Retour
Sommaire
Section Proche et Moyen Orient
Contact

LE DEFI DE LA TORTURE

II - Aux sources anthropologiques de l'histoire

Retour à la Présentation

La guerre sans fin entre Israël et le peuple palestinien met en évidence les fondements de l'histoire et de la politique dans l'instinct de propriété .

1 - Les origines de l'instinct de propriété et la politique
2 - Une impasse juridique radiographiée par l'anthropologie critique
3 - Le droit et la force simiohumains
4 - La légitimation de la famine
5 - Abel et la démocratie mondiale

1 - Les origines de l'instinct de propriété et la politique

Comment le Nouveau Monde élèvera-t-il Israël au rang de levier de son empire ?

Mariali

Comment, de son côté, Israël fera-t-il endosser à son puissant protecteur la cuirasse de Jahvé ? Pour tenter de le comprendre, examinons les stratégies désespérément superficielles que l'humanisme d'aujourd'hui ouvre à la diplomatie idéaliste mondiale, tellement une géopolitique fondée sur une science infirme du cerveau simiohumain s'articule fatalement avec une logique du naufrage des civilisations.

Le premier malheur d'une politologie privée de profondeur anthropologique est de se changer en victime de son incapacité d'accéder à une pesée de l'éthique transanimale; car, au plus profond d'une espèce en attente de son statut transzoologique, on assiste au développement et même à l'hypertrophie de l'instinct de propriété. Certes, la plupart des animaux distinguent ce qui leur appartient de ce qui appartient à autrui. Mais c'est pour le motif que l'origine de la politique et de l'éthique simiohumaines est la défense du droit de propriété que les premières lois ne furent pas celles qui ont réussi à confier à des magistrats le châtiment des meurtres, mais celles qui furent promulguées afin de lutter contre les voleurs. Il fallait tenter de combattre la plaie alors la plus répandue, le cambriolage, qui découlait du peuplement croissant des cités, ce qui garantissait de plus en plus l'anonymat des délinquants spécialisés dans le percement des murs friables des maisons.

Aussi la création de l'Etat d'Israël en 1948 violait-elle le premier fondement de toute l'éthique simiohumaine , celui qui fait remonter le droit de propriété à une pulsion possessive inscrite dans le règne animal. Non seulement cette pulsion est demeurée la source du droit international actuel, mais il s'enracine en l'âme et l'esprit de toutes les civilisations . Quels qu'aient été les excès ultérieurs de ce droit, soixante dix ans du rêve de l'abolir au nom d'une justice idéale, donc meurtrière - celle des Staline et des Pot Pot, mais également celle des premiers chrétiens - ont conduit le marxisme aux goulags.

L'instinct de propriété est lié de surcroît à l'instinct de conservation et l'instinct de conservation à la reproduction. C'est pourquoi la population augmente dans les périodes les plus tragiques de l'histoire, quand le peuple se sent menacé dans son existence même par les ravisseurs de son sol. La rencontre entre la crainte de l'anéantissement et le besoin de conserver la terre s'exprime par l'alliance entre le sacrifice et le bond démographique. Un seul symbole résumera cette situation : le 24 novembre 2006 : une mère de neuf enfants et grand-mère de quarante et un petits-enfants , âgée de seulement cinquante sept ans se faisait exploser parmi des soldats israéliens à Gaza.

Mariali

Le tragique du destin d'Israël tient donc au fait que ce peuple a inauguré son existence de rescapé de la mort et son entrée dans l'arène des Etats par un attentat contre le droit de propriété d'un autre peuple, qu'il a placé progressivement dans un camp de concentration à ciel ouvert et tenté de l'anéantir par la famine. Mais puisque le droit de propriété se révèle le fondement anthropologique des civilisations du seul fait qu'il est impossible d'imaginer une organisation politique qui se fonderait de manière viable, donc durable sur la propriété collective, il était fatal que la suite des événements n'échapperait pas à leur propre logique interne; et il était non moins inévitable que leur enchaînement présenterait un raccourci saisissant de l'histoire de l'éthique et de la politique de notre espèce sur le théâtre du monde. Il est tragique que la victime de la chute de l'Occident dans la barbarie terrifiante du nazisme conduise l'anthropologie politique moderne à s'interroger sur l'humain jusqu'à percer les secrets de la torture.

