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LA FRANCE DANS LE MONDE DE DEMAIN
Lettres ouvertes à Jack Lang

Ière Partie : La France de gauche et la nation

 

II ème Partie : Psychophysiologie comparée de la ségrégation et du camp de concentration

III ème Partie : Une dramaturgie théo-biologique de l'histoire

Depuis la Renaissance, le genre humain s'était essayé à reconquérir progressivement le rang d' "animal rationnel " que l'antiquité lui avait tardivement accordé. Cette tentative de se libérer des ténèbres du Moyen-Age avait conduit l'Europe au siècle des Lumières , lequel avait cru éclairer à jamais l'histoire et la politique aux feux d'une raison divisée entre le flambeau de Voltaire et celui de Rousseau.

Le lecteur de ce site sait que, depuis le11 septembre 2001 , j'essaie d'approfondir la problématique et la méthodologie de la science politique , donc de la connaissance de l'histoire à l'aide d'une raison un peu moins superficiellement informée du fonctionnement psychobiologique d'une espèce viscéralement onirique , ce qui exige un approfondissement de nos sciences humaines; car celles-ci , qui ne sont encore ni à l'écoute , ni à la recherche de la triple postérité de Darwin , de Freud et d'Einstein.

Mais la guerre que je fais à une raison qui ne s'est désenchaînée du sacré que pour tomber dans la légèreté se heurte désormais au tabou qui interdit toute interprétation rationnelle du destin temporel et " biblique " d'Israël. Il devient impossible d'ignorer plus longtemps cette tragédie à l'heure où l'Europe monte la garde à la frontière entre l'Etat hébreu et le Liban aux côtés de la Russie et de la Chine, à l'heure où le déluge de bombes déversé en juillet dernier sur ce pays ami de la France soulève la question de l'origine et de la nature de l'expansion continue des colonies juives en Cisjordanie, à l'heure où la réponse à ces énigmes se situe au cœur de l'histoire du monde , à l'heure où l'effondrement militaire et politique continu des Etats-Unis a rendu irréversible la naissance d'un monde multipolaire, à l'heure, enfin, où Israël a plus besoin que jamais du monde unipolaire dans lequel il trouve l'appui d'un Etat non moins messianique que lui-même, ne serait-ce qu'au titre de protecteur et de garant d'une expansion territoriale menée en violation du droit international.

1 - Shakespeare aujourd'hui
2 - Il n'était jamais arrivé…
3 - Un Etat mythique
4 - Le droit international et l'éthique
5 - Une aporie anthropologique
6 - Les protocoles de cour du droit de la guerre
7 - Le " privilège de tuer "
8 - Le délit de candeur
9 - Qu'est-ce qu'un diplomate ?
10 - La connaissance anthropologique des religions et la science politique
11 - Sous l'œil des barbares
12 - Qui écrit l'histoire de la France ?
13 - Un Munich mondial des démocraties

1 - Shakespeare aujourd'hui

Monsieur le Ministre,


Qu'en serait-il du rayonnement culturel et de la lucidité, donc de la fermeté politique de la France de demain si votre combat de conseiller diplomatique de Mme Ségolène Royal devait vous conduire au Quai d'Orsay ? Vos compétences dans le royaume de l'esprit sont également de nature à sceller une alliance nouvelle et nécessaire, mais combien difficile, de la raison politique avec les responsabilités mondiales d'une future Europe de la pensée. Il nous faut donc chercher la balance à peser les poids respectifs de l'action et de la réflexion critique, puisque ce pacte fondera la science diplomatique de demain.

Certes, notre politologie se veut l'héritière du siècle des lumières et de la victoire de l'intelligence sur l'obscurantisme religieux de l'époque. Mais les concepts les plus universels sont-ils demeurés les flambeaux de la politique de la France ou bien le devoir d'un Etat moderne est-il désormais de descendre dans les profondeurs de l'esprit des peuples et des nations, ce qui exige une connaissance anthropologique de leur identité la plus secrète ? Comment conduire la politique étrangère d'un Etat dont la vocation demeure planétaire si notre science historique passe au large de la postérité politique de Montaigne et de Montesquieu, faute que nous pénétrions dans les arcanes psychiques et politiques d'un siècle qu'illustre l'expansion territoriale et messianique d'Israël au détriment de son voisin, le peuple palestinien ?

Une politologie qui ne connaîtrait pas suffisamment l'encéphale onirique de notre espèce pour se raconter la guerre des dieux et notamment la victoire des armées d'Allah sur celles de Jahvé il y a quelque quatorze siècles aura grand besoin d'un Ministre des affaires étrangères tel que vous, qui lisez régulièrement Homère et qui connaissez si bien l'Iliade et l'Odyssée que la guerre entre les ciels que le monde se partage vous a livré quelques clés précieuses de l'histoire secrète de la politique. Mais si, de nos jours, les guerres qui déchirent nos derniers Olympe renouent avec celles qui dévastaient les cerveaux et les âmes de nos ancêtres , quels exploits pouvons-nous attendre du conceptualisme superficiel de la raison française dans la région la plus tumultueuse du globe? Comment coulerons-nous notre connaissance voltairienne des peuples dans le creuset d'une seconde Renaissance si nous ne prenons la mesure de la tragédie de Shakespeare qui va se dérouler d'acte en acte sous nos yeux?

Quel drame à l'échelle de la planète l'âge démocratique de la politique n'aurait-il pas inspiré au génie de Shakespeare ! Sans doute l'auteur de Macbeth , du Roi Lear , de Coriolan se serait-il fait un spectacle du renversement du trône de son propre fils par un père épouvanté de ce que le suffrage universel avait mis le sceptre de l'empire du monde entre les mains d'un idiot de village. Quel théâtre que celui d'une République livrée à des intrigues de cour et à des factions d'un type inconnu de la Rome antique ! Seul vous avez eu le courage de dénoncer publiquement la faiblesse d'esprit du héros principal de la pièce, seul vous avez dressé le portrait du fantoche qui fait de l'histoire de la planète une gigantesque épopée de la folie. Voyons donc à quelle profondeur votre connaissance anthropologique du théâtre de Shakespeare conduit la réflexion sur la politique internationale .

Les Français vous savent gré d'avoir tenté de perpétuer l'éclat culturel de la nation de Molière et de Descartes sur la scène internationale. Quelle personnalité plus représentative de la France de l'âme et de l'intelligence qu'un civilisateur de la politique dont la connaissance de l'histoire s'est forgée à la double école des savoirs et des arts ?

