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La science historique face au retour des idoles

 

Faute que l'humanisme issu de la Renaissance ait conquis une connaissance anthropologique de l'espèce viscéralement onirique que nous sommes devenus au cours des millénaires, l'histoire de la planète est retournée à l'inintelligibilité du Moyen-Age . Le XXI e siècle conquerra-t-il un regard de l'extérieur sur l'encéphale schizoïde du simies specularis ? Saurons-nous pour quelles raisons psychobiologiques les semi évadés de la zoologie se forgent de gigantesques personnages cosmiques qu'ils appellent des dieux aussi longtemps qu'ils leur prêtent vie et des idoles après leur trépas?

Peut-être l'heure est-elle venue, pour l'historien moderne , de s'inscrire dans la postérité de Darwin et de Freud et de s'initier aux secrets abyssaux du simianthrope . Mais Clio se sentira-t-elle à l'aise parmi les poissons des grandes profondeurs ?

1 - Comment comprendre ce qu'on raconte ?
2 - " Plus je te regarde, animal, plus je deviens homme " (Valéry)
3 - La simianthropologie d'Isaïe
4 - Les premiers pas d'un regard sur les idoles
5 - L'animalité de Dieu
6 - La simianthropologie de demain
7 - Le silence assourdissant de la science historique d'aujourd'hui

1 - Comment comprendre ce qu'on raconte ?

La flotte des Achéens est en partance pour la ville de Priam. Depuis longtemps, elle attend que le dieu Eole veuille bien souffler dans les voiles. On finit, en désespoir de cause, par lui immoler la fille du chef de l'expédition. Alors le dieu se laisse enfin fléchir. Quel regard de l'intelligence l'historien ancien et moderne porte-t-il sur cette histoire? Aucun . Ce n'est pas mon affaire, dit-il, de comprendre l'animal dont je raconte les exploits sous le vent des siècles. Voici qu'Eole nous a conduits sous les murs de Troie. Mais une peste subite frappe les Achéens. Le devin Calchas, encouragé en secret par Achille, révèle à l'armée entière une terrible décision d'Apollon, qui a puni Agamemnon pour son refus de rendre sa fille Chryséis au prêtre Chrysè. Agamemnon capitule, mais se venge en réclamant une autre part du butin. Achille ne renonce pas pour si peu à humilier l'Amiral, lequel lui rend la monnaie de sa pièce en prenant dans son lit la Briséis que son rival avait reçue dans son lot. Achille jure sur le sceptre même du chef de l'armada de ne pas retourner au combat. Pis que cela, il implore sa mère, la nymphe Thétis, de faire le siège du roi des dieux et d'obtenir qu'il accorde la victoire aux Troyens aussi longtemps que durera son absence du champ de bataille. Zeus accorde cette grâce au traître le plus illustre des simianthropes . Qu'en dit l'historien simiohumain? Rien. Voici que le cerveau occidental est livré aux flammes. La nouvelle Troie est située à plus de mille lieues de l'Europe. Elle a pris la forme d'un tombeau mythique. Un homme-dieu en serait sorti dix siècles auparavant pour escalader le ciel. Entre temps, un nouveau souverain de l'univers s'est installé sur le trône de Zeus . Que comprend l'historien moderne de cette folle équipée? Rien. Un demi millénaire plus tard, voici toute la terre ravagée par un nouvel incendie. La victime égorgée sur l'autel du sacrifice a troqué les vêtements de la fille d'Agamemnon pour ceux du fils d'un charpentier de Nazareth. La question est de savoir s'il donne son sang à boire et son corps tout cru à manger à ses fidèles. Que dit la science historique de cette simianthropophagie planétaire? Rien. Mais voici qu'à un signal donné, le 24 août 1572, les dévoreurs et les buveurs du dieu se ruent sur les jeûneurs invétérés et en font un grand carnage . Leur chef tout croulant sous l'or et les pierreries fait sonner à toute volée les cloches de la Rome éternelle et, dans la liesse de toute la chrétienté, fait graver une médaille en mémoire d'un si glorieux carnage. Que dit Clio de tout cela ? Qu'en est-il des narines du nouveau roi du ciel ? De quelles odeurs le sacrifice flatte-t-il le plus récent des dieux du simianthrope ? Consultons l'historien moderne sur les secrets de cette sainte folie. Mais tous les oracles se sont tus. Et voici qu'un nouveau rédempteur de l'univers a surgi au delà de l'Océan. Il tient un sceptre d'or dans une main et une torche de l'autre et il se lance à grands cris à la conquête de toute la terre habitée . Quel est son talisman ? Le dieu "Liberté". Que comprend la science historique du pacte des armes avec les songes? Rien.

