*
Introduction
A
- L'histoire et l'extraordinaire
C'est une grande
erreur de s'imaginer que l'histoire présenterait une suite
d'évènements dûment recensés et dont le tissu globalement
uniforme permettrait à une raison politique banalisée d'user
des moyens du bord de la logique pour gérer des circonstances
relativement semblables les unes aux autres depuis des millénaires.
Sitôt qu'on y regarde de plus près, on découvre que le temps
déroule un tapis tellement inattendu que l'exception n'a cessé
de dicter son chemin à une science de la mémoire cahotique
et incertaine.
Prenez la bataille
de Salamine : qu'un vaste empire attaquât une cité minuscule
n'était pas une nouveauté historique, mais que le nain décidât
de déserter ses ruelles et engageât la bataille sur mer exigeait
l'invention d'une politique inconnue des ancêtres et surgie
de la tête du seul Thémistocle. Puis, Sparte, qui se vantait
de se passer de murailles, mais qui n'en craignait pas moins
pour la poitrine nue de ses héros une rivale cuirassée de
pierres, voulut interdire à Athènes de s'enfermer dans une
enceinte imprenable. Comment résoudre cette difficulté en
tapinois, comment se changer en forteresse sans attirer l'attention
de l'ennemi, puis le mettre devant un exploit accompli ? Ici
encore, on fit appel à l'encéphale de Thémistocle, comme plus
tard à celui des Lycurgue et des Solon.
Mais voici un
tournant tardif de l'histoire politique dont il n'existait
pas de précédent: peu à peu les dieux qui nous ressemblaient
comme des frères et dont les bras et les jambes défiaient
seulement les nôtres par leur taille et leur musculature se
sont vus remplacés par un géant invisible et vaporeux que
nous avons beau avoir concrétisé tant bien que mal à le flanquer
d'un rejeton réputé ressembler à son géniteur céleste, et
même censé se calquer sur lui en tous points, il n'en est
pas moins évident que nous nous sommes vus, une fois de plus,
contraints de changer entièrement les paramètres de notre
science politique, parce que les guerriers d'Homère, même
tenus pour les chouchous d'Arès et d'Athéna ne faisaient plus
le poids sur les champs de bataille face aux croisés enflammés
d'une sainte ardeur et dont la bannière portait l'effigie
ou le signe d'un créateur proclamé omniscient et omnipotent
du cosmos. Nous nous étions mis un paradis et force marmites
du diable sur les bras afin de ridiculiser les modestes foudres
de Zeus; il nous a fallu rien de moins qu'un roi de l'éternité
pour aller en armes arracher son squelette au désert et fonder
un empire sur un tombeau.
B - La politique et la magie
Mais franchissons
quelques siècles de plus : voici que les fidèles du ciel nouveau
se déchirent à belles dents entre eux. Les uns voudraient
interdire à leur Eglise de proclamer des dogmes infaillibles
et d'autoriser leurs prêtres à produire tous les jours un
prodige ahurissant sur l'autel, les autres tentent de peindre
le sceptre de leur théologie de couleurs plus compatibles
avec le bon sens que celles de leurs rivaux. Quelle tempête
dans l'encéphale et dans l'encrier des rois ! Comment gérer
des sujets s'ils n'ont plus la même tête politique, que faire
si la moitié de l'encéphale de la couronne elle-même croise
le fer avec l'autre moitié, que faire si les disciples de
deux ou trois rebelles allient leurs prophéties avec celles
d'Albion et s'il faut aller en nombre assiéger La Rochelle
où les hérétiques se sont retranchés et refusent de rentrer
au bercail ?
Peine perdue
: cette fois-ci l'axiomatique générale de la science politique
a reçu un coup tellement mortel qu'il faudra non seulement
attendre trois siècles pour mettre la main sur une thérapeutique
radicale, celle qui se décidera à disqualifier à jamais toutes
les religions du monde dans l'ordre politique et qui les séparera
de l'autorité exclusive et seule souveraine des Etats, mais
patienter en outre jusqu'en 1958 pour imposer dans les écoles
confessionnelles de la France des manuels scolaires cartésiens
et des maîtres diplômés par un Etat rationnel. Mais rien n'y
fera : il faudra de surcroît aller jusqu'à interdire aux enseignants
croyants dans les écoles religieuses pourtant soumises à l'enseignement
de l'Etat de corriger les épreuves du baccalauréat, tellement
on se décidera enfin à reconnaître que les esprits nés magiques
le demeureront à titre psychobiologique.