2 - Il n'était jamais arrivé…

Si notre humanisme au petit pied nous interdit encore de radiographier l'encéphale des Etats, des peuples et des nations, donc d'accéder à une politologie qui répondrait aux défis que nous lance l'histoire de ce siècle , ne dois-je pas commencer par vous demander ce que vous ferez au nom de la France de toujours, celle des Talleyrand et des Vergennes , mais également celle des Clemenceau et des Jaurès si vous étiez appelé à exercer les responsabilités du Ministre des affaires étrangères de la République à l'heure où les mythes religieux ont repris possession de la terre et où nos philosophes et nos anthropologues ignorent encore pourquoi et comment le cerveau infirme de notre espèce sécrète depuis des millénaires des dieux tantôt exténués, tantôt armés jusqu'aux dents ?

Vous savez qu'il existe des espèces animales composées d'individus, tels les aigles et les lions , d'autres exclusivement grégaires, tel le loup et de nombreux insectes, d'autres composés de couples, mais qui se rassemblent chaque année pour une grande aventure collective, telles les hirondelles, qui changent de continent à tire d'aile à l'approche de l'hiver. Mais seule l'espèce trans-zoologique à laquelle nous appartenons fuit son isolement d'une manière démente; car l'homme souffre à ce point de sa solitude que, voyant une étendue inhabitée s'étendre sans fin sous son regard, il y cherche des congénères dignes de son propre esprit et en vient à peupler le vide d'acteurs dont il se représente si fort la taille et les aptitudes qu'il a longtemps entretenu avec eux des relations bien calculées . Mais la boîte osseuse de notre espèce se trouvant soumise à un accroissement constant de son volume , nous n'avons pas tardé à découvrir que les personnages invisibles auxquels nous exprimions notre vénération étaient nés de notre seule imagination et nous avons décidé de nous fournir un seul partenaire et protecteur que nous avons privé de chair et d'os afin de le diviser plus facilement entre trois personnages, au gré de nos climats et de nos tempéraments, qui diffèrent grandement d'un territoire à l'autre sur notre astéroïde . Mais nous n'avons pas réussi pour autant à terrasser notre isolement cérébral . Depuis quelques siècles, le cubage de notre crâne n'a cessé d'augmenter ; aussi quelques-uns d'entre nous ont-ils découvert que notre idole partage avec nous notre incarcération dans le cosmos. Depuis lors, nous l'observons comme un animal condamné à combattre en vain l'infini et le vide dans lesquels il cherche à son tour un interlocuteur de son emprisonnement.

Puisque nous savons maintenant que notre solitude diffère grandement de celle des lions, des aigles, des hirondelles ou des fourmis, ne pensez-vous pas qu'il serait irréaliste, pour notre espèce, de persévérer à se cacher que Jahvé et la créature qui lui sert d'alter ego sur notre terre posent à la science historique un problème politique dont le monde des songes ne présente aucun exemple ? Il n'était jamais arrivé aux malheureux vivants qui ne se sont évadés de la zoologie que par la porte grande ouverte de la folie qu'une portion tenace d'entre eux fût chassée de sa terre, il n'était jamais arrivé qu'elle errât aux côtés de sa geôle cérébrale pendant deux millénaires, il n'était jamais arrivé qu'elle y conservât sa langue, ses autels et ses rites d'une génération à la suivante au sein de tous les autres occupants de la terre, il n'était jamais arrivé qu'elle préservât son identité onirique au point d'être demeurée une nation étrangère sur toute la surface du globe , il n'était jamais arrivé que sa divinité lui servît de sceptre et de bouclier au point qu'après la dernière persécution qu'elle a subie , la plus cruelles de toutes, sa spécificité fût enfin reconnue de tous les peuples du monde et qu'on la transportât, avec tous ses emblèmes et ses Ecritures, sur le sol qu'elle avait quitté vingt siècles auparavant ; il n'était jamais arrivé qu'un concert universel des Etats fût habilité à la ressusciter de ses cendres; il n'était jamais arrivé qu'elle secouât la poussière de ses souliers et reprît d'un pas vaillant sa marche de conquérante parmi ses congénères.

Voilà assurément un héros de Shakespeare que personne n'avait rencontré sur les terrasses d'Elseneur de la mémoire de nos nations, voilà assurément un spectre qui posera au Ministère des affaires étrangères de la France de demain et à ceux de tous les autres peuples piétinants sur notre planète un problème politique aussi difficile à résoudre que la quadrature du cercle : celui de savoir comment faire monter sur les planches du théâtre qui s'appelle l'histoire un personnage arraché en chair et en os à l'illustre mausolée qu'il était à lui-même devenu.

3 - Un Etat mythique

Comme vous le savez , la décision du 29 novembre 1947 des Nations Unies de libérer un Etat de son sépulcre et de le lancer tout vivant et respirant dans l'arène internationale où Clio sera censée l'accueillir à bras ouverts avait pris la forme d'une simple " recommandation " , donc d'un acte qu'on avait tenu à grand tort pour juridiquement valide, puisqu'il se trouvait dépourvu ab ovo du caractère obligatoire sans lequel nulle législation ne saurait logiquement se prévaloir de la cohérence interne qui élève le droit au rang d'une science depuis la loi romaine dite des douze tables. Mais pourquoi n'existe-t-il aucune autorité en ce bas monde qui jouisse des prérogatives et apanages de créer un Etat ex nihilo , pourquoi ne se trouve-t-il aucun sceptre dans le temporel pour prononcer le fiat lux d'une nation, pourquoi tous les jurisconsultes savent-ils qu'aucun motu proprio terrestre ne légitime l'existence d'Israël dans le ciel du droit international et qu'il s'agit donc d'un Etat aussi fictif qu'un personnage de Shakespeare ? Israël jouirait-il donc du statut d'Hamlet ou du roi Lear ?