2 - " Plus je te regarde, animal, plus je deviens homme " (Valéry)

Ce n'est pas seulement la science historique française, mais celle de l'Europe et du monde qui se trouve à la croisée des chemins : ou bien elle se convertira à une simianthropologie en mesure de rendre compte non point de l'animal ou de l'homme, mais de l'animalité propre au simies specularis , le singe spéculaire dont l'encéphale , rendu schizoïde par son évolution, est devenu la proie de mondes oniriques scindés entre leurs félicités et leur géhenne, ou bien elle disparaîtra du champ des sciences heuristiques. Clio est au rendez-vous de Valéry l'abyssal qui disait : " Plus je te regarde, animal, plus je deviens homme". Observons donc l'animal greffé sur l'animal et dont l'animalité propre se nourrit des fureurs et des béatitudes de ses idoles. Qu'est-ce que "devenir homme" si l'homme est un animal qu'un piège de la nature a rendu délirant et dont la folie apostrophe les nues depuis qu'il s'est donné une mémoire de son errance?

Pour tenter de l'apprendre, demandons-nous ce que nous dirions d'une race de loups habiles à graver sur des tablettes l'histoire des luttes internes à la meute ; ou ce que nous dirions des fourmis guerrières si elles nous transmettaient le souvenir de leurs batailles gagnées ou perdues. Ce qui nous frapperait en tout premier lieu dans leurs récits, ce serait l'absence de tout regard de leurs historiens sur les loups et les fourmis en tant que tels.

Faut-il en conclure que le mémorialiste du simies specularis demeure non moins privé de tout recul à l'égard du théâtre du monde que le chroniqueur aveugle des loups et des fourmis, ou bien l'heure aurait-elle sonné au beffroi de l'Europe de dénoncer l'imposture multimillénaire d'une science qui ne comprend goutte au spectacle dont elle raconte les péripéties ? L'historien de demain se penchera-t-il sur les secrets du mammifère aveugle et sourd dont ses prédécesseurs se racontaient les extases et les fureurs alternées ?

Tentons d'ouvrir une travée dans la forêt de notre documentation sur l'encéphale simiohumain et sur les procédés qui lui permettent de se mettre en scène. De quel embryon de regard transanimal une science historique imperceptiblement humaine disposerait-elle ? Peut-être la notion de purification nous aidera-t-elle à ouvrir la brèche d'une première déforestation, sinon à y faire passer en force les troupes de choc de la simianthropologie. Car une définition singulièrement nouvelle de la catharsis intellectuelle a fait son apparition en Occident au XVIe siècle: l'auto lessivage religieux en usage dans le monde antique, puis devenu chrétien, a commencé de déserter la répudiation horrifiée des haruspices et des augures et même l'apologie de la piété intériorisée que le polythéisme connaissait depuis les origines, mais surtout depuis Trajan. Où les déserteurs encore clairsemés des anciennes dévotions se rendaient-ils ? Dans l'arène d'une revendication proprement cérébrale . Pour la première fois depuis longtemps, la croyance tentait de métamorphoser une victoire de l'intelligence critique en une victoire de la foi et de la religion.

Certes, quand un Julien l'Apostat tout enfumé et armé d'un soufflet faisait consumer à grand peine des animaux domestiques rebelles à grésiller sur l'autel - les portes closes du temple laissaient l'offertoire sans un souffle de vent - le spectacle des effluves de la bonne et saine piété des Anciens faisait rire sous cape les partisans même les moins philosophes du Nazaréen. Mais les disciples de la potence salvatrice étaient encore bien loin de trouver ahurissant que les dieux d'autrefois eussent persévéré à exiger des offrandes dévotes d'animaux domestiques à leurs fidèles, alors qu'Aristophane avait osé affamer les Célestes de son temps et les avait rendus tout piétinants de rage et de dépit quinze siècles auparavant.