C
- Autres avatars de la raison politique
Ce n'est pas
seulement la difficulté de faire fonctionner l'encéphale humain
sur un mode relativement rationnel qui n'a cessé de mettre
la raison politique sens dessus dessous. Souvenez-vous de
l'invention de l'artillerie, qui mit la Suisse hors jeu à
Marignan et qui confia pour toujours la direction des affaires
du monde aux seuls Etats de taille à fondre des canons. Puis,
en 1945, l'invention de la bombe atomique a laissé, une fois
de plus, la science politique au bord du chemin. Ne disposait-on
pas enfin d'un thermomètre capable de prendre la température
de l'intelligence simiohumaine et de préciser le degré de
développement du petit pois qui sert de cervelle à cette espèce?
Car, pendant trente ans, on a vu tous les Etats réputés rationnels
rivaliser d'imagination au chapitre du nombre de fois que
chacun d'eux pouvait faire exploser notre astéroïde ; puis,
à l'heure tardive où le singe vocalisé a découvert qu'une
seule fois suffisait à la fête, les gouvernements ont commencé
de songer que deux adversaires armés d'une foudre suicidaire
se neutralisaient réciproquement et que l'apocalypse n'est
décidément pas une arme de guerre - mais cette évolution partielle
des capacités du crâne simiohumain est encore en cours; et
l'on voit des Etats-enfants continuer de se défier sur le
champ de bataille de leur délire atomique comme leurs ancêtres
d'hier sous le sceptre de Zeus, d'Arès et de Poséidon.
Si des Martiens
débarquaient sur la terre, personne ne douterait que les Etats
et les gouvernements du monde entier demeureraient sans voix
; car la panne cérébrale de la science politique serait si
grave que son ignorance donnerait froid dans le dos. Alors
seulement, tous se diraient en tout premier lieu : "Décidément,
c'est un savoir nouveau qu'il nous faut acquérir afin de tenter
de faire face à une situation aussi extraordinaire."
D
- Israël et la science politique mondiale
En 1948, le
monde a pris, une fois de plus, une décision politique dont
l'histoire mondiale ne présentait aucun équivalent, celle
de réinstaller en Judée le peuple que les légions de Titus
avaient vaincu en 70 de notre ère. Voilà de quoi mettre cul
par-dessus tête une science politique que l'invention du Dieu
unique, puis la séparation des Etats et des Eglises et enfin
l'invention de la bombe thermonucléaire ont mise successivement
dans tous ses états. Mais, cette fois-ci, la question est
posée de savoir si, à l'issue de si longues et si douloureuses
épreuves, la science politique du genre humain peut conquérir
un regard de l'extérieur sur elle-même. .
*
1 - L'Histoire et
l'extraordinaire
2
- Comment placer l'Histoire sous les feux de la raison?
3 - La science historique
et la légitimation de la force
4 - L'enseignement idéaliste
de l'Histoire
5 - Une science politique
infirme
6 - Les premiers pas d'une
théologie de la peur politique
7 - Qu'est devenue la notion
de "raison politique"?
8 - L'embarras cérébral
de la politologie moderne
9 - L'enjeu anthropologique
du "conflit israélo-palestinien"
10 - La résistance des
"Peaux-Rouges"
1 - L'Histoire
et l'extraordinaire
Le déclic d'une simianthropologie transcendantale remonte aux
accords de Munich en 1938. Toute la classe politique de haut
niveau était consciente de ce qu'Hitler ne se laisserait pas
arrêter - donc leurrer à ses yeux - par les arrangements et
les compromis diplomatiques en usage entre les chancelleries
en temps de paix: ce Tamerlan moderne était d'une autre trempe.