Nenni : l'identité fantomatique d'Israël ne se situe pas dans l'histoire shakespearienne, ou cervantesque ou homérique ou moliéresque du monde , et cela pour le motif que les personnages physiques ne peuvent naître que sur le modèle théologique de la Genèse, dont la logique interne exclut que la légitimation fondatrice de l'existence d'aucune créature soit incluse dans l'autorité que sa propre nature exercerait sur son géniteur mythique. C'est pourquoi les Eglises échouent à fonder la création sur la logique d'Aristote , c'est pourquoi, depuis deux mille ans , elles tentent en vain de prouver l'existence de leur divinité à l'aide d'arguments dont la rationalité aurait précédé celle du démiurge dont elles se réclament. Israël est donc un personnage mythologique par nature, comme toutes les nations, de sorte que seule une autorité démiurgique à son tour peut l'enfanter . Si le droit était un personnage théologique, les Nations Unies auraient proclamé leur décision souveraine de créer Israël tout d'un pièce; et elles auraient ajouté: " Nous avons vu que notre œuvre était bonne ". Malheureusement, le droit se fonde seulement sur sa propre problématique, le droit ne dit que le droit. Sa logique interne est aussi impuissante que celle d'Aristote de créer des personnages en chair et en os.

4 - Le droit international et l'éthique

C'est pourquoi les juristes se voient contraints de frapper à la porte du mythe afin de fonder, en dernier ressort, leur autorité sur celle des évangiles, lesquels ressortissent à la littérature fantastique, ce qui les rend seulement swiftiens, balzaciens ou, obstinément Shakespeariens ; et c'est pourquoi les victoires de la force empruntent les vêtements littéraires ou théologiques de la sacralisation du temps de l'histoire; et c'est pourquoi le glaive triomphe de la justice en vertu des pactes éternels que les idoles concluent avec le sang payant de leurs fidèles. Mais pour que les prodiges de leur sainteté s'accomplissent sous le sceptre de leur durée, il faut que les vaincus aient été mis définitivement mis hors de combat, donc que le sceptre du silence règne sur les carnages. Si la voix des morts n'a pas été étouffée ou éteinte, la capitulation des volés et la glorification de leur voleur demeure nulle et non avenue, tellement l'éthique simiohumaine et sa sublimation religieuse ne s'accordent comme larrons en foire que si la lucidité et le courage ont pourri avec les cadavres .

Vous voyez, Monsieur le Ministre, combien la rencontre en votre personne des enseignements de la culture et de ceux l'éducation nationale nous conduit à l'apprentissage des lois de l'extermination et de la survie des nations. Votre vocation diplomatique y trouvera l'exemplarité la plus hautement civilisatrice , puisque vous incarnerez non seulement les droits de la France de l'esprit dans la politique mondiale , mais ceux de l'éthique qui pilote le pacte multiséculaire que la nation des droits de l'homme a conclu avec l'esprit de justice. Vous voyez également combien les principes de la démocratie planétaire que nous avons fondée sur la sainte trinité de la liberté, de l'égalité et de la fraternité ont pris rendez-vous avec le génie de Shakespeare , tellement l'auteur tragique que vous admirez n'a jamais seulement tenté de faire monter sur les planches la logique cartésienne du personnage qu'on appelle un Etat démocratique. C'est qu'il n'a pas eu l'heur de rencontrer l'occasion de mettre en scène le Hamlet de l'histoire de la planète que l'on appelle le droit international. Qu'en est-il de cet Adam chancelant entre les droits du glaive et ceux de l'esprit ? Est-il éploré ou rageur sous les lambris du Quai d'Orsay ou parade-t-il au grand jour de la cécité et de la sottise du monde?

5 - Une aporie anthropologique


La France vaincue attendra-t-elle à Canossa et les pieds dans la neige qu'Israël lui accorde sa bénédiction ? Notre Jeanne d'Arc de la gauche était partie d'un si bon pas sur les chemins de l'éthique politique de la nation qu'elle semblait connaître comme personne l'histoire et l'esprit des peuples et des Etats civilisés de l'Europe. Pouvez-vous nous confirmer la profondeur et l'étendue de la vision politique de cette candidate? Sait-elle qu'il est trop tard pour jamais fonder un véritable Etat palestinien, parce que, depuis le renversement du roi Lear américain, en 1992, Israël a réussi à implanter quelque cinq cent mille colons de plus dans la partie conquise de Jérusalem et en Cisjordanie, qu'il appelle la Judée et la Samarie, et qu'il sera bien impossible de jamais ramener aux frontière de 1967 un Etat certes fictif en droit, mais aussi réel dans l'ordre biblique que Lady Macbeth dans l'ordre Shakespearien?

Mme Ségolène Royal sait-elle qu'une nation est un personnage théologique aussi éternel que tenace et que ses fils étendent de génération en génération son territoire natal ? Sait-elle que, de leur côté, les Palestiniens combattront sans relâche dans un monde où l'ubiquité de l'image et de la voix interdit désormais aux vainqueurs de faire triompher le droit du plus fort et de le faire cautionner dans l'éternité à l'école de la légende et du mythe? Sait-elle que les annonciateurs d'un fédéralisme qui réunirait deux Etats sémites harmonieusement confondus par delà le fer et le feu sont les conteurs des Mille et une Nuits de la politique ? Sait-elle que la politologie aveugle des démocraties messianiques est à celle de demain ce que la phlogistique était à la chimie de Lavoisier ?

6 - Les protocoles de cour du droit de la guerre

Monsieur le Ministre,
Eclairerez-vous la France et les Français sur l'avenir onirique du pays de la raison dans le monde ? Beaucoup de mes lecteurs sont tellement cartésiens qu'ils s'étonnent de ce que Mme Ségolène Royal se soit rendue au Liban en candidate officielle du parti socialiste à la présidence de la République, donc au titre de représentante ès qualités des valeurs de toute la gauche intellectuelle et politique de la France et qu'elle y ait découvert un Liban encore tout fumant sous les bombes que son agresseur israélien y avait déversées en juillet dernier, mais qu'elle ne se soit jamais présentée en porte-parole d'une condamnation, tant politique que morale, d'une offensive militaire que le droit international condamne depuis quatre décennies comme " disproportionné " ? Comment se fait-il qu'elle n'ait pas prononcé un seul mot de compassion pour une nation victime d'un crime de guerre et amie de la France? Juge-t-elle la frontière que tracent les juristes entre les bombardements massifs et le génocide entre trop floue pour se prononcer, ou bien estime-t-elle que la question demeurera difficile à traiter aussi longtemps que l'Allemagne occupée par l'OTAN se gardera bien de trancher de la nature du bombardement de Dresde au phosphore dans la nuit du 13 au 14 février 1945 ?

