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Section Proche et Moyen Orient
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LE DEFI DE LA TORTURE

I - Le conflit israélo-palestinien

et la complicité européenne dans la légitimation internationale de la torture

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La planète a désormais rendez-vous avec la question des fondements de l'Etat d'Israël en droit international.

1 - La science politique et la connaissance anthropologique du genre humain
2 - Le regard du politologue sur le protestantisme
3 - L'axe Washington-Tel-Aviv
4 - L'âge phlogistique de la politologie
5 - Israël au Liban et à Gaza
6 - Israël et l'esprit

1 - La science politique et la connaissance anthropologique du genre humain

Il était sans doute inévitable qu'une culture fondée sur des définitions théologiques ou idéologiques du juste et de l'injuste , du bien et du mal, du vrai et du faux, donc de la liberté et de la servitude engendrerait une science politique étrangère à la connaissance de la psychologie des peuples et des nations ; et comme il se trouve que quatre-vingt dix-huit pour cent des habitants de la planète demeurent consciemment ou inconsciemment attachés à des idéalités parareligieuses, la politologie mondiale d'aujourd'hui n'est laïcisée que fort superficiellement: non seulement on y messianise des abstractions redoutables, mais l'on demande à toutes les nations de la terre de déifier des concepts rédempteurs, parce que le ciel des démocraties est devenu un objet de vénération aussi évangélique dans son ordre que celui dont les autels rendaient plus spectaculaires les dévotions .

Il est donc essentiel de fonder la science politique moderne sur les armes d'une raison désacralisée et en mesure d'explorer l'inconscient des prosternements intellectuels et des espérances eschatologiques que nourrit une démocratie idéalisée, d'abord parce que les corps agenouillés sur des prie-dieu sont moins révélateurs que les génuflexions dont l'esprit idéologique est l'acteur, ensuite parce que les piétés cérébralisées et propres au culte des abstractions sont les plus dangereuses dans l'ordre politique, et enfin parce que les professions de foi ouvertement catéchétiques troublent moins insidieusement le jugement que les délires dialectiques.

Exemple : Mme Ségolène Royal, que je soutiens sur ce site, se voudrait l'esprit le plus pratique que compte le clergé des compétiteurs à l'élection présidentielle de 2007.

Lettres ouvertes à Mme Ségolène royal sur la vassalisation de l'Europe par l'empire américain, 19 juin 2006

Mais c'est précisément à ce titre qu'elle présente l'exemple le plus frappant de l'abîme qui sépare le véritable réalisme politique de l'esprit secrètement mythologique dont peut témoigner l'argumentation la plus rationaliste et la moins doctrinale à première vue. Par bonheur, l'onirisme verbifique qui compénétre le discours électoral traditionnel depuis 1789 se prête mieux à la critique anthropologique quand il se garde bien d'emprunter l'allure d'une rhétorique des idéalités trop bien apprise et dont la vacuité intellectuelle est devenue perceptible jusqu'aux oreilles des masses.

Quand M. Laurent Fabius lançait un sonore " Bon Dieu " à ses partisans, le peuple n'en était plus dupe ; et il s'étonnait, avec le sourire, de ce que ce travailleur harassé n'eût pas revêtu son bleu de chauffe pour haranguer la nation de la liberté. Mais comment dénoncer l'allure rédemptrice des évangiles de 1789 revivifiés par le Capital de Karl Marx si la raison républicaine ne dispose pas encore des ressources en ironie de la réflexion socratique qui lui permettraient de radiographier les fondements psychogénétiques des mentalités salvifiques? Ecoutons Mme Ségolène Royal expliquer au corps électoral moyen de la France qu'en Suède un syndicalisme puissant permet de réduire les tensions sociales au minimum et que, par conséquent , une Gaule qui compterait quatre-vingts pour cent de syndiqués disciplinés dans le secteur privé verrait des rapports de force raisonnables entre le patronat, la salariat et l'Etat s'harmoniser gentiment, tellement la sagesse deviendrait tout subitement la vertu la plus naturelle et la plus répandue du genre humain. Du coup, la sous-information dont souffre la politologie mondiale devrait apparaître à tous les regards, parce qu'il faut disposer d'une connaissance approfondie de l'inconscient religieux des peuples et des nations pour diversifier l'action politique et la mettre à l'écoute de l'histoire des cerveaux. L'humanité n'est pas une espèce bénie par ses origines dans la zoologie et qui obéirait dès le berceau aux verdicts d'un bon sens universel et inné.

