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Pour une laïcité pensante

 

Les événements du 11 septembre 2001 provoqueront une révolution anthropologique parce qu'il faudra bien se demander pourquoi le cerveau humain sécrète de gigantesques acteurs sacrés dont la fonction serait d'accompagner notre espèce dans le vide. Il en résultera un bouleversement authentiquement freudien de la notion de laïcité . Les idéalités de la République expriment-elles une para-théologie des utopies ?

1 - Le moteur politique
2 - Le moteur intellectuel
3 - Le statut intellectuel de la tolérance
4 - Le combat de la raison
5 - Le retour de la pensée
6 - L'imaginaire religieux de la République
7 - L'avenir de la pensée
8 - La laïcité et la politique de la culture

Une République fondée sur la laïcité possède deux moteurs, l'un politique, l'autre intellectuel. Sitôt que l'un ou l'autre tombe en panne l'État se sclérose et s'écroule.

1 - Le moteur politique

Comme membre fondateur du Comité Laïcité-République, je fais le serment que je ne confondrai pas la liberté du citoyen avec la liberté du commerce , que je ne baptiserai pas l'équité dans l'eau lustrale d'une égalité abstraite et factice, que je ne ferai pas, de la fraternité, une charité bénéditionnelle et condescendante, que je ne plongerai pas la République dans l'eau bénite des tribalismes et des clanismes, que je ferai de la démocratie un apostolat de la citoyenneté . Mais je m'efforcerai de planter une vigne de l'esprit dans la République et je lui enseignerai la raison.

Comment prononceriez-vous le divorce entre l'Église et l'État, comment prendriez-vous l'univers à témoin de ce que la République ne soutiendra de ses deniers aucune mythologie religieuse et comment proclameriez-vous en même temps qu'elle se tiendra à l'écart des combats de la pensée ? L'avenir de l'intelligence ne la concernerait-il en rien ? L'immobilisation des cerveaux n'est-elle pas la vocation naturelle des Églises ? Si un État philosophique en perpétuait l'héritage, de quel prix paierait-il sa trahison et quelle serait la nature du narcissisme sacré dont la République deviendrait subrepticement l'otage?

2 - Le moteur intellectuel

Et pourtant, j'observe que, loin d'avoir inspiré les victoires de la pensée depuis 1905, l'État laïc ne les enregistre même pas. Pourquoi demeure-t-il muet sur les progrès de la biologie et de la génétique, sur les révolutions dans l'interprétation scientifique de l'évolution des espèces, sur les conquêtes révolutionnaires de la physique, sur les promesses des sciences de l'inconscient et sur leur application à la politique? Certes, en lui-même, un statut politique ne joue pas dans la même arène qu'une civilisation de la pensée. Mais la République du " discours de la méthode " n'est pas condamnée pour autant à demeurer motus et bouche cousue. La démocratie consensuelle ne saurait réduire Descartes à l'asepsie d'une neutralité intellectuelle stérile. Comment un État laïc se contenterait-il d'administrer les croyances les plus folles ? Quels étranges doges de Venise que ceux du peuple souverain si l'encéphale de notre espèce n'est pas l'affaire du clergé de l'État ! A supposer que la France n'aurait pas besoin de philosophes, comme la Révolution n'avait pas besoin de chimistes, qui la fera avancer sur la route de la raison?

3 - Le statut intellectuel de la tolérance

Essayons d'établir le diagnostic d'une étrange maladie de la France de la pensée: en quoi la notion de tolérance serait-elle l'arme des progrès de la raison ? Le comité laïcité-République écrit avec une belle vaillance, mais puisée dans les combats oubliés et utiles en leur temps du XVIIIe siècle: " Nous sommes dans la tradition de la tolérance qu'illustra Voltaire. Mais nous n'oublions pas que cette tolérance, il l'affirma face à l'intolérance de la religion catholique. "

Observons comment une arme politique perd son tranchant à changer d'époque et comment elle peut aller jusqu'à se retourner contre celui qui la brandit . Les glaives tardifs libèrent des forteresses tombées depuis longtemps. Je ne livrerai une ardente bataille ni pour réfuter Pindare , qui soutient qu'Actéon aurait surpris la nudité d'Artémis se baignant dans un étang, ni pour contredire Saint Marc, qui fait féconder une vierge par une divinité. En revanche, si les symboles ne parlaient pas de ceux qui les mettent en scène, la Dulcinée virginale que le Quichotte situe chastement dans le royaume du Toboso n'intéresserait pas l'humanité sur les cinq continents et dans toutes les langues de la terre depuis quatre siècles.