Si la gauche entend donner à la diplomatie française la hauteur de vues dont l'histoire enseigne qu'elle va toujours de pair avec une haute exigence de l'éthique, donc avec la notion même de civilisation, écoutera-t-elle la voix du droit international demander à son miroir si elle est la plus belle? Le miroir lui dira que l'assaillant doit faire valoir une motivation guerrière légitime dans son ordre, donc accréditer l'argument selon lequel son propre territoire se trouverait en danger. Il est en outre recommandé à l'agresseur innocent de déclarer la guerre en bonne et due forme au pays coupable qu'il entend envahir. S'il prétend soumettre l'ennemi à des bombardements punitifs anticipés, il doit formuler par écrit et par la voie diplomatique un grief non point mythologique ou théologique, mais rationnel, afin d'en proclamer d'avance responsable l'adversaire qu'il ambitionne de soumettre à un beau carnage sur le champ de bataille. D'aucuns jugent inutiles les bonnes manières dont la conscience universelle revêt la sainteté du droit de la guerre ; et pourtant, même la Russie soviétique respectait les dentelles pieuses des protocoles, parce qu'il vaut mieux, aux yeux des futurs mémorialistes des hécatombes, avoir sauvé les apparences d'une éthique des massacres , donc avoir respecté les usages et les masques de l'honneur militaire que de s'être rué comme un aveugle et un fou sur une proie trop minuscule pour couronner le triomphateur de la gloire d'avoir entassé des cadavres de damnés par monceaux. Ne dit-on pas que l'hypocrisie est un hommage que le vice rend à la vertu ?

Certes, Staline avait attaqué la Pologne en sourd-muet à l'Est et Hitler ne s'était pas montré plus loquace à l'Ouest. Mais le Kremlin avait pris le plus grand soin de déclarer dans les formes requises la guerre à la Finlande. Il est vrai qu'elle était redoutable , la menace que cette nation représentait pour deux cent millions de citoyens évangélisés par Karl Marx et proclamés responsables du salut de l'univers. Le traité des dévotions internationales relève également que, sous Donald Reagan, les Etats-Unis étaient intervenus pour assurer leur salut face aux armées du Nicaragua, dont l'attaque menaçait d'anéantir le Nouveau Monde en moins de temps qu'il ne faut pour le dire. Mais Israël n'a fait valoir aucun motif pour légitimer le bombardement à grande échelle des populations civiles au Liban et pour laisser derrière lui des milliers de mines et de sous-munitions qui feront encore gonfler la liste des trépassés pendant des années. Les héros bibliques batailleraient-il dans l'histoire sur un autre modèle que les héros littéraires ?

7 - Le " privilège de tuer "

Si vous étiez appelé à exercer les responsabilités politiques et culturelles du Ministre des affaires étrangères d'une France qui réconcilierait la diplomatie mondiale avec l'éthique et si votre destin vous appelait à incarner autant que faire se pourra l'alliance des droits de l'esprit avec la logique de l'action, vous feriez également débarquer un universalisme nouveau dans l'arène des nations, tellement il est devenu supérieurement réaliste de situer le destin des cœurs et des intelligences au centre de la véritable histoire du monde.

En vérité, cet enjeu est devenu focal depuis que le combat contre les totalitarismes est devenu l'âme même de la diplomatie mondiale, et cela au point qu'une démocratie qui ne combattrait pas la tyrannie disqualifierait les fondements mêmes de la notion de légitimité , ce qui ne manquerait pas, n'est-il pas vrai, de la mettre hors jeu sur la scène internationale . Aussi, les Français sont-ils inquiets du tour que prendrait la politique extérieure de la gauche si l'image de l'asservissement de la France aux vues totalitaires des Etats-Unis et d'Israël, qui a été si cruellement présentée à la face du monde entier à l'occasion du voyage de Mme Ségolène Royal au Moyen-Orient, devait se confirmer pour le motif que vos bons conseils n'auraient pas été suivis. Mais le pays se montre plus inquiet encore de l'aggravation pathétique de l'assujettissement de la politique étrangère de l'Europe aux intérêts communs de Washington et de Jérusalem qui résulterait de la docilité de la France à se plier aux directives impérieuses que le CRIF semble être parvenu à imposer quasi manu militari à la candidate socialiste .

La crudité de cette démonstration d'allégeance a été telle que votre autorité politique et morale ne pourra qu'en sortir renforcée . Pour prendre la mesure de la perte spectaculaire, mais que nous espérons momentanée, du prestige diplomatique de la France qui en est résulté, vous rappellerez sûrement à notre candidate que, dès le 26 juillet 2006, seize organisations accréditées auprès de l'ONU dont L'Association américaine de juristes (AAJ) , l'Association internationale des Juristes Démocrates (AIJD), le Centre Europe-TiersMonde (CETIM), la Ligue internationale pour les droits et la libération des peuples (LIDLIP), Womens's international League for Peace ans Freedom (WILPF), Universal Human Rights Network, apostrophaient tous les Etats de la planète pour leur demander d'intervenir d'extrême urgence auprès du Conseil des droits de l'homme des Nations Unies afin qu'il tienne une session extraordinaire : il s'agissait, disaient-ils, d'examiner, toutes affaires cessantes, les violations intolérables des droits de l'homme et du droit de la guerre dont l'Etat d'Israël se rendait coupable au Liban. Vous savez que ces organisations ont également souligné avec toute la fermeté que requérait une situation désespérée " l'échec de la communauté internationale à traiter Israël comme n'importe quel Etat belligérant, alors qu'aucune nation ne devrait bénéficier du privilège de tuer". Ces mots terribles entreront dans l'histoire : a-t-on jamais vu un Etat et une nation cités à comparaître devant le tribunal de la conscience universelle pour se voir signifier à la barre que le " privilège de tuer " n'est pas un " bénéfice " politique acceptable ?

Mais l'itinéraire que Mme Ségolène Royal a suivi au Moyen Orient fournit à la politologie scientifique de demain, donc aux futurs radiographes de l'encéphale schizoïde de notre espèce un document anthropologique d'une grande portée diplomatique, et qui nous aidera à prendre la mesure du problème psychobiologique que la démocratie internationale actuelle pose à un Shakespeare d'aujourd'hui. J'en évoquerai plus loin les développements les plus heuristiques à la lumière des conclusions de la commission Baker, puisque celles-ci témoignent à ce point de l'universalité des problèmes que l'éthique pose désormais à la politique qu'elle a été composée de démocrates et de républicains effarés et proches du sauve-qui-peut . C'est dire également que les relations de la France avec Israël se réfléchissent d'ores et déjà dans le miroir shakespearien, donc planétaire, qui les éclairait en profondeur depuis longtemps.