2 - Une impasse juridique radiographiée par l'anthropologie critique

Dès lors que le vol de la terre des Palestiniens se trouvait non seulement officialisé, mais passait pour dûment légitimé par la communauté internationale des Etats civilisés, la question était de savoir si le droit public mondial possédait l'autorité extraordinaire de se délégitimer par un acte souverain à l'égard de lui-même , donc par un reniement en bonne et due forme des fondements universels du droit public . Comme il n'en était évidemment rien, il a paru indispensable d'obtenir du propriétaire spolié qu'il reconnût la validité juridique et éthique du rapt dont il avait été la victime. Mais il est nul et de nul effet de se soumettre à un verdict fondé sur la négation pure et simple du principe fondateur de la civilisation mondiale du droit .

D'où un casse-tête sur lequel les efforts des jurisconsultes internationaux se brisent depuis six décennies: comment donner au peuple palestinien l'autorité d'un Etat existant en droit à seule fin qu'il fût ensuite légitimé à engager contre Israël une procédure en nullité contre la dépossession arbitraire dont il était la victime depuis 1948 ? Pour revendiquer les terres dont il avait été spolié , le peuple palestinien devait-il s'adresser au spoliateur lui-même ou à l'autorité internationale coupables du forfait d'avoir usé d'un pouvoir qu'ils ne possédaient en rien, comme il est démontré plus haut ? Une autorité arbitraire ne saurait se constituer en une instance d'appel contre l'arbitraire de ses propres décisions .

L'impasse juridique était totale, parce que le droit international public n'a pas prévu le cas où des Etats seraient condamnés à casser leurs propres arrêts pour avoir violé les principes du droit international sur lesquels ils se proclament fondés. Mais, dans le même temps, le peuple palestinien est en mesure d'engager une procédure en annulation de la décision 181 du 29 novembre 1947 , parce que l'article 64 de la Convention de Vienne de 1960 sur le droit des traités stipule la rétroactivité de la souveraineté d'un peuple sur son territoire . Si une nouvelle norme du droit international général survient, tout traité existant qui serait en conflit avec cette norme deviendrait nul et prendrait fin - ce qui est le cas de la rétroactivité de la notion de souveraineté. En clair, il suffirait à l'autorité palestinienne de faire constater que le droit des peuples à disposer d'eux-mêmes est devenu rétroactif depuis quarante sept ans pour que la décision 181 de l'ONU fût déclarée nulle en droit international public.

Mais il est également déclaré que certaines situations de fait engendrent un statut juridique inattaquable , de sorte que la plus vieille loi du monde retrouve toutes ses prérogatives semi animales, celles qui voulaient que la souveraineté changeât de titulaire au gré des rapports de force et que le vainqueur imposât au vaincu des clauses consignées dans un traité de paix. C'est pourquoi la résistance palestinienne pose la question de fond de savoir au terme de combien d'années de résistance du vaincu la communauté internationale constate que le coup de force du prédateur n'a pas abouti au vae victis désiré et prévu par le droit semi animal de l'humanité, de sorte que la force des armes aura officiellement échoué à créer la légitimité d'un nouvel Etat.

Il apparaît alors que le droit international est construit sur le modèle théologique , donc sur la structure dichotomique de l'encéphale simiohumain ; car les trois dieux uniques fondent leur politique terrestre sur des châtiments infernaux éternels et contre lesquels il est impossible d'engager une procédure en appel, tandis que le Dieu idéal, dont les récompenses sont célestes, se vaporise à l'instar du droit des peuples que le glaive a soumis. L'anthropologie post-darwinienne révèle que l'idole et le droit international fondent côte à côte la propriété sur le vol légitimé. Dans les sociétés de type simiohumain , il se produit une érosion naturelle et irrésistible des notions de droit et de justice. Mais si , chez l'animal dichotomisé par l'ange qui l'habite, le vol se métamorphose en un titre de propriété légitimé par le ciel et par le droit réconciliés au détriment d'un tiers et si , avant 70, la terre de Canaan était effectivement devenue la terre sacrée d'Israël sur le modèle du rapt sanctifié par l'écoulement du temps, cette même terre est nécessairement devenue par la suite celle de l'Islam. L'histoire de la sacralité simiohumaine du droit de propriété est celle des conquérants successivement légitimés et délégitimés par le succès et l'échec de leurs armes tour à tour victorieuses et vaincues.

