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A propos de la mort sacrificielle de Jean Paul II

Quelle est l'identité du Dieu des chrétiens?

 

Le décès médiatisé et les funérailles planétaires de Karol Wojtyla posent à l'anthropologie critique la question de la nature même d'une espèce dont le Dieu est un torturé à mort dédoublé entre son immolation sur une potence et l'hymne à la vie que symbolise le mythe de sa résurrection. Cette bipolarité du sacrifice chrétien reproduit la dichotomie cérébrale dont souffre un vivant condamné à tuer à la guerre afin d'assurer sa survie et à glorifier un Eden posthume. Le christianisme se laisse-t-il décrypter dans sa sauvagerie et dans son irénisme originels ? Dans ce cas, il sera localisable dans l'histoire de l'encéphale simiohumain et une possible mutation de l'intelligence des évadés de la zoologie ferait passer notre civilisation à une nouvelle étape - et à une révolution - du "Connais-toi" .

J'ai mis en parallèle le meurtre de l'autel chez les Grecs de l'âge classique avec celui du Golgotha sanglant et rédempteur, ce qui permet de souligner leur fonction purificatrice commune et les fondements partagés de leur politique du sacrifice collectif . Quel est l'avenir intellectuel du christianisme ?

1 - Une religion fondée sur le sacrifice humain
2 - La perpétuation du meurtre sacré
3 - La théologie du trépas rémunéré
4 - Le sacrifice en bouquet
5 - Un signe de contradiction
6 - La théologie du meurtre sacré unifié
7 - Le sang purificateur
8 - L'immolation peut-elle porter sur un mort et s'exercer ex opere operato ?
9 - La quantification sacrificielle
10 - L'Europe du salut par la pensée
11 - L'apothéose de la Croix dans le thermonucléaire
12 - L'espérance de la raison
13 - La Croix et le Croissant

1 - Une religion fondée sur le sacrifice humain

Les consultants de ce site sont devenus familiers de mes lectures simianthropologiques en direct de l'actualité politique internationale et de l'inconscient religieux ou parareligieux qui commande les démocraties rédemptrices . Je me livrerai donc seulement à un exercice pratique d'interprétation anthropologique de la mort de Jean Paul II, afin d'illustrer les méthodes de dissection et de vivisection des religions dont use une science historique largement consacrée à l'analyse critique des sotériologies simiohumaines.

En 1947, le théologien protestant Rudolf Bultmann s'était essayé le premier à faire débarquer l'anthropologie dans l'interprétation traditionnelle du meurtre rémunéré par le ciel que l'autel chrétien met en scène depuis deux millénaires : pour le grand exégète de St Jean et de St Paul, le paiement d'un tribut sanglant à une religion messianique renvoyait l'immolation du Golgotha aux cultes en vigueur au cours des premiers pas de notre évolution cérébrale , à l'heure où tantôt nous acquittions ponctuellement des rançons d'un montant variable à des dieux aussi sauvages que nous-mêmes, tantôt nous nous faisions déjà tirer l'oreille. En déclarant à son tour: " J'offre, comme le Christ, mes souffrances pour que le dessein de Dieu s'accomplisse et que sa parole fasse son chemin à travers les hommes ", le pape Jean-Paul II ignorait-il qu'il fournissait un document retentissant à la science moderne des idoles parce qu'il rendait planétaire la lecture rationnelle d'un culte de la Croix qui éclaire de la lumière la plus crue les fondements sacrificiels de toutes les théologies semi animales?

L'irruption de l'ethnologie dans la connaissance du sacrifice du gibet avait été confirmée quelques jours avant la mort planétarisée de ce pape, quand le cardinal Camillo Ruini avait enfoncé le clou, si je puis dire, en lisant un ultime message rédigé ou dicté par le mourant, selon lequel l'agonie de Jésus sur un instrument de torture réservé aux esclaves aurait " fait jaillir une nouvelle espérance pour l'humanité ", et cela pour le motif que cet assassinat cultuel aurait convaincu l'idole de l'Ancien Testament d'effacer le " péché originel " tout soudain, donc d'un seul coup et définitivement : un pardon aussi subit, généreux et inattendu du bourreau sacré devait être interprété comme le signe d'un " nouveau départ dans l'histoire du salut ".

