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LA FRANCE DANS LE MONDE DE DEMAIN
Lettres ouvertes à Jack Lang

IIIème Partie : Une dramaturgie théo-biologique de l'histoire

I ère Partie : La France de gauche et la nation
II ème Partie : Psychophysiologie comparée de la ségrégation et du camp de concentration

1 - L'histoire du monde, une poudrière théologique
2 - La politologie et les sciences humaines
3 - L'homme et son double
4 - Un animal théologique
5 - La guerre des Visages pâles et des Peaux rouges
6 - L'inconscient volcanique de l'histoire
7 - Israël et la paralysie politique de l'Europe
8 - Israël et l'occupation militaire américaine de l'Europe
9 - Le parti socialiste et l'Europe fantomale
10 - Entre la jungle et l'utopie
11 - Israël et la stratégie anti européenne de Washington
12 - Le messianisme et l'histoire

1 - L'histoire du monde, une poudrière théologique

Monsieur le Ministre,

J'ai été frappé d'apprendre que vous écriviez souvent un seul mot en marge des rapports que vos services vous remettaient rue de Varenne : " Approfondir " . Puissiez-vous disposer demain des armes d'une connaissance anthropologique de notre espèce et de son histoire dont l'approfondissement continu donnerait à la France du XXIe siècle les moyens de réconcilier la politique et la culture , la diplomatie et la pensée, la raison et l'éthique .

A l'heure où la planète est redevenue une poudrière théologique, il n'est pas besoin de se montrer grand clerc pour savoir qu'au cours des prochaines années, le peuple élu écrira l'histoire de la planète sur le mode le plus sanglant et qu'il est urgent d'approfondir une science politique qui souffre de légèreté. Mais quel destin, pour un ancien Ministre de la culture, de prendre un rendez-vous assuré avec l'avenir du "Connais-toi" à l'heure où la fatalité se rend shakespearienne au point d'illustrer le tragique des nations, tellement le monde a toujours obéi au modèle vétéro-testamentaire du débarquement du rêve dans l'histoire, et cela en tout premier lieu au sein du christianisme !

Vous savez que la naïveté politique tend aux diplomates des pièges connus depuis longtemps. En voici un de belle taille: Mme Yuli Tamir, Ministre israélienne de l'éducation nationale, a tenté d'introduire dans les manuels scolaires de l'Etat hébreu des informations interdites à la curiosité des enfants, selon lesquelles le territoire réel du pays se trouverait réduit à la surface qu'il occupait avant 1967 sous prétexte que cette dimension demeure seule reconnue en droit international . Le gouvernement israélien avait donc décidé, il y a plus de trois décennies , que l'histoire sainte des temps modernes laisserait les nouvelles générations ignorer le tracé réel des frontières du pays. Aussi la pédagogie peu théologique de Mme Yuli Tamir a-t-elle aussitôt provoqué la colère religieuse de la Knesset, ce qui illustre à merveille les deux sources de la cérébralisation post zoologique de l'espèce humaine, tellement notre encéphale se révèle aussi enraciné dans un mythe à l'usage des enfants que notre corps dans un sol à labourer. On sait également qu'Israël avait découvert à la faveur, si je puis dire, d'une mise en scène sacerdotale fort bien décrite par Renan le texte complet des cinq livres du Pentateuque sur lequel toute la législation de cet Etat est fondée et qui est censée avoir été rédigée de la main de Moïse à l'époque de la sédentarisation de cette nation, bien que l'homme du Sinaï y raconte sa propre mort . Aussi , M. Olmert a-t-il souligné sur l'heure et vigoureusement les conditions bibliques du salut d'Israël : " Le gouvernement et l'opinion publique sont hostiles à tout retour aux frontières de 1967 ".

Mais un Quai d'Orsay dont la vocation est de regarder le monde tel qu'il est ne saurait attendre la législation des Moïse d'aujourd'hui et de demain pour se mettre à l'écoute et à l'école de l'histoire de la nativité onirique d'Israël . Car, comme je l'ai rappelé à plusieurs reprises, c'est physiquement qu'il est impossible de jamais faire revenir la nation des Tables de la loi à la position géographique qu'elle occupait antérieurement à 1947 en Palestine. Qui peut croire que la victoire des armes engendrerait le prodige théologique de la capitulation politique des saintes Ecritures du peuple élu? Puisque seule une politologie aussi onirique à son tour que l'alchimie du Moyen-Age peut imaginer un miracle diplomatique, croyez-vous, Monsieur le Ministre, que ces frontières tiendraient plus de dix jours si elles étaient tracées par les chenilles des tanks et à coups de canons ? Croyez-vous qu'Israël changerait tout subitement de cerveau et de complexion et que cet Etat parquerait gentiment et pour toujours son âme et son histoire derrière une palissade de roseaux pénétrable aux obus, mais non au vent de la mémoire?

2 - La politologie et les sciences humaines

Afin de favoriser la génération continue de la descendance d'Israël dans le royaume de l'humanité messianique, la France et l'Europe commenceront par se résoudre à retirer le bandeau qu'elles s'étaient mise sur les yeux et qui interdisait depuis cinquante huit ans au monde entier de prendre son courage à deux mains et d'honorer le rendez-vous que la planète a pris, du moins aux yeux des historiens et de tous les hommes de raison, avec les conséquences locales de la décision irrationnelle des Nations Unies du 29 novembre 1947. Car s'il y a près de quarante ans que Clio a rendu son verdict à la suite d'une guerre pourtant gagnée par Israël sur le champ de bataille. Selon les attendus de son tribunal, la guerre perdue en 2006 contre le Hezbollah n'est que la queue de la comète. Les juges ont déclaré que la stratégie de l'occupant de la Palestine est à la fois fort simple et soumise aux lois de la fatalité antique: il s'agit, ont-ils souligné, de mettre la corde au cou à tout un peuple , de le terroriser, de l'affamer, de l'assoiffer, de l'empêcher de dormir dans le brouhaha incessant des avions de combat et des drones de surveillance volant à basse altitude, il s'agit de l'empêcher de se soigner et de se déplacer, il s'agit de l'emmurer, de lui voler le montant des impôts qu'il perçoit, il s'agit de le soumettre à l'arbitraire de colons armés jusqu'aux dents, de le livrer aux dragonnades des sentinelles, de l'arrêter et de le contrôler à tous les barrages routiers, il s'agit de construire un réseau routier réservé à l'occupant, il s'agit de déraciner ses oliviers, de confisquer ses terres, de s'approprier ses sources d'eau, de ravager ses champs, de faire exploser ses maisons, de défoncer ses routes, de détruire ses récoltes, de bloquer son port, de bombarder sa plage et ses bateaux de pêche, de pilonner ses hôpitaux, ses écoles et ses ambulances, de laisser le champ libre à ses tireurs embusqués , d'empoisonner sa population par le déversement de déchets toxiques sur son territoire, il s'agit de paralyser l'éducation scolaire des générations montantes, parce que l'ignorance est la clé de toutes les servitudes. Et pourtant, ce peuple survit par miracle et d'année en année.

