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Qui sommes-nous?

LETTRES PHILOSOPHIQUES A UN JEUNE ANTHROPOLOGUE

Première partie
Esquisse d'une histoire du cerveau humain

Deuxième partie
Qui sommes-nous?

Troisième PARTIE

LE MYTHE DE L'EDEN

LETTRE XXVII : Où l'anthropologie critique étudie les relations de la mémoire avec le génie
LETTRE XXVIII : Où l'anthropologie du singulier monte sur l'autel de son sacrifice
LETTRE XXIX : Où l'anthropologie critique scrute les entrailles des sacrifices

LETTRE XXX : Où l'anthropologie critique spectrographie la servitude politique
LETTRE XXXI : Où l'anthropologie radiographie la torture

LETTRE XXXII : Où l'anthropologie critique étudie la vassalisation de l'encéphale de l'Europe

LETTRE XXXIII : Où l'anthropologie scientifique spectrographie le maternage chrétien
LETTRE XXXIV : Où l'anthropologie du singulier sommital interprète la maternologie féconde du Dr Delassus

LETTRE XXXV : Où l'anthropologie critique étudie plus avant les sources foetales du christianisme
LETTRE XXXVI : Où l'anthropologie qualitative se penche sur le culte du sang

LETTRE XXXVII : Où l'anthropologie socratique chante son espérance
LETTRE XXXVIII : Où l'anthropologie critique exorcise les exorcistes

 

LETTRE XXVII : Où l'anthropologie critique étudie les relations de la mémoire avec le génie

Le naufrage de nos dieux

Puisque, de Tokyo à San Francisco et de Copenhague à Syracuse, notre pauvre espèce naît et meurt à l'ombre des consolateurs imaginaires qu'elle s'est donnés dans le ciel, permettez-moi de vous demander si, aux yeux de la jeunesse du monde entier que vous représentez, l'heure a sonné de saluer la naissance d'une anthropologie ardente à percer le secret des ferveurs religieuses dont l'encéphale simiohumain est demeuré l'otage et la proie. Quel immense intérêt, pour votre discipline, d'étudier enfin le seul désastre véritable qui ait jamais frappé l'évolution de nos boîtes osseuses, celle de la chute du cerveau moyen de notre espèce dans des mondes fantasmagoriques. D'un côté, une problématique statique refuse de s'articuler avec l'étude prospective de la psychobiologie d'une espèce dont l'itinéraire créateur résulte de la propulsion intellectuelle qu'elle reçoit exclusivement de ses mutants cérébraux, de l'autre, ses autels persévèrent à rassembler autour de leurs rituels une espèce livrée à des prosternations compulsionnelles sur les cinq continents.

Demandez-vous donc comment il se fait que, si vous renonciez à décrypter l'origine psychobiologique des mythes religieux , votre anthropologie jetterait le bébé avec l'eau du bain . C'est que la notion allégorique de " chute " demeure précieuse aux yeux d'une anthropologie des signes. Votre philosophie lira donc avec des yeux nouveaux le premier anthropologue d'une signalétique de la déraison et le premier visionnaire qui fit du cerveau simiohumain un personnage de théâtre - un certain Platon.

J'ai déjà dit que c'est à l'école de ce philosophe et qui plus est, dans son traité de politologie générale, intitulé La République, que la Révolution française a introduit pour la première fois la pesée du cerveau simiohumain dans l'art de gouverner. Depuis lors, dans tous les Etats modernes l'éducation nationale est appelée à fonder une anthropologie du qualitatif. Si vous renonciez donc à interpréter la cécité des mythes religieux à l'école d'une anthropologie post darwinienne, vous passeriez à côté d'une science de notre véritable naissance psychique, celle qui s'articule avec une dynamique de notre " évolution créatrice ". Il vous faudra donc tenter une synthèse entre les deux problématiques qui commandent la science anthropologique de demain, celle d'un sacré voué à titre congénital au statisme intellectuel et qui entraîne les civilisations dans la fossilisation de leur ritualisme religieux, l'autre ouverte sur l'avenir transzoologique de la raison simiohumaine .

LETTRE XXVIII : Où l'anthropologie du singulier monte sur l'autel de son sacrifice

Attention, danger de mort

Que vous enseigne l'arène des souffrances de la raison ? Que l'utile nous comble et que le vrai nous torture. Savez-vous que le monde moderne a aggravé le danger de faire se court-circuiter les câbles à haute tension qui assurent notre voltage cérébral moyen ? Votre anthropologie devra donc séparer clairement les secrets de notre encéphale en bonne santé, d'une part, des secrets de la santé et de la maladie des mutants, d'autre part. Je vous ai déjà raconté nos controverses avec les charançons de Saint-Jean-de-Maurienne que l'encéphale en bonne santé de nos ancêtres a tenté de frapper d'excommunication majeure et qui ont mis en évidence la robustesse cérébrale des plus grands docteurs et thérapeutes de l'Eglise catholique, apostolique et romaine de l'époque.

Du coup, il vous faudra consentir à légitimer les conquêtes blasphématoires de votre raison, même si elles se révélaient dommageables à votre santé physique. Comment renieriez-vous la vocation spirituelle de votre intelligence au profit de la sottise dont les Diafoirus de la philosophie vous vantaient les avantages médicaux? Comment votre charpente osseuse ferait-elle peser sur votre esprit le joug d'une ignorance en bonne santé? Comment accorderiez-vous à votre chair le pouvoir de tuer votre vérité ? Vous êtes condamné à laisser votre intelligence véritable terrasser la stupidité satisfaite de vos ancêtres. Par bonheur, il y a longtemps que les penseurs se clouent sur la croix de leurs sacrilèges ; par bonheur, la question des relations que la guerre de la vérité entretient avec le martyre se situe au cœur de l'œuvre de Thomas Mann, de Stefan Zweig, de Nietzsche.

Puisque notre infirmité mentale nous conduit à confondre sans cesse notre bienheureux verbe savoir avec notre malheureux verbe comprendre, il vous faut approfondir la problématique médicale de la philosophie à l'école des victimes sanglantes de la bonne santé mentale de leurs congénères.

LETTRE XXIX : Où l'anthropologie critique scrute les entrailles des sacrifices

Retour à la simianthropologie politique

Nous savons maintenant que le cerveau simiohumain du XVIe siècle nous livrait à une solitude privée de toute preuve de l'intelligence ou de la stupidité de l'idole à laquelle la bonne santé de nos ancêtres faisait appel et qui nous immolait sur les autels de la déraison simiohumaine. Mais nous voici frappés depuis peu d'une nouvelle dichotomie cérébrale, celle d'une conscience devenue semi lucide et qui nous rend semi conscients de notre auto aveuglement. Figurez-vous que notre espèce commence de se douter qu'elle se met à l'écoute des docteurs de sa sottise pour le motif secret qu'elle se refuse à regarder droit dans les yeux le Dieu bancal qu'elle est devenue à elle-même et dont celui qu'elle a colloqué dans les nues lui présente l'effigie en pied. Pourquoi cette prudence secrète, sinon parce que, sans elle, nous découvririons que notre déréliction dans le vide de l'immensité répond à celle qui affecte l'interlocuteur imaginaire dont nous nous sommes flanqués dans le cosmos ?

