A - Les hésitations
du destin
Jamais la planète
n'avait présenté un spectacle aussi hésitant entre les sables
mouvants de l'actualité et le tracé des lignes de force plus
profondes qui commencent de mettre en mouvement un astéroïde
indécis, mais sans encore parvenir à le doter d'une ferme allure.
Quoi de plus hésitant qu'un empire américain omniprésent sur
les cinq continents et tenu pour le souverain incontesté de
toutes les mers du globe, mais ébranlé dans ses fondements par
la lente et sûre ascension de la Russie, de l'Inde, de l'Afrique,
du Pakistan, de l'Amérique du sud, quoi de plus instable qu'une
Europe occupée par quatre-vingt mille guerriers d'outre-Atlantique
et quadrillée de cinq cents de leurs garnisons, quoi de plus
flottant qu'une Europe vassalisée depuis des décennies sous
le commandement du maître de l'OTAN, mais en proie à des secousses
émancipatrices de moins en moins embryonnaires, quoi de plus
erratique qu'un Moyen Orient placé sous le sceptre et le joug
de Washington et de Tel Aviv, mais tout frémissant et grondant
de centaines de millions de voix de l'islam révolté!
Au cœur de ce chaos
et de ces lumières, de ces ténèbres et de ces premiers scintillements,
de ces tumultes et de ces silences annonciateurs de la tempête,
l'Europe tremble et se tait. De Gaulle avait échoué à l'armer
d'une volonté d'acier, d'une haute ambition et d'un élan conquérant.
Et maintenant, une construction monétaire chimérique, parce
que privée de la forteresse politique dans laquelle l'abriter,
place le Vieux Continent sur le chemin du double naufrage de
sa prospérité économique et d'une stratégie à l'échelle de la
mappemonde. Mais des démocraties exténuées et des empires livrés
à des secousses telluriques de grande envergure, quelle danse
au bord du gouffre!
B - Le sceau de
la honte
C'est que, depuis
1945, ou bien l'Europe redeviendra le paquebot géant que happait
un grand large sans cesse retrouvé, ou bien cet appendice asthmatique
de l'Amérique jouera les laissées-pour-compte de l'histoire
en marche. Mais quand bien même les intérêts communs de Washington
et de Londres n'attacheraient plus à leur laisse des Etats rétrécis,
on ne voit pas comment la Suède et l'Italie, la Finlande et
la Sicile, la Pologne et l'Espagne se laisseraient porter par
l'ambition de secouer le joug du "libérateur" de 1945.
Le rapetissement d'un Vieux Monde attelé au char de son "sauveur"
répond à un type d'asservissement inconnu des historiens de
la vassalisation rampante ou brutale des peuples et des nations
en voie de rabougrissement - les Montesquieu, les Gibbons, les
Spengler, les Toynbee.
Certes, la Grèce
asservie chantait humblement les louanges de son "délivreur"
; certes, les villes de l'Hellade ont mis longtemps à comprendre
que leur vainqueur triomphait sous le heaume de sa feinte générosité
politique et que le peuple des Quirites n'avait plus besoin
du glaive de ses légions pour régner sur des esprits et des
cœurs ratatinés. Mais qu'au XXIe siècle, une civilisation forgée
sur l'enclume de la mort ait oublié que la souveraineté des
Etats exige la pleine propriété de leur territoire, oublié qu'il
faille chasser les légions de l'étranger qui y campent, oublié
que l'élection présidentielle française de 2012 devrait assurer
l'ascension d'un homme politique cuirassé du réalisme le plus
rudimentaire face au prestige caparaçonné des empires, voilà
qui grave le sceau conjugué de la cécité et de la honte sur
l'effondrement de l'Europe.
C - L'Europe en
chaise roulante
Les troupes américaines
enracinées en Europe ne sauraient proclamer avec Mirabeau: "Nous
sommes ici par la volonté du peuple...". Mais la population
de l'Allemagne et de l'Italie ne bénéficie en rien de la lucidité
politique qui lui ferait expulser par la force des baïonnettes
les légions lovées sur son sol par une classe dirigeante de
pâles figurants. Comment éduquer des nations convaincues qu'une
sotériologie démocratique les protège des fauves censés les
menacer de tous côtés? Par bonheur, le temps de l'infamie et
de l'ignorance appelle une réflexion anthropologique sur la
capacité des Etats modernes de donner un contenu réel à la souveraineté
de principe que la Constitution des démocraties a accordée aux
peuples depuis 1789. Car si la politique des démocraties est
devenue une infirme en chaise roulante, il faut commencer par
se demander ce qu'il en est des Etats en bonne santé; et il
faut démontrer que si la vassalité reconduit à la barbarie,
les vrais chefs d'Etat sont appelés à se doubler d'une vocation
de civilisateurs.
