*
Le Général de
Gaulle usait souvent de l'expression: "Tout est simple
et clair". Ce qui se révèle le plus simple et le plus
clair aujourd'hui, c'est que l'empire américain est nécessairement
illégitime et qu'il ne pourra jamais se fonder sur le droit
international public précisément pour la raison la plus évidente
du monde, à savoir que les principes démocratiques proclament
la souveraineté des Etats et la liberté entière des peuples
à disposer d'eux-mêmes sur le théâtre du monde. Aucune nation
démocratique n'est autorisée à engranger les bénéfices d'une
guerre victorieuse, même si son trophée est mondial. C'est
cela que toute la décolonisation a entériné.
Mais si l'existence
même d'un empire américain qui étend désormais sa puissance
militaire à toute la terre habitée et qui enserre notre astéroïde
dans le réseau omniprésent de ses garnisons, si cette réalité,
dis-je est étrangère au jus gentium actuel, qu'appartenait-il
à la France seule d'entreprendre? Comme aucune nation ne peut
aller camper de ce pas sur une autre planète, le Général de
Gaulle a choisi la solution la plus cartésienne, celle qui,
selon le Discours de la méthode, n'est autre
que la voix du bon sens. La nation de 1789 avait le devoir
de donner au monde un exemple mémorable de l'exemplarité de
sa destinée. Pour cela il lui suffisait de rester fièrement
debout sur son pré carré et d'entretenir avec l'empire triomphant
des relations de souverain à souverain ; et dût cet exploit
durer un siècle entier, quelle victoire que d'écrire la vraie
histoire du monde, celle de vivre avec soi-même, le secum
vivere des Romains!
Pourquoi avons-nous
fini par nous ranger sous le sceptre et la tiare de l'empire
américain à l'heure même de l'agonie de sa puissance, pourquoi
avons-nous oublié que les lauriers artificiels que la raison
pratique s'achète sur les marchés se flétrissent bientôt ,
pourquoi avons-nous oublié que seule la grandeur et la droiture
de l'intelligence politique des peuples leur donne une mémoire?
Et pourtant, nous
ne figurons pas encore parmi les peuples rangés à la queue
leu leu sous le commandement de la nouvelle Rome, nous n'avons
pas notre place aux côtés d'une Allemagne occupée par deux
cents puissantes places fortes de l'étranger incrustées à
jamais sur son territoire, nous n'avons que faire du voisinage
d'une Italie quadrillée par les cent trente sept forteresses
inexpugnables de son vainqueur depuis 1944 et nous ouvrons
un œil attentif sur le Japon qui commence seulement de sortir
de son sommeil et qui tente vainement de retirer son garrot
avec la permission de son tenace protecteur. Mais la vanité
des vaincus leur fait réclamer hochets et grelots de leur
vainqueur. Nous sommes flattés de ce qu'un général français
vienne de se voir placé sous les ordres de notre maître à
la tête de l'armée des enrubannés de l'OTAN. Non seulement
notre nation n'aura pas sauvé l'honneur de l'Europe asservie,
mais la postérité dira qu'elle s'est mise dans les fers d'une
puissance à l'agonie, tellement l'effondrement du dollar est
imminent. Même si M. Barack Obama parvenait à faire adopter
à la longue la loi sur la santé qui pousse la générosité démocratique
jusqu'à accorder des soins médicaux aux pauvres de son pays,
il n'en aura pas moins été démontré à la face de toutes les
nations que ce ne sont ni le peuple américain, ni le congrès
qui font la loi en Amérique, mais de puissants groupes financiers.
Le prestige de l'empire en restera irrémédiablement altéré.
Mais la défaite
militaire imminente en Afghanistan et en Irak fera dévaler
la vraie crise économique sur le monde, celle qui ne sera
ni le fruit du nouveau gangstérisme international des banques,
ni de l'étranglement du marché mondial du travail, ni de la
révolte sociale sur les cinq continents, mais de la dette
de cinquante mille milliards de dollars - je dis bien, cinquante
mille milliards de dollars - accumulée en trois-quarts de
siècle par une occupation militaire du monde trop titanesque
pour qu'aucun Hercule n'ait les épaules pour la porter.
Rome est proche
de s'effondrer comme un château de cartes sous le poids de
mille deux-cents légions barricadées sur un astéroïde qui
défie leur taille, la nouvelle Rome est proche de laisser
le souvenir d'une puissance tellement éphémère qu'un siècle
aura suffi à anéantir son délire, tout simplement parce que,
dirait le Général, il est clair qu'un édifice qui repose sur
une monnaie fictive et fantasmatique par nature. Demain, la
Chine, la Russie, l'Inde, l'Amérique du Sud vont jeter dans
la poussière la relique tétanisante qu'on appelait le dollar.
Nous voici ramenés
à la question de fond: si les principes de la démocratie ne
permettent pas de légitimer des empires, la preuve ne pourra
en être apportée qu'à l'écoute des leçons d'une critique anthropologique
des relations que la politique entretient avec le sacré depuis
les origines parce que tout empire est théocratique et inquisitorial
par nature, de sorte qu'il faut observer les deux théologies
armées jusqu'aux dents que confessent les démocraties. L'une
tente d'imposer sa loi sous le vêtement du nouveau Golgotha
d'Israël à la Palestine, l'autre voudrait citer l'Iran à comparaître
devant le tribunal de l'inquisition anti-nucléaire.