8 - Le délit de candeur

Il était logique que Mme Ségolène Royal se rendît en tout premier lieu auprès de la Finul et qu'elle y fût reçue par le général Pellegrini en personne, afin de rappeler au monde entier que la politique étrangère de la France n'est pas l'affaire des partis ; il n'était pas moins rationnel et loyal que la candidate promît à la nation et à l'Etat de demander à Israël la cessation immédiate du survol systématique , en piqué et à basse altitude, des troupes française par des chasseurs-bombardiers de l'armée de l'air de l'Etat hébreu. Il était également normal qu'elle s'entretînt avec les députés de la Commission des affaires étrangères du Liban, dont M. Ali Ammar, qui lui ont rappelé dans les termes suivants les horreurs de la guerre dont les populations civiles de ce pays avaient été les victimes trois mois auparavant. "Le nazisme qui a versé notre sang et qui bafoué notre indépendance et notre souveraineté n'est pas moins mauvais que le nazisme qui a occupé la France". Quant à la foi infantile de ces parlementaires, qui pensaient que l'ONU incarnait l'éthique du monde civilisé, comment leur en vouloir de leur naïveté ? Les démocraties ne forment pas des hommes d'Etat initiés à la logique interne des empires, mais des enfants de chœur de l'histoire et de la politique.

Pour une nouvelle Renaissance, Abrégé d'un manuel de formation politique des chefs d'Etat européens, 16 décembre 2006

Les parlementaires libanais ont donc cru bon de rappeler à la candidate du parti socialiste que des familles entières avaient été brûlées vives dans leurs voitures ou sous les décombres de leurs maisons ; et leur naïveté diplomatique leur a fait croire qu'il était utile de redire très fort qu'Israël recourait à des armes interdites par le droit international et par la communauté des nations civilisées , telles les bombes à l'uranium appauvri, à fragmentation, au phosphore, à implosion. Puis les parlementaires-enfants ont remis innocemment en mémoire à Mme Ségolène Royal la Convention de Genève relative à la protection des personnes civiles en temps de guerre du 12 août 1949 (articles 16, 17, 21 et 22), le premier Protocole additionnel aux Conventions de Genève relatif à la protection des victimes des conflits armés internationaux du 8 juin 1977 (articles 35, 48, 54 et 56), la Convention de La Haye concernant les lois et coutumes de guerre sur terre du 18 octobre 1907 (article 22, 25 et 27), la Convention pour la protection du patrimoine culturel en cas de conflit armé de 1954 et la Convention pour la prévention et la répression du crime de génocide de 1948, qui interdit les attaques contre les civils en temps de guerre.

9 - Qu'est-ce qu'un diplomate ?

Ne pensez-vous pas que la candidate du parti socialiste ayant accepté d'être reçue quasi officiellement par notre ambassade à Beyrouth, elle avait le devoir soit de rappeler l'accord de tous les Français sur la politique humanitaire de la vraie France, celle des droits de l'homme et de l'esprit de justice, soit de s'en démarquer, ce qui l'aurait mise en contradiction avec l'éthique de son propre parti, dont M. Hollande venait d'apporter le soutien au Président de la République ? Quand la politique fait entendre la voix de l'éthique du monde , quand elle se révèle l'arme de la civilisation et le rempart contre la barbarie, il n'y a qu'une seule France .

Dans ces conditions, il y a lieu de déplorer la candeur des futurs serviteurs de la nation que l'ENA n'initie en rien aux arcanes de la politique étrangère. Il est vrai que cette discipline exige non seulement des années d'étude de l'histoire, mais un tour d'esprit porté à l'approfondissement de la connaissance du genre humain à l'école des Chamfort, des La Rochefoucault, des Tacite et des Pascal, mais aussi des prophètes d'Israël ; car la réflexion sur l'inconscient qui pilote la psychophysiologie des Etats exige une exploration anthropologique du "Connais-toi". Un diplomate est un homme d'Etat dont le génie propre est de radiographier les acteurs singuliers qu'on appelle des peuples, des nations, des Etats.

Ces personnages sont-ils balzaciens ou shakespeariens, swiftiens ou cervantesques, homériques ou bibliques ? Pour l'apprendre, il faut observer comment ils flottent dans les airs ou rampent sur le sol. Il est indubitable qu'ils vivent, respirent et se déplacent à mi-hauteur. Si tous les Etats vagabondent ou se promènent dans la " moyenne région de l'air ", comme disait Cartésius , ils sont tous bibliques à leur manière, donc tous schizoïdes par nature. Du coup, la réflexion sur la nature des vocations diplomatiques prend toute sa portée culturelle, parce que seule la méditation intellectuelle nous éclairera sur les diverses catégories d'évadés de la zoologie.

Lettres philosophiques à un jeune anthropologue , 1er septembre 2006
- Esquisse d'une histoire du cerveau humain
- Qu'est-ce que l'homme?
- Le mythe de l'Eden

C'est dire également que le regard des grands hommes d'Etat sur notre espèce est si peu connu qu'il en appelle quasiment à la contemplation et que l'apprentissage des rouages de l'administration n'y vaut rien . Si vous placez sous la lentille du microscope d'Isaïe , de Shakespeare ou de Cervantès les rares cerveaux de chefs d'Etat que la France a connus depuis la libération, vous remarquerez qu'aucun n'est issu de l'ENA, ni de Gaulle, ni Mitterrand, ni Pompidou, tandis que tous ceux qui ont été formés à cette école , Jospin, Giscard, et même le Chirac de 1995 ont témoigné de leur méconnaissance de la nature même des Etats.

