elles cachent les maléfices de leurs autels jusque dans le lait des bébés sur les aéroports, jusque dans le rouge à lèvres des jolies femmes, jusque dans mille flacons ou récipients de toutes sortes, dont chacun peut observer qu'au siècle du règne de la relativité générale d'Einstein et de l'empire caché de l'inconscient, ils ont pris d'assaut la forteresse des mauvais sorts dont les sorcières du Moyen-Age s'étaient assuré le monopole.

De même que l'Eglise du Moyen-Age attribuait aux entreprises du Démon toute résistance à l'expansion de sa puissance politique, donc de l'omniscience de sa théologie, le mythe américain de la rédemption du monde par la Révolution des Saintes Ecritures de la Démocratie qualifie de "terroristes" les guerriers du suicide dont la faiblesse de leurs armes conduit l'héroïsme à une forme nouvelle du martyre . Si les chrétiens du premier siècle avaient connu les explosifs, ils auraient recouru à cette miniature du sacrifice atomique.

8 - Les conditions juridiques de la destitution du Président de la République

Le soutien politique éclatant que le candidat du parti actuellement majoritaire apporte au roi américain des fétiches et des amulettes posera également aux interprètes cartésiens des articles sur la destitution introduits le 23 février 2007 dans la Constitution française un problème de cohérence interne du droit international public ; car il s'agira de préciser dans quelles conditions clairement établies, donc pour quels motifs précis, l'incompétence ou la trahison d'un chef de l'Etat en délicatesse avec l'esprit de logique propre à la culture française devra se trouver dûment constatées pour qu'une procédure de destitution pût être engagée à son encontre . Mais, on n'a jamais vu un procès pour trahison dans lequel l'accusé n'aurait pas plaidé qu'en réalité, il aurait rendu secrètement les services les plus éminents à sa patrie.

Que de vaillants guerriers de la liberté, que de martyrs de la démocratie, que de héros cachés de la Résistance les procès en collaboration que la France a connus après la chute du régime de Vichy n'ont-ils pas été injustement exécutés ! M. Nicolas Sarkozy plaiderait donc devant la haute cour qu'il se serait secrètement inspiré du gaullisme le plus pur dont il serait devenu l'herméneute de génie et que ses contorsions sémantiques étaient une arme de son orthodoxie, tellement ses interprétations rendaient en cachette les plus grands services à la cause de la République. Comment qualifier d'hérétique un patriote ardent et un défenseur chevronné de la démocratie, comment accuser un croyant qui aurait pris le risque de comparaître en martyr devant l'assemblée nationale et le sénat constitués en haute cour ? L'accusé se métamorphose en victime expiatoire, en héros méconnu, en agent secret du vrai combat de la France.

Mais Talleyrand nous aidera à peser la notion d'incompétence applicable à un enfant de chœur de la politique, puis la notion de trahison ou de félonie dont un chef de l'Etat régulièrement élu sous la Vè République se trouverait légitimement accusé dans le cas où tous les efforts pédagogiques que l'éducation nationale aurait consacrés à élever en toute hâte le suffrage universel au degré de conscience politique et de maturité citoyenne qu'exigent les responsabilités désormais à la fois européennes et mondiales du corps électoral auraient piteusement échoué à forger in extremis de vrais citoyens français.

Voici la balance du tragique de l'histoire sur laquelle les juristes du salut politique de la France pèseront la déclaration de M. Nicolas Sarkozy selon laquelle il appartiendra exclusivement " aux autorités irakiennes de décider en fonction de la situation et en liaison avec les pays qui ont des troupes sur le terrain " de la date du retrait de l'armée américaine et de celui de ses vassaux . Pourquoi M. Nicolas Sarkozy s'applique-t-il à tromper le peuple français de la sorte? Pourquoi feint-il de croire que les autorités de Bagdad seraient souveraines ? Pourquoi les déclare-t-il en mesure de décider, " en liaison " avec les troupes américaines et européennes qui occupent le pays depuis quatre ans de la date d'une retraite qui serait donc imposée au souverain à la bannière étoilée par sa propre valetaille ? Le procureur de la France sera un si fin lettré qu'il distinguera la traîtrise de la sottise, la trahison de l'ignorance, l'inexpérience de la candeur à l'école de Molière, de La Bruyère et de La Rochefoucault.