Aussi nous obstinons-nous à réaffirmer sans relâche la présence obsessionnelle, incontrôlable et flottante d'un modèle de notre propre condition que nous n'osons regarder en face dans l'immensité, bien qu'il soit censé nous apostropher sans relâche. Or, cette autorité invisible et que nous qualifiions de suprême nous parlait tantôt à tort et à travers, tantôt assagie par le plat bon sens dont nos juristes avaient tenté de la doter au cours des siècles. Cette dichotomie de notre politique définissait la condition de notre cerveau, et cela d'une manière tellement propre à notre simiohumanité que tous les croyants opposaient une fin de non recevoir aussi énergique que catégorique à leur capacité refoulée d'observer du coin de l'œil leur vieux chef et leur maître de là haut, lequel ne se montrait pas moins attentif à défendre subrepticement ses intérêts politiques cauteleux face à sa créature que les princes et les rois face à leurs sujets ; car ces deux pouvoirs s'épaulaient l'un l'autre, tellement ils se montraient soucieux d'asseoir et de consolider leur autorité dédoublée entre les exploits de leurs songes et les soucis de leur cuisine, donc attentifs à se livrer à leurs prouesses sur les deux territoires de leurs prérogatives à la fois. Qu'en est-il aujourd'hui de la raison insidieusement transzoologique qui ne cesse de hanter le simianthrope sur le mode d'une lucidité demeurée désespérément virtuelle ?

Pour tenter de décrypter notre raison en germe, vous observerez que l'anthropologie existentielle que vous appelez de vos vœux sera livrée à la même fission cérébrale que l'idole: car si vous la dotez de la cécité artificielle et semi volontaire qui lui assurerait une santé corporelle réjouissante, vous la ferez marcher de long en large sur la terre et elle y mettra une grande assurance, mais vous vous cacherez pieusement dans son dos, et cela de la même manière que le théologien averti qui mettait toute sa forfanterie à se glisser derrière la parole fulminatoire et tartuffique qu'il prêtait sans relâche à sa divinité ; et si vous délivrez votre discipline de la dictature hypocrite de l'idole, vous prêterez à votre anthropologie le globe oculaire d'Isaïe, mais vous apprendrez à vos dépens que les prophètes sont les kamikazes de leur lucidité et qu'ils sont immolés sur les autels de la tribu. Si vous n'êtes prêt à subir avec courage le martyre de l'intelligence , votre science refusera en retour de vous accorder la récompense brûlante et saturante de vous faire monter sur son offertoire . Il vous faut donc apprendre que le combat pour le feu de votre vision est un apprentissage héroïque de votre résurrection, celle qui vous enseigne que " les yeux d'Ezéchiel sont ouverts ".

Comprenez donc que l'ambivalence cérébrale dont souffre le simianthrope le condamne à hypertrophier sans se lasser la gloire de son maître imaginaire et à revendiquer, dans le même temps, la portion de sa propre souveraineté sur cette terre dont il ne se gênera pas de faire varier la température, les acquêts et les dividendes d'un siècle à l'autre. Cette ambiguïté existentielle, que la théologie doctrinale et l'anthropologie de l'esprit se partagent, récapitule toute l'histoire cachée du génie simiohumain depuis Saint Paul ; car une espèce torturée par son cerveau bifide ne sait comment départager les apanages de la société à laquelle elle appartient et dans le dos de laquelle elle a placé un majordome géant , d'une part, des prérogatives exclusives qu'elle entend exercer au nom du sceptre qu'elle veut demeurer à elle -même d'autre part. La collectivité est donc symbolisée par l'idole schizoïde qu'elle charge d'exprimer et de masquer sa propre identité biphasée. Mais sur ses deux pôles, la raison simiohumaine exorcise son épouvante à brandir le masque de l'idole bipolaire qui seule lui permettra de se cacher à elle-même qu'aucun interlocuteur n'écoute son cerveau dichotomisé s'exprimer dans le silence et le vide de l'immensité.

La paralysie volontaire de l'intelligence réelle, mais latente dont dispose notre espèce résulte donc de notre besoin viscéral d'occulter le tragique de notre condition cérébrale bifide - et nous nous y exerçons avec toutes les ressources que notre langage bipolarisé nous fournit en abondance . Mais si vous élaborez une anthropologie du sanglant dont la profondeur reproduira nécessairement et au plus secret l'encéphale scindé du " Dieu " des sacrifices et de sa " créature " saintement égorgée sur ses autels, vous deviendrez l'observateur de l'encéphale d'Isaïe l'abyssal, dont le génie livre les esprits visionnaires aux sacrifices qu'ils consentent à leur intelligence réelle, donc aux exigences de leur auto immolation sur les propitiatoires où leurs congénères aiguisent les glaives de leur cécité.

LETTRE XXX : Où l'anthropologie critique spectrographie la servitude politique

La science politique et l'observation du cerveau simiohumain

Comment un animal semi éveillé et que terrifie son abandon dans le cosmos ne conquerrait-il pas un regard d'anthropologue sur les apories de sa condition, dérélictionnelle? Il appartiendra donc à votre discipline d'observer les sorciers qui dansent autour d'une espèce reléguée bien loin de l'Eden dont elle rêve . Voyez comme les magiciens de son ciel l'entourent de personnages qu'ils prennent pour des êtres vivants et en l'existence desquels ils croient de bonne foi et dur comme fer leur vie durant, mais qu'ils débaptisent massivement sitôt après leur trépas pour les changer tout soudainement en idoles ! Une simianthropologie qui se voudrait rationnelle, mais qui n'éprouverait pas une stupéfaction intense, un ahurissement sans égal et un esbaudissement sans remède devant les idoles qui débarquent sous l'os frontal de l'humanité pour le déserter sans crier gare après quelques siècles d'usage et pour les remplacer aussitôt par de nouvelles venues ne saurait se voir qualifiée d'humaine qu'à la condition qu'il s'agisse d'une espèce prédéfinie par une médiocrité cérébrale indélébile. Or, vous entendez doter l'idole de demain de l'intelligence de ses visionnaires, parce que seule la fidélité de votre discipline à cette exigence première de votre logique peut continuer, dites-vous, de faire de la France de 1789 le guide de la raison à l'échelle de la planète .

Nous avons vu que votre raisonnement est irréfutable à condition que le terme de science quitte le champ du quantitatif pour se porter sur celui du qualitatif et que le singulier se révèle le vrai moteur de notre espèce. Il vous faut donc trouver l'universel sous le singulier. Mais, du coup, seuls des spéléologues des exorcismes vous feront connaître les derniers secrets psychobiologiques de la panique pseudo intellectuelle qui frappe vos congénères d'une infirmité épistémologique native ; et seule une interprétation simianthropologique du vieil évolutionnisme de Darwin vous apportera l'assise expérimentale nouvelle dont vous aurez besoin afin de rendre les civilisations simiohumaines observables à l'échelle de leur géopolitique vocalisée, cérébralisée et mythologisée, et notamment à l'école de l'asservissement accéléré de l'ex Europe de l'intelligence et de la pensée aux ambitions politiques et idéologiques de l'empire américain.