10 - La connaissance anthropologique des religions et la science politique

Comment se fait-il que Mme Ségolène Royal ait radicalement changé de politique sur le chemin qui conduit de Beyrouth à Jérusalem ? Qui croira qu'elle aurait été prise au piège d'un parlementaire libanais qui aurait perfidement comparé l'invasion du Liban par l'armée de l'Etat hébreu à celle de la France de la troisième République par l'Allemagne de 1940, qui fut un modèle au chapitre du respect prussien des lois de la guerre et de l'honneur militaire, comme tous les historiens anglo-saxons le savent et l'écrivent depuis près soixante-dix ans ? Si Mme Ségolène Royal était historienne, elle saurait que le haut commandement de la Wehrmacht était encore largement composé d'aristocrates de l'ancienne école et que Siegfried était demeuré attentif à honorer son propre rang dans la haute noblesse guerrière de la nation germanique. Aussi la destruction d'Oradour par la célèbre division das Reich contrevenait-elle si honteusement au droit de la guerre concernant le statut des francs-tireurs - qu'on n'a appelé des résistants qu'à partir de 1945 - que le haut commandement allemand s'était senti déshonoré et avait tenté désespérément de sévir contre cette division plébéienne. Mais l'affaire était remontée jusqu'au tribunal de la roture, alors présidé par un homme du petit peuple. Ce goujat avait couvert de honte les derniers seigneurs de la guerre en absolvant les barbares.

Il faut savoir qu'on ne déshonore pas longtemps et impunément les Roland de Roncevaux des Germains. Ce fut un travail d'Hercule, pour Hitler, de faire plier la haute aristocratie militaire allemande, qui s'opposait à la guerre contre la Russie et qui ne releva la tête qu'avec l'attentat du 20 juillet 1944. Quant à l'antisémitisme, il était bien davantage enraciné dans la droite religieuse française, comme l'affaire Dreyfus en avait apporté la démonstration, qu'en Allemagne, où cette persécution est pratiquement née avec Hitler. Faut-il rappeler que les lois anti juives françaises ont été promulguées par le gouvernement de Vichy , qui était catholique avant tout et qui associait encore le patriotisme à l'alliance de la monarchie capétienne avec le pouvoir religieux romain, tandis qu'il n'y avait pas une once de théologie chrétienne chez Hitler , ce soldat humilié et rageur, qui s'indignait seulement de ce que la communauté juive d'Allemagne ne rêvait pas d'une revanche militaire sur la France.

L'antisémitisme était d'autant plus ignoré de l'Allemagne avant la première guerre mondiale que ce pays se trouve divisé depuis un demi millénaire entre les protestants et les catholiques, dont les théologies sont si radicalement incompatibles entre elles au chapitre focal de la définition du sacrifice , que tous les gouvernements des Germains s'attachent seulement à éviter une guerre de religion inexpiable entre les sorciers qui croient au prodige dit de la transsubstantiation du pain et du vin en chair et en sang d'un supplicié et les esprits relativement plus solides , qui croient, certes, à la rédemption de l'humanité par la grâce d'un gibet , mais qui ne jugent pas nécessaire de réitérer tous les jours le meurtre de l'autel à la messe. Quand il s'agit avant tout de juger de la faiblesse ou de la vigueur des encéphales, il est vain de se disputer sur le statut religieux de Jahvé.

Aussi Hitler lui-même enviait-il la France , qui avait réussi à éteindre cet incendie par la révocation de l'édit de Nantes, ce qui aurait permis à cette nation de s'offrir le luxe de se livrer à des controverses théologiques si elle n'avait pas jeté aux oubliettes la question vitale de la nature et des droits de la raison humaine, tandis que l'unité cérébrale tout artificielle de l'Allemagne aurait été d'autant plus sûrement brisée si la guerre des sacrifices avait à nouveau enflammé les autels que l'Allemagne de l'Est était allée jusqu'à renier Luther sur cette question et à adopter la rigueur cérébrale cartésienne de Calvin au chapitre du statut et de la nature de la victime du sacrifice.

Mais voyez combien la science historique est la clé de la psychologie religieuse des peuples, donc de la connaissance anthropologique des Etats. La France peut-elle tourner le dos à la science de la mémoire à seule fin de permettre à Israël d'effacer la guerre du Liban des tablettes de Clio?

11 - Sous l'œil des barbares

Cessons de jouer aux dés avec les gentils chroniqueurs et les mémorialistes méticuleux: ces honorables bénédictins de la science historique ne seront jamais les vrais inspirateurs de la politique étrangère de la France. Je suis convaincu que si vous deviez diriger la diplomatie française de la gauche dans le monde de demain, votre premier souci serait d'aider la science historique mondiale à approfondir la notion d'objectivité à laquelle elle travaille depuis Thucydide , et cela pour le simple motif que la planète a pris rendez-vous avec une politique internationale des démocraties citée à comparaître devant le tribunal de l'éthique.

C'est à ce titre que je me permets de vous demander à quelle école de l'histoire de l'esprit de justice Mme Ségolène Royal écrirait l'histoire de la France de la culture et de la pensée si le suffrage universel la portait à l'Elysée. Votre science des relations difficiles que les Etats entretiennent avec les victoires de l'intelligence philosophique aiderait la science diplomatique d'aujourd'hui à apprendre que les peuples vivent dans des mondes imaginaires et qu'ils sont tous mi-bibliques, mi-balzaciens, mi-shakespeariens, mi-cervantesques, de sorte qu'un homme d'action privé du regard d'une anthropologie et d'une philosophie des nations ne serait pas à la hauteur des responsabilités cérébrales auxquelles l'histoire de notre temps nous appelle .

L'imaginaire para-religieux dominant de la civilisation d'aujourd'hui est fondé sur l'alliance que la souveraineté des Etats est censée conclure avec la liberté civique. C'est pourquoi la politique commune aux Etats-Unis , à l'Angleterre , à Israël et à M. Mahmoud Abbas est d'obtenir du peuple palestinien qu'il revienne sur son vote du 25 janvier 2006 en échange de quelque nourriture et du déblocage provisoire des fonds bloqués en douane par Israël - et sans aucun engagement d'Israël sur le fond. Une démocratie fondée sur des représailles à l'égard du suffrage universel met la France devant le choix diplomatique d'aligner notre pays sur les Laval et les Quisling de la démocratie au Moyen Orient ou sur l'exemple de l'homme du 18 juin 1940. Jamais le monde ne s'est trouvé à ce point à la croisée des chemins du salut ou de la capitulation de l'éthique des démocraties, jamais la France ne s'était vue à ce point appelée à choisir entre une politique de la souveraineté de l'esprit ou de la vassalisation des peuples, jamais la diplomatie de la planète n'avait déplacé à ce point le centre de gravité de la politique et de l'éthique : car Israël contraint tous les Etats du globe à trancher entre la civilisation et la barbarie.