Mais comment calibrer ce spécimen à l'école de la science historique
de l'époque? Pourquoi l'opinion européenne et mondiale répugnait-elle
à se poser les vraies questions, sinon parce que, vingt ans
seulement après le traité de Versailles, la nécessité de recommencer
une tuerie qui avait fait des millions de morts faisait dresser
les cheveux sur la tête. Aucun gouvernement démocratique ne
pouvait prendre la responsabilité d'en découdre à nouveaux frais
avec une Allemagne derechef armée jusqu'aux dents. Et puis,
la France n'avait-elle pas retrouvé l'Alsace et la Lorraine?
L'essentiel n'était-il pas acquis avec l'effacement de la honte
nationale de 1870? Quel enjeu vital méritait-il un nouvel égorgement
universel et comment l'imposer à tous les peuples et à toutes
les nations? C'est pourquoi le conflit relativement coutumier
qui oppose les verdicts de la logique politique de haut vol
aux banalités de l'histoire au quotidien échouait à dramatiser
le train municipal du monde aux yeux de l'opinion planétaire
endormie; mais derrière les timidités de la raison démocratique
ordinaire régnait une angoisse si profonde qu'un rien risquait
de la faire débarquer dans l'arène de la médiocrité des jours.
C'est
pourquoi la presse était demeurée fort discrète sur l'exclamation
d'Edouard Daladier - alors Président du Conseil et négociateur
des accords de Munich - qui, au spectacle de la foule prête
à le porter en triomphe à son retour de Berlin, s'était écrié
: "Quels cons!". Quasiment à la même heure, Winston Churchill
s'écriait: "Vous avez la honte, la guerre, vous l'aurez aussi".
La simianthropologie tente de fonder une science du politique
dont le regard de l'extérieur sur notre espèce transcenderait
le modeste recul dont l'anthropologie classique se contentait
et qui, faute d'avoir théorisé sa distanciation embryonnaire
à l'égard de son objet, manque toujours d'une axiomatique générale
en mesure de légitimer ses méthodes exclusivement photographiques
d'observation de l'humanité. C'est dire que l'anthropologie
classique n'était pas explicative, mais seulement descriptive,
tandis que la simianthropologie sera nécessairement critique,
donc philosophique, du seul fait qu'il lui appartiendra de peser
la notion même de raison sur une balance nouvelle afin d'accéder
à une rationalité interne dont la distanciation sera argumentée
et rigoureusement démontrée.
La crise économique actuelle est venue à point nommé consolider
d'avance une politologie dont l'assiette méthodologique sera
simianthropologique, parce qu'il est devenu évident que la gauche
tombe dans l'utopie et que la droite retourne à la jungle. Or,
l'axiomatique réduite à la plateforme de la politologie classique
ne saurait rendre compte du Charybde et du Scylla entre lesquels
le singe vocalisé est condamné à osciller: il y faut une pesée
du cerveau onirique qui ensanglante les évadés de la nuit animale;
il y faut une encéphalologie articulée avec une interprétation
prospective de l'évolution darwinienne revisitée par une science
des mutations psychogénétiques et de leur détection.
2
- Comment placer l'histoire sous les feux de la raison?
Le regard du pédagogue républicain, du moraliste bon teint,
de l'homme politique issu des urnes ou de l'historien scolarisé
et catéchisé par les idéaux de la démocratie ne saurait rendre
compte des arcanes d'une dramaturgie qui en appelle à un regard
nouveau sur l'humanité. Il y faut, en tout premier lieu, une
réflexion sur la puissance semi animale de la peur, une pesée
des faiblesses et de la myopie de l'entendement moyen des évadés
ahuris de la zoologie, un recul ébahi dont aucune de nos sciences
dites humaines ne dispose encore, parce qu'il y faudrait l'audace
de conquérir une extériorité traumatisante à l'égard des mutants
stupéfiés d'un quadrumane à fourrure.