La révolution du symbolique est derrière nous: c'est un Ministre de la culture, Malraux, qui a fait placer, au grand scandale de l'Église de l'époque, la statue d'un chat aux yeux énigmatiques sur son catafalque dressé place de la Concorde ; c'est un Ministre de droite, Michel Debré, qui a imposé aux écoles confessionnelles des manuels scolaires laïques et des professeurs diplômés par la République - et c'est encore la droite qui, en vertu du " principe de précaution ", a interdit aux professeurs catholiques, même formés par l'État, de corriger les épreuves du baccalauréat.

4 - Le combat de la raison

C'est pourquoi le combat de la raison, qui dure depuis Périclès et qui ne sera jamais achevé, parce qu'il ne cesse de changer de coordonnées, a déplacé le champ de bataille de la pensée critique. Nous savons maintenant qu'une religion est une forme de la raison politique dont la particularité est de revêtir d'un habillage mythologique, donc symbolique, les impératifs de l'action publique. Toutes les religions sont des codes d'organisation sociale et de cohérence du pouvoir du seul fait que leur credo les rend nécessairement détentrices d'une " vérité" dont l'énergétique les met en charge du salut du prochain. Quand la certitude est censée révélée, il est inévitable que son autorité habilite à ses yeux des moyens expéditifs d'exécution de ses décisions. Aussi la notion de tolérance est-elle une habile invention politique de Voltaire, mais nullement une arme appropriée au combat de la pensée rationnelle. Elle était adaptée au champ de bataille de l'époque ; elle est inapte par nature à jamais se doter d'une ombre de signification au service de la recherche scientifique concernant la nature d'une espèce née onirique et dont l'encéphale sécrète des dieux. La raison distingue seulement le vrai du faux. Elle ignore toute complaisance intéressée à l'égard de l'erreur.

Le Comité poursuit : " Être laïque, c'est respecter le droit de croire ou non à un Dieu, en toute liberté, sans subir de pression institutionnelle ". La science oppose un " non possumus " radical à l'immolation de la logique sur l'autel de la politique. Proclamer le " droit de croire " est un acte sacerdotal par définition et qui ne saurait empiéter sur la légitimité propre à la recherche du savoir. Habiliter l'erreur n'est pas de la compétence de la connaissance, mais de la croyance. Le " droit de croire " retire la laïcité tout entière du champ de la réflexion. Il est de bonne politique de ne pas interdire les convictions erronées, mais il s'agit de savoir de quoi l'on parle, ce qui exige que le sens des mots soit clairement défini. Que signifie la notion de " tolérance " à l'égard du géocentrisme? Que dirait-on d'un édit des Archontes qui serait rédigé en ces termes: " Les citoyens sont autorisés à croire ou à ne pas croire en Zeus, parce que l'existence ou l'inexistence du roi des dieux dépend de la liberté de conscience des citoyens de notre ville. Les Athéniens sont souverains en la matière. " Napoléon : " Le peuple français proclame l'existence de Dieu ". Si Dieu existait, il n'aurait pas besoin de se faire plébisciter: le soleil se moque des Incas qui se prosternaient devant lui.