Certes, Jean-Paul II est mort en témoin d'une mythologie de l'agonie non seulement payante, mais appelée à inaugurer le nouvel âge d'or dont l'espérance s'est enracinée dans un millénaire et demi de l'histoire religieuse de la Pologne ; mais cette doctrine répond de toute évidence aux racines psychobiologiques du sacrifice rentable, comme en ont témoigné plusieurs jours durant la ferveur du milliard de catholiques recensés dans le monde et l'afflux de plusieurs millions de pèlerins à Rome : on sait que cette marée humaine a assisté à l'agonie du successeur de Pierre comme s'il s'agissait de celle d'un dieu rédempteur ; puis qu'elle a coulé jour et nuit devant sa dépouille mortelle ; et enfin, qu'elle est demeurée longtemps dans un état de prostration sur la place Saint Pierre après les funérailles, tandis que les chefs d'Etat du monde entier quittaient précipitamment les lieux, exaspérés par une messe étirée sur près de trois heures. Ces événements ont illustré d'une manière titanesque l'infirmité scientifique de l'anthropologie actuelle, dont les connaissances et les méthodes d'analyse du cerveau moyen de notre espèce illustrent un Moyen-Age de la pensée. Mais l'analyse anthropologique de la théologie simiohumaine dispose désormais d'une instrumentalisation médicale intense, en raison du progrès des techniques qui prolongent artificiellement la survie des agonisants et qui permettent aux Esculape modernes de mettre en scène le modèle le plus ancien de l'offrande de la mort récompensée à une idole insatiable.

C'est pain bénit pour ma recherche que les moyens thérapeutiques modernes permettent de procéder à des agrandissements photographiques du sacrifice chrétien. Grâce à la conservation mécanisée de la victime promise à l'immolation salvatrice, des voix ont commencé de s'élever parmi les laïcs, mais également dans l'Eglise, pour dénoncer le sado-masochisme inconscient qui inspire la vénération des semi évadés de la zoologie pour la souffrance individuelle primée dans l'au-delà. Mais pourquoi la compassion tellement plus intéressée que pieuse des fidèles pour un moribond de grand prix juge-t-elle tout naturel que le ciel se soit bien gardé de tenir sa promesse prématurée d'ouvrir une page nouvelle de l'histoire du globe terrestre et qu'il soit devenu tellement nécessaire de rassasier l'idole jour et nuit, tellement le tribut originel de la lente agonie d'un innocent sur un gibet s'est révélé insuffisant ? La dette n'était-elle pas censée avoir été épongée à titre définitif ? Et puis, pourquoi déglutir la victime, chair et sang mêlés , et pourquoi avec des mines extatiques ?

2 - La perpétuation du meurtre sacré

Le recommencement perpétuel du meurtre pieux répond évidemment à une pulsion psychogénétique que le Golgotha avait permis d'amorcer . Mais on ne déclenche pas un culte, on le rebranche ; et comme il se trouve que la science de la cruauté connaturelle aux théologies simiohumaines et à leur évolution cérébrale est encore une terra incognita, on n'a vu naître qu'une répulsion intellectuellement désarmée de nos sciences humaines, donc une révolte stérile et condamnée à demeurer seulement instinctive devant le spectacle médiatisé sous l'œil des caméras de l'offrande ultra symbolique d'un martyr livré à l'assassinat de l'autel sur les cinq continents.

Sans doute nos progrès lents et tardifs dans le décryptage de l'évolution psychogénétique de notre encéphale ont-ils grand besoin de coups de pouce improvisés de Clio. Les circonstances sont la providence des sciences ; d'ores et déjà, la théologie semi animale du meurtre de la croix ne sortira pas indemne d'un étalage aussi international des relations que la sacralisation cultuelle du sang simiohumain entretient avec la politique d'une espèce aux yeux levés vers le ciel ; car tout pouvoir terrestre ne peut que se frotter les mains au spectacle de la religion la plus économique du monde, celle qui fonde la sainteté des peuples et des nations non seulement sur la sanctification de la souffrance d'un seul homme et sur l'élévation d'un torturé à mort au rang de moteur glorieux de l'histoire universelle, mais qui se donne de surcroît pour témoin suprême de sa vocation au martyre individuel un Jupiter lui-même livré à une mort ignominieuse.

On sait que le créateur chrétien se donne à tuer en héros cosmique de la douleur et qu'il est censé avoir trépassé trois jours durant. Pourquoi cela , sinon pour le motif que seule une religion fondée sur l'agonie cultuelle d'un dieu a permis d'innombrables victoires sur tous les champs de bataille du monde, alors qu'Abraham avait affaibli Jahvé à lui retirer le couteau des mains et que Mahomet avait confirmé la substitution astucieuse d'un agneau à l'immolé chrétien sur une potence. Depuis deux millénaires, le Golgotha dit à ses fidèles: " N'ayez pas peur , (Jn, 6 , 20 ), jamais vous ne placerez sur vos offertoires une victime dont le supplice apaisera le courroux de votre ciel plus efficacement que le mien. "

C'est pourquoi il est essentiel de retracer brièvement le chemin parcouru par les semi évadés des ténèbres entre l'offrande de divers animaux à leurs idoles et leurs retrouvailles avec le meurtre d'un congénère en or massif, le choix de la victime la plus précieuse possible se révélant significatif au plus haut point.