Je me suis donc demandé
si une Europe qui se croit entourée de tigres et de lions rugissants,
si une Europe rebelle à se poser la question de la nature des
vrais chefs d'Etat face aux fantômes politiques que les décadences
mettent en scène, si une telle Europe pourrait se trouver éduquée
par un modeste instituteur qui s'adresserait à des enfants encore
riches des espérances du bas âge. Ils se sont sagement assis
sur les bancs de l'école d'une République ambitieuse, parce
que la jeunesse habite le royaume des promesses de la raison
politique.
1
-
Qu'est-ce
qu'un chef d'Etat civilisateur ?
2
- Vos premiers pas
3 -
La logique des civilisateurs du droit
4
-
Qu'est-ce qu'une tête bien faite ?
5
- La médiocrité du plus petit
dénominateur commun
6
-
Votre tête citoyenne
7
-
Les épéistes de la raison
8
- La démocratie et les sorciers
1 - Qu'est-ce
qu'un chef d'Etat civilisateur ?
Comment, mes enfants, la souveraineté du peuple français s'exprimerait-elle
avec pertinence par la voie du suffrage universel en mai prochain
si la science politique dont bénéficie la nation née en 1789 se
trouvait mal informée des qualités propres aux chefs d'Etat civilisateurs
et à eux seuls et si, par conséquent, votre éducation ne vous
mettait pas en mesure de reconnaître les traits qui mettent ces
pédagogues de l'humanité au service des vrais intérêts de la nation?
Quand vous applaudissez les vers d'un poète, les mélodies d'un
musicien ou les tableaux d'un peintre, il faut bien que vous sachiez
identifier le talent ou le génie, il faut bien que le monde intérieur
de l'artiste vous habite de quelque manière.
L'instruction
publique est là pour vous enseigner à distinguer les avortons
de chefs d'Etat des grands modèles d'acteurs de l'histoire du
monde. Mais pour élire, donc pour choisir un chef d'Etat à bon
escient, vous avez besoin d'un si long apprentissage de leurs
effigies que je ne puis vous initier tout de suite aux derniers
secrets de la stature et du rang des guides que les nations ont
le devoir de placer à leur tête. Il vous faut donc apprendre du
moins à situer ces nains ou ces géants de l'éthique et du savoir
sur une échelle des spécimens les plus représentatifs de leur
espèce. L'Histoire vous en propose des esquisses à imiter ou à
répudier.
2
- Vos premiers pas
L'examen de vos connaissances de citoyens responsables, donc de
vos compétences de juges des capacités morales et intellectuelles
des chefs d'Etat que vous porterez au pouvoir vous convie, en
tout premier lieu, à observer le degré de cohérence mentale dont
font preuve vos représentants sur la scène internationale. Si
leur cerveau se trouve dans un grand désordre et si leur jugement
les conduit à vau l'eau, dites-vous bien qu'ils ne sauraient mener
une politique à laquelle une logique assurée servirait de corde
à nœuds.
Mais comment jugerez-vous les chefs d'Etat à leur grandeur de
civilisateurs? Demander à une république de promulguer des lois
conformes à la nature de sa Constitution est la moindre des choses,
puisque les Constitutions ne sont démocratiques que si elles se
fondent sur les principes universels de la justice et du droit.
C'est ainsi que M. Giscard d'Estaing s'est montré un civilisateur
avisé. Vous lui devez d'avoir enrichi les institutions de la France
d'un Conseil Constitutionnel souverain, parce que sans cela, vos
élus du moment pourraient céder à la tentation et à l'envie de
voter des lois irréfléchies, arbitraires et motivées par leurs
passions ou leurs caprices, donc ennemies de votre souveraineté
pleine et entière. C'est ainsi que le Sénat vient de voter une
loi inconstitutionnelle et irrationnelle sans seulement mentionner
l'opposition raisonnée des plus grands juristes issus de ses rangs.