La haute cour dira qu'un candidat des dévotions tartufiques de notre temps à la Présidence de la République ne saurait berner pieusement l'opinion publique française, qu'un candidat à la présidence de la République ne saurait donner le change à ce point , qu'un candidat à la Présidence de la République ne saurait masquer sa volonté de servir les intérêts d'une puissance étrangère sans que les conditions objectives de sa destitution soient remplies ipso facto, tellement nul ne saurait prétendre ignorer que les huit pays européens qui ont trompé leurs propres citoyens à les placer sous les ordres d'un criminel de guerre en Irak les ont déjà presque tous piteusement retirés de cette géhenne, mais nullement dans la honte, la repentance ou la contrition, puisque l'Europe vassale n'a pas de haute cour de justice pour destituer ses chefs de gouvernement.

En vérité, la trahison de la classe politique européenne satellisée ressortit à une hérésie fort singulière, puisque c'est au nom même des idéaux de l'église de la démocratie qu'elle s'exerce . Mais souvenons-nous de ce que Talleyrand a défendu l'héritage républicain de Napoléon contre la trahison éventuelle des partisans de la monarchie. Que dirait-il aujourd'hui des dirigeants régulièrement élus par les peuples de l'Europe démocratique qui n'ont fait machine arrière en Irak que pour le seul et triste motif que le prédateur déguisé en évangéliste de l'histoire du monde sur lequel ils s'étaient alignés par esprit d'orthodoxie a subi une défaite militaire tellement cruelle que son sceptre se trouve enfoui à jamais sous les décombres de son faux ciel? Il faut donc ouvrir les yeux des nations sur les dangers qui guettent le suffrage universel . L'assemblée nationale condamnera-t-elle M. Nicolas Sarkozy pour le motif que le souverain des idéalités qui l'aura engagé à son service aura été terrassé sur le champ de bataille du réalisme politique ou bien pour le motif que la culpabilité d'un empire prédateur est plus pécheresse encore dans le cas où il remporterait une victoire-éclair, parce que ce n'est pas le verdict des armes qui tient le fléau de la balance de Thémis ? Il est tragique, mais exaltant que la procédure de destitution du chef d'un Etat démocratique engage la droite et la gauche à peser les civilisations sur la balance de leur éthique .

De quelle vaillance politique fera-t-elle preuve dans ses réquisitions, une haute cour composée de notables corruptibles à souhait et qui sera chargée de destituer soit un benêt, soit un fin connaisseur des lois qui président à l'expansion des empires ? Il faudra apprendre à peser la candeur ou la félonie qui aura inspiré l'ambition politique d'un dirigeant démocratique secrètement césarien, il faudra une jurisprudence courageuse pour déclarer qu'il sera interdit d'abuser de l'ignorance et de la sincérité d'un électorat. Mais la bonne foi de millions de Français continue de les plonger dans la petite enfance. Ils n'ont pas changé depuis qu'on les a vus pleurer à chaudes larmes le décès du saint de la liberté et de la justice qui s'appelait Joseph Staline. Qui les jugera coupables de n'avoir lu ni Tacite, ni Suétone ? Quelle proportion de ces innocents est-elle capable de reconnaître au premier coup d'œil et à sa seule dégaine le personnage qui marche de long en large sur la terre et qu'on nomme un empire ? Un Nicolas Sarkozy aussi innocent que Baptiste peut-il se prévaloir d'une inculture suffisamment titanesque pour qu'il n'ait jamais rencontré ce personnage ?

