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LE DEFI INTELLECTUEL DU XXI ème SIECLE

Deuxième Partie

Le meurtre de l'autel et l'histoire

 

Présentation
Première partie : L'humanisme du XXIème siècle

Deuxième partie : Le meurtre de l'autel et l'histoire
Troisième partie
: La meule du sacrifice

 

7 - De l'alliance des armes avec les prières
8 - Les braconniers
9 - Les Incas du Golgotha
10 - Le meurtre de l'autel
11 - Comment remplacer la chair et le sang du sacrifice ?

 

7 - De l'alliance des armes avec les prières

Le premier regard que l'anthropologie critique du XXI e siècle portera sur les fondements psychobiologiques et politiques sanglants des théologies fondées sur l'apologie d'une rédemption cérébralisée par son hémoglobine - donc à l'école de la sacralisation intensive d'un meurtre proclamé salutaire - ne permettra pas encore à cette discipline de rendre compte pleinement des relations guerrières que l'Occident n'a cessé d'entretenir le plus logiquement du monde avec un Dieu cloué sur la potence d'une histoire proclamée créancière d'une " délivrance ". Certes, le simianthrope promis à la félicité éternelle par un meurtre profitable est né pour se réfléchir dans le boucher hissé dans les nues qui angélise sa propre sauvagerie. Mais pourquoi l'idole des barbares condamne-t-elle le crime sacré qui fonde son autorité dans le même temps qu'elle en réclame le paiement au titre d'un tribut dévot à acquitter à sa puissance ? Pourquoi deux versions des ailes et des glaives d'un ciel tout ensemble tueur et donateur sont-elles entrées en rivalité dans l'arène de la théologie d'une dette à acquitter et pourquoi ont-elles alimenté six carnages de belle taille sur six champs de bataille de la sainteté rançonneuse de l'Europe de la repentance au cours du seul XVIe siècle ? La véritable finalité politique et éthique d'un évangélisme scindé entre l'ange et la bête serait-elle une énigme cachée au plus secret d'un assassinat tout ensemble condamnable et pieux?

Dans ce cas, il faudra se demander où l'enjeu anthropologique du mythe de la résurrection bénéfique d'un cadavre odorant a bien pu passer et sous quelle forme cette thaumaturgie continue de dicter sa loi à la boîte osseuse des trois dieux censés n'en faire qu'un, mais demeurés radicalement inconciliables entre eux - d'autant plus qu'un seul membre de ce trio cosmique s'est mis à l'école des dieux antiques à se doter d'un foie, d'un estomac, des poumons, de la rate et des viscères qu'il conserve intacts dans le ciel . Or, le meurtre sacré a rendez-vous avec sa légitimation théologique au plus profond de la foi " régénératrice ", du seul fait que la question de la pesée de la valeur religieuse accordée tantot au sacrifice des corps, tantôt à celui des esprits se révèle la clé de toute anthropologie fondamentale. C'est dire que les religions développées, donc intellectualisées et armées d'une doctrine argumentée se fondent toutes sur une pesée théologique de la valeur respective des charpentes et des têtes.

C'est qu'une espèce fascinée par une promesse de prorogation de son squelette dans l'éternité se trouve nécessairement en guerre avec son ossature, ce qui la condamne à se poser en arbitre des droits suréminents qu'elle attribuera tantôt à son cerveau éternisé, tantôt aux prérogatives non moins réjouissante que réclamera l'immortalité de sa musculature. La pensée politique dont s'armera un malheureux livré à une compétition de ce type entre deux champs de bataille de son "salut" proclamera tour à tour l'hégémonie de sa vaillance physique et celle de son âme. Toute la philosophie de Platon tourne autour de la question de la suréminence du courage de la chair ou de celui de l'intelligence, parce que le tribunal ambigu que le simianthrope est à lui-même ordonne aux deux tronçons entre lesquels son histoire le divise de scander alternativement leurs exploits respectifs à l'écoute de "l'ange" et de la "bête".