Le
chef d'Etat que vous élirez accèdera donc au rang d'un civilisateur
s'il promulgue une loi rédigée en ces termes : "Dans toute
démocratie, le pouvoir législatif est tenu de valider ou de réfuter
un projet de loi sur les arguments des juristes éminents qui l'auront
légitimée ou condamnée en commission. Une loi non expressément
motivée en droit par l'Assemblée nationale et le Sénat sera déclarée
inconstitutionnelle d'office."
Une
disposition constitutionnelle rédigée en ces termes complèterait
la notion civilisatrice de " contrôle de constitutionnalité "
institutionnaliser par M. Giscard d'Estaing en 1974 et abrègerait
la lente procédure d'invalidation par la saisine du Conseil. Car
il est flagrant que le Sénat a passé outre d'un haussement d'épaules
aux conclusions de sa commission, qui avait pris soin de démontrer
l'incompétence absolue du pouvoir législatif français à promulguer
des lois concernant un Etat étranger et contraires, de surcroît,
à la définition de la liberté d'opinion, qui est universelle et
que le Comité des droits de l'homme de l'ONU venait de
rappeler solennellement, en date du 12 septembre 2011 dans son
Pacte International relatif aux droits civils et politique
(articles 7 à 10).
Une
ultime motion portait sur l'exception d'invalidité de toute
la procédure a également été écartée
d'un "revers de main", comme on dit à tort, puisque,
par nature, la main n'est pas davantage une arme du droit que
le dogme n'est un instrument de la vérité.
Vous
vous trouvez précipités dans une République où vous pourrez nier
la virginité de Marie sans danger, mais non le génocide arménien.
Mais qui nie ce crime? Il s'agit seulement de savoir si, en droit
public, c'est un massacre ou l'assassinat d'un peuple par un Etat.
Aux historiens de consulter les documents d'archives qui permettraient
ensuite à une autorité juridique internationale agréée
à cette fin de trancher sur pièces. Quant à jeter des citoyens
français en prison pour délit d'opinion, il ne s'agit que d'une
loi nulle et non avenue de plus: la liberté d'opinion protège
jusqu'à l'ignorance et à la sottise. Si vous affirmez sans
rire qu'un homme serait ressuscité, pourquoi vous interdire de
prétendre que deux et deux font cinq? On ne guérit pas la faiblesse
d'esprit à l'école des geôles. Mais si l'homme d'Etat n'a pas
de connaissance anthropologique du sacré, comment serait-il un
civilisateur?
Vous
voyez, par ce seul exemple, dans quelle immoralité politique le
mépris des lois fait tomber les Républiques. Un chef d'Etat digne
de ce nom est donc un civilisateur par définition, parce que sa
fonction naturelle l'appelle à protéger son pays contre des décisions
irraisonnée et démagogiques des sénateurs et des députés du peuple
souverain, parce que tout civilisateur est un défenseur de l'éthique
mondiale des démocraties.
3
- La logique des civilisateurs du droit
Mais le lien qui rattache nécessairement la cohérence cérébrale
dont un chef d'Etat civilisateur doit faire preuve à l'éthique
libératrice des démocraties s'applique également à l'ensemble
de la politique d'une civilisation émancipatrice, parce que la
justice et le droit sont les souverains intérieurs des Constitutions
désasservissantes; et ces fondements-là sont ceux qui définissent
la solidité d'une tête d'éducateur, donc la logique même qui commande
toute sa pédagogie.
Prenez
le cas de M. François Bayrou, qui vous promet de vous dire la
vérité en toute honnêteté, mais qui vous promet, dans le même
temps, de ne jamais courir le risque de diviser vos esprits. Pour
peser l'incompatibilité d'un affichage de l'éthique aussi péremptoire
avec la rigueur intellectuelle et morale qui doit caractériser
le raisonnement d'un chef d'Etat civilisateur, demandez-vous quelle
est la qualité des vérités auxquelles vous prêtez l'oreille sans
vous trouver aussitôt dichotomisés au plus secret de vous-mêmes
et interrogez-vous sur la profondeur des jugements moraux et politiques
que prononce votre magistrature dans le cas où votre jugement
entraîne l'union ou la désunion entre vous.