Comment ne pas chausser les lunettes d'une anthropologie spéléologique et qui descendrait dans les arcanes de l'histoire de notre planète si l'on songe que cette tragédie s'est répétée au Liban, où l'on a assisté à l'écrasement des infrastructures civiles, des dépôts pétroliers , des ports, des aéroports, des hôpitaux, des usines électriques, des industries alimentaires , des installations de télécommunication, pour ne rien dire des sous-munitions massivement importées d'Amérique sur un simple coup de sonnette d'Israël ?

Il s'agissait, prétend aujourd'hui l'Etat hébreu, d'une guerre à mener de toute urgence contre le seul Hezbollah, il s'agissait seulement de libérer deux soldats faits prisonniers au cours d'une violation de routine de la frontière avec un " pays ami ", il s'agissait seulement de se protéger contre des ennemis tapis dans leur antre et qualifiés de " terroristes " cachés dans des souterrains. Mais la question de fond est désormais de savoir si une autorité internationale alors dotée d'un prestige éthique mondial se trouvait juridiquement habilitée à faire surgir du néant un Etat de légende et à l'installer de manière légitime et assurée de durer sur le territoire mythique que sa population avait abandonné deux mille ans auparavant. Peut-on ressusciter un peuple de ses cendres ou bien l'histoire est-elle un sépulcre éternel ? Si les nations sont des Lazare immortels, combien de temps leurs ossement peuvent-ils blanchir dans un tombeau avant de retrouver la lumière du jour?

3 - L'homme et son double

Cette question ressortit si peu à la science politique au sens superficiel et banal du terme qu'elle requiert une connaissance philosophique et historique de la nature et du fonctionnement du cerveau messianique d'une espèce devenue irrémédiablement flottante à mi-hauteur entre le réel et le sacré à la suite de son éjection inexplicable de la zoologie. Mais la politologie embryonnaire de 1947 ne disposait encore d'aucune connaissance post-darwinienne et post-freudienne du cerveau simiohumain et de l'évolution de cet organe dans des mondes désespérément oniriques. Et voici que l'anthropologie scientifique de demain est condamnée à relever le plus gigantesque défi du "Connais-toi" depuis les Grecs - un défi que le nazisme annonçait et qui dépassait aussi bien l'horizon que les méthodes des sciences humaines bien pensantes de l'époque : quelles sont, demandent aujourd'hui les Socrate de la science historique, les relations tempétueuses que notre espèce entretient avec sa propre mort pour que le meurtre et la torture se révèlent les clés de son histoire ?

Telle est l'interrogation qui sommeille sous la décision ad usum Delphini d'enfanter un Etat à la fois séraphique et tumultueux et de le lancer dans l'arène du temps avec tout son attirail institutionnel. Quelle est l'autorité innée du démiurge en chair et en os de 1947 qui a signé les certificats de bonne santé de la boîte osseuse de l'humanité et qui en a installé un échantillon sur tel territoire en lui disant : " Croissez et multipliez-vous ? " Si la puissance de ce dieu lui a été accordée par un tiers, demandons-nous quel laboratoire de l'anthropologie scientifique nous offrira un champ d'analyse et d'expérimentation des comportements natifs ou appris du cerveau simiohumain actuel dans l'histoire.

Quelle folie, disent les docteurs ès résurrections, de fonder une politologie dite scientifique sans rien connaître de l'encéphale dichotomique de notre espèce! Comment un législateur terrestre du simianthrope ferait-il prospérer Israël dans les deux mondes qui se partagent si diversement le crâne biphasé des fuyards du monde animal ? Notre espèce est la seule dont la bancalité propre est de n'habiter exclusivement ni sur son astéroïde , ni dans le royaume de ses songes! Certes, aucun animal ne se réduit à son ossature, à sa musculature et à ses organes physiques. Mais celui-là souffre de sa solitude au milieu de ses congénères, et cela si cruellement qu'il tente de dialoguer avec le double qu'il se donne dans le désert du cosmos.

Or, ce double est glouton, ce double se démultiplie à loisir, ce double se diffuse dans le vide , ce double s'en va camper dans le néant, ce double dresse des bûchers afin d'y faire monter sa créature et d'y monter lui-même, ce double feint de s'immoler afin d'immoler le vermisseau demeuré sur la terre et dans lequel il refuse de se reconnaître , ce double est un dieu dont le couteau s'appelle l'histoire . Comment le dieu des glaives qu'on appelle l'homme ne tuerait-il pas ses congénères afin de se prouver qu'il est Dieu ? Quels sont les microbes qui contestent l'autorité du sceptre et de la carcasse de ce Goliath de l'espace? A-t-on idée de domicilier Dieu en Galilée, a-t-on idée de l'assigner à résidence dans un laboratoire de l'humanité, a-t-on idée d'y observer comment ce personnage des nues va nécessairement en découdre avec un autre Titan de l'immensité, un certain Allah, alors que des millions d'Allah en miniature dansent autour de lui et lui tressent des couronnes . Les millions de petits Jahvé qui s'agitent autour du trône de Jahvé ne feront-ils qu'une bouchée de leur rival ?

4 - Un animal théologique

Raymond Aron disait d'un Président de la République : " Il ne sait pas que l'histoire est tragique ". Le destin psychique et mental d'Israël enseigne que le tragique véritable d'Adam est lié à l'origine et à la nature du songe qu'il est à lui-même et qu'il s'agit d'une dramaturgie psychogénétique dont l'encéphale scindé de notre espèce est le théâtre . Car l'homme est le seul animal dont le véritable interlocuteur est son propre double, le seul animal qui dialogue avec sa propre image dressée dans le cosmos , le seul animal qui tue les microbes indignes du Dieu qu'il est à lui-même et qui se prétendent ses congénères à se dresser sur leurs pattes de derrière.

