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Lettres ouvertes à Mme Ségolène Royal sur

la vassalisation de l'Europe par l'empire américain

 

 

Première lettre

Où il est démontré qu'un continent placé sous le protectorat militaire de l'étranger n'est pas souverain ; que l'étude des peuples en cage est l'avenir de la science zoologique que le XXIe siècle illustrera la postérité simianthropologique de Darwin et de Freud.

Madame,
C'est un devoir de probité à votre égard de m'expliquer sur les raisons philosophiques de mon adhésion de principe à votre ambition d'accéder à la présidence de la République, parce que je suis sans doute le seul philosophicule post-darwinien et post-freudien dont la réflexion sur la politique repose sur un combat de simianthropologue , donc d'historien et d'analyste de l'évolution du cerveau de notre espèce.

- Révolution politique et révolution intellectuelle : La géopolitique aujourd'hui ; science historique et anthropologie ; le cerveau de la fourmi géante ; théologie de la fourmi; comment observer la raison de l'extérieur ; la Perse parle à l'Europe ; l'islam et nous ; émergence d'une éthique transzoologique, 27 juillet 2005

Cela mérite quelques explications introductives auxquelles il me faut procéder avec méthode.

La simianthropologie est une science critique. A ce titre, elle introduit une mutation radicale dans le décryptage de la politique simiohumaine: partant du principe que le genre dit humain souffrirait d'un statut contradictoire s'il se trouvait à la fois en évolution et d'ores et déjà parvenu au terme de son parcours, j'examine les comportements illogiques de l'encéphale actuel des semi évadés de la zoologie . Aussi les méthodes prospectives dont use de cette science rencontrent-elles aussitôt une difficulté épistémologique liée à la cohérence interne de sa problématique, parce qu'elle ne saurait disposer d'avance d'un modèle préformaté du cerveau dont elle espère disposer un jour et qu'elle ne qualifie, pour l'heure, d'humain que par l'effronterie d'un abus de langage. Comment vaincre l'outrecuidance de tenter de connaître par anticipation un organe transzoologique, sinon par l'apprentissage d'une échographie qui porterait sur les travaux préanthropologiques des spécialistes du passé et de l'avenir de notre boîte osseuse? On appelle philosophes ces détecteurs attentifs à découvrir les traits simiohumains des tentatives de leurs ancêtres de promouvoir notre cervelle à venir. Leur espoir sera-t-il toujours déçu ? Echoueront-ils de siècle en siècle à nous faire accoucher de la dignité et du rang d'un encéphale dont le mérite serait si grand que nous le qualifierions d'humain à bon droit ?

Vous avez compris que la simianthropologie est un nouveau-né impérieux, mais que cet embryon de messie sonne l'heure de la conversion de toute la philosophie occidentale à l'ironie socratique d'une anthropologie soupçonneuse. Ce nourrisson attend le débarquement de Swift et de Cervantès dans la discipline de la pesée de l'intelligence en couveuse rend infirme notre espèce. Mais, dès le berceau, les cris de cet enfant incommodent la science politique contemporaine, parce que celle-ci se voit condamnée à renouveler à la fois la méthode historique classique et les fondements des sciences de l'inconscient, puisque le cerveau simiohumain actuel ne saurait se trouver informé du statut semi animal qui le régit .

- A propos du film Da Vinci Code, L'anthropologie logique et la christologie transzoologique, Le génie prophétique en ses relations avec l'histoire, 1er juin 2006

Mais il y a plus : pour que l'Europe retrouve un jour sa souveraineté, il faut s'exercer, toutes affaires cessantes, à des analyses déjà transanimales des relations que le génie politique de l'avenir entretiendra avec la guerre des cerveaux qui conduit depuis longtemps notre civilisation et elle seule à des victoires proprement intellectuelles. C'est à ce titre que j'étudie les causes simiohumaines de soixante années d'une vassalisation diplomatique du Vieux Continent entrecoupée de tentatives avortées de briser ses chaînes. La simianthropologie souligne donc d'emblée qu'une Europe placée sous le protectorat politique et militaire d'une puissance étrangère n'a aucune chance de jamais retrouver la solitude , la responsabilité et l'angoisse d'une vie politique véritable, et cela d'autant moins que, depuis la chute du mur de Berlin, l'asservissement du Vieux Continent à des glaives importés du Nouveau Monde ne se fonde plus sur aucune motivation stratégique, ce qui fournit à la psychobiologie de la simiohumanité la documentation saisissante de dix-sept ans de vérification continue et raisonnée de la " servitude volontaire " du singe-homme européen. Il faut donc qu'une science du politique lancée sur les sentiers du cerveau transanimal prenne pleinement conscience de ce que la liberté des Etats et des nations ressemble à celle des individus en ce qu'elle n'est jamais acquise à titre définitif, même en temps de paix. Aussi tout Ministère des affaires étrangères digne de ce nom doit-il se concevoir en permanence comme un quartier général dont les plans de campagne ont mission de mener une guerre de conquête et de reconquête continuels de l'indépendance des peuples.

Vous trouverez donc naturel que j'aie pu croire qu'un Ministre des Affaires étrangères qui s'était brillamment illustré dans la véritable postérité du Général de Gaulle et qui avait momentanément permis à la France de revenir avec éclat sur la scène internationale à la suite du discours retentissant qu'il avait prononcé à l'ONU le 14 février 2003 , qu'un tel homme, dis-je, pouvait se montrer l'artisan de la résurrection d'une nation dont la pensée politique est tombée en léthargie. Mais je prévois, depuis quarante ans, l'heure où la gauche s'initiera à une véritable politique internationale, ce qui ne s'apprend pas à l'école des bergeries de Jean-Jacques Rousseau ou de Bernardin de Saint Pierre , mais à celle des Mazarin, des Richelieu et des Machiavel. Comme simianthropologue , je situe l'étude du cerveau politique actuel des évadés hémiplégiques de la zoologie sur le chemin d'une prospection de la véritable postérité scientifique de Darwin et de Freud , parce que, si les mots ont un sens, c'est par définition, comme je l'ai déjà dit, qu'une humanité en évolution se trouve en route ou en panne entre deux espèces ; mais c'est également par nature qu'une politique étrangère moderne n'est viable que si elle dispose d'une assise sociale solide.

C'est pourquoi j'avais mis sur mon site une analyse anthropologique de Le Requin et la mouette de Dominique de Villepin dans laquelle j'essayais, bien avant sa nomination à Matignon, de lui faire élire domicile sur le territoire de la méthode et de la problématique de la métazoologie politique .

- Dominique de Villepin et l'avenir intellectuel de l'Europe, à propos de Le Requin et la mouette (Albin Michel), 20 octobre 2004

Il faut donc que mes raisons de soutenir votre candidature à l'Elysée soient tellement irréfutables à mes yeux et si exclusivement fondées sur des raisonnements d'une rigueur égale, si possible, à ceux qui président à la démonstration des théorèmes de la géométrie d'Euclide qu'aucun doute ne puisse subsister sur la logique qui les commande. C'est dans cet esprit que je vais tenter de forger les anneaux de quelques propositions rationnelles dont les philosophes appellent l'enchaînement rigoureux ceux d'une dialectique.

Deuxième lettre

Où il est démontré qu'un Président de la République est né pour parler de la France aux Français ; qu'il est responsable de l'esprit et de l'âme de ses collaborateurs ; qu'une pensée politique tombée en léthargie a besoin de l'électrochoc d'une seconde Renaissance ; que toute renaissance est une révolution de la liberté ; que toute révolution de la liberté passe par une résurrection de l'intelligence.

Madame,
Pour qu'un Président de la République conquière l'autorité politique qui devra s'attacher à l'exercice de sa fonction au jour le jour - c'est-à-dire à sa capacité de s'armer d'une légitimité naturelle, évidente et éclatante sur la scène intérieure et internationale - il ne suffit pas qu'il impose d'emblée sa stature de chef d'Etat à ses auditoires; encore faut-il qu'il bénéficie, aux yeux des Français, d'un rayonnement de sa personnalité fondé sur le dialogue immédiat et naturel qu'il doit entretenir avec l'esprit de la nation.

Cette forme instinctive de la présence politique peut avoir été conquise à l'école et à l'épreuve de l'histoire heureuse ou tragique de la République, comme celle du Général de Gaulle, ou répondre au désir du peuple français de secouer le règne, mais non de perdre l'héritage d'un chef vieilli dans le rôle du père souverain, circonstances dont V. Giscard d'Estaing a bénéficié dans les premiers mois de son mandat , ou exprimer les vœux d'une population conduite à l'incandescence évangélique par les promesses d'un mythe politique, ce qui avait porté François Mitterrand au pouvoir en 1981 , ou combler l'attente d'une nation à la recherche d'un Président athlétique et d'une carrure militaire , comme ce fut le cas de J. Chirac toréant dans l'arène un mamamouchi au discours précieux. De toutes façons, dans une démocratie rendue viscéralement plébiscitaire, l' " image ", comme on dit maintenant , d'un Président de la République , est la clé de son autorité et de son prestige, donc de sa légitimité aux yeux de ses concitoyens.

Mariali

Peut-être M. Dominique de Villepin aurait-il pu conquérir le cœur des Français malgré le handicap d'une particule nobiliaire si sa véritable nature n'avait été révélée , non point par l'échec du CPE ou par une affaire Clearstream dont il semblait évident qu'elle était artificieuse, mais par un entourage mimétique et proliférant de marquis poudrés de l'Etat, dont la génération spontanée s'était propagée jusque dans les rouages inférieurs de l'Administration. L'esprit d'imitation du simianthrope étudié au XIXe siècle par Gabriel Tarde avait fait surgir de terre de microscopiques orants du sceptre de l'exécutif dont les légions avaient peuplé une République de petits rois de la bureaucratie. Dominique de Villepin était-il aussi peu responsable du lignage souffreteux de sa cour que Freud de l'averse de chirurgiens-dentistes des âmes qui s'étaient pris pour ses disciples ? Mais les Pygmées de l'inconscient tapis sous le tabernacle de la psychanalyse n'étaient que des thaumaturges à l'affût d'une science de l'inconscient enfumée des sortilèges de leur médiocrité, tandis que Dominique de Villepin ne pouvait bénéficier de l'innocence d'un saint Sébastien de la France, parce qu'un homme politique chargé d'une haute responsabilité dans l'Etat attire des collaborateurs qui lui ressemblent au plus intime de lui-même.

Comme dit le proverbe, " chassez le naturel, il revient au galop ". Cette fatalité est comparable à l'attraction qu'un aimant exerce sur la limaille de fer. Les flatteurs savent d'instinct qu'on ne se change pas. Aucun des centurions au petit pied qui se sont agglutinés au sceptre de Matignon ne s'y est trompé. J'ai étudié ces mouches à miel à partir d'un cas concret.

