1 -
Comment installer un Etat truqué sur la scène internationale
?
Dans une leçon précédente, je vous ai enseigné que l'esprit
des lois s'apprend sur les bancs de l'école, mais que vous ne
comprendrez le droit qu'à la lumière de la politique de la France
et du monde et que vous êtes des fils de la République nés pour
vous initier aux affaires de cette terre dès votre plus jeune
âge.
- A
propos de la bombe nucléaire de l'Iran, Esquisse d'une
théorie générale de l'inconscient religieux du cerveau
des démocraties,
21 septembre 2009 (Sections, Qu'est-ce
que Philosopher et Regards sur le Proche et le Moyen-Orient)
Aujourd'hui
je vais tenter de soumettre à votre réflexion de citoyens en
herbe une illustration planétaire de cette évidence, parce que
vous allez vivre quelques semaines intenses au cours desquelles
vous découvrirez qu'un Etat né invalide par l'effet d'une malédiction
attachée à l'illégitimité de sa naissance se trouvera empêché
de laisser un Etat véritable s'asseoir à ses côtés, parce qu'il
se trouvera condamné d'avance soit à disparaître dans le cas
où il tenterait de s'imposer le devoir de respecter les fondements
du droit international public, soit à imposer de force à son
voisin la même mascarade juridique qui lui donne sa fausse ossature.
Voyez comment les Etats-Unis et Israël tentent vainement de
paraître porter sur les fonts baptismaux un "véritable Etat
palestinien", alors que, dans le même temps, ils entendent
bien refuser tout net à ce simulacre d'Etat le statut et les
attributs naturels et traditionnels qui seuls le valideraient
aux yeux du droit international en vigueur, puisqu'ils lui demandent
rien de moins que de s'abstenir de revendiquer des frontières
et de renoncer d'emblée à se proclamer souverain.
Comment des démocraties, même devenues componctieusement pastorales
sous la houlette de Washington depuis 1945 peuvent-elles se
ruer dans l'absurdité de demander à la Palestine de s'affubler
de tiares de carton, afin qu'Israël puisse donner de l'épaisseur
au vide juridique qui l'habite? Voyez maintenant combien, en
revanche, une politique durable et un droit reconnu sont voués
à se légitimer réciproquement afin que les nations puissent
devenir des acteurs de l'histoire du monde; et voyez combien
les Etats dépourvus de fondements juridiques, donc universels
parce que moraux, sont condamnés de nos jours à disparaître
rapidement en raison de leur invalidité originelle. D'abord,
il sera impossible à des pseudo Etats de ce genre de tenter
de se donner une capitale qu'ils se partageraient gentiment.
Ecarquillez les yeux, bonnes gens, au spectacle de mimes qui
va se dérouler sous vos yeux; car les attifements des marionnettes
sont utiles à l'apprentissage non seulement de l'histoire et
de la politique, mais de l'éthique des nations civilisées à
l'heure où Gaza deviendra le cœur saignant du monde.
2
- Les dieux infernaux du simianthrope 
Sachez,
les enfants, que la plus haute philosophie s'est toujours fait
une rampe de lancement de la faiblesse d'esprit du monde des
adultes. La dernière en date des sottises de vos aînés vous
conduira à réfléchir sur les relations que les trois dieux actuellement
régnants entretiennent avec la torture sur la terre et dessous.
Longtemps l'éducation nationale a suffi à assurer votre éducation;
mais maintenant, vous ne deviendrez jamais ni des citoyens européens,
ni une génération éclairée à l'échelle de la planète si vous
n'êtes pas informés des enjeux d'une politique mondiale que
l'anthropologie critique vous apprendra à déposer sur les plateaux
de la balance à peser les civilisations. Car la connaissance
réelle de ces enjeux passe par la spectrographie du cerveau
du simianthrope; et ce scannage-là exige l'examen de l'encéphale
des dieux d'hier et des trois derniers arrivés, dont chacun
se croit unique.
Mais bientôt le camp de concentration en plein air de Gaza deviendra
le laboratoire mondial dans lequel nous observerons le fonctionnement
du cerveau de notre espèce et de ses idoles; car cette ville
martyre servira de déclencheur irremplaçables des retrouvailles
de l'islam d'Avicenne, le philosophe-médecin, avec les descendants
décérébrés d'un certain philosophe français qui inspecta notre
boîte osseuse et dont le Discours de la méthode
parut en latin en 1636 et en gaulois en 1637. Or, près de trois
siècles après la parution de cet illustre traité du bon sens,
les trois dieux uniques qu'adorent encore vos parents se chamaillent
toujours sur de nombreux points de leurs théologies respectives.