Car
si vous dites que le soleil brille dans le ciel et si vous en
prenez votre globe oculaire et celui de vos auditeurs à témoin,
vous ne courrez le risque de vous trouver contredits que par des
plaisantins. Mais si vous dites, avec La Rochefoucauld que "l'hypocrisie
est un hommage que le vice rend à la vertu", vous ne ferez
plus rire; car vous découvrirez avec effroi que jamais la profondeur
d'esprit du moraliste ne fait l'unanimité dans les têtes. Pis
que cela: seuls les énoncés superficiels sont communément reçus,
mais dans l'indifférence amusée ou l'ennui qui accueille les balivernes,
les banalités et les bavardages.
De plus, si l'homme d'Etat civilisateur a pris rendez-vous avec
l'autorité qu'exercent les jugements sérieux sur les minorités
pensantes, il ne saurait ignorer l'adage selon lequel "toute
vérité n'est pas bonne à dire", tellement l'art de la politique
revient à ne faire progresser la vérité que par la bande, même
dans les têtes bien faites, ce qui contraint Machiavel lui-même
à paraître la cacher sous la mine austère qui convient aux vrais
savoirs; car les verdicts d'une raison supérieure sont des couperets
dont le tranchant ne s'impose que subrepticement aux intérêts
puissants et partout dominants que l'ignorance et la sottise se
partagent de grand coeur. Apprenez donc à déposer l'encéphale
des hommes d'Etat émancipateurs sur les plateaux d'une balance
appelée à peser la capacité des civilisateurs du monde de cacher
le jeu de cache cache auquel se livrent les vérités libératrices
et les erreurs intéressées. Comment aurez-vous accès aux documents
cérébraux les plus décisifs, ceux qui seuls vous permettront de
préciser à quelle profondeur de l'esprit républicain et dans quelle
arène de la courte vue un encéphale de chef d'Etat libérateur
bâtit la logique politique qui le fera marcher d'un pas assuré
sur le chemin de sa vocation de civilisateur?
4 - Qu'est-ce qu'une
tête bien faite ?
L'université française est tombée dans la tragique méprise de
bâtir un mur de séparation infranchissable entre l'enseignement
des Lettres et celui de la raison des philosophes. Du coup, on
croise sur l'agora une foule d'agrégés de lettres qui n'ont jamais
lu une ligne de Kant, de Hume ou de Platon. Mais Sophocle, Eschyle
et Aristophane lisaient les savants et les philosophes de leur
temps, les lettres de Cicéron à Atticus sont pleines de demandes
d'ouvrages de sciences et de métaphysique des Grecs, il est une
fable de La Fontaine qui rappelle les droits des astronomes, Bossuet
plie sous les assauts des précurseurs de Voltaire, Diderot rappelle
que son siècle l'emporte sur celui de Racine et de Molière par
la grandeur de ses philosophes, jusqu'à la fin du XIXe siècle,
l'intelligentsia française lisait en rangs serrés Taine, Renan
et Darwin, Goethe et Schiller commentaient ensemble la Critique
de la raison pure, tellement ils savaient que des régiments
de lettrés ne comprendront goutte à Sophocle, Shakespeare ou Cervantès
s'ils n'ont appris à radiographier la boîte osseuse d'Œdipe, d'Hamlet
ou de don Quichotte. Mais la commercialisation de l'édition a
imposé un genre rentable, le roman; et aujourd'hui, c'est de recul
intellectuel que manque une politique devenue minoritaire, donc
subalterne au sein d'une civilisation de marchands. Vous devez
donc observer les relations que les chefs d'Etat civilisateurs
entretiennent avec les sciences et la pensée.
5 - La médiocrité
du plus petit dénominateur commun
Seule une raison supérieure fonde l'éthique des chefs d'Etat.
M. François Bayrou est un exemple frappant de la séparation catastrophique
de l'enseignement des Lettres de celui d'une philosophie réduite
à concerner seulement les légions de spécialistes de l'histoire
scolarisée de cette discipline. Car M. Bayrou se prétend à la
fois entièrement laïc et entièrement chrétien. Mais que signifie
l'adverbe "entièrement" si ce centriste-né ne saurait donner un
sens civilisateur et libérateur au concept amaigri de laïcité
et, dans le même temps, admettre, les yeux fermés les dogmes les
plus asservissants et les plus grossiers, tel celui de la transsubstantiation
eucharistique, pour ne prendre que celui-là. Vous savez que ce
prodige théologique se trouve clairement formulé dans la confession
de foi de l'Eglise catholique, vous savez que cette gastronomie
religieuse est censée métamorphoser le pain et le vin de la messe
en chair et en hémoglobine d'une victime physiquement immolée
sur l'offertoire, donc réputée se donner effectivement à consommer
et à boire.