Vous pensez bien qu'une Europe occupée du nord au sud et de l'est à l'ouest par des bases militaires américaines armées jusqu'aux dents; qu'une Europe qui a perdu le Mare Nostrum qu'elle avait conquis à la suite des guerres puniques ; qu'une Europe d'avant Scipion l'Africain et qui ne s'étonne même plus de la présence quotidienne d'une nation étrangère sur son sol et dans sa politique; qu'une Europe antérieure à Hannibal et qui serait tout ahurie que sa classe politique demandât à l'occupant de retourner chez lui, qu'une Europe conviée à assister au spectacle de sa débâcle sur tous les écrans de télévision, qu'une telle Europe, dis-je, attend les évangiles d'une simianthropologie en mesure d'approfondir jusqu'au vertige la notion de servitude appliquée aux nations - celle des " plebes natae ad serviendum " qu'évoquait Cicéron (des peuples nés pour la servitude ). Observez donc comment un rêve de liberté inspiré par les idéaux de la démocratie américaine a pu se greffer sur la vassalisation du Vieux Monde.

LETTRE XXXI : Où l'anthropologie radiographie la torture

L'odeur des idoles

Alors que l'œil étonné des Protagoras et des Prodicos s'était ouvert sur les dieux des chevaux, qui ne pouvaient, disaient ces philosophes, que répondre au modèle des juments et des étalons les plus superbes de leur espèce, les chrétiens ont couronné leur démiurge de la tiare des tortures les plus atroces; et ils l'ont fait inventer le premier camp de concentration connu, celui dont la cruauté n'a jamais été égalée par aucun de ceux que nous avons imaginés par la suite, puisque nous avons rendu immortel le bourreau souterrain d'un univers de falsificateur de notre mort.

Vous remarquerez donc qu'une simianthropologie ne devient rationnelle, donc scientifique et critique qu'à l'heure où elle a conquis un regard de l'extérieur sur l'idole malodorante dont elle a caché les basses œuvres sous la perruque parfumée de son ciel. Aussi votre discipline commence-t-elle seulement de se doter d'une capacité olfactive qui l'informera progressivement de l'animalité poudrée de "Dieu", notre flatteur suprême .

Le simianthrope dont le pif aura senti la puanteur des châtiments inouïs que trois sauvages de l'éternité lui infligent flairera la bête sanglante qui enseigne, les yeux au ciel, que les peines infernales et les récompenses vaporeuses sont les clés éternelles de l'épouvante à laquelle tout commandement politique fait appel sur la terre. L'organe nasal commun au Goliath de Moïse , de Mahomet et du crucifié nous apprend que la cuirasse d'acier du simianthrope est celle des sacrifices qu'il offre à la justice d'un ciel sanglant et que tous les tribunaux de ce monde scellent une alliance naturelle entre leur potence et celle des nues. Du coup, votre simianthropologie est appelée à observer la sainteté contrefaite de toute la machinerie de l'appareil judiciaire qui sert à la fois de cuirasse politique à un souverain mythologique et à ses fidèles. Alors seulement votre simianthropologie des panoplies de la piété fera naître en vous un sixième sens, qui seul vous permettra de humer l'armurier suprême des dévots de l'Eden . La créature est un animal concentrationnaire. C'est pourquoi les gènes et les neurones de son idole répandent les miasmes d'un éternel goulag sous la terre. C'est dire que votre anthropologie ne sera défendable devant la communauté scientifique internationale que si elle enseigne aux nations de demain la politique et l'histoire de la seule espèce capable d'aromatiser ses crimes et de faire monter l'encens de son ciel des autels où elle expose un cadavre .

LETTRE XXXII : Où l'anthropologie critique étudie la vassalisation de l'encéphale de l'Europe

L'asservissement à l'Amérique

Il est décisif que le simianthropologue de génie qui germe dans votre tête hautement logicienne observe tantôt au télescope, tantôt au microscope comment l'encadrement mental auquel l'autorité séraphique et sanglante d'un souverain onirique du cosmos soumet le monde visible dicte de siècle en siècle des modifications significatives à l'encéphale simiohumain qui l'écoute. Comment en serait-il autrement dès lors que l'idole elle-même se met tour à tour à l'école de ses anges et à celle de son préposé aux tortures qu'elle exerce sous la terre ? La grandeur de votre révolution anthropologique est d'avoir cessé de regarder l'humanité avec les yeux de ses docteurs des supplices pour apprendre à observer le ciel de nos congénères avec les yeux d'Isaïe . Car les prophètes voient les idoles sous les traits de gigantesques animaux cosmiques ; et ils disent que leurs effigies sont des témoins gigantifiés de la cruauté de leurs adorateurs.

La créature qui se regarde dans le miroir de ses théologies se découvre et se veut assujettie à un roi de la vie et de la mort. Mais, du coup, c'est la clé de la politique et de l'histoire simiohumaines que l'idole vous tend ; et puisque, à chaque époque, le ciel est censé communiquer ses ordres à la puissance temporelle dominante du moment, celle-ci y trouve naturellement son compte ; car le cerveau de toute l'intelligentsia simiohumaine moyenne est calibré de siècle en siècle pour se soumettre aux verdicts du roi du monde qui tire, en secret , les ficelles de l'idole. Vous voyez que la domestication planétaire de notre espèce sous le sceptre de l'empire du ciel qui dédouble celui de la terre à l'heure actuelle illustre le type de vassalisation cérébrale de sa créature dont le créateur du cosmos fournit l'original. Mais si le simianthrope n'était pas fasciné par la coalescence psychogénétique entre l'autorité du mythe et celle des empires, ceux-ci ne réussiraient pas à faire de l'idole leur pantin du ciel. Ici encore, c'est avec la volonté des empires de mettre le monde entier dans un ordre favorable à leurs intérêts que vous avez rendez-vous, puisque l'Amérique a fait de son Dieu son deus ex machina.

Dans mes Lettres ouvertes à Mme Ségolène royal sur la vassalisation de l'Europe par l'empire américain, 19 juin 2006, j'ai observé tout au long de la crise iranienne les oscillations internes entre l'obéissance et la désobéissance politico-théologique des Européens à leur souverain d'outre-Atlantique, donc les flottements de leur " conscience religieuse ". Philippe Grasset, toujours sur le seuil d'une simianthropologie du sacré, écrit à ce propos : " Qu'est-ce qui justifie intellectuellement la politique générale des pays européens et des institutions européennes d'alignement presque toujours automatique, du refus de la moindre critique, sauf lorsque la pression de l'opinion publique (des électeurs) est trop forte (cas de l'affaire de Guantanamo)? Quelle est la légitimité de cette politique, tant démocratique que régalienne? Qu'est-ce qui l'explique, sinon l'aveuglement par fascination, la stupidité par conformisme et la lâcheté intellectuelle ? Le cas européen est proche de la pathologie. "

Philippe Grasset, De Defensa: http://www.dedefensa.org/article.php?art_id=2817

Reste à établir le diagnostic simianthropologique de cette maladie - sinon, comment trouver la thérapeutique qui guérirait de l'"aveuglement ", de la " fascination " et surtout de la " lâcheté intellectuelle " ?