Le degré de rationalité interne de la politologie scientifique du XXIe siècle ne dépend donc pas moins de la qualité et de la nature de son " discours de la méthode " que la réponse à la question du contenu anthropologique inconscient des évangiles dépend de la capacité des sciences humaines de demain de fabriquer la balance à peser un objet cérébral que les théologiens appellent une révélation et qui demeure, pour l'instant, un corps astral non identifié . Si notre politologie était moins superficielle, donc moins fondée sur le rationalisme étroit du XVIIIe siècle, nous saurions depuis longtemps qu'une théologie est un papillon dont les ailes se complaisent à leurs propres chatoiements. Pour observer ces ailes en laboratoire, il y faut une pesée de la vie onirique des évadés de la zoologie.

Tentons donc de raconter d'avance la tragédie de Sophocle ou de Shakespeare à laquelle le monde se trouve d'ores et déjà livré par la croyance d'Israël en sa provenance céleste . Le nœud de la tragédie n'est autre que le double constat shakespearien que j'ai signalé à l'attention des ornithologues de l'histoire et selon lequel rien, dans le monde physique, ne ramènera de force l'acteur onirique que Israël est à lui-même à ses frontières de 1967. Le peuple palestinien sera donc condamné à livrer à l'onirisme de cet Etat la même guerre de son propre onirisme que l'Espagne au Dieu des Maures, qui dura plusieurs siècles, le même combat, également multiséculaire, des peuples colonisés contre leurs colonisateurs, le même combat que les Gaulois contre l'empire romain, le même combat que la Chine pour retrouver sa souveraineté face à l'Angleterre. Car le vrai champ de bataille du monde est celui des dieux que les Etats sont à eux-mêmes dans l'arène des millénaires.

5 - La guerre des Visages pâles et des Peaux rouges

L'évidence que l'identité psychobiologique des peuples est enracinée dans leur ciel et qu'elle ne se laisse pas dissoudre dans celle de leur vainqueur a été théorisée dans la postérité de Montesquieu par les Taine, les Renan, les Gobineau un siècle et demi avant les découvertes des généticiens modernes. Mais ces historiens ne savaient pas encore que les millénaires de la géographie et des climats ne façonnent à ce point les âmes et les cerveaux que pour le motif qu'ils enfantent les dieux de l'endroit dans les esprits. C'est qu'ils assurent la médiation entre le social et le cosmologique. Ce sont les forgerons locaux du sacré, les intermédiaires naturels entre les deux cerveaux du simianthrope, le terrestre et l'onirique. Les Olympe changent de théologie, de couleur, de tempérament et d'âme. Mais combien de temps la nature demande-t-elle pour modifier l'encéphale de l'espèce dont le véritable interlocuteur n'est jamais que l'idole qu'elle est à elle-même ? Les colonies espagnoles ont attendu trois siècles pour se révolter contre leur mère-patrie , les Anglais du Nouveau Monde un peu moins pour secouer le joug de l'Angleterre et les derniers Bolivars seront des Indiens appelés à sceller les retrouvailles de leurs tribus avec les voix de leurs terres et de leurs dieux.

C'est pourquoi Israël a compris que le seul moyen d'effacer un peuple de la surface de la terre est de l'exterminer, lui et ses dieux, et que, pour cela, il faut le parquer dans le type de camp de concentration qu'autorisent les démocraties. Mais jamais Israël de réussira à changer les Palestiniens en Peaux-Rouges du Moyen Orient sur une planète où l'ubiquité de l'image a changé l'histoire du monde en une épopée produite par la Metro Goldwin Mayer . Avant deux ans, internet aura terrassé la censure télévisuelle planétaire, avant trois ans, les manuels scolaires d'Israël auront beau s'appliquer à ignorer officiellement les frontières réelles du pays, les générations montantes n'en auront pas moins réappris en cachette que les peuples vaincus ont la mémoire d'éléphant de leur code théo- génétique.

Ce n'est pas à l'agrégé de droit que vous êtes que je rappellerai que seul un Etat reconnu comme tel dispose de l'autorité d'adouber l'un de ses pairs, qu'aucun parti politique n'a qualité pour reconnaître l'existence juridique d'un candidat à ce statut, donc pour lui attribuer les titres et les apanages d'un acteur souverain sur la scène du monde. C'est dire que les relations du droit international d'aujourd'hui avec la morale sont relativement rassurantes, puisqu'il est de plus en plus difficile à un Etat reconnu de légitimer un confrère sauvage et même de nouer avec lui des relations diplomatiques trop spectaculairement chaleureuses. Au contraire d'Israël, Washington n'a jamais osé exiger de ses Indiens qu'ils proclament haut et fort la légitimité du nettoyage ethnique dont ils ont été les victimes. Comment le peuple des prophètes, peut-il en faire un préalable à toute négociation avec ses Peaux-Rouges ? Comment peut-il tenter de contraindre les Indiens du Moyen Orient à débattre de l'emplacement et de l'étendue des réserves dans lesquelles on les parquera sous la contrainte de la famine et du blocus économique ?

La question des relations que le messianisme entretient avec l'éthique est au cœur des relations que toutes les religions et tous les Etats entretiennent avec l'histoire. La vraie question est donc de savoir si Israël réussira à allumer une guerre biblique à l'échelle mondiale afin de réduire ses Peaux Rouges à merci ou si une humanité encore aux prises avec le mythe sanglant du salut se sera suffisamment divisé pour que son aile pragmatique remporte la victoire au Moyen Orient . Il y a une dimension apocalyptique dans la conversion du messianisme biblique au messianisme démocratique. Mais à force que nous invoquions les mânes de Shakespeare, l'illustre Anglais finira bien par sortir de son tombeau pour écrire et mettre en scène les deux faces de l'histoire du genre humain, celle de la platitude et celle du délire. Car les guerres de religion d'autrefois illustraient seulement le choc entre deux mythologies ennemies, tandis que la prochaine nous fera assister à l'ultime guerre théologique de l'humanité , celle qui opposera le peuple élu au Titan de l'entendement terrestre . Quel drame que notre impuissance à remettre la plume de Clio entre les mains du grand William !