De
l'extériorité sacrilège d'un si haut étonnement, on trouvera
quelques prémisses méthodologiques hautement profanatrices chez
Cervantès, Swift, Shakespeare ou Kafka - mais, pour l'instant,
ni la politologie officielle, ni la science historique édulcorée
par l' éducation nationale, ni la psychologie universitaire,
ni la psychanalyse d'école ne sont près de recevoir des leçons
des grands interrogateurs de la condition simiohumaine, qui
ne se sont, du reste, exprimés que sous les formes figurées
dont use la prudence littéraire. Aussi, le Collège de France
lui-même y regarderait-il à deux fois avant de confier une chaire
d' "histoire véritable", donc pétrifiante, comme disait
Lucien, aux peseurs abyssaux des secrets d'un animal que les
Tacite et les Thucydide n'enseignent à décrypter qu'entre les
lignes. Mais qu'en serait-il d'une connaissance de la "condition
historique" de notre espèce qui ferait courir de si grands
périls à une science banalisée de notre mémoire qu'on baptiserait
cette discipline la simianthropologie?
3
- La science historique et la légitimation de la force
Il
ne suffira pas de promulguer un édit pudibond, qui interdirait
purement et simplement à une science aussi peu médicamenteuse
de voir le jour, parce que l'histoire réelle est bien décidée
à se rappeler au bon souvenir de ses évangélistes et de ses
catéchistes. D'abord, la question du poids que le succès ou
l'échec des armes exerce sur la notion même de "vérité historique"
est la clé la plus massive de l'interprétation pseudo rationnelle
du monde. Par bonheur, la science des thérapeutes du passé est
précisément sur le point de ne plus réussir à honorer la force
d'une argumentation dont la vulgate s'empressait de légitimer
les vainqueurs.
Prenons l'exemple du marxisme: dès 1936, Walter Citrine,
ambassadeur d'Angleterre à Moscou, avait révélé l'existence
des goulags soviétiques, mais cette information avait laissé
l'Occident à son indifférence, parce que si, dans le cas où,
vingt siècles après le Discours sur la montagne et
son célèbre "Heureux les simples en esprit", l'utopie
d'abolir le capitalisme avait triomphé, les damnés des goulags
auraient été passés par profits et pertes. Du reste l'Union
soviétique ne s'est pas effondrée en raison de l'indignation
vertueuse de la planète des innocents aux mains pleines devant
une version du camp de concentration dûment évangélisée par
le prolétariat mondial, mais seulement parce que l'humanité
n'est pas convertissable à la sainteté politique, ce que le
christianisme avait redécouvert dès le premier siècle. Peut-on
rendre l'histoire contemporaine intelligible si l'on n'observe
pas que la guerre d'Irak n'a provoqué une réprobation de plus
en plus générale qu'au fur et à mesure de l'échec des armes
américaines sur le terrain et que seule la longueur de la guerre
en Afghanistan fait de plus en plus douter de la légitimité
de ce champ de bataille? C'est toujours la victoire qui fait
changer de camp à la vérité simiohumaine.
4 - L'enseignement
idéaliste de l'histoire
Je ne pose pas la question de la méthode en moraliste, mais
en simianthropologue de la politique : on ne saurait prétendre
rendre intelligible la narration dite historique des évènements
si l'échec de Hitler, de Staline et de la démocratie de la rédemption
et du salut par l'intercession guerrière du mythe de la Liberté
- l'Amérique en répand la foi à l'échelle de la planète - rend
tout simplement irrationnelle la connaissance du passé telle
qu'elle se définissait depuis Thucydide, parce que le simplisme
de la narration historique n'est plus scientifique.
L'âge de l'édulcoration pieuse du récit serait-il sur le point
de s'achever? Dans ce cas, comment armerons-nous la science
de la mémoire d'une connaissance anthropologique des entrailles
de l'esprit de dévotion? Il nous faudra bien, en fin de parcours,
nous rendre à l'évidence qu'Israël nous place devant une reduplication
criante de la cécité de Clio à laquelle les Etats européens
étaient appelés à faire face en 1938 ; car toute la classe dirigeante
de notre temps voit clair comme le jour que le conflit entre
Israël et la Palestine défie les axiomes et les présupposés
sur lesquels la politologie classique s'est construite, tout
le monde perçoit d'instinct que la science contemporaine des
droits et des devoirs des Etats les laisse désarmés jusqu'au
ridicule devant des évènements concentrationnaires dont la solution
en appelle à une connaissance plus profonde du sang simiohumain.