Le 28 septembre,
je mettrai en ligne une psychanalyse anthropologique parallèle
à celle d'aujourd'hui, car Israël voudrait imposer sa Jérusalem
céleste à une Palestine rebelle à se coucher sur le divan
de Jahvé. Les deux études tenteront d'éclairer des lumières
d'une psychobiologie du cerveau simiohumain, l'interdiction
adressée aux démocraties depuis Périclès de fonder des empires
viables, mais seulement des dictatures religieuses cachées
sous leurs chasubles.
1 - Qu'est-ce qu'une religion simiohumaine
?
2 - Notre rendez-vous cérébral
avec l'Iran
3
- L'inquisition démocratique
4
- L'hérésie d'aujourd'hui
5
- Le soutien des " suppôts de l'hérésie "
6
- La politique du tribut et la démocratie
7
- Qui dispose du sacré démocratique?
8
- La psychanalyse de la politique
9-
L'avenir de la psychanalyse de l'histoire
10-
L'éternel Gogotha
1 -
Qu'est-ce qu'une religion simiohumaine
?
Deux siècles après la parution du célèbre Essai sur l'entendement
humain de David Hume, quelle révolution de notre connaissance
du fonctionnement de notre boîte osseuse ! Nous savons désormais
que notre encéphale schizoïde nous installe à des degrés divers
et changeants dans des mondes oniriques et que notre espèce
se réfère à des réseaux de signifiants fabuleux par définition.
Nous vivons tout enveloppés dans les songes sacrés que nous
tisse notre imagination en folie.
Hume
se doutait déjà que nous sommes le seul animal dont le domicile
mental est fantasmatique et qui se localise dans un vide fictivement
habité par des dieux; mais il ignorait pourquoi nous sommes
livrés de naissance à un théâtre cérébral dément et qui nous
met en porte-à-faux entre deux univers inconciliables, celui,
limité, de nos sens et celui, illimité, qui nous détache du
visible - et d'abord de notre propre corps - pour nous livrer
pieds et poings liés à des représentations délirantes du cosmos.
Le grand Anglais ignorait également que nous nous forgeons des
relais mentaux afin de nous connecter à l'insaisissable. S'il
avait su que nous trouvons notre assise psychique dans l'arène
de nos présupposés mythologiques et qu'un surnaturel acquis
ou admis sans examen nous permet de dresser les piliers du surréel
qui nous arrimera à notre condition d'animal déhanché dans l'immensité,
sans doute aurait-il reculé d'effroi devant la trappe dans laquelle
nous sommes tombés. Le malheureux est mort en 1776. Depuis lors,
nous nous essayons à décoder le capital psychobiologique qui
nous élève un peu au-dessus du sol et nous transporte inexorablement
dans un fantastique religieux ou idéologique.
Cependant, l'homme qui avait un siècle d'avance sur Kant demeure
actuel en ce qu'il confirme que ce sont fatalement nos théologies
qui se présentent en témoins assermentés de notre déphasage
natif et de notre multipolarité incontrôlable: car sitôt qu'une
plateforme de référence de type cosmologique s'est installée
dans la boîte osseuse de notre espèce, notre encéphale commence
de penser, donc de raisonner avec fougue, détermination
et conviction. Pour cela, nous enchaînons des arguments dont
la logique interne ignore que leur fondement est fantomal par
définition et ne nous fournit jamais que des constellations
mentales livrées aux joutes retentissantes auxquelles notre
langage prête ses tambours.
Nous avons appris depuis lors que la fonction principale à laquelle
s'exercent nos religions - celle de nous bâtir des édifices
impérissables et que nous qualifions de rationnels - ne nous
livre jamais que des représentations éphémères du cosmos et
qui ne servent que pour quelques générations d'habitacles cérébraux
et de focalisateurs sociaux et héréditaires aux aliénés d'un
asile. C'est ainsi que le christianisme s'est fissuré à présupposer
qu'il existerait un géniteur solitaire de l'univers à l'égard
duquel ses créatures se seraient rendues coupables du péché
ineffaçable de désobéissance, mais que leur châtiment éternel
aurait pourtant pris fin ou se serait du moins trouvé momentanément
suspendu grâce à l'intervention énergique du fils unique du
monstre céleste. Car sa progéniture se serait donné librement
à occire sous le couteau de boucher de son grand sacrificateur
de père afin d'acheter son pardon au prix de son cadavre très
précieux. Une réflexion sérieuse sur la cruauté du mythe nous
conduirait à une analyse critique du marché multiséculaire des
offrandes de notre vie à une idole insatiable et sauvage. Dans
ce commerce coûteux, les montants respectifs de notre dette
et de notre crédit auraient été âprement négociés afin de convaincre
les nations de la nécessité de verser à leur maître céleste
un tribut perpétuel et impossible à chiffrer afin de discipliner
en permanence une espèce indocile ou franchement rebelle.