Peter Handke et la France, 1er juin 2006

Il faut se méfier des mousquetaires du pouvoir qui n'épointent jamais que la dague de leur minusculité. Si M. Dominique de Villepin devenait Président de la République, de puissantes légions de petits escrimeurs de l'Etat se changeraient en gardes du corps frémissants et leurs haies d'honneur se vanteraient de " servir la France ", comme ils diraient ; mais ils feraient de l'Etat un instrument d'autant plus couvert de leurs dorures et de leurs passementeries qu'ils se montreraient plus oublieux des principes qui fondent la démocratie et la République. Faut-il , pour autant, basculer dans la folie et passer avec armes et bagages au soutien de la candidature d'un Américain à la présidence de la République ?

Ce ne serait que passer d'un type de bretteurs à un autre . La France oscille depuis quatre siècles entre la superbe des gardes de M. le Cardinal et des cohortes de sans culottes passés à la flibuste. Entre ce Charybde et ce Scylla , la France a toujours nourri l'ambition de conserver ou de reconquérir son indépendance, même à l'époque où le parti de l'étranger se trouvait à Rome et nourrissait la foi de tous les chrétiens. Nicolas Sarkozy brûle d'une ambition ardente de se colleter avec son ombre et avec celle de la France, mais il lui manque l'esprit national et le patriotisme qui vont de pair avec la hauteur de vue et la profondeur du jugement politique. Qui peut l'imaginer dans la vocation du délivreur d'une Europe placée sous le joug de l'OTAN militaire depuis six décennies - celle dont la France s'est libérée en 1966 et à laquelle elle tente de rallier le Vieux Continent depuis quarante ans? Il y faut une sorte de " chevalier sans peur et sans reproche ".

 

Troisième lettre

Où l'on apprend à décrypter la théologie du pardon et de la repentance ; où l'on voit la simianthropologie faire débarquer la radiographie des mythes sacrés dans la politique internationale ; où l'on demande aux chefs d'Etat modernes de s'initier aux conquêtes du "Connais-toi" du XXIe siècle.

Madame,
Je suis convaincu que votre candidature présente des traits tellement inédits dans le paysage politique multiséculaire de la France que je m'interroge sur l'étendue de la révolution intellectuelle et morale dont elle est porteuse . Je dis " intellectuelle et morale " , parce que l'expérience de l'histoire enseigne que les révolutions de la raison déclenchent bien souvent des révolutions de l'éthique au sein des élites de l'action, tellement les conquêtes de la pensée logique peuvent modifier les mentalités et les attitudes des peuples et de leurs dirigeants. Or, le drame de la gauche et de la droite actuelles est celui d'un piétinement culturel qui leur est commun. Dans quelle mesure la connaissance rationnelle du simianthrope et de l'histoire de sa boîte osseuse dépend-elle du degré d'instruction d'un peuple ?

Je ne prendrai qu'un seul exemple de la sous-culture philosophique et scientifique que se partagent un parti socialiste et un parti majoritaire tous deux si oublieux de l'histoire de l'encéphale simiohumain qu'ils en sont venus à ignorer le sens et la portée de la notion théologique de pardon subitement appliquée aux Etats, alors que la conversion à la repentance n'a jamais été demandée à une nation entière de pécheurs invétérés - sinon au seul " peuple déicide " censé obstinément rebelle à la contrition. Qu'en est-il de l'argumentation selon laquelle des populations autrefois colonisées seraient habilitées à demander à la République française actuelle de faire acte de pénitence pour des péchés commis par leurs ancêtres et remontant à plusieurs siècles ? Comment la méconnaissance de la nature théologique de ce débat ne se révèlerait-elle pas tragique à l'heure où cette inculture en vient à paralyser toute connaissance réelle de la science politique au sein de nos futures élites dirigeantes ?

Ce nouvel obscurantisme ne sera réfuté que par un scannage du type d'encéphale que sécrétaient les cosmologies les plus primitives, celles qui se fondaient sur le mythe d'une transmission héréditaire non seulement de la faute et du châtiment, mais du malheur et dont l'ouverture de la boîte de Pandore avait illustré la fatalité. Mais, pour provoquer une révolution du "Connais-toi" des modernes dont les conséquences seraient d'une portée supérieure à celles de la Renaissance, il faut commencer par garder en mémoire l'identité cérébrale nouvelle que la civilisation mondiale avait conquise de haute lutte et que la France avait contribué à forger non seulement depuis le XVIIIe siècle, mais depuis le XVIe ...

Le rejet du mythe d'un péché originel avait servi d'enclume à une raison européenne déculpabilisée. On avait réussi à forger une humanité délivrée d'une tare inguérissable. Comment la France conserverait-elle son identité intellectuelle et politique, donc également morale si la régression culturelle de sa classe dirigeante lui faisait oublier le combat de la seule nation de ce monde que cinq siècles de combat de son intelligence avaient placée à la tête de la guerre de la planète entière pour un progrès de la masse cérébrale simiohumaine qui passait par la délivrance de l'humanité d'une tare inguérissable et accusatoire?

- A propos de la mort sacrificielle de Jean Paul II , 12 avril 2005
- A propos de la commémoration du centenaire de la loi de 1905 de séparation des Eglises et de l'Etat, 8 mars 2005
Aux sources du meurtre sacrificiel chrétien , 1er mars 2005

Rome n'est pas seulement habilitée, mais condamnée à demander pardon pour les croisades ou les crimes de l'inquisition commis par son clergé d'autrefois, parce que son mythe d'une chute inguérissable et d'un salut posthume lui impose le dogme selon lequel elle serait le corps vivant du Christ ressuscité. L'Eglise de l'incarnation se définit comme la personne de son Messie dûment substantifiée et véhiculée intacte d'un siècle à l'autre . C'est pourquoi le pape Benoît XVI ne parvient à déculpabiliser le peuple allemand du XXe siècle des crimes commis par ses grands-parents qu'en rejetant le nazisme sur les épaules d'un maigre clique de criminels , tandis que la laïcité est armée d'une intelligence scientifique et politique qui lui permet de combattre la barbarie du simianthrope avec d'autres armes de la connaissance que celles de l'apprentissage d'une piétinement éternel des générations dans un capital psychogénétique porteur d'une souillure indélébile - ce qui sert précisément à l'humanité d'alibi à la perpétuation de ses crimes , tellement les rêves évangéliques sont construits pour se trouver contournés.

Si une République des droits de l'homme en attente de la rédemption démocratique retombait dans la piété enfumée du Moyen-Age, elle deviendrait l'otage des peuples ex-colonisés dont les prêtres d'une mythologie politique sacerdotalisée par le culte des tables de la loi de 1789 donneraient à déguster la notion de souillure héréditaire à leurs anciens maîtres dévotement agenouillés devant la souveraineté cosmologique de leurs victimes Du coup, il n'y aurait aucune raison non seulement qu'une république sauvée de la damnation éternelle par son oubli du siècle des Lumières ne se frappât la poitrine de génération en génération et ne se proclamât coupable de père en fils des conquêtes militaires de ses ancêtres de la fin du XIXe et du début du XXe siècle ; mais aucune raison non plus qu'une République frappée d'un péché indélébile ne se soumît à un calendrier ponctué de pénitences solennelles. On demanderait pardon chaque année pour les massacres de la terreur, la décapitation sauvage de la famille royale en 1792 , l'incendie criminel du Palatinat par les troupes de Louis XIV , l'assassinat catholique d'Henri IV ou la purification romaine de la foi par la saint Barthélemy .

Du moins l'Eglise est-elle parvenue à élever ses martyrs au rang de témoins béatifiés de son espérance. Mais si l'éducation sanctifiante d'une nation remise à la rude école d'un masochisme doctrinal devait renoncer à l'initiation du peuple de la raison à une politique transzoologique, on verrait l'habileté politique d'une religion du salut démocratique porter les peuples émergeants au rang d'apôtres, de catéchistes et de liturgistes de leur vengeance ; et leur masse dévotieuse dresserait son confessionnal éternel sur un chemin de croix nouveau - celui d'un sadisme religieux de la piété. Une ecclésiocratie des Machiavel du sacré conduira-t-elle la République à se prosterner inlassablement devant le passé pénitentiel qui rejetterait l'Occident à genoux devant le mythe de la chute ?

Vous voyez combien la rationalité sans horizon de la réflexion politique classique demeure médiévale et à quel point un Président de la République d'aujourd'hui doit disposer d'une science métathéologique de l'histoire de l'encéphale de l'espèce simiohumaine. Quand M. Boutheflika exige de la France des humaniste qu'elle demande humblement pardon à l'Algérie pour des crimes dont le fondement n'est ni juridique, ni politique, mais dont la vêture humanitaire et sentimentale lui permet, en réalité, de renvoyer le monde moderne au mythe d'un désastre originel et héréditaire, il n'est certes pas inutile de rappeler à ce chef d'Etat que l'Europe des Lumières n'est pas dupe du bon tour qu'un Alger édénique entend jouer au droit international.

Mais encore faut-il que l'humanisme du XXIe siècle soit devenu un peu plus savant que celui des Erasme et des Rabelais. Comment notre Continent retomberait-il dans le piège d'une théologie de l'auto-culpabilisation désespérante qui a fait ses preuves vingt siècles durant ? La culture théologique actuelle du Quai d'Orsay met-elle la diplomatie française en mesure d'identifier l'enjeu anthropologique d'une ruse du ciel ? L'Occident de la pensée est-il capable de défendre les victoires intellectuelles que la civilisation européenne a remportées sur les mythes cosmologiques depuis un demi millénaire ? S'il se trouve dans votre parti un spéléologue de l'encéphale simiohumain qui soit décidé à traiter du problème politique que pose l'avance cérébrale de la France de la raison sur tous les autels du monde, dites-moi comment s'appelle ce Christophe Colomb du "Connais-toi" de demain.

- La science du religieux et l'espace public , 11 mars 2004

 

Quatrième lettre

Où il est démontré que l'Occident est à la veille d'une seconde renaissance de l'intelligence ; que cette Renaissance est liée à une connaissance nouvelle de la politique et de l'Etat ; qu'un Président de la République qui n'en saurait rien ressemblerait à un François 1er plongé dans la lecture de saint Thomas d'Acquin.

Madame,
Au XVIe siècle, il suffisait encore de vaincre l'engloutissement du passé de l'intelligence et de la culture du genre simiohumain dans un millénaire et demi de naufrage de la civilisation de la pensée, tandis que, de nos jours, un chef d'Etat doit s'informer des révolutions intellectuelles en cours au plus secret d'une Europe qui n'a pas retrouvé en vain le culte des Lettres, des arts et des sciences exactes , mais qui n'a pas encore appris à étudier un animal que son évolution cérébrale avait livré pendant des millénaires à des tsunami du sacré. L'humanité va-t-elle construire la balance à peser les mondes oniriques qui peuvent se rendre à nouveau les maîtres de son encéphale pour des siècles? Tel est l'enjeu cérébral de la nouvelle Renaissance de l'Europe.