9 - La pesée de la légitimité de la destitution

Les vrais hommes d'Etat portent un regard d'aigle sur la planisphère . M. Nicolas Sarkozy fait-il seulement semblant de croire que, sous son règne, la politique multimillénaire des empires se fonderait tout subitement sur la défense des " droits de l'homme " sur les cinq continents ? Serait-il pleinement conscient, s'il était élu, de ce qu'il piloterait la France au seul bénéfice à long terme de l'empire américain ? Car voici qu'il déclare sans rire à tout le peuple français: " Je n'accepte pas les discours qui remettent en cause l'universalité de la déclaration des droits de l'homme de 1948 ". De Vespasien à saint Louis, les empereurs et les rois guérissaient des écrouelles. Mais les miracles thérapeutiques de M. Nicolas Sarkozy évangéliseraient le monde entier au seul profit de Washington. Comment le démontrer à une l'assemblée nationale et à un sénat constitués en haute cour de justice s'il leur faut avoir appris à peser les pouvoirs respectifs de la force et du droit au sein de la civilisation européenne, alors que l'aréopage des Hippocrate sera composé des mêmes notables de province que ceux des IIIe et IV e République ?

Le pouvoir législatif français remarquera en tout premier lieu que M. Sarkozy est un Esculape de l'humanité à géométrie variable et qu'il oublie subitement sa vocation de catéchiste de la liberté sitôt que les droits dont il se prétend l'avocat universel conduiraient à clouer au banc des accusés un maître du monde dont les camps de torture s'appellent Guantanamo, Abou Ghraib ou Gitmo. Le Procureur de la cour aura également à connaître du douloureux dossier des prisonniers de guerre qui traversent en météores le ciel de la démocratie, parce que la législation américaine a exporté l'enfer de Dante et ses saintes tortures dans les ténèbres extérieures. On sait que le Dieu du Nouveau Monde n'attise le feu sous les marmites du diable que chez ses vassaux. Quant aux restrictions que le Patriot Act a apportées aux droits universels que la Déclaration de 1948 avait accordées aux citoyens américains dans leur propre patrie, pourquoi les évoquer ? On ne fâche pas le maître du moment . En revanche, la France et l'Europe devront appliquer tout leur zèle civilisateur à sélectionner les atteintes aux droits de l'homme chez les Chinois, tellement le châtiment des " méchants " est indispensable à l'exercice et à l'extension de la souveraineté juridictionnelle américaine à l'échelle du monde de la foi.

J'ai déjà dit que la Constitution française rénovée pourrait se révéler le creuset de l'éthique de la civilisation mondiale de demain, puisqu'elle ordonnera aux députés et aux sénateurs devenus les juges souverains de la destitution du chef de l'Etat de peser l'âme et la conscience du genre humain tout entier à la lumière d'une anthropologie des orthodoxies et des hérésies au sein de l'église de la démocratie mondiale. Les constitutions démocratiques habilitées à juger le pouvoir politique du plus haut rang, celui qui se réclame de la souveraineté des peuples, attendent la balance à peser les nations civilisées. Qu'en sera-t-il des restrictions impératives auxquelles l'éthique soumettra la souveraineté des Etats de droit de demain?

Puisqu'il sera bien impossible de soutenir que M. Nicolas Sarkozy ignorait l'existence des camps de torture que le maître du monde entretenait aux frais du contribuable américain dans le reste du monde et principalement à Cuba, une Assemblée nationale et un Sénat chargés de prononcer la relaxe ou la destitution du chef de l'Etat auront nécessairement à trancher seulement en apparence entre deux thèses supposées se regarder en chiens de faïence , puisque l'une serait absurde . Rien de plus risible, n'est-il pas vrai, que de plaider l'ignorance des affaires du monde, donc la candeur d'enfant d'un avocat d'affaires dont le Cabinet prospère dans les beaux quartiers de la capitale. Il faudra donc nécessairement retenir la duplicité et la mauvaise foi d'un homme de prétoire qui n'aura pas craint de proclamer que la domestication de l'Europe sera perpétuelle en raison de son devoir de gratitude éternelle à l'égard d'une Alliance atlantique qui aura " préservé notre liberté face à l'Union soviétique " et pour le motif angélique que "l'ancrage euro atlantique repose sur des valeurs partagées" .