3 - La théologie du trépas rémunéré

Quel était, chez les Grecs de l'âge classique, le sens de l'offrande d'animaux de boucherie aux dieux ? L'idée s'est universellement répandue selon laquelle le singe évolutif substituerait un animal sans âme, un antipsychon à la donation de sa propre vie à la divinité. Mais cette lecture est déjà chrétienne et remonte à Eusèbe. Entre Homère et Alexandre, les Grecs n'ont pas formulé de théorisation théologique du sacrifice animal ou simiohumain. Hérodote nous apprend qu'il s'agissait seulement d'un rite de déviation du malheur sur un objet de vil prix et que la formule liturgique soulignait expressément la nature et la finalité d'un sacrifice avaricieux, ainsi que son origine égyptienne. " Si quelque mal était sur le point de frapper soit les présents sacrificateurs, soit l'Egypte tout entière, qu'il soit détourné sur cette tête. "

De surcroît, Hérodote souligne que les marchands égyptiens vendaient plus cher ce type de paratonnerre aux Grecs, dont le marché était plus rentable pour le motif que jamais un Egyptien n'aurait consommé pieusement un animal sacrifié, ce qui entraînait une chute des cours. Cependant, il faut se garder d'en conclure trop précipitamment que la Grèce aurait entièrement ignoré le principe selon lequel l'animal serait un substitut du singe-homme. Quoi qu'il en soit, l'immolation d'un congénère parfois consentant et même enthousiaste à la perspective de périr pour une idole illustre démontre précisément une connexion étroite entre le sacrifice de Jésus et le sacrifice simiohumain dans l'antiquité classique ; car le meurtre de l'autel répond toujours à un cérémonial d'inspiration politique. Aussi l'initiative n'en appartient-elle jamais au singe évolutif et en transit entre deux espèces, mais exclusivement à ses idoles : dans les grands périls publics, ce primate consulte une divinité vénérée de tous, donc engagée dans la politique par définition . C'est au ciel seul qu'il appartient de décider par la voix d'un oracle de quelle personnalité éminente et aimée de la cité entière il demande expressément le trépas afin de s'autoriser à accorder le salut de tous en retour. A l'heure où l'armée du Thrace Eumolpe marche sur l'Attique , le roi de l'époque, Erechthéus demande au dieu de Delphes par quel moyen il se défendra victorieusement. L'oracle lui met le marché sacré en mains : il lui faut immoler sa fille. Le roi obtempère et l'idole généreuse sauve l'Attique en échange.

4 - Le sacrifice en bouquet

Il est évident que la théologie chrétienne se fonde sur le même principe, à deux différences près : premièrement le Dieu pré-abrahamique redescend dans l'arène afin d'exiger, de surcroît , le sacrifice de son propre fils ; secondement, et malgré l'insistance pressante que l'idole y met, la victime rechigne si fort à obtempérer que sa résistance a indigné et stupéfié des générations de théologiens oscillants entre la fureur devant la désobéissance du payeur espéré et leur inquiétude qu'il en vienne à leur échapper. Jésus était-il un impie ou un couard ? S'est-il résigné à l'obéissance ou a-t-il voulu démontrer qu'il est humain de trembler aux portes de la mort et que l'idole pardonne la faiblesse de ses victimes ? (Aux sources du meurtre sacrificiel chrétien) On voit que le principe du sacrifice sanglant a ressurgi intact huit siècles après Abraham. L'exemple d'Eumolpe, mais également celui d'Agamemnon dans l'Iliade, démontre en outre que le sacrifice le plus payant est celui par lequel le chef paie de sa personne par l'offrande de sa propre progéniture. Dans le christianisme, le créateur du cosmos imite Eumolpe et Agamemnon : c'est à lui d'acquitter le tribut le plus précieux . Le message politique est clair : si les élites n'offrent pas l'exemple, tout s'effondre, parce que le poisson pourrit par la tête.

D'un côté l'idole antéabrahamique ressuscitée illustre à tel point l'impératif immémorial de l'immolation d'un être humain qu'on assiste à l'universalisation du principe selon lequel elle se livrera elle-même au bourreau ; de l'autre, la réduction du meurtre sacré à une seule victime exécutée à tel endroit et à telle époque se révèle plus illusoire que toute autre , parce qu'elle permet de fonder un culte endémique du meurtre délivreur et de rassembler les immolations en une immense bouquet. Le christianisme a fait de l'offrande de la mort l'âme de toute piété authentique . Pour la première fois, les fidèles d'un dieu se voient appelés à se rassembler en une gerbe d'agonisants dont la puissance politique rendra leur sacrifice invincible en raison de son unanimité. Aussi les pénitences et les macérations de la multitude des suicidaires de leur foi ont-elles rempli les monastères pendant deux millénaires. On sait que Rancé faisait trépasser ses moines sur une croix de cendres semées à même le sol. Au reste les légions de cénobites n'ont fait que prendre la relève des ermites éparpillés dans le désert.