Encore une fois, M. le Ministre , je vous écris seulement en modeste théoricien des fondements anthropologiques de la science diplomatique mondiale , donc en canasson de Troie du prochain débarquement dans la politique internationale d'un humanisme un peu plus profond que le nôtre ; car c'est maintenant au tour de notre Molière d'élever la voix au cœur de la science historique, c'est au tour de l'auteur de Tartufe de s'introduire dans la radiographie de l'inconscient des Etats et de leur demander quels sont les fondements psychobiologiques du tartufisme, tellement les Etats-Unis d'Amérique, l'Angleterre, Israël et le Fatah se moquent d'Orgon et courtisent une Elvire qu'on appelle la démocratie . Croyez-vous, M. le Ministre , que notre culture privée de regard sur l'histoire et notre humanisme de servants de nos idéalités au couteau entre les dents sont de taille à radiographier l'espèce que les spectrographes qui s'appellent Shakespeare et Sophocle , Ezéchiel et Cervantès ont porté sur les fonts baptimaux de Darwin et de Freud ? Quel est le scanner de l'humanité que Molière appelait Tartuffe ? Si le simianthrope se situe entre ciel et terre depuis le paléolithique, Tartufe serait-il le caricaturiste des évadés de la zoologie?

Tel est le contexte intercontinental dans lequel il me faut interpréter le voyage de Mme Ségolène Royal au Moyen Orient . Vous savez que Jérusalem n'a recouru à aucun détour pour mettre le marché en mains à la candidate de la gauche française. Ou bien elle renonçait d'emblée à rencontrer le Hamas et mettait tout le poids de sa docilité dans la balance afin de retirer sa fiabilité morale au suffrage universel dans le monde entier ; ou bien elle consentait à légitimer le mur de Cisjordanie et renonçait sans barguigner à transmettre les protestations de la France contre le survols de nos forces au Liban. Dans le cas contraire, M. Olmert ne daignerait pas la recevoir, ce qui entraînerait sur l'heure la démonstration la plus éclatante de la puissance des relais radiophoniques et audiovisuels d'Israël sur notre territoire.

Déjà, et à titre de prélude de cette offensive mortelle, on avait entendu le coup de semonce du président du Conseil représentatif des institutions juives de France, dont le génie diplomatique était allé jusqu'à donner une leçon de patriotisme israélien au parti socialiste ; déjà ce grand homme avait pris la voix la plus onctueuse pour alléguer sur France-Inter que Mme Ségolène Royal portait le plus grand dommage à la politique de colombe de la France dans toute la région, puisque la mission de la FINUL se limitait, rappelait-il, à désarmer le Hezbollah au profit de l'Etat hébreu et à faire silence sur les horreurs de la guerre d'Israël au Liban. Puis l'association France-Israël avait poursuivi l'offensive sur un ton d'apitoiement non moins cauteleux ; et même Marianne n'avait osé dénoncer ce montage entre M. Sarkozy et le CRIF qu'en alléguant qu'il s'agissait seulement de "l'aile droite " dudit CRIF. Mais qui peut croire que le Président de ce puissant organisme, qui rassemble sous son autorité toutes les institutions de l'Etat hébreu sur le sol français, se serait exprimé sous la contrainte de l'aile droite de l'Etat dans l'Etat qu'il préside?

12 - Qui écrit l'histoire de la France ?

Les Français ont le droit de savoir comment le Quai d'Orsay de demain écrira l'histoire de l'alliance bancale de la France avec la démocratie mondiale. Puisque, depuis juillet 2006, tous les efforts diplomatiques de la nation des " droits de l'homme et du citoyen " n'ont eu d'autre finalité que de faire taire la voix des armes au Moyen Orient , puisque depuis six mois, le quai d'Orsay a combattu de toutes ses forces au Liban la volonté conjuguée d'Israël et des Etats-Unis de prolonger une guerre atroce, puisque, d'abord isolée dans ce combat titanesque, la France a échoué dans un premier temps à obtenir le retrait immédiat de l'envahisseur ; puisque M. Siniora s'est alors réveillé en sursaut pour supplier un instant avec des larmes dans les yeux les Etats arabes de le soutenir à l'ONU, puisque la France a alors obtenu satisfaction au point que Paris a réussi à convaincre le monde entier, y compris la Russie et la Chine , de venir monter la garde, l'arme au pied, à la frontière entre Israël et sa victime , comment expliquez-vous que Mme Ségolène Royal ait apporté à la face du monde la démonstration la plus éclatante de ce que les relais d'Israël sur notre territoire règnent sur les élections présidentielles de la France et y dictent leur loi?

Fallait-il étaler à tous les regards le spectacle de l'humiliation d'une candidate du parti de Jaurès et de Clemenceau contrainte de passer sous les fourches caudines de Jérusalem pour obtenir son intronisation dans la campagne électorale de 2007 ? Faut-il croire que seule l'autorisation préalable d'une puissance étrangère permettra à Mme Ségolène Royal de se présenter au suffrage de ses compatriotes, mais qu'elle a déjà perdu une grande partie de ses chances de l'emporter devant le peuple français sur une droite conduite la main dans la main par Nicolas Sarkozy et par le CRIF? Dans ce cas, la France disputerait la palme à l'Amérique dont Jimmy Carter a dit " que la grande " efficacité " et l'"énorme influence" de l'AIPAC [American Israel Public Affairs Committee] ont entraîné une "inhibition" des débats bien plus prégnante aux Etats-Unis que dans n'importe quel autre pays dans le monde " .

En Amérique, ajoute Jimmy Carter , " un quelconque débat, un quelconque éditorial quelque peu incisif dans les principaux journaux, est quasi totalement exclu". De plus " tout membre du Congrès qui désire se faire réélire se trouve quasiment dans l'impossibilité de dire qu'il adoptera une position équilibrée entre Israël et les Palestiniens ou qu'il insistera auprès d'Israël afin qu'il se retire à l'intérieur des frontières internationales ou encore qu'il s'attèlera à la protection des droits de l'homme palestinien - car s'il ouvre la bouche sur ces questions, il est pratiquement certain de ne pas être réélu ".