6 - L'inconscient volcanique de l'histoire

Voici quelques citations que vous connaissez sans doute, mais que la diplomatie française ne pourra plus ignorer bien longtemps, puisque les armées du monde entier montent désormais la garde à la frontières entre l'Israël et le Liban.

" Si j'étais un leader arabe, je ne signerais jamais un accord avec Israël . C'est normal, nous avons pris leur pays. C'est vrai que Dieu nous l'a promis, mais en quoi cela les intéresse-t-il ? Notre Dieu n'est pas le leur. Il y a eu l'antisémitisme, les nazis, Hitler, Auschwitz, mais était-ce leur faute ? Ils ne voient qu'une seule chose : nous sommes venus et nous leur avons volé leur pays. Pourquoi devraient-ils l'accepter ? " David Ben Gourion, Premier Ministre israélien, cité par Nahum Goldmann dans Le Paradoxe Juif, p. 121

" Comment pourrions-nous rendre les territoires occupés ? Il n'y personne à qui les rendre. Il n'y a jamais rien eu de tel, puisque les Palestiniens n'ont jamais existé. " Golda Meir , Premier Ministre israélien, 15 juin 1969

" C'est le devoir des leaders israéliens d'expliquer clairement et courageusement à l'opinion publique un certain nombre de faits oubliés. Le premier est qu'il n'y aura pas de sionisme, de colonisation ou d'Etat juif sans que nous chassions les Arabes et ne prenions leurs terres. " Yoram Bar Porath, Yediot Aahronot, 14 juillet 1972

" Nous devons recourir à la terreur, aux assassinats, à l'intimidation, à la confiscation des terres et à la suppression de tous les services sociaux afin de débarrasser la Galilée de sa population arabe. " Israël Koenig, The Koenig Memorandum soumis au Premier Ministre israélien en avril 1976

Ou bien le parti socialiste deviendra pleinement conscient de ce que, tout au long des années à venir, le double destin d'Israël - le terrestre nourrissant le biblique et vice versa - écrira à l'école du sang l'histoire à la fois onirique et guerrière de la planète et, dans ce cas, on comprendra également rue de Solférino, que le désastre militaire américain en Irak n'était qu'une fumée passagère, faute d'un contenu mythologique suffisamment vibrant. Car les Etats-Unis ont été réveillés en sursaut par le rapport Baker ; et ils éprouvent quelque peine à se rendormir. Pour l'instant, seuls quelques esprits d'avant-garde du pays de Jefferson savent que l'échec militaire et politique de la nation à Bagdad n'était qu'un abcès de fixation physique, certes douloureux et qui menaçait de gangrener tout le corps du malade, mais que les bistouris éradiquent aisément ce genre de tumeurs. En revanche, le conflit israélo-palestinien ressortit à un type de prolifération de cellules messianiques encore ignorées de la science historique: jamais on n'avait observé à la loupe le développement post-darwinien et post-freudien d'un cancer cérébral capable de survivre même à son ablation chirurgicale, parce que l'expulsion d'un corps cellulaire de ce type ne ferait qu'accélérer l'ascension du condamné dans le fantastique.

Le parti socialiste manquera-t-il une fois de plus le coche de l'histoire, faute d'avoir appris que la greffe d'une civilisation dite de la " délivrance " sur des peuples soumis à une autre version du mythe de la rédemption est toujours l'expression d'une utopie qu'il s'agit de conduire tout entière à bon port ? Rome a cru à l'avenir civilisateur d'une science du droit qui avait besoin du soutien des légions. Après avoir bénéficié d'une pax romana de plusieurs siècles , les peuplades pourtant éduquées par le glaive des lois écrites depuis plusieurs siècles ont retrouvé, sinon leur langue originelle, du moins leurs mœurs tribales et leur droit coutumier, qu'elles ont ensuite mêlé aux reliquats dérisoires de la logique des grands juristes du peuple de la Louve . Une civilisation voit son rêve de fonder la justice sur la logique féconder le monde de l'art et de la pensée, puis se démembrer inexorablement.

Sous Hadrien déjà, Rome avait tenté de mettre un terme à l'expansion territoriale de l'empire; mais, jusqu'à la dislocation de l'Etat, les Césars ont combattu pied à pied aux frontières. Certes, il a fallu six siècles encore pour réduire le peuple des Quirites à l'exténuation de son messianisme propre. Puis les bondes des Parthes, des Huns et des Germains ont débordé. Aujourd'hui, l'empire messianique d'Israël ressemble à " l'onde qui bout dans une urne trop pleine ". Certes il n'y a pas de Waterloo de la vie onirique du simianthrope ; mais nous ne sommes pas près d'apprendre ce qu'il adviendra d'une espèce orpheline de sa propre sainteté. A moins que nous ne le sachions que trop bien , tellement les songes simiohumains ne quittent la scène que pour se réfugier dans les souterrains du théâtre où les théologies font bouillonner l'inconscient volcanique de l'histoire.

7 - Israël et la paralysie politique de l'Europe

Que l'aventure du débarquement d'une démocratie apostolique de type calviniste en Irak ne soit qu'une tumeur maligne, rien ne le démontre mieux que le rapport Baker, qui ne saurait ignorer que la guerre des cerveaux au Moyen Orient renvoie à un carnage théologique. Mais, voyant que les champs de bataille qui servent de théâtre aux convulsions religieuses de l'humanité se situent de nouveau au cœur d'une politique oscillante entre la platitude et la démence, ce rapport préconise une accélération à courte vue du traitement d'apothicaire de ce " dossier ", comme si le fléau psychobiologique qu'illustrent les guerres eschatologiques nées avec Moïse était plus aisément guérissable que les douze plaies d'Egypte. Il n'existe, pour l'instant, aucune charlatanerie de guérisseurs qui puisse porter remède à une maladie cérébrale liée à la déréliction d'une espèce larguée dans le vide. Telle est la raison pour laquelle la politologie maigrichonne et décérébrée d'aujourd'hui a rendez-vous avec le tragique de l'histoire que le génie des Cervantès, des Swift, des Shakespeare, des Kafka a illustré . Les chances inespérées naissent des grands échecs. Ce sera une grande chance, pour la puérilité du messianisme américain que sa myopie tentera seulement de gagner du temps ; car la vue basse d'une anesthésie administrative généralisée se révélera aussi suicidaire à longue échéance que celle de sa sœur en cécité, l'helvétisation de la planète par l'universalisation de la neutralité armée.