Mais le Comité persévère: " Être laïque, c'est militer pour que celui qui choisit d'être agnostique ou athée ait le droit de vivre ce choix en paix. " Bravo pour le moteur politique. Il commande sagement aux deux partis de laisser les couteaux au vestiaire. Mais, encore une fois, quel est le statut intellectuel de la République ? La raison, elle, enseigne seulement qu'il est inutile d'attendre le décès de Zeus dans les esprits pour reconnaître qu'il est mortel, parce que tous les dieux le sont par définition, y compris les trois dernier souverains du cosmos, dont les tempéraments sont tellement incompatibles entre eux que leurs croyants, pris de panique, s'imaginent prolonger leur longévité en les ramenant à un seul, au grand dam et désarroi de leurs théologies. Comme disait Bossuet : " On n'entend dans les enterrements que des étonnements de ce que ce mortel soit mort. "

5 - Le retour de la pensée

Mais, depuis le 11 septembre 2001, la laïcité a changé de dimension, parce que c'est à l'échelle planétaire que le débat est devenu décisif. Ce jour-là, les droits de la pensée ont débarqué dans la politique internationale : et il est apparu que si la psychanalyse ne revenait pas aux exigences méthodologiques de Freud, il sera à jamais impossible à la science de l'inconscient d'interpréter non seulement le fanatisme, mais l'Histoire entière des semi évadés de la zoologie, parce que c'est désormais à l'échelle mondiale que l'athéisme réaffirme qu'il conditionne une connaissance plus profonde du genre humain . A Singer qui craignait que Moïse et le monothéisme n'attaquât la religion juive, Freud répondait avec force, le 31 octobre 1938 que " n'importe quel examen scientifique d'une croyance religieuse présuppose l'incroyance."

[Lettre de Freud à Singer, 31 octobre 1938, Briefe, 469; Correspondance 1873-1939.]

Pourquoi cela ? Parce que l'athéisme n'est pas une victoire qui mettrait un terme à la réflexion critique et qui lui assurerait un repos confortable; elle est, tout au contraire , le signal de ce que tout est à recommencer et que la pire dérobade de la raison et de la science des modernes serait de ne pas tirer les conséquences logiques du gigantesque basculement des sciences humaines et de toute la philosophie dans une ignorance que révèle précisément le renversement radical des anciennes questions: car si aucun dieu n'a jamais existé et n'existera jamais ailleurs que dans les conques osseuses de leurs adorateurs, comment se fait-il que depuis des millénaires, notre espèce se distinguait des autres êtres vivants en ce qu'elle se croyait accompagnée dans le vide par de gigantesques personnages ?

Il s'agit, pour la science, de découvrir les raisons impérieuses pour lesquelles le capital psychogénétique du singe-homme sécrète son propre dédoublement dans des mondes imaginaires. Cette titanesque volte face de la recherche anthropologique mondiale constitue la chance philosophique d'une laïcité digne d'une France qui redeviendrait résolument pensante. L'athéisme moderne inaugure un âge nouveau de la raison. Il affronte et féconde les périls et le tragique des grandes conquêtes de l'intelligence qui marqueront le premier siècle du troisième millénaire. Il s'agira de fonder le premier regard réellement de l'extérieur que l'humanité sera capable de porter sur elle-même .

Ce regard-là observera comment le cerveau humain est devenu dichotomique, comment il a été condamné pendant des millénaires à s'installer dans deux mondes à la fois, l'un réel, l'autre fantastique, et comment notre éjection partielle du monde animal nous a provisoirement terrorisés au point de nous avoir affligés d'un réflecteur mental schizoïde. Mais l'exploration de l'imaginaire humain contraindra en outre la laïcité à s'interroger sur son propre dédoublement dans un monde onirique, donc sur son transport dans un monde d'idéalités souvent aussi irréel sous l'oriflamme de l'utopie politique que le monde des félicités posthumes auquel une révélation religieuse servait de bannière éternelle.