Mais ils continuent sans sourciller de se livrer à leur championnat
du monde de la torture dans l'arène des souterrains où leur
rivalité n'est pas sujette à controverse entre eux, tellement
leur sainte justice use des mêmes rôtissoires dans les profondeurs
de la terre.
Quelle
chance que celle de votre génération ! Vous réconcilierez les
philosophes du monde entier avec leur mission la plus socratique,
celle de se pencher sur les fours crématoires qui servent de
miroirs aux dieux infernaux qu'adore encore notre espèce! Sachez
que les épreuves auxquelles la Palestine se trouve dévotement
soumise sous le ciel des trois tortionnaires des nues devant
lesquels notre espèce s'agenouille serviront de levain à un
humanisme d'une haute impiété spirituelle, sachez que cette
tragédie mettra entre vos mains les armes de l'intelligence
à venir de l'humanité, sachez que l'islam de la raison aidera
l'Occident à retrouver le chemin de sa vocation la plus divine,
celle qui faisait dire à Aristote: "Socrate s'est surtout
occupé de la morale".
Depuis lors, la philosophie se divise entre deux empires, celui
qui se prend les pieds dans le tapis à arpenter en vain le cosmos
et celui des spéléologues d'une espèce livrée au vide de l'immensité.
3
- Que dirait Socrate aujourd'hui ? 
Le Hamas rappelle qu'il est contraire aux principes éternels
du Coran d'installer par la volonté d'une loi internationale
contrefaite, puisque fondée sur le reniement de ses propres
principes, une population de guerriers en provenance du monde
entier et de les faire débarquer les armes à la main sur le
territoire d'un peuple innocent afin de l'exterminer froidement
ou de le chasser à coups de fouet de ses terres. Mais la barbarie
du péché originel de la démocratie mondiale se trouve condamnée
à son tour et avec la dernière vigueur par toute l'aile pensante
de la planète dont les idéaux et l'éthique se réclament de la
légitimation des droits innés et universels de l'humanité et
d'abord du principe de la liberté des nations de disposer souverainement
d'elles-mêmes.
Que se passerait-il si une phalange de philosophes musulmans
et européens lançait d'un seul cœur et d'une même voix un encouragement
et une exhortation aux Palestiniens dont les termes seraient
à peu près les suivants?
"On
ne fonde pas l'histoire véritable des lois sur les faux apprêts
d'une nation de parjures, on n'intronise pas un peuple dans
une communauté mondiale des hypocrites de la Liberté, on ne
demande au tribunal international d'une justice et d'une liberté
infidèles à leur propre loi de réclamer de la planète dite des
droits de l'homme et du citoyen une apostasie qu'une décennie
suffirait à flétrir, on ne bâtit pas un Etat sur le déshonneur
de ses habitants. Vous êtes devenus les gardiens des principes
fondateurs de la démocratie sur les cinq continents. Si vous
deviez accepter de trahir la patrie de vos aïeux, nos deux civilisations
s'en trouveraient détruites jusque dans les fondements de leur
éthique et de leur philosophie du droit.
"Vous êtes devenus l'enjeu des valeurs fondatrices de la conscience
universelle et de l'intelligence politique du monde. N'acceptez
jamais qu'on daigne vous accorder la grâce de vous élever au
rang d'un Etat doté du bout des lèvres d'une pseudo souveraineté
dont on brandirait bien haut les affutiaux sous vos yeux; car
une nation de ce genre fonderait votre dignité morale et politique
sur une confession de foi caduque ab origine et par définition,
puisqu'elle vous aurait été extorquée par les faux dévots de
la démocratie. Comment la prétendue légalité de votre nouvelle
patrie reposerait- elle sur la honte qui résulterait de votre
lâche acceptation d'une dépossession définitive de la majeure
partie du territoire de vos ancêtres, alors que vous en demeurez
les propriétaires à titre tellement inaliénable qu'Allah lui-même
ne saurait disposer de l'autorité d'abolir ses propres lois
?
"Gardez courage, Clio vous a placés à la croisée des chemins
de la droiture d'esprit du monde, gardez confiance, jamais un
avenir durable ne se bâtira sur l'abaissement d'une servitude
sanctifiée par de fausses dévotions."