Mais ce n'est pas le Général de Gaulle qui a écrit : "La France ne le sait pas, mais nous sommes en guerre contre les Etats-Unis. Une guerre permanente, économique, une guerre sans morts." "Oui, ils sont très durs les Américains, ils sont voraces, ils veulent un pouvoir sans partage sur le monde. Une guerre inconnue, une guerre permanente, sans morts apparemment, et pourtant une guerre à mort." François Mitterrand (Commentaire fait lors d'un entretien privé à la fin de sa vie (cité dans Courrier International du 13 Avril 2000)

Qui croira un seul instant à la naïveté politique d'un président dont l'innocence diplomatique serait allée jusqu'à ignorer la véritable nature de "l'engagement de défense " et de la " force du consensus de décisions prises par tous les alliés " ? Une Europe qui fonderait sa politique sur le tribut sacré d'une dévotion sans fin à l'égard d'un empereur des idéalités vassalisatrices dont M. de Talleyrand a démythifié le sceptre il y a deux siècles aurait à renouer les fils de l'esprit critique du XVIIIe siècle ; car au plus profond du génie de Talleyrand , l'anthropologie critique moderne découvre rien moins que la structure politique fondamentale de la religion de la croix , laquelle est précisément fondée sur le devoir de gratitude perpétuelle d'une humanité pécheresse à l'égard d'un sauveur providentiel . L'Amérique des idéalités salvatrices retrouve d'instinct le moteur psycho politique de la gratitude rédemptrice qui faisait de la Sainte Alliance l'instrument de la vassalisation de la France. Le diadème des rois du salut du monde a seulement changé de tête couronnée pour venir orner le front auguste d'un souverain des idéaux planétaires de la démocratie américaine .

La politologie moderne devra accéder à une anthropologie en mesure d'interpréter l'apparent mystère qui a fait de l'Eglise le berceau des grands diplomates français - Mazarin, Richelieu, Talleyrand et Sieyès. C'est que nos deux cardinaux, notre évêque et notre abbé ont l'avantage d'observer l'espèce humaine avec les yeux de leur idole ; et celle-ci ayant appris la politique depuis le déluge jusqu'au concile de Trente, l'apprentissage qui l'a conduite du génocide au victimat sacré présente une radiographie lucide de la domestication théologique de l'Europe à l'école de notre devoir de gratitude éternelle à l'égard du Sauveur d'outre-Atlantique qui nous a délivré du Mal.

10 - La subordination à l'OTAN

J'ai évoqué plus haut une humanité dont le masque semble théologique et idéocratique de naissance . Si un ex-maire de Neuilly élevé à la présidence de la République plaidait la naïveté devant la haute cour chargée de peser ses manquement aux devoirs attachés à l'exercice de son mandat, ne faudrait-il pas commencer par adopter des dispositions constitutionnelles de nature à éduquer et à conduire à résipiscence une assemblée nationale dont l'anthropologie critique demeure celle du Moyen-Age et qui semble ignorer qu'une seconde renaissance de l'intelligence critique attend une Europe encore ensommeillée dans une mythologie des idéalités? Une saine pédagogie de l'Europe laïque ne lui démontrerait-elle pas l'incompatibilité entre les devoirs attachés à sa souveraineté et sa soumission au joug de l'OTAN, dont l'existence même fait tomber une civilisation entière en déshérence ?

Si M. Nicolas Sarkozy, né en 1955, ignorait que les Etats de l'Europe actuelle sont subordonnés au commandement vassalisateur de l'OTAN depuis huit ans avant sa venue au monde, s'il ignorait que l'Allemagne se trouve occupée par quarante huit bases militaires américaines depuis soixante ans, s'il ignorait que le port de Naples est un port d'attache des forces navales des Etats-Unis et qu'à ce titre, son statut le soustrait à la souveraineté de l'Italie, ce candidat serait-il déclaré une marionnette de l'étranger ou reconnu pour un simple d'esprit ?