Mais la classe dirigeante de la civilisation mondiale ne se
trouve-t-elle pas aussi radicalement dépourvue d'une anthropologie
du sanglant qu'en 1938 devant Hitler et Staline?
Certes, on sait confusément qu'à l'instar de l'expansion planétaire
de la rédemption et de la martyrologie marxistes, l'alliance
de l'esprit mystique et sacrificiel d'Israël avec l'utopie politique
de type chrétien soulève une énigme biblique, celle de l'appartenance
des hommes au culte qu'ils rendent à un sang mythique: M.
Prasquier, président du comité représentatif des institutions
juives de France s'écrie: "Nous pouvons vivre loin d'Israël,
mais nous ne pouvons vivre sans Israël". Ce modèle de
sacralisation d'une chair colloquée sur un espace mythologisé
du monde n'est-il pas le même que celui dont l'eschatologie
communiste avait largement illustré les promesses entre 1917
et la chute du mur de Berlin? Un savant de l'envergure de M.
Joliot-Curie - aux côtés de Jean Perrin et des Curie, ses travaux
le situent à l'origine de la fabrication de la bombe atomique
française - ce savant, dis-je, croyait dur comme fer en l'existence
charnelle du "paradis soviétique", et ce songe reprenait
mot à mot le programme du physicisme politique chrétien de Thomas
More dans son Ile d'Utopie de 1518.
Aussi est-ce bien en vain que Jean Daniel dénonce le "judéocentrisme
pathologique" de certains de ses co-religionnaires.
Si les mondes oniriques renvoient à une pathologie, l' approche
laïque et républicaine de l'identité cérébrale de l'humanité
ne résout en rien la question que pose à la science historique
mondiale un infantilisme qu'un demi milliard de chrétiens se
partagent encore de nos jours et en toute bonne foi. On sait
que, selon le catéchisme, l'Eglise est une "société parfaite".
Mais ni Freud, ni Jung n'ont étudié l'idéalisme simiohumain
en tant que masque politique à la fois sanglant et universel,
et cela parce que toutes les écoles de psychanalyse sont demeurées
étrangères non seulement à un défrichage de l'inconscient religieux
de l'humanité, mais à tout décryptage des liens que la politique
entretient avec l'animalité spécifique du sacré depuis la nuit
des temps.
5 - Une science
politique infirme
Il
ne suffira en rien de rejeter en rhétoricien l'étude
scientifique de la dérive vers la tyrannie inscrite dans les
gènes du religieux pour résoudre la question de la dichotomie
cérébrale qui caractérise une espèce vertueusement scindée de
naissance entre le monde réel et des mondes à la fois fabuleux
et condamnés à glisser dans le concentrationnaire. Le Krouchtchev
biface qui a cru désacraliser Staline n'en a pas moins envoyé
l'armée russe écraser le "printemps de Prague"
; et nous ne savons pas si le général Jaruzelski, qui a ordonné
l'état de siège de la Pologne face à Solidarnosc, a voulu préserver
la nation du sort de la Tchécoslovaquie.
Or,
il se trouve que l'embarras des Etats bipolaires de type démocratique
et de leur humanisme biphasé face à l'expansion guerrière et
théologique confondues d'Israël relève de la même carence de
la connaissance scientifique actuelle de l'encéphale à la fois
sanglant et onirique des évadés de la zoologie que celle dont
témoigne, vingt ans après la chute du mur de Berlin, un monde
demeuré ignorant des arcanes meurtriers conjoints du marxisme
et de la foi du Moyen Age. L'armée du peuple biblique a bien
pu écraser Gaza sous les bombes au phosphore et l'Etat d'Israël
a beau continuer d'y effectuer des raids tueurs, le monde entier
n'en assiste pas moins, à la fois sidéré et passif, à la métamorphose
d'une population de plus d'un million six cents mille habitants
en un gigantesque camp d'agonie. Que celui-ci soit encerclé
et soumis, aux yeux de tous, à un blocus alimentaire meurtrier
laisse la science politique contemporaine aussi muette que face
à l'apparition soudaine de l'arme du suicide universel en 1945;
mais si notre civilisation avait approfondi davantage le "Connais-toi",
sans doute la politique mondiale ne demeurerait-elle pas aussi
désarmée que nous la voyons.