6 - L'imaginaire religieux de la République

Un exemple concret du dédoublement de la République dans un royaume d'idéalités voletantes - il s'agit de remplacer l'Eden de la justice divine par un imaginaire angélique - a été donné par l'article que Mme la Garde des Sceaux a publié dans le Monde du 10 août 2001. Pour la première fois, une démocratie proclamait sur la place publique que la déontologie d'un État de droit ressortissait à l'autorité effective et à la responsabilité pratique d'un gouvernement de gauche et qu'un Ministère public coupable d'arbitraire perdrait le fondement de sa légitimité et se placerait sous le contrôle direct de l'exécutif, lequel se trouverait non seulement habilité à sanctionner sa faute, mais dans l'obligation de sévir, sauf à se soustraire à son tour aux devoirs de sa charge.Le 10 août, sous la signature de la Garde des sceaux, le gouvernement français, s'exprimant, au nom du peuple souverain et de la légitimité que le suffrage universel lui confère, se déclarait le garant de l'alliance de la République avec les droits de l'homme et le gardien de la Constitution. "Le peuple français a le droit de savoir comment fonctionne sa justice et de lui demander des comptes quand elle laisse apparaître des fautes. "

[Mme Marylise Lebranchu, le 10 août 2001, Le Monde]

Puis la place Vendôme enfonçait le clou dans la croix rédemptrice sur laquelle l'injustice se voyait crucifiée: " Lorsqu'un magistrat commet une faute, la Garde des sceaux doit être sans faiblesse, car l'autorité judiciaire doit être au-dessus de tout soupçon. " (Ibid.).

Dans quel royaume des cieux allions-nous débarquer tout vifs sous le triple sceau de l'État de droit, du peuple souverain et d'une laïcité républicaine cautionnée par le paraclet du suffrage universel ? "Désormais, poursuivait le nouvel évangile, la loi est la même pour tous, sans considération d'opinion politique, de notoriété ou de surface financière. Autrement dit, les jugements de cour ne vous font plus blanc ou noir selon que vous êtes puissant ou misérable. " Mais l'aveu de l'échec ne perce-t-il pas déjà dans ces lignes du Nouveau Testament de la démocratie: "L'indépendance de la justice, étayée sur (sic) l'assentiment populaire, constitue un authentique progrès de la démocratie. Ne nous cachons pas, cependant, que cette indépendance déstabilise, comme toute nouvelle liberté, dont il faut faire l'apprentissage. Elle déstabilise certains politiques, mais aussi l'institution judiciaire elle-même. "

L'échec des idéalités proclamées du haut de la chaire et en quelque sorte urbi et orbi par le gouvernement de la République n'est-il pas plus cruel que celui d'une religion dont la prudence avait rendu transtombales les félicités promises ? Où sont passées les mesures que le gouvernement aurait dû prendre pour concilier le principe récent de l'indépendance du Parquet et le principe ancien de la sacro-sainte séparation des pouvoirs respectifs du ciel de la démocratie et de l'État terrestre, d'une part et, d'autre part, la nécessité de ne pas fouler aux pieds les principes universels des droits du citoyen ? Dix-sept disparues dans l'Yonne ont fait l'objet d'un non lieu d'office. Un cadavre retrouvé les mains liées dans le dos, un foulard dans la bouche et une casserole pleine de sang sous la tête :voilà une affaire classée sans suite, puisqu'il s'agit d'un suicide. Plus de quatre vingt dix pour cent des délits sont effacés d'un trait de plume souverain par les Parquets pour le motif que le monde regorge à tel point de péchés mortels qu'il est inutile de dresser la digue de la justice laïque et républicaine devant cette marée. La délinquance ordinaire sera baptisée " incivilité " pour les besoins de la cause. Bossuet, encore lui, reprochait aux Jésuites de " mettre des coussins sous les coudes de pécheurs " . La République serait-elle dirigée par une nouvelle Compagnie de Jésus ? " Attention, s'écrierait Pascal, les molinistes sont de retour. "