Savez-vous que l'encéphale simiohumain n'a découvert qu'au XVIIIe siècle qu'il n'existe ni causes en tant que telles, ni " lien de causalité " observables dans la nature et que ces truffes exquises de notre raison, seules nos boîtes osseuses les dégustent? Savez-vous que notre espèce a ensuite colloqué l'instance bavarde d'une " causalité " en soi derrière toute sa scolastique des prétendues " actions causatives " et qu'elle a fait de cet enserrement à la fois protecteur et strangulatoire un " principe " réputé locuteur, puis un oracle explicatif à titre universel ? Savez-vous que le singe-homme a ensuite proclamé que le " principe de causalité " installé dans sa tête serait si bien disposé à l'égard de son propriétaire qu'il ne sortirait de son domicile que pour rencontrer les phénomènes réguliers dont un cosmos sagement ordonné se répèterait inlassablement les ritournelles et que l'univers " parlerait raison " aussi bien dans les crânes bien aménagés qu'à l'écoute du mégaphone que la matière serait à elle-même. Croyez-vous que le singe-homme peut continuer de s'imaginer qu'il pense sitôt qu'il franchit le seuil de sa boîte osseuse s'il ne se demande pas quels sont les fondements psychogénétiques de son espèce de raison ? Pourquoi est-elle viscéralement enracinée dans une scolastique qui rend oraculaires les rabachages des bolides enflammés qui courent dans l'immensité?

Ce n'est pas le lieu de m'étendre davantage sur la révolution simianthropologique qui attend la philosophie du XXIe siècle et dont je ne suis qu'un microscopique artisan. Je dirai seulement que l'avenir de la pensée rationnelle de l'Occident portera sur l'examen critique de la manière dont le singe-homme sécrète la notion d'intelligibilité scientifique ; que les totems verbaux qu'il s'en va nicher sous les faits et dont il s'imagine ensuite tester la valeur probatoire à l'école de l'expérience - comme si les régularités de la nature enfantaient des signifiants simiohumains - attend l'examen du contenu semi animal des preuves dites expérimentales ; que la preuve semi zoologique véhicule un cosmos réputé éloquent, mais qui ne vérifie jamais que la problématique des magiciens qui rendent volubiles ses répétitions ; que les progrès de l'intelligence transanimale passent par des révolutions des problématiques simiohumaines ; que l'astronomie de Ptolémée et la chimie phlogistique des alchimistes observaient les mêmes faits que Copernic et Lavoisier, mais que ceux-ci ont fait changer de structure mentale à l'astronomie et à la chimie; que la simianthropologie introduit dans la philosophie de la connaissance la révolution décisive de la problématique qu'appelle la postérité de Darwin et de Freud ; qu'elle pose la question de l'animalité propre à une espèce cérébralisée. Qu'y a-t-il d'inconsciemment semi zoologique dans la raison dite humaine ?

Vous voyez qu'il sera à jamais impossible de peser la raison de notre espèce si nous la comparons à celle des chimpanzés ou des autres animaux , parce que le singe onirique appartient à une espèce qui supplie sa propre voix de faire parler la matière, c'est-à-dire de lui faire tenir un discours de sa raison. Cet animal est viscéralement vocal . Mais il a fallu que le cosmos lui révélât non seulement quatre de ses dimensions, mais des dizaines pour qu'il commençât de se dire : " Plus je sais, moins je comprends ". Quel est donc l'animal qui se cache sous le verbe " comprendre " .

C'est dire que votre vocation politique se situe à quatre carrefours décisifs, celui de la sécurité publique, celui de la mondialisation de l'économie, celui de la reconquête par l'Europe de sa souveraineté, celui de l'avenir cérébral de la civilisation européenne . Si vous manquiez ce quatrième rendez-vous, ce serait grand dommage pour la France et en voici les raisons.

Pour les comprendre, il vous suffit de vous demander pourquoi les hommes ont appris, il y a quelque vingt-quatre siècles seulement, à se distinguer principalement les uns des autres par un aristocratisme transzoologique décisif, celui de leur degré d'intelligence ; et pourquoi cette oligarchie d'un type nouveau s'est révélée rebelle aussi bien aux sortilèges des augures qu'à la pompe des Crésus ; et pourquoi les maigres légions des pauvres devenus pensants ont constitué une élite audacieuse ; et pourquoi ils n'ont débarqué dans la politique mondiale que le jour où la science simianthropologique de la politique et de l'histoire s'est trouvée en mesure de demander aux chefs d'Etat des démocraties occidentales de s'évader des ténèbres du nouveau Moyen-Age dans lequel l'Europe était tombée et de s'initier aux premiers pas de la deuxième Renaissance; et pourquoi le nouveau "Connais-toi" sera le moteur politique du monde de demain.

Résumons ce scénario. La classe dirigeante européenne et devenue amnésique au point qu'elle ne se souvient plus de l'origine du combat entre les riches et les pauvres, qui n'est pas né avec le messianisme d'un Karl Marx : toute l'histoire de la Grèce et de Rome se résume à celle des conflits entre la plèbe et les patriciens, parce que tel était le nouveau tissu de la vie politique depuis qu'il existait des individus que la démocratie avait élevés au rang de citoyens autorisés à substituer une hiérarchie sociale fondée sur la richesse à celle que régissaient autrefois les décrets du sacré et du glaive. Du coup, les devoirs du patriotisme se sont révélés les adversaires naturels des fortunes.

Aussi toute la civilisation grecque et romaine s'est-elle épuisée à fortifier un civisme menacé par les attraits de l'argent . Si vous êtes élue, il vous appartiendra de placer la France en première ligne sur le front du combat de l'Europe pour la résurrection de la pensée, donc de l'esprit critique , parce que le sauvetage politique de notre civilisation passe désormais par sa résurrection cérébrale et parce que cette résurrection passera par les nouveaux humanistes. Si ces intellectuels-là n'approfondissaient pas la connaissance du genre humain qu'attend la postérité de Darwin et de Freud, croyez-vous qu'une classe dirigeante formée à l'école de l'intelligentsia économique mondiale d'aujourd'hui sera jamais en mesure de soumettre la semi culture de la planète à des électrochocs beaucoup plus violents que ceux de Copernic et de Galilée il y a un demi millénaire?

- Les hommes d'Etat de l'intelligence, 3 janvier 2005

 

Cinquième lettre

Où la simianthropologie s'interroge sur la capacité des démocraties de former les chefs d'Etat du XXIe siècle ; où l'ENA et la rue Saint Guillaume sont soumis à un scannage du cerveau des cardinaux de la République ; où la question des relations que les Tables de la loi de 1789 entretiennent avec le clergé d'Etat soulève la question du statut anthropologique des ecclésiocraties au sein des démocraties; où la balance à peser l'exécutif et le législatif commence de présenter ses plateaux.

Madame,
Jamais notre culture n'a seulement songé à élever la science politique à une pesée simianthropologique des capacités respectives du sexe faible et du sexe fort à diriger les grands Etats. La cause en est que ce débat demeurera superficiel, donc artificiel, aussi longtemps que la nouvelle caste nobiliaire se trouvera exclusivement formée rue Saint Guillaume et à l'ENA. On sait que cette école enseigne une technologie administrative étrangère à toute initiation aux secrets de la politique internationale, à toute connaissance réfléchie de l'histoire du monde, à toute science de l'art diplomatique et du jus gentium - ce " droit des gens ", c'est-à-dire des gentes, des peuples, dont on se souvient que l'intelligentsia française l'avait confondu comme un seul homme avec le droit des personnes quand M. François Mitterrand avait eu l'imprudence d'user de cette formulation au cours d'une conférence de presse.

Certes, la difficulté est grande, dans une démocratie, d'enseigner publiquement les Mazarin, les Richelieu et les Talleyrand , parce que le dogme central de ce régime n'est autre que la croyance en l'infaillibilité du suffrage universel, dont on sait que le mythe s'est substitué à celui de l'infaillibilité de la parole du ciel. Mais il se trouve que tous les Etats du monde sont condamnés à s'armer d'un fondement mythologique de la légitimité ultime de leur puissance, du seul fait que toute autorité déclarée sans appel est de nature théologique par définition, comme Joseph de Maistre l'a démontré avec la candeur de sa foi. La difficulté est donc grande, si l'on entend donner force de loi aux décisions proclamées sans recours d'un Etat, de ne pas mettre trop spectaculairement un suffrage universel salué comme omniscient entre les mains d'un exécutif aussi dogmatique que maladroit - car l'esprit critique des citoyens impunément informés par la classe des aristocrates de la lucidité se réveille bientôt au spectacle de l'omnipotence doctrinale d'un Parlement qui vote une loi sur ordre du gouvernement, d'un Conseil Constitutionnel qui la légitime en violation du droit international et d'un chef de l'Etat qui la promulgue sans sourciller au nom de l'absolu catéchétique inscrit dans la Constitution, alors que le peuple est devenu si peu dupe de toute la comédie de la théologie des démocraties qu'il descend massivement dans la rue pour rappeler seulement à l'exécutif l'article premier des nouvelles tables de la loi dictées il y a deux siècles sur le Mont Sinaï des droits de l'homme et du citoyen, à savoir que le peuple est le détenteur exclusif de la souveraineté nationale. Il en résulte qu'un Etat qui a perdu son fondement doctrinal , donc sa théologie a perdu son statut de souverain légitime.

- Liberté, Egalité, Fraternité, La République et l'esprit à l'épreuve du CPE, 23 mars 2006

Mais si l'école des sciences politique de la rue saint Guillaume et l'ENA se trouvent empêchées d'enseigner à la future classe dirigeante de la République les rudiments du génie politique de tous les temps et de l'art diplomatique de toutes les époques, si l'étude de la politique se trouve exclue par principe des deux principaux séminaires où le clergé du rêve se trouve initié à son propre verbe, si l'école des Machiavel, des Louis XI, ou des Frédéric II est interdite par la censure qu'exerce une orthodoxie devenue citoyenne, si, enfin, les carrières autorisées par la souveraineté du peuple ne préparent en rien l'élite d'une République au pilotage du pays sur la mappemonde, comment les candidates ou les candidats à l'élection présidentielle recevront-ils le minimum d'informations pédagogiques nécessaires à la navigation de la nation sur l'océan de l'histoire ? Puisque la planète est devenue une cour dans laquelle les peuples font valoir leurs titres, leur rang et leurs apanages devant leur souveraine à tous, la déesse Clio, y a-t-il un moyen de former les chefs d'Etat d'une démocratie dichotomique, donc scindée entre le réel et une Constitution messianique ? Faute d'un apprentissage du cerveau bipolaire de l'espèce, ne verra-t-on pas les plus grandes démocraties du monde gouvernées par des ignorants et des sots ?