2
- Notre rendez-vous cérébral avec l'Iran 
Mais,
depuis les origines, ce n'est jamais ce débat central qui nourrit
la controverse; l'argumentation des disputeurs s'alimente seulement
d'aménagements marginaux de la fable. A partir du XVIe siècle,
il s'est exclusivement agi de savoir si le fils de la bête féroce
ci-dessus évoquée se trouve depuis lors physiquement immolé
tous les jours "que Dieu fait" sur ses autels et dans le monde
entier, parce que l'idole réclame inlassablement la monnaie
d'échange saignante du "rachat" d'une valeur incalculable
qu'il a consenti à octroyer au pécheur, mais sur le mode acharné
et répétitif jusqu'à l'obsession. Il s'agit donc de savoir si
la victime torturée et hors de prix se trouve exposée en chair
et en os sur l'offertoire ou seulement à titre symbolique. Il
est saisissant que la pesée de la notion même de sacrifice religieux,
qu'il soit physique ou figuré se trouve écartée d'office du
débat au profit d'une simple annexe du meurtre sacré.
Pourquoi l'examen paniqué de l'enjeu anthropologique et politique
de ce gibet se trouve-t-il soustrait d'autorité à l'analyse?
La
pesée de ce type de comportement angoissé de notre cerveau paraîtrait
anachronique ou résiduel si son universalité psycho politique
ne donnait à la simianthropologie critique son principal champ
d'observation de l'histoire d'hier, d'aujourd'hui et de demain.
En effet, le premier coup de force des civilisations de l'effroi
est toujours celui qui permet à la puissance politique dominante
du moment d'imposer dans l'arène des siècles l'échiquier mental
secrètement tremblant auquel le débat sera condamné à se cantonner
et qu'il lui sera interdit de quitter seulement d'un pouce.
Mais le problème prétendument cerné d'avance par l'axiomatique
matamoresque de la religion de la potence chargée de le prédéfinir
et de le situer d'autorité dans l'enceinte guerrière de la révélation
religieuse ressortira, en réalité, à une orthodoxie toute partielle
et délimitera si peu la question réellement posée aux Etats
et à leurs dirigeants que la vraie difficulté se trouvera tout
entière située hors du territoire confessionnel et dûment imposée
aux gouvernements par le maître du jeu - le souverain des nues.
L'exemple de la controverse faussée et biaisée sur la dangerosité
de la future bombe nucléaire iranienne en fournit une illustration
théologique donc anthropologique particulièrement saisissante.
Car la vraie problématique qui débattrait de la légitimité de
la communauté internationale à imposer à la Perse d'aujourd'hui
l'axiomatique théologique préforgée selon laquelle seul son
armement nucléaire à elle serait illégitime par nature et par
définition, tandis que celui de la Chine, de la Russie, du Pakistan,
de l'Amérique, de l'Angleterre, de la France et surtout d'Israël
serait conforme à l'orthodoxie politique admise d'avance par
le monde entier de la Liberté et de la Justice.
Mais la puissance immense d'imposer à l'humanité entière un
échiquier cérébral déterminé alors que, de toute évidence, la
question déborde une problématique délibérément rétrécie et
qui la rend spectaculairement partielle, cette puissance, dis-je,
puise le pouvoir de convaincre attaché à l' arbitraire qui l'inspire
dans la mentalité demeurée théologique par nature des démocraties
modernes. De même que l'Eglise actuelle dicte encore au théologien
et au croyant son propre épicentre mental, donc le territoire
restreint sur lequel il sera permis aux fidèles de débattre
seulement de la substance sanglante ou figurée de la victime
trucidée sur l'autel du sacrifice et jamais de l'économie entière
des mythes religieux de type sacrificiel, de même les Etats-Unis
et leur fils unique, Israël, définissent le péché originel de
désobéissance de la planète à une orthodoxie nucléaire chargée
de localiser le seul sacrilège réputé réel, celui de l'Iran.
3 - L'inquisition démocratique

Comment se fait-il que le comportement du cerveau simiohumain
soit le même dans la confession religieuse que dans la confession
démocratique ? Comment se fait-il que le monde entier tienne
pour établi par une annonciation indiscutable que la question
n'est nullement de savoir si Téhéran est autorisé ou non à désobéir
au père éternel et à croquer la même pomme dans l'Eden que les
autres nations nucléaires, parce que le débat a été tranché
d'avance par la voix du souverain du monde ? Si le pécheur désobéit
à l'oracle caché derrière les décors, il se rend coupable par
nature et par définition de briser l'interdit théologique absolu
du moment. Mais la focalisation du débat sur un point du mythe
soustrait d'autorité à la contestation permet précisément à
l'anthropologie critique d'observer le lien serré qui relie
fatalement l'apologie d'une orthodoxie impérieuse et tenue pour
irréfutable à la mise en place des mentalités inquisitoriales
modernes. Quelle et la logique interne qui commande le joug
cérébral auquel toutes les orthodoxies sont soumises et dont
elles se révèlent viscéralement tributaires?