Au début du XVIe siècle, la théologie de la Croix s'était divisée entre les défenseurs érasmiens du courage spirituel du sauveur du genre humain et les procureurs qui s'en prenaient à la pleutrerie du dieu qui avait " tremblé comme une femme " et auquel ils reprochaient d' avoir demandé à son "père" d'éloigner de ses lèvres la coupe de la mort . On sait que l'auteur de L'Eloge de la folie opposait, au nom de Platon, la vaillance sacrificielle de l'homme pensant à celle, toute physique et stupide, du général Lachès le baroudeur. Dans son opuscule de 1499 au titre scandaleux pour l'époque, De taedio et pavore Christi (Du dégoût et de la peur du Christ) , Erasme se révèle un précurseur de l'anthropologie critique de demain - celle qui observera au microscope les métastases, les bifurcations et les chemins de traverse que l'histoire greffera sur l'itinéraire des dogmes condamnés à boiter entre le courage corporel et le courage intellectuel. Mais pour percer le secret anthropologique des alliances théologiques cahotantes que le sang des guerriers conclut avec leur foi - donc des armes d'estoc et de taille avec le séraphisme des prières - il faudra progresser sur un terrain sillonné de sentiers aux croisements imprévisibles entre le mythe et l'histoire.

8 - Les braconniers

La première étape du décryptage des masques ensanglantés de la piété rendra compte de la psychophysiologie des dévotions qui pilotent une espèce devenue semi consciente de se trouver divisée entre son cerveau et son corps, ce qui permettra à l'anthropologie critique de rendre plus intelligible la problématique primaire que j'ai évoquée en passant et qui croyait rendre compte de l'histoire à la fois sanglante et séraphique des croyances religieuses par le seul effet d'un déplacement de leur champ d'exercice réel - c'est-à-dire psychique - en direction de la vérification faussement candide de leurs allégations cosmologiques, tant fantasmagoriques que réelles ; car sitôt que les progrès de la raison critique l'eurent rendue attentive à ses dérobades, à ses défaussements et à sa recherche d'un interlocuteur spéculaire dans le cosmos, l'intelligence simiohumaine s'est vue contrainte de délaisser le territoire aussi naïf que stérile de l' " explication " dernière de l'origine du sacré dans l'éclair, le tonnerre et les catastrophes naturelles, parce qu'à l'origine, le simianthrope ne distinguait pas encore clairement le tonnerre du dieu portant ce nom.

Cette faiblesse cérébrale allait émigrer dans la physique classique, où l'on ne distinguait pas encore clairement les régularités muettes de la matière de la notion de " loi de la nature ", qui se révèle un signifiant par nature. Mais bientôt les rescapés de la nuit animale ont cherché à dialoguer avec le personnage intéressé qui tenait d'une main ferme son signifiant politique - la foudre du ciel. Le physicien, lui, avait signé un traité d'alliance avec de nouveaux interlocuteurs et acteurs imaginaires du cosmos, qu'il appelait des " lois ". Bientôt il allait tenter de connaître la psychologie de ses vis-à-vis verbaux , ce qui lui a mis la puce à l'oreille, au point qu'il a commencé de se rendre compte de ce qu'il se trouvait engagé corps et âme dans une enfilade de miroirs de lui-même. Alors, deux types de chasseurs de la " vérité " se sont présentés dans l'arène du temps. D'un côté, les braconniers du ciel se sont servis de la boussole de la grâce que leurs ancêtres les plus chanceux prétendaient avoir reçue à titre fortuit, ce qui leur avait permis, disaient-ils, de naviguer sans trop de difficultés d'un port de leur délivrance au suivant, puisque la route du ciel était tracée d'avance, de l'autre, les braconniers rendus soupçonneux par les dérobades de leurs proies se colletaient avec leur corps; et, dans leur colère ou leur dépit, ils avaient jeté aux orties les tromperies des rites, des cultes et des cérémonies dont tout le genre simiohumain avait ridiculement fait provision au cours des millénaires : il fallait faire fi des bienfaits accordés d'avance par le souverain de l'univers pour se laisser guider par le seul fil d'Ariane de la raison.