Quels sont donc les secrets simianthropologiques de la politique internationale que l'Eglise de la Liberté tiendrait pour des hérésies s'ils étaient révélés au peuple? Vous avez eu raison de refuser de répondre à un journaliste américain du The New-York Times Magazine, James Traub, qui vous interrogeait sur votre " vision du monde ". Et pourtant, vous n'ignoriez pas que de faux naïfs allaient se servir de la traduction de cette interview dans le Monde 2 du 27 mai pour dire aux militants de votre parti: " Vous voyez bien qu'elle ne sait que répondre ". Mais vous, vous saviez fort bien qu'on ne poserait pas ce genre de questions à un candidat masculin à la Présidence de la République, pour le simple motif qu'on l'autorise d'avance à exercer son " devoir de réserve " en raison de la part de mystère attachée à sa fonction. Quel est donc ce mystère ?

 

Sixième lettre

Où la stature des chefs d'Etat est mise à l'épreuve de la souveraineté de leur nation; où l'audace de conquérir la dignité d'une civilisation entière pose à nouveau la question du génie masculin et du génie féminin dans l'ordre politique.

Madame,
Vous aurez remarqué que seules des circonstances exceptionnelles - la déclenchement de la guerre d'Irak en violation du droit international - ont permis à la France d'accomplir un exploit diplomatique éclatant, mais solitaire et aux répercussions incertaines, parce qu'il est impossible de consolider une victoire politique à l'école d'un continent informe et en attente de son destin. Aussi longtemps que la classe politique européenne , même de haut niveau, ne sera pas initiée à une connaissance simianthropologique de la vocation expansionniste native qui commande les grands empires , la politique étrangère du Vieux Monde se révèlera dépourvue de vues à long terme.

Mais il se trouve que votre candidature n'est pas seulement singulière ; elle est de nature à bouleverser un demi siècle de la politique européenne et mondiale pour le motif fort simple que vous vous trouvez à une croisée des chemins où tout chef d'Etat européen désireux de conquérir une place mémorable aux yeux des historiens sera condamné à l'audace de demander le retrait pur et simple des bases militaires américaines d'Allemagne, d'Italie, d'Espagne, de Hollande, de Belgique, d'Angleterre, de Pologne.

- L' après 29 mai et l'avenir de l'Europe politique, Le débarquement de la simiologie dans l'interprétation de l'histoire: la tutelle de l'OTAN , l'empire des bases américaines , le double-jeu de l'Angleterre , Nicolas Sarkozy et le meurtre du père, 13 juin 2005

Or, celles-ci ont été installées à demeure en Europe, parce que le vainqueur de 1945 a obtenu par des traités bilatéraux de les conserver à perpétuité. Il existe quarante huit gigantesques garnisons américaines dans la seule Allemagne - alors que la France s'est libérée de ce protectorat insultant dès 1966 - et l'Italie n'est qu'un gigantesque porte-avions américain ancré en pleine Méditerranée.

- L'empire américain, c'est l'Otan, 29 juin 2005

Certes, l'ignorance des classes dirigeantes européennes au chapitre des fondements de tous les empires demeure pour l'instant tellement titanesque que leurs vues confuses , flottantes et jamais seulement formulées permettent à des gouvernements qualifiés de démocratiques, mais asservis à une puissance étrangère, de garder un profond silence sur le degré de souveraineté actuellement consenti aux nations du Vieux Monde. Mais votre campagne présidentielle bouleversera obligatoirement cette donne du seul fait que la classe politique massivement masculine de la France découvrira subitement et avec stupeur que l'asservissement masqué des Etats européens à l'empire américain les conduit de plus en plus inéluctablement à une impuissance spectaculaire sur la scène du monde. Du coup, comment se prétendre un homme politique si l'on n'a pas compris cette évidence première ?

Et pourtant, non seulement votre condition de femme vous viendra en aide, mais elle vous condamnera à mettre votre connaissance et votre intelligence de la géopolitique en première ligne, parce que, sans cela, vous déclencheriez immanquablement le réflexe de supériorité inné que la masculinité motive depuis tant de siècles par son esprit guerrier. On ne validera donc votre capacité à conquérir une stature de chef d'Etat écouté et suivi que si vous prenez pleine conscience de ce que, sous le vernis des apparences les plus angéliques , la vraie puissance des Etats a toujours et viscéralement reposé sur une logique guerrière de la politique.

Il en résulte qu'à l'inverse, l'échec militaire se révèle la source de tous les vrais désastres politiques. Ce n'est pas, hélas, la violation des lois de la guerre qui a conduit le Président Bush à la catastrophe politique sur la scène internationale , mais le succès de la résistance du peuple irakien aux envahisseurs , ce n'est pas l'illégalité d'une éventuelle répétition de ce scénario en Iran qui a paralysé le bras de la démocratie dite de la " justice " et de la " liberté " , mais l'impossibilité physique de remporter la victoire militaire sur une nation de soixante quinze millions d'habitants dotée de moyens de rétorsion économiques à l'échelle de la planète, ce ne sont pas les saints principes de 1789 qui ont terrassé le nazisme , mais l'industrie mondiale de l'armement, ce ne sont pas les utopies politiques des démocraties qui ont terrassé les utopies politiques du messianisme marxiste, mais les réalités qui ont démontré qu'on ne construit pas un empire sur un évangile de la sainteté de la classe ouvrière.

C'est pourquoi l'empire américain tente de substituer l'arme de la famine à celle du glaive quand il ne parvient pas à terrasser l'ennemi dans une guerre classique. Le blocus de Cuba depuis quarante ans , celui de l'Irak à la suite de la première guerre du Golfe, celui de la Palestine suffisent à en témoigner. C'est pourquoi une Europe quadrillée de garnisons américaines peut bien sembler souveraine aux yeux des sots; mais toutes les décisions importantes de l'Union européenne témoignent de sa vassalisation ouverte ou larvée. La levée de l'embargo des armes pour la Chine a été interdite au Vieux Monde par son maître d'outre Atlantique, ainsi que la vente de matériel aéronautique au Venezuela. Quant à la capitulation en rase campagne de l'éthique entière de la civilisation des droits de l'homme, elle a été illustrée par la décision aussi unanime que ridicule des vingt-cinq d'affamer les Palestiniens ; par le refus de l'Europe de suspendre les relations diplomatiques de haut niveau avec le Hitler de Guantanamo, d'Abou Graib, de Falloudja ; par la collaboration de seize Etats européens au transit sur leurs territoires de prisonniers à livrer aux barbares les plus experts du monde dans l'art de la torture .

Conseil de l'Europe: graphique de la "toile d'araignée" des transferts illégaux

- Le nez et les oreilles de l'histoire, Théologie de la spécificité des tortures américaines, 2 juin 2004
- L'inconscient religieux américain aux prises avec la torture,
14 mai 2004

Pensez-vous que l'histoire de l'Occident pourra s'écrire longtemps dans la sauvagerie et la honte ? Croyez-vous qu'il sera possible longtemps de souiller l'éthique de la civilisation européenne dans le silence des Eglises que leurs enfers ont depuis longtemps initiés aux bienfaits de la torture?

- Benoît XVI condamnera-t-il la torture? L'atrophie spirituelle de l'Eglise, 2 janvier 2006

Songez à ce que nos petits enfants auront appris d'un siècle entier d'abaissement moral et de passivité politique de la civilisation fondatrice de l'humanité pensante ! Croyez-vous que cette servitude serait possible sans la présence de bases militaires américaine de la Pologne au Portugal, de la Suède à la Sicile, de la Hollande à la Finlande, de l'Italie à la Belgique, des Etats Baltes, à la Bulgarie, de la Roumanie et de l'Ukraine à la Georgie, pour nous en tenir seulement à notre continent? La servitude désarme les intelligences, dessèche les cœurs, paralyse les volontés ; elle est le poison qui s'infiltre dans les veines et qui tue les âmes avant les corps.

- La guerre préventive, un crime de guerre et un crime contre l'humanité. 4 mars 2003
- La presse française face à la résistance irakienne, L'anthropologie historique et la loi du plus fort, 28 septembre 2004
- Les relations de la morale avec la politique, 6 avril 2003

Mariali

Souvenez-vous du désastre que la marine anglaise a subi avec la perte du destroyer Sheffield au cours de la guerre des Malouines, souvenez-vous de Mme Thatcher toute vêtue de noir à la Chambre des Communes , souvenez-vous de son allure solennelle de veuve de guerre héroïque et de Parque éplorée . Aucun guerrier n'aurait pu enflammer à ce point la nation au spectacle d'une défaite sur mer tellement, depuis les Germains et les Helvètes, la gent masculine court au secours de sa mère en larmes à l'heure où le destin frappe à la porte d'un peuple fier et le met devant le choix entre la grandeur et la honte. Mme Thatcher a démontré sa carrure politique le jour où l'histoire l'a condamnée à se révéler un chef de guerre aux nerfs d'acier ou à courir toute enjuponnée à ses fourneaux . Mais je n'ai pas à démontrer à la fille d'un officier français que le sexe dit faible dispose, du moins dans les démocraties, d'armes politiques supérieures à celles du sexe fort ...

 

Septième lettre

Où il est démontré que le suffrage universel peut prendre un peuple au piège de sa liberté et l'asservir à des constitutions étrangères au droit international; que la volonté populaire égarée par des dirigeants corrompus et achetés en sous-main par l'étranger met les Républiques à la portée des démagogues d'un suffrage universel falsifié, mais dont l'onction les élève à la magistrature suprême ; qu'une initiation des citoyens à la politique des empires est possible, quoique l'exemple de l'Athènes de Périclès ait démontré le contraire ; qu'il convient de renvoyer le lecteur à Platon, qui a traité de ce problème tout au long.

Madame,
Savez-vous que le projet de constitution rejeté par le peuple français le 29 mai 2005 pour des raisons quasi exclusivement économiques, stipulait noir sur blanc que l'Europe serait placée tout entière et pour toujours sous le " protectorat militaire " de l'étranger et qu'elle demeurerait donc occupée à perpétuité par des garnisons américaines ? Combien de Français savent-ils seulement que l'OTAN est le bras armé, donc également l'instrument politique sur lequel le Nouveau Monde prend appui pour mettre ses prétendus " alliés " sous sa tutelle? Une Europe craintive et qui aurait gravé le principe de sa vassalisation volontaire dans l'airain de sa Constitution se verrait évidemment empêchée par son auto asservissement statutaire de jamais se doter d'une haute cour justice habilitée à incarcérer à vie ses dirigeants coupables de haute trahison, puisque le crime de ses dirigeants élus au suffrage universel par des peuples ignorants serait légitimé a posteriori par l'infaillibilité d'un suffrage universel supposé omniscient.

La sacralité du vote populaire peut-elle sanctifier un gouvernement vendu à un empire étranger ? Si les Républiques sont soumises à des dogmes aussi intangibles que la monarchie française l'était au service de la religion chrétienne depuis Clovis, quel sera le statut anthropologique de la Rome d'outre-Atlantique? On voit que la politique moderne en appelle à une pesée nouvelle de l'encéphale simiohumain , et cela du seul fait que l'étude des sources psychogénétiques du pacte que l'instinct de subordination conclut avec le sacré depuis des millénaires est devenue une clé décisive de la compréhension de la géopolitique contemporaine.