2 - Le regard du politologue sur le protestantisme

Une politologie française qui rêve de se hisser au rang d'une science, mais qui ignore benoîtement les mentalités des peuples du nord de l'Europe, lesquels sont tous de confession protestante ; une politologie située à mille lieues d'une anthropologie instruite des origines psychogénétiques de la pulsion sacrificielle du genre simiohumain; une politologie de surface, donc étrangère à la spéléologie des relations du politique avec le mythe d'un chef et d'un régisseur fantasmé du cosmos s'imaginera que les peuples de la planète cesseraient soudainement de céder à l'appel des chromosomes de l'utopie qui vibrionnent dans l'encéphale actuel de l'humanité et que la majorité des nations de la terre tourneraient le dos à la vocation salvatrice des démocraties si seulement les syndicats avaient les coudées franches au lieu de se barricader dans un ciel réduit à la défensive. Mais sans une plongée dans les arcanes psychobiologiques du sacré, sans une connaissance anthropologique des idéalités censées garantir le salut de l'homme par l'intercession des trois paraclets verbaux de la modernité - la Liberté, l'Egalité et la Fraternité -la politologie moderne est condamnée à tout ignorer de la structure schizoïde de l'encéphale simiohumain et des causes de la dichotomie originelle qui le scinde entre le réel et le rêve. Et pourtant , comment les formes que prennent les politiques du songe ne s'inscriraient-elles pas dans la logique interne d'un organe rendu bipolaire par son évasion lente et partielle de la zoologie ?

Si une masse de quatre-vingts pour cent de syndiqués suédois ont des chances d'imposer à l'Etat et à eux-mêmes des accords paisiblement négociés, en Grèce, en Italie, en Espagne ou en France le même pourcentage prendrait aussitôt le patronat en otage ; et ces nations connaîtraient une pluie de bienheureux précipités du royaume des cieux sur la terre. On sait que le cosmos est peuplé de personnages dont les effigies représentent l'âme et l'encéphale sacralisés des nations et que les peuples se regardent dans ces miroirs en gardiens de la constance et de la pérennité du ciel qu'ils sont devenus à eux-mêmes. Le Dieu des Suédois est un gestionnaire avisé de son royaume . Ses théologiens lui ont enseigné à piloter sans heurts l'encéphale d'une nation irénique et de sens rassis. Sa silhouette s'est si bien coulée dans le moule de sa créature que toute foucade, impertinence ou folie de sa part serait jugée intempestive par un gouvernement du temporel qui sert de Conseil d'administration au créateur de l'univers.

Qu'est-ce qu'une politologie qui n'a pas de science des réflecteurs démiurgiques du genre humain , alors que les Républiques et les démocraties sont des plénipotentiaires des tempéraments, donc de la politique des peuples qui les incarnent ? Les nations française, romaine, espagnole, grecque, allemande, anglaise ou suédoise répondent à des dieux de complexions différentes. L'évangélisme politique mondial d'aujourd'hui répond à une étape de l'évolution de l'encéphale humain qu'il appartient à une anthropologie post darwinienne et post freudienne d'introduire au cœur de la politologie de ce siècle.

3 - L'axe Washington-Tel-Aviv

Si nous observons dans cet esprit les conséquences des interprétations politiques officielles du conflit israélo-palestinien, nous progresserons de quelques pas dans l'examen des enjeux d'une stratégie planétaire du mythe démocratique.