6 - Les premiers
pas d'une théologie de la peur politique
J'ai
déjà dit que la paralysie actuelle de la réflexion politique
des Etats résulte du même type de terreur diffuse, mais profonde
des nations du monde entier, dont a témoigné l'Europe de 1938
face au nazisme, puis de l'Europe de 1917 à 1989 face à un prophétisme
prolétarien dont personne, encore de nos jours, n'a compris
les ressorts anthropologiques de son expansion messianique.
Ce
qui domine, dans l'inconscient d'une géopolitique encore cérébralement
aussi désarmée que la théologie du Moyen Age, c'est le manque
d'une radiographie anthropologique de la peur dans l'Histoire.
Mais, en 1939, la terreur n'était pas encore devenue énigmatique.
Quels sont les secrets simiohumains, donc semi zoologiques de
la peur? L'épouvante se laissait même partiellement décrypter
à l'école de la raison politique moyenne de tous les temps,
celle qui connaissait superficiellement quelques ressorts du
simianthrope religieux, comme je l'ai rappelé plus haut. Mais
l'angoisse résulte maintenant de la chute de notre astéroïde
dans une catastrophe distincte des carnages massifs d'autrefois;
car, cette fois-ci, l'affolement se nourrit d'une source imprécise
et privée de contours saisissables. Tout le monde constate,
sidéré, qu'Israël ne dispose en rien d'une armée redoutable.
Et pourtant, ce peuple glace d'effroi les forces guerrières
de la mappemonde. Comment se fait-il que, sur les cinq continents,
les chancelleries ne sachent quel chemin emprunter pour tenter
de mettre un terme, même munichois, donc fatalement provisoire
à la conquête systématique de la Cisjordanie sous la bannière
flamboyante de l'étoile de David?
La pauvreté de la connaissance humaniste de l'humanité un demi
millénaire après la Renaissance se révèle si crûment que M.
Barack Obama a pu envoyer en toute naïveté un négociateur chevronné,
M. George Mitchell à Jérusalem. Mais son échec n'aurait pas
provoqué la stupéfaction effarée de tous les Talleyrand de la
planète si la diplomatie mondiale disposait de quelques rudiments
d'une simiantropologie critique, donc d'une pesée de l'encéphale
d'une espèce dont les rêves sont pétris de sang.
7 - Qu'est devenue
la notion de "raison politique"?
Pour
faire seulement un premier pas dans la compréhension des fondements
psychobiologiques de la candeur sanglante de l'humanisme mondial
d'aujourd'hui, il faut observer que le cerveau simiohumain se
ferme comme une huître sitôt que sa survie dans un monde imaginaire
se trouve menacée. Essayez donc de démontrer à un chrétien que
le miracle à la fois cruel et séraphique dit de la transsubstantiation
eucharistique est d'ordre onirique et que la sublimation de
l'histoire remplit une fonction politique décisive, puis observez
comment il va se clore sur lui-même comme un mollusque rétractile.