3 - Le droit et la force simiohumains

Tout serait donc pour le mieux dans le meilleur des mondes possible de Candide et du Dr Pangloss si ce bel arrangement n'arrachait Voltaire à son sépulcre. Car l'anthropologie critique présente un grand avantage méthodologique sur le verdit des millénaires, celui de se faire à la fois un spectacle et un champ d'expérimentation de l'histoire universelle. L'ubiquité et l'instantanéité du son et de l'image télévisuelles raccourcissent, dit-elle, le délai autrefois si généreusement accordé à l'administration de la preuve par un vainqueur peu pressé, puisque le temps jouait en sa faveur. Aussi les esprits politiques instruits sont-ils désormais contraints de se tenir sur l'étroite plate-forme où l'histoire contemporaine rend plus rapidement ses verdicts. Le temps de légitimer le vol court avec une telle rapidité qu'il présente des abrégés traumatisants de l'oscillation du monde simiohumain entre le vol et le droit.

Décidément, dit Clio, la politologie superficielle d'aujourd'hui a la vue trop courte pour se mesurer avec le déroulement accéléré de l'histoire du monde , donc avec le tragique d'un Etat aux prises avec des idéalités . Si le vol ne se laisse plus légitimer par l'écoulement d'un temps sacralisateur, faute que le vainqueur parvienne à faire triompher l'oubli de son forfait par le silence qu'il faisait régner de force autrefois, la raison politique est aux abois ; car le premier enseignement de l'anthropologie critique est de rappeler que l'âme et l'esprit des peuples et des nations ne tombent pas aisément en quenouille - ce que vingt siècles de la diaspora ont démontré à Israël lui-même .

Comment, dans ces conditions, le peuple palestinien , qui s'est donné au VIe siècle de notre ère une divinité relativement tardive et non moins ennemie des classes dirigeantes du ciel que Friedman de celles qui pilotent l'Etat providence, abandonnerait-il à Jahvé le haut lieu de la foi de ses fidèles, la ville sainte du Jérusalem ? Comment un tel peuple serait-il doté d'une identité politico-religieuse tellement labile que l'occupant israélien qu'il combat depuis cinquante huit ans seulement aurait éradiqué sa définition religieuse et territoriale de lui-même ? Nous assistons à une course de fond entre deux éthiques de l'imaginaire religieux, celle du glaive israélien, soutenue par une communauté internationale désormais fondée sur la négation du droit des peuples à disposer d'eux-mêmes et celle d'un Etat d'Allah provisoirement frustré de fondement légal par un demi siècle de résistance d'Israël à son glaive, donc condamné à s'imposer à son tour par la force des armes sur les terres qui lui ont été arrachées . Seulement, il se trouve que, loin de céder un pouce, Israël s'étend sans relâche par le fer et le feu.

4 - La légitimation de la famine

Dans ces conditions, comment s'étonner de ce que la politique des idéalités se heurte à sa propre cécité anthropologique ? C'est ainsi que Tahar ben Jelloun demande gentiment à Israël de bien vouloir devenir un " Etat comme un autre " ; et l'on entend la classe politique européenne et mondiale tout entière demander aux deux parties de conclure entre elles des accords qu'on déclarera avoir été négociés à la suédoise, mais à la seule condition que la partie spoliée commence par capituler en rase campagne.

Mariali

Comment légitimer, le cœur sur la main, le coup de force inaugural dont on est la victime, comment se prosterner devant le fiat lux d'un vol réputé fondateur de la civilisation mondiale et de l'éthique de tous les temps ? Car en 1947, des Etats de l'ONU , consternés par l'invalidité juridique de la résolution 181 du 23 novembre 1947, ont tenté sans succès de saisir la cour internationale de justice d'une demande d'avis consultatif qui soulignerait l'incompétence de l'Assemblée générale dans ce domaine.

Mais comme il se trouve que la scène de la genèse biblique du droit et de la justice simiohumains se déroule sous les yeux des cinq continents, le spectacle de l'éthique humiliée d'Adam obéit à un rythme dont la rapidité même révèle le caractère antédiluvien de la science politique de type vétéro-testamentaire; car ce sera avec toute la candeur évangélique de son innocence native tout subitement ressuscitée que la communauté internationale demandera au peuple palestinien de se soumettre au rite du suffrage populaire, dont on sait que la légitimité et l'infaillibilité ont remplacé celles du créateur.