Des commentateurs chevronnés de l'expansionnisme idéologique et politique de l'empire américain témoignent de leur conviction empressée selon laquelle la reconnaissanc officielle, par le Hamas, de l'existence d'Israël en droit international permettrait à Tel Aviv, à Washington et au monde arabe tout entier de négocier rapidement un accord diplomatique à la suédoise entre les parties concernées, puisque chacun sait que l'espèce édénique est de nature non seulement rationnelle, mais pacifique de naissance. Certes, trois dieux aux théologies incompatibles entre elles siègent dans les boîtes osseuses des juifs, des musulmans et des chrétiens ; certes, encore, ces trois souverains du cosmos groupent autour de leurs trônes des adorateurs aussi ennemis entre eux que le Dieu bon enfant des Suédois est à couteaux tirés avec ceux à demi oubliés de Paris, endormi de Rome, encore trépignant et rongeant son frein de Madrid , furieux à Téhéran et à Bagdad, en voie de domestication à Ankara , redevenu messianique à Washington et révolté en Amérique du Sud.

Les théologies sont devenues des documents anthropologiques calqués sur la psychophysiologie des continents; observons donc de plus près l'infirmité politique d'une diplomatie mondiale qui s'imagine que les idéalités fondatrices des démocraties occidentales auraient un statut philosophique , idéologique et doctrinal commun en raison de l'universalité des concepts qui régissent leurs abstractions salvatrices, et sous le seul prétexte qu'elles sont toutes issues d'un idéalisme platonicien devenu planétaire . Puisque les termes catéchétiques de " liberté ", de " justice ", de " droits humains " n'ont pas le même sens à Jérusalem, à Washington , au Caire, à Rabat, à Moscou, à Pékin, que ferons-nous à Paris si nous persévérons à nous imaginer que l'enseignement planétaire de la politique siège plus que jamais en Sorbonne et que le pain de l'intelligence monte désormais dans le four des idéalités de 1789 comme il montait autrefois dans celui de la foi ?

Il se trouve seulement que le peuple israélien se veut aussi israélien par nature et par définition que le peuple suédois se veut suédois et que le peuple français se veut français . L'identité politique d'une nation dispersée en 70 de notre ère par Titus et réinstallée sur le sol de ses ancêtres en 1948 est tellement reconnaissable qu'elle se laisse décrire avec autant de clarté et de précision que le " sentiment d'évidence " et les " lumières naturelles " d'Aristote se donnent à voir dans le Discours de la méthode. Aussi longtemps qu'Israël n'aura pas de frontières arrêtées, ce qui répond à la pulsion expansionniste irrésistible de tout peuple fraîchement débarqué sur une terre qu'il a le plus grand intérêt à proclamer vierge, il brandira la légitimité de la notion cartésienne de souveraineté pour refuser aux Peaux Rouges de l'endroit un seul pouce du territoire qu'il aura conquis sur eux.

Mariali

Bien plus : il ne manquera pas de demander de surcroît aux propriétaires emplumés du sol sur lequel il aura débarqué de légitimer sans tarder la victoire de son ciel de conquérant; car, depuis les temps les plus reculés, les dieux des peuples terrassés se tiennent prostrés aux côtés des vaincus et leurs autels déconfits font partie du butin de guerre des triomphateurs. Mais les monothéismes ont commis la maladresse de tenter d'enfreindre ces lois. Il en résulte des complications dont l'anthropologie politique de demain a vocation d'étudier la fatalité. Car tous les peuples de la terre revendiquent leur rang au sein de la vie céleste de leur temps .

4 - L'âge phlogistique de la politologie

Attendu que ce sont des idéalités évangélisées qui fondent et qui définissent la démocratie dans son universalité para religieuse ; attendu que ces déités du langage revêtent les démocraties des formes de la perfection qui piloteront sa diplomatie à l'échelle du monde, il s'ensuit que la politique d'Israël sera celle qui habite l'imaginaire cultuel refoulé d'un peuple à nouveau localisé sur les terres qu'il avait quittées il y a mille neuf cent trente six ans.