Quand
l'Eglise condamnait une hérésie, il n'était jamais question
de débattre de son contenu moral, intellectuel ou politique,
mais exclusivement de savoir si l'hérésiarque allait persévérer
dans son erreur diabolique ou s'il était prêt à se rétracter
solennellement sous une contrainte toujours crûment formulée
- c'est-à-dire, rien de moins que la peur de la mort, metus
mortis. Peu importait que le renoncement à une déviation
coupable ne fût pas argumenté pour un sou - il aurait été jugé
oiseux de perdre son temps dans un débat sacrilège par définition
et sur un point de doctrine inébranlable par nature, donc substantifiquement
blasphématoire. Seule comptait la confession du retour du pécheur
à une vérité religieuse imposée par l'autorité ecclésiale habilitée
à remplir cet office sans sourciller.
Or les modalités qu'emprunte carrément et sans se cacher l'inquisition
politique qu'exercent désormais les démocraties modernes illustre
tout pareillement l'inaltérabilité catéchétique de la menace
théologique mal cachée sous des déguisements d'apparence charitable.
On lira dans la presse (Le Monde, 11 septembre
2009) : "Alors que la pression s'accroît sur l'Iran à l'approche
de l'échéance (fin septembre) que lui a fixée l'administration
américaine pour engager un dialogue sur ses activités nucléaires,
Téhéran a transmis, mercredi 9 septembre, un texte de "propositions"
aux grandes puissances. "
4 - L'hérésie d'aujourd'hui

Que
se serait-il passé si Luther avait candidement soumis à la bienveillance
de Rome les "propositions" qu'il a dû se résigner
à afficher sur les portes de l'Eglise de Wittenberg? Sans doute
le Saint Siège lui aurait-il tenu à peu près ce langage: "Les
Etats-Unis se sont déclarés prêts à en "étudier attentivement"
le contenu. Mais ils ont aussi pris soin de conférer un nouveau
sentiment d'urgence au dossier nucléaire. Selon Washington,
la République islamique serait en mesure de basculer, si elle
le décidait, vers la production de matière fissile pour une
arme atomique." (Ibid.)
On voit que "l'étude attentive" de l'hérésie par le tribunal
qui la proclame luciférienne s'accompagne fatalement d'une menace
à peine dissimulée: Luther pourrait passer à l'action profanatrice,
mais si l'on parvenait à le convaincre de "l'urgence"
de se repentir avant qu'il ne franchisse le pas de l'excommunication
majeure et et qu'il ne bascule irrémédiablement dans la damnation,
une capitulation préventive du pécheur peut encore être espérée
de tous les dévots.
C'est
pourquoi le Saint Siège des modernes tarde un instant à lancer
la foudre ultime: "Cette mise en garde semblait destinée
à rallier des soutiens en vue d'éventuelles sanctions internationales
nouvelles contre l'Iran - un scénario auquel la Russie et la
Chine s'opposent, pour l'heure, de la manière la plus ferme."
Mais
Luther ne cède pas d'un pouce : "Selon nos informations,
le contenu du texte iranien n'apporte rien de consistant ni
de nouveau concernant le sujet de fond, à savoir le programme
nucléaire et les demandes faites à l'Iran par le Conseil de
sécurité de l'ONU depuis 2006. Il y est question de "diverses
questions mondiales", a seulement précisé Téhéran. " (Ibid.)
On
voit bien que l'hérésiarque est réputé coupable de poser les
vraies questions et que c'est de dévier du sujet de fond prédéfini
par l'inquisiteur qu'il se refuse. Que dit-il? Il revendique
rien de moins que le droit de Téhéran d'ébranler le sceptre
atomique d'Israël dans la région : "Mahmoud Ahmadinejad,
avait réitéré une position exprimée depuis longtemps par l'Iran
: le dossier nucléaire est "clos" et le pays ne renoncera pas
à la technologie dont il s'est doté selon son "droit inaliénable".
Ce qui semblait exclure, une fois de plus, un scénario de rapprochement,
même si M. Ahmadinejad se disait par ailleurs prêt à un "débat
public" avec M. Obama. " (Ibid.)
On
voit que les "hérésies" sont mises en évidence par les
guillemets qui les signalent à l'attention du tribunal.
Mais sur quoi porterait le "débat public" entre Luther
et le Saint Siège? Sur le fait qu'Israël feint de trouver "lourde
de dangers" la progression sacrilège des recherches nucléaires
de l'Iran. Mais, dans ce cas, il y aurait un débat anthropologique
sur le voilement de face qui interdit de se demander ce qu'il
advient du sacrifice de l'autel quand plusieurs dieux, tous
uniques, se partagent une seule et même foudre et que non seulement
leurs apocalypses se neutralisent réciproquement, mais se voient
toutes condamnées au ridicule de faire long feu dans le vide
de l'immensité.