Mais
comment un chef d'Etat serait-il un civilisateur, donc un émancipateur
si sa science des diététiques du sacré ne s'étendait pas à spectrographier
les meurtres payants, donc politiques dont les autels de l'histoire
mondiale s'alimentent et qui font le tissu de la gestion du sang
et de la mort depuis des millénaires? Le premier homme d'Etat
fut le génocidaire rationnel qui mit en scène un Déluge finalisé
par une logique juridique et qui sacralisait une peine de mort
méritée aux yeux du juge suprême du cosmos.
Depuis
lors, le récit civilisateur de la République raconte une histoire
des châtiments mise à l'écoute d'une science du droit; et la science
des lois se rend moins sacrificielle que celle de l'ogre du cosmos.
Aussi un chef d'Etat qui n'aura pas appris à porter son regard
sur l'histoire des rescapés de la mort, un chef d'Etat qui n'aura
pas percé le secret des trucidations théologiques de masse, un
chef d'Etat qui n'aura mis le vrai spectacle des nations sous
ses yeux ne saurait faire progresser votre éthique; car il se
sera rendu prisonnier d'un fauve du ciel, il campera lui-même
dans le miroir de ce félin, il sera l'otage d'un carnassier et
d'un tyran.
6 - Votre tête citoyenne
Vous
devrez donc vous demander au nom de quelle conception confuse
ou contradictoire de la déraison et de la raison des peuples et
des nations M. François Bayrou le spéculaire fait appel tantôt
à votre profondeur d'esprit et tantôt à la superficialité
de vos jugements quand il se promet de vous raconter une vérité
républicaine officialisée, sans pour autant, à l'entendre, couper
vos pauvres têtes en deux sections désespérément en rivalité entre
elles. Dites-vous bien que ce pédagogue à mi-pente ne saurait
progresser d'une seule enjambée ni dans la défense de la pensée
critique des philosophes, ni dans celle des piétés aveugles sans
diviser votre encéphale et celui de la France au chapitre du sens
même des termes de raison et de croyance. Qu'en sera-t-il d'une
République précipitée dans la schizoïdie des agrégés de lettres
que le trépas de la bourgeoisie moralisante a laissés sans boussole
?
Mais
si vous remontez aux sources psychologiques du vocabulaire dont
témoignent les sermons politiques des hommes d'Etat actuels, vous
commencerez de vous interroger sur le sens anthropologique de
la notion toute relative d'unité psychique. Quel abus, vous direz-vous,
de l'appliquer à une politique bipolarisée d'avance! Vous vous
demanderez donc à quel niveau d'une réflexion tout effarouchée
M. François Bayrou vous dira la vérité nue ou jugera bon de vous
la cacher, et même de vous mentir effrontément afin de ne pas
vous rendre visiblement bicéphales. Mais s'il entend vous rassembler
au rabais et seulement au chapitre de la conception superficielle
et convenue que l'Etat laïc de votre temps se fait des termes
devenus rachitiques de raison et de folie, où aura-t-il passé,
le civilisateur, le guide, le moraliste de la nation? Quel port
de plaisance accueillera-t-il le pédagogue de la France sur la
scène internationale et quel contenu donnera-t-il à la souveraineté
du suffrage universel atrophié dont vous serez les dépositaires
aveugles, les détenteurs désarmés et les actionnaires floués?
Non, le monde d'aujourd'hui ne saurait se donner pour assise le
plus petit dénominateur commun de votre assentiment de citoyens
à une politique des élévations de la démocratie. Ce type de rassemblement
des têtes est celui d'un chanteur de la médiocrité d'esprit. Et
pourtant, il vous est bel et bien demandé, n'est-ce pas, d'élire
un chef d'Etat ascensionnel. Pourquoi la question de la définition
de la raison politique à bas prix ou en altitude ne vous est-elle
même pas posée? Que signifie "penser la France"?