Mais, dira-t-on, comment juger de la profondeur et de l'étendue de la réflexion anthropologique sur l'histoire universelle dont témoigne en 2007 un prétendant à la magistrature suprême qui n'était encore qu'un garçonnet de trois ans en 1958, lorsque le général de Gaulle est venu bouleverser le jardinet de la petite bourgeoisie de province qui jouait les doges de Venise de la politique mondiale et qui n'en revenait pas qu'on lui mît tout soudainement la planisphère sous les yeux. Vous me direz que le garçonnet avait onze ans en 1966, et qu'il était de son âge d'écarquiller les yeux au spectacle de la réapparition de l'homme providentiel qui délivrera le territoire national des garnisons, des places fortes et des forteresses des Etats-Unis. Se souvient-il seulement de ce que le réseau en quadrillait le territoire national depuis vingt et un ans ? Sait-il que le quartier général de l'occupant rédempteur s'était installé à quelques kilomètres seulement de Paris, à Saint Germain en Laye ? Mais la haute cour prétendra-t-elle que seule la simplicité d'esprit inspirait la politologie du salut démocratique qu'affichait un homme de cinquante et un ans quand il nous enseignait que le Général avait soutenu l'empire de la délivrance lors de la crise de Cuba en 1962 ? Sans doute ignore-t-il que le Président Kennedy avait réussi le tour de force théologique de mobiliser jusqu'au ridicule une opinion américaine infantilisée à tel point qu'elle s'était mise à creuser avec une frénésie hilarante des abris anti atomiques fièrement personnalisés jusque dans ses potagers . Aussi le Général de Gaulle, qui n'était pas tombé de la dernière pluie, que je sache, avait-il démontré, en riant sous cape, " qu'il était un allié solide des Etats-Unis " et qu'il pouvait feindre de rivaliser avec le ciel de l'époque, dont la gesticulation matamoresque retrouvait celle d'un génocidaire du Déluge piteusement accroché aux basques de son unique rescapé.

Mais M. Nicolas Sarkozy est-il seulement informé de la réflexion des anthropologues modernes de l'apocalypse théo-politique ? Sait-il que le statut parathéologique de la dissuasion nucléaire commence de se trouver décrypté dans les laboratoires de l'évolution cérébrale du simianthrope? Sait-il que l'encéphale délirant du genre simiohumain est un organe traqué par l'épouvante de découvrir sa folie originelle et qu'il joue encore à l'héroïsme suicidaire sur la scène du monde, alors qu'il est désormais averti au plus secret de son inconscient de ce qu'il jettera son masque sacré aux orties quand il se verra sur le point de se précipiter dans l'Hadès de ses propres mains ?

11 - La pesée du cerveau politique du futur chef de l'Etat

M. Sarkozy écrit : " Aujourd'hui, la perspective d'un Iran doté de missiles nucléaires n'est pas acceptable . Elle ouvrirait la voie à une course aux armements dans la région et serait une menace constante pour l'existence d'Israël et du sud-est de l'Europe ". Mais il se trouve que deux anciens ministres de affaires étrangères de la France de gauche, MM. Védrine et Dumas, se sont publiquement ralliés aux conclusions des anthropologues de la démence politique dont j'ai évoqué ci-dessus les travaux et qui ont mesuré l'étendue du retard intellectuel de la classe politique mondiale actuelle sur les explorateurs du cerveau simiohumain et de son dédoublement dans des mondes oniriques de type spéculaire.

On sait que les progrès de la réflexion théorique sur l'arme théologique entraînent désormais l'accord d'une majorité écrasante de spécialistes de plus en plus avertis de la véritable nature des bravades mythologiques du simianthrope. Faut-il en conclure que le cerveau de la droite souffre sur tout le globe terrestre d'un retard titanesque et sans remède sur celui de la gauche ? Les anthropologues de la cécité de notre espèce ont placé les cerveaux de droite sur l'enclume de l'histoire. Ils demandent à l'Assemblée nationale constituée en haute cour de justice de peser les supports psychophysiologiques de la boîte osseuse des animaux politiques . La haute cour sait-elle que la fonction onirique du simianthrope se déplace dans son encéphale et que la droite croyante a localisé le fantastique dans la théologie, ce qui la frappe en retour d'une cécité plus grande que celle de la gauche à l'égard d'une politique de l'apocalypse atomique, parce que la foi permet moins aisément d'observer le monde de l'extérieur, donc de tracer la ligne de démarcation entre l'impéritie et la trahison.