Mais il se trouve que le guide invisible qu'ils se sont donné - leur entendement hâtif et aveuglé - les a si bien conduits à la "vérité" qu'ils en sont venus à définir la pertinence de leur savoir à l'école des performances de leur outillage ; et comme celui-ci ne cessait de se perfectionner, ils ne conjuguaient plus leur verbe comprendre qu'à l'école des verdicts que leurs instruments étaient censés prononcer. A ce compte, ils ne pouvaient découvrir que l'idole est à elle-même le stupide outil de sa preuve et que sa cervelle fonctionnait aussi bêtement que la leur : ne démontrait-elle pas sa prétendue existence par l'auto proclamation de son autorité, puis son autorité par le bien-fondé de ses travaux , puis ses travaux par le gigantisme de son chantier ? Ne se légitimait-elle pas comme un enfant à prendre appui sur l'argument auriculaire selon lequel elle aurait créé l'univers, alors qu'il faudrait commencer par lui murmurer à l'oreille qu'une mouche l'a sans doute piquée, sinon elle n'aurait pas bondi hors du néant pour se bâtir son tas de sable. Et puis, le temps était-il déjà entré dans le jeu ? Et puis, quelle gloire ce Titan croyait-il retirer du spectacle d'une multitude de moucherons prosternés devant un si grand sorcier ? Il faut savoir que le simianthrope se laisse tromper tantôt par le magicien qu'il rêve de devenir à lui-même et qu'il hisse dans le ciel afin de se donner à qui parler, tantôt par l'amoncellement de ses richesses sur la terre ; et plus il entasse de merveilles dans les nues ou de trésors ici-bas, plus ces deux types de chasseurs croient entrer en possession de la cassette magique de la " vérité " à seulement accumuler les fruits de leurs braconnages respectifs.

9 - Les Incas du Golgotha

Mais il ne suffira pas d'observer de l'extérieur l'animal dichotomisé de naissance dont l'anthropologie critique du XXIe siècle enregistrera tour à tour les bavardages de ses idoles et les exploits de ses outils. J'ai déjà dit qu'il s'agira de radiographier la notion même de vérité à laquelle s'enchaîne une espèce entêtée à rendre l'univers loquace tantôt tout seul, tantôt sous l'autorité du fabricant du tas de sable qu'on appelle le cosmos ; car autant la science croit armer la matière de la parole de la loi et faire parler en juristes les outillages qui lui permettent d'exploiter les routines aveugles du cosmos, autant le mythe religieux charge ses surintendants - les théologies - de négocier au plus serré les clauses d'un traité d'alliance acceptable des esprits avec les corps . Il faut donc se demander ce que vaut une raison simiohumaine qui fait appel à deux types de majordomes - l'outil et l'autel - si la servitude que forge le profitable se contente de remplacer la "parole du sens" autrefois censée couler de la bouche des dieux domestiqués par la "parole du sens" que prononce l'esclave qu'on appelle l'expérience .

Comment peser ces deux obéissances, l'une à la nature, l'autre à l'idole? Autrement dit, quel est le prix à payer pour rendre le cosmos bêtement logophore ? Une religion du supplice se montre fondée sur un retour masqué aux sacrifices humains des Incas. Tite-Live raconte que les dieux s'étaient fâchés de ce qu'on leur eût fait des sacrifices exagérés. L'anthropologie critique commettra donc le sacrilège de descendre dans l'inconscient politique des subterfuges divins et d'en dénoncer les profits et les ruses. Sa vocation sera d'étudier en laboratoire l'hémoglobine proclamée réelle par les sorciers de la tribu - celle d'une victime humano-divine immolée, donc exécutée selon des règles codifiées sur l'autel réservé à la réception de son corps. Puis le génie de la profanation - il est démontré depuis vingt-cinq siècles que toute science est impie - analysera la fission interne du meurtre chrétien des origines, celle qui, depuis Calvin, frappe cette religion d'une contradiction viscérale et sans solution ; car dans tous les protestantismes, c'est physiquement que le "dieu" demeure offert à l'idole. Comment se fait-il que la trucidation réputée à la fois sanglante et salvatrice du Golgotha se trouve non moins valorisée qu'avant le schisme, et cela au titre de l'instrument charnel proclamé indispensable à l'accomplissement de la promesse d'une "rédemption" ? Comment se fait-il qu'il s'agisse encore et toujours du versement d'une rançon à un souverain mythique du cosmos, alors que, dans le même temps, le sacrifice selon la chair est devenu ambigu de se trouver vaporisé dans une théologie bancale et tout artificielle de la gratuité de la grâce divine ?