Qu'en est-il aujourd'hui d'une science diplomatique privée d'une connaissance simianthropologique de l'histoire ? On écrira : " Les Américains, qui rêvent depuis longtemps d'une alliance globale des démocraties sous leur conduite (c'est moi qui souligne), trouvent de nouveaux motifs pour associer à l'OTAN élargie le Japon, l'Australie, la Corée du Sud, Israël ou d'autres, comme dans le système Echelon." ( Hubert Védrine, Le Monde , 25-26 juin 2006) Mais, l'Amérique ne trouve pas de " nouveaux motifs ", elle se contente d'obéir aux motivations bien connues de tous les empires théo-politiques du passé. On écrira : " Historiquement les Européens - de l'Ouest - ont remis leur défense et leur stratégie entre les mains des Américains après la seconde guerre mondiale. Le seul pays qui ait reconquis une certaine autonomie , c'est la France, avec le général de Gaulle, et tous les présidents jusqu'ici ont respecté leur héritage. " (Idem) Mais seule une vraie science de l'espèce semi onirique nous fera comprendre cela . On écrira : "Aujourd'hui les Européens n'ont plus guère, à part de louables intentions, de pensée spécifique sur le monde, ni d'analyse des risques, des menaces, des réponses qui leur soit propre. Par fatigue, par conviction, confusion, ou par crainte, ils ont accepté la grille américain d'analyse. " (Idem) Mais la connaissance de la " fatigue ", de la " confusion " et de la " crainte " qu'appelle une véritable politologie a besoin de trouver ses fondements dans une simianthropologie du sacré. On écrira : " Du point de vue occidental, (c'est moi qui souligne) il est incohérent d'exiger des élections démocratiques et de décréter ensuite l'état de siège contre les Palestiniens qui n'ont pas voté dans le sens requis ! Cela ruine le message démocratique de l'Occident. C'est une faute morale et politique. C'est une erreur d'avoir interrompu l'aide aux Palestiniens . C'est une erreur de ne pas parler avec le Hamas. " (Idem) Fort bien ; mais encore faudrait-il comprendre cette incohérence psychogénétique à l'école de la connaissance de ses paramètres semi oniriques si l'on entend rendre compte de la double allégeance qui pilote le cerveau théologique.

LETTRE XXXIII : Où l'anthropologie scientifique spectrographie le maternage chrétien

Les cultures de masse et la biographie des dieux uniques

Gardez-vous de passer au large d'un examen de la synergie des catastrophes intellectuelles qui, dans le passé, ont toujours conduit à la convergence entre la mort de la pensée critique et l'exténuation politique des civilisations. Depuis la Renaissance, notre encéphale avait recommencé de progresser, parce que nous avions à nouveau accepté d'honorer les spécimens d'exception que leur évasion d'un berceau pythique de notre espèce avait désinfantilisés ; et nous avions appris que la cité grecque était décédée parce que les cerveaux de l'époque avaient chu dans la première culture de masse dont notre espèce ait souffert, celle du polyculturalisme alexandrin, qui allait servir de prélude au naufrage des encéphales dans le culte d'un " enfant divin " et préfigurer l'extinction des sciences, des Lettres et des arts au profit d'un millénaire et demi de maternage ecclésial de l'humanité.

Mais si toute simianthropologie scientifique est vouée à se mettre en quête d'une distanciation cérébrale résolument transthéologique à l'égard des mythes rédempteurs dont se nourrit l'encéphale angoissé de notre espèce depuis la chute de l'empire romain, qu'en sera-t-il du statut épistémologique de la notion de distance ? Le désastre intellectuel dont le christianisme a frappé le genre humain ne met-il pas toute la culture antique en accusation ? Ne fallait-il pas que l'humanisme de la civilisation grecque et latine fût demeuré désarmé pour que le simianthrope se prosternât pour deux millénaires devant le berceau d'un nourrisson rédempteur ? C'est que, dans un premier temps, l'appel à la raison qu'inaugurent les grandes révolutions religieuses se révèle distanciateur. Il était prometteur de décorporer les dieux de l'Olympe. Mais l'élan des profanations libératrices se fossilise bientôt dans les rites et les liturgies d'une vaine imagerie. Quelle sera donc votre distanciation intellectuelle si les mutations de la lucidité naissent toujours d'un étonnement nouveau ?

Demandez-vous donc si la philosophie naîtra encore de la faculté de s'étonner, comme le voulait Aristote, alors que l'étonnement est devenu une simple forme de la surprise . Comment la surprise déclencherait-elle la déflagration de la stupeur intellectuelle? Comment vous distancierez-vous du mythe selon lequel nous aurions reçu dès le berceau et même à l'état fœtal une lumière que nous retrouverions intacte dans le vagissement d'une éternité bienheureuse - dans une sorte d'âge d'or dont le naufrage momentané au cours de notre passage sur la terre serait si peu inexorable qu'il resurgirait intact de son engloutissement passager dans les flots du temporel ? Que ferez-vous de l'immortalité des charançons bénis par l'épreuve du sépulcre ?

Vous pensez bien que ce ne sont pas les révélations doctrinales en chaîne qui n'ont cessé d'enfanter et de consolider des convictions religieuses de ce type, mais exclusivement le cerveau effaré d'une espèce précipitée dans le vide et à laquelle la découverte tardive de l'écriture allait permettre de mémoriser de siècle en siècle des constructions théologiques de type immunitaire. Tenir pour une ascension cérébrale la chute irrémédiable du simianthrope parmi les nourrissons maternés dans l'intemporel est une régression de l'évolution du cerveau de notre espèce qui a trouvé sa source dans l'exténuation lente, puis dans l'effondrement brutal d'un empire romain qu'on avait cru promis à l'éternité. Mais, encore une fois, ce n'est pas un retour à l'encéphale roboratif antérieur au christianisme qui permettra à votre simianthropologie de conquérir le " ciel " qui attend l'encéphale méta théologique de demain.

Vous armerez votre simianthropologie d'une connaissance raisonnée des mutations du cerveau des idoles au cours des siècles, afin qu'une dialectique rétrospective et prospective éclaire le tissu historique dans lequel votre discipline s'enracine. Vous partirez du dieu biblique, ce guerrier aussi impitoyable qu'invincible sur les champs de bataille et vous remarquerez que sa complexion furieuse le rendait du moins respectueux de ses compagnons d'armes et relativement conciliant au chapitre de leur libre arbitre. Puis vous passerez à l'examen de la victime humaine de ce tueur originel et vous vous interrogerez sur les raisons qui ont progressivement délité cet assassin dans le maternage d'une espèce tout soudainement devenue désireuse de retrouver les félicités de l'état fœtal .