Du
coup, l'étude scientifique de la structure mentale et de la
finalité politique des sacrifices simiohumains en général, puis
du fondement de la piété prétendument universelle, puis du culte
de la liberté et de la justice imposerait une problématique
plus profonde au débat demeuré si superficiel dont les démocraties
dites rationnelles se contentent. Mais la Rome nouvelle est
devenue acéphale en diable : comme l'ancienne, elle est tenue
de donner des preuves de sa fermeté doctrinale à la droite orthodoxe
de la Maison Blanche : "Parallèlement, à Washington, M.Obama
sait qu'il doit éviter d'apparaître "carterisé", comme le disent
certains diplomates, en référence à l'ancien président Jimmy
Carter qui, en 1979-1980, avait gagné la réputation d'être trop
faible face aux Iraniens. "(Ibid.)
5
- Le soutien des "suppôts de l'hérésie" 
De
même que Luther avait l'appui de l'Electeur de Saxe, Frédéric
le Sage, qui l'a caché après son excommunication par Rome le
15 juin 1520 - le pape Léon X l'avait condamné par la bulle
Exsurge Domine et ordonné qu'on brulât en public ses quatre-vingt
quinze thèses - Téhéran jouit d'appuis non négligeables: "Pendant
ce temps, les signaux envoyés par la Russie et la Chine vont
nettement à l'encontre des desiderata américains et européens.
Le 2 septembre, à Francfort, lors d'une réunion des Six, les
émissaires russe et chinois ont catégoriquement refusé que des
sanctions soient discutées fin septembre au niveau de responsabilité
des ministres et en marge de l'Assemblée générale de l'ONU.
Ils ont même suggéré que les "gestes" de l'Iran soient salués
dans un texte commun. Une initiative que les Occidentaux ont
aussitôt rejetée. "(Ibid.)
Pis
que cela : "Moscou a clairement signalé, ce mois-ci, son
opposition à toute politique de sanctions accrues contre l'Iran,
même si ce pays ne répond pas aux demandes formulées par le
Conseil de sécurité de l'ONU (suspension de l'enrichissement
d'uranium, et transparence sur les prépâratifs nucléaires).(…)
Ainsi, comme cela a été le cas depuis le transfert du dossier
nucléaire iranien au Conseil de sécurité de l'ONU en 2006, Moscou
actionne de puissants freins pour alléger la pression sur Téhéran.
Le problème est que la nouvelle donne instaurée par l'équipe
Obama était censée attirer la Russie. Celle-ci consiste toujours,
comme l'a répété Vladimir Poutine, le premier ministre, à démentir
qu'il y ait une dimension militaire aux travaux nucléaires iraniens.
En privé, les Russes ne croient pas que l'Iran décidera de franchir
l'étape de fabrication de l'arme suprême, même s'il se dote
des moyens pour y parvenir. " (Le Monde , 16 septembre
2009)
Ce
point est important du point de vue anthropologique : il démontre
que la puissance de l'hérésie est si grande que la Russie ne
saurait rappeler ni le caractère obsolète de l'arme nucléaire,
dont l'inanité militaire est reconnue par tous les experts internationaux
depuis trente ans, ni que M. Ahmadinejad, qui n'est pas un sot,
l'a souligné lui-même depuis longtemps. Mais de même que la
prétendue présence physique de la chair et du sang de la victime
sur l'autel des chrétiens frappe les imaginations et présente,
de ce seul fait, une grande puissance politique, de même le
mythe de l'atome guerrier impressionne le cerveau simiohumain.
C'est pourquoi Luther lui-même n'a pas osé nier la "présence
réelle" du crucifié sur les offertoires - il y a fallu l'audace
intellectuelle de Calvin, et encore celui-ci n'a-t-il pas réfuté
le mythe central du "rachat" par le meurtre d'un innocent,
donc du salut par la potence, tellement le simianthrope n'entend
que la voix du sang de l'histoire et de la politique.
6 - La politique du
tribut de l'autel et la démocratie 
Le
cerveau simiohumain se libère ou s'auto-vassalise toujours et
en tous lieux à l'école des souverains de sa boîte osseuse.
Luther s'est contenté de faire exploser l'échiquier de la théologie
ecclésio-centriste de son temps par la substitution de l' "inspiration
spirituelle" qu'il recevait des Saintes Ecritures
à celle, toute pratique et platement catéchétique que professait
la hiérarchie romaine. Mais l'encéphale des semi évadés de la
zoologie n'a pas changé de nature : tantôt il s'identifie à
l'identité psycho-cérébrale qu'impose à une société une orthodoxie
hyper attentive à confiner dans les marges et à invalider la
contestation d'une doctrine dont la clôture sur elle-même se
veut infranchissable, tantôt il ouvre des brèches partielles
dans les murailles de la forteresse et escalade les remparts
pour étendre son regard à un paysage un peu plus étendu. Mais
les deux attitudes répondent à l'identité close ou ouverte d'une
espèce qui n'habite jamais que des mondes oniriques inégalement
et différemment cadenassés. C'est dire que la vraie liberté
est un apanage de l'intelligence et d'elle seule ; c'est redire,
avec Socrate, qu'il n'y a d'autre courage et d'autre frayeur
des évadés de la nuit animale que de briser leurs geôles cérébrales.