Mais, encore une fois, est-il rationnel de présupposer que M. Nicolas Sarkozy ignorerait les travaux des anthropologues des songes simiohumains qui ont pris leur essor il y a plus d'un demi siècle ou bien est-il plus probable que son génie les connaît sur le bout des doigts ? Dans ce cas, il se trouverait si parfaitement informé des motivations réelles qui dictent la politique étrangère de l'empire américain au Moyen Orient qu'il se serait mis le plus discrètement, donc le plus efficacement possible à leur service.

Comment ignorerait-il que les Etats-Unis entendent tirer vengeance de la séquestration des diplomates de l'ambassade américaine à Téhéran le 9 novembre 1979 ? On sait que, depuis presque trente ans, les dirigeants de l'empire ruminent une vengeance atomique qui effacerait des tablettes de la mémoire du monde la prise d'otages d'une soixantaine de membres de son ambassade à Téhéran et l'échec du commando des hélicoptères qui devait libérer les captifs. Comment enfouir sous un tapis de bombes et de missiles le souvenir des monstres mécaniques victimes de leurs pales bloquées par les sables ? Les nations ont une mémoire d'éléphant . La blessure d'amour-propre infligée par le désert aux diplomates séquestrés pendant plus de quatre cents jours et par le fiasco des ailes de géant qui devaient les libérer continue de saigner .

Comment M. Nicolas Sarkozy ignorerait-il que l'empire américain tente, depuis des décennies, de mettre la main sur le pétrole iranien que M. Mossadegh avait nationalisé? Comment ignorerait-il que M. Kissinger l'a publiquement avoué ? Pourquoi le Ministre des Affaires étrangères de John Kennedy a-t-il reproché à la France de s'être opposée à la guerre en Irak, alors que l'Occident des diplomates sait fort bien que l'Europe a le plus grand besoin du pétrole de la région et qu'il est donc commode, mais tartuffique en diable, de confier au pauvre oncle Sam le labeur ingrat de se le procurer à bon marché et avec le rude secours des armes pour s'en laver ensuite les mains avec des airs de sainteté ? Comment M. Nicolas Sarkozy peut-il ignorer qu'Israël possède la bombe atomique et détient deux cents ogives nucléaires ? Comment ignorerait-il que cet Etat feint de trembler de peur devant une menace nucléaire toute virtuelle, mais qui lui donne un prétexte inépuisable à poursuivre l'extension de ses colonies en Cisjordanie? Comment peut-il ignorer que l'offensive de l'aviation israélienne contre le Liban a si bien ébranlé le saint mutisme des démocraties que Londres et Moscou se sont décidés à demander à Israël des éclaircissements gênants sur les armes de l'apocalypse dont il dispose en secret ? Comment ignorerait-il que le monopole des huit puissances du ciel suicidaire sont désormais menacées par les récentes découvertes d'une psychanalyse des théologies qui cerne pour la première fois l'animalité spécifique du simianthrope ?

12 - La refondation gaullienne

Mais, encore une fois, à ce niveau de profondeur de la spéléologie anthropologique des dévotions semi animales , l'assemblée nationale et le sénat constitués en haute cour de justice demeurent embarrassés, tellement la science des masques théologiques qui assurent l'expansion idéocratique des empires en est encore aux balbutiements. Comment interpréter le jugement du candidat sur le Général de Gaulle, quand il se vante de le décorer d'une médaille bien méritée ? Que vaut le blason selon lequel il aurait " refondé la politique étrangère de la France à son arrivée au pouvoir en 1958 " ?