Mais la politologie n'est une science articulée avec la généalogie du cerveau simiohumain que si elle repose sur une anthropologie enracinée dans les enseignements d'une zoologie évolutive. C'est dire que la science politique actuelle ne mérite pas davantage de s'appeler une science que la chimie antérieure à Lavoisier de se proclamer une chimie , parce qu'une politologie qui s'imagine qu'Israël serait prêt à négocier son retrait sur ses frontières de 1967 ressortit à l'âge phlogistique de la politologie. Chacun sait que l'irréalisme est toujours un fruit de l'ignorance et que l'ignorance ignorantissime est interdite aux Ministères des affaires étrangères de toutes les nations du monde, seraient-elles démocratiques. Une raison politique à la Diafoirus se définit aveuglément à l'école de la logique interne qui régit la cécité dominante d'une époque . Elle n'a pas appris que les croyances religieuses se proclament rationnelles parce que leur tautologie est sans faille ; on ne lui a pas enseigné qu'une raison digne de ce nom est à l'école d'un approfondissement sans fin des notions mêmes de raison et d'intelligence ; elle ne sait pas qu'une politologie dont la connaissance du genre humain demeure antérieure à Darwin et à Freud n'est pas seulement irrationnelle, mais mythologique par nature.

Aussi l'examen des questions de logique juridique que soulève en droit international l'existence nominale d'un Etat installé en Palestine en 1948 par l'effet d'une simple recommandation de l'ONU du 29 novembre 1947 n'est-il possible qu'à la lumière d'une politologie en mesure de répondre à des questions inconnues de l'anthropologie courante et dont la première est celle des conditions de la légitimation d'un tel Etat par la voie déclarative, dès lors qu'une vraie géopolitique enseigne depuis des millénaires que jamais, dans l'histoire de l'humanité, la greffe d'un peuple sur un autre n'a pris par l'effet d'une proclamation et qu'elle ne prendra jamais par cette voie. De surcroît, l'occupant dévore le plus souvent l'occupé et le dissout dans son sein, à moins que le vaincu ne l'ait consommé tout cru. Mais l'histoire ancienne démontre, par les exemples de la Crète, de la Grèce, de l'Italie et de la France que le premier de ces deux modèles est prédominant .

Aussi l'Etat juif a-t-il beau se trouver " validé " par toutes les chancelleries, il n'est pas un seul jurisconsulte qui ne sache qu'il suffirait d'une déclaration de l'autorité palestinienne pour anéantir la fiction juridique inconnue du jus gentium selon laquelle l'ONU exercerait un pouvoir générateur qui lui permettrait d'enfanter des Etats et de les faire atterrir sur quelque territoire que ce soit. Citons une seule juriste, Mme Monirique Chemillier-Gendreau, professeur de droit public et de science politique à l'Université Paris VII-Diderot : " Israël ne trouvera sa pleine et définitive légitimité internationale que par un accord avec les Palestiniens, par lequel ceux-ci lui reconnaîtraient solennellement un titre dont Israël ne saurait se passer et que personne d'autre ne peut leur accorder. D'ailleurs le malaise profond de la société israélienne dévoile l'intuition perceptible de ce peuple que son origine même comme Etat n'est pas validée. "

Aussi un élève de première année en droit international pourrait-il souligner le chaos cérébral qui caractérise la déclaration de Yasser Arafat le 13 septembre 1988 au Parlement européen de Strasbourg et reprise au § 7 de la déclaration d'indépendance de l' " Etat de Palestine " : " En dépit de l'injustice historique imposée au peuple arabe palestinien, qui a abouti à sa dispersion et l'a privé de son droit à l'autodétermination au lendemain de la résolution 181 (1947) de l'Assemblée générale des Nations unies recommandant le partage de la Palestine en deux Etats, l'un arabe et l'autre juif, il n'en demeure pas moins que c'est cette résolution qui assure aujourd'hui encore les conditions de légitimité internationale qui garantissent également le droit du peuple arabe palestinien à la souveraineté et à l'indépendance. "