Mais
c'est dire également que le cœur battant de la politique tient
au pouvoir d'imposer à l'adversaire la problématique dans laquelle
il sera contraint de s'enfermer à double tour. Cicéron modifie
le fonctionnement de l'encéphale romain - donc le champ visuel
des Sénateurs de son temps - à jeter par terre toute la problématique
juridique de la définition du meurtre fondée sur la loi des
Douze Tables - il leur impose la notion extraordinaire de légitime
défense. De même, il livre au désordre la tête des Sénateurs
en apostrophant le sénateur Catilina en pleine séance. De même
encore, le Général de Gaulle change l'éclairage que la République
avait adopté pour interpréter son histoire au sein de ses régimes
tantôt démocratiques, tantôt monarchiques depuis 1789. De même
encore, M. Barack Obama a tenté de modifier le paysage mondial
du politique à changer le regard que l'Amérique porte sur le
monde musulman tout entier.
Une anthropologie critique en mesure de rendre compte du fonctionnement
théologique inné de la politique et de l'histoire observera
donc qu'Israël reproduit le modèle chrétien du sacrifice au
bénéfice d'une idole désormais nantie d'une rente de situation.
La dette qui lui est due est réputée inépuisable. Elle répare
à haut prix une grave offense qu'elle a subie dans le passé,
mais et dont les dividendes se transmettent désormais de génération
en génération et se veulent intarissables.
Les Grecs achetaient encore leurs dieux au coup par coup. Certes,
il existait des cérémonies d'expiation prévues par le calendrier.
Mais quand la cité livrait son destin aux périls d'une guerre,
on prenait soin de s'assurer du mieux possible un concours particulier
et exceptionnel des dieux par l'offrande de sacrifices considérables
d'animaux sur leurs autels. En revanche, le christianisme a
mis le fidèle en position de débiteur perpétuel: le Golgotha
est censé avoir effacé une fois pour toutes une culpabilité
originelle qui passait pour aussi ineffaçable que la tache de
sang sur les mains de Lady Macbeth. Mais, en réalité, ce lavage
définitif n'est jamais qu'un leurre pieux: il faudra maintenant
nettoyer la tache sa vie durant et du matin au soir. Les actes
de contrition du malheureux ne prendront fin qu'avec son dernier
souffle.
7 - Qui dispose du
sacré démocratique?
Puisque la piété se tue à la tâche et jusqu'au lit de mort des
"sauvés " et des "rachetés", on comprend qu'une
religion de la repentance perpétuelle se révèlera hautement
exploitable dans l'ordre politique. Quel est le dieu nouveau
que l'univers offense désormais mortellement? Israël. A qui
faut-il présenter à jamais ses dévotions? A Israël. Comment
se fait-il que le péché commis à son égard il y a soixante ans
soit devenu universel, héréditaire et irrémissible, donc condamné,
comme celui de la Croix, au titre d'un meurtre appelé à provoquer
la rechute du coupable? Israël a compris le christianisme comme
personne: de même que c'est à l'école de l'agenouillement des
siècles chrétiens sur les parvis du Saint Siège que Rome s'est
étendu territorialement durant deux millénaires, de même Israël
s'étend implacablement en Cisjordanie à brandir sa crucifixion
sur un Golgotha aux intérêts de retard incalculables.
Il
se trouve que le degré d'immersion du sujet dans le monde physique
et le pourcentage de son appartenance au monde religieux diffère
grandement non seulement d'un individu à l'autre, mais surtout
d'une époque à la suivante, de sorte que l'identité simiohumaine
s'observe dans son universalité par l'examen des divers lieux
de passage de la frontière entre le pragmatisme et le sacré.
Jean-Paul II ne séparait pas le théologique du politique à la
lumière des mêmes lignes de démarcation que son successeur.
Mais l'enjeu anthropologique se révèle identique dans les deux
univers qu'habite notre espèce, de sorte que l'inquisition fonctionne
sur un modèle parallèle dans les deux comportements de l'encéphale
simiohumain : un pape réaliste combattra l'hérésie pour le motif
qu'elle lui paraîtra ébranler l'édifice politique auquel la
doctrine doit servir de poutre de soutènement, un pape relativement
mystique se demandera si, sur le long terme, le souffle et l'élan
de l'inspiration évangélique ne sont pas plus précieux à préserver
que la gestion administrative et au quotidien des soucis de
la Curie.
Cette
problématique de la "possession" du croyant par le dieu
remonte à Homère. Elle s'offre à l'observation anthropologique
en Israël, où les partis religieux se divisent entre les défenseurs
des intérêts étroitement confondus de la Jérusalem terrestre
et de la Jérusalem spirituelle, d'une part, et les esprits qui
séparent radicalement les deux "cités de Jahvé", d'autre
part. Cette dichotomie cérébrale a régné tout au long de l'histoire
schizoïde du christianisme, et cela avec une telle intensité
qu'elle a rendu la foi enivrée incompatible avec la foi ritualisée:
pendant des siècles, l'Europe du ciel a offert le spectacle
des cerveaux monophasés, qui se réfugiaient en masse dans les
monastères et des encéphales bipolaires, qui s'accommodaient
d'une coexistence difficile du monde et du mythe dans leur tête.