5 - Un signe de contradiction

C'est dire que Jean Paul II a voulu rappeler au monde entier que le christianisme originel est constitué de Kamikazes de la Croix. Mais l'auto immolation généralisée intra muros est devenue doctrinale dans des circonstances politiques bien connues : la chute de l'empire romain en appelait à une insurrection mondiale de soldats du ciel. On croyait qu'à élever un chef imaginaire du cosmos à la hauteur du désastre on l'aiderait à y porter remède. Aussi, la dette religieuse d'une Europe politiquement et intellectuellement déclinante à l'égard de Jean Paul II est-elle immense, parce que vingt siècles après l'immolation inaugurale du Golgotha et seul de tous les chefs d'Etat en exercice, ce pape a osé clouer le plus puissant empire du monde au pilori de son ciel, parce que seul il a eu l'audace de fulminer contre le César qui allait déclencher la guerre en Irak et exterminer cent mille Irakiens en deux ans, parce que seul et dans le silence universel des esclaves et de la prétendue " liberté de la presse " des démocraties, il a repris avec vaillance le flambeau des premiers siècles d'un christianisme insurrectionnel et dont la foi foudroyait l'impiété des empereurs.

Mais aujourd'hui, comment la levée de millions de chrétiens décidés à donner leur vie pour une éthique mondiale de la politique suffirait-elle à seulement retarder l'ascension militaire d'un nouvel empire du glaive ? Au reste l'occupant sanglant de l'Irak a eu l'habileté de venir s'incliner en grande pompe et sur le mode tonitruant devant la dépouille mortelle de celui qui l'avait menacé d'excommunication majeure, tellement ce Canossa tout apparent n'a embarrassé personne, tellement une religion fondée sur le clouage d'un innocent sur une potence vire nécessairement à l'apologie de l'obéissance et de la passivité politique.

Mariali , Les pénitents de la Maison Blanche à Canossa

"Non à la guerre! Quiconque décide que tous les moyens pacifiques de la loi internationale ont été épuisés, assume une grave responsabilité devant Dieu, devant sa propre conscience, et devant l'histoire." (Jean Paul II, 20 mars 2003, jour du déclenchement de l'invasion de l'Irak par les États-Unis)

Le moins que l'on puisse dire de ce tapage médiatique, c'est que notre civilisation n'est pas près d'entendre la voix d'un Isaïe ou d'un Jérémie du christianisme. La question est plutôt de savoir où le feu de l'esprit s'est caché. Ne courons-nous pas vers une terrible régression de l'intelligence et de la science ? L'agonie sacrificielle de Jean Paul II nous placera-t-elle à la croisée des chemins, celle où l'intelligence critique est appelée à prendre la relève de l'autel ? La mort de ce pape sera-t-elle un gigantesque signe de contradiction - celui-là même que le message du meurtre fondateur chrétien échoue à illustrer depuis deux millénaires ? Il s'agit de savoir si la civilisation de la pensée continuera d' apprendre à se connaître à l'école de la postérité vivante de Socrate ou si elle montera à nouveaux frais sur l'offertoire antique où le sang d'Iphigénie et d'Isaac secourait le glaive des tyrans.

6 - La théologie du meurtre sacré unifié

Pour ouvrir un débat dont dépend l'avenir de l'Europe intellectuelle et politique, il convient en tout premier lieu d'approfondir l'analyse anthropologique d'une religion demeurée viscéralement sacrificielle et de la comparer avec celle des Grecs aux yeux desquels l'immolation simiohumaine était fondée sur le calcul intéressé dont l'animal de l'autel use en tous lieux et depuis des millénaires: partout et à toutes les époques un malheur qui entraînerait l'anéantissement de la cité tout entière sera conjuré par le plus puissant des exorcismes, celui qui détournera la foudre sur un seul congénère exposé sur l'offertoire. A l'instar du polythéisme grec, le sacrifice chrétien focalise toutes les forces et toutes les ressources de la piété collective , mais il a hypertrophié de surcroît le principe de l'immolation payante au point que le meurtre du Golgotha était devenu le sacrifice paradigmatique du genre simiohumain et le cœur battant de la religion de notre espèce.

Cette hypertrophie s'exprime encore de nos jours par la consommation de la victime vivante. On sait que les Grecs n'étaient pas allés jusqu'à boire le sang et à manger la chair d'un congénère paradigmatique rendu l'égal de Zeus lui-même. Ce n'est pas qu'ils ne se seraient jamais sentis en si grand péril qu'il leur eût fallu se résoudre à la dernière extrémité de se nourrir de leur victime et de la digérer afin de sauver non seulement leur cité de la perdition, mais également l'univers entier ; car à l'heure où toutes les ressources des autels anciens étaient épuisées, ils cédaient à une résignation tragique et sans remède, comme on l'a bien vu à l'heure où rien n'a pu terrasser le fléau de la peste d'Athènes sous Périclès. Il n'en reste pas moins que dans les deux cultes, le sacrifice simiohumain doit répondre en catastrophe à un cataclysme imminent. C'est pourquoi les Grecs jugeaient impie et barbare l'immolation, ordonnée par Xerxès, de quatorze enfants de Perses de haut rang à seule fin de prolonger la vieillesse de son épouse Amestis, alors que leur enterrement vivant ne répondait en rien à un danger collectif.