LETTRE XXXIV : Où l'anthropologie du singulier sommital interprète la maternologie féconde du Dr Jean-Marie Delassus

Les sources foetales du christianisme

Les travaux du Dr Jean-Marie Delassus ont donné un fondement psychogénétique irréfutable à cette nostalgie. Pour le fondateur de la maternologie moderne, le fœtus vit dans l'univers idyllique de la " totalité " béatifique que lui assure un milieu amniotique hyper sécurisant . L'observation des premiers mois du chimpanzé confirme pleinement le processus de la naissance psychique dont ce maternologue de génie a analysé la nature " initiatique ". Si la mère ne provoque pas le déclic de l'intégration sociale du nourrisson à l'espèce qui lui servira de berceau psychocérébral, le nouveau-né en mourra ou demeurera un infirme à vie, parce qu'à la parturition, son psychisme ne dispose pas encore de l'organisme physique qui assurera sa naissance véritable, donc son passage en douceur d'un état fœtal euphorisé aux rudes aléas de l'histoire adulte. Cette évolution est également observable chez le chimpanzé, dont la mère assure pendant plusieurs mois une évolution psychobiologique parallèle à celle que le Dr Jean-Marie Delassus a observée dans l'espèce simiohumaine . Votre simianthropologie devra articuler ces connaissances récentes avec l'interprétation d'une politique et d'une histoire des découvertes devenues nostalgiques d'une félicité post tombale implantée dans le capital psychogénétique du foetus.

Comment cette inversion de l'évolution se branche-t-elle sur une épigénétique culturelle dont nous connaissons le contexte historique avec précision ? On sait que sac de Rome en 410 a conditionné la promotion d'un démiurge dont l'omnipotence avait été brisée par Lucifer sur le champ de bataille du salut, comme toute la théologie chrétienne de la guerre l'a théorisé jusqu'à saint Anselme au XIe siècle . Entre temps, c'était bien en vain que saint Augustin avait remodelé les relations de l'idole avec Clio par une refonte entière de sa théodicée, qu'il avait fondée sur la gratuité de ses grâces et sur l'imprévisibilité absolue de ses décisions. Cette gigantesque occultation doctrinale du désarroi politique d'un créateur livré à des camouflets du Démon sur les champs de bataille a permis la lente ascension théologique d'une mère-refuge située à l'écart des flots de sang et des carnages, qui laisseront impuissant un créateur lointain et impénétrable.

Du coup, la parturiante d'un sauveur est devenue la " reine des cieux " aux côtés d'un père mis hors jeu dans le cosmos, donc distancié de sa création par des théologies de son mystère. Le christianisme orchestrait un ciel devenu quadriplégique, mais capable de sauver les apparences et même de donner le change en se mettant à l'écoute des docteurs de son silence. Du coup le simianthrope s'est blotti dans un sein maternel dont le " sein de l'Eglise " allait prendre le relais dans le symbolique. A son tour l'Islam allait exprimer dans un premier temps la prééminence d'un ciel qu'il fallait consoler de la déroute de Zeus; mais l'omniscience d'Allah le guerrier ne pouvait évoluer vers un maternage cosmique de substitution, non point parce que cette divinité en aurait été empêchée par sa rivale attachée, de son côté, à se redonner un dieu en chair et en os, mais parce que la défaite traumatisante de l'empire romain est antérieure au Coran, de sorte que Mahomet n'a pas eu besoin d'orchestrer le retour titanesque des masses dans le sein d'une Eglise spécialisée dans le maternage des désespérés de l'histoire. En revanche, cette religion a précipité ses fidèles dans une résignation sans remède aux verdicts de la fatalité, parce que le ciel de l'islam est aussi lointain et radicalement interdit d'accès à toute raison non préconditionnée par la théologie que le ciel vaincu et non reconstructible de saint Augustin.

LETTRE XXXV : Où l'anthropologie critique étudie plus avant les sources foetales du christianisme

La simianthropologie spirituelle

Votre simianthropologie se voudra donc la fontaine d'Aréthuse d'une connaissance psychogénétique des trois monothéismes et de l'histoire de leur théologie. Dans cette recherche, les découvertes du Dr Delassus vous seront précieuses en ce qu'elle vous suggèreront une propédeutique en mesure de vous éclairer sur les sources fœtales du christianisme.

Certes, nous savions que les religions expriment nécessairement l'âme et la tournure d'esprit des peuples et des nations. Il était clair que les dieux de l'Olympe s'étaient présentés en interlocuteurs d'une race industrieuse et ardente à converser avec le ciel et les nuages, avec la terre et ses entrailles, avec la mer et ses caprices, avec le soleil et sa course. Puis le commerce, la guerre, l'intelligence , les arts, la poésie , la musique, l'amour étaient entrés dans la danse des dieux. Nuls négociateurs plus habiles à signer des traités profitables aux deux parties que les fils de l'astucieux Ulysse. Nous savions également que d'autres religions disposaient d'une expérience déjà longue de l'histoire de l'humanité souffrante et s'étaient exercées à une méditation nourrie de la contemplation de la mort, comme le bouddhisme, qui est demeuré la seule philosophie béante sur le vide et la seule qui ait rejeté les dieux dans le néant - donc la seule " croyance " fondée sur une anthropologie lucide.

Nous avions également appris que les tractations patientes du genre humain avec ses tombes peuvent frapper les civilisations les plus brillantes d'une blessure inguérissable quand le naufrage d'un vaste empire est ressenti par toute une génération comme un cataclysme cosmique, tel l'effondrement de la puissance romaine après plus d'un millénaire de victoires de ses armes et de ses lois. Mais si nous découvrons que ce type de catastrophe politique peut se répercuter sur la santé mentale de l'adulte pendant des siècles, parce que l'histoire vécue a cessé de présenter ses offrandes aux vivants et de tenir les promesses d'épanouissement viril inscrites dans le cortex du fœtus, une culture entière peut avorter sous le sceptre des nouveaux seigneurs de la guerre et de la mort. Alors l'étude des sources anthropologiques de l'accablement et du renoncement chrétiens prend une signification psychogénétique décisive, parce que l'Europe de ce début du IIIe millénaire est marquée à son tour du sceau de l'épuisement de ses forces vives sous le joug de l'étranger. Comment un continent responsable de l'héritage de vingt-cinq siècles d'histoire de la pensée et terrifié de se montrer indigne d'un si glorieux passé ne subirait-il pas un traumatisme mortel au spectacle non seulement de son anéantissement sur le champ de bataille du temps, mais de l'évanouissement de ses idiomes et de son identité sous le sceptre d'un souverain planétaire des images ? " La langue est la maison des peuples, leur domicile spirituel - parfois leur unique résidence. " (Claude Duneton)