Voir:
Jean-Luc Pujo, Les
clubs "Penser la France"
et Politique
Actu
7
- Les épéistes de la raison
Quel
problème proprement philosophique, mes enfants, aurez-vous à résoudre
à l'école des civilisateurs de l'histoire du monde qu'on appelle
des hommes d'Etat? Celui de préciser la nature des relations que
la politique internationale doit entretenir avec la civilisation
fondatrice d'une pensée critique sans cesse en devenir; car, dans
le cas où l'Europe ambitionnerait de retrouver son rang et sa
puissance d'autrefois, et cela à la plus haute école de sa raison,
dans quelle mesure aura-t-elle besoin d'apprendre à connaître
les ultimes secrets de l'encéphale du genre simiohumain d'hier
et d'aujourd'hui?
Puisque
M. François Bayrou donne à la laïcité et aux mythes religieux
le statut de jouets cérébraux à exposer à l'étalage de la politique
bon marché du Vieux Continent, il était bien inutile, n'est-ce
pas, qu'il vous exposât en long et en large des vérités suffisamment
banalisées pour mettre vos encéphales d'enfants de chœur à l'abri
d'une religion récitative du mythe qui la fonde. La politique
civilisatrice vous mettra à l'épreuve du tragique qui fait le
tissu de l'histoire et de la politique.
Pour
savoir si le Président que vous choisirez aidera ou n'aidera pas
la civilisation européenne endormie à redevenir le fer chauffé
au rouge de la pensée d'avant-garde, donc de l'esprit rationnel
qui avait fait la grandeur du Vieux Continent, il est décisif
que vous appreniez à peser l'encéphale d'un agrégé de lettres
flottant dans la moyenne région de l'air. Se révèlera-t-il un
insecte butineur des parfums de la littérature française ou un
épéiste des Etats hautement civilisateurs?
Vous
vous initierez donc à la pesée des relations tendues que la pensée
critique de haut vol entretient avec la morale bien tempérée des
petits jardiniers de la politique. Car le scalpel des logiciens
enseigne que l'Europe n'a déjà plus d'autre choix qu'entre la
grandeur de penser au bord du précipice et la chute dans le décervellement
du monde. Nous oscillons entre le Moyen Age qui nous menace et
les blasphèmes créateurs, entre la décapitation intellectuelle
qui nous rassurerait et les sacrilèges de la vaillance, entre
les assoupissements d'un monde privé de ressort et l'appel au
"Pensez par soi-même" de Voltaire.
8
- La démocratie et les sorciers
L'esprit de sorcellerie de l'humanité s'était seulement endormi
un instant. Pour le comprendre, observez de près la sanctuarisation
effrénée des évènements sanglants du passé par les soins attentionnés
de la République . Voir:
-
Le
génocide arménien et la souveraineté du peuple français (2),
22 janvier 2012
- Le
génocide arménien et la souveraineté du peuple français (1),
15 janvier 2012
Dans
les coulisses de toute sacralisation de la mémoire d'un crime
ou d'un massacre se cache un exorciste patenté de la République,
comme il existe encore un exorciste officiel dans tous les évêchés.
Dans l'un et l'autre cas, il s'agit de purifier la sainteté profanée
de la civilisation des droits de l'homme. Comment un Etat libérateur
jugera-t-il les magiciens chargés du lustrage de la société outragée
par le sacrilège ou le blasphème des hérétique de la démocratie
? Le christianisme a brûlé de soi-disant sorcières jusqu'au début
du XIXe siècle - la dernière le fut à Glaris le 28 juillet 1828.
C'est qu'une sorcière était censée possédée du diable. Mais voyez
comment la démocratie catéchisée par le mythe de la Liberté n'a
fait que changer la soutane du diable, voyez comme le carquois
du Démon se remplit des flèches de la nouvelle possession maléfique,
celle d'un manichéisme républicain. La politique de la fulmination
a passé dans les mains des faux prêtres de 1789. Comment vaincrez-vous
les nouveaux pestiférateurs? C'est aux secrets de la sorcellerie
tapie dans les entrailles de la raison et de la liberté elles-mêmes
que vous devrez vous initier; car les chefs d'Etat civilisateurs
sont aussi vos guides vers les profondeurs de la connaissance
de l'humanité.
L'Europe
de l'esprit attend l'homme d'Etat initié aux enjeux anthropologiques
qui sous-tendent la politique des vassaux du Nouveau Monde, l'Europe
attend le libérateur qui encouragera la résurrection de la philosophie
française.
Je
vous en entretiendrai le 5 février.
Le 29 janvier 2012