Mais déjà les dernières répliques du premier acte ont retenti à nos oreilles. Au second lever du rideau sur le drame de la tiédeur , on verra Israël rassembler toutes les forces de ses lobbys à Washington, comme s'il lui était encore possible de banaliser en catastrophe ou de faire oublier en un tournemain les conclusions apocalyptiques du rapport Baker. Mais pour dénoncer le coup d'Etat dont ce rapport se trouvera accusé, il faudra soutenir qu'il viserait à rien moins qu'à renverser le trône de la liberté au sein de toutes les démocraties du monde. Quelle sera alors la stratégie diplomatique d'une France armée d'une longue vue? En résultera-t-il une dégradation irrémédiable du prestige d'Israël sur la scène internationale ? Un télescope fera-t-il soudain apparaître en gros plan le monticule d'une politique européenne faussement désireuse d'assurer les retrouvailles de notre continent avec sa souveraineté ? Mais il n'en naîtra une telle qu'à l'heure où Israël perdra sa capacité illimitée d'apporter à Washington le soutien politique et financier indispensable à la vassalisation définitive du Vieux Monde par le Nouveau .

L'Europe actuelle se trouve frappée d'anorexie en phase terminale. En vérité, elle demeure à peine respirante sous la tente à oxygène du tartufisme politique. Une Allemagne tombée en léthargie depuis 1945 la soumettra à des techniques de survie. Mais six mois de soins intensifs n'ont jamais fait gagner un marathon à un asthmatique. De plus l'élection présidentielle française de mai 2007 paralysera d'avance les initiatives diplomatiques éventuellement sérieuses de Berlin qui , de toutes façons ne tentera en aucun cas d'aller à l'essentiel - à savoir, la soustraction du Vieux Monde à la tutelle militaro-politique ridicule, mais paralysante de l'OTAN.

Discours imaginaire de Mme Angela Merkel devant le Bundestag sur la future souveraineté de la nation allemande, 17 janvier 2006

A partir du mois de mai, il appartiendra donc à la France et à elle seule d'arracher à son état cataleptique une future Europe politique; mais vous savez que non seulement M. Nicolas Sarkozy s'avoue lui-même le candidat des Etats-Unis, mais qu'il s'affiche si ouvertement, comme le paon resplendissant de l'étranger qu'il n'a pas craint d'afficher son allégeance et de principe aux vues et aux directives institutionnelles de Washington, alors que la IVe République elle-même avait tenté de secouer ce joug. Vous savez également que ce candidat de parade porte sur la politique mondiale un regard de cabinet d'avocats . Il s'agit d'un gestionnaire adroitement calqué sur le modèle d'un autre avocat d'affaires, Tony Blair; vous savez en outre que si cet orateur de prétoire occupait l'Elysée pour cinq ou dix ans, le naufrage de l'Europe politique serait devenu irréversible. Mais aussi longtemps que la France héritière de Descartes n'aura ni philosophie, ni anthropologie de l'animal théologique, la planète entière demeurera une énigme politique aux yeux de sa classe dirigeante mondiale.

8 - Israël et l'occupation militaire américaine de l'Europe

Comment la gauche pensante éduquerait-elle en quelques années seulement une élite politique renouvelée et qui saurait en tout premier lieu qu'une civilisation ne se réduit pas à un marché commercial, tel celui dont la Grande Grèce sous l'empire romain nous fournit un parfait modèle , et ensuite, que cette évidence demeurera un flatus vocis aussi longtemps que nos sciences humaines n'auront pas de science psychogénétique des décadences? Des esprits légers disaient à Descartes que son cogito ergo sum se trouvait déjà chez saint Augustin. L'auteur du Discours de la méthode leur répondait qu'il y a un abîme entre une proposition théologique jetée en passant et une philosophie fondée sur le déroulement logique d'une proposition fondatrice.

A ce titre, la France est un Descartes de la raison politique, parce qu'en pleine guerre froide elle a osé faire évacuer le territoire national par les troupes américaines . Dix-huit ans après l'effondrement de l'empire soviétique, la France cartésienne soutient l'évidence logique que les Etats européens encore occupés militairement par leurs libérateurs sont ridicules de s'auto-proclamer souverains et que l'Europe ne naîtra que le jour où la présidence tournante ne pourra être exercée que par des nations dont le territoire aura été évacué par les force armées américaines.

C'est dans cette attente que la France du cogito lutte pied à pied afin de demeurer seule debout dans l'arène jusqu'à la promulgation de la loi de séparation entre la politique et la théologie. Descartes tient la barre de la logique d'Euclide de l'histoire. Il enseigne aux nations dont le territoire se trouve occupé par les divisions ou les régiments de garnisons étrangères qu'elles y perdront leur âme et leur force, parce que toute occupation militaire prolongée ruine souterrainement la volonté d'un peuple , ronge en secret son courage , exténue de l'intérieur son énergie, fatigue insidieusement ses élites. Comment une Allemagne occupée depuis six décennies par quarante huit gigantesques bases militaires américaines et une Italie changée pour toujours en un gigantesque porte-avions américain amarré au cœur de la Méditerranée deviendraient-elles jamais des alliés fiables aux yeux de la France cartésienne ?

L'empire américain, c'est l'Otan, 29 juin 2005

L' après 29 mai et l'avenir de l'Europe politique, Le débarquement de la simiologie dans l'interprétation de l'histoire : la tutelle de l'OTAN , l'empire des bases américaines , le double-jeu de l'Angleterre , Nicolas Sarkozy et le meurtre du père. 13 juin 2005

Mais encore faut-il rédiger un Discours de la méthode à l'usage des peuples souverains qui, dit la légende, naquirent des dents du dragon.

9 - Le parti socialiste et l'Europe fantomale

Le parti socialiste français se résignera-t-il à cautionner une politique européenne fantomale ? S'il ne devenait la future vigie de la civilisation européenne et s'il ne brisait les chaînes qui assurent la présence à perpétuité des armes américaines sur le territoire des nations du Vieux Monde, Shakespeare ferait de la France la sentinelle d'un drame de l'impuissance dont le rideau vient de se lever sur le troisième acte.