Dans un tel contexte, les récentes découvertes du Dr Jean-Marie Delassus sur la formation du cerveau du fœtus donneront leur portée anthropologique à votre réflexion sur l'articulation de l'humanité avec ses représentations mythologiques du monde. Les grandes religions sont les véhicules des alliances qu'une espèce aux prises avec son histoire conclut avec la partie onirique de son encéphale. Les civilisations ne parlent pas seulement par la voix de leurs cultures ; elles plongent leurs racines dans le branchement de leurs rêves sur leur destin cérébral. C'est pourquoi l'étude anthropologique du sacré est l'ultime fondement de la connaissance de l'évolution intellectuelle et rêveuse de notre espèce. Bien davantage que l'histoire du destin de la pensée logique, l'anthropologie critique deviendra l'observatoire central des pactes multiséculaires que le simianthrope conclut entre son âme et sa tête. Les religions que vous aurez appris à observer de l'extérieur deviendront les laboratoires où s'observera la genèse des alliances des idoles avec l'histoire de leurs adorateurs. Du coup, les théologies se révèleront des documents psychiques ; seules elles vous permettront de connaître l'engramme des tombes et de la folie de l'éternité sur l'encéphale simiohumain. C'est assez dire que le destin des découvertes du Dr Jean-Marie Delassus sera de féconder l'anthropologie, du seul fait que jamais, avant lui, la science médicale n'avait ouvert le chemin de la recherche des fondements psychogénétiques fœtaux du sacré et de ses avatars dans le temps.

Le christianisme et le retour à l'état foetal

Vos recherches se porteront dans quatre directions principales, trois passives et une active. La première sera l'étude psychobiologique du repli d'une civilisation entière dans le " sein de l'Eglise " ou le " sein du père ". L'échec des Olympe démontre que les croyances sont des royaume à la fois oniriques et congénitaux à une espèce semi cérébralisée. Après une brève vie consacrée aux combats de l'intelligence en guerre contre les rituels stériles, le Christ exprime une capitulation cérébrale et morale que symbolise la plainte infantile: "Père, pourquoi m'as-tu abandonné" , suivie par la reddition sans condition : " Père, je remets mon esprit entre vos mains ". Vingt siècles de dolorisme métaphysique et mystique allaient se nourrir de l'apologie catéchétique de la souffrance pieuse. La seconde voie de la fécondation de votre anthropologie par la radiographie des religions sera celle de la critique d'une pastorale universelle de la tiédeur cérébrale, donc d'une gestion de l'encéphale des masses fondée sur la sacralisation de la " rédemption " par la souffrance expiatoire. La troisième voie sera celle de l'étude d'un quichottisme intellectuel fondé sur la sanctification des utopies politiques. La quatrième route sera celle des intelligences résolument iconoclates, donc suicidaires, qui ont précédé l'oblation socratique et dont les grands blasphémateurs juifs, les Isaïe et les Ezéchiel ont illustré le destin autosacrificiel.

LETTRE XXXVI : Où l'anthropologie qualitative se penche sur le culte du sang

Une anthropologie du meurtre de l'autel

Cette guerre-là sera la source d'inspiration jaillissante de votre simianthropologie spirituelle. Souvenez-vous de ce que toutes les religions sont meurtrières, souvenez-vous de ce que toutes pratiquent l'égorgement de victimes humaines sur leurs autels, souvenez-vous de ce que la théologie chrétienne n'a fait que masquer, les yeux au ciel, les retrouvailles sanglantes du sacré avec la tradition de l'assassinat oblatif des anciens.

Le tardif Hadrien - il régna de 117 à 138 - avait pleuré Antinoüs, son jeune amant bythynien, qui s'était noyé volontairement dans le Nil en sacrifice de sa vie à l'empereur. On appelait cette forme suprême de la foi la dévotion ( devotio) , ce qui pouvait valoir à la victime de se trouver divinisée et de rendre des oracles écoutés. Ceux d'Antinoüs furent rédigés par son premier évangéliste, Hadrien en personne. Le sacrifice humain fait ruisseler l'autel d'un sang que tous les théologiens jugent plus payant que celui d'un animal, ce qui méritera toute l'attention de votre anthropologie générale , parce que le sacrifice volontaire des prophètes s'enracine dans l'antique conviction du simianthrope que l'offrande de son corps est le meilleur placement de la piété et que les forces obscures en sont perpétuellement friandes. Si vous demeurez fidèle à ces voies abyssales de la recherche anthropologique, vous comprendrez que le refuge dans l'état fœtal exprime une forme inconsciente des sacrifices " rédempteurs " et qu'une civilisation européenne épuisée et désespérée y exprime l'échec du don sacrificiel dans l'avortement de la naissance.

Mais les prolongements anthropologiques de l'étude du fœtus ne s'arrêterpnt pas en si bon chemin. Ils vous permettront non seulement d'étudier la feinte vaporisation du meurtre de l'autel à l'école des froissements d'ailes des séraphins de leur piété, de mieux comprendre les raisons psychogénétiques pour lesquelles le raisonnement simiohumain se construit encore de nos jours et sur les trois quarts de la surface du globe sous le joug d'une structure cérébrale meurtrière et imposée d'en haut par une autorité sublimée et chargée d'en masquer les rituels homicides. Tantôt cette tâche sera assurée par une annonciation eschatologique laïcisée, comme dans le marxisme, tantôt une Eglise en perpétuera l'angélisme à l'école de l'assassinat " rédempteur " de la victime sur l'autel de la messe. Ces observations vous permettront d'élaborer une phénoménologie anthropologique des théologies du sang en général et du christianisme en son offrande d'un homme assassiné à la divinité.

Ce n'est pas le lieu de développer davantage la problématique générale qui encadrera vos recherches d'avant-garde sur la masse cérébrale d'une espèce biphasée et qui obéit encore à un chef céleste dont la politique des Etats présente en tous lieux et à toutes les époques une copie ritualisée. Ce sera minutieusement et siècle après siècle que votre anthropologie observera le pilotage d'un cerveau simiohumain stratifié par ses songes sacrificiels; car si cet organe oscillant entre des songes vaporeux et une raison glacée est demeuré à l'écoute des prémisses meurtrières qui commandent ses théologies de l'autel, c'est que les alternances des formulations doctrinales entre leur irénisme de façade et les exigences sanglantes de l'histoire sont calquées sur les alliances imposées par les circonstances du capital psychogénétique du simianthrope avec une histoire tour à tour guerrière et passive. Dans cette scansion perpétuelle, le retour à l'état fœtal qu'exprime un christianisme tour à tour passif et meurtrier est le signe d'un gigantesque reflux de l'histoire du sang payant. Mais ce n'est pas le tarissement du meurtre sacré, c'est la perte momentanée de sa rentabilité politique face au sang que réclame le glaive nouveau qui provoque le repli apeuré du simianthrope dans le sein maternel. On peut le vérifier de nos jours, où l'Amérique de la puissance prend la relève des meurtres qu'elle juge profitables à l'échelle de ses ambitions planétaire face à une Europe déconfite et honteuse de ses prosternements devant le César du moment.

Si vous prêtez l'oreille aux profanateurs des idoles - aux guerriers de l'intelligence - vous ferez monter le pain de l'esprit dans le four des sciences humaines de demain et vos successeurs reconnaîtront que vous aurez guidé les premiers pas de l'approfondissement anthropologique et philosophique d'une laïcité que nos républiques successives avaient conduite au naufrage cérébral .