Une démocratie peut-elle légaliser l'asservissement d'une nation à sa propre sottise ? Comment se fait-il que toute la classe politique de l'Europe soit frappée depuis un demi siècle par le fléau d'une stupidité parareligieuse de type séraphique? Comment se fait-il qu'elle ait perdu jusqu'au souvenir de la définition des cités démocratiques, puisque les peuples allemand, italien, espagnol, polonais, néerlandais ont été placés sous la bannière américaine en Irak sans qu'ils aient eu leur mot à dire ?

- Les nouvelles cartes et les nouveaux pièges de l'Europe, 6juillet 2004

J'ai tenté de rappeler à l'époque que les traités de droit constitutionnel rendent la souveraineté des nations tellement têtue sous tous les régimes politiques que cette notion se refuse de jamais se laisser définir par son contraire .

- La Constitution et la vassalisation de l'Europe, 1er mai 2005
- Une Constitution, mais pour quelle Europe? 23 mai 2005

Mais si l'ENA formait des connaisseurs du jus gentium, pensez-vous qu'un ancien Président de la République aurait donné son aval à une Constitution dont il aurait su qu'elle ne serait jamais reçue à ce titre par aucun jurisconsulte dans le monde, parce que la résistance des juristes sur les cinq continents ne saurait céder davantage aux pressions d'une classe dirigeante ou d'un vote populaire que celle des géomètres s'il leur était demandé de terrasser l'obstination du théorème de Pythagore à soutenir sa logique interne ou celle des théologiens qu'on mettrait en demeure de réfuter théologiquement le dogme de la Trinité.

Mais tout chef d'Etat se voit contraint d'exercer des arbitrages difficiles entre les impératifs de l'action sur le terrain et ceux qu'impose la cohérence intellectuelle d'une politique. Quelles sont donc, aux yeux d'un chef d'Etat, les relations entre les exigences contingentes de l'histoire et celles d'une raison qui refuse de se laisser couper en tranches ? Vous pensez bien que Tony Blair avait tout de suite compris que ce projet de Constitution, si mort-né qu'il fût, officialisait l'acte de décès d'une Europe réelle, donc politique ; mais il n'avait pas immédiatement compris que la chute d'Albion dans les abîmes de son auto domestication sur la scène du monde deviendrait irrémédiable du seul fait qu'aucune nation, fût-elle insulaire, ne saurait s'atteler au char d'un maître d'autant plus fier et dominateur dans la victoire que ridicule dans la défaite . Que se passe-t-il dans la tête d'un chef d'Etat aveuglé et qui s'imagine éviter la servitude à s'y précipiter tête baissée?

L'Elysée était sincèrement convaincu qu'un projet de Constitution inconstitutionnel par définition, puisque non légitimable en droit public, ne présentait aucun danger pour le simple motif que ses dispositions se révèleraient inapplicables à des Etats réels et que ce serait un jeu d'enfant pour eux, sinon de les ignorer ouvertement, du moins de les contourner efficacement dans la pratique. Votre connaissance de l'histoire des nations et des empires devra donc prendre toute la mesure de cette erreur de jugement, parce que la Ve République s'est tellement accoutumée à régner sans partage sur un peuple soumis à l'autorité d'un exécutif hypertrophié que l'on n'imagine plus, même au sommet de l'Etat , combien les démocraties européennes sont demeurées respectueuses de leurs constitutions et avec quel talent l'Angleterre aurait mobilisé ses fidèles - la Hollande, la Suède, le Danemark, la Pologne, les Etats Baltes et même l'Italie et l'Espagne d'hier - pour faire appliquer à la lettre une loi organique fondée sur la réduction définitive de l'Europe au rang d'un continent non seulement subordonné par sa Constitution à l'empire dominant du moment, mais vassalisé par des traités internationaux dont la procédure de révision, de renégociation ou de rupture a été rendue si extraordinairement difficile par les obstacles politiques et juridiques que les Etats-Unis y ont mis que tout gouvernement démocratique se trouvera découragé à les surmonter s'il se trouve livré de surcroît à une population tragiquement sous-informée des enjeux de la politique internationale.

- Au lendemain du rejet de la Constitution européenne , Le Président de la République parle aux Français, 30 mai 2005

Mariali

Imaginez les travaux d'Hercule auxquels la France aurait dû se livrer pour convaincre les gouvernements américanophiles et anglophiles de l'Europe du caractère inconstitutionnel de leur asservissement, imaginez le temps qu'il y aurait fallu dès lors que la vocation des petits Etats à assumer les devoirs de la grandeur dans l'ordre politique ne sera jamais acquise que du bout des lèvres et par raccroc du seul fait que la liberté dont rêvent les Pygmées est seulement de voir de plus grands qu'eux enchaînés à leurs côtés au même souverain.

Aussi seule une pénétration d'esprit hors du commun permet-elle aux chefs d'Etat de trancher toujours clairement entre le poids de l'intangibilité des principes et la contrainte qu'exerce la relativité des circonstances. Quand le général de Gaulle inaugure des relations étroites avec la Chine , il prend un demi siècle d'avance sur son temps. Cela était-il payant ? En 2005, l'Europe s'est vue empêchée par la volonté de son maître d'outre-Atlantique de lever l'embargo sur les armes qui frappe une nation de douze cent millions d'habitants depuis le massacre de Tienanmen en 1989. Le temps de l'histoire réelle n'est celui des précurseurs de génie que dans des limites qu'il convient d'étudier.

A ce titre, il est clair que si le projet de Constitution de 2005 avait été adopté par les descendants d'Athènes et de Rome, non seulement il aurait fallu des années pour en desserrer le garrot, comme il est dit plus haut, mais l'abandon préalable par l'Europe du principe de la souveraineté des Etats aurait entraîné un désastre politique dont les conséquences psychiques auraient été irréparables, parce que l'espoir de notre civilisation de renvoyer un jour les garnisons américaines dans leur patrie aurait reçu un coup mortel . Sans doute Naples serait-elle demeurée, pour plusieurs décennies encore, sinon davantage, un port de guerre américain, donc officiellement reconnu par une Italie asservie pour une portion du territoire de la nation occupante.

Par bonheur, le projet rejeté par la France le 29 mai 2005 n'avait pas besoin de prophètes avertis pour le réfuter, parce qu'on ne grave pas dans le marbre le statut international d'un continent inexistant dans l'ordre politique et dont huit membres , et non des moindres, venaient de se placer aveuglément sous le sceptre de l'étranger à la suite d'une simple démarche du lobbying international de l'entreprise américaine Loockeed Martin.

- Les droits de la morale et les droits de la politique face à l'ambition d'un empire, + liste des membres européens du " Comité pour la libération de l 'Irak", 1er février 2003

- Un exemple de lobbying américain pour la guerre en Irak, 23 janvier 2003

L'inculture politique de l'opinion publique française est-elle devenue si grande que toute réflexion sérieuse sur la croissance des empires et sur les lois qui président à leur expansion aveugle lui demeurerait interdite, ou bien est-il possible que vous l'informiez peu à peu de ce qu'il lui faudra apprendre si elle entend répondre aux espérances élargies d'une nation dont le civisme est appelé à sortir de ses frontières et à s'initier à la politique d'un continent d'un demi milliard d'habitants ? Mais comment éclaireriez-vous les Français sur le degré de savoir et de lucidité non seulement des candidats au sein du PS , mais avant tout d'un Nicolas Sarkozy qui cache habilement son jeu à ses compatriotes? Si vous ne le contraignez à abattre ses cartes et à dire clairement à la nation s'il est prêt à combattre pour les retrouvailles du continent européen avec sa souveraineté perdue , vous aurez aidé à porter au pouvoir un homme politique bien décidé à laisser ignorer à son électorat le véritable enjeu de l'élection présidentielle de 2007.

Huitième lettre

Où il est démontré que le cerveau simiohumain est la proie de gigantesques sortilèges collectifs et que la politique fantasmagorique du Moyen-Age est de retour.

Madame,
Qui peut soutenir que l'Europe jouera à nouveau dans la cour des grands si elle continue de se vassaliser ? Aussi longtemps qu'aucun candidat à la présidence de la République n'osera asséner cette évidence à la nation, la France attendra en vain que paraisse un homme politique au-dessus du médiocre. C'est dire qu'il vous appartient de vous révéler une " femme d'Etat " de taille à abattre les cartes réelles du monde. C'est dire également que, sans cela, vous n'aurez aucune chance de vous présenter avec succès devant le tribunal dont les verdicts sont ceux de la postérité. Puisque la véritable stature d'un Président de la République est tombée en déshérence, sachez que cette carence même met la France des verdicts de l'histoire sur le chemin de votre destin.

Voici le chemin de croix qui vous attend: si vous renoncez à l'emprunter, vous serez accusée par une caste de caciques de la politique qui aura préféré s'enfermer dans la forteresse des partis avec un bandeau sur les yeux de ne jamais aborder devant le peuple le thème central de la souveraineté de l'Europe. Supposez que cette phalange sorte du bois pour faire semblant d'éduquer benoîtement la nation à votre place, supposez qu'elle masque son abyssale ignorance diplomatique sous l'étalage d'un matamorisme muet : dans les deux cas, elle tentera de prendre à votre égard des airs de mystère, parce que la masculinité est d'autant plus oraculaire de ton et pateline d'allure qu'elle cache son incompétence sous des silences entendus. Mais si vous tirez l'épée ou le fleuret pour dénoncer résolument les fanfaronnades de la fausse musculature des candidats de la gauche et de la droite , il vous faudra apprendre que l'héroïsme politique en appelle à l'artillerie d'une forme de l'intelligence, dont seule la logique est en mesure de charger les canons.

Par bonheur, le bon sens aplanit les sentiers de la foudre; car la classe politique de haut niveau de l'Europe commence de prendre conscience de ce qu'il sera impossible à l'Amérique de rendre perpétuelle l'implantation de ses bases militaires dans le monde entier sans qu'aucun ennemi seulement imaginable fasse jamais étinceler à l'horizon les glaives et les casques d'un envahisseur potentiel exemplairement démoniaque. L'homme ou la femme d'Etat qui brisera ces chaînes ne courra aucun risque de se trouver sabré par le cours de l'histoire du monde , parce qu'on n'a jamais vu et l'on ne verra jamais un empire juguler longtemps la terre entière à brandir une menace tellement imaginaire que tout le monde finira par s'apercevoir qu'elle est mythologique par définition. Mais, dans le même temps, le monde entier s'est asservi à un ensorcellement international qui en dit long sur les fascinations dont l'encéphale simiohumain est la proie. Qu'en est-il du gigantesque auto bâillonnement des Etats et des peuples par une mythologie du Bien et du Mal calquée sur l'Ancien Testament?