Pourquoi cela, sinon parce qu'au temps des humanistes érasmiens, personne ne s'était encore aperçu qu'un gigantesque déguisement des cultes antiques avait bel et bien permis de revenir aux sacrifices antérieurs à Abraham : maintenant un seul homme assassiné sur l'autel était censé suffire au paiement d'un tribut sanglant à l'idole qui avait épargné Isaac, mais qui était redevenue aussi insatiable qu'auparavant. C'était désormais par la promesse d'un effacement de leur dette la plus ancienne que les nouveaux débiteurs de Jahvé se laissaient appâter. Comment se faisait-il qu'on leur promît leur "rachat" définitif, c'est-à-dire leur libération du créancier grippe-sous qui les retenait depuis des siècles prisonniers dans ses geôles ? On était de plus en plus gêné de recommencer sans cesse un marchandage inachevable. On faisait valoir à l'Harpagon du salut que le meurtre de la victime était fort malvenu sur un offertoire où l'avare de l'éternité avait été remboursé le plus honnêtement du monde, mais s'entêtait néanmoins à refuser de fournir à son ancien débiteur la quittance en bonne et due forme . On jugeait qu'un paiement unique et massif de l'arriéré suffisait à renflouer pour l'éternité les finances de la divinité. Cette immense révolution théologique était bien trop cataclysmique pour que l'encéphale semi animal de l'époque pût s'y convertir : il avait fallu attendre plus de trois siècles pour que l'aile luthérienne du protestantisme , qui avait conservé le prodige charnel au prix de quelques aménagements, capitulât devant Calvin le cartésien. Mais si Bismarck avait adopté la théologie genevoise de la suspension définitive de l'assassinat rédempteur, ce n'était nullement en anthropologue averti , mais seulement parce qu'en 1870 la promulgation du dogme effronté de l'infaillibilité pontificale avait outré la patrie de Kant et de Hegel. Il faudra encore attendre le milieu du XXe siècle, avec Bultmann, pour que le protestantisme allemand fît un scandale à dénoncer dans le catholicisme un retour déguisé à l'assassinat sacrificiel des origines et au paiement d'un tribut à une idole qui se faisait tirer l'oreille.

3 - La simianthropologie d'Isaïe

Quelle était la source psychique de la résistance que le sacrifice chrétien " réel " opposait à la théologie du meurtre interrompu de Calvin ? La substitution d'un "fils de Dieu" en chair et en os aux brebis , aux boucs et aux génisses autrefois immolés sur les autels des dieux antiques remontait pourtant au IIIe siècle. Elle se trouvait assortie de la consommation effective de la chair et de la potion du sang réel de Jésus par tous les fidèles rassemblés autour de l'autel, comme le rappellera l'Encyclique Mediator Dei du 20 novembre 1947. C'est que le chrétien du IIIe siècle ne devait pas se voir reprocher de bénéficier d'un sacrifice moins substantiel que celui des païens. Naturellement le clergé chrétien n'avait pas tardé à se réserver le monopole de l'hémoglobine : il lui fallait conserver pour lui seul la dignité suréminente attachée à ses relations privilégiées avec la divinité. Mais en abolissant le prodige de la "transsubstantiation" du pain et du vin de la messe en chair et en sang physiques de l'idole humano-divine, Calvin mettait en place une forme si nouvelle et si violente de la " purification religieuse " qu'elle se fondait sur les retrouvailles du christianisme avec la "sainte" colère de l'intelligence face à l'esprit tout politique et pratique de l'ex-préteur romain saint Ambroise. Pour la première fois depuis des siècles la raison mondiale se révoltait au spectacle de la sottise idolâtre . Certes, cette rébellion était demeurée un sacrilège infécond jusqu'à Darwin ; et pourtant, elle fondait en secret toute l'anthropologie transanimale, parce qu'elle se greffait sur une connaissance scientifique de l'évolution du cerveau simiohumain . Du coup, la notion d' " intelligibilité historique " ne pouvait plus tomber dans une léthargie aussi complète que précédemment. Il ne restait à Freud qu'à tenter d'actualiser cette révolution souterraine en faisant débarquer une généalogie de la folie religieuse dans le champ entier de l'exploration critique de l'inconscient de la politique et de l'histoire simiohumaines .

