Retour
Sommaire2
Section Contre la guerre américaine
Contact


Sur les risques d'un Munich international
Explications et directives du Président de la République française au Gouvernement

 

La France et l'Allemagne sont redevenues les moteurs politiques de l'Europe. Ensemble les deux nations empêcheront le Conseil de Sécurité de l'ONU de se métamorphoser entre les mains des États-Unis et sous les yeux horrifiés du monde entier en un instrument au service de l'arbitraire et du chaos. Soucieuse de son rôle de gardienne du droit international et d'une éthique de la justice à l'échelle mondiale, la France opposera son veto à toute tentative de changer la conscience universelle en masque pseudo juridique du premier génocide pétrolier de l'histoire. Dans ce contexte, c'est l'Europe du Général de Gaulle et de Konrad Adenauer qui dessine clairement ses contours. Fidèle à ses directives au Gouvernement du 7 janvier (Sur le sinistre aveuglement des États-Unis ) le Président de la République a prononcé au Conseil des Ministres un éloge du fondateur de la Ve République qui va bien au-delà d'un exercice de circonstance : il a explicité rien moins que sa philosophie du génie politique.


1 - Je ne ferai pas de l'Europe et de la France des pantins, des paltoquets, des poupées de son sur la scène du monde
2 - Qu'est-ce que la politique ?
3 - Le réalisme politique et la hiérarchie des esprits
4 - L'Europe de ce temps-là
5 - Appelez un chat un chat
6 - Qu'est-ce que l'esprit de la politique ?
7 - La France est la Grèce de l'Europe nouvelle
8 - Le nouveau réalisme de l'Europe
9 - Le plus grave reste à dire…
10 - L'Europe de l'esprit

1 - Je ne ferai pas de l'Europe et de la France des pantins, des paltoquets, des poupées de son sur la scène du monde

La politique ne se réduit pas à une tragique mise en scène de l'hypocrisie, du mensonge et de la mauvaise foi à l'échelle des cinq continents. Soixante cinq ans après le Munich local de 1938, le monde est menacé d'un holocauste de l'alliance de la politique avec la justice et avec le droit. Il n'est pas de politique sans morale, il n'est pas de morale sans souveraineté de la raison, il n'est pas de souveraineté de la raison qui ne conduise à une élévation de l'intelligence et à une victoire de la hauteur d'âme dans la définition civilisée de la science politique. Si la France capitulait devant l'Amérique des satrapies du pétrole *, un siècle entier ne suffirait pas pour faire oublier l'abaissement et la honte d'une Europe qui se serait docilement placée dans le sillage du nouveau prédateur de la planète. Je ne ferai pas de l'Europe et de la France des pantins, des paltoquets, des poupées de son sur la scène du monde

2 - Qu'est-ce que la politique ?

Dans les circonstances dramatiques où la démocratie américaine est devenue une puissance aux ambitions impériales illimitées, le devoir du Président de la République n'est pas seulement d'expliquer au Gouvernement les rapports que la politique entretient avec la morale, mais de vous démontrer de surcroît que le véritable intérêt politique de l'Europe et de la France est de préciser ce que veut dire le terme de politique - en un mot de vous expliquer, avec le recul intellectuel qui arme l'esprit critique de l'Occident, ce qui la définit dans son génie propre comme la science de l'action contrôlée à l'échelle internationale.

Mesdames et Messieurs les Ministres, si je vous appelle à une réflexion sur la nature du pouvoir et sur les fondements de l'autorité des États civilisés, c'est parce que la politique est bel et bien réaliste et parce qu'il n'y a rien de plus réel que le pouvoir. Mais le réalisme, dirait M. de la Palice, ne mérite son nom que s'il a rendez-vous avec la réalité. Qu'est-ce donc que la réalité en politique ? Il s'agit, en bonne logique, de préciser avec quelle réalité du monde et de l'histoire la politique internationale a rendez-vous : celle, immédiate et souvent illusoire qui se change bientôt en irréalisme, ou celle qui conclut un pacte durable et fécond avec les siècles, parce que l'action, au sens réellement politique du terme, jette un pont vers l'avenir de l'intelligence et assure un mariage durable des nations avec l'esprit d'une civilisation en marche.

3 - Le réalisme politique et la hiérarchie des esprits

Mais ce ne sont pas les mêmes esprits qui veillent à la ferme attache des nations à leur propre génie et ceux dont la courte vue appelle réalisme un profit politique instantané, dérisoire et trompeur . Le rapport des intelligences avec le mot réalitén'est donc pas seulement la clé de la politique, mais la clé des tempéraments plus ou moins méditants qui en font l'école de la liberté ou l'école de la servitude. C'est pourquoi je voudrais vous entraîner non pas à une réflexion, mais à une méditation sur l'action politique et sur les hommes appelés à en faire leur vocation et leur destin.