Car les Etats-Unis sont d'ores et déjà entrés en guerre contre Israël. Le flambeau éteint en 1992 s'est rallumé . On se souvient que M . James Baker s'était risqué à demander à Israël la cessation immédiate de son expansion coloniale, donc ni plus ni moins que d'enterrer le sionisme. Puis ce minuscule Etat avait accompli l'exploit théologique de faire élire Bill Clinton à la Maison Blanche ; et l'on se souvient que ce Président était tellement acquis au messianisme d'Israël qu'il avait été appelé plusieurs fois à présider le Conseil des Ministres de cet Etat. Qui peut croire que des médicastes sauraient seulement de quoi ils parlent en Diafoirus de la science politique des théologies ?

Mais M. G. W. Bush n'a même pas pris la mesure des gigantesques moyens financiers d'Israël et du poids de cet Etat dans la presse et les médias américains. Même son intelligence pratique souffre de la simplicité d'esprit qui lui avait fait demander candidement à Ariel Sharon de mettre un terme à son offensive militaire en Cisjordanie. On se souvient que la candeur de ce Président avait paru surprise de découvrir qu'il n'avait pas l'oreille des guerriers de l'étoile de David. Si la France pensante de demain ne profitait pas des efforts aussi titanesques que stériles d'un James Baker pour tenter de secouer le joug d'Israël sur son pays, croyez-vous, Monsieur le Ministre, que l'Europe retrouverait un jour l'avance culturelle qui seule la reconduira à la maîtrise navale de la Méditerranée ? Les grands malheurs sont cérébraux . Nous n'avons pas la connaissance du genre humain qui, hier, nous a permis de secouer le joug des autels ; il nous faut combler un autre retard intellectuel pour obtenir l'abandon du port de Naples par la flotte de guerre du Nouveau Monde .

Enseignez donc à Mme Ségolène Royal que les Etats ne sont pas seulement des acteurs de l'histoire ; enseignez lui qu'ils sont l'histoire incarnée ; enseignez lui que leur conscience d'eux-mêmes est liée à leur chair, parce qu'ils sont le corps et le sang de l'histoire ; enseignez-lui qu'ils se comportent en grands dignitaires des peuples dont ils portent le sceptre et la cuirasse. Un homme d'Etat sait que les nations s'identifient au trône sur lequel leurs chefs sont assis . Après le voyage de Mme Ségolène Royal à Pékin, enseignez-lui qu'on ne courtise pas Israël et qu'on ne livre pas l'Iran aux gémonies pour se faire bien recevoir de l'empereur de Chine.

C'est dire que si vous étiez nommé Ministre des Affaires étrangères de la France et si vous parveniez à informer Mme Ségolène Royal de la nature et de l'esprit de la politique internationale , vous ne seriez pas seulement - et je pèse mes mots - l'homme politique le plus écouté de France, mais celui dont la connaissance de la mémoire de l'Europe , la détermination politique et la capacité de convaincre décideraient de l'avenir de notre civilisation, tellement l'Europe actuelle, la France gaulliste exceptée, est prête à accepter l'évaporation de son identité politique au profit de l'axe Washington-Jérusalem , donc sa mort politique.

10 - Entre la jungle et l'utopie

Qui prétendra que le messianisme politique sera éradiqué de l'histoire du monde pour le motif que son lieu d'accueil se réduirait à un lopin de terre en Galilée? Mais on aurait le plus grand tort d'oublier que ce territoire microscopique est le cœur biblique d'un réseau bancaire et médiatique mondial , que cette parcelle de terre est protégée par les élites politiques du monde entier et enfin qu'il est illusoire de domicilier cette tapisserie de Pénélope en Palestine, où sa miniature terrestre n'est que le centre névralgique de la toile.

Pour comprendre la fabuleuse puissance financière d'Israël, il faut savoir que le " Système fédéral de réserve " des Etats-Unis n'est pas une institution de l'Etat américain, mais un cartel composé de huit banques privées, dont la vocation, lucrative par définition, a été légalisée presque en catimini la veille de Noël 1913. A l'origine, le papier-monnaie qu'elle émettait, le dollar, était garantie, à l'instar de toutes les autres monnaies de l'époque, par l'or qu'achetaient les banques afin de garantir leurs prêts. Mais à Bretton-Wood, en 1944, il fut décidé que l'once d'or coûterait trente cinq dollars dans le monde entier . Or, depuis 1971 et en raison des masses de dollars englouties dans la guerre du Vietnam , la référence à l'or a été abandonnée. Cela signifie qu'il est devenu, un métal aussi ordinaire que le nickel ou le cuivre et qu'il est coté en bourse au titre d'une marchandise dont le cours dépend des fluctuations de la loi dite de l'offre et de la demande .

Du coup, le dollar restait à la fois la monnaie de référence pour les autres monnaies et la " monnaie de réserve ", alors que dans le même temps le Système fédéral de Réserve s'était autorisé à ne plus posséder de réserves d'or , ce qui lui permettait de faire " flotter " sa monnaie. Le dollar devenait donc un veau d'or mental dont la valeur reposait sur la vénération de ses adorateurs. Or, cette piété survivait parce que le montant de la masse mondiale de dollars était connu sous la forme de l'agrégat M3, ce qui donnait confiance aux fidèles. Mais le 23 mars 2006, le montant de l'émission massive de dollars par le cartel est devenu secret , ce qui témoigne de la terreur mondiale que déclencherait la révélation du déficit réel de la balance des paiements des Etats-Unis .

C'est pourquoi le trust international de banques privées qui avait réussi à fixer la valeur de l'or à l'échelle de la planète - ce qui allait lui permettre de le marginaliser plus aisément - a le plus grand intérêt à maintenir dans les esprits la confusion selon laquelle la monnaie théologique - on la qualifie de fiduciaire - serait celle de l'Etat fédéral, ce qui nous renvoie à l'anthropologie du sacré; car de même que le Fils se confond au Père dans le christianisme, alors qu'elle ne l'est qu'à titre fictif, une nation qui a perdu le droit tout terrestre de battre monnaie n'a plus de fils en or.