Vous remarquerez que personne, ni au parti socialiste, ni dans la majorité, ne dit mot de ce que l'expansion militaire de l'Amérique commence de provoquer la résistance lucide des populations. Certes, l'exemple de l'Ukraine n'est encore qu'embryonnaire. Mais les historiens futurs observeront avec un grand ébahissement la paralysie cérébrale d'un Occident dont la révolte aura été précédée par celle des peuples des bords de la Mer Noire.

En juin 2006, la population de Théadossia a empêché le déchargement de matériels destinés à l'aménagement du polygone militaire de l'OTAN dit " Starokrymskii " ; puis ces matériels ont disparu du port. A Simféropol l'aéroport de la ville a été bloqué par d'importantes manifestations de la population. Quand un bus rempli de "conseillers" américains eut été renversé par la foule en colère, leur panique a trouvé un refuge dangereux dans une pension dont le personnel et la direction ont aussitôt signé une pétition : on refusait de servir de tels " hôtes ". Bientôt la population entière de la ville a privé les intrus de ravitaillement des intrus. Munis de pancartes portant l'inscription " Yankee do home ", les militants ont campé jour et nuit aux abords d'un sanatorium qui abritait également une partie des deux cents marins américains destinés à participer au jeu des manœuvres d'apparat prévues de juin à août . Il s'agissait d'un prétendu " partenariat pour la paix " destiné à combattre un ennemi aussi imaginaire que le diable. Naturellement, cette comédie militaire était destinée à préparer les esprits à l'installation d'une puissante base militaire américaine sur les rives de la Mer Noire.

Le nouveau Président de l'Ukraine ne cachait pas sa volonté d'obtenir l'adhésion de son pays à l'Union européenne - mais vous aurez remarqué le naturel avec lequel, dans son esprit, cette adhésion allait de pair avec l'entrée de son pays dans l'OTAN. C'est dire qu'au fur et à mesure que l'Europe s'élargit , non seulement son asservissement structurel contribue à étendre la puissance militaire américaine à de nouveaux territoires, mais qu'elle exprime , par la vertu des traités qui le lient son adhésion officielle à l'extension picrocholine de l'empire du Bien.

- La théologie de la guerre d'Irak et l'expansion coloniale de l'empire américain, 28 avril 2003

Dans ce contexte nouveau, des politologues avertis commencent de surgir de terre. Il est vrai que leur génération spontanée doit beaucoup au spectacle non seulement du déclin de l'empire américain - j'avais détaillé les étapes de cet écroulement le 14 septembre 2001 - mais à l'évidence que l'expansion militaire forcenée des Etats-Unis a pris un tour désespéré en ce qu'elle voudrait masquer la faiblesse économique de plus en plus criante de l'ex-Titan du dollar.

- Apostrophe de l'Europe à l'Amérique et au Dieu de G.W Bush, 14 septembre 2001
- Histoire anthropologique de la chute de l'empire américain, 15 mars 2003

Le fait que Washington ait aussitôt profité de la crise ukrainienne pour étendre ses bases militaires à la Roumanie et aux rives de la Mer Noire est bien significatif de la cécité de la classe dirigeante sommitale de l'Europe ; car aussi longtemps que personne ne disposera d'un diagnostic politique sur le long terme , ce sera en toute sécurité électorale que Nicolas Sarkozy piétinera fructueusement dans l' arène de la politique intérieure de la France. Il faudra donc lui demander impérieusement d'informer le corps électoral de la priorité absolue qui s'impose depuis un demi siècle à tout homme politique responsable de regarder la planète d'assez haut pour découvrir que l'ascension économique de la Chine et, depuis dix-sept ans, l'accession lente, mais inévitable de la Russie post marxiste au rang d'une grande puissance capitaliste sont les vraies chances de l'Europe de demain, dès lors que la libération militaire de l'Europe est l'impératif absolu, celui dont dépendent les conditions sine qua non de la renaissance politique du Vieux Monde.

Le 11 juin 2006, l'Amérique a battu en retraite à Théodossia.

Neuvième lettre

Où il est démontré que l'encéphale simiohumain actuel oscille entre l'embryon d'une lucidité de glace et le chaos originel dont le cerveau semi animal demeure largement la proie ; que la crise iranienne illustre une gigantesque partie d'échecs et que la position des pièces sur l'échiquier autorise la première analyse simianthropologique à l'échelle mondiale de la politique internationale ; que cette analyse est rendue possible par les contraintes qu'exerce sur les événements une position des pièces de nature à entraîner une succession de " coups forcés ".

Madame,
C'est dans cet esprit qu'il me faut tenter un examen du degré exact de lucidité dont la classe politique européenne a fait montre depuis le 11 septembre 2001, afin tenter de vous démontrer qu'une science simianthropologique de l'histoire du cerveau humain est nécessaire aux chefs d'Etat de notre temps ; et c'est dans cet esprit qu'il vous appartient d'apprendre à peser le poids respectif des circonstances et celui des principes qui font le tissu des événements .

Observons donc de conserve le chemin parcouru par l'Europe entre l'invasion de l'Irak et les victoires que la résistance iranienne commence de remporter face à une offensive diplomatique américaine enfin entravée par l'Europe. Cet examen vous permettra de scruter , sinon à la loupe, du moins globalement, l'ébauche d'une planification internationale d'endiguement systématique de l'expansion de l'empire du Nouveau Monde d'une part et le piétinement simiohumain dont cette stratégie continue de souffrir d'autre part.

Mariali

Au premier abord, il semblerait qu'une lucidité cartésienne ait conduit à la réalisation vigoureuse d'un objectif unique, clairement formulé et central : celui d'empêcher les Etats-Unis de jamais reproduire le modèle de coup de force que l'invasion militaire et l'occupation de l'Irak avaient illustré. Mais sitôt qu'on y regarde de plus près, on s'aperçoit que la précarité et le flottement des décisions simiohumaines ont donné non seulement un cours hasardeux et semi chaotique aux événements, mais rendu en outre difficile un éclairage réellement métazoologique de l'évolution psychobiologique de la situation. Au début, on chercherait en vain où avaient bien pu se cacher des esprits informés des réactions à chaud, donc dangereuses, parce qu'épidermiques d'un empire piqué par un frelon . Une connaissance anthropologique de la dimension semi théologique de l'histoire contemporaine faisait alors ses premiers pas sur ce site. Cette discipline critique vérifiait pour la première fois sur le vif la radicalité de sa logique interne sur le vif et à l'école des événements - celle de la fureur du monstre messianisé dont la profondeur de sa blessure allait déchaîner une violence d'autant plus irrationnelle et incontrôlée qu'elle portait le bouclier d'un évangélisme rédempteur.

Chateaubriand disait que le poète est un " cerveau de glace dans une âme de feu ". Il en est de même de la science politique transsimienne, parce que les considérations sentimentales sont étrangères à toute la simianthropologie. Si l'Allemagne n'avait pas été exagérément humiliée en 1919, Hitler n'aurait pas pris le pouvoir ; si l'attentat du 11 septembre 2001 n'avait pas blessé l'orgueil religieux du seul peuple à se croire préservé des assauts maléfiques d'un monde extérieur livré au péché originel, jamais la patrie de Jefferson et de Lincoln n'aurait joué plus ou moins consciemment , mais en toute innocence, une pièce de théâtre dans laquelle les assauts du Mal contre l'empire de l'Eden ont pris le tour tragique d'un drame cosmologique.

Mais la France de l'époque ne disposait encore d'aucune connaissance simianthropologique du cerveau de l'humanité ; sinon le Quai d'Orsay ne serait pas tombé dans le guêpier d'envahir l'Afghanistan sous la bannière d'un empire du salut, puis de tenter de réoccuper l'autre moitié de l'encéphale dichotomisé de l'espèce simiohumaine. Jamais un Mazarin ou un Richelieu ne se seraient laissé piéger par un empire aux idéalités armées jusqu'aux dents ; jamais un Talleyrand ne se serait laissé duper par la fausse cuirasse d'un évangile politique.

Depuis l'attentat du 11 septembre 2001, j'ai tenté de contribuer à l'interprétation de la marche de l'histoire simiohumaine à l'aide des méthodes et de la problématique d'une simianthropologie politique que j'avais théorisée en plusieurs volumes au cours de la décennie précédente et à laquelle les circonstances fournissent depuis cinq ans l'occasion quasi idéale d'une vérification expérimentale continue. Aussi, le simple récit du déroulement des événements vous aidera-t-il à préciser le cheminement transanimal du génie semi machiavélien, donc demeuré seulement instinctif des grands Etats d'aujourd'hui.

En raison du refus de Washington de reconnaître la légitimité du gouvernement iranien, la première étape d'un domptage relativement programmé de l'empire américain a permis à l'Europe d'arracher une sorte de sous-traitance du dossier iranien, mais au prix d'une apparence de subordination momentanément aggravée . Néanmoins, le bénéfice immédiat de cette stratégie fut d'avoir obtenu, pour la première fois depuis soixante ans, que le " reste du monde " parût traiter relativement seul et à son propre compte avec un Etat dont la position stratégique et les ressources pétrolières intéressaient rien moins que le destin politique du monde entier. L'Amérique allait-elle se laisser endormir à si peu de frais ? Suffirait-il, pour surprendre sa vigilance, de faire miroiter à ses yeux qu'on allait prendre avec le plus grand courage tous les risques de paraître se substituer au souverain et suffirait-il de lui faire valoir qu'il serait toujours temps pour sa puissance de revenir impérialement dans le jeu afin de reprendre seul le commandement et de rafler la mise?

Le pari était risqué. Il fallait tromper la candeur relative de Mme Condoleezza Rice à tel point qu'elle ne serait alertée ni par le refus officiel de Moscou et de Pékin d'autoriser le Titan d'Outre-Atlantique à déclencher une seconde guerre d'agression de type irakien, ni par le soutien feutré, puis " effrontément " affiché , de Paris, de Berlin, de Londres, de la Chine et de la Russie à la fermeté inébranlable de Téhéran ... En réalité, les archives diplomatiques révèleront combien Mme Condoleezza Rice voyait clairement la stérilité de l'entêtement patriotique de la droite et de l'extrême droite américaine , qui tentaient de venger la prise d'otages d'avril 1980 de nombreux diplomates de leur ambassade de Téhéran par l'Imam Khomeiny. Sinon, il n'aurait pas été possible de souligner, par une déclaration officielle de Dominique de Villepin et de Tony Blair à Londres, que les ardeurs belliqueuses de Washington étaient ridiculement irréalisables, puisqu'elles conduiraient seulement à un désastre pire que le précédent .