Pour donner à ma démarche l'appui et le réconfort d'un illustre exemple, je vous convie à peser sur la balance de l'histoire la philosophie de l'action qui a inspiré le réalisme politique du Général de Gaulle. Puisque la question qui se pose aujourd'hui à l'Europe et à la France est de savoir à quel ancrage dans le temps le réalisme politique, donc la politique au vrai sens du terme, doit donner rendez-vous afin de vivifier l'alliance de l'action avec la justice internationale, nous verrons clairement que le prétendu " réalisme " des États-Unis est irréaliste et même suicidaire sur le long terme et que nous sommes grandement avantagés par l'évolution du monde au cours des trente années qui se sont écoulées depuis la mort du fondateur de la Ve République, tellement sa postérité politique confirme son réalisme de visionnaire de l'avenir de l'Europe ; car les yeux des nations du Vieux Monde se sont partiellement ouverts à son école, mais ils ne sont pas encore entièrement dessillés. C'est que l'Histoire met du temps à rejoindre le réalisme des grands hommes d'État.

4 - L'Europe de ce temps-là

Souvenez-vous de l'Europe de ce temps-là. Qu'y avait-il de plus irréaliste aux yeux des petits esprits de l'époque que de tenter de conclure une solide alliance de la France avec l'Angleterre face à l'empire américain ? Qu'y avait-il de plus irréaliste en apparence que de vouloir réconcilier la France avec l'Allemagne sur la scène internationale alors que le Président des États-Unis pouvait s'offrir le luxe de retourner en un tournemain tout le parlement allemand à seulement se présenter devant lui à l'occasion d'une tournée dans les capitales européennes ? Qu'y avait-il de plus irréaliste, semblait-il, que de tenter l'exploit d'associer au destin d'une Europe de la grandeur une Italie dont les forces navales américaines occupaient les ports et d'abord celui de Naples, où elles sont installées depuis cinquante huit ans cette année? Qu'y avait-il de plus irréaliste que de s'allier avec la Russie, qui allait écraser Prague sous ses chars? Mais regardez autour de vous : l'Europe d'aujourd'hui vit et respire dans l'espoir de la liberté ouvert par le réalisme politique du général de Gaulle. C'est lui qui rassemble à Tokyo, à Berlin, à Londres, à Paris, au Moyen Orient et jusqu'à Washington et San Francisco les foules révoltées par l'impérialisme américain qu'il dénonçait crûment; c'est lui qui réveille aujourd'hui le monde entier face à la nation de Lincoln devenue la prédatrice de la terre.

5 - Appelez un chat un chat

C'est pourquoi je vous demande de cesser d'édulcorer votre vocabulaire au pays de Descartes et de Molière. Appelez donc un chat un chat. Je ne veux plus vous entendre évoquer l' " unilatéralisme " américain, qui n'est jamais que le faux-fuyant craintif et frileux d'une langue de serfs. C'est à changer le sens des mots dans leur bouche qu'on asservit les peuples. Il est ridicule de cacher la servitude et la peur sous des mots artificiels ; il est vain d'offenser tous les jours la droiture d'esprit qui fait le génie d'une langue d'hommes libres. Le Général de Gaulle ne mâchait pas ses mots. Il disait que l'Amérique était devenue une nation impérialiste. Il disait : " Il faut avoir des amis, non des protecteurs ". Je veux que vous abandonniez le terme emprunté, fabriqué et contrefait d'unilatéralisme et que vous disiez impérialisme. De mon côté, je dirai hégémonisme, parce que ma fonction est liée à un usage diplomatique de la langue de Rabelais et de Voltaire. Mais vous, parlez le français , mais vous, jetez aux orties la langue d'esclaves qu'on vous a apprise.

Je vous demande également de renoncer à déconsidérer les adversaires de la guerre en les qualifiant de pacifistes. Le pacifisme est enraciné dans les évangiles, non dans le politique. L'action des États est marquée par l'énergie, la volonté, la lucidité. Les vapeurs de la théologie sont étrangères au réalisme de l'homme qui se collète avec l'histoire réelle. Le pacifisme vous demande de tendre la joue droite à celui qui vous a frappé la joue gauche. La politique n'est pas la piété, mais le triomphe de la raison. Elle ne dénonce pas la mécréance, mais la petitesse, la sottise et l'aveuglement.