LETTRE XXXVII : Où l'anthropologie socratique chante son espérance

Un animal frappe à la porte de l'immensité

Vous dites que la problématique et les méthodes actuelles de votre science anthropologique se fondent sur une légitimation subreptice ou tacite de l'espèce qui croit avoir toute sa tête à s'agenouiller devant une immensité qu'elle peuple de personnages imaginaires depuis le paléolithique. Vous ajoutez que l'équilibre psycho-physique artificiellement cautionné par la bonne santé mentale subrepticement attribuée à vos congénères leur interdit de jamais devenir réellement pensants dans un Eden voué à leurs prières. Vous soutenez que les spécimens bien intégrés au culte de l'idole de l'endroit et accroupis le front dans la poussière devant son omnipotence et son omniscience en sont réduits, comme dit Paul Valéry, à raconter " les maîtresses , les chaussettes, les niaiseries " de leurs mutants, parce que, dans les civilisations religieuses, les futurs biographes des cerveaux transzoologiques sont frappés de l'interdiction de naître.

Par bonheur, les bribes que nous avons pu retrouver de la musique grecque nous révèlent une félicité solitaire, une tristesse sereine, une douleur intelligente et un bonheur souffrant. Peut-être la civilisation grecque pressentait-elle depuis longtemps que les dieux n'existent pas et que le tragique transanimal n'a pas d'interlocuteurs dans l'univers. Mais alors, votre simianthropologie ne doit-elle pas étudier la généalogie cérébrale du seul animal qui s'épuise à frapper à la porte de l'immensité ? Vous remarquerez que le premier Bossuet arabe, Hassan Nasrallah, est né au Liban où la culture française a permis à un chef politique et religieux de s'adresser à une nation composée d'individus responsables et de les adjurer de prendre en mains leur destin. Quelle est la science la plus féconde, celle du dédain ou celle de la pitié ? Un aigle de Meaux de l'islam débarquera-t-il demain dans la culture occidentale et fécondera-t-il la fierté de la moitié humiliée de la terre ?

Alors, l'Occident et l'Islam se souviendront ensemble de ce que l'homme de la ciguë a consacré ses derniers instants à condamner le mépris et à danser de joie dans sa prison ; et ils se demanderont ensemble pourquoi l'homme de la ciguë a attendu deux mille quatre cent vingt sept ans pour qu'un simianthrope du nom de Sigmund Freud osât se poser la seule question réellement pertinente et la seule digne de la fierté de l'anthropologie moderne, celle de la généalogie psychophysiologique de la folie simiohumaine. Mais vous remarquerez également que, quatre-vingt deux ans après la publication de L'Avenir d'une illusion , nos psychologues et nos anthropologues ont beau s'être enfin aperçus de ce que trois idoles ont réussi à prendre la relève de Zeus, d'Osiris et de Mithra et qu'elles sont demeurées les maîtresses de la politique mondiale en ce début du XXIe siècle, nos sciences gratuitement qualifiées d'humaines n'en ont pas moins poursuivi leur chemin sans se préoccuper en rien d'étudier le cerveau d'une espèce non seulement dédoublée par des personnages fabuleux, mais en conversation jour et nuit avec eux. Comment expliquez-vous que la psychanalyse freudienne elle-même ait bientôt renoncé à la fierté de déranger nos trois monothéismes dans leurs activités tant législatives que politiques, pour ne rien dire des psychanalyses parareligieuses des Jung et même des Lacan? Par bonheur, vous êtes le premier anthropologue à déclarer que votre discipline ne sera pas autorisée à se dire scientifique aussi longtemps que sa misanthropie sera frappée de surdité par les idoles régnantes. Votre anthropologie permettra-t-elle au simianthrope d'entrer la tête haute dans le temple de l'intelligence ?

Mais puisque vous savez que la pensée est née du cerveau casqué d'Athéna, puisque vous m'écrivez que le concept l'a armé d'un regard mélancolique et que l'éclatement du microcosme grec a fait débarquer le vide dans la conscience hellénique ; puisque vous soutenez que deux mille ans de labourage catéchétique chrétien n'ont fait qu'illustrer les vaines tentatives de l'Eglise pour redorer le blason d'une " perfection " grecque enclose dans ses liturgies et fossilisée dans ses rituels grésillants, puisque vous dites que, depuis deux mille ans, la mystique occidentale échoue à tisonner la béance du simianthrope et à l'éveiller au tragique heureux, je souhaite à l'anthropologie mijotant à petit feu de l'Europe de s'armer de la raison brûlante que vous lui promettez.

Les Palestiniens et les charançons

Alors vous vous souviendrez de ce que toutes les découvertes capitales de la simianthropologie depuis plus de deux millénaires et demi ont fait courir les plus grands dangers aux audacieux qui se sont risqués à étudier les tractations de notre espèce avec ses idoles. Les dynamiteurs de la boîte osseuse du singe semi cérébralisé s'appellent Socrate, Copernic, Galilée, Darwin, Einstein, Freud. Vos observations sont appelées à peser la dignité de l'histoire et de la politique mondiales à l'aune de leur génie; car il vous sera devenu bien impossible de peser l'encéphale simiohumain sans courir avec vaillance le danger de mort de faire débarquer des sacrilèges nouveaux dans la politologie moderne.

Prenez les comportements actuels de notre civilisation à l'égard des Palestiniens à la suite de la victoire du Hamas par le verdict des urnes : ne sont-ils pas tout aussi instructifs pour votre simianthropologie politique que l'histoire des charançons de Saint Jean de Maurienne en 1587 ? Savez-vous que la commune s'était déclarée prête à offrir une autre surface au-dessus du village, " place et lieu de suffisante pâture hors des vignobles " ? Savez-vous que le procureur s'est déplacé pour inspecter les lieux - on appelle cette procédure " un transport de justice " - et qu'il a pu constater de visu que la bienveillance des pieux habitants était aussi fallacieuse que celle de leur théologie et qu'en réalité cette compensation territoriale n'accordait aux insectes qu'un espace vital aussi trompeur que celui de leur paradis posthume ?

Vous observerez donc siècle après siècle et sur la planète entière les insectes sous leurs tabernacles ; et vous découvrirez que les "transports de justice" d'Allah, de Jahvé ou du dieu trinitaire en Palestine, en Irak, en Iran, au Liban, à Guantanamo et en d'autres lieux de tortures répondent tous les jours et sous nos yeux aux exigences de lucidité de votre future simianthropologie critique. Car les idéalités de nos démocraties attendent leur affinement spectrographique. Si vous lisez de près les écrits les plus récents des intellectuels français qui ont défendu sous le masque de leur " théologie de la liberté démocratique " et le cœur sur la main la légitimité de la guerre contre l'Irak que les Etats-Unis ont menée en violation du droit international , vous remarquerez que la catéchèse politique de l'empire américain n'est jamais contestée par les thuriféraires de ce souverain flanqué de son ciel, tellement la piété religieuse va toujours de pair avec la piété politique. Mais pourquoi la confusion entre la problématique du sacré et la puissance terrestre va-t-elle tellement de soi au Moyen Orient et ailleurs, sinon parce que le dévot n'a tout simplement pas d'yeux pour la sainte conjonction entre l'omnipotence de l'imposteur divin et l'omniscience de son imitateur effronté sur la terre? C'est pourquoi il me semble que la géopolitique scientifique inspirée par les premiers pas de votre simianthropologie permet d'ores déjà d'observer les mentalités politiques modernes, qui ne sont pas moins soumises à la férule des encéphales fossilisés par leur domestication idéologique qu'autrefois par leur stratification théologique.