Non seulement M. Nicolas Sarkozy , comme je l'ai déjà rappelé , était haut comme trois pommes en 1958 , non seulement cette référence historique lointaine flotte dans son esprit entre Cincinnatus et Mucius Scaevola , mais ce candidat a-t-il jamais pris le temps de se plonger cul par-dessus tête dans une étude spectrale de l'histoire de la France et du monde ? Qui lui enseignera que la prétendue "refonte " de la politique étrangère de la France revenait à ouvrir les yeux sur le monde ? Qui lui enseignera que de Gaulle était un connaisseur du genre humain, donc un philosophe et un anthropologue de l'histoire des empires ? Il ne s'agissait en rien, aux yeux de ce précurseur, de " réajuster " la politique des circonscriptions électorales des nobliaux du suffrage universel, mais d'opérer une mutation radicale de la pseudo science de la politique internationale dont se gargarisent les démocraties notabiliaires et de convertir la politologie du Moyen-Age à émigrer vers un nouveau siècle des Lumières.

Ici encore, la thèse de l'incompétence du candidat sera-t-elle défendable à la barre du tribunal de l'histoire de la France et du monde ? L'assemblée nationale constituée en haute cour de justice conclura que toute la politique étrangère de M. Nicolas Sarkozy obéissait à une volonté constante et aveugle de chausser les lunettes du Nouveau Monde. Mais , le tribunal de la France et de son éthique ne contemplera le globe terrestre de haut que s'il s'efforce à son tour, par un long et patient travail de réflexion, de se constituer, lui aussi, en un centre de recherche de l'anthropologie politique d'avant garde. Comment juger un chef d'Etat dont les manquements seront déclarés " manifestement incompatibles avec les devoirs attachés à son mandat " si l'on ne dispose pas encore d'une science de la politique et de l'histoire des malheureux évadés de la zoologie ? Qu'est-ce que trahir si c'est le genre humain tout entier qu'on trahit?

Redisons-le : la juridiction suprême de la France devra fonder sa jurisprudence sur la considération la plus décisive de toute politique, celle qui inspirait Talleyrand en 1814 au congrès de Vienne et qui lui a donné la force de caractère en 1830 , à l'âge de soixante-seize ans, de renouveler son exploit de 1814. Car le renversement de Charles X menaçait de rassembler à nouveau contre la France les mêmes nations de la Sainte Alliance qui avaient vaincu Napoléon à Waterloo . Dans les deux cas, M. de Talleyrand n'a jamais eu d'autre souci que de défendre la cause de la grandeur et de l'indépendance nationale face à l'étranger, qu'il fût ennemi, rival ou allié.

13 - Le message universel d'une France éternelle

Revenons une dernière fois à Vienne, où le Talleyrand de 1814 comparaît devant quatre puissances européennes encore sous les armes. Louis XVIII règne sur une France toute grouillante de troupes étrangères. Bientôt son ambassadeur se trouve réduit par l'intermède des cent jours au rang de représentant dérisoire d'un roi à nouveau chassé de son trône et condamné à l'exil . La France n'est plus debout que par la force d'âme d'un boiteux. Demain, une France redressée demandera à son assemblée nationale de se constituer en tribunal de l'âme de l'Europe ; demain, le pouvoir politique d'une grande nation se donnera le pouvoir de préciser à quelles conditions un Etat moderne sera autorisé à revendiquer les attributs de la souveraineté. Le tribunal de la légitimité des Etats dignes de ce nom que la Constitution française a mis en place le 23 février 2007 inaugurera une révolution mondiale du droit public.

Je me contenterai donc de recopier une lettre de Louis XVIII à " son cousin le prince de Talleyrand " : " J'apprends dans l'instant que les Prussiens ont miné le pont d'Iéna et que, vraisemblablement, ils veulent le faire sauter cette nuit même . S'il le faut , je me porterai sur le pont et l'on me fera sauter si l'on veut. Signé Louis "

Pourquoi Louis XVIII était-il prêt à se faire sauter pour conserver, au cœur de Paris, un symbole des victoires de Napoléon, sinon parce qu'à ses yeux , le vaincu de Waterloo avait porté dans le monde le message universel de la France de la déclaration des droits de l'homme ? Peut-on considérer de nos jours qu'un Président de la République qui se rendrait complice de l'asservissement de l'Europe entière à la puissance militaire d'un empire étranger demeurerait digne de s'inscrire dans la postérité républicaine de la monarchie ?

le 14 mars 2007