Car voici que la " liberté " de la créature a débarqué dans cette problématique ; voici que son salut n'est plus à sa portée ; voici qu'il est damné ou sauvé de toute éternité par le verdict inexorable d'une idole impénétrable ; voici que le meurtre demandé par le tyran de l'autel n'est plus payant, puisque le dieu passe outre à la récitation de toutes les prières qu'on voudra. Le XXIe siècle demande à Clio de dresser l'oreille au discours d'un créancier ingrat à l'égard de son débiteur le plus méticuleux, parce que toute idole est un comptable qui fait respirer l'odeur du pain de l'histoire à ses Incas . Le XXIe siècle demande instamment à toute anthropologie sérieuse de faire débarquer dans les sciences humaines la consultation des entrailles des théologies déchirées entre leurs caissiers honnêtes et leurs despotes; le XXIe siècle demande aux sciences humaines d'apprendre la pesée des victimes sur les autels du simianthrope afin de faire débarquer la postérité de Darwin et de Freud dans l'anthropologie transcendantale de demain.

10 - Le meurtre de l'autel

L'anthropologie critique sera la première science de l'homme en mesure d'inspecter la planche anatomique qu'on appelle un autel et sur laquelle la condition simiohumaine se trouve clouée depuis l'apparition du sacré . J'ai déjà dit que la gestuelle du prêtre immolateur illustre un culte à double face, puisque le meurtre commis sur l'offertoire est à la fois honni et proclamé salvateur. On l'appelle un sacrifice parce qu'il s'agit d'un sacre. Le corps sacerdotal est chargé par le dieu de le mettre en scène selon les rites . Dans le christianisme, ce rituel exige de l'officiant qu'il élève vers le ciel un pain terrestre pourtant acheté le matin même chez le boulanger et qu'il le déclare changé en la chair réelle du dieu assassiné sur l'étal sacré; puis il offre à l'idole un vin de la vigne qu'il déclare physiquement devenu le sang hautement payant de la victime saintement immolée. Le meurtre perpétré à la messe est donc à la fois "spirituel" et déclaré effectif par l'effet d'un miracle tout matériel , mais chargé d'opérer la mutation du corps de la victime en une chair et un sang métaphoriques de surcroît - ceux que produit la vigne surréelle de la divinité, qu'on appelle la "vigne du Seigneur".

L'Eglise tout entière se présente en donatrice universelle d'une symbolique substantifiée. L'idole lui a confié la sainte mission de lui présenter l'offrande réifiée et figurée, donc tout ensemble palpitante et trucidée, respirante et réduite à l'état de cadavre, sépulcrale et ressuscitée, parce que la créature est chargée de chosifier sa propre signalétique , c'est-à-dire le signe qu'elle est devenue à elle-même pour être descendue au sépulcre et remontée dans l'éternité. Encore une fois, comment les sciences humaines du XXIe siècle n'apprendraient-elles pas à scanner l'espèce écartelée entre son cerveau surréel et son corps sur la terre, comment un existentialisme instruit par le meurtre de l'autel ne ferait-il pas, des théologies fondées sur l' alliance imparfaite de la vie sur la terre avec l'immortalité de l'"esprit", le réacteur nucléaire de l'intelligence anthropologique de demain, comment les sciences humaines du XXIe siècle ne se demanderaient-elles pas quelle est la véritable identité de l'acteur vaporeux et pseudo séraphique de l'humanité qu'elle a installé dans le vide de l'immensité et auquel des centaines de milliers d'Incas du christianisme ont offert des siècles durant leur corps au fond des monastères du monde entier ? Pourquoi le vrai chrétien est-il un Inca devenu volontaire , comme l'a officiellement rappelé, sous l'œil des télévisions du monde entier, l'agonie auto-sacrificielle, donc la mort voulue en public du roi des Incas ?