Pourquoi le myste de la sainteté d'une chair et d'un sang accouchés
par la torture n'entrera-t-il en rien dans un débat sur le sang
pur et le sang souillé de l'histoire? Pourquoi le prodige hématologique
de l'autel de la rédemption se révèle-t-il consubstantiel à
la définition séraphique d'un catholicisme édénisé dès le premier
siècle? On sait que ce phénomène a trouvé son illustration dès
le XIe siècle avec Bérenger, qui n'a échappé au bûcher que pour
s'être aussitôt rétracté: il avait déclaré tout de go que ce
prodige paradisiaque changeait les disciples du Christ en une
"troupe de sots". Mais aussi longtemps que la politologie
moderne ne saura pourquoi la vie religieuse du singe devenu
onirique et qui fait parler ses globules rouges sur les autels,
aussi longtemps que la question de la nature d'un animal flottant
dans des mondes tout ensemble iréniques et sanglants ne sera
pas abordée, la "communauté internationale", comme on
dit, ne comprendra goutte à l'attachement dichotomique des juifs
à la terre mythique d'un Israël de sang. Et pourtant, l'alliage
viscéral et mythique d'un sang sublimé et d'une terre mythifiée
renvoie à la bipolarité de l'encéphale des disciples de saint
Ignace, qui vivent saintement dans une Rome tout ensemble surréelle
et plongée dans la géhenne de l'histoire. Toute la mystique
juive est fondée sur la concrétisation d'un Royaume de chair
et de sang de Yahvé sur la terre. La proportion des rabbins
qui évoquent une "Jérusalem spirituelle" est infime et
ces illuminés passent pour des innocents aux mains pleines.
Le marxisme était tout entier un rêve théologique hébreu.
8
- L'embarras cérébral de la politologie moderne
Mais,
contrairement à la crainte physique que répandaient les légions
cuirassées de Hitler et de Staline, les légions du ciel censées
débarquer sur la terre et que nourrit le cerveau biblique d'Israël
tétanisent l'entendement politique d'un humanisme occidental
qui s'était imaginé que la croyance religieuse n'était qu'un
délire superficiel et soluble dans la pédagogie républicaine:
il suffisait, pensait-on, de reléguer tout ce fatras de superstitions
dans le privé, alors que l'Occident de la pensée critique aurait
dû s'engouffrer dans la brèche et fonder une spéléologie exploratrice
des abysses de la vie mythologique du simianthrope vocalisé
par son sang. Et voici que, faute de courage intellectuel, le
monde entier se trouve livré à une psychologie bucolique et
indigne de la postérité philosophique qui aurait fécondé les
premières audaces anthropologiques du siècle des Lumières.
Mais le drame politique mondial qu'illustrera le conflit du
Moyen Orient diffère de celui que le combat contre le nazisme
ou le stalinisme avaient mis en scène: car, d'un côté, la paralysie
de la raison moderne la condamne à s'imaginer qu'elle est entrée
depuis belle lurette en possession d'un savoir positif concernant
l'histoire de l'humanité, tandis que, de l'autre, l'histoire
sur le terrain est de nature à renforcer sans cesse les illusions
d'une politique de plus en pmlus convaincue que les obstacles
à vaincre sont aisés à surmonter. C'est ainsi que la Suède propose
tout à trac à la diplomatie mondiale que l'Etat d'Israël revienne
dare dare à ses frontières de 1967, que la moitié de Jérusalem
soit redonnée sur l'heure à l'Etat palestinien, que le retour
des réfugiés leur assure sans ambages d'heureuses retrouvailles
avec les terres dont ils ont été chassés par l'Occident biblique
de 1948.
Face
au projet d'une limpidité cartésienne de Stockholm , le monde
entier manifeste son embarras cérébral sans parvenir à s'en
formuler les causes véritable, puisque personne ne sait pour
quelles raisons mystérieuses des décisions politiques en apparence
fort simples à prendre et faciles à mettre à exécution à l'école
du bon sens politique de Voltaire terrifient les chancelleries
et contraignent des Etats démocratiques si fièrement rationnels
à recourir à mille ruses, faux-fuyants et simulacres pour tenter
de décourager une Suède que le protestantisme a mise à l'école
du Discours de la méthode et qui voudrait introduire le coin
de la raison luthérienne dans le débat.
9
- L'enjeu anthropologique du "conflit israélo-palestinien"
Mais le bélier rudimentaire de la politique protestante ignore
que la vie onirique du simianthrope se divise entre deux univers
mentaux, celui des créateurs et celui des simples surmois collectifs
sur lesquels les humains fondent leur sanglante identité de
groupe ou de masse. Les mondes balzacien, swiftien, cervantesque,
shakespearien, kafkaïen sont plus vrais aux yeux de leurs géniteurs
que le monde des sens. Léonard de Vinci sait que son univers
pictural est plus réel que celui dont se rassasient les yeux
de chair, Euler sait que le cosmos des mathématiques pures est
plus réel que celui de la matière, Einstein sait que la physique
de la relativité est une hostie de la raison, et ainsi de suite.