Si des penseurs de l'islam et des juristes occidentaux signaient
une exhortation au peuple palestinien à ne pas se frapper d'infamie,
qu'adviendrait-il des relations que les philosophes des deux
civilisations entretiendraient entre leurs éthiques sommitales?
Un dialogue vivant naîtrait-il de leur regard commun sur l'homme
et sur l'histoire ? Mais pour que cette initiative se révèle
heuristique, il faudrait un courage partagé par les interprètes
des trois religions du Livre, celui de débattre dans un même
esprit du statut de la raison de demain, de la nature de l'intelligence
dont dispose actuellement notre espèce et de la définition même
du mot " vérité " dont les évadés de la zoologie font, pour
l'heure, un usage pervers et corrompu dans les basses et les
moyennes régions de l'atmosphère.
4 - Une radiographie de la politique de la torture
Voici
les faits qui pourraient commencer de vous conduire dans les
profondeurs du tragique où la vérité vous présente ses crocs
et commence d'ouvrir toute grande sa mâchoire : j'ai lu dans
Le Monde du 6 septembre 2009: "Le Ministre
de la justice des Etats-Unis publie un rapport officiel qui
lui a donné la nausée: une dizaine d'agents de la CIA pourraient
être poursuivis." Le débat sur la moralité et sur l'immoralité
de la politique que nous attribuons à nos trois dieux uniques
se placerait-il tout autant au cœur de la géopolitique d'aujourd'hui
que du temps de Socrate? Car le patriotisme ne saurait se révéler
pieux au motif que la foi est utile aux nations dans la guerre
? Mais, dans ce cas, la question de la nature des idoles refait
surface : quelle est la moralité du personnage international
que nous appelons "Dieu"? Pourquoi Socrate s'interrogeait-il
obstinément sur l'éthique de Zeus, pourquoi se demandait-il
sans cesse si les dieux sont de fieffés commerçants et s'ils
sont intéressés au premier chef à recevoir des cadeaux ridicules
sur leurs autels?
Le
courage nouveau auquel la pensée d'aujourd'hui vous appelle
vous conduira à peser à son tour l'immoralité du ciel triphasé
avec lequel le simianthrope continue in petto d'entretenir un
commerce rentable. Ce sera de vous que l'Islam et l'Occident
apprendront la vaillance d'écarquiller les yeux sur l'immoralité
les trois divinités demeurées en lice sous nos yeux. Souvenez-vous
que seule son audace socratique a permis à Nietzsche d'écrire
que le christianisme périra de l'immoralité de sa divinité.
Ayez à votre tour la témérité évangélique, coranique et isaïaque
de jeter demain à la face de la planète la question des relations
que notre civilisation si fière de porter la panoplie des théologies
de ses trois dernières idoles entretient avec la torture. Vos
aînés ont placé Guantanamo au cœur de l'histoire du monde depuis
huit ans. Quel est le profit politique que les Etats d'aujourd'hui
retirent de leur pratique officielle de la torture ? Dis-nous,
Socrate, ce que tu penserais d'une philosophie qui se prétendrait
socratique, mais qui n'aurait en rien appris à radiographier
le monde à ton école? Conduis-nous par la main en direction
des souterrains concentrationnaires du sacré.
5
- Une histoire des tortures sacrées 
Certes, les morts que les amiraux athéniens victorieux aux Iles
Arginuses avaient négligé d'enterrer subissaient la torture
d'errer à jamais dans l'Hadès ; mais leurs tourments étaient
loin d'égaler ceux dont nos trois idoles se rassasient maintenant.
Et puis, ces amiraux ont été condamnés à mort par le peuple
athénien pour avoir réservé un sort aussi misérable à des patriotes
morts au champ d'honneur, alors que les tourments infernaux
dont se nourrit désormais la piété du monde ont bondi de dessous
la terre pour débarquer sur notre astéroïde de la Liberté. Songez,
mes enfants, qu'Israël torture des enfants sous la douteuse
attention d'un médecin consentant à ces pratiques. Savez-vous
que cet Etat se livre à un trafic fort rentable avec les "dons"
d'organes qu'il prélève sur les cadavres de l'ennemi et qu'il
revend au plus haut prix, parce que les Israéliens refusent,
hélas, de prolonger la vie de leurs co-religionnaires au prix
du cadeau même bien rémunéré aux vivants, de leurs organes après
leur propre trépas? Savez-vous qu'une civilisation moins cruelle
que la nôtre et qui ne torturait pas encore ses morts sous la
terre ménageait également davantage les vivants que nos trois
dieux uniques, qui ont inventé, eux, le rôtissage éternel des
trépassés?