7 - Le sang purificateur

L'identité commune au sacrifice simiohumain chez les Grecs de l'âge classique et chez les adeptes du sacrifice du Golgotha réside également dans la finalité réparatrice que les deux meurtres se partagent: car, dans les deux cultes, il ne s'agit nullement de conjurer des malheurs inopinés et imprévisibles, mais de purifier une cité légitimement frappée d'une culpabilité collective gravissime. Les Témésiens de Bruttium ont sacrifié chaque année et sur ordre de la Pythie la plus belle vierge de la ville pour avoir lapidé un compagnon d'Ulysse. La même déesse avait contraint les profanateurs du temple d'Artémis Triklaria en Achaïe à immoler annuellement non seulement les coupables de ce forfait , mais de surcroît, les plus beaux éphèbes et les plus belles vierges de la ville . On notera que le châtiment de purification par le sang répandu n'avait pas pris fin au retour de Troie du héros thessalien Euripilus , mais seulement après qu'il eut obtenu de la Pythie la levée de la sanction par l'effet d'un oracle qui abolissait le premier . Cette règle vaut pour toutes les mutations des théologies du sacrifice : ce n'était pas Abraham qui avait retiré son fils Isaac de l'autel, c'était l'idole en personne qui était censée lui avoir ordonné de lui substituer un agneau. De même , ce n'est pas Mahomet qui a retiré l'immolé du Golgotha de l'autel préabrahamique retrouvé des chrétiens, mais Allah.

C'est pourquoi il faut souligner que la souillure à laver est toujours tenue pour collective : dans le christianisme, elle s'appelle le péché originel. Cette macule était devenue tellement universelle, innée et indélébile qu'il fallait attendre l'apocalypse terminale pour qu'elle se laissât effacer. C'est pourquoi la mort emblématique de Jean Paul II a fasciné le monde: elle était censée rappeler aux chrétiens oublieux du contenu de leur théologie qu'au stade actuel de son évolution cérébrale et éthique, l'espèce simiohumaine agonisera jusqu'à la fin des temps et que la religion du Golgotha était, hier encore, détentrice du monopole absolu de la réparation efficace à l'échelle mondiale, parce que l'idole avait consenti à trépasser en personne et pour trois jours. Seul le créateur du cosmos était tenu pour capable de montrer l'exemple suprême du sacrifice. Mais l'hypertrophie publique de l'encéphale religieux du singe pénitentiel et dévorateur de sa victime sur l'autel a été illustrée par la mort christique du pape, qui a présenté un grossissement tel qu'il en est devenu caricatural et qu'il a montré " providentiellement " , dirait-on, le chemin d'une anthropologie scientifique capable d'observer l'évolution de l'encéphale biphasé de l'espèce auto immolative, donc de suivre pas à pas l'histoire de son évasion partielle du règne semi animal.

8 - L'immolation peut-elle porter sur un mort et s'exercer ex opere operato ?

Il fallait bien décider comment, à quel moment et par quels moyens concrets Jésus est réputé tué physiquement par le sacrificateur. De plus, si la validité religieuse du cérémonial de la mise à mort, donc de l'exécution censée effective du condamné, est expressément conditionnée par la prononciation des paroles rituelles prescrites par la liturgie et si elles accompagnent obligatoirement la trucidation salvatrice, quid en cas d'irrégularité dans le déroulement du cérémonial ? Chez les Grecs également, le meurtre de l'autel n'était validé par les hiérarques et par toute la cité que s'il s'accomplissait dans les formes consacrées: mais chez eux, on demeurait avec un cadavre en chair et en os sur les bras si le déroulement du sacrifice n'avait pas minutieusement obéi aux prescriptions.

Aussi la théologie catholique proclame-t-elle non seulement réelle au sens corporel la victime immolée sur l'autel, mais réel le poignard que figurent les paroles de la consécration, les formules liturgiques officielles jouant le rôle du couteau aux yeux de nombreux théologiens du meurtre sauveur . Ce n'est pas ici le lieu d'exposer en détail l'histoire d'une théologie florissante jusqu'en 1924 et qui ne s'est tarie que pour tomber dans un nouvel embarras - car si la victime est fournie toute trucidée à l'officiant, comment un cadavre peut-il descendre du ciel où il est censé ressuscité ?

Tout au long des solennités cultuelles, la divinité grecque exerçait le contrôle des gestes et des paroles de ses sacrificateurs agréés. Mais le prêtre chrétien est censé accomplir de surcroît le prodige extraordinaire de la transsubstantiation miraculeuse du pain et du vin hérités du rite hébreu en chair et en sang de la victime, et cela même s'il est souillé par le péché, alors que l'officiant grec devait se présenter purifié devant l'autel . Tous les textes grecs que nous connaissons rappellent que la valeur vénale du sacrifice , même d'un animal , ne compte pour rien, seule la piété de l'offrant lui valant le bénéfice du salut. C'est que les sacrificateurs grecs n'étaient pas intégrés à un corps sacerdotal séparé du peuple et qui les aurait rendus opérationnels à titre statutaire ; non seulement ils étaient élus en fonction de leurs vertus civiques , mais tout père de famille était prêtre et sacrifiait dans sa maison , une couronne sur la tête .