Mariali

Mais alors, comment truquer les cartes qu'on vient si bien de légitimer à nouveau ? Quelles sont les racines anthropologiques de la mise en scène de plusieurs déités verbales censées régir la vie politique de la planète si l'on a soi-même organisé en direct le spectacle de la naissance immaculée de la " justice " et du " droit " au cœur d'une civilisation mondiale fondée sur la falsification originelle de l'éthique par la légitimation du vol ? Car sitôt que le peuple palestinien aura rappelé, par la sainte voix des urnes, qu'il est la victime d'une occupation militaire sanglante et qu'il rejette de toutes ses forces le joug auquel il est soumis, on verra le consortium des idéalités de la démocratie mondiale proclamer en chœur non seulement la nullité juridique de l'expression libre et démocratique de la volonté du peuple palestinien, mais tenter d'une seule voix de le contraindre à saluer , tout au contraire, la légitimité de la victoire de la force sur le droit, et cela par le recours à la coercition des temps barbares : la famine.

Une nation mise à genoux par la faim peut-elle légitimer le voleur pour le motif qu'il tient le râtelier entre ses mains?

5 - Abel et la démocratie mondiale

On voit le tragique qui saisit Israël à la gorge et qui l'étrangle à son tour : ce peuple est devenu, par la décision 181 des Nations Unies, l'acteur responsable de la survie ou du trépas de la civilisation et de son éthique ; car il tient entre ses mains la balance mondiale de la justice. Que dira-t-il du péché originel , qui n'est pas le meurtre d'Abel, mais le vol simiohumain ? Comment se fait-il que le malheureux Caïn déplaisait à Jahvé avant même qu'il eût commis aucun péché ? Comment se fait-il qu'Abel passait pour le juste de naissance ? Quelles sont les sources anthropologiques de l'hypocrisie de l'idole? Le Tartufe du ciel a choisi son chouchou, le bienheureux dont la sainteté native n'est pas à démontrer. N'en est-il pas ainsi des démocraties mondiales ? Voyez comme elles sont immaculées, voyez comme elles exercent la justice du ciel qu'elles sont devenues à elles-mêmes, voyez comme elles prétendent que les Palestiniens seraient les meurtriers d'Abel le juste ! Mais le juste, dit l'anthropologue des profondeurs , n'est pas celui qui proclame à la face du monde que la propriété, c'est le vol légitimé par la torture .

Mariali

Que devient le récit biblique sous l'œil d'une éthique imperceptiblement trans-simienne? L'anthropologie de l'abîme interprète l'évolution de l'encéphale du Dieu simiohumain. Elle commence par rappeler que si le voleur évite quelquefois de tuer pour voler, il est bien rare qu'il ne devienne bientôt un meurtrier, et cela au nom même, dit-il, des droits de l'idole sur son larcin. A l'origine, la guerre était le moyen glorieux de dérober de vastes territoires. On avait baptisé ces prises des victoires et le vainqueur portait le titre glorieux de conquérant . Mais en 1948, le modèle classique de la colonisation par la guerre était déjà moribond ; et l'empire américain commençait à peine de disposer de la puissance qui allait lui permettre de substituer à l'occupation armée d'autrefois les formes modernes de la vassalisation des peuples et des nations par leur asservissement insidieux au dollar et au pétro dollar et par l'installation de bases militaires inamovibles sur leur territoire.

Mais ces circonstance n'expliquent encore que partiellement la légèreté d'esprit et l'irréflexion de l'intelligentsia politique de la planète de l'époque, parce qu'un demi siècle plus tard, la naïveté de la légitimation du vol par la durée aurait dû bouleverser la problématique classique de la conquête du territoire d'un peuple par la guerre et par l'occupation, tellement la notion traditionnelle de durée historique avait changé de nature, comme il a été dit, dans un monde de l'ubiquité de l'image sur le petit écran et de l'instantanéité de l'information radiophonique. Mais la révolution intellectuelle de la simianthropologie tardait encore à se déclencher.

Observons donc de plus près la mutation de sa logique interne que subit la politique des conquêtes territoriales simiohumaines à une époque où le temps exigé pour la métamorphose du vol en légitimité s'est raccourci au point de rendre inapproprié l'appel au meurtre et au sang. Comment y aurait-il oubli du crime sous le sceptre d'une durée sanctificatrice si Chronos, ce complice chevronné du silence, n'est plus en mesure de tuer la mémoire sur l'enclume des siècles ? Sitôt que les victimes d'un prédateur tentent de recouvrer leur bien par la force des armes, la simianthropologie générale se fait leur avocat, leur sentinelle et leur guide dans un prétoire devenu retentissant à l'échelle mondiale ; et elle rappelle à l'envahisseur que la politologie post-darwinienne contrôle le passage de la planète de la simiologie à celle de la simianthropologie et que sa jurisprudence intègre le champ entier de la science ancienne du droit public dans une interprétation révolutionnaire de l'évolution transanimale de l'encéphale du simianthrope .

29 novembre 2006