A propos de l'agonie sacrificielle Jean-Paul II, 12 avril 2005

Le volontarisme suicidaire dispose de son traité de l'holocauste continu depuis L'Imitation de Jésus-Christ parue 1441 . C'est que l'auto-sacrifice pieux se veut à la fois euphorique et masochiste. Il se révèle le réacteur nucléaire de l'histoire universelle, parce que l'idole qui affame et qui tue sa créature symbolise une foi tout ensemble substantifiée et changée en parfum suprême du cosmos et des âmes . A ce titre, le genre humain est appelé à bien servir le témoin céleste auquel elle est condamnée à obéir jusqu'à lui faire le don de sa chair et de son sang. En retour, la créature se trouvera pourvue non seulement d'un protecteur tout puissant sur la terre, mais des conditions politiques de sa propre puissance et de son propre accomplissement dans un au-delà qui lui confèrera l'immortalité . La meule du sacrifice universalise les contraintes et les récompenses promises au corps collectif que le simianthrope est à lui-même en son passage de la terre à son éternité .

On voit que l'anthropologie critique du XXIe siècle commence de disposer d'un regard sur le réacteur nucléaire dont la masse critique fournit à l'humanité le courant électrique dont la tension alimentera la vocation sacrificielle du politique; car l'immolation sans trêve ni repos de la créature répond aux exigences de la survie de l'espèce. Mais que se passe-t-il quand ce réacteur s'arrête, que se passe-t-il quand la mécanique entière de l'enfantement psychobiologique du vivant à l'uranium enrichi du sacrifice a perdu son carburant? Alors une civilisation entière devient l'otage et l'esclave de la centrale des immolations qu'une autre civilisation aura mise en état de fonctionner. Aujourd'hui le réseau nucléaire mondial du sacrifice de l'autel s'est focalisé hors de l'Europe. La question qui se posera aux anthropologues du XXIe siècle sera donc de savoir si une tentative de sauvetage de l'Inca de la Croix que le genre simiohumain est à lui-même est possible ou si le réacteur nucléaire de la mort et de la vie sur une potence aura été endommagé de manière irréversible, de sorte qu'il faudra jeter à la casse la machine de la torture salvatrice qui assurait la survie psychobiologique de l'espèce bicéphale, c'est-à-dire le générateur psycho cérébral de la crucifixion qui changeait la chair et le sang humains en l'énergie sacrificielle de la politique.

11 - Comment remplacer la chair et le sang du sacrifice ?

Par bonheur, l'anthropologie critique allumera le feu de Prométhée par l'invention d'une autre transsubstantiation sacrificielle des gibets que celle de la métamorphose des corps en un parfum agréable aux narines d'une idole du supplice : la transsubstantiation de la machine de l'autel en usine nucléaire de la connaissance trans-animale de l'homme et de l'histoire. Le premier objet de cette connaissance-là sera la régénération de l'Europe des vassaux dans l'hôpital de l'anthropologie du XXIe siècle. Car il n'est pas de démonstration plus éclatante de la domestication des civilisations par l'arrêt du réacteur nucléaire de leur sacrifice que le spectacle du continent des esclaves que le Vieux Monde est devenu aux yeux du monde entier ; mais si la raison transsimienne de demain parvenait à percer le secret des sacrifices, elle changerait l'immolation barbare des ancêtres en courage de l'intelligence et en victoire sur la servitude politique.

Alors les Anciens n'auront pas amoncelé en vain des montagnes de bavardages et d'écus . En vérité, ils débattaient déjà, mais sans s'en douter, de la bancalité de leur nature et de leur destin ; en vérité, ces premier fuyards de la mort glorifiaient l'animal qui divinisait leur sacrifice à leur propre survie et ils en hissaient l'effigie sanglante dans le ciel ; en vérité, ils légiféraient avec autorité sur le personnage qu'ils avaient installé dans leur tête et ils tranchaient souverainement de l'équilibre qu'ils jugeaient désirable, vivable, hypertendu ou crucifiant entre les deux faces de l'idole qui les déchirait, les déchiquetait ou les écartelait. Aussi l'anthropologie critique de demain se gardera-t-elle de disqualifier les esprits les plus sérieux et les intelligences les mieux aiguisées sur la meule de l'espèce de logique que leur ciel et leurs offertoires leur dictaient; car si nos ancêtres n'avaient pas écrit en lettres de sang leur traversée du temps des nations, leur voyage ne nous aurait pas dicté la première vivisection transcendantale de nos idoles.

le 26 juillet 2007