Quand les entreprises de l'Amérique échouent lamentablement sur cette terre, la légitimité parareligieuse de l'empire militaire du Nouveau Monde demeure aussi intacte que la théologie d'un Dieu dont l'échec des Croisades, le basculement de toute l'Afrique du Nord dans l'Islam ou la montée des protestantismes au cœur de la chrétienté avait dû ébranler l'autorité. C'est que la servitude onirique est innée chez les singes semi réflexifs, et cela précisément parce que leur encéphale est taré de naissance. Ce phénomène originel explique la susceptibilité extrême des fidèles d'une croyance, qui faisait dire à Louis XIV en réponse à un placet de l'auteur de Tartuffe : " N'irritez pas les dévots ". Aussi l'étude du cerveau armé à la fois du glaive théologique et du glaive politique se placera-t-elle au cœur de votre science simianthropologique.

LETTRE XXXVIII : Où l'anthropologie critique exorcise les exorcistes

Ne retrouvons pas les sorciers, ne retombons pas en enfance

Que deviendront les minorités pensantes au sein des masses fétichisées par leur vénération aveugle pour les cultures décérébrées? Alors qu'un alexandrinisme nouveau livre d'ores et déjà l'Europe au désastre d'un panculturalisme acéphale notre époque croit n'avoir plus à combattre le déclin des civilisations fascinées par les sortilèges du sacré . Votre anthropologie critique s'appliquera donc à retracer l'itinéraire des rechutes de l'espèce simiohumaine à l'état fœtal qui ont précédé celle qui nous attend : le nirvana bouddhique, le voyage vers leur éternité des pharaons conservés à l'état de momies dans leurs sarcophages, les champs élyséens des Grecs, le paradis figé des ressuscités chrétiens ont successivement illustré ce chemin. Si l'Occident devait renouer avec les légions de magiciens, notre civilisation y perdrait, avec son élan et sa fécondité, l'identité profanatrice qui a fait d'elle pendant tant de siècles le fer de lance de la raison du monde.

Un exemple : le ministère de la rue de Valois vient de rassembler sous l'égide de la République des milliers de chefs d'œuvre de l'univers des " arts premiers ". Politiquement, l'opération est un coup de maître: face à un " empire du Bien " dont les certitudes rédemptrices sont celles d'une théologie de la guerre ambitieuse d'enserrer la planète et dont les garnisons sont armées jusqu'aux dents sur tous les continents, la France a le plus grand intérêt à saluer le génie des peuples demeurés totémiques et laissés au bord du chemin de la pensée critique par un demi millénaire de retrouvailles de l'Europe avec les sciences et les techniques auxquelles l'antiquité avait donné un premier essor, mais que le christianisme avait étouffé sous les prières. Mais il est illusoire de payer cet appui politique dispersé et confus au prix de la proclamation vassalisatrice de l'égalité de toutes les cultures du monde, alors qu'il a fallu faire appel à un sorcier polynésien pour chasser les mauvais esprits qui allaient infester, au musée du Quai Branly, l'autel d'une mise à parité universelle des cerveaux.

L'avenir de la raison

Vous vous récapitulerez donc les malheurs qui ont frappé notre encéphale au cours des quatre derniers siècles . Souvenez-vous de la félicité sacerdotale de nos têtes comblées par les bienfaits du grand saint Bernard, dont les rites excommuniaient des essaims de mouches accusées d'impiété pour avoir troublé les offices du couvent de Frogny ; souvenez-vous des rapports, réponses, copies d'audiences, journées entières de processions, grands messes et récitations de psaumes autour de nos vignobles, dont la profusion n'a pas réussi à fléchir notre idole entêtée à nous refuser l'exode des charançons qui infestaient nos vignes . Direz-vous que nos cerveaux de 1587 appartenaient déjà à l'espèce proprement humaine ? Penserez-vous que nos cerveaux de 1905 avaient conquis le rang qui leur est promis, eux qui nous faisaient traquer les liturgies d'une matière routinière, eux qui légitimaient avec ardeur un " ordre du monde " dont la sagesse du Dieu des fulminations nous avait garanti la sainte logique, eux qui avaient permis à nos théologiens de tenir d'une main ferme le sceptre de notre raison de ventriloques de la matière?

Et maintenant, la raison que les docteurs de notre cécité et notre créateur se partageaient sur nos autels est tombée dans un grand désarroi; maintenant nous avons cessé de supplier le cosmos de nous parler d'abondance sur les offertoires de nos théories physiques; maintenant nous sommes devenus les naufragés de notre " sens commun " et de notre " sentiment d'évidence " ; maintenant nos "lumières naturelles " ont basculé dans le silence; maintenant nous commençons de radiographier la semi animalité bavarde qui paralyse encore nos encéphales désarçonnés ; maintenant votre jeunesse détourne ses regards des oracles de nos ancêtres ; maintenant votre génie en herbe refuse la rechute de notre espèce dans ses vagissements aux côtés de nos Eglises frappées d'un mutisme éternel ; maintenant vous appartenez à la génération du courage et de l'espérance qui combattra la fausse innocence d'Adam et d'Eve au paradis des idéologies de l'ignorance et de la sottise ; maintenant vous êtes devenu le messager d'un regard nouveau sur la véritable trajectoire de l'encéphale béatifié de nos ancêtres ; maintenant vous avez conquis le rang d'un observateur de la bête sanguinaire faite à notre image qui nous donnait la chair de son fils à manger et son sang à boire sur nos offertoires ; maintenant vous tenez d'une main ferme le sceptre des radiologues de " Dieu " et votre encéphale scanne le singe scindé entre son goulag et son ciel auquel nous remettions les clés du Bien et du Mal.

Puisse votre anthropologie logicienne nourrir votre génie, puissiez-vous rendre compte des carnages de l'homme-singe et du cerveau de ses sorciers ; puisse une philosophie occidentale née d'un condamné à mort changer les martyrs de la pensée en corne d'abondance de l'histoire de demain ; puisse la postérité féconde de 1789 s'ouvrir à la connaissance des allumeurs de notre l'intelligence à venir, puisse votre pensée devenir la sentinelle de l'Occident chrétien et musulman, puissiez-vous faire courir à notre civilisation les périls nouveaux de la lucidité, puissent vos sacrilèges se pencher sur un vide inspiré, puisse votre discipline en appeler à un apostolat de la pensée socratique dont le glaive plongera dans la gueule de l'éternité . Je salue le scalpel de votre future anthropologie critique ; je salue votre rendez-vous avec la dissection du simianthrope . FIN

1er septembre 2006