6 - Qu'est-ce que l'esprit de la politique ?

La politique a toujours rendez-vous, de surcroît, avec la réalité de demain. Si elle ne rencontre que l'instant, elle n'est pas une science de l'action, mais un jeu fugace et le masque d'une servitude. Aujourd'hui , voyez comme l'Europe du Général scelle une alliance sans cesse renouvelée avec des peuples encore en attente de la résurrection de leur souveraineté. C'est en pleine guerre froide et dans la plus grande solitude politique - la France venait seulement de redécouvrir le mécanisme déclencheur de l'arme atomique dont l'Amérique et l'Angleterre gardaient jalousement le secret - c'est dans le plus grand isolement de la France, dis-je, que le Général a demandé aux troupes américaines de retourner dans leur patrie. Vous avez compris, depuis lors, qu'elles étaient bien décidées à ne jamais quitter les terres de leurs vassaux, même après l'effondrement de la menace soviétique contre laquelle elles étaient censées protéger l'Europe et qui s'est évanouie toute seule sans qu'il ait été nécessaire de lever le petit doigt, tellement l'utopie politique aussi est un évangélisme qui s'écroule tout seul.

Quarante ans plus tard, entendez-vous les gémissements de l'Allemagne qui se voit contrainte de servir de base militaire aux préparatifs de la guerre que les États-Unis préparent contre l'Irak, alors que son Gouvernement la condamne aux côtés de l'opinion de la terre entière ? Entendez-vous les plaintes de la petite Belgique condamnée par un occupant indélogeable à le laisser faire cingler ses navires du port d'Anvers vers l'Orient qu'il rêve d'embraser ? Croyez-vous que la docilité italienne , croyez-vous que la fierté espagnole accepteront l'asservissement militaire perpétuel de la nation à une puissance étrangère ?

Mais voyez comme le pli de la servitude se prend aisément , voyez comme le général est encore le réaliste de la politique d'aujourd'hui! Que dit-il à l'Europe occupée à laquelle il montre du doigt son avenir, sinon qu'aucune souveraineté réelle n'est compatible avec la cession perpétuelle d'enclaves du sol national à une occupation étrangère ? Oui, le Général de Gaulle a encore rendez-vous avec l'action, la seule qui soit réelle, celle qui conduira l'Europe à la reconquête de sa liberté. Notre civilisation de l'allégeance, de la démission et de la peur a besoin de ce veilleur. Cette vigie rappelle à nos esprits oublieux la définition même de la politique, celle qui nous enseigne qu'il n'y a pas d'action qui mérite de se parer du beau nom de politique si elle perpétue les avantages éphémères et honteux de la subordination du Continent des Lettres, des arts et de la pensée à un maître d'au-delà des mers.

7 - La France est la Grèce de l'Europe nouvelle

Quel pygmée de la politique ne serait-elle pas, une France qui se montrerait indigne de sa solitude d'un moment , indigne de l'intelligence et de l'audace de sa culture, indigne de ce que les peuples du monde entier attendent de sa vocation retrouvée et de sa grandeur un instant effacée, mais demeurée intacte au plus profond de nos cœurs. Depuis un demi siècle , seule la France est libre en Europe, seule la France est debout au milieu des nations agenouillées, seule elle se présente comme le socle politique de la volonté encore timide d'émancipation du Vieux Continent.

Saurons-nous assumer notre mission et notre vocation à l'heure propice où, à nouveau, mais dans des circonstances infiniment plus favorables qu'en 1958 ou en 1962, le choix entre la sujétion perpétuelle et institutionnelle et la souveraineté retrouvée s'impose face à une Amérique nouvelle, qui ne fait entendre que le cliquetis de ses armes et le bruit de bottes de ses armées ? Une Amérique qui méprise le droit international et le viole au vu et au su de la terre entière témoigne d'avance de l'échec de son cynisme, précisément parce qu'en profondeur le cynisme de la puissance n'est pas réaliste et ne répond pas au génie profond de l'action politique. Saurons-nous récolter les moissons des semeurs de la liberté du monde que sont les grands esprits politiques ?

8 - Le nouveau réalisme de l'Europe

Quels sont les chemins que le nouveau réalisme ouvre aujourd'hui à l'action de la France et de l'Europe dans le monde ? Eh bien, je vais vous les tracer; car si la nation qui a converti ce Continent à la démocratie au cours du XIXe siècle ne s'exprimait pas au nom d'une Europe debout , il n'est pas besoin d'être prophète pour annoncer et décrire avec précision la succession fatale des événements qui déclencheraient la démission et la chute de la civilisation occidentale tout entière dans l'arbitraire et le chaos.