La nature bifide du cerveau simiohumain se trouve encore officiellement
légitimée de nos jours et jusqu'au sein des Etats laïcs, puisque
la Vè République admet l'objection de conscience, même quand
une guerre oppose les devoirs du patriote à ceux du croyant.
Mais
quand la raison transreligieuse accède à une étape de notre
évolution cérébrale où elle se met en mesure d'observer la politique
terrestre de la dérobade à laquelle se livre une idole dûment
enveloppée dans les vêtements séraphiques de son mythe, le champ
de l'intelligibilité de l'histoire et de la politique de notre
espèce subit une mutation de sa problématique interne qui l'ouvre
à un approfondissement décisif de la réflexion sur la cité,
parce que les instruments nouveaux qu'une anthropologie distanciée
du sacré fournit à la raison scientifique permettent de peser
les évènements sur une tout autre balance de leur signification.
C'est ainsi que les entreprises résolues de la Jérusalem terrestre
présentent un contraste si violent avec l'eschatologie réputée
leur donner leur armure religieuse que la raison moderne introduit
un coin aussi redoutable entre les deux lobes
cérébraux du simianthrope qu'à l'heure de la querelle du XIIe
siècle entre l'empereur d'Allemagne et le Saint Siège, qui a
abouti à la séparation radicale de l'investiture temporelle
des évêques par l'empereur exclusivement et de leur investiture
spirituelle par le successeur de Saint Pierre. Aujourd'hui,
l'investiture politique des démocraties et celle théologique
de Jahvé se disputent le monopole de la légitimation divino-humaine
d'Israël.
8 - La psychanalyse
de la politique
Mais, du coup, la foudre nucléaire devient le "signe de contradiction"
entre les deux autorités qu'évoquent les Ecritures des chrétiens,
parce qu'il est impossible de légitimer ensemble et parallèlement
la souveraineté terrestre de l'Iran et la souveraineté biblique
d'Israël, puisque le peuple juif réclame pour lui seul la possession
de l'apocalypse sacrée et temporelle confondues et refuse d'en
partager la "sainteté". La géopolitique contemporaine
a donc le plus grand intérêt à disposer d'une science anthropologique
de la théopolitique, donc du fonctionnement mythologique de
l'encéphale scindé de naissance entre le réel et le sacré dont
notre espèce fait encore usage de nos jours et à l'échelle internationale,
parce que le sceptre temporel d'Israël est plus difficile à
arracher des mains de cet Etat réputé intemporel que de celles
de Grégoire VII.
C'est dire que le Moyen Orient est devenu le théâtre de la guerre
entre les deux lobes de l'encéphale du simianthrope. La fraction
réaliste et la fraction onirique de la boîte osseuse des évadés
de la zoologie se disputent la même proie, et cela sur le même
champ de bataille qu'aux XIe et XIIe siècles en Europe, mais
à cette différence près que l'Amérique et Israël s'y voient
nécessairement contraints de mettre en place le mode inquisitorial
d'accouchement de la sainte "vérité historique" que brandissent
les démocraties de la "justice" et de la "vérité".
D'un côté, le monde entier est appelé à fonctionner sur le modèle
de la repentance perpétuelle de l'humanité à l'égard de la victime
de la Shoah, de l'autre, la culpabilité inépuisable qui frappe
notre espèce permet à un souverain du temporel - l'Amérique
- de mettre à profit notre capitulation religieuse devant Israël,
ce qui permet à l'anthropologie scientifique du IIIe millénaire
de placer sous la lentille de son microscope tout le réseau
des tractations cérébrales du simianthrope.
Il
se trouve que le sacrifice est au cœur du religieux et au cœur
du politique, de sorte qu'une psychanalyse freudienne qui ne
rend pas compte du meurtre de l'autel d'Iphigénie à nos jours
a manqué son branchement sur l'histoire ; et si ni Jung, ni
Fromm, ni Lacan, ne rendent compte du sacrifice, toute la science
actuelle de l'inconscient demeure en attente de son véritable
avenir, le seul auquel elle est appelée par sa vocation d'accéder
à l'universalité et à la profondeur.
9
- L'avenir de la psychanalyse de l'histoire 
Voyez
comme l'inquisition prend enfin toute sa signification politique
et historique à se révéler le champ d'observation privilégié
du management religieux de la boîte osseuse de notre espèce
; car il s'agit d'imposer la problématique du sacré des démocraties
du salut à toute la société civile de notre temps. Dans cette
guerre des Titans de la rédemption des modernes, la politique
des songes bibliques d'Israël devient le cœur de la pensée critique
: il s'agit de donner à Henry IV d'Allemagne le pas sur Grégoire
VII dans l'investiture atomique de l'Iran.