Outre qu'il n'y a pas une ombre de logique juridique à fonder un Etat sur une " injustice historique " dûment proclamée, donc délégitimée d'office par sa seule énonciation, une simple " résolution " demeure à la fois dépourvue de la capacité de fonder un Etat et de s'auto invalider à se qualifier de simple " recommandation " , donc de décision privée du caractère obligatoire par nature et par définition qui caractérise un acte juridique. Comment un telle résolution oublierait-elle, en outre qu'une décision juridique ne saurait se refuser à elle-même et de sa propre autorité le caractère obligatoire sans lequel elle se rendrait étrangère à la science du droit ? Puisque, à partir de 1919, le droit international a progressivement conféré les droits d'un Etat à un peuple et puisque, depuis 1964, ce droit est devenu rétroactif , la résolution 181 des Nations Unies ne saurait transférer la souveraineté du peuple palestinien à aucun autre peuple .

5 - Israël au Liban et à Gaza

La question est plutôt de savoir si le peuple palestinien dispose, de son côté , du pouvoir d'amputation , de castration ou d'anéantissement de sa propre souveraineté, ce qui pose à nouveau le problème des relations immorales que la force entretient depuis des millénaires avec le droit. Le débat de fond est politique et militaire par nature et par définition; mais il l'est devenu plus spectaculairement encore en juillet et en août 2006, en raison de la guerre perdue d'Israël face au Hezbollah et de l'écrasement, en représailles, de la population du Liban sous des bombardements israéliens, qui ont entraîné une réaction de l'éthique mondiale. En octobre 2006, plusieurs armées européennes, ainsi qu'un contingent russe et chinois se sont installés aux frontières de l'Etat hébreu. Il était politiquement suicidaire, pour un Etat dont l'existence en droit international est encore à établir, de détruire systématiquement les ponts, les écoles, les hôpitaux, les routes, les ports, les aéroports, les usines, les habitations du voisin ; il était suicidaire, alors qu'on bénéficie, depuis soixante ans, du rôle de victime de la barbarie nazie, de se placer sous la surveillance vigilante d'une autorité internationale rendue soupçonneuse pour des motifs éthiques, donc liés à la notion de civilisation.

Mariali

Il était également suicidaire de mener une offensive irraisonnée et aveugle contre Gaza, ce qui ne pouvait que précipiter la catastrophe politique d'une ruine de l'éthique, tellement l'Etat hébreu y perdait encore davantage l'apparence de légitimité juridique qu'il avait conquise aux yeux du monde entier depuis 1948. Comment l'horreur et la sauvagerie de la répression de Tsahal à Gaza n'aurait-elle pas logiquement conduit la France des droits de l'homme à tenter de mobiliser l'éthique politique européenne et mondiale afin de tenter de s'opposer par un sursaut de dignité des nations, aux atrocités d'une armée en quête d'une revanche aussi enragée qu'impuissante sur le Hezbollah ?

Mariali

Le 19 novembre 2006 marquait un tournant : pour la première fois Israël se voyait contraint de renoncer à faire exploser deux immeubles à Gaza, parce que des centaines de femmes et d'enfants s'étaient offerts en holocauste aux fils de la shoah changés en bourreaux. Le lendemain, 20 novembre, vingt-cinq professeurs d'Université allemands adressaient une lettre ouverte à la Chancelière Angela Merkel afin de lui rappeler que le souvenir douloureux de la shoah n'autorisait pas l'Allemagne à tomber dans l'immoralité absolue d'absoudre éternellement Israël de ses crimes contre l'humanité et que le pays de Goethe ne pouvait consentir à disparaître définitivement de l'échiquier diplomatique mondial pour cause de repentance perpétuelle pour les crimes de Hitler.

Mais jamais le peuple d'Isaïe ne mourra . C'est à une journaliste israélienne, Amira Hass - ce terme signifie haine en allemand - que l'on doit ces lignes parues le 15 novembre dans le journal israélien Haaretz : "La direction de l'hôpital de Beit Hanoun a décidé de creuser un puits dans son enceinte en prévision de la prochaine incursion de l'armée israélienne. " Et d'évoquer le grondement des chars et des véhicules blindés qui avançaient dans les rues, labouraient la chaussée, renversaient les poteaux électriques faisaient sauter les canalisations d'eau et d'égouts.