Aussi, les entraves imposées en sous-main à l'Amérique par l'Europe , la Chine et la Russie commençaient-elles de se trouver divulguées jusque dans la presse quotidienne - à savoir, la reconnaissance du rang et de la dignité de l'Iran, à condition qu'il cédât au chantage américain. Mais tout le monde savait fort bien que Téhéran n'accepterait jamais de se voir concéder du bout des lèvres et avec commisération le statut d'un interlocuteur censé à part entière, alors que les " négociateurs " armés de l'atome guerrier demeureraient, en réalité, enfermés dans un soliloque hautain face à sa souveraineté .

Comment la simianthropologie politique jugera-t-elle de la crédibilité d'un scénario impeccablement planifié seulement en apparence, alors que, dans le même temps, toutes les analyses du comportement du cerveau biphasé du singe onirique démontraient que les événements ne pouvaient se dérouler selon une logique aussi irréfutable que le voulaient les catégories a priori de Kant ou l'enchaînement les uns aux autres des théorèmes de la géométrie à trois dimensions? Il convient donc d'analyser les contingences simiohumaines qui paralysent l'intelligence politique des acteurs sur le théâtre d'un monde demeuré semi animal ; et pour cela, tentons de décrypter les secrets d'une diplomatie flottante à l'échelle de la planète, alors que nous n'avons pas accès aux documents ultra confidentiels qui demeureront interdits aux historiens pendant un demi siècle. Mais il existe une science instinctivement transsimienne des viscères et de l'encéphale des Etats, donc une science transzoologique de la zoologie, à condition que nous formulions une hypothèse audacieuse sur le génie de l'humanité de demain.

 

Dixième lettre

Où il est démontré à nouveau que l'encéphale simiohumain se laisse décrypter à l'école des événements.

Madame,
J'ai déjà dit qu'il n'est pas difficile de supposer que les événements n'obéissent ni au hasard, ni à une dialectique impavide, de sorte que vous écarterez d'emblée l'hypothèse que la France aurait subitement tourné le dos à Moscou et à Pékin afin de mériter, même provisoirement, le titre empoisonné de " meilleur soutien des Etats-Unis " ; vous n'imaginez pas non plus que la prétendue " gaffe diplomatique " de M. Straw, alors Ministre des Affaires étrangères du Royaume Uni, selon laquelle les velléités guerrières de Washington étaient " dingues ", lui auraient été dictées par une duplicité diplomatique insondable. Quel est donc l'instinct qui permet à un Etat simiohumain à la fois de reculer devant les pièges de l'absurde et pourtant de s'y engager aveuglément ?

Mariali

Pour tenter de répondre à cette question, le simianthropologue pèsera le degré de profondeur de la réflexion de l'Elysée de l'époque sur la notion, simianthropologique par définition, donc viscéralement incohérente, de " dissuasion thermonucléaire ", qui est à la fois théologique et pratique, puisque les croyances les plus fausses sont le plus souvent les plus efficaces sur le terrain, donc les plus redoutables dans l'histoire des peuples simiohumains , comme il a été démontré par l'efficacité de l'arme de l'excommunication majeure - l'arme atomique, qui a précipité pour l'éternité les guerriers d'Henri IV d'Allemagne dans les flammes de l'enfer.

Trois textes sur la dissuasion nucléaire parus dans la revue Esprit, présentation (mise en ligne le 1er septembre 2005)
- Le dissuadeur dissuadé, Esprit, novembre-décembre 1980
- Critique de la dissuasion, Esprit, juin 1979
- La crédibilité de la dissuasion nucléaire, Esprit, novembre 1977

Or, le degré de chaos mental dont la diplomatie française et européenne faisait preuve face à un Iran devenu un grand logicien de la politique résultait de plusieurs contradictions internes dont les caractéristiques proprement simiohumaines étaient liées au degré de vassalisation cérébrale de l'Europe de l'époque. En premier lieu, l'objectif apparemment rationnel et officiellement affiché par un Quai d'Orsay paniqué était de mettre précipitamment un terme à la prolifération anarchique d'un péril nucléaire subitement devenu un épouvantail politique. Mais soixante ans d'asservissement progressif des encéphales du Vieux Monde à la domination éthique et parareligieuse du maître d'outre-Atlantique empêchait le Quai d'Orsay de remarquer que des Etats de la taille de l'Allemagne, du Japon, du Brésil, de l'Argentine ne tentaient en rien de se procurer cette foudre désuète, pour le simple motif qu'ils avaient compris depuis longtemps qu'il s'agissait d'une arme de prestige en voie de démythification depuis plus trente ans. En revanche, des Etats moyens et demeurés prisonniers des méthodes de dissuasion de Dieu avaient grand intérêt à se procurer l'arme infernale afin d'impressionner, pensaient-ils, les Goliaths de la terreur dont la masse les encerclait sur la scène internationale . Aussi une Europe éclairée aurait-elle saisi cette occasion providentielle de s'attirer la sympathie du tiers monde , d'autant plus que l'empire américain y mettait l'obstacle tonitruant d'une menace de réitération du scénario irakien qui effrayait tout le monde.

Mais la vassalisation politique de l'Europe était alors suffisamment intériorisée pour qu'elle perdît de vue la double évidence qu'il était possible d'enchaîner Ajax furieux et impossible d'empêcher l'Iran d'acquérir à terme l'arme thermonucléaire alors que la planète en comptait huit propriétaires fort respectés et qui ne se montraient pas peu fiers d'avoir réalisé cet exploit au nez et à la barbe des fils du tonnerre d'Hiroshima ...

- L'anthropologie logique et la bombe thermo nucléaire iranienne, 10 mai 2006
- Le savoir et l'action. L'Europe vassalisée face à l'Iran révolté, 1er septembre 2005

Du coup, il était incohérent de paraître métamorphoser le danger imaginaire que présentait une menace nucléaire soudaine des Etats moyens en la menace d'une apocalypse mondiale de type biblique. A ce compte, il fallait également interdire à un Iran supposé matamoresque jusqu'à la folie d'enrichir l'uranium aux fins de produire de l'énergie à usage industriel, alors que cette technique était reconnue depuis longtemps pour légitime par le droit international. Mais le flottement cérébral dont souffrait la diplomatie occidentale s'est alors révélé avec éclat , parce que toute l'Europe , la France en tête, a d'abord défendu le droit de la Perse de se procurer par ses propres moyens l'énergie nucléaire à usage pacifique. Puis les Etats-Unis, qui lorgnaient le pétrole iranien et qui entendaient renverser un régime hérétique à leurs yeux, ont fait valoir aux Européens qu'il était impossible d'accorder à Téhéran les bonnes grâces du ciel américain dès lors qu'il était non seulement possible, mais inévitable , qu'un Etat autorisé à enrichir l'uranium à des fins commerciales l'enrichirait ensuite jusqu'à la " masse critique " qui conduit à la fabrication de l'arme atomique, puis thermonucléaire.

- De l'asservissement intérieur, 6 avril 2003
- Europe réveille-toi : Compte rendu du congrès mondial d'Europologie dans l'île de Laputa , 2 juin 2005

Mariali

Alors une Europe subjuguée a fait piteusement machine arrière , ce qui la reconduisait tout droit à son incohérence diplomatique première - celle de tenter d'interdire à jamais aux Etats moyens du monde entier de se fabriquer l'arme de leur dignité politique, celle de la dissuasion du faible au fort, face aux colosses atomiques qui les entouraient de l'arsenal de leur foudre . Et puis, allait-on perdre le marché de la vente au monde entier des centrales atomiques à usage civil ?

Quand l'Europe et la France furent revenues à leur bénévolence antérieure, ce ne fut nullement pour avoir mis quelque logique cartésienne dans leur encéphale, mais exclusivement en raison de la fermeté diplomatique exemplaire de Téhéran, qui gardait la tête d'autant plus froide que, dans le même temps, le monde entier était bien décidé à ligoter le géant de Washington dans le cas où sa démence l'aurait conduit à recourir à la guerre .

Mais à quel point le cerveau simiohumain oscille entre l'épouvante et la docilité allait se trouver démontré pour la troisième fois par la reconnaissance solennelle et publique du Président de la République française du droit inaliénable de Téhéran de disposer de l'énergie nucléaire civile et de l'interdiction absolue de jamais se doter de l'arme atomique, exigence implicitement abandonnée par la concession précédente.

Mais, dira-t-on, comment le chaos cérébral qui pilote le singe onirique est-il possible ? Pour le comprendre, il est nécessaire de prendre acte de ce que non seulement l'avenir des sciences dites humaines passe désormais par l'approfondissement de la connaissance de l'inconscient semi animal de la politique, mais également l'avenir cérébral de tout le genre simiohumain , parce que la crise iranienne aura permis d'observer comment la vassalisation lente et inexorable de la " raison " paralyse l'entendement politique des fuyards de la nuit animale . Jamais les Etats européens, la France en tête, ne se seraient lancés dans une politique contraire à leurs véritables intérêts et impraticable en raison de ses contradictions internes si la capacité de jugement des peuples asservis ne se rabougrissait et ne se desséchait .

On voit, comme il est dit plus haut, que l'étude du cerveau d'une espèce en captivité requiert d'autres paramètres de l'observation ethnologique que l'étude d'une espèce en liberté, comme tous les spécialistes des chimpanzés l'ont appris depuis longtemps. Pensez-vous qu'un M. Douste Blazy en liberté aurait poussé l'esprit de sacrifice jusqu'à jouer sciemment le rôle de l'idiot de village ? Mais comme il se trouve que le souverain d'outre-Atlantique se présente en acteur théologique sur la scène du monde, la synergie entre l'incarcération politique et l'incarcération religieuse du singe-homme conduit l'intelligence occidentale à approfondir jusqu'au vertige son rendez-vous encore embryonnaire avec la critique du sacré inaugurée au XVIIIe siècle.

Vous voyez combien la question fondamentale de l'analyse du degré de réflexion transzoologique dont jouit la classe dirigeante française et européenne d'aujourd'hui se heurte à la difficulté d'élaborer la méthode qui lui permettra de fabriquer une balance en mesure de peser les cerveaux moyens d'un époque. La profondeur ou la superficialité de l'empreinte du règne d'un Président de la République sur l'histoire non seulement de son pays, mais de son temps dépend de la qualité ou de la médiocrité de sa connaissance de la problématique qui commande la pesée de l'encéphale simiohumain de son siècle.

Onzième lettre

Où il est démontré que la réflexion sur la barbarie du singe-homme conduit à une réflexion mondiale sur la justice ; que l'avenir de la civilisation est celui de l'intelligence ; que la seconde Renaissance est en marche.