En premier lieu, le Vieux Continent assisterait, à la fois médusé et fasciné, à la victoire d'un colosse sans foi ni loi ; et il paraîtrait un instant stupéfait et pétrifié par le court triomphe d'un barbare armé jusqu'aux dents sur un barbare désarmé. Mais, dans sa faiblesse, ce continent autrefois glorieux se montrerait également si impressionné par la capitulation morale de la France qu'elle se dirait qu'une fatalité invincible est en marche en ce bas monde et qu'il lui faut se résigner à la folie des hommes et des dieux. Puis la légitimation passive du génocide d'un peuple sans défense désarmerait pour un siècle l'Europe civilisée face à l'exigence suivante que formulerait, dans la foulée, une Amérique convertie aux méthodes de Gengis Khan et qui proclamerait que le diable aura déplacé son quartier général et qu'il sera allé planter sa tente en Iran.

Voyez combien une nation autrefois libre et vaillantes, mais qui aura brandi trop tard un drapeau souillé par sa lâcheté et sa faiblesse, ne sera plus qu'un pantin désarticulé devant l'Amérique. Comment l'Europe de Descartes et de Kant s'opposerait-elle aux Mongols de la démocratie en marche vers l'Iran et ses réserves de gaz, si l'Irak, certes dirigée par un tyranneau local, aura servi, avec la bénédiction de l'Europe, à armer de sa fausse vertu une Amérique autrefois incarnée par l'esprit de Lincoln et de Franklin ?

Mais la réaction en chaîne de la honte ne s'arrêtera pas si vite: une démocratie ambitieuse d'implanter ses oléoducs sur le sol des nations à sa solde enfantera nécessairement des ennemis dont l'indignation et la stupeur se changeront bientôt en fureur armée . Et comme, au contraire de l'Irak , beaucoup de nations disposent à la fois de l'arme nucléaire et de réserves de pétrole, elles comprendront que l'Amérique des multinationales est un matamore qui ne s'attaque qu'aux peuples désarmés et qu'elle tremble même devant les petites si elles sont capables de se défendre avec les armes de l'apocalypse.

Alors l'Amérique mettra un bandeau nouveau sur les yeux de l'Europe et elle lui dira que " l'axe du mal " se renforce dangereusement et qu'un continent qui aura si " vaillamment " soutenu Washington contre un Irak inoffensif, mais regorgeant de puits d'où jaillit l'or noir, serait bien mal venu de renier ensuite ses propres principes " démocratiques " et de ne pas s'assujettir davantage au sceptre victorieux de la " liberté ". Si nos Démosthène tardifs prétendaient alors élever la voix contre Philippe, quelle serait leur autorité aux yeux de leur propre conscience si honteusement étouffée à Bagdad ? Celle-ci ne leur rappellerait-elle pas cruellement qu'ils s'étaient voulus les ardents défenseurs d'une Amérique en guerre contre un tyranneau désarmé ? Que dira alors une France en carton-pâte et qui n'aura pas osé tenir seule un instant entre ses mains tremblantes le flambeau de l'Europe de la liberté, de la justice et du droit ?

9 - Le plus grave reste à dire…

Je ne serai pas le tigre de papier qui déshonorera la nation et qui profanera la mémoire du Général de Gaulle. Car le plus grave reste à dire. Quand les États-Unis tenteront de mobiliser le monde contre leur " axe du mal ", mais en prenant le plus grand soin de ne mettre la main que sur le pétrole des nations privées du feu nucléaire, il nous faudra bien, et avec quel retard, expliquer enfin à l'Europe la vraie philosophie de l'arme atomique du Général de Gaulle. Sachez qu'il savait parfaitement que cette arme est mythologique ; sachez qu'il était un connaisseur de génie de l'imaginaire théologique de l'humanité; sachez que, dans son esprit, la " défense tous azimuts " n'armait la France que des fulminations de Jahvé et qu'il n'a pas cru un instant que cette foudre tirée de la matière n'était qu'un gigantesque canon. Il avait étudié l'histoire du ciel et de ses tonnerres. Il se souvenait de ce que l'excommunication majeure qui avait frappé l'empereur Henri IV d'Allemagne, avait conduit ce dernier à Canossa, parce que l'imaginaire théologique de l'Allemagne de l'époque avait terrorisé jusqu'aux capitaines, qui préfèreraient désobéir à leur empereur que d'aller rôtir en enfer pour l'éternité. Henri IV n'avait rétabli la discipline militaire qu'en pendant haut et court ceux qui craignaient davantage l'enfer que lui-même. De Gaulle avait étudié la stratégie militaire à l'écoute des autels. Il se souvenait de Cléarque, le général de l'expédition des Dix mille, qui disait que le soldat devait le craindre lui-même davantage que l'ennemi.