9 - La quantification sacrificielle

Si l'on compare le nombre des victimes humaines du paganisme grec à l'âge classique au nombre de victimes chrétiennes , on en comptera deux cent dix huit pour Poséidon, deux cent cinquante pour Athéna , deux cent soixante et onze pour Hermès, deux cent dix-neuf pour Apollon, trois cent soixante et un pour Artémis, trois cent treize pour Arès, ce qui fait mille six cent quatre vingt un sacrifiés, auxquels il faut ajouter qu'un oracle avait envoyé annuellement et pendant mille ans deux vierges de Locres au meurtre sacré à la suite de l'outrage subi par Cassandra de la part du Locrien Ajas. Je ne compte ni la purification d'Athènes par Epiménédès, qui coûta un grand nombre de nobles jeunes gens, tous volontaires, ni les immolations de prisonniers ennemis, que Thémistocle réduisit à trois en prélude à la bataille de Salamine .

Mais qu'est-ce que cela si l'on songe aux dizaines de milliers de moines chrétiens qui ont agonisé dans les monastères , de la sœur de Pascal à Thérèse de Lisieux , la dernière sainte que son suicide par une tuberculose volontairement contractée a élevée à un rythme accéléré au rang de docteur de l'Eglise, alors que le poète Jean de la Croix a mis trois cent trente cinq années pour être élevé au rang de docteur de l'Eglise . C'est qu'une religion dont la foi se focalise sur un seul sacrifice sanglant fournit à la guerre un réservoir d'immolés potentiels. C'est pourquoi sainte Thérèse de Lisieux est devenue l'héroïne de la Croix dont l'immolation volontaire avait illustré d'avance le sacrifice patriotique aux yeux des poilus massacrés dans les tranchées - et c'est cette anticipation religieuse qui lui a valu une canonisation rapide à l'heure où la loi de 1905 avait empêché de célébrer à Notre Dame un Te Deum au Dieu de la France victorieuse en 1919.

10 - L'Europe du salut par la pensée

L'étude de la lente conversion du meurtre de l'autel à un irénisme infantile permet de progresser dans le décodage psychobiologique du sacré simiohumain , parce que la victime du Golgotha est la seule dont la valorisation résulte de sa mise à la torture. La sainte hypertrophie de la souffrance humaine est demeurée inconnue des Grecs. Aussi la coalescence confuse entre le châtiment pénal mérité et le châtiment rédempteur envoyé par le ciel a-t-il traversé deux millénaires de l'histoire boiteuse du chrétien : comment allait-on distinguer clairement l'écartèlement de Ravaillac des tortures expiatoires du Christ ? On sait qu'il lui sera amèrement reproché de n'avoir ni couru au supplice sauveur avec des " bondissements de joie ", ni exprimé sa gratitude à l'idole qui lui accordait le privilège immense et solitaire de tirer à lui seul tout le genre humain de la souillure du péché. La théologie d'une mise à mort divinisée et du tribut de la torture surajouté au trépas a empoisonné et rendu claudicante la théologie occidentale pendant deux millénaires ; car non seulement la souffrance corporelle du coupable a été supprimée par nos lois, mais le châtiment bref et violent de la peine de mort a été aboli quasi dans le monde entier, ce qui conduit notre civilisation adoucie à creuser un fossé infranchissable entre sa philosophie politique et sa religion.

Que signifie le fait que " Dieu " joue le rôle d'un supplicié censé se donner à tuer le plus sauvagement possible, sinon que l'assassinat d'un créateur torturé à mort par des barbares assure le pieux branchement de l'histoire simiohumaine sur la glorification de la souffrance payante? Du coup, l'agonie du dieu-homme sur un gibet élevé au rang d'offertoire dégoulinant de sang métamorphose le ciel simiohumain en l'autel d'un meurtre irremplaçable. Toute l'histoire de notre espèce en offrira l'édifiant spectacle . La bipolarité psychique dont la divinité se trouve frappée à son tour renvoie la victime et son modèle céleste à la même scission innée de leur encéphale : c'est ensemble qu'ils font un seul et même animal , c'est ensemble qu'ils se trouvent scindés entre le réel et le sacré censé les unifier de conserve. Le jour où le cerveau que la victime et son idole biphasée se partagent devient le réflecteur cosmique de leurs adorateurs, la radiographie de l'animal cloué sur ses propitiatoires peut commencer : incipit anthropologia.