Madame,
Tout chef d'Etat se trouve devant la politique dans la même situation que l'humanité devant l'espace : si vous enserrez l'étendue d'une clôture, vous oublierez qu'elle ne bornera jamais qu'un territoire délimité et que l'immensité s'ouvrira nécessairement par delà la frontière que vous aurez rêvé de tracer; et si vous renoncez à cerner le vide et l'éternité, vous vous heurterez à l'inintelligibilité sans remède de l'univers. De même, si l'examen du chaos qui règne dans la tête de l'espèce simiohumaine vous permet de fixer les bornes de l'entendement politique de cet animal, vous négligerez le territoire illimité qui s'étendra au-delà de vos mesures . Et pourtant, vous ne pouvez renoncer à toute mensuration du champ de l'histoire et de l'action , sinon vous vous trouveriez livrée à une histoire dont la topographie défierait toute votre science politique . Mais puisque votre prise de conscience de ce que la responsabilité des chefs d'Etat de notre temps relève du tragique vous a permis de vérifier le contenu simiohumain de la masse cérébrale de la classe politique européenne de haut rang , vous disposez maintenant des moyens de radiographier le déroulement mi-rational, mi-irrationnel de la crise iranienne.

Certes, le génie diplomatique de M. Douste-Blazy, qui traitait l'Iran de polisson international et qui se comportait en instituteur de village décidé à donner des coups de règle sur les doigts d'un mauvais garnement ressortissait à un désordre intellectuel caricatural. Mais quid du quotient intellectuel dont disposaient les autres acteurs de la pièce ? Quel était, notamment, le niveau cérébral du chef de l'Etat de ce temps-là si, d'un côté, il semblait croire le plus sincèrement du monde à l'efficacité militaires d'une arme apocalyptique par nature, puisqu'il était épouvanté par sa prolifération, alors qu'il venait de se résigner à prononcer à Brest un discours dans lequel la théorie classique de la défense nucléaire massive et " tous azimuts " de la France se trouvait enfin officiellement réfutée, alors qu'elle l'était depuis quarante ans dans les cerveaux transzoologiques du monde entier?

L'anthropologie logique et la bombe thermo nucléaire iranienne, 10 mai 2006

Quel était le chaos mental dont souffrait une Europe politique dont vingt-cinq gouvernements avaient unanimement consenti à châtier les Palestiniens coupables du crime d'avoir voté pour leur futur accès à l'indépendance,

Mariali

alors que, quelques jours plus tard, la France de 1789, qui avait approuvé cette conjuration des esclaves, proclamait solennellement au Caire qu'il était injuste et politiquement désastreux d'enfermer un peuple entier dans un camp de concentration de la démocratie sur la porte duquel on écrirait " La famine rend libre " ?

Mariali

Quel était le degré chaos mental, que j'ai déjà rappelé, d'une civilisation des droits de l'homme dont seize nations avaient permis à la CIA de transporter ses prisonniers dans des camps de tortures ?

- L'Amérique qui avait perdu son ombre, 10 mai 2006
- L'autorité politique et l'autorité morale, 20 décembre 2005
- L'âge théologique de la barbarie, 5 mai 2004
- L'anneau de Gygès ou la dictature du mensonge, 20 novembre 2004
- La politique internationale et l'éthique : Lettre ouverte à Mme Condoleezza Rice, 16 février 2005

Quel était le degré de chaos mental d'une civilisation qui voyait dans le suicide des prisonniers de Guantanamo un acte terroriste d'un nouveau genre, dans lequel il n'entrait aucun désespoir, mais " représentait un acte de guerre asymétique " contre le tortionnaire et qui ajoutait : " Ils sont habiles, créatifs, déterminés " ? Quel était le degré de chaos mental d'une civilisation de l'auto innocentement angélique qui accusait la politique de la Chine de développer ses ressources énergétiques ? Une anthropologie qui n'observe pas cela en est aux balbutiements.

- Europe, debout! L'humiliation et la honte : la planète changée en déversoir et en dépotoir des centres de torture de l'empire américain, 12 décembre 2005

Mariali

Comment l'Europe combattrait-elle le despotisme évangélisé de l'Amérique , le fanatisme d'un islam littéral, l'apostolat guerrier d'Israël si vous ne disposez des premiers scannages du genre simiohumain que permet depuis peu à une science certes encore rudimentaire des évadés de la zoologie de dire, avec Valéry : " Plus je te regarde, animal, plus je deviens homme " ? Peut-être dirait-il aujourd'hui : " Le temps de l'humanisme gréco-romain s'achève ", parce que " devenir homme ", c'est approfondir la connaissance de l'animalité propre à notre espèce et à elle seule .

- L'athéisme et la philosophie, Sur quelle balance peser notre tête? 18 mai 2005
- Lettre aux étudiants sur l'avenir de leur intelligence politique, 13 avril 2006

Par bonheur, il existe un instinct politique pré-scientifique des grands chefs d'Etat. Croyez-vous que le Général de Gaulle, qui savait fort bien, comme je l'ai dit, que la bombe thermo-nucléaire est une arme semi animale de la politique, c'est-à-dire efficace pour le motif qu'elle se révèle exclusivement onirique - donc inutilisable sur le champ de bataille - aurait tenu pour sage une politique de l'iniquité aussi titanesque que celle de mobiliser huit nations armées de la foudre de l'apocalypse afin de menacer d'extermination le berceau de l'humanité ? Mais c'est dire que l'animalité propre à l'homme est consubstantielle au fonctionnement onirique de sa boîte osseuse, c'est dire que l'anthropologie critique conduit à la connaissance des fondements ultimes de la dignité simiohumaine .

Souvenez-vous de ce qu'il est arrivé au peuple français en 1848, à l'heure où la classe politique tout entière s'était imaginé qu'il suffisait de proclamer la République pour faire triompher la démocratie dans les têtes et dans les cœurs et qu'il aurait été ridicule de catéchiser les futurs citoyens dès l'enfance, puisqu'ils se révèleraient compétents par nature et par définition sitôt qu'ils atteindraient l'âge adulte. Le 10 décembre 1848 , l'ignorance publique portait Louis-Napoléon à la Présidence de la République, le 2 décembre 1851, le prince-Président dissolvait l'Assemblée nationale et sept millions cinq cent mille suffrages républicains ratifiaient le coup d'Etat. L'année suivante, un plébiscite rétablissait l'empire.

Il fallut attendre la capitulation de Sedan du 1er décembre 1870 pour retrouver la République. Son premier souci fut de fonder l'éducation publique sur les droits de l'intelligence, afin d'informer les citoyens de ce que les démocraties de la raison ne tombent pas du ciel et de ce qu'il est inutile de plaquer des institutions raisonnées sur des mentalités assujetties depuis des siècles à un ciel dont tout gouvernement ne sera jamais qu'une pâle copie. Puis la corruption et l'oubli insidieux de ces évidences ont conduit la France à la défaite de 1940 . Comment éduquerez-vous les Français si ce n'est plus l'enseignement du savoir et la réflexion hexagonale sur le politique qui leur manquent ? Votre tâche est devenue autrement ardue si c'est toute l'élite politique de la France qui se trouve dans une enfance politique égale à celle du peuple de 1848 . Lui apprendrez-vous que la vocation de tous les empires est le conquérir la terre? Lui direz-vous que la bannière étoilée a pris la relève de la faucille et du marteau à l'échelle de la planète et que ce ne sont pas les armes de la " Liberté " , de la " Justice " et du " Droit " , mais seulement leurs emblèmes qui changent de figurines et de couleurs selon les régimes politiques ?

Mais le peuple français s'est révélé éducable . Plusieurs générations de pédagogues de la démocratie se sont usées à la tâche d'enseigner la République à une nation accoutumée depuis un millénaire entier à entendre ses élites raisonner à l'école des théologiens de Sorbonne. Où trouverez les hussards noirs de l'histoire du monde qui enseigneront jusqu'aux conseillers municipaux dans les villages à se changer en fers de lance de l'éducation du peuple qu'appelle le troisième millénaire ?

Il se trouve que la France laïque est le seul pays du continent dont la volonté nationale a reconquis le sol de la patrie . Comment convaincrez-vous Mme Merkel que si elle libérait l'Allemagne à l'école du Général de Gaulle de 1966, ce serait elle qui prendrait la tête du Vieux Continent ? La France aura-t-elle le courage de relever ce défi, parce que la vocation de la révolution de 1789 est de libérer l'Europe de la tyrannie pour la seconde fois ? Ce tyran est devenu celui de Guantanamo, celui de la CIA, celui d'Abou Ghraib, celui de l'Irak. Son règne est celui de la torture. Ce que le monde attend de la France , c'est une prise de la Bastille à l'échelle du monde .

Mariali

Mais si le destin politique de l'Europe passe par son destin cérébral et s'il n'est plus possible de faire progresser la connaissance du genre humain sans faire progresser la science politique, donc la science sur l'histoire ; si, pour la première fois depuis les Grecs, une civilisation défend ensemble son territoire et l'avenir de sa tête , les chemins de votre stratégie sont tout tracés. Car vous saurez qu'il vous faudra rassembler autour de la France les seules nations dont l'âme et le territoire sont de taille à secouer le joug de la vassalité. Vous ferez l'Europe avec l'Allemagne l'Italie et l'Espagne, parce qu'il n'y a rien à espérer des petits pays dont le centre de ralliement est anglo-saxon. Dans le même temps, seule la France, l'Allemagne, l'Italie et l'Espagne sont marquées du sceau des combats de l'intelligence critique nés en Grèce sous Périclès et partiellement retrouvés au XVIe siècle, bien qu'à des degrés inégaux au sein de ces quatre nations. Seules ces nations-là disposent des élites de la raison qui leur permettent de comprendre que l'Europe de l'esprit est engagée dans une guerre théologique à l'échelle de la planète, que le joug de l'empire américain est religieux, que le messianisme vétéro-testamentaire que le protestantisme américain a greffé sur les idéaux de la démocratie fait de la liberté politique un mythe rédempteur au service du sceptre d'un empire étranger à l'esprit européen; que la synergie entre la guerre politique et la guerre cérébrale de l'Europe est si grande que seule leur victoire commune peut éviter le naufrage conjoint d'une politique et d'une civilisation.

Un dernier mot. La première conquête d'une civilisation de la raison serait-elle l'esprit de justice ? Si le parti socialiste avait seulement gardé en mémoire l'histoire de la lente et douloureuse conversion des cités grecques à leur dignité de fleurons de l'esprit de justice - donc à leur accession à un ordre public régi par la loi - il saurait que l'assise de toute la science politique n'est autre que Thémis et que cette invention fondatrice de la civilisation européenne ne remonte qu'à l'Hellade du VIIIe siècle avant notre ère. Mais pourquoi M. Jospin a-t-il cru bon de renvoyer d'une pichenette un débat aussi focal aux compétences marginales de son Ministre de l'intérieur, sinon parce que le drame de l'inculture de la classe politique mondiale d'aujourd'hui se pose désormais à l'échelle de la géopolitique ?

Et voici que, face à la tyrannie d'un empire de l'iniquité , la planète entière pose aux consciences et aux intelligences vassalisées la même question que la Grèce de l'Etat de droit, celle de la synergie entre la politique et la justice . Ferez-vous de la réflexion politique sur l'esprit de justice la clé de la résurrection intellectuelle de l'Europe de demain ?

le 19 juin 2006