Ce sont vos ancêtres qui, aux côtés de leurs idoles, jugeaient
nos tourments posthumes indispensables à la piété de leurs confessions
de foi, ce sont vos ancêtres qui s'accordaient dévotement sur
la cuisine infernale de leurs dieux. Dis-moi, Socrate, pourquoi
avons-nous progressé jusqu'à nous fier à une religion spécialisée
dans la fabrication des instruments de torture les plus raffinés,
pourquoi adorons-nous un génocidaire expert en inondations et
spécialisé dans les crémations souterraines ? Apprenons à nous
regarder dans ce miroir-là. Qu'en est-il du miroir de leur vérité
politique dans lequel les chrétiens, les musulmans et les juifs
se mirent depuis deux mille ans si leur image se réfléchit dans
la galerie des glaces de leur enfer?
Le blasphémateur athénien a refusé de condamner à mort les amiraux
impies. Il ne partageait donc pas l'éthique du civisme que réclamaient
des citoyens dont les cadavres flottaient sur la mer. Peut-être
savait-il que le Zeus des Athéniens allait passer de l'ignorance
à la cruauté. Dites-vous, mes enfants, que la noblesse et l'indignité
du simianthrope sont la mesure de la noblesse et de l'indignité
de ses idoles.
6
- L'abîme du "connais-toi" 
Si une radiographie simianthropologique de la pastorale de la
torture que l'islam et le christianisme se partagent et qui
met les deux civilisations à l'école des cruautés de leurs empires
infernaux pouvait vous conduire à retirer aux trois sauvages
du ciel leurs saintes chambres de tortures, quel élan nouveau
votre courage donnerait à la réflexion mondiale sur la dignité
du peuple palestinien et sur les fondements de son futur Etat!
Car, dans ce cas, vous vous souviendrez de ce qu'aux yeux de
Socrate, la philosophie était la science du courage de l' intelligence;
et vous vous verrez contraints de demander aux mythes religieux
en général et aux trois monothéismes en particulier: "Qu'en
est-il de la vie spirituelle que la planète de notre abaissement
dans la torture attend de nous aujourd'hui?"
Décidément, nous avons emprunté un chemin encore si peu fréquenté
de l'histoire de notre encéphale que n'y avons rencontré âme
qui vive. Mais un appel commun des penseurs de l'islam, du christianisme
et du judaïsme au grand Athénien aidera la simianthropologie
de demain à découvrir la signification de la sainteté que nous
accordons aux tortures éternelles des morts - sainteté qui nourrit
encore les trois théologies de la justice auxquelles notre idole
pseudo unifiée accroche ses guenilles . Et voici que le chemin
de l'avenir de la pensée mondiale nous reconduit tout droit
à Gaza où un million six cent mille hommes, femmes et enfants
se trouvent exposés en plein air et torturés au grand jour.
Comment se fait-il que l'humanité entière assiste à ce spectacle
sans se faire de souci pour si peu? Comment se fait-il que ce
miroir-là de nous-mêmes et de la sainteté de nos trois Zeus
soit devenu international sans que nous demandions à Socrate
de nous conduire au plus profond de l'abîme du "connais-toi"
des Athéniens d'aujourd'hui?
La pensée la plus profonde de Pascal est celle-ci: "Les grandes
pensées viennent du cœur". C'est dire que, sans le cœur,
l'intelligence est aveugle, c'est dire que le cœur conduit l'intelligence
dans les profondeurs du singe parlant, c'est dire que toutes
les révolutions de l'intelligence sont celles du cœur. Si vous
ne voulez plus de l'encens du dieu des tortures, donnez-vous
en un autre et demandez à son cœur d'ouvrir les yeux de votre
raison. Qu'ont fait les prophètes, sinon de changer la morale
de la divinité nauséabonde de leur temps ? Et comment s'y sont-ils
pris ? Ils n'y sont pas allés avec le dos de la cuillère : ils
l'ont bâtonnée et tabassée à plaisir. La Palestine sera la nouvelle
terre des prophètes. De ce sol jaillira un autre Isaïe, qui
tuera les trois dieux des tortures. Mais au précédent, Isaïe
ne faisait-il pas dire déjà: "Vos mains dégouttent de sang sur
mes parvis, vos sacrifices, je les ai en horreur "?
Vous fixerez à la philosophie mondiale de demain l'heure de
son rendez-vous avec Socrate dans le jardin des supplices de
Gaza."
Le 28 septembre2009