L'homme du 18 juin savait que la bombe nucléaire remplaçait l'excommunication majeure et qu'elle était aussi onirique que celle du pape, parce que jamais deux nations armées de ce feu céleste ne s'affronteront sur un champ de bataille, pour le simple motif que la guerre n'est pas un suicide à deux. Mais sera-ce alors avec la complicité des dirigeants sans cerveau de l'Europe que l'Amérique brandira sur nos têtes le danger de l' " axe du mal " dont disposent déjà tant de nations moyennes et petites ? Le drapeau étoilé perpétuera-t-il de cette façon le suivisme, la cécité et la terreur de l'Europe ? Nous dira-t-il : " Voyez comme vous avez besoin de moi pour vous protéger de la Corée, du Pakistan, de l'Inde et tutti quanti ?"

Alors, n'appartiendra-t-il pas à la France de dessiller les yeux du monde, ne lui appartiendra-t-il pas de faire connaître aux nations asservies les secrets des maîtres modernes des imaginations qui auront succédé aux théologiens de l'apocalypse terminale d'autrefois ? Ne sera-ce pas cette sortie-là des ténèbres du Moyen Âge des modernes, cette liberté-là de la raison politique de demain, cette résurrection-là de la pensée en marche qui donnera à la France la mission d'éclairer l'Europe dans la postérité de Voltaire et du siècle des Lumières ? Seul ce ressaisissement de l'intelligence européenne lui permettra de se libérer d'une Amérique qui voudra faire venir l'Europe tout entière à Canossa, en lui faisant croire que notre continent serait peuplé de petits papes de l'atome.

Voilà ce que vous enseigne le réalisme politique d'aujourd'hui, celui qui sait qu'il n'y a pas d'élévation de la raison, pas de lumière de l'intelligence, pas d'appel de l'éthique politique qui ne soit pas d'abord un éveil de l'âme. Ce sont vos cœurs que vous devez élever à la grandeur politique. Souvenez-vous de ce que le seul véritable réalisme est celui de la grandeur. Écoutez le monde de l'illusion nous murmurer à l'oreille que nous n'avons jamais refusé notre appui aux États-Unis à l'heure où ils faisaient appel à notre solidarité. Quelle impudence morale, de comparer notre soutien à Kennedy quand les fusées soviétiques étaient pointées sur les États-Unis à Cuba, quel subterfuge éhonté de comparer un Saddam Hussein qui avait envahi le Koweït avec une Amérique qui demande maintenant au monde entier de prêter la main à un massacre que le successeur actuel de Grégoire VII met publiquement sur le compte d'un " aveuglement sinistre ", quelle perversion de l'esprit de noyer dans le sang les couleurs du drapeau étoilé !

10 - L'Europe de l'esprit

Si vous n'écoutez l'Europe de l'esprit, où est le feu qui vous éclairera ? Dites-vous bien que les prophètes ne prophétisent pas : ils regardent . Ils lisent à livre ouvert un avenir qui leur crève les yeux, parce que le futur est gravé en toutes lettres dans le présent. Si vous êtes de bons lecteurs, ayez les pieds sur terre et ne prophétisez pas quand il suffit d'ouvrir les yeux. N'ayez pas peur, le danger est derrière nous. L'Amérique redoutable était celle du silence de l'Europe. Nous avons retrouvé la parole, nous faisons entendre notre voix ! Aucun despotisme n'a jamais été dénoncé de son vivant, parce que la vraie tyrannie étend devant elle un empire du silence et ne règne que sur des aveugles.

Le Général de Gaulle que vous regardez aujourd'hui est celui qui est sorti de son tombeau . Ne croyez pas que je vous ai entraînés dans les nues - je vous ai seulement parlé du réalisme de l'action politique, celle qui voit les vivants avant qu'ils soient passés par le royaume des morts, avant qu'on ne crie sur leur passage qu'ils sont ressuscités.

 

* 1 - Georges W. Bush, 1978-1984 : cadre supérieur dans la société pétrolière Arbusto-Bush Exploration. 1986-1990 : cadre supérieur dans la société pétrolière Harken.
2 - Dick Cheney, 1995-2000 : président-directeur général de la société pétrolière Halliburton.
3 - Condoleeza Rice, 1991-2000 : cadre supérieur dans la société pétrolière Chevron, qui a donné son nom à un pétrolier.