Amira Hass Haaretz, 15 novembre 2006 www.haaretz.co.il/hasite/spages/788187.html Version anglaise : www.haaretz.com/hasen/spages/788016.html (Traduction de l'hébreu : Michel Ghys)

Mariali

6 - Israël et l'esprit

Que dit l'anthropologie de demain de la torture et de la pulsion concentrationnaire ? On voit à quel point le simple compte-rendu journalistique des événements les condamne à l'inintelligibilité. Il n'est pas de l'ordre de la connaissance scientifique du genre humain d'invoquer l'entêtement , la mauvaise foi ou la duplicité d'un peuple " à la nuque raide " . Tentons de porter un autre regard sur notre espèce et sur la politique propre aux évadés partiels du monde animal, tentons de comprendre pourquoi Israël ne renoncera jamais à s'étendre, tentons de nous interroger sur la psychophysiologie des nations.

Qu'en est-il d'un peuple qui, à l'instar de tous les fuyards de la zoologie, qu'on appelle des hommes, s'est fait élire par le ciel qui répondait le mieux à sa nature et qui a façonné à son image l'idole qu'il allait à la fois apostropher et adorer? Qu'en est-il d'un peuple dont les livres sacrés allaient devenir le berceau des trois idoles uniques encore censées se trouver en activité dans le cosmos et sur la terre? Qu'en est-il d'un peuple que l'empire romain lui-même n'a jamais pu contraindre à se prosterner devant ses idoles? Qu'en est-il d'un peuple que deux mille ans de sa dispersion sur les cinq continents n'ont pas réussi à dissoudre ni dans des identités nationales étrangères à sa complexion ou à vaporiser dans les effluves de leurs autels? Qu'en est-il d'un peuple dont l'intelligence avait pris deux mille ans d'avance sur celle du reste de l'humanité et qui a osé jeter aux ordures les idoles de bois, de pierre ou de fer des premiers simianthropes ? Qu'en est-il du peuple auquel le cerveau actuel de notre espèce doit d'avoir changé de regard sur l'espace et le temps ? Qu'en est-il du peuple des évadés de la nuit qui a inventé les crucifiés socratiques de l'éthique ? Qu'en est-il du peuple auquel notre cerveau doit sa première ruse transanimale, celle de substituer un agneau au couteau de l'idole ? Qu'en est-il du peuple auquel le meurtre camouflé d'un homme sur les autels des chrétiens ne cesse de soulever le cœur ? Qu'en est-il du peuple qui ne saurait prendre la place d'une nation semblable aux autres sur les offertoires sanglants de l'histoire? C'est que l'intelligence juive est à deux pas de décrypter les idoles glorifiées parce que cérébralisées, idéalisées , conceptualisées des modernes, à deux pas de traquer le meurtre au plus secret de Caïn, à deux pas de décrypter le meurtre sanctifié par une potence.

Mais tout cela, la communauté internationale des hommes politiques et des juristes n'aurait-elle pas dû le savoir en 1948 ? Si la politologie de l'époque avait disposé des échographies de la boîte osseuse du simianthrope indispensables à l'approfondissement anthropologique de la connaissance de l'espèce simiohumaine, jamais Israël n'aurait été jeté sur les terres de la Palestine pour y devenir le point de mire, le symbole et le focaliseur d'une dramaturgie de la condition si prématurément qualifiée d'humaine. Et maintenant, le monde entier gire autour d'un " axe du mal " qu'instrumentalisent des idéalités infernales, et maintenant, une démocratie messianisée par ses meurtres se lance à l'assaut de la civilisation européenne , et maintenant, le peuple d'Isaïe se veut le bélier de l'assaut des barbares , et maintenant, la planète entière assiste à la tragédie qui ligote le peuple des prophètes au char des conquérants américains de la terre.

29 novembre 2006