11 - L'apothéose de la Croix dans le thermonucléaire

On comprend, dans ces conditions, que la révolution intellectuelle et scientifique qui introduit la notion de simiohumanité dans la philosophie trouve son illustration politique dans l'analyse des ressorts psychobiologiques d'un assassinat cultuel dont les négociations de l'Europe avec l'Iran sur l'arme atomique soulignent l'enjeu cérébral. Bien que tous les théoriciens du nucléaire guerrier savent, depuis plus de trente ans, que l'arme absolue met un terme au mythe de l'efficacité des meurtres cultuels " rédempteurs ", l'hypertrophie même du sacrifice religieux de type simiohumain dans l'apocalypse militaire occulte un oubli secret et semi conscient de notre civilisation : l'oubli que le suicide collectif ne saurait remplacer la victoire par les armes et que le thermonucléaire volatilise dans l'atmosphère tout ensemble le champ de bataille et l'autel. (L'Europe face à la gendarmerie cosmique des Etats-Unis ).

Pourquoi le culte chrétien pouvait-il se donner le luxe de se présenter à la fois comme le lieu d'un meurtre et comme un hymne à la vie, sinon parce que le sacrifice d'une phalange de héros de la mort suffisait à assurer la multiplication de l'espèce. C'est cet équilibre précaire depuis les origines qui se trouve définitivement rompu quand la planète entière se change en une gigantesque poudrière. Alors l'espèce se découvre à la fois responsable de sa survie dans un cosmos que personne ne surplombe et livrée au ridicule de faire le matamore devant une foudre inutilisable et devenue un hochet .

La malchance religieuse de Jean-Paul II résulte de ce que le recours longtemps prospère à l'efficacité parallèle du sang humain censé couler sur l'autel et répandu en grande abondance à la guerre - ce recours, dis-je, est arrivé au terme de sa rentabilité théologique avec la métamorphose d'une bombe militairement obsolète en un instrument de prestige aussi décisif pour les grands Etats que l'excommunication majeure pour la papauté au Moyen-Age. Que faire d'un jouet que le cerveau simiohumain juge indispensable à la défense du rang des nations sur la scène internationale ? En disqualifiant une théologie de l'assassinat de la Croix à bout de souffle par le subterfuge technique de la médicalisation terminale d'un pape agonisant, la mort " sotériologique " de Jean-Paul II a illustré jusqu'à l'outrance l'ultime rendez-vous de l'Occident pensant avec la réflexion anthropologique sur la politique dont notre civilisation a besoin pour retrouver son hégémonie cérébrale dans le monde.

Puisque le mythe politico-sacrificiel chrétien est décédé en public aux côtés d'une arme devenue impuissante et qui rend inopérante l'apothéose du Golgotha dans le thermonucléaire, il faut une révolution anthropologique de la philosophie pour apprendre qu'on n'apaisera pas une idole arrivée en phase terminale par la feinte de l'offrande du suicide universel des évadés apeurés de la zoologie sur un autel rendu inoffensif par son gigantisme. Mais si la civilisation de la pensée démasque le Dieu sanglant qui avait fiché un instrument de torture simiohumain au cœur de l'Histoire, il faudra doter notre espèce d'une connaissance du sépulcre autour duquel elle dansait avec des mines tour à tour effarées et guerrières depuis son évasion de la zoologie . Face à une diplomatie américaine qui use fort habilement de l'épouvante parareligieuse que la menace nucléaire iranienne est censée réveiller, le sursaut cérébral de l'Europe du "Connais-toi" est devenu une urgence politique.

12 - L'espérance de la raison

Le paradoxe qu'illustre la théologie de la descente au tombeau et de la résurrection d'un dieu est de se trouver intellectuellement fécondé par la mort cérébrale de l'Eglise construite sur cette symbolique. N'ayant plus de potence à glorifier, le sacrifice du Golgotha s'épuise dans un irénisme puéril. A la cérémonie des funérailles mondiales de Jean-Paul II , on a entendu le Cardinal Ratzinger proclamer que les portes et les fenêtres du paradis s'étaient ouvertes pour le recevoir. Trois jours auparavant, le Cardinal Sodano avait déclaré que Jésus ferait à ce pape l'insigne honneur de l'accueillir en personne sur le seuil du ciel et que la Vierge Marie se tiendrait à ses côtés . Si les deux cardinaux les plus connus de l'Eglise en sont réduits à débiter des billevesées devant plus de soixante-dix chefs d'Etat accourus du monde entier pour célébrer les funérailles planétaires d'un titan du christianisme, quel témoignage accablant de la déroute intellectuelle du culte de la Croix ! Comment expliquer le naufrage du cerveau d'une religion?

C'est que l'Eglise d'Occident ne s'est jamais consacrée à la vocation de penser. Tout au long d'un pontificat de plus d'un quart de siècle, Jean Paul II s'est contenté de rappeler les fidèles à leur devoir de " tenir les promesses de leur baptême ". Son encyclique sur les relations de la foi avec la philosophie se situe au-dessous du niveau du baccalauréat français et celle qu'il a consacrée au Saint Esprit sent la police politique. Mais aucune institution publique n'est faite pour raisonner: les Etats ne sont pas plus cogitants que les hiérarchies ecclésiales. Le mal se trouve donc ailleurs , dans la paralysie mondiale de la pensée dont les ordres monastiques souffrent par nature et depuis les origines.