Mais les surmois unifiés par le social sont calqués sur les
légions romaines, qui allaient au combat précédées des aigles
qui leur donnaient l'identité guerrière de l'empire romain.
Israël s'étend à l'école du surmoi conquérant qui sert de drapeau
aux peuples et aux nations, mais son identité terrestre est
lestée de surcroît par le dieu messianique qui transporte cet
Etat dans le ciel et qui lui donne des ailes de sang.
C'est pourquoi la planète des Thémistocle et des Solon court
vers la conflagration la plus gigantesque de tous les temps,
celle qui, vingt-cinq siècles après la bataille de Salamine
dira si un peuple a le droit d'incarner sur la terre le dieu
en armes qu'il est devenu à lui-même sur son Golgotha intérieur
et qui fait de sa parole la chair de son esprit. Pour la première
fois depuis que le simianthrope se collète avec son encéphale,
le retard de la science anthropologique sur la science politique
conduira le monde à une guerre sans remède, parce qu'il sera
démontré qu'il ne fallait pas transporter une nation dissoute
depuis deux millénaires sur les terres de l'alliance de son
sang avec ses songes bibliques ressuscités.
10 - La résistance des "Peaux-Rouges"
Le
temps presse: en 1939, il avait suffi d'attendre l'offensive
conjointe de l'Allemagne et de la Russie contre la Pologne pour
que les démocraties européennes courussent aux armes dans les
conditions prophétisées par Winston Churchill, c'est-à-dire
dans le déshonneur et l'épée dans les reins. Bien pire est la
fatalité politique qui condamnera le monde entier à tenter de
se laver de sa honte à Gaza. Déjà, deux milliards de musulmans
piétinent aux portes de Jérusalem, déjà tous les gouvernements
des Etats arabes se sont vus contraints par la rue d'enterrer
le projet d'une alliance des Etats riverains de la Méditerranée
que la France avait cru pouvoir conduire à son terme en y introduisant
l'Etat juif.
Et
puis, les peuples arabes ne sont pas les Peaux-rouges: impossible,
au siècle d'internet, de les parquer dans leurs réserves. Et
puis, cinquante deux pour cent de la population de Gaza a moins
de dix-huit ans. Et puis, la démocratie mondiale rêve de droit,
de justice et de liberté - avec une foi de ce genre sur les
bras, comment les dirigeants européens vont-ils persévérer à
serrer dans leurs bras, hier les Sharon, les Mme Livni et les
Olmert, aujourd'hui MM. Nethanyaou et Libermann? Et puis, comment
l'Amérique pourrait-elle se laisser ridiculiser longtemps sur
la scène internationale par une poignée de croisés de leur patrie
mythique? Mais l'Occident ne sait pas encore qu'il a donné la
Judée au peuple de l'avènement terrestre du royaume du ciel
et que cette folie donnera un siècle de fil à retordre à une
démocratie fondée sur un mythe non moins sanglant que celui
d'Israël - le songe d'un débarquement évangélique et guerrier
de la Démocratie sur notre astéroïde.
Mais
la partie sera beaucoup plus difficile à jouer que face à Hitler
et à Staline, parce que la civilisation occidentale se voit
poussée dans ses derniers retranchements politiques par l'histoire
sanglante d'un monde des anges. Confessera-t-elle un retard
de la connaissance de l'encéphale simiohumain bien plus tragique
que celui dont le Moyen Age avait illustré le gouffre ? On ne
sait rien des évadés sanglants de la nuit si l'on ignore que
la boîte osseuse de cette espèce est bifide de naissance et
que la bipolarité de son encéphale irénique et tueur la condamne
à vivre davantage dans l'irréel qui la transporte dans un univers
du meurtre sauveur que sur une terre qu'on qualifiait de ferme
par un évident abus de langage.
Le 14 décembe 2009