Ce qui avait été acquis, c'était l'évidence qu'il était contradictoire de prétendre observer et comprendre l'encéphale d'une espèce semi animale avec le secours du regard préformaté que toute foi porte nécessairement sur l'idole devant laquelle elle est condamnée à se prosterner. Comment le génie de Calvin avait-il rejeté avec une horreur épouvantée la bête agenouillée qui s'imaginait dévorer la chair d'un congénère et boire son sang sur l'autel, alors qu'il admettait le principe fondateur du christianisme, celui de la valeur religieuse d'un tribut sacrificiel offert à un souverain sauvage du cosmos ? C'est que Calvin voyait bien que le sacrifice barbare de la messe offrait une rente de situation à de nouveaux augures. Mais il entendait surtout renforcer l'omnipotence du créateur face à son clergé de caissiers. Pour empêcher Rome de tenir serrés les cordons de la bourse céleste, il fallait rien moins que mettre les fidèles à la merci d'un despote incontrôlable. Ce n'est pas sur ce chemin-là que la simianthropologie observe l'animalité proprement cérébrale du simianthrope. D'où provient-il le regard transsimien sur la simiohumanité de Jahvé, du Dieu de la croix et d'Allah ?

4 - Les premiers pas d'un regard sur les idoles

Pour le découvrir, il faut recourir à un changement radical de problématique. Alors que le théologien observe ses congénères dans le miroir de la théologie que leur tend leur idole, l'intelligence transsimienne observe l'idole dans le miroir que lui tendent sa politique et son histoire à elle . Pour cela, il faut que tout le spectacle simiohumain se réfléchisse dans un miroir nouveau, celui dans lequel l'idole se mirera et montrera sa double face à la " créature " - celle de son angélisme d'une part, et celle, d'autre part, de la gigantesque chambre des tortures qu'elle aura aménagée sous la terre. Alors seulement le croyant parvient à se regarder sous les traits mêmes de l'idole qu'il a chargée de le dédoubler, parce que toute la politique simiohumaine comporte nécessairement deux volets complémentaires: un ciel trompeur et une géhenne de la répression. Le fidèle qui se sera reconnu dans l'effigie pateline et cruelle de son idole aura reconnu l'animal qu'il est demeuré à lui-même et dont il aura hissé la doublure séraphique dans un ciel inutile. Valéry est au seuil de cette question quand il écrit :

Car l'ANGE est l'ANGE , et l'ANIMAL est ANIMAL
Et il n'y a rien de l'un dans l'autre
Et rien entre eux.
Mais CELUI-CI n'était ni l'un ni l'autre :
Je le savais d'une science immédiate et très certaine :
Une science de souffrance, une souffrance de science
Entre lesquelles
Le silence de l'HOMME et le silence mien
Changeaient d'âme à chaque instants…

(Paul VALERY, Paraboles pour accompagner douze aquarelles de L. Albert-Lasard , Pléiade, p. 200)

5 - L'animalité de "Dieu"

Inutile de souligner que la science historique contemporaine n'est pas près de se mettre à l'école des sacrilèges isaïaques. Mais puisque, depuis le XVIe siècle, les historiens du monde entier se racontent les guerres de religion de l'Occident avec des mines averties et échangent leurs informations sans se faire prier, leur définition de l'intelligibilité historique, donc la gentillesse apprise de leur manière de conjuguer les verbes expliquer et comprendre leur interdit de jamais prétendre à une connaissance plus objective du passé du singe spéculaire que celle d'Homère rapportant l'assassinat d'Iphigénie. Qu'en est-il du théâtre réel , celui des loups devenus narrateurs et demeurés acéphales? Si toute la représentation réelle échappe à la prédéfinition lupine ou entomologique de l'objectivité historique, les loups et les fourmis écrivassiers peuvent-ils espérer conquérir une vraie pesée de leurs encéphales respectifs? Quel est l'œil qui recevra sur sa rétine l'image de la dévoration de la bête du sacrifice sous les crocs du croyant et du prêtre ? J'ai déjà rappelé que seule une problématique en mesure de conduire la raison simiohumaine à se poser une question transanimale donnera sa portée à l'interrogation scientifique sur le statut actuel du cerveau des semi évadés de la zoologie. L'historien transsimien est le spéléologue qui se demande quels documents il lui faut apprendre à exhumer et à décrypter pour accéder à l'objectivité dont la vision rendra compte de l'animalité proprement simio humaine.