Faut-il d'ores et déjà placer la campagne électorale de Mme Ségolène Royal sous l'égide de " l'institut transatlantique " inauguré le 12 février 2006 au cours d'une soirée de gala à laquelle assistaient les plus hautes autorités du pays hôte et de l'Union Européenne : le Premier ministre et le ministre belge des Affaires étrangères, le responsable de l'ombre d'une politique extérieure du Vieux Monde, M.Javier Solana, ex-secrétaire général de l'OTAN, la ministre française des Affaires européennes, Marie-Noëlle Lenoir et les représentants de nombreuses organisations juives européennes ?

Il faut savoir que cet " institut " se donne pour but de " renforcer les relations de l'Europe avec l'Amérique et avec l'entité sioniste " et qu'il a été créé par l'American Jewish Comittee (AJC), la plus importante organisation juive américaine citée ci-dessus. Savez-vous qu'un sondage récent ayant établi qu'une majorité d'Européens estime la politique d'Israël dangereuse pour la paix dans le monde, le directeur exécutif de cet " institut " ajoute qu'il " était temps pour nous d'être présents là où sont prises les décisions européennes " et que selon son responsable des relations internationales, Jason Isaacson, l'institut se fixe trois " cibles " : la Commission européenne présidée par l'atlantiste Barroso, les médias et la Cour de La Haye, dont l'intrépidité était si grande qu'il venait de se saisir de la question du "mur de défense " dont Israël poursuit la construction avec la bénédiction de Mme Ségolène Royal ?

Les élections de 2007 feront-elles l'objet d'un concours entre les candidats pour l'obtention du sacre et de la bénédiction d'Israël ? Dans ce cas, il faut savoir que M. Sarkozy possède une avance irrattrapable sur la candidate de la gauche. Mais le peuple français est-il devenu si aveugle qu'il votera immanquablement pour le candidat qui aura obtenu les bonnes grâces de Jérusalem ? Vous savez que M. Messmer, ancien Premier Ministre et ancien Président de l'Institut et de la Fondation Charles de Gaulle, compagnon de la Libération et de multiples autres distinctions, déclare que les élites françaises sont démissionnaires depuis 1940 , mais que le peuple français se réveillera. Celui de la gauche montera-t-il sur les barricades pour secouer le joug de l'étranger ?

Après que Mme Ségolène Royal eut capitulé sur toute la ligne devant M. Olmert, après que M. le Président de la République eut été contraint de démentir les déclarations de la candidate et de protester, au nom de la France, auprès de la Ministre des Affaires étrangères d'Israël en visite à Paris contre les survols de la Finul par l'aviation de l'Etat hébreu, après que Mme Alliot-Marie eut décidé de passer le réveillon de fin d'année avec la FINUL, la question a-t-elle seulement été clairement posée de savoir si la politique française est une et indivisible ou si le candidat de la droite et celle de la gauche à la présidence de la République auraient convenu de plier le genou devant un Etat élu par le ciel ? Dans ce cas, qui écrit l'histoire réelle de la nation? Où passe la ligne de démarcation entre le monde réel et le songe dans l'imaginaire démocratique de la France ?

13 - Un Munich mondial des démocraties

Approfondissons ce débat autant que faire se pourra : vous savez que Mme Livni, Ministre des Affaires étrangères d'Israël est un colosse et que son énergie est à la hauteur de son ossature . Faut-il croire que ses six pieds et trois pouces auraient suffi à impressionner Mme Ségolène Royal ou bien nous faut-il méditer davantage sur le fait que la conduite de la politique extérieure de la France serait passée depuis belle lurette entre les mains de l'étranger, comme le soutiennent aux champs Elysées les ombres du Général et de ses plus fidèles compagnons ? Mais alors, faut-il attendre le débarquement dans la République des Lettres d'un nouveau Lucien de Samosate, qui nous dirait si le Quai d'Orsay actuel donnera le spectacle de la barque de Charon, dont l'auteur grec atteste que les réparations exigeaient plusieurs écrous et du fil pour recoudre les voiles? Si la nation devait aller à vau-l'eau jusqu'au mois de mai 2007 et si la gauche s'emparait du " timon des affaires ", comme disait de Gaulle, seriez-vous appelé à expliquer aux Français que, depuis plusieurs mois, la nation n'avait plus de politique étrangère capable de franchir le Léthé, parce que la gauche s'était alignée secrètement sur l'atlantisme à toute épreuve de M. Sarkozy ?

Mais vous ne laisserez pas réduire la France au rang d'un idiot de village. Le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes demeure, que je sache, une conquête politique tellement de gauche qu'on n'a jamais vu une démocratie s'offrir le luxe d'en abandonner le principe . Certes, M. Sarkozy a pu déclarer que le vote populaire serait désormais nul et non avenu et qu'il ferait l'objet de représailles internationales sitôt qu'il se voudrait contraire aux intérêts conjugués d'Israël et de Washington, ce qui permettra de le déclarer hitlérien ; certes, cette orthodoxie nouvelle a donné aux Etats-Unis l'espoir que la famine ne manquerait pas de faire rendre gorge au suffrage universel dans tout le Moyen Orient . Mais que fera la France s'il lui est expressément demandé de renier les principes de 1789 au nom du proverbe qui dit que ventre affamé n'a pas d'oreilles ? Que restera-t-il des idéaux de la démocratie dans le monde entier si la "conscience universelle " obtenait par la disette qu'un peuple votât pour l'abandon de sa terre ? Déjà M. Blair s'est précipité à Gaza pour mettre le marché entre les mains au peuple palestinien.

Soyons assurés que si ce Munich mondial des démocraties était signé par un nouveau Chamberlain et si la gauche y prêtait la main, non seulement le déshonneur de la France serait au rendez-vous de l'histoire de la planète pour des décennies, mais que, de surcroît, votre déclaration publique selon laquelle les Etats-Unis d'aujourd'hui sont conduits par un dément ferait de vous un Isaïe de la politique aux yeux de la postérité, parce que jamais, avant ce visionnaire des idoles, aucun prophète n'avait réussi à constituer la sottise religieuse en un document anthropologique .

Mais voyez combien la pièce que Shakespeare n'a pas écrite - celle du naufrage de la démocratie mondiale sous la conduite d'un Coriolan de notre temps - nous reconduit aux lois éternelles de l'histoire du courage. Si le sceptre de la liberté tombait en quenouille, la France sera-t-elle le roi d'Ithaque dont l'arc et les flèches seraient celles de la lucidité politique retrouvée ?

11 janvier 2007