Cette ascension au ciel du fiduciaire, remonte à 1791. Cette année-là, des banquiers conduits par les Rothschild de la City de Londres ont créé une banque qui prit grand soin de se baptiser " Bank of the United States ", mais qui n'était pas plus américaine que le Système fédéral de Réserve (FED) actuel n'est fédéral. C'est donc dans un royaume aussi illusoire que le Paradis que la banque centrale de la plus grande démocratie du monde frappe la monnaie de la foi au profit de huit grands propriétaires: Rothschild Banks of London and Berlin, Lazard Brothers Bank of Paris , Israel Moses Sieff Banks of Italy , Warburg Bank of Hamburg and Amsterdam, Lehman Brothers Bank of New York, Kuhn Loeb Bank of New York, Chase Manhattan Bank of New York , Goldman Sachs Bank of New York.

Après un règne de quatre-vingt treize ans, ces banques, instruites par le krach de 1929, se préparent d'ores et déjà à survivre à une seconde chute du dollar par le biais d'un gigantesque accroissement de leurs acquisitions immobilières et industrielles, puisqu'elles alimentent sans difficulté leurs achats par l'émission massive de monnaie, comme le rappelle le World Investiment Report 2006 de l'ONU. Naturellement, le cartel prête ensuite à l'Etat américain les sommes titanesques que coûte l'entretien des bases militaires et la guerre d'Irak. Les intérêts de ces prêts sont donc payés par le contribuable, puisque la monnaie mythique qu'émet le cartel par une simple opération comptable est tenue pour réelle par le peuple des fidèles.

Ce système a été bien inutilement dénoncé depuis deux siècle. Salmon P. Chase, Secrétaire du Trésor sous Abraham Lincoln, écrit qu'il a compris trop tard les conséquences dramatiqus pour son pays et pour le monde de cette politique : "Ma contribution au passage de la loi des Banques Nationales fut la plus grande erreur financière de ma vie. Cette loi a établi un monopole qui affecte tous les intérêts du pays. Cette loi doit être révoquée ; mais, pour cela, le peuple devra se ranger d'un côté, et les banques de l'autre, dans une lutte que nous n'avons jamais vue dans ce pays." Vous connaissez sans doute la déclaration de Charles A.Lindberg, le père du célèbre aviateur, selon lequel: "Cette loi établit le plus gigantesque trust sur terre. Lorsque le Président (Wilson) signera ce projet de loi, le gouvernement invisible du Pouvoir Monétaire sera légalisé...et le pire crime législatif de tous les temps aura été perpétré par cette loi sur la banque et le numéraire."

Mais, faute d'une véritable anthropologie critique, l'humanisme superficiel dont notre civilisation demeure si fière n'accède pas à la profondeur de la connaissance du cerveau simiohumain qui lui permettrait de comprendre que le véritable inventeur de ce gigantesque monopole du fiduciaire est le catholicisme du Moyen-Age, qui s'était assuré l'exclusivité de l'octroi à titre onéreux d'un salut évidemment fictif - celui que le trafic des indulgences assurait à titre posthume contre espèces sonnantes et trébuchantes sur cette terre . A l'instar du monde actuel, le peuple des croyants payait les intérêts des sommes investies dans la vie éternelle et qui enrichissaient le grand cartel du ciel - celui d'un Vatican seul habilité à encaisser les redevances de l'immortalité.

On comprend que, dans ces conditions, les Etats arabes se soient vu interdire par le trust planétaire de secourir les Palestiniens affamés de Gaza - d'où le transport en contrebande de valises de dollars en provenance d'Iran que j'ai rappelé plus haut. Un Etat devenu à lui-même son propre cartel du ciel sous la forme d'une banque de la foi autorisée à émettre sans contrôle une monnaie fiduciaire à guichets fermés, un Etat devenu son propre démiurge juridique et financier, et son propre fiat lux politico-théologique, un tel Etat illustre un personnage ancien et toujours nouveau de l'histoire universelle : à savoir, une seconde incarnation du mythe du Père, mais d'un Père du veau d'or.

La politologie de demain cessera donc de photographier l'évolution des squelettes muets et le cubage aveugle des boîtes osseuses pour radiographier un animal scindé de naissance entre le réel et le sacré et qui s'est spécialisé dans le trafic entre les deux lobes de son cerveau. Les analystes de cette discipline voudraient informer les semi évadés de la zoologie du fonctionnement onirique de leur tête. Ils enseignent que l'histoire simiohumaine oscille entre la jungle et l'utopie et que le simianthrope n'est pas près de réconcilier les pôles opposés de sa psychophysiologie .

11 - Israël et la stratégie anti européenne de Washington

Vos responsabilités à la tête de la diplomatie française seraient encore plus lourdes que celles de vos prédécesseurs. Souvenons-nous de ce que, de leur temps, l'alliance sans faille entre Washington et Jérusalem permettait à Israël d'obtenir instantanément de son puissant allié l'envoi de bombes à déverser sur la population civile du Liban ; souvenons-nous de ce que, de leur temps, la France luttait seule contre vents et marées afin de tenter de mettre fin aux hostilités ; souvenons-nous de ce que, de leur temps, le Président de la République avait aussitôt stigmatisé cette irruption armée au titre de " réaction disproportionnée " , donc de violations du droit international.

Mais comment l'horizon de l'Europe se serait-il éclairci, puisqu'Israël dispose désormais d'armes politiques et diplomatiques de substitution autrement plus puissantes que les précédentes ? J'ai déjà dit que cet Etat engagera nécessairement une guerre à mort contre les conclusions du rapport Baker et qu'il recourra fatalement à une arme de dissuasion plus massive qu'un nucléaire devenu militairement inutilisable. Cela signifie qu'au début du troisième acte, on verra Israël feindre d'encourager le Vieux Continent à reconquérir sa souveraineté par le rejet poli et même feutré de la tutelle de l'Otan. Mais comment l'empire américain accepterait-il jamais cette monnaie d'échange-là ?