6 - La simianthropologie de demain

Comme Marcel Gauchet l'a compris depuis plus de deux décennies, l'Europe désenchantée souffre d'un interdit qui scinde sa civilisation entre les pratiques d'un sacré banalisé , mais protégé par la loi et un humanisme contraint de s'enfermer dans l'enceinte du " temporel " qui lui a été assignée par le Concile de Trente. Depuis lors, une ligne de démarcation tracée au cordeau interdit aux poètes de jouer les transfuges entre un fantastique religieux de plus en plus artificiel et un profane de plus en plus aptère. Comment, dans ces conditions, sceller des alliances entre le réel et le symbolique , comment observer la greffe des ailes du songe sur le quotidien , comment étudier la généalogie des signifiants s'il est sacrilège de chercher l'homme sous le dieu, le magicien sous le prêtre , le sorcier sous l'autel, le devin sous la chasuble, l'augure sous la crosse, l'idole sous les rites et les dogmes ? La sclérose des mythes se révèle parallèle à celle d'un humanisme de confection. Mais quand les croyances religieuses étalent leur sottise, elles retrempent le fanatisme des foules dans une ignorance plus armée jusqu'aux dents que jamais.

La raison est-elle pour autant menacée du même naufrage qu'au premier siècle du christianisme ? Nullement : ni l'Afrique des sorciers, ni l'Islam enflammé, ni l'Amérique messianisée par le mythe démocratique ne font le poids devant une Russie à jamais guérie de la théocratie, une Chine pragmatique et fidèle à l'athéisme d'un bouddhisme authentique, un ex empire des Indes résolument polythéiste, un Japon dont les cultes n'ont jamais pris une forme doctrinale, une Amérique du Sud qui tente de changer le christianisme en une religion de la libération des peuples et des nations , une Europe qui rêve de faire réembarquer les troupes de son rédempteur trop riche et trop casqué, une culture des Lumières proche de retrouver ses esprits après un long cauchemar apostolique.

Mais la classe dirigeante mondiale se veut désormais résolument acéphale . On chercherait en vain un millième de milligramme de souci de la vérité " en elle-même et pour elle-même " sous son crâne. Aussi les progrès du "Connais-toi" ne peuvent-ils que se rendre invisibles, discrets, souterrains. Alors que le XVIIIe siècle avait rendu publics les débats sur le sacré, le XXIe se promet d'élaborer un savoir anthropologique sacrilège , mais caché . La science du simianthrope a besoin de se protéger de la rue, parce qu'elle réécrit l'histoire du monde à une école du regard née d'une espèce à venir , ce qui l'entraîne dans des profanations auprès desquelles les petits blasphèmes de Voltaire paraissent des jouets d'enfants.

7 - Le silence assourdissant de la science historique française

Par bonheur , les prémices d'une révolution de la méthode historique ont été subits et brutaux. On se souvient de l'attentat de New-York du 11 septembre 2001 , puis, quatre ans plus tard, des caricatures de Mahomet d'abord publiées en catimini au Danemark et dont la déflagration ne s'est répercutée en Europe qu'en février 2006, on se souvient de ce que l'Amérique est partie aussitôt en croisade contre l'hydre d'un " terrorisme " international et cosmique devenu en un clin d'œil le nouveau Satan même aux yeux d'une Europe qu'on croyait devenue un brin plus rationnelle que le reste de la planète.

Mariali

Puis, le dragon du messianisme, de l'apostolat et de la rédemption américains a refermé ses griffes sur la civilisation du pétrole.

Mariali

Du coup, on commence d'entendre, ici ou là, le silence méthodologique assourdissant de la science historique "rationnelle" et "objective" sur notre astéroïde tressautant, parce que cette discipline ne sait encore rien de l'encéphale schizoïde d'une espèce auto réfléchie dans le miroir de ses idoles. Qui sont les gigantesques réflecteurs oniriques du simianthrope que le dédoublement catastrophique de sa masse cérébrale appelle à se mirer dans les fantasmes bipolaires qui se promènent dans sa tête et qui peuplent son histoire et sa politique depuis quelques millénaires?

A propos d'un athéisme endormi. Les troupes de choc du "Connais-toi" sur la piste du "corps" des dieux, 4 mars 2006

Pour la première fois, la question de la nature du cerveau du singe semi pensant se situe au cœur de la connaissance scientifique de l'histoire. On attend la simianthropologie capable de radiographier l'animal qui s'imagine qu'il s'en ira voleter dans un royaume des félicités éternelles . Puisque l'effondrement de la sotériologie marxiste n'a pas mis un terme à la saga chaotique et sanglante des eschatologies posthumes, le mythe démocratique ne fera-t-il que prendre le relais des mythes du salut, ou bien la science historique française et européenne plongera-t-elle les fuyards immémoriaux de la zoologie dans l'eau de baptême de l'intelligence à venir?

le 15 mars 2006