Mais
alors, l'analyse simianthropologique de la double face du sacrifice
chrétien commence d'éclairer la politique mondiale d'une lumière
trans-freudienne, parce qu'il s'agit maintenant d'expliquer
pourquoi l'immolation réputée physique de la victime sur l'autel
se veut à la fois rédemptrice et punitive. Car le Golgotha éternise
la mémoire d'un meurtre à châtier sans fin - un déicide - et,
dans le même temps, ce meurtre se révèle paradoxalement providentiel
à l'échelle internationale, si je puis dire, puisqu'il se veut
indispensable au "rachat" du péché par la bienveillance
tardive dont un géniteur mythique du cosmos s'est décidé à faire
preuve in extremis. Pourquoi cela, sinon parce que l'assassinat
sacré fournit tardivement à l'idole le tribut "satisfactoire",
donc indispensable à sa renommée, puisqu'il satisfait le prestige
politique de la divinité et conditionne seul son consentement
inespéré à l'effacement définitif de la macule originelle.
Si
la trucidation censée se trouver effectivement perpétrée sur
l'autel de la rédemption par un effet magique des paroles rituelles
prononcées par le prêtre et qu'on appelle les paroles de la
consécration, si cette trucidation, dis-je, n'était pas condamnable
en tant que meurtre, elle ne saurait alimenter la repentance
et la contrition éternelles du simianthrope ; mais sans la pénitence
réputée libératoire du coupable, le pouvoir politique de "Dieu"
demeurerait branlant, faute de l'assise de la contrition éternelle
que manifeste précisément le paiement inlassable d'un tribut
hautement profitable. Il faut donc que l'immolation dédoublée
- à la fois pécheresse et gratifiante - du Golgotha se trouve
magnifiée par l'attitude exemplairement obédientielle de la
victime à l'égard du père tueur. C'est pourquoi la piété se
fonde à la fois sur la jubilation face à la rentabilité extraordinaire
de la victime et sur la sainteté des macérations du monde, qui
sont allées jusqu'à la sacralisation du suicide religieux de
masse dans les monastères.
On
sait que L'introduction à la vie dévote de Jean-François
de Sales glorifie l'auto-immolation des chrétiens dans les couvents
afin que le clouage de la victime sur une potence soit somptueusement
rémunéré par l'accès à la vie éternelle. L'émulation sacrificielle
récompensée par l'immortalité a été illustrée par l'apologie
de L'Imitation de Jésus-Christ - mais le double
volet du meurtre rédempteur est également la clé de toute la
politique : si la shoah n'était pas la source à la fois pénitentielle
et prébendée à jamais de l'histoire mondiale depuis 1945, elle
ne nantirait pas Israël de l'autel commémoratif de son resourcement
perpétuel dans le sang libérateur du "salut", donc de la rédemption
démocratique pieusement achetée par la mort de la victime. Jahvé
y trouve l'aliment du renouvellement inlassable de ses bienfaits
au peuple élu. C'est pourquoi la psychanalyse de la théopolitique
juive et chrétienne de l'éternité se révèle à la fois la clé
de l'intelligibilité anthropologique de l'histoire contemporaine
et la clé de l'avenir mondial des sciences de l'inconscient,
donc du scannage de la condition simiohumaine.
10 - L'éternel Golgotha

Si la mutation de la problématique politique qu'appelle un regard
tout autre sur le nucléaire que celui dont l'idéologie israélo-américaine
avait taillé le miroir, si cette mutation, dis-je, impose l'examen
au microscope des entrailles du sacrifice de l'autel, c'est
que l'idole vengeait, en réalité, son ambition bafouée; et c'était
à ce titre qu'elle prétendait "racheter" sa créature,
donc lui accorder son pardon au prix de l'immolation théologiquement
ciselée de son propre fils. C'est donc en signe de soumission
absolue à sa propre autorité de sacrificateur suprême qu'Israël
demande maintenant à l'Iran le paiement éternel du tribut "sacré"
et "rédempteur" de la repentance du monde à son égard,
celui du renoncement perpétuel de la Perse à sa souveraineté
pécheresse. Mais de même que le Dieu du Déluge imposait sa problématique
de la mort au pécheur coupable d'un désobéissance impardonnable
- donc, en réalité, du péché de contestation de son monopole
absolu de la connaissance dans le jardin d'Eden - de même la
démocratie américano-israélienne voudrait imposer à toute la
planète de la repentance la damnation irrémissible qu'entraîne
le péché d'intelligence.
Quelle intelligence ? Celle qui observe désormais le personnage
ambigu caché sous l'autel retors de la "Liberté". Ce
questionneur décidément démoniaque demande à l'idole: "De quel
pouvoir politique réclames-tu le sceptre? Tu entends interdire
à l'Iran de manger le fruit de l'arbre de la connaissance. Quel
est le sens secret du tribut dont tu réclames le paiement à
te cacher sous ton tabernacle? Voici qu'Adam a mangé le fruit
du savoir dans de jardin d'innocence de la Démocratie; et voici
qu'il aperçoit l'idole tapie sous l'offertoire ; et voici qu'il
change toute la problématique des propitiatoires de la politique.
C'est cela, la guerre de l'intelligence; c'est cela, la guerre
d'Ulysse au Cyclope ; c'est cela, la guerre de la philosophie
à l'animalité de l'histoire; mais c'est aussi cela, l'avenir
mondial et transfreudien des sciences de l'inconscient."
Le 21 septembre2009