Hier encore, le Président du CRIF soutenait, primo, que la France aurait secrètement obéi aux directives de Washington au cours de la guerre d'Israël contre le Liban, secundo que l'indépendance officielle de notre diplomatie n'aurait été, en réalité, qu'une docilité masquée, tertio que le tapis de bombes israéliennes déversé sur un pays ami n'aurait été qu'un ultime subterfuge afin d'étaler à tous les regards la connivence et l'acquiescement désormais retrouvés entre Paris et Washington, et cela trois ans seulement après la menace de la France d'opposer son veto à une guerre d'agression contre l'Irak ; quarto que Paris se repentirait maintenant d'avoir failli mettre Washington au ban d'une civilisation fondée sur le respect de la loi internationale en dénonçant une guerre d'agression déclenchée en violation du droit de la guerre, quinto, que nous aurions entériné en catimini la délégitimation de l'autorité juridique et morale des Nations Unies. Mais le CRIF de demain fera mine de changer son fusil d'épaule afin de paraître, cette fois-ci, aider un instant, le Vieux Continent à desserrer l'étau de sa servitude, mais en sachant bien que le Nouveau Monde rejettera un troc qui ne lui laisserait d'autre choix que l'effondrement de sa domination sur le Vieux Monde ou le renouvellement, vital pour lui, de son soutien inconditionnel à Israël . La diplomatie du revolver sur la tempe d'un empire par son bailleur de fonds est pour demain.

Puisque la candidate du parti socialiste a révélé à Beyrouth et à Jérusalem qu'elle n'a pas encore les cartes du monde réel dans la tête, Israël pourra dormir sur les deux oreilles. Mais la France s'imagine-t-elle que les diplomates du monde entier n'auraient pas lu le livre de chevet de tous les Etats depuis un demi millénaire, Le Prince de Machiavel ? Comment ce bréviaire mondial de toute politique étrangère sérieuse aurait-il été effacé des tablettes de la mémoire à Jérusalem quand il s'agira de feindre d'ébranler la domination de Washington sur l'Europe afin de sauver le " peuple élu " par le retour précipité du Département d'Etat à Jérusalem ? Il est tellement évident que l'Amérique y réfléchira à deux fois si Israël devait montrer quelque velléité d'indépendance à son égard qu'il me faut revenir une dernière fois à l'examen de l'aporie insoluble à laquelle la décision du 29 novembre 1947 a conduit un monde privé de politologie scientifique, donc de toute connaissance rationnelle des impasses anthropologiques de la condition humaine. Pour cela, il me faut tracer l'esquisse d'un "discours de la méthode " .

12 - Le messianisme et l'histoire

Pour conduire les sciences humaines à la connaissance des secrets anthropologiques du messianisme , il est inutile de tenter de peser sur les balances d'autrefois les forces en présence au sein de la problématique nouvelle, celle qui se met en mesure de comprendre leur nature et les combinaisons inconnues des Thucydide et des Tacite auxquelles elles se livrent entre elles. Car le messianisme est non seulement le moteur psychique de l'histoire, mais également la condition de la naissance et du progrès des civilisations finalisées, de sorte qu'à ce titre, l'histoire vivante se fonde sur la ségrégation des esprits qui auront débarqué avant l'heure dans leur siècle. C'est pourquoi la philosophie est née avec un penseur malheureux, qui proclama la souveraineté absolue d'un cerveau plus réellement pensant que celui de ses prédécesseurs et qui fut condamné à mort pour cela. Tout créateur boit la ciguë de son apartheid propre. Mais faut-il en conclure que l'adage le plus sot qui ait jamais été prononcé serait celui de Montesquieu, qui soutenait, au contraire, qu'il n'y avait pas de folie plus grande que de vouloir être sage tout seul ? Car si la pensée est à elle-même son propre messie et si le messianisme conjugué des Etats-Unis et d'Israël est condamné à rencontrer l'iceberg de sa propre sottise au point d'entraîner ces deux peuples dans un naufrage commun, ne faut-il pas se demander quel est le destin de l'apartheid de la solitude qu'on appelle le génie?

Les premiers conquérants d'une terre édénique - le Nouveau Monde ou le Canaan d'Israël - obéissaient encore à un messianisme créateur ; et le siècle du miracle grec était un messie de sa propre grandeur auquel nous devons la fécondation de la pensée mondiale depuis vingt-cinq siècles . Et voici que le gigantesque apartheid des démocraties messianiques se change en un camp de concentration planétaire ; et voici que l'intelligence se brise sur le rocher de sa propre cécité . Comment un Quai d'Orsay déniaisé et qui ouvrirait les yeux sur l'espèce humaine n'apprendrait-il pas que la pesée des forces réelles de la politique exige un changement de la balance de Clio, parce que l'on ne pèse pas davantage les problématiques nouvelles avec les poids et les mesures d'autrefois qu'on ne verse dans de vieilles outres le vin nouveau de la science de la mémoire.

Car voici que le destin messianique d'Israël met cette nation devant le choix de se montrer solidaire d'un gigantesque naufrageur de l'Europe ou de s'en séparer. D'un côté, un monde monopolaire et à sa main lui est nécessaire, car il doit mettre un géant planétaire à son service afin de protéger son expansion territoriale sous sa cuirasse. De l'autre, cet Etat sait que le double messianisme des Etats-Unis et de Jérusalem court vers un monde multipolaire ; cet Etat sait que Berlin est entré dans son avenir aux côtés de la Russie, de la Chine, de l'Inde et de l'Iran ; cet Etat sait que les Germains n'aideront la France et l'Europe à terrasser les messies associés d'Israël et du Nouveau Monde qui les menacent que si le pays de Goethe, de Schiller et de Kant conquiert tout son poids face à la francophonie et à l'universalisme cartésien qui la soutient.

Mais si le messianisme territorial d'Israël n'est donc plus à l'échelle de la problématique réelle qui commande l'histoire, la nation victorieuse des idoles de bois, de pierre ou d'airain, retrouvera-t-elle son autre vocation messianique, celle de conquérir l'empire de l'universalité de la pensée ? Il y a deux messianismes : celui des Alexandre ou des Gengis Khan et celui des prophètes d'Israël, qui ont enseigné aux évadés du camp de concentration de la zoologie que l'esprit n'est ni dans le bois, ni dans la pierre, ni dans l'airain et que le seul apartheid digne de l'homme est celui des solitaires que la compagnie de leurs congénères plonge dans les hautes solitudes.

Comment le ministère des affaires étrangères de la France négligerait-il les responsabilités d'une politologie réellement scientifique si cet enfantement-là est devenu l'enjeu fondamental de la géopolitique et si un Etat privé de connaissance rationnelle du messianisme humain est un Titanic? Le monde entier attend la naissance d'une éthique des civilisations. Puisse la gauche pensante de demain, tracer le chemin d'une diplomatie fondée sur la connaissance anthropologique de l'histoire et de la politique.

le 11 janvier 2007