L'Eglise compte deux ordres censés servir de phalanges intellectuelles à la religion de l'auto immolation bénéfique d'un chef du cosmos : les Jésuites et les Bénédictins. Mais le fer de lance du savoir ne saurait à lui seul allumer le feu de la vie spirituelle, de l'inspiration religieuse et de la vision prophétique. Quant aux ordres contemplatifs , les Carmes chaussés et déchaussés, les Dominicains, les Franciscains, les Trappistes, les Chartreux et j'en passe, leurs légions souffrent du fléau d'une ignorance crasse. Au savoir immense, mais stérile des premiers et à l'inculture des seconds s'ajoute le handicap majeur de toute orthodoxie: l'Eglise est inapte à glorifier les intelligences, parce qu'elle éprouve une horreur viscérale pour l'individu pensant en tant que tel, donc nécessairement séparé de la communauté à ce titre. Cet empêchement radical est lié à l'existence même de l'idole , puisque celle-ci ne saurait conserver sa majesté et sa souveraineté si elle autorisait ses fidèles à la toiser des pieds à la tête et à observer comment sa puissance a été armée de main d'homme, alors que les visionnaires de l'esprit , les Isaïe , les Ezéchiel, les Jérémie, les Jésus, les Mahomet, ont tous pris l'idole de leur temps à bras le corps, l'ont tous pliée à leur loi, lui ont tous commandé de changer de cerveau et d'allure et sont tous morts assassinés par leurs congénères pour avoir placé leur ciel collectif sous le joug de leur intelligence souveraine et de leur volonté solitaire.

Déjà l'Eglise bénédictionnelle a quitté l'Europe pour s'adresser aux masses de l'Afrique et de l'Amérique du Sud et pour leur annoncer que le ciel est muni de portes et de fenêtres verrouillées par un catéchisme. " Si les dieux sont ridicules , alors il n'existe pas de dieux " , disaient les héritiers d'Euripide. Ce sont ces Grecs-là qui ont rendu le christianisme relativement pensant pendant près de quinze siècles ; ce sont ces Grecs-là qui, les premiers, ont tenté de penser l'esprit . L'Eglise d'après Karol Wojtyla agonisera-t-elle dans la sottise ?

13 - La Croix et le Croissant

Quel serait l' " avenir d'une illusion " si la fumée blanche du conclave annonçait l'élection d'un second géant du christianisme , que se passerait-il si le nouveau millénaire s'ouvrait sur une révolution de la religion de la Croix, que se passerait-il si un Titan du Golgotha demandait aux chrétiens de descendre de leur potence et de brûler leur gibet ?

L'histoire a toujours tendu les bras au christianisme dans les heures tragiques où les peuples et les nations pliaient l'échine sous le joug du silence et de la peur. Aujourd'hui, les chefs d'Etat et de gouvernement de la terre sont devenus dociles et craintifs sous le sceptre d'un empereur du pétrole. Quand les prières répandent l'odeur de la servitude, on attend qu'une parole d'en haut descende dans les cœurs et les esprits.

" Chrétiens, dirait Jean Paul III , votre Christ aurait-il été pris en otage , votre Dieu serait-il cloué sur vos croix entre le Tigre et l'Euphrate, votre Christ serait-il un peuple de trente millions d'âmes en agonie sous la botte du César de vos démocraties? De qui vos prières sont-elles devenues les otages, de quel Dieu le silence et l'effroi de vos Etats et de vos gouvernements étouffe-t-il la voix ? Veillez à ce que votre compassion ne devienne l'autel de vos dérobades, veillez à ce que le piège de votre orgueil ne se referme sur votre pitié. Qui êtes-vous à feindre de vous clouer sur la croix de l'histoire du monde aux côtés d'un peuple massacré par un César du Texas, qui êtes-vous à vous glorifier d'agoniser aux côtés du Dieu de justice ? Cessez de vous tromper de Christ et de potence, cessez de vous présenter en champions aux mains jointes. Je crains que votre lâcheté et votre peur n'empruntent les vêtements de votre sainteté ; je crains que le gibet de votre Dieu ne vous joue un vilain tour. Les fils de l'esprit ne se clouent pas sur des potences retentissantes, les fils de l'esprit n'applaudissent pas leurs propres prières, les fils de l'esprit ne rôdent pas autour de leur Dieu, les fils de l'esprit ne disent pas dans leurs cœurs : " Nous sommes les crucifiés de la justice et de la vérité , nous sommes les martyrs de la conscience du monde ". Chrétiens, déclouez le Christ du gibet sur lequel une idole l'avait cloué. Votre foi n'est pas la victime d'une potence, votre foi est l'otage de votre silence. Vos frères en Allah vous attendent. "

12 avril 2005