7 - L'avenir de la pensée

Si la laïcité continuait de camper sur l'étroit champ de bataille de la tolérance, jamais le débat de fond ne pourrait s'ouvrir. Et pourtant, ce combat-là se place désormais au cœur de la réflexion sur une laïcité pensante et sur son avenir intellectuel dans le monde entier; mais, cette fois-ci , ce serait une catastrophe planétaire qui démontrerait ce qu'il en coûte de se dérober aux impératifs d'une guerre de la pensée à l'échelle des cinq continents, parce qu'une équipée religieuse ou parareligieuse contre le " terrorisme " se fonderait aujourd'hui sur un subterfuge titanesque - celui qui la ferait passer pour une croisade de la justice et de la liberté contre un Satan rebaptisé " axe du mal " . Une telle expédition serait celle d'un empire d'Alexandre ambitieux d'assurer par les armes le triomphe de sa bannière et de ses intérêts au détriment de l'Europe et du reste du monde. Que vaudra alors une laïcité reléguée sur le lopin d'un flatus vocis vertueux, mais qui ne nous éclaire en rien sur les profondeurs de l'homme et de l'histoire ? Toutes les absurdités seront-elles légitimées par une tolérance qui substituerait seulement la souveraineté des sorciers des " cultures du monde" à celle de la recherche scientifique sur l'animal dédoublé par les fantasmes dont il remplit ses miroirs?

Mais une tolérance impérieusement fondée sur une disqualification préalable des droits de l'intelligence, qu'est-ce d'autre qu'une intolérance construite sur le même modèle que la précédente ? Qu'importe au philosophe qu'on lui interdise de raisonner au nom d'une orthodoxie religieuse ou au nom d'un " pluriculturalisme " acéphale, si le pouvoir suffocatoire de ces deux bâillons frappe la connaissance d'un seul et même interdit ? La laïcité est à la croisée des chemins : ou bien elle accompagnera la résurrection de la pensée critique déclenchée par le 11 septembre 2001 et elle contribuera à redonner une vitalité intellectuelle vigoureuse à une République fondée depuis 1789 sur les droits de la recherche scientifique sur l'homme; ou bien elle gèrera une République sans avenir philosophique et elle se placera à l'écart de la révolution anthropologique mondiale qui s'annonce.

8 - La laïcité et la politique de la culture

Peut-on créditer les gouvernements qui se sont succédé depuis Malraux d'avoir pris conscience de ce que le choix des Ministres de la culture témoigne de l'idée que la République se fait de la place de la France dans l'histoire de la mémoire véritable du monde , celle des œuvres de l'esprit ? Savent-ils qu'on juge un chef d'État au rang qu'il se donne dans la civilisation à laquelle il appartient et dont il figure un jalon ? Sait-on que son esprit est à l'image de la nation qu'il est chargé de représenter et que sa stature intellectuelle suggère le destin de son pays dans l'arène de l'intelligence ? Quelle est la philosophie de la culture dont se réclame la République ?

Si une telle philosophie existe aujourd'hui, dans quelle mesure son programme constitue-t-il une plate-forme politique dans le débat électoral ? Peut-être le candidat qui traitera de l'identité intellectuelle de la France sera-t-il aussi le visionnaire de son destin politique à l'échelle du monde ; car l'universalité dont se réclame notre pays depuis deux siècles n'est plus celle de sa langue, mais celle de l'avance de sa raison sur celle des nations de son temps.

Si la France devait perdre l'identité cérébrale d'avant-garde qu'elle a conquise en Europe, il n'y aurait plus de civilisation des espérances de l'intelligence. C'est pourquoi il reste à dire ce que sera la laïcité lucide et résolue de demain, celle qui échappera aussi bien aux sortilèges des Églises, qui font une croix sur ce monde - puisque leur promesses sont posthumes - qu'aux rêves évangéliques dont le paradis perdu est celui des utopies politiques. Cette laïcité saurait que la liquéfaction des valeurs de la République s'exprime par la chute d'une nation dans l'anarchie.

Quand les délits ne sont plus punis ; quand la police et la gendarmerie ne sont plus respectées, quand l'arbitraire de la justice tourne en dérision les idéaux de la démocratie, quand les jugements de cour vous font blanc ou noir selon que vous êtes puissant ou misérable, la laïcité véritable n'est rien d'autre que la science politique, la sagesse politique, la raison politique, donc l'art de gouverner. Le premier devoir de cet art-là est d'assurer l'ordre public. Si une laïcité modeste dans son propos et résolue dans ses actes fait tenir debout l'État et la République , elle sera Sparte et Athènes réconciliées - et elle guidera la révolution de la pensée qui s'annonce sur les cinq continents, celle d'un nouveau "Connais-toi" .

15 février 2002